par Lampard27 | 0 min | 1 septembre 2016

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Inspec­­teur pro-cash

La crimi­­na­­lité est la préoc­­cu­­pa­­tion centrale de la tran­­si­­tion globale vers l’éco­­no­­mie cash­­less. C’est pourquoi Björn Ulvaeus parle constam­­ment de sécu­­rité publique. On pour­­rait donc penser que l’an­­cien président d’In­­ter­­pol, l’Or­­ga­­ni­­sa­­tion inter­­­na­­tio­­nale de police crimi­­nelle, le soutien­­drait. Mais ce n’est pas le cas. Voici Björn n°2, le leader de Kontan­­tup­­pro­­ret, la « révolte de la monnaie » suédoise.

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Björn Eriks­­son
Crédits : Petter Arvid­­son

Björn Eriks­­son est un grand homme aux sour­­cils épais et aux cheveux gris ébou­­rif­­fés. Quand il s’as­­sied, on dirait qu’il le fait à contrecœur, comme s’il aurait préféré rester debout pour avoir une conver­­sa­­tion en marchant rapi­­de­­ment. Lui et Ulvaeus partagent plus qu’un prénom. Ils sont tous les deux nés en 1945 et auront 71 ans cette année. Mais si le temps a radi­­ca­­lisé Ulvaeus, il a endurci Eriks­­son. Au début des années 1980, lorsque Eriks­­son travaillait pour les douanes suédoises, il a décou­­vert une opéra­­tion secrète de la police desti­­née à faire passer illé­­ga­­le­­ment des appa­­reils d’écoute dans le pays. Le direc­­teur de la police natio­­nale d’alors a annoncé sa démis­­sion peu après et Eriks­­son a été encou­­ragé à prendre sa place. Il a passé le reste de sa carrière dans les auto­­ri­­tés, dont la moitié à la tête de la police suédoise avant d’être nommé à la prési­­dence d’In­­ter­­pol. Bien que tech­­nique­­ment à la retraite, il ne lui est jamais venu à l’es­­prit d’ar­­rê­­ter de travailler. Le « problème des liqui­­di­­tés », comme il l’ap­­pelle, est une des raisons qui le pousse à conti­­nuer. Il y consacre toute son éner­­gie, n’y voyant que corrup­­tion, trom­­pe­­rie et risques pour la sécu­­rité. Ce ne sont pas les consom­­ma­­teurs qui donnent forme à l’uto­­pie cash­­less d’Ul­­vaeus, selon lui. Ce sont les banques et les socié­­tés de cartes de crédit. Ce sont après tout les banques qui ont poussé les gens à utili­­ser des cartes de crédit en premier lieu. Et ce sont elles qui ont créé Swish, pas une start-up indé­­pen­­dante. Leurs avan­­tages finan­­ciers sont évidents : les cartes, avec leurs frais cachés, remplissent les caisses des banques, pas les pièces et les billets qui s’en­­tassent dans leurs coffres. Les espèces sont même coûteuses pour les banques. Elles doivent être trai­­tées, comp­­tées, trans­­por­­tées, surveillées, recomp­­tées… Comme le dit Niklas Arvid­s­son, écono­­miste à l’Ins­­ti­­tut royal de tech­­no­­lo­­gie de Stock­­holm : « Les banques ont des inté­­rêts évidents à voir dispa­­raître les liqui­­di­­tés. » Le temps, c’est de l’argent, et l’argent prend du temps. La plupart des Suédois ne sont pas des gens cyniques. Ils aiment la tech­­no­­lo­­gie et ont confiance en leur gouver­­ne­­ment et en leurs insti­­tu­­tions. Les chiffres montrent que la majeure partie d’entre eux sont très heureux de renon­­cer aux liqui­­di­­tés. C’est un chan­­ge­­ment si pratique que beau­­coup ne semblent même pas le remarquer. C’est préci­­sé­­ment ce qui inquiète Eriks­­son : non pas l’op­­por­­tu­­nisme des banques, qui semble inévi­­table, mais la désin­­vol­­ture avec laquelle tant de Suédois se sont jetés dans l’abîme d’un futur nébu­­leux et possi­­ble­­ment dange­­reux. L’an­­née dernière, Eriks­­son a lancé Kontan­­tup­­pro­­ret, une orga­­ni­­sa­­tion dont la mission prin­­ci­­pale est de sauver les couronnes impri­­mées de l’ex­­tinc­­tion. Elle se consti­­tue majo­­ri­­tai­­re­­ment d’ha­­bi­­tants des campagnes, de petits commerçants et de retrai­­tés – en d’autres termes, ceux pour qui la dispa­­ri­­tion soudaine de l’argent liquide a été assez problé­­ma­­tique pour qu’ils prennent le temps d’y réflé­­chir.

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Lors d’une confé­­rence de Kontan­­tup­­pro­­ret
Crédits : Henrik Mont­­go­­mery/TT

Les chan­­ge­­ments

Camilla Kris­­tens­­son et Lars-Erik Olsson vivent à Gärd­slöv, un groupe de maisons trop petit pour être appelé un village (sa popu­­la­­tion est esti­­mée à 22 personnes) dans le sud de la Suède. Kris­­tens­­son et Olsson sont respec­­ti­­ve­­ment tréso­­rier et président du conseil cultu­­rel de Gärd­slöv, qui super­­­vise entre autres les cueillettes de cham­­pi­­gnons et les ateliers de fabri­­ca­­tion de char­­bon. Après l’un de ces événe­­ments l’été dernier, Kris­­tens­­son avait envi­­ron 20 000 couronnes à dépo­­ser sur le compte du conseil. Elle s’est donc rendue à la banque locale, située à une dizaine de minutes en voiture de chez elle. Pour la première fois, son dépôt a été refusé. Elle devait désor­­mais se rendre chaque mois dans la grande ville la plus proche, à 40 minutes de là, pour y dépo­­ser autant d’argent que possible, cachant le reste à divers endroits. Ce qui agace le plus Olsson et Kris­­tens­­son, ce n’est pas seule­­ment le fait que les banques refusent leur argent, c’est la rapi­­dité avec laquelle ce chan­­ge­­ment a eu lieu, sans qu’on se demande quelles consé­quences cela pour­­rait avoir sur les gens comme eux. « Tout a changé du jour au lende­­main », explique Olsson. « Mais il faut du temps pour s’adap­­ter. » Le conseil des Olsson fait désor­­mais partie de la coali­­tion d’ac­­ti­­vistes pro-cash d’Eriks­­son. Ils orga­­nisent des réunions, font circu­­ler des péti­­tions et attirent l’at­­ten­­tion des gens sur l’ac­­cès aux espèces. Ulvaeus, qui n’a aucune consi­­dé­­ra­­tion pour le point de vue d’Eriks­­son, décrit le mouve­­ment comme « Eriks­­son et son avant-garde de vieux crou­­lants ». Peut-être qu’ils ne sont pas jeunes, mais ils sont les seuls à parler du point de vue des consom­­ma­­teurs face à ce boule­­ver­­se­­ment écono­­mique majeur. Le gouver­­ne­­ment suédois a tenu plusieurs audiences pour discu­­ter de la régu­­la­­tion future des liqui­­di­­tés, en bonne partie grâce au travail de Kontan­­tup­­pro­­ret. En septembre 2016, le parle­­ment pour­­rait être amené à voter une loi exigeant des banques qu’elles proposent des services en liquide. Fait surpre­­nant, le mouve­­ment a reçu le soutien du direc­­teur de la Banque de Suède. Mais Eriks­­son joue néan­­moins un autre rôle dans cette histoire : il est à la tête d’un des plus gros lobbies de sécu­­rité privée. De récentes études écono­­miques quali­­fient cette indus­­trie de « grande perdante » du monde cash­­less. Le person­­nel de sécu­­rité assure notam­­ment la protec­­tion des coffres et de l’argent physique. Sans argent liquide, ils n’au­­raient plus de travail. Mais selon Eriks­­son, tout le monde est concerné. Il est convaincu que ses inté­­rêts sont aussi ceux des consom­­ma­­teurs. home-features4@2xPour lui il n’y a aucun doute, le cash est garant de la sécu­­rité. On peut le tenir dans ses mains, il peut être protégé. Le dépen­­ser n’oblige pas à parta­­ger ses infor­­ma­­tions person­­nelles avec des socié­­tés de carte de crédit, des créa­­teurs d’ap­­pli­­ca­­tions ou des banques. Il est indé­­niable que les braquages de banque et les agres­­sions ont dimi­­nué ces dernières années en Suède, mais selon les statis­­tiques issues des mêmes orga­­nismes natio­­naux, les affaires de fraude impliquant des vols d’iden­­tité ont plus que doublé. Et cette statis­­tique ne s’ap­­puie que sur les cas commu­­niqués à la police. La plupart des banques ne partagent pas publique­­ment la fréquence à laquelle les infor­­ma­­tions de leurs clients sont volées, ni leurs systèmes infil­­trés. Il y a fort à parier que ces chiffres sont plus élevés que ne l’es­­pèrent les consom­­ma­­teurs. Pendant que les Suédois swishent et swipent leur argent, ils s’ex­­posent à de nouveaux risques. Les cyber­­cri­­mi­­nels pour­­raient les faire chan­­ter en divul­­guant des infor­­ma­­tions déli­­cates, ou exploi­­ter des failles de sécu­­rité pour s’em­­pa­­rer de leur iden­­tité. « Le cyber-crime devient de plus en plus agres­­sif », explique Ulrika Sund­­ling, l’ins­­pec­­teur-chef de l’unité de cyber-inves­­ti­­ga­­tion de la police suédoise. Elle affirme que les consom­­ma­­teurs sont souvent peu au fait de la menace et donc peu enclins à passer par des étapes supplé­­men­­taires pour se proté­­ger. Ce sont les « maillons les plus faibles » de la chaîne. Eriks­­son harcèle les banques suédoises depuis des années car il est convaincu qu’elles cachent les pertes de sommes exor­­bi­­tantes par peur de la mauvaise publi­­cité. Il a même fait l’ac­qui­­si­­tion de parts dans diffé­­rentes banques pour parti­­ci­­per aux réunions action­­na­­riales dans l’es­­poir d’ob­­te­­nir des réponses. « Ils ne m’aiment pas », dit-il avec un rictus. De leur côté, les banques affirment qu’elles conservent ces infor­­ma­­tions pour garan­­tir la sécu­­rité de leurs clients. Gunilla Garpås, busi­­ness deve­­lo­­per senior pour Nordea et co-fonda­­teur de Swish, pense que davan­­tage de trans­­pa­­rence sur les cyber-attaques et la fraude « nous expo­­se­­rait à de vrais dangers, ainsi que nos clients ». Les suspi­­cions d’Eriks­­son ne s’ar­­rêtent pas aux banques. Il est convaincu que le parrai­­nage du musée ABBA par MasterCard est la véri­­table raison pour laquelle Ulvaeus est un parti­­san si fervent du cash­­less. Il faut souli­­gner qu’Ul­­vaeus a écrit ses premiers articles sur le sujet long­­temps avant que le musée n’ouvre. MasterCard tire malgré tout des béné­­fices consi­­dé­­rables de cette histoire. La compa­­gnie est aussi un des spon­­sors majeurs d’iZet­tle, le lecteur de cartes le plus répandu en Suède.

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Qu’on ne s’y trompe pas : les écono­­mistes prédisent depuis des années la fin de la monnaie physique et les trans­­for­­ma­­tions effec­­tuées en Suède montrent que le temps du chan­­ge­­ment approche pour le reste du monde. Fina­­le­­ment, les deux Björn ne souhaitent qu’une chose : vivre dans une société plus sûre. Ulvaeus affirme que la marche du monde va dans le sens de la suppres­­sion des liqui­­di­­tés, mais les consom­­ma­­teurs ont besoin de s’y sentir en sécu­­rité, selon Eriks­­son. Ils ne sont pas tant rivaux que complé­­men­­taires.

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Un billet suédois du XIXe siècle

Pour autant, ils ne se voient pas comme tels et restent campés sur leurs posi­­tions. Lorsque je propose de les réunir pour qu’ils entre­­choquent leurs idées autour d’un schnaps, Ulvaeus réflé­­chit un instant avant de répondre : « Non, je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Je pour­­rais m’éner­­ver. » Ce qui ne serait pas si terrible. Imagi­­nez-les se battre au moment de régler l’ad­­di­­tion.


Traduit de l’an­­glais par Anto­­nin Pado­­vani et Nico­­las Prouillac d’après l’ar­­ticle « One Swede Will Kill Cash Fore­­ver—Un­­less His Foe Saves It From Extinc­­tion », paru dans Wired. Couver­­ture : 100 couronnes suédoises dispa­­raissent. (Ulyces)

COMMENT BRAQUER 450 MILLIONS DE DOLLARS EN BITCOINS SANS SE FAIRE CHOPER

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En 2014, 850 000 bitcoins se sont vola­­ti­­li­­sés de la plate­­forme Mt. Gox : des centaines de millions d’eu­­ros et une montagne d’en­­nuis pour son CEO.

I. Un trésor numé­­rique

De Tokyo — Quand le Français Mark Karpe­­lès, le PDG de Mt. Gox, qui fut un jour la plus grande bourse d’échange de bitcoins au monde, a déclaré son entre­­prise en faillite après le pira­­tage de 850 000 bitcoins (qui valaient envi­­ron un demi-milliard de dollars à l’époque) en février 2014, il ne mentait pas tout à fait. Mais il ne disait pas exac­­te­­ment la vérité non plus. Il dissi­­mu­­lait un fait étrange, que nous n’avons appris que très récem­­ment. Il appa­­raît qu’au moins 80 000 bitcoins ont été pira­­tés avant même que Karpe­­lès ne prenne la tête de l’en­­tre­­prise, et que ce cyber-braquage initial a enclen­­ché une spirale de problèmes qui ont peut-être bien conduit direc­­te­­ment à l’ef­­fon­­dre­­ment finan­­cier de la société.

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Kerpe­­lès lors de son arres­­ta­­tion en août 2015
Crédits : News­­com

La semaine dernière, nous avons obtenu des e-mails internes, des contrats, ainsi que d’autres docu­­ments rela­­tifs à l’im­­plo­­sion de l’en­­tre­­prise de Karpe­­lès, Mt. Gox. Assor­­tis d’in­­for­­ma­­tions four­­nies par un ancien employé qui s’oc­­cu­­pait de la comp­­ta­­bi­­lité de le société, les docu­­ments révèlent de nouveaux détails sur les raisons de la faillite de Mt. Gox. D’après l’avo­­cat de Karpe­­lès, Nobuyasu Ogata, l’un des e-mails en ques­­tion a été présenté au tribu­­nal comme pièce à convic­­tion par la partie civile pour démon­­trer que Karpe­­lès ne se montrait pas coopé­­ra­­tif avec ses clients. Le même e-mail, cepen­­dant, peut servir à l’in­­no­­cen­­ter pour d’autres chefs d’ac­­cu­­sa­­tion. Mais n’al­­lons pas trop vite. Mt. Gox, qui fut un jour la plus grande bourse d’échange de la monnaie élec­­tro­­nique décen­­tra­­li­­sée, a déposé le bilan pour faillite en février 2014, lorsqu’il s’est avéré que 850 000 bitcoins, alors d’une valeur de 450 millions de dollars, s’étaient vola­­ti­­li­­sés ou bien avaient été déro­­bés par des hackers. Mt. Gox a égale­­ment fait état de la perte de 27 millions de dollars en espèces. Le 7 mars 2014, une semaine après les faits, Mt. Gox a déclaré avoir « retrouvé » 200 000 bitcoins dispa­­rus, après avoir remis la main sur un vieux porte-feuille égaré. Le 1er janvier 2015, les enquê­­teurs de la police métro­­po­­li­­taine de Tokyo ont conclu après leurs inves­­ti­­ga­­tions préli­­mi­­naires que seuls 1 % des bitcoins manquants (soit 7 000 BTC) l’étaient pour cause de cybe­­rat­­taques. La police suspecte que les 643 000 autres bitcoins ont été reti­­rés des comptes clients par une personne incon­­nue.

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