Lassé des théories délirantes et du silence de la police, Josh Dean s'est rendu sur les lieux pour enquêter sur la mort inexpliquée de la jeune femme.

par Josh Dean | 28 min | 10/02/2016

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Les images manquantes

Au fil des mois, la discussion a quitté les blogs pour envahir la toile. Le caractère étrange de l’affaire amplifié sur Internet a été mis en lumière par de nombreux sites qui en développaient le côté paranormal (Punchnel’s, Conspiracy Club, The Ghost Diary…). La plupart s’attardent sur l’aspect sordide de l’affaire, mais on trouve également des analyses plus pertinentes, souvent offertes par des personnes aux sentiments partagés.

« Cette affaire me hante », m’a confié Lucas Klaukien, un blogueur canadien d’une trentaine d’années qui y a consacré de nombreux articles. « Elisa Lam est un peu comme la sœur d’un ami proche. Nous sommes originaires de la même ville, elle vient d’une culture que j’aime et qui m’est familière. Sa mort est survenue près de chez moi. Je veux connaître la vérité. Je veux résoudre ce mystère. »

Et ce besoin est tout à fait naturel. Selon Tricia Griffith, c’est pour cette raison que Websleuths, les « détectives du Web », rencontrent un tel succès, et que des personnes aux situations si différentes et venus d’horizons divers se retrouvent à discuter de mystères très éloignés de leur quotidien.

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Le hall d’entrée du Cecil Hotel
Crédits : Stephen Friday

Je pourrais écrire un roman sur les tordus et les imbéciles qui n’ont rien apporté à la conversation mais dont les suggestions sur des faits anodins par le biais de relations douteuses ont fini par convaincre un grand nombre de personnes. La page conspiro de Reddit attire en nombre ces individus. On y trouve des conversations consacrées aux liens entre l’entreprise américaine Raytheon et Elisa Lam, ainsi qu’à des expériences gouvernementales de manipulation cérébrale. Pour eux, quelqu’un ou quelque chose, peut-être en lien avec les Francs-Maçons, a pris possession de l’esprit de Lam pour l’obliger à monter sur le toit et à se jeter dans le réservoir.

Pendant des mois, tout n’était que spéculations et absurdités.

Un jour, un résident du Cecil Hotel, que les rumeurs soupçonnent d’être un délinquant sexuel, a été signalé sur un forum fréquenté, aux côtés de liens vers son identité. Mais jamais il n’a fait partie de la liste des suspects potentiels. Pire encore, une brève chasse aux sorcières a été menée à l’encontre d’un chanteur de death metal qui se fait appeler Morbid. Son vrai nom est Pablo Camilo, et même s’il est souvent décrit comme une horrible personne, son seul crime est d’avoir recours à des images violentes sur scène. Malgré cela, les accusations se sont mises à pleuvoir jusqu’à parvenir aux oreilles des médias chinois, obligeant Pablo à opposer un démenti, discordant certes, mais enflammé.

Pour autant, il est vrai que les apprentis détectives peuvent contribuer à faire éclater la vérité. Si l’on considère les informations diffusées par la police de Los Angeles (autant dire, pas grand-chose), ce sont des particuliers en quête de réponses qui ont souligné certains des faits les plus étranges de cette histoire.

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L’architecture du lieu est étonnante
Crédits : Stephen Friday

Moi-même agacé par le silence de la police, j’ai passé des heures à chercher des indices sur les forums et dans les publications consacrées à l’affaire : c’est en parcourant les fils de discussion que j’ai appris pourquoi elle se serait déshabillée une fois dans le réservoir, comment le légiste a déterminé l’heure du décès, s’il y avait une éventualité pour que les chiens de la police n’aient pas retrouvé le corps, etc.

La principale contribution à l’enquête reste la vidéo publiée par le groupe Film Transformer.

Dans ce film, deux garçons d’origine chinoise se rendent au Cecil Hotel pour filmer leur propre enquête, dans l’ascenseur puis dans les étages concernés jusque sur le toit. Là, un an après la mort d’Elisa, ils découvrent qu’une fenêtre ouverte permet d’atteindre une échelle menant au toit de l’immeuble. L’ascension est rapide, il ne s’agit que d’un étage, et assez simple, si vous évitez de penser aux 60 mètres qui vous séparent du sol. Elisa, ou son meurtrier – si tant est qu’il existe –, aurait pu utiliser cette échelle pour parvenir au toit sans déclencher l’alarme.

Et puis il y a la vidéo de la caméra de surveillance. J’ai demandé à l’un de mes amis, Gabe Rhodes, spécialiste du montage, d’y jeter un œil. Il est resté sceptique. « Je comprends pourquoi les gens ont des doutes », m’a-t-il confié. D’après lui, à certains passages, un montage serait nécessaire ; à d’autres, les images ont été compressées, ce qui trahit un montage. Tout comme les timecodes qui ont été ajoutés manuellement. « Le plus étrange, c’est quand les portes de l’ascenseur s’ouvrent à 2 : 58 », écrit-il dans son rapport. « Il manque FORCÉMENT des images dans cette séquence. »

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Le fameux ascenseur
Crédits : Daniel Shea

Sur YouTube, des internautes soulèvent les mêmes interrogations, en partageant des versions commentées de la vidéo qui mettent en évidence les passages équivoques. Plusieurs publications soulignent le fait que la version diffusée par les autorités est inquiétante du fait du ralentissement de l’image. Ces mêmes personnes accompagnent leur propos de la vidéo originale, augmentant la vitesse de 15 à 20,25 images par seconde. Les mouvements d’Elisa y semblent beaucoup moins étranges, même s’ils restent inhabituels.

Des milliers de vidéos d’Elisa Lam circulent sur YouTube et autant de discussions à son propos ont envahi le net. Toutes ont en commun la vidéo dans l’ascenseur, l’élément central de l’affaire. Sa diffusion à elle seule explique pourquoi l’affaire Elisa Lam a enflammé la toile ; un phénomène qui étonnerait sans doute les millions de personnes qui se contentent des actualités diffusées par les médias traditionnels.

Il existe un décalage réel entre la portée de l’affaire Elisa Lam sur Internet et sa couverture par les médias plus classiques. C’est ce qui distingue cette histoire de l’affaire Calee Anthony par exemple, ou de la disparition de Natalee Holloway. Ces deux jeunes femmes se sont retrouvées au cœur de mystères tout à fait macabres, qui ont attiré l’attention de tous les médias. La mort d’Elisa Lam a suscité principalement l’intérêt de hordes d’internautes.

Stay on Main

En mai, je me suis rendu à Los Angeles pour voir de mes propres yeux le Cecil Hotel. Je ne suis pas certain de savoir ce que je cherchais. J’avais lu tant de choses à propos de cet endroit que j’ai ressenti le besoin d’y séjourner, de le visiter. La mort d’Elisa a porté un coup fatal à l’équipe de direction et la fameuse pancarte de l’hôtel, qui surplombait le trottoir en face de Main Street depuis des décennies, a été décrochée en 2014. Une nouvelle pancarte indique « Stay on Main », nom duquel l’établissement a été rebaptisé.

Malgré ses 700 chambres, l’hôtel semblait vide. Aux derniers étages, l’atmosphère est particulièrement calme, étrange.

Le hall de l’hôtel n’a pas vraiment changé depuis le jour de la disparition ; il n’a pas changé depuis l’âge d’or du Cecil Hotel, d’ailleurs. Des lustres art déco sont suspendus à trois mètres du sol en marbre poli ; des ornements de cuivre et de fausses statues romaines décorent les murs. Après avoir lu tant de récits sur l’histoire tourmentée de l’hôtel, je m’attendais à ressentir de l’angoisse. Or, même à la tombée de la nuit, je me sentais plus l’âme d’un globe-trotter belge que celle d’un serial killer. La clientèle ciblée, du moins dans les premiers étages, semble être de jeunes passionnés de ping-pong qui ne vérifieront pas la propreté des salles de bains.

Ma chambre se situait au quatrième étage, où l’on pouvait opter pour une salle de bains commune ou une salle de bains privée pour un supplément de 20 dollars par nuit. Les jours précédents ma visite, je correspondais beaucoup avec Natalie Davis, une femme avec qui j’étais entrée en contact après avoir lu son commentaire sous une vidéo YouTube. Un peu plus tôt dans l’année, Natalie avait passé une nuit au Cecil Hotel et avait été horrifiée d’apprendre quelques semaines plus tard par sa mère qu’elle s’y trouvait au lendemain de la disparition d’Elisa. Natalie n’avait pas apprécié le Cecil Hotel, et pas uniquement en raison du standing. « L’atmosphère du lieu est vraiment pesante et glaciale, je ne pouvais pas le supporter », m’a-t-elle raconté.

Je gardais en tête ses impressions en explorant l’hôtel, mais je ne les partageais pas. Je trouvais juste le bâtiment un peu négligé.

Malgré ses 700 chambres, l’hôtel semblait étonnamment vide. Aux derniers étages, l’atmosphère est particulièrement calme, étrange. Au 14e étage, là où la vidéo dans l’ascenseur a été enregistrée, de petits haut-parleurs diffusent une radio ecclésiastique dans un couloir aux murs marron et au plafond blanc. Je suis resté immobile pour tenter de percevoir la présence d’autres clients : aspirateur, évier qui coule, télé en marche. Rien, seulement la radio et cette voix d’homme en prière.

Les clients du Stay on Main doivent désormais limiter leur séjour à 21 jours, mais de nombreux étages abritent des résidents à l’année. Près d’une centaine sont enregistrés dans le registre que j’ai pu consulter. L’occupation hétérogène de l’immeuble complique d’autant plus le travail d’investigation des policiers.

Dans les hôtels, la direction est en droit d’autoriser la police à inspecter l’ensemble des chambres de l’établissement. Cependant, le Cecil Hotel compte un trop grand nombre de résidents à l’année ; les enquêteurs doivent fournir une raison valable avant de perquisitionner les chambres concernées. Aucune n’a d’ailleurs fait l’objet de fouilles et les policiers ont refusé de s’exprimer sur les détails de l’enquête en cours.

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Une chambre de l’hôtel
Crédits : Daniel Shea

Je sais de sources sûres que la police a perquisitionné l’hôtel, en restant toutefois dans les limites de la légalité. Je sais aussi qu’ils ont quadrillé le secteur, affiché des pancartes et visionné des heures et des heures de vidéosurveillance. Mais en parcourant ces couloirs silencieux, il m’a semblé presque impossible d’écarter l’éventualité qu’une jeune femme disparue aurait pu se cacher dans l’une des nombreuses chambres.

J’ai alors emprunté l’escalier jusqu’au 15e étage. À l’extrémité sud du couloir, quelques marches conduisent à la porte donnant sur le toit. Une pancarte indique désormais qu’elle est fermée à double tour et équipée d’une alarme. Une autre, que cette partie du bâtiment est sous vidéosurveillance, que les intrus éventuels « seront arrêtés » et qu’il y a « danger de blessures graves et de mort ».

Mais aucune pancarte ne met en garde les clients près de la fenêtre ouverte qui sert de sortie de secours en cas d’incendie. Je me suis aventuré de ce côté pour observer le bâtiment. Là, se trouvait en effet une petite échelle rivée à la façade permettant d’accéder au toit. Une personne suffisamment courageuse ou sous l’emprise de stupéfiants pourrait aisément y parvenir. Mais un homme portant une jeune femme ? L’affaire se complique.

En suivant la piste d’Elisa, je suis retourné au seul endroit où l’on est certain qu’elle se soit trouvée : l’ascenseur.

Son apparence m’était familière. En trois dimensions et en couleur, l’ascenseur du Cecil Hotel est gris argenté, bien que je me l’étais imaginé doré. Les nombres sur les boutons ont presque entièrement disparu. Je m’étais trouvé ici des dizaines de fois, essayant en vain de me mettre à la place d’Elisa, mais une fois sur place, avec de la lumière et à vitesse normale, le lieu n’avait plus rien d’inquiétant. En vérité, l’hôtel entier n’a rien d’inquiétant. Il n’est ni extraordinaire, ni angoissant. Juste un peu décrépit et peuplé de personnes comme Elisa : des jeunes en transit, qui arrivent d’un long voyage.

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Vers le toit
Crédits : Daniel Shea

Dans l’ascenseur, je me suis approché du panneau de commande pour maintenir les portes ouvertes. Près de deux minutes se sont écoulées avant que les lourdes portes ne se referment – 1 : 54 pour être plus précis.

Le 21 juin 2013, cinq mois après la disparition d’Elisa Lam, le bureau du légiste de Los Angeles a publié son rapport sur la mort de la jeune femme. Si la cause officielle du décès est la noyade, le trouble bipolaire de la victime est cité parmi les facteurs potentiellement responsables du drame. Deux médecins légistes ont signé ce document daté du 19 juin.

Selon le rapport, « l’autopsie complète n’a décelé aucun trauma. L’examen toxicologique n’a pas révélé la présence de drogues ni d’alcool dans son organisme. »

Le rapport mentionne par la suite le trouble bipolaire dont souffrait Elisa, d’où le fait qu’elle était sous traitement. Le nom des médicaments concernés et leur posologie sont indiqués dans le rapport, mais les médecins n’ont pu déterminer la nature et la quantité des substances présentes dans son organisme à l’heure du décès. Ils ne disposaient pas suffisamment d’échantillons de médicaments.

« L’enquête policière n’a pas permis de conclure à un acte d’origine criminelle », comme l’explique le rapport. « L’examen approfondi des circonstances du drame et les consultations avec les experts n’appuient pas la thèse du suicide. La thèse de l’accident est confirmée. »

Fin de l’histoire.

Après six mois de mystère et d’intrigues, la mort d’Elisa a été considérée comme un accident et la police de Los Angeles a classé l’affaire.

En résumé, les conclusions établissent qu’une jeune femme atteinte d’une pathologie psychiatrique a souffert d’un épisode psychotique alors qu’elle se trouvait dans l’hôtel. Cette crise explique le comportement observé sur la vidéo et les agissements de la victime qui se serait rendue sur le toit du bâtiment, aurait grimpé à l’échelle du réservoir et ouvert la trappe avant de s’y glisser. Une fois à l’intérieur, elle aurait tenté de nager ou simplement de rester à la surface ; elle aurait sans doute paniqué, piégée dans plus de deux mètres d’eau, avant de finir par se noyer.

De toutes les morts accidentelles, celle-ci est sans doute la plus étrange. Chaque fois que j’en fais le récit, je reste sceptique. Mais en l’absence d’alternative, cela reste la meilleure explication. À dire vrai, c’est la seule qui soit plausible, même si elle n’est pas très convaincante.

Je me pose encore aujourd’hui de nombreuses questions, auxquelles il existe des réponses. Le plus frustrant, c’est que la plupart d’entre elles pourraient mettre fin aux spéculations qui ont continué jusqu’à ce jour d’entourer la mort d’Elisa, même après le classement de l’affaire. Toutefois, ces questions ne peuvent être résolues, les enquêteurs se refusant à tout commentaire.

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L’échelle
Crédits : Daniel Shea

Lors de ce reportage, j’ai essayé à plusieurs reprises de rencontrer les principaux enquêteurs en charge de l’affaire : Greg Stearns et Wallace Tennelle. Mais tous mes mails et appels sont restés sans réponse. L’officier Tim Marcia, qui a également travaillé sur l’enquête, a répondu à l’un de mes mails. Il a refusé de s’exprimer car n’étant pas enquêteur en charge, ce n’était pas son rôle. Il a toutefois confirmé l’absence de caméra de surveillance dans le couloir du 14e étage et m’a assuré que les officiers ont déployé tous leurs efforts après la disparition d’Elisa, dès lors qu’il restait une possibilité pour qu’elle soit en vie.

Par ailleurs, l’officier Marcia a omis de mentionner que la disparition d’Elisa est survenue au même moment qu’un autre incident, ce que j’ai réalisé grâce aux commentaires d’internautes sur les forums.

Le 3 février, un ancien officier de police de Los Angeles nommé Christopher Dorner a provoqué une fusillade qui a tenu l’Amérique en haleine pendant plusieurs jours. Christopher a publié sur Facebook un manifeste par lequel il déclarait « la guerre » à la police municipale de Los Angeles. Puis, il a commis une série de meurtres ayant entraîné la plus grande traque jamais organisée par la police de la ville. Le 12 février, la cavale de l’ancien policier a pris fin dans les montagnes de San Bernardino, après une lutte acharnée dans laquelle il a trouvé la mort.

On comprend mieux désormais pourquoi l’affaire Elisa Lam n’a pas attiré davantage l’attention des médias. Et pourquoi la police n’a vraisemblablement pas mis en œuvre tous les moyens nécessaires pour résoudre l’affaire.

Quoi qu’il en soit, l’officier Marcia était persuadé de l’exactitude des conclusions présentées dans le rapport. « Sans parler des problèmes psychologiques qui ont été diagnostiqués, nous [les forces de police et médecins-experts] sommes persuadés que ce diagnostic explique son comportement », m’a-t-il confié dans un mail.

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Elisa Lam a été retrouvée dans un de ces réservoirs
Crédits : Daniel Shea

Lorsque je lui ai dit que les enquêteurs ne me répondaient pas et que le silence de la police faisait le jeu de détectives amateurs maladroits, il m’a répondu :

« Le problème des détectives amateurs, c’est qu’ils se basent sur le peu d’informations que nous laissons filtrer… Les médias sélectionnent et manipulent l’information selon leurs besoins, fournissant à ces détectives des éléments de vérité. Lorsqu’une personne VEUT se satisfaire de ces éléments ou verser dans la théorie du complot, elle néglige les explications raisonnables et plausibles et se tourne vers l’improbable. »

Quelques minutes plus tard, un autre message m’est parvenu :

« Josh, les bons enquêteurs agissent selon le principe du rasoir d’Ockham : “À choisir entre plusieurs explications, la plus simple est souvent plus proche de la vérité que la plus complexe d’entre elles.” Autrement dit, si tu entends parler de traces de sabots, cherche un étalon, pas un zèbre. Une fois la piste de l’étalon écartée, tu peux suivre celle du zèbre… »

Par la suite, j’ai continué pendant des semaines d’écrire à Greg Stearns, en vain. Puis, à la fin du mois de juin, après avoir en dernier recours inondé de messages son compte LinkedIn, j’ai reçu une réponse. Alerte spoiler : elle est loin d’être satisfaisante.

« J’ai reçu vos mails et je comprends quelles sont vos intentions en rédigeant cet article », m’a-t-il écrit. « Malheureusement, l’officier Tennelle et moi-même ne sommes pas en mesure de vous aider. Nous ne pouvons pas fournir d’information supplémentaire sans porter atteinte à la vie privée d’Elisa et de ses proches. »

C’est la seule réponse à laquelle j’ai eu droit. Par la suite, toutes mes demandes ont été ignorées.

L’image retrouvée

Lorsque les services de police vous font obstacle, vous commencez à être frustré, et cette frustration mène très facilement à la suspicion, surtout quand le service est connu pour son passé discutable, comme c’est le cas avec le LAPD. C’est exactement comme ça que l’affaire a fini par échapper à tout contrôle : les informations divulguées par la police (la vidéo) ont suscité un certain intérêt, mais un désengagement de la part des personnes responsables a laissé la voie libre aux théories les plus folles.

« Ce “mystère” est résolu », a écrit Oliver en haut de son billet.

Mais, vraiment, lorsque je me suis assis et que j’ai regardé ma liste de questions, aucune ne semblait susceptible de résoudre l’affaire et de suggérer une alternative plus plausible à la conclusion à laquelle avait abouti le légiste – et par procuration, les inspecteurs qui refusaient de parler.

D’autres étaient d’accord.

L’un d’entre eux était le Dr Drew Ramsey, un psychiatre de l’université de Columbia qui s’avère également être un ami. Ramsey a beaucoup d’expérience dans le suivi et le traitement de patients atteints de psychose et de bipolarité. En se basant uniquement sur la vidéo, sa première idée était qu’Elisa Lam avait probablement traversé un épisode psychotique qui l’avait conduite à sa mort. Son avis s’appuyait sur le comportement qu’il observait dans la vidéo, le même qui était à l’origine de milliers de théories plus folles les unes que les autres.

« À en juger parce que je vois sur ces images, il s’agit d’un cas typique de préoccupation et de psychose internes », m’a-t-il écrit dans un mail. « Elle est paranoïaque et elle cherche quelqu’un. Elle appuie sur tous les boutons, avance à pas mesurés et fait ces gestes des mains caractéristiques – un cas classique de psychose. »

Lorsque je lui ai envoyé le rapport d’autopsie, ses suspicions ont été confirmées. Et les médicaments que prenait Lam n’ont fait que clarifier les choses : « Nous avons là une patiente qui relève clairement de la psychiatrie, atteinte à tout le moins de dépression et d’instabilité émotionnelle, traitée avec plusieurs médicaments, à l’âge où des troubles comme la bipolarité ou la schizophrénie ont tendance à survenir. »

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Rouille
Crédits : Daniel Shea

J’ai entendu à peu près la même chose de la part de Samantha Oliver, une femme de 29 ans originaire de Boston qui recrute des ingénieurs pour une start-up tech, mais qui évoquera quelque chose aux utilisateurs de la section Mystères non-élucidés de Reddit, où elle est connue sous le pseudonyme de hammmy_sammmy.

Oliver assure une modération active des sujets liés à Lam depuis le début, et après avoir lu et approuvé des mois de théories souvent absurdes, elle s’est sentie le besoin de dire quelque chose. En juin dernier, elle a écrit un billet intitulé « Résolu », dans l’objectif de faire taire les derniers sceptiques.

J’ai découvert qu’Oliver était extrêmement bien placée pour se prononcer sur la question. En tant que modératrice sur un forum traitant d’informations concernant des affaires suspectes, elle sait faire la différence entre un véritable mystère et un mystère qui repose sur des intentions cachées, des demi-vérités et des malentendus. Mais Oliver s’est davantage intéressée au cas d’Elisa car elle avait une compréhension poussée des questions soulevées par le dossier. En 2010, elle a passé huit semaines dans le service psychiatrique Johns-Hopkins à Baltimore après avoir été victime d’une série de crises psychotiques partielles déclenchées, d’après elle, par l’utilisation d’Adderall.

« Ce “mystère” est résolu », a écrit Oliver en haut de son billet. « La conclusion officielle affirmant qu’elle a été victime d’un épisode maniaque et s’est accidentellement noyée est soutenue par de nombreuses preuves physiques ainsi que des avis médicaux établis, que j’ai exposés en détails pour le plaisir de votre lecture. »

Les détails suivent, et ils sont en effet minutieux. Puis Olivier concluait :

« Bien que ce cas soit résolu, je dois admettre qu’il est très intéressant et inhabituel – pour être honnête, d’après le wiki, les médecins légistes ont classifié la cause de sa mort comme “indéterminée” jusqu’à trois jours avant la publication du rapport d’autopsie, où ils l’ont changée en “accidentelle”. S’il est vrai que j’ai beaucoup aimé faire des recherches sur ce sujet, l’affaire Elisa Lam n’est pas un mystère – c’est une tragédie. »

Une tragédie qui, comme l’explique Ramsey, n’est même pas si mystérieuse. La preuve est là, dans la vidéo. « C’est une femme complètement paranoïaque, qui veut clairement se cacher. Nous voyons déjà sur la vidéo qu’elle préfère se cacher dans un conteneur, comme cet ascenseur. Où est-il également intéressant de se cacher pour elle ? Dans un réservoir à eau. La manière dont elle se comporte dans l’ascenseur correspond à un diagnostic psychiatrique, et correspond aux circonstances dans lesquelles elle s’est cachée dans un conteneur. Quel est l’endroit le plus sûr pour se cacher ? On peut dire qu’elle l’avait trouvé, puisqu’on a mis deux semaines à l’y découvrir. »

Lorsque j’ai fini de disséquer l’affaire, j’ai avant tout ressenti de la tristesse. Je me suis également senti complice d’avoir encouragé les originaux, et pour le rôle que joue cette histoire dans la perpétration de la légende que la mort d’Elisa Lam est devenue et sera à jamais, qu’il s’agisse de forums remplis de folles spéculations, ou de la saison cinq d’American Horror Story, sous-titrée « Hotel », qui s’inspirait, selon son créateur Ryan Murphy, de la vidéo de l’ascenseur.

Ce que je veux vraiment, plus que tout, c’est pouvoir ajouter un élément de valeur au-delà de la dissection de demi-vérités ou de mythes purs et simples. Ce que j’aimerais faire, c’est pouvoir raconter l’histoire d’Elisa Lam avant qu’elle n’ait pris l’avion pour la Californie.

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Les couloirs ne sont malgré tout pas rassurant
Crédits : Stephen Friday

Malheureusement, il s’agit d’une tâche bien plus complexe que je ne le souhaiterais. Ses parents n’ont pas parlé publiquement depuis la disparition de leur fille. Sa sœur Sarah, qui est maquilleuse, n’a pas répondu aux messages que je lui ai envoyés, et étant donné ce qu’Internet a fait à l’image de sa sœur, je comprends complètement pourquoi elle choisirait d’ignorer un journaliste souhaitant écrire un article sur le sujet.

Ainsi, les choses que je sais sur Elisa Lam sont peu nombreuses.

C’était une jeune femme canadienne âgée de 21 ans, qui allait à l’université de la Colombie-Britannique mais n’était pas inscrite au moment où elle a décidé de voyager seule à travers la Californie, en train ou en bus. Ses parents, tous deux originaires de Hong Kong, sont propriétaires d’un restaurant chinois à Burnaby, dans la banlieue de Vancouver, qui est resté fermé pendant des semaines après la mort d’Elisa. Pendant cette période, des personnes sont venues déposer des fleurs devant les portes de l’établissement.

Voici les faits. Au-delà de ça, on ne trouve qu’un portrait fragmenté de pièces tirées de son propre personnage contruit en ligne, celui qu’elle s’était créé, avant que nous ne prenions les commandes.
La réalité sur les choses que nous écrivons en ligne est qu’elles demeurent, bien après nous. Cela signifie que tout ce que vous lisez après les faits, particulièrement dans une affaire aussi complexe et mystérieuse que celle-ci, prend les couleurs de son contexte.

Si l’on en croit son blog, ses Tumblr et son Instagram, Elisa Lam était intelligente et drôle, souvent sarcastique, et avait un intérêt pour grand nombre des choses qui attirent les autres femmes intelligentes et curieuses de son âge : la littérature, l’architecture, la photographie, et plus particulièrement la mode. Comme pour beaucoup d’entre nous, les problèmes d’Elisa semblaient principalement venir de l’intérieur, et elle n’avait pas peur d’en dire beaucoup en ligne, pour quiconque tombait sur ses blogs. Son Tumblr, qu’elle avait intitulé Nouvelle/Nouveau, alterne entre ombre et lumière, entre colère et optimisme, entre citations profondes sur la solitude et l’identité, et d’autres éléments, choisis (je suppose) car elle les trouvait drôles.

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Elisa Lam, tout sourire

Il est vain de formuler des hypothèses sur une personne à partir des images qu’elle récupérait sur d’autres sites et postait sur sa page, mais il était agréable de rire des choses qu’Elisa avait sélectionnées précisément parce qu’elles étaient marrantes.

Cette personne, vue à travers une toute petite fenêtre virtuelle sur laquelle on ne trouve que quelques lignes écrites par ses soins, et aucune photo personnelle, était d’une certaine manière plus vivante et tridimensionnelle que n’importe quelle version d’Elisa Lam que j’avais trouvée jusque-là.
Jusqu’à l’automne 2012, où elle avait noté qu’elle était « bien plus active sur tumblr », Elisa tenait un autre blog qui, bien que mis à jour peu fréquemment, semble être un récit honnête et brut de ses sentiments : de la frustration, de la déception, de la confusion et d’une bonne dose de haine de soi. Elisa trouvait qu’elle mangeait mal et qu’elle ne faisait pas assez d’exercice. Elle se trouvait paresseuse et s’inquiétait de ce qu’elle allait faire de sa vie. En d’autres termes, elle ressentait le genre de choses que nous ressentons tous à 21 ans. Mais Elisa avait aussi des problèmes plus importants, plus sérieux.

La dépression la hantait, et semble avoir refait surface en 2012, ce qui lui a fait de nouveau rater des cours. En trois ans, écrit Elisa, elle n’avait validé que trois matières et elle était toujours officiellement étudiante en première année. Pendant ce temps-là, ses pairs avançaient dans la vie, et cette réalité accentuait sa dérive. Elle dormait pendant la journée et restait debout la nuit, en ligne, à lire des articles sur la mode et à poster sur les réseaux sociaux, où l’on trouve toujours quelqu’un à qui parler.

Son avant-dernier billet, écrit le 4 avril 2012, est intitulé « Les inquiétudes d’une vingtenaire », et il est particulièrement douloureux à lire avec le recul.

« J’ai passé environ deux jours au lit à me détester. Pourquoi est-ce que je ne fais pas simplement les choses qui me permettront de me sentir mieux ? Ce n’est pourtant pas sorcier. Ce n’est pas si difficile. Sors de ton lit. Mange. Vois des gens. Parle aux gens. Fais du sport. Écris. Lis. »

La suite du billet n’est pas moins violente, une diffusion publique des caractéristiques qu’Elisa déteste le plus en elle qui se termine par ces lignes : « La seule chose qui te différencie, c’est que ta vie est un échec complet et que tu as une dépression tellement snob qu’elle te rend spéciale. Pourquoi ne pas en être super fière ? Oh, c’est spécial car les gens peuvent te plaindre, et tu peux donc les manipuler avec leur pitié, et les utiliser pour leur soutirer plus de temps. Mais tu ne fais rien. Mon Dieu, je te déteste tant. »

Cette dernière ligne m’a interpelé.

C’est à ce moment-là que mon exploration du personnage virtuel d’Elisa à la recherche de sa véritable personne a cessé de ressembler à du journalisme et a commencé à ressembler à du voyeurisme. Étant donné que je n’avais pas accès aux gens qui la connaissaient, j’allais à la pêche aux informations dans des collections éparses de ses pensées, dont beaucoup étaient bâclées dans ses moments les plus vulnérables. Je me suis senti un peu mal.

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La caméra de l’ascenseur
Crédits : Daniel Shea

J’ai remarqué que le billet avait 48 commentaires. Ça faisait beaucoup pour le blog d’une étudiante. J’ai cliqué.

Le premier avait été laissé par un lecteur inquiet, qui offrait de l’aide, écrit dix semaines après la publication du billet. Mais les 47 suivants ont tous été écrits après sa mort, et le premier – posté le 1er mars 2013 à 2 h 52 – a restauré ma confiance dans le fait que la poursuite du fantôme virtuel d’Elisa était un exercice qui valait le coup, après tout.

Je reproduis ce billet dans son intégralité :

Elisa,

Ça va sembler stupide à beaucoup de monde, car j’écris à une personne décédée.
Je ne te connais pas et nous ne nous sommes jamais rencontrées, nous ne soupçonnions même pas l’existence l’une de l’autre jusqu’à ta mort tragique. Lorsque j’ai entendu la nouvelle et vu ta photo pour la première fois. Je ne sais pas pourquoi, mais je me suis sentie déchirée et attirée par toi. Je suis devenue obsédée par la trouvaille d’articles concernant l’affaire. J’ai essayé, mais je n’arrivais pas à lâcher. En savoir davantage sur toi est devenu une obsession.

Maintenant, après avoir lu tes tumblr, tes tweets et ce blog, je ne sais pas quoi dire car j’ai littéralement l’impression de me regarder dans un miroir. Tes mots sont exactement les mots que j’ai prononcés (et tapés) dans ma vie. Tes questions sont celles que je me suis posées si souvent. Tes peurs, tes regrets, et même tes joies et tes moments de gaieté. Je comprends la raison de ta dépression, comme c’est le cas pour moi… l’inassouvissement de deux grands désirs : être aimée, être comprise.

Tu es une perfectionniste, et tu recherches l’amour parfait. À tel point qu’aux yeux du monde, tu sembles étrange et à part, ça te donne l’impression que personne ne te comprend. À certains moments, tu veux être comme les autres, mais au fond de toi, tu sais que tu ne peux pas aller à l’encontre de ce que tu es. Tu te demandes souvent pourquoi c’est si simple pour tous les autres, pourquoi c’est si dur pour toi.

Ces commentaires ont été laissés par des passants qui sont venus car ils étaient curieux et sont restés car ils ont trouvé de la compagnie.

J’espère que dans la mort tu pourras toujours lire cette lettre. Car au moins, tu saurais… que quelqu’un comprend. Mais même dans la mort, tu as aidé d’autres personnes. Car maintenant que je te connais, je sais… que quelqu’un me comprend. Toute ma vie, j’ai aussi posé cette question… si seulement… si seulement quelqu’un me comprenait. Comprenait ce que je traverse. L’ironie d’avoir finalement trouvé quelqu’un qui me comprend, mais qu’elle soit partie. Mon seul regret est… de ne pas t’avoir trouvée plus tôt.
*soupir*

Dieu te bénisse. Bon voyage…

Il est facile d’être épuisé et démoralisé par Internet, ce lieu qui semble donner vie à tous les pires êtres du monde, offrant un porte-voix pour que la haine et la colère soient déversées sans répercussions, grâce à l’anonymat, à la facilité et à la sécurité offerts par le fait de crier sur un écran en tapant des lettres capitales sur un clavier. En ligne, les gens se changent souvent en tyrans.

Ou s’ils ne sont pas des tyrans, ce sont des originaux qui font du mal même lorsqu’ils essaient de faire du bien – comme c’est notamment le cas avec les personnes qui participent à la publication de messages sur des forums traitant de crimes non résolus. Trop de zèle est dangereux – comme lorsque les redditors ont balancé le mauvais porteur de sac à dos suite aux attentats de Boston, où qu’ils ont accusé un chanteur de death metal d’être impliqué dans la mort d’une jeune femme que personne ne connaissait.

Mais le fait de lire les commentaires sur le blog de Lam, en dessous d’un passage si brut et honnête que je me suis senti mal à sa lecture, m’a rappelé qu’Internet avait autre chose à offrir : une communauté.

Ces commentaires ont été laissés par des passants qui sont venus car ils étaient curieux et sont restés car ils ont trouvé de la compagnie. Un rédacteur anonyme a raconté comment la mort d’un ami avait rassemblé de nombreuses personnes qui s’étaient éloignées, une manière de faire passer le message que même les pires choses peuvent apporter un peu de bon.

Jusqu’à la fin, j’ai continué à avoir des nouvelles d’Elliott, ce lycéen de 16 ans, utilisateur de Reddit, qui ne cessait d’être hanté par les détails de cette affaire. Comme moi, il essayait de se faire une idée de la personne qu’était vraiment Elisa Lam. Et, comme moi, la curiosité d’Elliot s’est transformée lorsqu’il a lu son blog.

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Une porte du Cecil Hotel
Crédits : Daniel Shea

Au lieu de voir cette histoire comme un divertissement, il a commencé à penser à « qui était Elisa Lam quand elle était vivante », m’a-t-il dit. C’est ce qui l’a poussé à revenir. Elliot était toujours obsédé par l’affaire, mais ressentait désormais « une connexion profonde » avec elle. « Je voulais ainsi savoir comment elle était morte et pourquoi elle agissait de la façon dont elle agissait dans la vidéo. »

Plus de deux ans plus tard, il est un peu gêné de se souvenir de l’époque où sa curiosité était plus impétueuse. Avec le recul, ça semble mal. « Ceux qui ont traité son affaire comme un film d’horreur ou un énième volet de Paranormal Activity ont été beaucoup trop nombreux », m’a-t-il dit. « Tout le monde pense que juste parce qu’elle séjournait dans un hôtel dans lequel d’anciens tueurs en série ont séjourné, elle a été assassinée, alors que les faits ne vont pas dans ce sens. »

Comme moi, il essayait de sauver son histoire, à sa manière.

« Je ne veux pas qu’on se souvienne d’elle comme de la fille qui se décomposait dans l’eau potable d’un hôtel. Je veux qu’on se souvienne d’Elisa… comme d’une fille qui était incroyablement honnête envers elle-même et envers le monde. Je veux qu’on se souvienne d’elle comme de la fille qui adorait lire Gatsby en français, qui aimait apprendre de nouvelles choses et avait un goût exquis en matière de mode. »

« Mais je veux également qu’on se souvienne de sa mort comme d’une tragédie, car nous avons perdu quelqu’un qui aurait pu changer le monde. Au fond, l’héritage d’Elisa est tragique car ce n’est que lorsqu’elle a été retrouvée morte qu’elle a fini par prendre vie aux yeux du monde. »


Traduit de l’anglais par Margaux Fichant, Audrey Previtali et Marie-Audrey Esposito d’après l’article « American Horror Story: The Cecil Hotel », paru dans Matter.

Couverture : La façade du Cecil Hotel, par Daniel Shea.


TOUT EST VRAI.

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