Pour Avi Loeb, l'objet interstellaire Oumuamua pourrait bien ne pas être d'origine naturelle. Si des extraterrestres étaient derrière, cet astronome de Harvard a déjà tout prévu.

par Laura Boudoux | 25 janvier 2019

Lorsqu’il est repéré par le téles­­cope hawaïen Pan-STARRS en octobre 2017, Oumua­­mua ne semble être qu’une roche de plus dans l’ho­­ri­­zon infini du système solaire. Ce n’est qu’a­­près l’avoir étudié de plus près que les astro­­nomes se rendent compte que l’ori­­gine, la forme et la trajec­­toire de cet objet céleste sont trop étranges pour qu’il s’agisse d’un simple asté­­roïde ou d’une comète. En octobre 2018, l’un d’eux formule enfin publique­­ment une hypo­­thèse que beau­­coup se refusent à envi­­sa­­ger : Oumua­­mua pour­­rait être une sonde extra­­­ter­­restre.

Avi Loeb, physi­­cien et profes­­seur d’as­­tro­­no­­mie à Harvard, publie ainsi un article dans lequel il explique ce qui rend le premier objet iden­­ti­­fié prove­­nant de l’ex­­té­­rieur du Système solaire si mysté­­rieux. Oumua­­mua, dont la forme s’ap­­pa­­ren­­te­­rait à celle d’un pancake pour certains, d’un cigare pour d’autres, possède une « géomé­­trie extrême » et semble poussé par une force non-iden­­ti­­fiée. Pour Avi Loeb, Oumua­­mua pour­­rait être équipé d’une « voile solaire » sur laquelle les rayons du Soleil exercent une pres­­sion, à la manière du vent sur la voile d’un bateau. Autre­­ment dit : cette force ne serait pas un phéno­­mène natu­­rel, mais une tech­­no­­lo­­gie extra­­­ter­­restre extrê­­me­­ment avan­­cée.

Face à une théo­­rie aussi incroyable, il fallait qu’on en sache plus.

Une autre théo­­rie

Pourquoi vous inté­­res­­sez-vous à la recherche d’une intel­­li­­gence extra­­­ter­­restre ?

Je pense que la ques­­tion « sommes-nous seuls ? » est la plus fonda­­men­­tale de la science, car elle a d’im­­por­­tantes impli­­ca­­tions sur la manière dont nous voyons notre place au sein de l’uni­­vers. Si nous trou­­vons la preuve de l’exis­­tence d’une autre civi­­li­­sa­­tion, nous réali­­se­­rons peut-être que nous ne sommes pas les plus intel­­li­­gents du quar­­tier, et qu’il existe des tech­­no­­lo­­gies plus avan­­cées que les nôtres, parce d’autres ont eu plus de temps pour les inven­­ter.

Les tech­­no­­lo­­gies qui sont actuel­­le­­ment à notre dispo­­si­­tion se sont déve­­lop­­pées sur une échelle de quelques années de façon expo­­nen­­tielle. Imagi­­nez une civi­­li­­sa­­tion âgée de plusieurs milliards d’an­­nées : qui sait à quel point elle pour­­rait être évoluée par rapport à nous ? Nous serons plus humble une fois que nous saurons qu’il existe des civi­­li­­sa­­tions bien plus sophis­­tiquées que la nôtre.

Il se pour­­rait égale­­ment que nous trou­­vions la preuve de l’exis­­tence d’une civi­­li­­sa­­tion éteinte, qui se serait auto­­dé­­truite à cause d’une tech­­no­­lo­­gie néfaste. Ou une planète sur laquelle il reste des traces de pollu­­tion indus­­trielle dans l’at­­mo­­sphère, si sévère qu’elle a pu chan­­ger le climat et causer sa mort. Ou encore une planète ayant subi une guerre nucléaire, sur laquelle tout s’est auto-consumé.

Avi Loeb
Crédits : Harvard

Cela nous ensei­­gne­­rait une leçon et nous pous­­se­­rait peut-être à nous reprendre en main, pour éviter d’avoir le même destin. Peut-être que nous arrê­­te­­rions de nous dres­­ser les uns contre les autres comme nous le faisons et que nous agirions enfin comme une seule et même équipe : celle de l’es­­pèce humaine. J’ap­­pelle cela de l’ar­­chéo­­lo­­gie spatiale, car c’est un peu la même chose que de creu­­ser dans le sol pour décou­­vrir les restes de civi­­li­­sa­­tions dispa­­rues.

La dernière raison à cette quête, c’est que nous n’au­­rons peut-être pas la possi­­bi­­lité de vivre sur Terre éter­­nel­­le­­ment. Plusieurs scéna­­rios catas­­trophes pour­­raient adve­­nir : un asté­­roïde qui s’écrase sur notre planète, ou un chan­­ge­­ment clima­­tique brutal et irré­­ver­­sible. Pour le moment, tous nos œufs sont dans le même panier, alors que nous devrions apprendre à les répar­­tir pour ne pas risquer de tout perdre.

Vous inté­­rêt pour cette ques­­tion a débuté il y a envi­­ron cinq ans. Que s’est-il passé ?

Beau­­coup de planètes orbi­­tant autour d’autres étoiles ont été décou­­vertes à ce moment-là, et cela indique que les chances de rencon­­trer la vie sont beau­­coup plus élevées que ce que nous imagi­­nions jusqu’ici. Pour le moment, la recherche d’une vie primi­­tive et de micro-orga­­nismes prédo­­mine – ce qui n’était même pas le cas il y a dix ou vingt ans. La recherche d’une vie intel­­li­­gente ne fait pas partie des travaux les plus courants, mais j’es­­saye de faire en sorte que cela change.

Mes domaines de recherche aussi ont évolué : j’ai travaillé sur la cosmo­­lo­­gie, les premières étoiles, les trous noirs… Je suis en train de rédi­­ger mon cinquième livre dédié à la recherche d’une intel­­li­­gence extra­­­ter­­restre. Et je suis égale­­ment impliqué dans un projet Break­­through Star­­shot, qui vise à envoyer une sonde appe­­lée StarC­­hip en direc­­tion de l’étoile la plus proche de la Terre.

Lorsque j’étais jeune, j’étais plutôt inté­­ressé par la philo­­so­­phie, j’ap­­pré­­cie donc d’avoir une vue d’en­­semble des choses. Les circons­­tances m’ont amené à m’in­­té­­res­­ser à l’as­­tro­­phy­­sique, mais je pense toujours à cette vision globale, ce qui me permet d’avoir un point de vue philo­­so­­phique sur ce qu’il est inté­­res­­sant d’étu­­dier en astro­­no­­mie.

Pourquoi la recherche d’une vie extra­­­ter­­restre est-elle raillée par une partie des scien­­ti­­fiques ?

La recherche d’une intel­­li­­gence extra­­­ter­­restre a un lourd bagage scien­­ti­­fique, qui est lié à certains aspects irréa­­listes de la science-fiction, et notam­­ment la soft science-fiction (Star WarsDune…). Person­­nel­­le­­ment, je ne l’ap­­pré­­cie pas toujours, car certaines œuvres prennent des liber­­tés avec les lois de la physique, ce qui me gâche tout mon plai­­sir.

Il y a aussi de trop nombreux témoi­­gnages invrai­­sem­­blables au sujet d’objets volants non-iden­­ti­­fiés qui décré­­di­­bi­­lisent le reste. Pour ces raisons, la commu­­nauté scien­­ti­­fique perçoit les travaux de recherche de ce domaine comme très risqués, voire inquié­­tants, car ils mettent en péril sa répu­­ta­­tion. Je pense que c’est une erreur stra­­té­­gique de la part des obser­­va­­teurs de mettre des œillères sur leur téles­­cope et de ne pas se mettre en quête d’autres civi­­li­­sa­­tions, juste parce qu’ils n’ap­­pré­­cient pas ce que d’autres disent de ces recherches.

Avi Loeb enfant

Le plan­­ning scien­­ti­­fique se remplit souvent lui-même de prophé­­ties. On ne peut décou­­vrir quelque chose que si l’on s’au­­to­­rise à le décou­­vrir. Si l’on fixe des objec­­tifs trop étroits à nos recherches, on ne trou­­vera jamais rien d’inat­­tendu.

La recherche d’une civi­­li­­sa­­tion extra­­­ter­­restre devrait faire partie du débat. Il existe beau­­coup d’autres idées en astro­­no­­mie bien plus spécu­­la­­tives que celle-ci. Ce n’est pas une spécu­­la­­tion de dire que d’autres civi­­li­­sa­­tions existent, car nous savons que nous exis­­tons et qu’en­­vi­­ron un quart des étoiles possèdent une planète de la taille de la Terre, avec de l’eau liquide à leur surface. Si vous lancez les dés ainsi des milliards de fois dans de la Voie lactée, il est plus que probable que nous ne soyons pas seuls.

Rien que par humi­­lité, nous ne devrions pas penser que nous sommes si spéciaux ou uniques. C’est un signe d’ar­­ro­­gance, et il est au contraire très natu­­rel de s’at­­tendre à ce que quelque chose existe au-dehors.

Si nous rece­­vons un jour un signal extra­­­ter­­restre, pour­­rait-on déci­­der de ne pas répondre ?

Si nous trou­­vons un équi­­pe­­ment prove­­nant d’une autre civi­­li­­sa­­tion, il faudra avant tout l’ana­­ly­­ser atten­­ti­­ve­­ment avant de commu­­niquer, ou de faire quoi que ce soit de dras­­tique. Nous devrons faire de notre mieux pour comprendre à quel point les émet­­teurs du signal sont sophis­­tiqués, ce qu’ils cherchent, et quel est leur but. Le plus intel­­li­gent serait d’uti­­li­­ser tous les téles­­copes que nous avons, et toutes les infor­­ma­­tions que nous serions en mesure de collec­­ter. La discus­­sion ne pourra venir qu’a­­près cela.

Une étude publiée en 2017 assure que les gens rece­­vraient la nouvelle de manière plutôt posi­­tive. Qu’en pensez-vous ?

Les gens sont très inté­­res­­sés par le sujet et je crois profon­­dé­­ment au fait que la nature humaine est bonne. Peu importe ce que nous trou­­vons, cela sera certai­­ne­­ment choquant pour beau­­coup, car complè­­te­­ment nouveau, mais il en décou­­lera un chan­­ge­­ment posi­­tif. Nous trou­­ve­­rons une manière d’uti­­li­­ser cette décou­­verte pour le bien de l’hu­­ma­­nité. Acqué­­rir de la connais­­sance est toujours béné­­fique.

Rester igno­­rant est une erreur, comme les autruches qui enfouissent leur tête dans le sable. Elles préfèrent croire que si elles ne voient pas une chose, c’est qu’elle n’existe pas. C’est essen­­tiel­­le­­ment faux : peu importe ce que les gens voient, peu importe où nous regar­­dons avec nos téles­­copes, la réalité est telle qu’elle est. Et nous devrions rester ouverts.

Est-il plus probable que les extra­­­ter­­restres nous trouvent, ou que nous les trou­­vions ?

Je crois que nous devrions écou­­ter avant de parler, car nous ne connais­­sons pas les risques que nous encou­­rons. Peut-être qu’ils nous ont déjà trou­­vés et que nous sommes déce­­vants ! Il est possible que nous ne soyons pas assez inté­­res­­sants pour qu’ils nous prêtent atten­­tion, et c’est peut-être la raison pour laquelle nous n’avons jamais entendu parler d’eux. C’est une des expli­­ca­­tions les plus probables. J’es­­père juste que nous ne sommes pas la risée de tout notre voisi­­nage galac­­tique.

Que se passe­­rait-il concrè­­te­­ment si nous décou­­vrions un signal extra­­­ter­­restre ?

Je crois qu’il n’y aurait pas de carac­­tère urgent, dans un premier temps. Les distances sont si énormes dans l’es­­pace qu’il faut beau­­coup de temps pour rece­­voir un signal et y répondre. L’étoile la plus proche est à quatre années-lumière de nous, donc toute forme de commu­­ni­­ca­­tion pren­­dra beau­­coup temps. Il ne faudra donc pas se soucier d’une inter­­­ven­­tion mili­­taire ou autre, à moins que les extra­­­ter­­restres ne soient déjà là – ce qui est très peu probable.

Crédits : CSIRO

Quel rôle joue­­ront alors les scien­­ti­­fiques ?

Le rôle prin­­ci­­pal ! Il leur appar­­tien­­dra d’in­­ter­­pré­­ter les décou­­vertes que nous ferons, et de donner au public les infor­­ma­­tions les plus exactes possibles. Le tour vien­­dra ensuite aux déci­­deurs poli­­tiques de choi­­sir quoi faire et quels plans prépa­­rer pour le futur. Ils obtien­­dront des réponses de la part des scien­­ti­­fiques, exac­­te­­ment comme ils le font dans le cas d’un dérè­­gle­­ment clima­­tique, ou de toute autre crise. La commu­­nauté scien­­ti­­fique se devra de leur appor­­ter les meilleurs conseils, avant que des déci­­sions ne soient prises.

Compte tenu de vos travaux sur le sujet, vous atten­­dez-vous à être appelé le jour où un signal est détecté ?

Oui, j’es­­père sincè­­re­­ment que nous trou­­ve­­rons une preuve concrète de la présence d’une autre civi­­li­­sa­­tion intel­­li­­gente dans l’uni­­vers au cours de mon exis­­tence. Cela permet­­tra aux futures géné­­ra­­tions d’avoir des expé­­riences plus inté­­res­­santes encore que les nôtres. Mon épouse fait une blague récur­­rente à ce sujet : elle raconte que je viens d’ailleurs et qu’un jour, les extra­­­ter­­restres vien­­dront me cher­­cher. Elle me dit : « S’ils viennent, assure-toi de me lais­­ser les clés de la voiture et surtout, qu’ils ne ruinent pas la pelouse du jardin quand ils décol­­le­­ront. »

Doit-on craindre de rencon­­trer des êtres plus évolués que nous ?

S’ils sont sages – plus que nous –, ils recon­­naî­­tront que nous ne repré­­sen­­tons pas de danger. Nous devrions les voir comme un raccourci dans notre histoire, un moyen de gagner du temps en ayant accès à une tech­­no­­lo­­gie plus évoluée. Nos progrès seraient plus rapides et nous ferions un bond immense dans notre compré­­hen­­sion de la science et des tech­­no­­lo­­gies. Cela s’ap­­pa­­rente un peu à tricher à un examen, ou espion­­ner ce que fait son voisin, mais je crois que ça en vaudra la peine.

Comment ferons-nous pour dépas­­ser la barrière de la langue et commu­­niquer ?

Je pense que cela va requé­­rir beau­­coup de recherches. De nouveaux domaines appa­­raî­­tront en astro­­no­­mie, et l’un d’entre eux sera l’as­­tro­­lin­­guis­­tique – c’est-à-dire le fait d’ap­­prendre à commu­­niquer avec eux. Cela devrait ressem­­bler à la façon dont nous essayons de déco­­der des signaux dans le rensei­­gne­­ment mili­­taire. Cela dépen­­dra beau­­coup de la manière dont ils utilisent leur langage, et ça va être un vrai chal­­lenge.

Pensez-vous qu’ils puissent nous ressem­­bler ?

Non, je pense que ça va être un choc, car ils ressem­­ble­­ront à quelque chose de très diffé­rent de ce que nous imagi­­nons – à savoir des êtres ayant des traits communs avec nous. Ce ne seront peut-être pas des créa­­tures biolo­­giques mais des robots à l’in­­tel­­li­­gence arti­­fi­­cielle, dotés de logi­­ciels très avan­­cés, car ces choses sont plus faciles à envoyer lors de longs voyages. Peut-être s’agira-t-il d’une sorte d’équi­­pe­­ment, quelque chose de très étrange que nous ne compren­­drons pas tota­­le­­ment, et qui se compor­­tera d’une manière qui nous échappe.

« Je voudrais des réponses à certaines ques­­tions fonda­­men­­tales que nous nous posons. »

Pour moi, ce serait un peu comme montrer un smart­­phone à un homme des cavernes : il pense­­rait d’abord qu’il s’agit juste d’une pierre étrange, et il lui faudrait du temps pour comprendre de quoi il est fait et à quoi il sert. C’est exac­­te­­ment la façon dont nous avons réagi quand nous avons observé Oumua­­mua. On s’est dit : « Oh, c’est sûre­­ment une roche, un asté­­roïde, une comète. » Mais même s’il s’agit d’êtres biolo­­giques, je pense qu’ils ressem­­ble­­ront à quelque chose de tota­­le­­ment inat­­tendu, de choquant.

Que voudriez-vous leur dire ?

Je voudrais des réponses à certaines ques­­tions fonda­­men­­tales que nous nous posons : comment l’uni­­vers a commencé ? À quoi ressem­­blera le futur ? La vie est-elle commune dans la galaxie ? Je voudrais aussi bien sûr savoir quel est leur but dans la vie. Il serait fasci­­nant de comprendre ça.

Et après ?

Cela dépen­­dra de leur inten­­tion, mais je suis plutôt posi­­tif, donc je préfé­­re­­rais que ce soit le début d’une amitié. Nous pour­­rions ainsi combi­­ner nos savoirs et essayer de travailler ensemble.


Couver­­ture : Oumua­­mua n’est pas ce qu’il paraît. (ESO/Ulyces)


 

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