par Lauren Markham | 17 novembre 2016

Le Mercado Central de San Salva­­dor est statis­­tique­­ment l’une des zones les plus dange­­reuses d’une des villes les plus dange­­reuses du monde. Pour­­tant, impos­­sible pour un étran­­ger de s’en rendre compte en le traver­­sant. Une douzaine de rues convergent dans cet endroit envahi par une foule vibrante de badauds et de marchands, qui encombrent le passage avec leurs étals de fortune. Les femmes vendent des tamales et des sachets de papaye en morceaux, ou servent du café chaud dans des tasses de poly­s­ty­­rène fragiles, qui se déforment sous la chaleur. Des garçons poussent des brouettes char­­gées d’eau glacée, de bananes et de mangues, défi­­lant devant des rangées de mannequins vêtus de leggings bas de gamme. Les flâne­­ries prennent un tour fréné­­tique. La vie et le commerce se téles­­copent. La violence passe large­­ment inaperçu. Jusqu’à ce qu’elle éclate aux yeux de tous.

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Le Mercado Central en 2015
Crédits : DR

San Salva­­dor est à la fois la capi­­tale du Salva­­dor et la ville du pays qui compte le plus d’ho­­mi­­cides. Depuis 2014, le nombre de meurtres au Salva­­dor a bondi, après la fin d’une trêve de deux ans entre les gangs. Ils contrôlent Mercado Central depuis des années. D’après le jour­­na­­liste salva­­do­­rien Óscar Martí­­nez, auteur en 2015 d’une enquête sur le défer­­le­­ment de violence dans le centre-ville de la capi­­tale, les gangs disent aux vendeurs « où ils peuvent vendre et fixent le prix de leur espace de vente… Ils leur disent même parfois pour qui voter. » Les gangs viennent au marché pour trou­­ver de nouvelles recrues parmi les enfants des rues, pour collec­­ter la renta – l’im­­pôt qui assure la protec­­tion des marchands – dans chaque boutique, pour profé­­rer des menaces et, quand ils le jugent néces­­saire, pour tuer. Le jeune maire de San Salva­­dor, Nayib Bukele, tente de résoudre le problème que pose ce marché en proie au chaos en le déman­­te­­lant. C’est un projet ambi­­tieux pour Bukele qui, à 33 ans et seule­­ment trois années d’ex­­pé­­rience sur la scène poli­­tique, a remporté la mairie la plus impor­­tante du pays en 2015. Avant lui, d’autres maires ont tenté de faire déguer­­pir bruta­­le­­ment les vendeurs clan­­des­­tins du Mercado Central, mais ils n’ont récolté qu’une révolte. La stra­­té­­gie de Bukele est de les inci­­ter à partir en construi­­sant de nouveaux marchés en péri­­phé­­rie du centre-ville (leur construc­­tion doit être ache­­vée d’ici 2018).

Plutôt que de marchan­­der autour d’étals rudi­­men­­taires dres­­sés au milieu des trot­­toirs et des routes, son projet permet­­tra aux vendeurs de louer des empla­­ce­­ments, dans des condi­­tions sécu­­ri­­santes et hygié­­niques. Le plan, baptisé Reor­­de­­na­­miento (la réor­­ga­­ni­­sa­­tion), prévoit égale­­ment une revi­­ta­­li­­sa­­tion du centre-ville, où les bâti­­ments les plus anciens et majes­­tueux du pays – dont la cathé­­drale prin­­ci­­pale de San Salva­­dor et le théâtre natio­­nal – sont aujourd’­­hui déla­­brés et pratique­­ment oubliés. Ce virage brutal vers la gentri­­fi­­ca­­tion est pour Bukele un moyen de remé­­dier au gouffre qui existe entre les riches et les pauvres dans la culture salva­­do­­rienne. C’est selon lui l’une des causes fonda­­men­­tales de la violence qui gangrène le pays. Il est d’avis que lorsqu’on connaît ses voisins, on n’est pas tenté de s’as­­sas­­si­­ner les uns les autres.

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Nayib Bukele sur scène
Crédits : Face­­book/Nayib Bukele

Évidem­­ment, la plupart des vendeurs auxquels j’ai parlé au Mercado Central en janvier dernier, moins de huit mois après l’élec­­tion de Bukele, ne voyaient pas le plan d’un très bon œil. « On ne bougera pas », tonnait une vieille dame, derrière ses tables crou­­lant sous les piles de savons et de jouets pour enfants. « C’est notre droit d’être ici », disait-elle. « Si nous devons nous battre pour rester, nous le ferons ! » « Nayib ne peut pas nous obli­­ger à bouger ! » a renchéri quelqu’un d’autre. « Ils parti­­ront, soyez-en sûre », m’a confié l’in­­té­­ressé quelques jours après ma visite au marché. « Ils voudront partir. Ils ramas­­se­­ront eux-mêmes leurs para­­pluies et se rendront tout seuls aux nouveaux marché. » Puis il a fait une pause, m’adres­­sant un sourire. « Et nous allons le filmer. »

L’ins­­pi­­ra­­tion

Qu’un homme comme Bukele, doté d’un bagage poli­­tique limité, puisse se voir confier les clés d’une capi­­tale est le signe que les Salva­­do­­riens ne veulent plus du statu quo. Bien que le Salva­­dor soit le plus petit pays d’Amé­­rique centrale et qu’il concentre moins de 14 % de sa popu­­la­­tion, il tota­­lise 35 % des homi­­cides de la région, dont la plupart restent impu­­nis. Le désen­­chan­­te­­ment ressenti à l’égard des deux grands partis du pays a des racines profondes. Le parti de Bukele, le Front Fara­­bundo Martí de libé­­ra­­tion natio­­nale (FMLN), était à ses débuts une orga­­ni­­sa­­tion unifiant cinq mouve­­ments de guérilla marxistes, durant la guerre civile qui a duré de 1980 à 1992, mais ses leaders ont perdu leur verve popu­­liste et la plupart des élec­­teurs les consi­­dèrent comme des vendus. De l’autre côté, l’Al­­liance répu­­bli­­caine natio­­na­­liste (ARENA), qui était au pouvoir durant la guerre, est vue comme la protec­­trice corrom­­pue des élites fortu­­nées. A gang member shows his tattoos inside El Pavon penetentiary in Escuintla, Guatemala in this August 24, 2005 file photos. Images of violent executions, familiar during Guatemala's long civil war, have become part of the daily routine again, nine years after a peace accord ended the fighting. The main target of Guatemalans who are taking the law into their own hands are members of two street gangs -- Mara 18 and Mara Salvatrucha. Picture taken August 24, 2005. To match feature Guatemala-Vigilantes REUTERS/Daniel LeClair/Files Bukele, en revanche, est accueilli en fanfare et suscite l’ad­­mi­­ra­­tion. L’an­­née dernière, alors que j’enquê­­tais sur la violence au Salva­­dor et l’exode des citoyens qu’elle avait provoquée, j’ai entendu le nom de Bukele – Nayib, Nayib, Nayib – réson­­ner comme un appel au combat. Même ceux qui s’op­­posent à sa poli­­tique concèdent qu’il est en train d’ac­­com­­plir de profonds chan­­ge­­ments et parlent de lui avec respect. La popu­­la­­rité n’est peut-être pas un remède à la crise, mais c’est au moins une force galva­­ni­­sante – dans le cas du Salva­­dor, elle tombe à point nommé.

Près de 25 ans après une guerre civile catas­­tro­­phique, qui a fait plus de 75 000 morts, le Salva­­dor est à nouveau en guerre. Les trois gangs prin­­ci­­paux du pays – MS-13, le Mara 18 et les Revo­­lu­­cio­­na­­rios – contrôlent la plupart des villes et des villages. Ils se battent pour s’em­­pa­­rer de nouveaux terri­­toires et se financent grâce au trafic de drogue à petite échelle et à l’ex­­tor­­sion des commerces et des habi­­tants. Depuis la rupture de la trêve des gangs, les prisons fonc­­tionnent à 325 % de leur capa­­cité initiale. Même les plus petites cellules, faites pour la déten­­tion provi­­soire, débordent de suspects qui y passent des mois, voire des années en atten­­dant leur procès. Les patrouilles de police sont en hausse constante, et plusieurs meurtres de crimi­­nels présu­­més ont été dénon­­cés par la presse locale, qui s’ex­­pose à la fois aux repré­­sailles de la police et des gangs.

En 2015, 6 640 Salva­­do­­riens ont été assas­­si­­nés au total – la moyenne est de 104,2 meurtres pour 100 000 habi­­tants. (À titre de compa­­rai­­son, en 2014, malgré des affaires très média­­ti­­sées, les États-Unis comp­­taient cinq homi­­cides pour 100 000 habi­­tants.) Plus de 3 000 personnes ont été abat­­tues au cours des six premiers mois de l’an­­née 2016, soit 7 % de plus que l’an­­née dernière. Malgré cela, Bukele s’est éver­­tué à éviter le sujet quand nous nous sommes rencon­­trés dans son bureau en janvier, préfé­­rant parler des projets qu’il avait lancés. « Écou­­tez », m’a-t-il expliqué tandis que j’in­­sis­­tais. « Quand vous avez mal à la tête, que faites-vous ? Vous prenez de l’as­­pi­­rine. Mais ce dont vous souf­­frez, ce n’est pas d’un manque d’as­­pi­­rine. Peut-être êtes-vous stres­­sée, ou déshy­­dra­­tée, peut-être est-ce quelque chose de plus grave. Alors vous en prenez deux, si bien que ça finit par ne plus marcher. Et vous n’en finis­­sez plus d’aug­­men­­ter la dose. » Ce qu’il voulait dire, c’est que la violen­­cia est le symp­­tôme d’une mala­­die plus grave encore, qui a ses racines dans l’injus­­tice struc­­tu­­relle et l’ex­­trême pauvreté du Salva­­dor. Bien qu’il s’agisse là de prin­­cipes rela­­ti­­ve­­ment basiques de déve­­lop­­pe­­ment écono­­mique, le Salva­­dor est telle­­ment englué dans la violence qu’à présent, peu de légis­­la­­teurs raisonnent en ces termes. Pour qu’il n’y ait aucune confu­­sion, il a fini par appliquer sa méta­­phore à la situa­­tion du pays. « Ici, l’as­­pi­­rine c’est la police. Les gens veulent toujours plus de poli­­ciers dans les rues, et je peux le comprendre. Ils ont mal à la tête, alors ils veulent de l’as­­pi­­rine. Mais c’est dange­­reux, ce n’est pas ça qui résou­­dra le problème. »

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Le maire à la tribune
Crédits : Face­­book/Nayib Bukele

Au premier abord, les efforts de Bukele – un musée éphé­­mère en centre-ville, la réor­­ga­­ni­­sa­­tion du Mercado Central pour inau­­gu­­rer de nouvelles voies de passages et des studios d’ar­­tistes, faire la promo­­tion du skate­­board comme acti­­vité posi­­tive pour la jeunesse de San Salva­­dor – ressemblent aux caprices d’un gosse de riche aux yeux pleins d’étoiles. Bukele est sincè­­re­­ment convaincu que si vous suppri­­mez les inéga­­li­­tés struc­­tu­­relles, la paix et la pros­­pé­­rité suivront. Mais y parve­­nir ne demande pas que de l’argent – il illustre son propos en parlant d’Haïti, qui est toujours embour­­bée dans la pauvreté après avoir reçu des milliards de dollars d’aide huma­­ni­­taire depuis le trem­­ble­­ment de terre qui a dévasté le pays en 2010. Le plus impor­­tant pour Bukele, c’est ce qu’il appelle son « projet secret d’ins­­pi­­ra­­tion » : il veut parve­­nir à convaincre les Salva­­do­­riens que leur pays a le poten­­tiel de deve­­nir une grande nation. Bukele estime que les projets comme celui de la revi­­ta­­li­­sa­­tion du centre-ville ne se contentent pas d’al­­té­­rer la réalité physique de la ville, ils trans­­forment la rela­­tion qu’en­­tre­­tiennent les citoyens avec le lieu où ils habitent – et par exten­­sion, les rela­­tions qu’ils entre­­tiennent entre eux.

La ville lumière

L’en­­trée de Bukele en poli­­tique est en partie due au hasard. Nayib était l’en­­fant roi d’une famille salva­­do­­rienne riche et très respec­­tée. Il semblait destiné à inté­­grer leur empire commer­­cial. Après avoir quitté le lycée à la fin des années 1990, Bukele a commencé à travailler au sein de la société de rela­­tions publiques de sa famille, Brand Nolck Publi­­ci­­dad, qui avait récem­­ment signé un gros client : le FMLN. Après la fin de la guerre civile, en 1992, le FMLN a connu une phase de tran­­si­­tion durant laquelle il est passé d’un mouve­­ment de guérilla à un parti poli­­tique légi­­time. Ses diri­­geants cher­­chaient à lui donner l’image d’or­­ga­­ni­­sa­­tion progres­­siste et tour­­née vers les idées, en aban­­don­­nant leurs tactiques d’ac­­ti­­vistes. Bukele a été chargé du projet.

Nayib Bukele s’est fait quelques enne­­mis en chemin.

Pour lui, ce fut un véri­­table éveil poli­­tique. « Cela m’a montré la réalité de mon pays », dit-il. « Ce parti repré­­sen­­tait le combat du peuple pour la justice. » Dans les années qui ont suivi, il a connu de nombreux succès – dans les rela­­tions publiques, en travaillant au sein de l’em­­pire de restau­­ra­­tion de sa famille et en orga­­ni­­sant une série de concerts dans la capi­­tale. Mais la fébri­­lité a fini par le gagner. Bukele a peu à peu ressenti ce qu’il décrit comme un impé­­ra­­tif moral d’es­­sayer de mettre un terme à l’injus­­tice sociale qui ronge le Salva­­dor. En 2009, pour la toute première fois, un candi­­dat du FNLM – Mauri­­cio Funes – a été élu président.

En 2011, à l’âge de 29 ans, Bukele a quitté le secteur des affaires pour une vie dans la fonc­­tion publique, en tant que candi­­dat à la mairie sous l’égide de son ancien client. Bukele s’est présenté à Nuevo Cuscatlán, une petite ville en péri­­phé­­rie de la capi­­tale, dans laquelle les élites (dont faisait partie les Bukele) habi­­taient de somp­­tueux manoirs perchés sur des collines. Le reste de la popu­­la­­tion s’éten­­dait en contre­­bas, empê­­trée dans la pauvreté. Nuevo Cuscatlán était depuis long­­temps un bastion d’ARENA, mais lais­­ser une candi­­da­­ture aux enjeux mineurs aux mains d’un jeune arri­­viste poli­­tique comme Bukele présen­­tait peu de risques pour le FMLN. Sa campagne ne leur coûte­­rait rien, car il pouvait se finan­­cer lui-même. Sans comp­­ter que Bukele ajou­­te­­rait une caution jeune et entre­­pre­­neu­­riale au parti – une aubaine pour une orga­­ni­­sa­­tion poli­­tique domi­­née par d’an­­ciens guérille­­ros vieillis­­sants. Le cheval de bataille de Bukele était d’amé­­lio­­rer les condi­­tions de vie des pauvres, en promet­­tant du mieux dans les domaines de l’édu­­ca­­tion, de la santé, de l’ac­­cès à l’eau et aux services publics. Sa popu­­la­­rité avait beau gran­­dir, les résul­­tats des sondages demeu­­raient mauvais. Le fait que les popu­­la­­tions les plus défa­­vo­­ri­­sées de la ville demeurent loyales à l’ARENA – un parti qui selon lui ne défen­­dait que les inté­­rêts des riches – le rendait furieux. Il s’est mis à fusti­­ger les gens durant ses discours de campagne et ses rassem­­ble­­ments. Son message était simple : si vous conti­­nuez à voter pour un parti qui ne défend pas vos inté­­rêts, vous ne pouvez pas vous plaindre que les choses ne s’amé­­liorent pas. Son entou­­rage voyait cela comme un suicide public. Pour­­tant, son message a touché les gens.

En mars 2012, Bukele a battu le maire sortant d’ARENA, Álvaro Rodrí­­guez, avec une avance de moins de 2 %. Depuis ses premiers pas en poli­­tique, l’at­­trait de Bukele découle de son inves­­tis­­se­­ment dans la « marque » Nayib Bukele. Aujourd’­­hui à San Salva­­dor, ses affiches azurées, frap­­pées de slogans comme « Les nouvelles idées sont invin­­cibles » ou « Votre ville travaille pour vous » ornent la capi­­tale comme des drapeaux. Six mois après le début de son mandat, il a rema­­nié les armoi­­ries de San Salva­­dor, qu’il porte à présent sur sa veste. Les rappels de son influence parsèment la ville comme un genre de graf­­fiti muni­­ci­­pal.

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Les marches du Pala­­cio Nacio­­nal
Crédits : Face­­book/Nayib Bukele

Peu de gens trouvent risible son auto-promo­­tion enthou­­siaste. Contrai­­re­­ment aux années de guerre civile, durant lesquelles les allé­­geances poli­­tiques étaient souvent moti­­vées par la peur, les fans de Bukele l’aiment libre­­ment, peut-être enhar­­dis par le senti­­ment qu’ils choi­­sissent quelqu’un qui n’a pas l’air enfermé dans la tradi­­tion poli­­tique. En vérité, il a depuis long­­temps déchanté vis-à-vis de son propre parti, le FMLN, et il critique ouver­­te­­ment son leader­­ship. Ce qui ne fait qu’ac­­croître sa popu­­la­­rité et le senti­­ment qu’il agit selon ses propres règles. Bukele s’est fait quelques enne­­mis en chemin. Les deux jour­­naux les plus popu­­laires de San Salva­­dor – La Prensa Grafica et El Diaro de Hoy – publient rare­­ment des articles trai­­tant de ses projets, leur préfé­­rant la critique et le scan­­dale. Ils ont affirmé que la famille de Bukele décro­­chait des contrats fédé­­raux du fait de son influence sur le leader­­ship du parti – ce qu’il nie – et qu’il nommait ses proches à des postes gouver­­ne­­men­­taux. (Début septembre, Bukele a été sanc­­tionné par le Tribu­­nal éthique du gouver­­ne­­ment pour avoir nommé son frère, Yamil, au poste béné­­vole de président de l’ins­­ti­­tut muni­­ci­­pal des sports.) En réponse, Bukele s’est tourné vers les réseaux sociaux pour média­­ti­­ser son travail. Il est connu pour ses posts Insta­­gram, qui vont de l’ir­­ré­­vé­­rence (il fait une série sur ses chaus­­settes flam­­boyantes) à la révé­­rence profonde (une photo des illu­­mi­­na­­tions du centre histo­­rique de San Salva­­dor, de nuit). Son fil Face­­book est pour sa part alimenté par une équipe de photo­­graphes qui vire­­voltent constam­­ment autour de lui, saisis­­sant le moindre de ses gestes.

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Bukele soigne son image
Crédits : Face­­book/Nayib Bukele

Ironie du sort pour le FMLN, la popu­­la­­rité de Bukele a commencé à faire de l’ombre au parti. En 2015, il a annoncé publique­­ment que si le FMLN renou­­ve­­lait le mandat du procu­­reur géné­­ral du pays, Luis Martí­­nez – que Nayib consi­­dère comme « un gang­s­ter corrompu, le pire d’entre tous » –, il aban­­don­­ne­­rait le parti. Il n’a fallu que quelques jours au FMLN pour s’exé­­cu­­ter doci­­le­­ment et rempla­­cer Martí­­nez par un nouveau procu­­reur géné­­ral. (En août, Martí­­nez a été arrêté et jugé coupable de falsi­­fi­­ca­­tion d’enquêtes et de « fraude procé­­du­­rale », pour lesquelles il a écopé d’une amende. En septembre, il a été arrêté de nouveau pour son impli­­ca­­tion dans un autre scan­­dale de corrup­­tion, bien qu’il nie les charges rete­­nues contre lui.) « C’était un coup de bluff », admet Bukele, mais il a marché. Son pouvoir repose sur une forme de socia­­lisme popu­­laire qui a des racines profondes au Salva­­dor. Il peut être aimé indif­­fé­­rem­­ment des riches et des pauvres, des élec­­teurs urbains ou ruraux, des vieux comme des jeunes. Perdre les votes de tous les vendeurs du Mercado Central ne ruine­­rait pas néces­­sai­­re­­ment sa carrière poli­­tique – ils ne sont pas assez nombreux pour faire bascu­­ler une élec­­tion –, mais cela pour­­rait donner de lui l’image d’un homme riche avec de grandes idées, sans véri­­table consi­­dé­­ra­­tion pour les pauvres gens. Bukele affirme que ses projets, bien qu’é­­tour­­dis­­sants, sont à la base pensés pour amélio­­rer la vie des personnes les plus défa­­vo­­ri­­sées de San Salva­­dor.

En janvier, il a lancé une grande initia­­tive de travaux publics appe­­lée San Salva­­dor 100 % Illu­­mi­­nado, dont le prin­­cipe était simple. « Il y aura de la lumière à tous les coins de rue de San Salva­­dor », a-t-il promis la semaine précé­dent le début des travaux. L’in­­ten­­tion était en partie d’amé­­lio­­rer la sécu­­rité dans les zones les plus dange­­reuses de la ville, mais Bukele ajoute qu’il voulait aussi que les Salva­­do­­riens puissent se vanter de vivre – comme à Paris ou New York – dans une ville lumière, le cœur cosmo­­po­­lite d’un pays vibrant de poten­­tiel. « Vous pouvez appe­­ler cela un coup de comm’ si vous voulez être cynique », dit-il. « Mais ce dont je parle, c’est d’ins­­pi­­ra­­tion. La comm’, c’est impor­­tant. J’ai moi-même des RP. Mais ça reste quelque chose de terre-à-terre. Ici, je parle de quelque chose de sublime. »

De meilleures guitares

Au début de l’an­­née 2016, pendant que Bukele menait à bien son projet d’ins­­pi­­ra­­tion – éclai­­rant les coins de rues, rebou­­chant les nids-de-poule, insta­­gram­­mant ses chaus­­settes, allant à la rencontre des gamins des rues –, le gouver­­ne­­ment fédé­­ral a accru sa répres­­sion contre les gangs du Salva­­dor. L’été précé­dent, les Revo­­lu­­cio­­na­­rios avaient mis entiè­­re­­ment à l’ar­­rêt le système de bus du pays en assas­­si­­nant huit chauf­­feurs et deux civils, et en menaçant de tuer le moindre chauf­­feur qui se rendrait au travail. Les attaques ont été inter­­­pré­­tées comme une démons­­tra­­tion de force en réponse aux mesures répres­­sives de l’État. La cour suprême du Salva­­dor a alors décidé que tous les gangs du pays seraient désor­­mais consi­­dé­­rés comme des orga­­ni­­sa­­tions terro­­ristes, confé­­rant à la justice davan­­tage de pouvoir contre eux. L’état d’ur­­gence a été déclaré dans plusieurs établis­­se­­ments de haute sécu­­rité du pays, et le système carcé­­ral – qui auto­­ri­­sait jusque là aux membres des gangs de possé­­der un télé­­phone portable et de rece­­voir des visites conju­­gales – a été renforcé. Le président Sánchez Cerén a annoncé la forma­­tion d’une force de police d’élite pour combattre les gangs, et les juges se sont mis à pronon­­cer des peines de prison pour les membres des orga­­ni­­sa­­tions crimi­­nelles allant jusqu’à 200 ans.

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Des membres du gang MS-18 à la prison d’Izalco
Crédits : Mere­­dith Kohut

En mars 2016, dans une décla­­ra­­tion filmée postée sur le web, un crimi­­nel masqué a annoncé que les leaders des trois gangs prin­­ci­­paux du Salva­­dor avaient ordonné à leurs membres de suspendre leurs acti­­vi­­tés tempo­­rai­­re­­ment, pour montrer au gouver­­ne­­ment que ces « mesures extra­­or­­di­­naires » n’étaient pas néces­­saires. Un mois après la diffu­­sion de la vidéo, le nombre d’ho­­mi­­cides dans le pays avait chuté de 611 par mois à 353, et il se main­­tient depuis aux envi­­rons de 350 ou moins. Le cessez-le-feu mis en place par les gangs était une invi­­ta­­tion à négo­­cier. D’après les décla­­ra­­tions du président Cerén, ce n’est pas une option. En juin, les forces du gouver­­ne­­ment avaient tué 346 membres des gangs. D’après les esti­­ma­­tions des inves­­ti­­ga­­teurs d’Insight Crime, seuls 16 offi­­ciers de police ont été tués durant la même période. C’est la troi­­sième fois de son histoire que le gouver­­ne­­ment salva­­do­­rien atteint ce degré de mesures anti-gangs, qu’ils appellent la mano dura. Le programme remonte à 2003, quand le président Fran­­cisco Flores, du parti de l’ARENA, voulait donner l’image d’un gouver­­ne­­ment intrai­­table avec le crime, même si les gangs étaient rela­­ti­­ve­­ment paisibles à l’époque.

En 2006, la prési­­dente Anto­­nia Saca (ARENA) a remis le couvert deux fois plus fort avec sa propre version du programme, qu’elle a bapti­­sée super mano dura. Bukele surnomme sarcas­­tique­­ment le programme actuel la super super mano dura, et fait remarquer que chacune de ces campagnes de violence n’a fait qu’ag­­gra­­ver les choses et ampli­­fier le trau­­ma­­tisme du pays. « Ça n’a jamais fonc­­tionné dans l’his­­toire de l’hu­­ma­­nité », dit-il. « Pourquoi en irait-il autre­­ment au Salva­­dor ? Ils n’ont même pas l’argent pour le finan­­cer… Peut-être que cela fera recu­­ler le nombre de meurtres pour un temps, mais il revien­­dra au galop. » Bukele voit dans le réta­­blis­­se­­ment de la mano dura une décla­­ra­­tion de guerre contre la jeunesse – en parti­­cu­­lier les jeunes défa­­vo­­ri­­sés, qui sont souvent arrê­­tés pour agru­­pa­­ción illí­­cita, rassem­­ble­­ment illé­­gal. La loi permet aux fonc­­tion­­naires de police d’ar­­rê­­ter des groupes de trois indi­­vi­­dus ou plus, qu’ils soupçonnent d’avoir l’in­­ten­­tion de commettre un crime. En d’autres termes, ils peuvent coffrer n’im­­porte quelle bande de gamins qui ont l’air de prépa­­rer un sale coup. Ce « crime » est passible d’une peine de trois à cinq ans d’em­­pri­­son­­ne­­ment.

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Bukele face à ses suppor­­ters
Crédits : Face­­book/Nayib Bukele

Les jeunes fuient le Salva­­dor en masse. Entre les mois d’oc­­tobre 2015 et septembre de cette année, les agents des services d’im­­mi­­gra­­tion améri­­cains ont appré­­hendé 39 884 enfants et familles venus du Salva­­dor, qui tentaient d’en­­trer dans le pays. « Qui s’en va ? » m’a demandé Bukele lorsque nous parlions de l’exode des Salva­­do­­riens. « Ce ne sont pas les enfants qui s’en vont. Ce ne sont pas les personnes âgées. Ce sont les jeunes. Des jeunes en pleine forme, qui peuvent travailler et contri­­buer à la produc­­ti­­vité du pays. » Le Salva­­dor abrite 6,34 millions de personnes, mais d’après une étude du Pew Research Center, près de deux millions d’im­­mi­­grants salva­­do­­riens et leurs enfants rési­­daient aux États-Unis en 2013. Les expor­­ta­­tions du pays pesaient 5,3 milliards de dollars en 2014, et le total des trans­­ferts d’argent venus de l’étran­­ger en 2015 – dont la quasi-tota­­lité sont effec­­tués depuis les États-Unis – était de 4,3 milliards de dollars, soit une hausse de 125 millions de dollars comparé à l’an­­née précé­­dente.

En février, j’ai visité un foyer pour jeunes migrants à Reynosa, au Mexique, à la fron­­tière du Texas. Il y avait envi­­ron 25 adoles­­cents présents ce jour-là. Six d’entre eux étaient mexi­­cains et avaient récem­­ment été expul­­sés des États-Unis, mais le reste venaient d’Amé­­rique centrale. Parmi ceux-là, sept garçons adoles­­cents du Salva­­dor atten­­daient d’être renvoyés dans leur pays, et ils m’ont tous dit la même chose : une fois de retour là-bas, ils se pose­­raient pour quelques temps, profi­­te­­raient de leur famille, puis remet­­traient cap vers le nord.

Bukele conti­­nue de proje­­ter l’idée que tout est possible.

Les ados étaient assis dans une grande salle de loisir. L’ac­­ti­­vité du jour était la musique, et un homme plus âgé grat­­tait éner­­gique­­ment sa guitare, encou­­ra­­geant les garçons et les filles à chan­­ter avec lui pendant qu’ils jouaient au Uno. De temps à autre, une poignée d’entre eux fredon­­naient ou secouaient pares­­seu­­se­­ment une maraca. Même si aucun des garçons salva­­do­­riens du foyer n’étaient origi­­naires de la capi­­tale, ils avaient tous entendu parler de Bukele. Leurs yeux se sont agran­­dis lorsque j’ai mentionné son nom. « Nayib ! » s’est écrié celui qui portait un short de basket trop grand pour lui. « Il est cool. » Il a abattu une carte de Uno sur la table et craché un pépin d’orange sur le sol. « Il se soucie vrai­­ment des jeunes. » Quelques mois plus tard, j’ai raconté la scène à Bukele, ajou­­tant que tous les jeunes Salva­­do­­riens auxquels j’avais parlé semblaient l’ado­­rer. « Dommage qu’ils ne votent pas », a-t-il dit.

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En mai, l’illu­­mi­­na­­tion de San Salva­­dor était termi­­née et les ouvriers de la ville avaient commencé à déman­­te­­ler plusieurs zones du Mercado Central. L’équipe de Bukele a posté sur sa chaîne YouTube une vidéo des travaux inti­­tu­­lée « Un succès histo­­rique », accom­­pa­­gnée d’une musique inspi­­rante. La caméra serpente entre les rangs des ouvriers muni­­ci­­paux, dans les rues réno­­vées de la ville. Elle filme les nouveaux marchés, la cathé­­drale et le théâtre natio­­nal se dres­­sant fière­­ment à l’ar­­rière-plan. L’objec­­tif s’ap­­proche de Bukele, qui lui tourne le dos. C’était à quelques minutes d’un discours prononcé sur les marches du Pala­­cio Nacio­­nal. Suivent des plans des ouvriers et de la ville. On ne voit jamais le visage du maire. On dirait un geste d’hu­­mi­­lité, mais il s’agit aussi d’un coup habile, car on sent la présence de Nayib, qui a super­­­visé des travaux que personne n’au­­rait cru possibles. Mais en vérité, cela n’a pas plu à tout le monde. Dans une rue pous­­sié­­reuse adja­­cente au Mercado Central, où aupa­­ra­­vant des étals étaient instal­­lés sur le trot­­toir, un vendeur de télé­­phones du nom d’Eric Canales agençait sa nouvelle boutique au milieu des bruits de scie et du chaos des construc­­tions. Il m’a confié qu’on lui avait promis que les employés de la voirie aide­­raient les gens comme lui à partir. Au lieu de quoi il a dû deman­­der de l’aide à ses amis et à sa famille. Il raconte que les ouvriers deman­­daient des pots-de-vin pour raccor­­der l’élec­­tri­­cité et aider les marchands à démé­­na­­ger. Le dépla­­ce­­ment lui a coûté deux semaines de travail, et ses clients habi­­tuels ne savaient plus où le trou­­ver.

 

« Nous avons perdu notre rythme de ventes », se plai­­gnait-il entre les bruits de marteau. Des étin­­celles tombaient sur son livre de comptes, qu’il chas­­sait d’un revers de main. L’es­­pace qu’on lui a attri­­bué était d’après lui moitié moins grand que celui qu’il possé­­dait avant. Et il ne s’agis­­sait là que d’une délo­­ca­­li­­sa­­tion tempo­­raire : quand les nouveaux marchés seraient ache­­vés, on lui deman­­de­­rait de partir à nouveau. Canales a le senti­­ment que la réor­­ga­­ni­­sa­­tion de la ville ne va béné­­fi­­cier qu’aux gros commerces. Les petits marchands comme lui ne peuvent comp­­ter que sur eux-mêmes. À la fin du mois de juin, quelques semaines après que j’ai rencon­­tré Bukele, une caméra de sécu­­rité a saisi les images d’un groupe d’hommes volant des lampa­­daires en plein jour. D’après le blog d’ac­­tua­­li­­tés salva­­do­­rien Ultima Hora SV, 53 lampes de projet Salva­­dor 100% Illu­­mi­­nado ont été déro­­bées jusqu’ici. « Je m’en doutais », m’a confié une amie salva­­do­­rienne. « Tout ce qu’on essaye ici, ça foire. » Cepen­­dant, Bukele conti­­nue de proje­­ter l’idée que tout est possible et que le véri­­table problème de la ville est son cynisme bien ancré. Compte tenu de sa popu­­la­­rité et de son ambi­­tion, il semble quasi­­ment certain – même s’il m’as­­sure du contraire – qu’il se présen­­tera à l’élec­­tion prési­­den­­tielle de 2019.

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Nayib Bukele sera-t-il le prochain président du Salva­­dor ?
Crédits : Face­­book/Nayib Bukele

D’où cet opti­­misme vient-il ? Il semble resur­­gir des débuts du FMLN, quand les guérille­­ros appe­­laient les Salva­­do­­riens à les rejoindre en diffu­­sant des messages mora­­listes et des chan­­sons entraî­­nantes. « Je n’ai jamais compris comment un groupe avec si peu de ressources – sans médias, sans réseaux sociaux – avait pu inspi­­rer tant de gens, près d’un tiers ou de la moitié de la popu­­la­­tion du pays… Avec une guitare ? Une chan­­son ? Je ne comprends toujours pas, mais c’est énorme. » Même si beau­­coup de membres du FMLN ont aujourd’­­hui aban­­donné l’idéa­­lisme qui a donné nais­­sance au mouve­­ment, Bukele affirme que ces valeurs existent encore, dans le noyau du parti. Ce que son équipe accom­­plit à San Salva­­dor est pour lui « un exer­­cice moderne d’ins­­pi­­ra­­tion. Nous essayons d’ins­­pi­­rer à nouveau, comme les guérillas le faisaient avec une guitare et une chan­­son. » Il marque une pause. « Mais nous avons de meilleures guitares. »


Traduit de l’an­­glais par Nico­­las Prouillac et Arthur Scheuer d’après l’ar­­ticle « Can a millen­­nial mayor save one of the world’s most violent cities? », paru dans le Guar­­dian. Couver­­ture : Nayib Bukele. (Face­­book/Nayib Bukele)


COMMENT TRANSFORMER UNE CAPITALE DU CRIME EN STATION BALNÉAIRE

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Buena­­ven­­tura est la ville la plus meur­­trière de Colom­­bie. Les pouvoirs publics se sont mis en tête d’y déve­­lop­­per le tourisme malgré tout.

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Buena­­ven­­tura
La jetée
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Sur le perron d’un hôtel enduit de stuc criard, un homme vêtu d’une chemise violette à carreaux qui dissi­­mule son impo­­sante carrure, pose un regard fier sur le port de la ville, où s’en­­tassent  cargos de marchan­­dises, petits bateaux de pêche et caba­­nons sur pilo­­tis. Il pointe le doigt vers la bande verte et luxu­­riante qui s’étend de l’autre côté de la baie, et désigne un hôtel 5 étoiles flam­­bant neuf ainsi que l’em­­bar­­ca­­dère du bateau qui sert aux excur­­sions d’ob­­ser­­va­­tion des baleines. « Buena­­ven­­tura, la meilleure desti­­na­­tion écotou­­ris­­tique de Colom­­bie », lit Edwin Zuluaga, direc­­teur de l’As­­so­­cia­­tion pour le Tourisme et la Culture de Buena­­ven­­tura, sur la première diapo­­si­­tive d’une présen­­ta­­tion PowerPoint. « Buena­­ven­­tura dispose d’un poten­­tiel touris­­tique formi­­dable. » L’am­­bi­­tieuse présen­­ta­­tion de Zuluaga occulte une réalité bien plus lugubre à propos de la prin­­ci­­pale cité portuaire de Colom­­bie : les bateaux et pilo­­tis qu’on aperçoit à travers la fenêtre flottent sur un cime­­tière aqua­­tique, une fosse commune pour les victimes de la violence quoti­­dienne. Une terrible guerre entre gangs rivaux a fait de cette cité défa­­vo­­ri­­sée de 400 000 habi­­tants située sur la côte paci­­fique colom­­bienne la ville la plus violente du pays, avec des « maisons bouchères » (où des personnes seraient démem­­brées vivantes selon certaines sources) et un taux d’ho­­mi­­cides parmi les plus élevés du monde. L’ar­­mée colom­­bienne y augmente gran­­de­­ment sa présence afin de restau­­rer l’ordre dans la cité, dont la posi­­tion litto­­rale en fait égale­­ment une plaque tour­­nante majeure du trafic de drogues. Pendant ce temps-là, les habi­­tants se battent pour trans­­for­­mer la répu­­ta­­tion de leur ville en avançant que Buena­­ven­­tura est le secret touris­­tique le mieux gardé de Colom­­bie. Ils espèrent que la beauté natu­­relle de la ville (ses plages imma­­cu­­lées, ses cours d’eau entre­­la­­cés et sa biodi­­ver­­sité abon­­dante) pourra éclip­­ser sa répu­­ta­­tion tirée de son indi­­cible violence.

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