par Laura Shin | 12 juillet 2016

Le Block­­chain Summit

C’était un lundi soir du mois de juin dernier. Une quaran­­taine de personnes étaient rassem­­blées dans une salle haute de plafond, déco­­rée de mobi­­lier en teck et bambou typique de l’ar­­ti­­sa­­nat de Bali et Java. Un bar, une table de billard, des tambours de musique bembé et une vue pano­­ra­­mique sur l’océan. Une lumière dorée illu­­mi­­nait la pièce et au dehors les mouettes planaient au-dessus de l’eau. Mais les convives de Sir Richard Bran­­son, instal­­lés dans sa demeure de Necker Island,  ne prêtaient pas atten­­tion au soleil couchant.

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Necker Island
Crédits : Owen Buggy/Virgin

Leurs regards fixaient les plans du célèbre écono­­miste péru­­vien Hernando de Soto (élabo­­rés avec la candi­­date à la prési­­dence Keiko Fuji­­mori), sur un écran géant. L’idée est d’ai­­der les citoyens péru­­viens à deve­­nir proprié­­taires ; de leurs terres comme de leurs voitures. Si un tel système était appliqué à l’échelle globale, il permet­­trait d’injec­­ter 20 billions de dollars de « capi­­tal mort » dans l’éco­­no­­mie mondiale et, selon De Soto, cela permet­­trait à de nombreuses personnes de sortir de la pauvreté. De Soto expliquait à son audi­­toire comment l’ab­­sence de titres de propriété ou de système effi­­cace pour les gérer empêche les citoyens de certains pays d’ac­­cé­­der au crédit ou de tirer des béné­­fices des hydro­­car­­bures ou de l’or tapis sous leurs terres.


D’après lui, cette situa­­tion explique en partie pourquoi 70 % de la popu­­la­­tion péru­­vienne vit dans des bidon­­villes sans eau courante : l’ins­­tal­­la­­tion de cana­­li­­sa­­tions implique de connaître l’iden­­tité de celui qui payera les factures, ce qui est impos­­sible à déter­­mi­­ner sans titre de propriété. Sans comp­­ter que la majo­­rité des viols dans les bidon­­villes ont lieu lorsque les femmes se rendent aux sani­­taires dans la nuit noire, car il n’y a pas d’élec­­tri­­cité. « Notre projet va permettre de venir en aide à nos conci­­toyens les plus pauvres », a-t-il déclaré. L’au­­di­­toire était captivé et tout le monde propo­­sait des solu­­tions. Tant et si bien que personne n’a fait atten­­tion au fait que la nuit était tombée. Les mous­­tiques ont commencé leur festin, les discus­­sions se pour­­sui­­vaient.

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Hernando De Soto en vidéo­­con­­fé­­rence via Zoom
Crédits : Quincy Dein/Block­­chain Summit

Tomi­­cah Tille­­mann, le direc­­teur du projet Bret­­ton Woods II du think tank New America, a inter­­­rogé De Soto sur le déploie­­ment stra­­té­­gique de son nouveau projet. De Soto lui a répondu que 43 partis poli­­tiques euro­­péens l’avaient invité pour tester la capa­­cité de son projet à résoudre des problèmes de migra­­tion et de terro­­risme. « L’État isla­­mique protège les maisons des plus dému­­nis. On oublie souvent la raison pour laquelle ces terro­­ristes pros­­pèrent : c’est parce qu’ils offrent quelque chose en retour », a-t-il expliqué. « Lorsque des pays qui traversent des crises viennent nous consul­­ter, nous essayons de leur four­­nir de la haute tech­­no­­lo­­gie – votre tech­­no­­lo­­gie – qui permet de lutter contre la violence, la pauvreté et déve­­lop­­per des solu­­tions afin que les gens puissent s’en­­ri­­chir simple­­ment. » La deuxième édition du Block­­chain Summit, un événe­­ment annuel auquel peu d’élus sont conviés, allait atteindre son climax. La block­­chain (ou « chaîne de blocs ») est la tech­­no­­lo­­gie qui se cache derrière les bitcoins, la monnaie cryp­­to­­gra­­phique qui enthou­­siasme toute une nouvelle géné­­ra­­tion d’en­­tre­­pre­­neurs. Grâce à elle, plus besoin d’in­­ter­­mé­­diaire pour que les deux parties d’une tran­­sac­­tion commercent en toute sécu­­rité.

Bitcoin revo­­lu­­tion

Le micro passait de main en main et tout le monde parlait en même temps. Issus de milieux très diffé­­rents, ses parti­­ci­­pants formaient un groupe hété­­ro­­clite. Cela condui­­sait à de nouvelles façons d’abor­­der le problème et, en défi­­ni­­tive, à des points de consen­­sus inat­­ten­­dus. Il y avait ici des auteurs, un ingé­­nieur en aéro­s­pa­­tiale, d’an­­ciens respon­­sables du Penta­­gone, de la CIA et du dépar­­te­­ment de la Sécu­­rité inté­­rieure, une musi­­cienne, un spécia­­liste des changes et des produits déri­­vés finan­­ciers ainsi que le fonda­­teur d’un musée chinois de la tech­­no­­lo­­gie finan­­cière, ou FinTech. Par le prisme de leurs indus­­tries et de leurs commu­­nau­­tés respec­­tives, ils avaient pour objec­­tif d’ai­­der à enclen­­cher la révo­­lu­­tion du bitcoin, sur laquelle presque tous misaient.

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Zoe Keating sur scène
Crédits : Quincy Dein/Block­­chain Summit

C’est notam­­ment le cas des spon­­sors de l’évé­­ne­­ment : BitFury Group, une entre­­prise spécia­­li­­sée dans le minage de bitcoin, la fabri­­ca­­tion de puces élec­­tro­­niques et les services de block­­chain ; et MaiTai Global, une orga­­ni­­sa­­tion à but non lucra­­tif qui met en place des événe­­ments partout dans le monde pour réunir des entre­­pre­­neurs, des inves­­tis­­seurs et des athlètes. Durant les deux jours et demi qui s’étaient écou­­lés jusqu’ici, le groupe n’avait pas cessé de se livrer à des débats passion­­nés. Sans oublier de socia­­li­­ser autour du nour­­ris­­sage des lému­­riens, des séances de snor­­ke­­ling et de kite surfing, de plon­­geons dans des cuves ther­­males, de repas déli­­cieux et de parties de tennis avec Bran­­son himself. Nous avons égale­­ment assisté à un concert hypno­­tique donné par la tech­­no­­logue et violon­­cel­­liste Zoe Keating, qui a fait couler les larmes d’au moins une personne du public.

Des gens ont été jetés dans la piscine, des concours de poèmes humo­­ris­­tiques ont été impro­­vi­­sés, et tout le monde s’est atten­­dri devant les tortues à pattes rouges qui erraient dans la grande maison. Ces grands esprits ont même fait la chenille autour de la table à manger. Enfin, l’une des parti­­ci­­pantes a déclaré que ce sommet devrait être l’oc­­ca­­sion de créer des « bébés block­­chain », ce qui a fait rire tout le monde avant qu’elle n’ex­­plique qu’elle voulait évidem­­ment parler de star­­tups spécia­­li­­sées dans la block­­chain. Elle ne croyait pas si bien dire. L’édi­­tion 2015 a bel et bien donné nais­­sance à un bébé block­­chain avec Bloq, une société qui propose des solu­­tions basées sur la block­­chain pour les entre­­prises. Elle a été fondée par le core deve­­lo­­per Jeff Garzik et l’in­­ves­­tis­­seur Matt Roszak, qui ont fait connais­­sance lors du Block­­chain Summit.

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Le séjour a été rythmé par des discus­­sions enflam­­mées. Des débats, bien-sûr, mais aussi des exer­­cices à première vue très simples. Jamie Smith, le direc­­teur des rela­­tions publiques de BitFury, a par exemple demandé au groupe de décrire ce qu’é­­tait une block­­chain de la façon la plus concise possible. Un chal­­lenge adapté à l’évé­­ne­­ment de cette année. Tandis que l’édi­­tion inau­­gu­­rale de 2015 rassem­­blait unique­­ment des invi­­tés du monde des start-ups et de la tech, celui de cette année a réuni des personnes venant de services finan­­ciers, d’agences gouver­­ne­­men­­tales, de l’en­­sei­­gne­­ment, de groupes de sensi­­bi­­li­­sa­­tion à la block­­chain, du monde de la musique, du capi­­tal-risque, de la commu­­ni­­ca­­tion et des ONG. Le spectre des sujets de discus­­sion s’éten­­dait bien au-delà des aficio­­na­­dos de la tech, mais l’en­­goue­­ment n’en était pas moins commu­­ni­­ca­­tif. Pour cela, le BitFury Group a annoncé le lance­­ment du Global Block­­chain Coun­­cil, une asso­­cia­­tion d’échange inter­­­na­­tio­­nal qui assis­­tera les entre­­prises adop­­tant la tech­­no­­lo­­gie block­­chain en leur offrant un espace où colla­­bo­­rer et inno­­ver. Le groupe prévoit aussi de travailler avec la chambre de commerce numé­­rique améri­­caine. Cette dernière a annoncé en avril dernier la créa­­tion du Global Block­­chain Forum, qui vise à établir une régle­­men­­ta­­tion inter­­­na­­tio­­nale pour la block­­chain. Les parti­­ci­­pants n’au­­raient pas pu être plus éloi­­gnés de l’in­­dus­­trie de la tech. Pour preuve, dimanche matin, alors qu’on les mettait au défi de décrire au mieux le système de sécu­­rité d’une block­­chain en deux minutes, ils étaient nombreux à se moquer d’un entre­­pre­­neur qui utili­­sait des mots comme « peta­­hash » et « arbre de Merkle ».

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Le groupe en pleine discus­­sion
Crédits : Quincy Dein/Block­­chain Summit

Smith a placé la barre encore plus haut lundi soir en mettant au défi les parti­­ci­­pants de décrire ce qu’é­­tait une block­­chain en moins de 30 secondes. Les mains se levaient, les gens lançaient des termes comme « registre » et « galaxie d’or­­di­­na­­teurs », ils parlaient de mouve­­ments d’ac­­tifs sûrs et effi­­caces. Des mots à la mode comme « confiance », « liberté » et « résis­­tance à la censure » jaillis­­saient aux quatre coins de la pièce, quand ce n’était pas des expres­­sions carré­­ment inven­­tées comme « chaîne de confiance » ou « réseau de confiance ». Le silence est retombé dans la salle pendant la réci­­ta­­tion d’un poème impro­­visé dont les quatre vers se voulaient expli­­ca­­tifs :

« In block­­chain we trust, Les gens se font confiance, Ils échangent des biens et des services, au sein d’un système fiable et véri­­fiable de bout en bout. »

C’était l’œuvre de Karen McAr­­thur, une avocate cana­­dienne de New York qui conseille des socié­­tés de capi­­tal-risque cana­­diennes, des incu­­ba­­teurs et des insti­­tu­­tions finan­­cières. Tout le monde l’a accla­­mée et en rede­­man­­dait. Il a ensuite été ques­­tion des soucis rencon­­trés pour faire passer le message. Il est courant que les parti­­sans de la block­­chain tentent d’en expliquer le prin­­cipe sans faire réfé­­rence au bitcoin. Et ce pour une raison simple : il est géné­­ra­­le­­ment perçu comme la monnaie favo­­rite des crimi­­nels. Kathryn Haun, coor­­di­­na­­trice de la monnaie numé­­rique pour le dépar­­te­­ment de la Justice améri­­cain – elle n’as­­sis­­tait pas au sommet en tant que repré­­sen­­tante du gouver­­ne­­ment mais en son propre nom – a exhorté ses collègues à dépas­­ser cet argu­­ment falla­­cieux. Les crimi­­nels utilisent les bitcoins et Inter­­net ? Et alors, « c’est aussi le cas de nombreuses tech­­no­­lo­­gies extra­­or­­di­­naires ».

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Le cadre de travail idéal
Crédits : Quincy Dein/Block­­chain Summit

D’autres se sont deman­­dés s’il valait mieux tenter d’ex­­pliquer les carac­­té­­ris­­tiques de la tech­­no­­lo­­gie ou ses béné­­fices pour la société. En guise de réponse, Jamie Smith a donné l’exemple de sa mère qui ne connaît rien au proto­­cole TCP/IP. Ce n’est pas pour autant qu’elle ne peut pas aller sur Inter­­net s’ache­­ter des vête­­ments. Après quoi tout le monde est descendu sur la plage pour un barbe­­cue agré­­menté de queues de homards déli­­cieuses, des « meilleurs ribs des Caraïbes » et de bien d’autres mets. Les discus­­sions se sont malgré tout pour­­sui­­vies autour des mêmes idées.

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COMMENT LA BLOCKCHAIN VA CONQUÉRIR LE MONDE

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Traduit de l’an­­glais par Anto­­nin Pado­­vani et Nico­­las Prouillac d’après l’ar­­ticle « On Sir Richard Bran­­son’s Necker Island, ‘Bit­­coin Illu­­mi­­na­­ti’ Reas­­sess Block­­chain Stra­­te­­gies », paru dans Forbes. Couver­­ture : Richard Bran­­son et les parti­­ci­­pants du Block­­chain Summit.


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