par Legs McNeil | 0 min | 15 décembre 2016

Moon Shot

Cap Cana­­ve­­ral, en Floride. La côte de l’es­­pace. Aux abords de la célèbre base de lance­­ment s’étend une longue plage de sable fin, prise entre des herbes sauvages et l’im­­men­­sité de l’océan Atlan­­tique. Le jour est encore jeune et personne ne vien­­dra trou­­bler la quié­­tude de l’homme assis en tailleur, tourné vers l’ho­­ri­­zon. Il ferme les yeux et inspire profon­­dé­­ment. Il laisse les souve­­nirs affluer en lui, invoqués par le reflux des vagues. Les images défilent en désordre dans sa tête. Les rues encom­­brées de New Delhi, les collines sauvages de l’Ut­­tar Pradesh, le couloir central d’un immeuble de bureaux moderne, une grosse Lune s’éle­­vant dans le ciel de Los Angeles. « Je suis arrivé aux États-Unis avec 5 dollars en poche et un rêve incroyable », dit Naveen Jain en voix-off. Les images sont tirées d’un court docu­­men­­taire dont Naveen et son entre­­prise Moon Express sont le sujet central. Copro­­duit par J. J. Abrams, Epic Digi­­tal et Google, le film de 6 minutes est réalisé par le docu­­men­­ta­­riste de Netflix Orlando von Einsie­­del. C’est un des neuf épisodes de la série Moon Shot, qui présente chacun des compé­­ti­­teurs du Google Lunar XPRIZE. Lancée en septembre 2007, la compé­­ti­­tion inter­­­na­­tio­­nale orga­­ni­­sée par la fonda­­tion XPRIZE et parrai­­née par Google a pour ambi­­tion de sonner le départ d’une nouvelle course à l’es­­pace. Pour espé­­rer décro­­cher le prix de 30 millions de dollars – 20 pour la première place, 5 pour la seconde et 5 pour qui remplira l’objec­­tif bonus –, les équipes d’in­­gé­­nieurs et d’en­­tre­­pre­­neurs venus du monde entier doivent litté­­ra­­le­­ment viser la Lune. ulyces-moonexpress-couv01 Le Grand Prix sera décerné à l’équipe qui réus­­sira la première à remplir les objec­­tifs fixés par la fonda­­tion : faire atter­­rir avec succès un engin spatial trans­­por­­tant un robot sur la Lune ; faire se dépla­­cer le robot d’au moins 500 m à la surface du sol lunaire ; et retrans­­mettre des images de la manœuvre sur Terre (une vidéo haute défi­­ni­­tion en quasi-temps réel, une photo­­gra­­phie pano­­ra­­mique, un message audio et un email). Pour rester en compé­­ti­­tion, les équipes ont jusqu’à la fin de l’an­­née 2016 pour annon­­cer la signa­­ture d’un contrat de lance­­ment véri­­fié, et sont tenues d’ac­­com­­plir leur mission avant le 1er janvier 2018. Pour l’heure, sur les 36 équipes initiales, seules 16 sont encore en compé­­ti­­tion et quatre seule­­ment ont obtenu un contrat de lance­­ment. Moon Express est l’une d’entre elles.

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Je retrouve Naveen Jain au bar de son hôtel d’une grande capi­­tale euro­­péenne. En m’aper­­ce­­vant, il aban­­donne son canapé en cuir noir et m’ac­­cueille avec un grand sourire et une poignée de main chaleu­­reuse. Naveen porte un costume sombre impec­­cable. Sur le col de sa veste est accro­­ché un pin’s ruti­­lant en forme de fusée, la marque distinc­­tive d’un entre­­pre­­neur de l’es­­pace. Autour de nous, c’est l’heure des premiers cock­­tails et les clients de l’hô­­tel discutent dans une ambiance tami­­sée, ryth­­mée par le tinte­­ment des verres et un fond de musique jazz. Naveen Jain n’a qu’un grand verre d’eau devant lui : notre rendez-vous est loin d’être le dernier de la jour­­née. « Pour moi, l’es­­pace n’a jamais vrai­­ment été la ques­­tion », dit-il lorsque je lui demande d’où vient son atti­­rance pour les étoiles. « Il s’agit d’iden­­ti­­fier quels sont les grands problèmes du monde et d’ima­­gi­­ner comment les résoudre au moyen de la tech­­no­­lo­­gie. » Il y a bien­­tôt dix ans, Naveen a réalisé que la terre, l’eau et l’éner­­gie étaient au cœur des luttes intes­­tines de l’hu­­ma­­nité. Ces ressources exis­­tant en quan­­tité limi­­tée sur notre planète, le besoin puis le désir de se les appro­­prier ont encou­­ragé nos riva­­li­­tés et engen­­dré les consé­quences drama­­tiques que nous connais­­sons aujourd’­­hui – pour l’être humain comme son envi­­ron­­ne­­ment. Mais pourquoi se battre quand elles existent en quan­­ti­­tés illi­­mi­­tées dans l’es­­pace ? « Nous pouvons créer de nouveaux terri­­toires habi­­tables en abon­­dance, en allant vivre sur la Lune ou sur Mars », assure-t-il. « Et l’eau et l’éner­­gie existent aussi en abon­­dance dans l’es­­pace, il nous suffit d’al­­ler les cher­­cher. »

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Un concept art pour la mission de 2017
Crédits : Moon Express

Le projet de Moon Express a de multiples facettes. Naveen Jain et son entre­­prise prévoient à la fois d’ex­­ploi­­ter les ressources présentes dans le sol lunaire, comme l’eau et l’hélium 3, de démo­­cra­­ti­­ser le tourisme spatial au cours de la prochaine décen­­nie et, à terme, de permettre à des colo­­nies humaines de vivre de façon perma­­nente à la surface de la Lune. « Nous sommes à bord d’un vais­­seau spatial appelé Planète Terre. Mais imagi­­nez que quelque chose nous percute : l’hu­­ma­­nité entière sera éradiquée, comme les dino­­saures avant elle. C’est pourquoi nous devons évoluer et deve­­nir une espèce multi-planètes », dit Naveen. C’est essen­­tiel­­le­­ment le discours du milliar­­daire Elon Musk, PDG de SpaceX et Tesla, qui prévoit d’en­­voyer les premiers hommes sur Mars d’ici dix ans. Un délai à priori raison­­nable pour résoudre (au moins en partie) les problèmes liés à la vie dans un envi­­ron­­ne­­ment extrê­­me­­ment dange­­reux pour l’homme. « Le projet d’Elon est excellent, mais nous sommes confron­­tés aux mêmes problèmes sur la Lune : les diffé­­rences de tempé­­ra­­tures y sont très élevées, la gravité est faible et les radia­­tions dange­­reuses. Mais l’avan­­tage, c’est qu’elle n’est qu’à trois jours d’ici ! » Un voyage de seule­­ment 385 000 kilo­­mètres contre plus de 55 000 millions pour Mars. Ce voyage, Moon Express le tentera pour la première fois en 2017. Mais pour Naveen, il a commencé en Inde il y a 57 ans.

Maha­­vra­­tas

Naveen Jain a passé les premières années de son enfance à New Delhi, la capi­­tale de l’Inde. Son nom de famille est hérité de la reli­­gion de ses ancêtres, le jaïnisme, doctrine cousine de l’hin­­douisme qui rassemble des millions de fidèles dans le pays. Elle est régie par un code moral consti­­tué de cinq grands vœux, les Maha­­vra­­tas. Si les moines sont tenus de les respec­­ter tous, les laïcs (anuvra­­tas) n’ont l’obli­­ga­­tion de suivre que les trois premiers : ils doivent s’as­­treindre à la non-violence, la sincé­­rité et l’hon­­nê­­teté. C’est à ce code que Naveen doit d’avoir grandi dans la pauvreté.

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Naveen Jain, enfant

Son père était ingé­­nieur civil au dépar­­te­­ment des Travaux publics indien, un poste hono­­rable qui aurait dû assu­­rer à sa famille une vie confor­­table. Mais le milieu était extrê­­me­­ment corrompu et la norme était d’ac­­cep­­ter des pots-de-vin. La ferveur de son père l’a systé­­ma­­tique­­ment poussé à refu­­ser l’argent sale, au péril de sa vie. « Parfois, il devait être escorté par un garde du corps », raconte le frère de Naveen, Atul Jain, aujourd’­­hui PDG d’une entre­­prise pros­­père des télé­­coms. Le fonc­­tion­­naire ne pouvant pas être démis de ses fonc­­tions pour sa droi­­ture, il a été trans­­féré dans les contrées rurales les plus pauvres de l’Ut­­tar Pradesh, où il perce­­vait un maigre salaire. Naveen allait à l’école dans ces commu­­nau­­tés défa­­vo­­ri­­sées. Le maître faisait la classe aux enfants en plein air, entouré par les collines luxu­­riantes qui font la richesse de l’État sans profi­­ter aux habi­­tants qui en exploitent les terres. « À l’école, il n’y avait ni chaises, ni tables, ni tableaux. On s’as­­seyait par terre et on écri­­vait sur le sol », raconte-t-il. Malgré le dénue­­ment, sa mère connais­­sait la valeur de l’édu­­ca­­tion et lui répé­­tait qu’au­­cun but n’était trop grand pour lui. Sa sœur aînée, Manu, est deve­­nue docto­­rante en mathé­­ma­­tiques appliquées, et son petit frère est titu­­laire de deux docto­­rats – science infor­­ma­­tique et statis­­tiques. Naveen a le parcours le moins impres­­sion­­nant de la fratrie, avec un diplôme en ingé­­nie­­rie décro­­ché à l’Ins­­ti­­tut indien de tech­­no­­lo­­gie de Roor­­kee, une ville à l’ouest de l’Hi­­ma­­laya. Il avait 20 ans lorsqu’il est arrivé aux États-Unis, en 1979. Dix ans après, il entrait chez Micro­­soft, où il a grimpé les éche­­lons jusqu’à deve­­nir sept ans plus tard respon­­sable du groupe MSN. « J’ai toujours admiré les hommes d’af­­faires qui construisent de grandes choses à partir de rien, et Bill Gates était mon modèle absolu », dit-il. Déçu par le lance­­ment en demi-teinte de Micro­­soft Networks, il a néan­­moins quitté la firme de son mentor en 1996 pour surfer sur la bulle Inter­­net et fonder la même année InfoS­­pace, avec une poignée d’an­­ciens de Micro­­soft. L’en­­tre­­prise vendait du contenu (jeux, cartes, annuaires, infor­­ma­­tions) à des sites web et des fabri­­cants de télé­­phones portables. « Naveen est un entre­­pre­­neur agres­­sif et dyna­­mique », décrit un ancien collègue. « Ses employés lui étaient tous entiè­­re­­ment dévoués. C’est le genre de patron qu’on croise tous les jours dans les couloirs. » InfoS­­pace a large­­ment béné­­fi­­cié de son charisme et son éner­­gie : l’en­­tre­­prise est entrée en bourse à la fin des années 1990. À son zénith, InfoS­­pace était une des plus grosses socié­­tés du web améri­­cain, pesant plus de 30 milliards de dollars. Ce succès colos­­sal a ouvert à Naveen les portes d’un mode de vie fastueux. Il s’est offert un palace à Medina, sur les rives du lac Washing­­ton, des voitures de luxe pour aller au travail, et deux yachts pour emme­­ner sa famille en vacances autour du monde. Il en a égale­­ment profité pour nour­­rir sa passion nais­­sante pour l’es­­pace en deve­­nant le plus grand collec­­tion­­neur de frag­­ments de météo­­rites de la planète. Puis en mars 2000, la bulle tech­­no­­lo­­gique a éclaté et l’ac­­tion d’In­­foS­­pace est passée de la valeur record de 138 dollars à seule­­ment 1,58 dollars en juillet 2001. Tandis que le bateau coulait, Naveen a conti­­nué de jouer la séré­­nade à ses inves­­tis­­seurs, dont le capi­­tal avait été réduit au centième, avant de quit­­ter l’épave quelques mois plus tard avec ce qu’il a pu sauver de fortune – 80 millions de dollars d’ac­­tions déchues vendues au rabais. Il a alors connu la décen­­nie la plus noire de sa carrière, avec une succes­­sion de procès inten­­tés contre lui, par des clients et des inves­­tis­­seurs à qui il avait promis la Lune sans pouvoir leur donner.

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Naveen Jain (à gauche) et son père (à droite)

La malé­­dic­­tion s’est ache­­vée en juin 2010 lorsqu’il a inté­­gré le conseil d’ad­­mi­­nis­­tra­­tion de la Singu­­la­­rity Univer­­sity, sur invi­­ta­­tion de son ami Peter Diaman­­dis. Avec son nom de person­­nage de Marvel, Diaman­­dis est un des grands acteurs de l’in­­no­­va­­tion contem­­po­­raine. Pion­­nier du tourisme spatial avec Space Adven­­tures, de l’ex­­ploi­­ta­­tion minière des asté­­roïdes avec Plane­­tary Resources et de l’ex­­ten­­sion de la vie humaine avec Human Longe­­vity Inc., le serial entre­­pre­­neur est aussi président de la fonda­­tion XPRIZE. En fondant la Singu­­la­­rity Univer­­sity avec le futu­­riste Ray Kurz­­weil en 2008, ils avaient l’am­­bi­­tion de former une nouvelle géné­­ra­­tion d’en­­tre­­pre­­neurs capables de trou­­ver des solu­­tions à tous les grands défis qui menacent l’hu­­ma­­nité. Ils ont été nombreux à lever la main pour aider les deux hommes à concré­­ti­­ser leur projet. Parmi les cofon­­da­­teurs asso­­ciés se trou­­vaient le Cana­­dien Robert Richards, docteur ès aéro­s­pa­­tiale et passionné depuis son plus jeune âge par l’ex­­plo­­ra­­tion spatiale, et Barney Pell, autre entre­­pre­­neur de la tech. Leur rencontre deux ans plus tard avec Naveen Jain a été déter­­mi­­nante. Par un soir d’été, en 2010, Naveen, Bob et Barney ont fait le pari fou de deve­­nir les premiers entre­­pre­­neurs à marcher sur la Lune. Moon Express était né.

Chan­­ger les règles

« La santé de notre planète et la survie de notre espèce ne seront assu­­rées que si nous utili­­sons les ressources spatiales et que nous éten­­dons l’éco­­no­­mie terrestre à la Lune et au-delà », a déclaré Bob Richards face aux regards médu­­sés des membres de l’Ins­­ti­­tut SETI, le programme de recherche d’une intel­­li­­gence extra­­­ter­­restre de la NASA. « La créa­­tion d’une écono­­mie hors-Terre et d’une civi­­li­­sa­­tion multi-planètes assu­­rera la sauve­­garde de l’hu­­ma­­nité sur le long terme. »

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Robert D. Richards
Crédits : Google Lunar XPRIZE

Cette pers­­pec­­tive étour­­dis­­sante n’est plus canton­­née aux pages des romans de science-fiction. Et Moon Express ne compte pas s’ar­­rê­­ter au Google Lunar XPRIZE. Le moon­­shot – l’ex­­pres­­sion en vogue dans la Sili­­con Valley pour quali­­fier les projets à l’am­­bi­­tion déme­­su­­rée – de Naveen Jain et ses cofon­­da­­teurs n’est ni plus ni moins que de chan­­ger le cours de l’his­­toire humaine dans les décen­­nies à venir. De faire de la SF une réalité scien­­ti­­fique. Lorsque Neil Armstrong et Buzz Aldrin ont posé pour la première fois le pied sur la Lune le 21 juillet 1969, ils n’au­­raient jamais osé imagi­­ner que nous en serions là 50 ans plus tard. À vrai dire, ils n’en avaient pas le droit. La NASA a lancé la mission Apollo 11 dans le cadre du Traité de l’es­­pace, qui dit pour l’es­­sen­­tiel qu’au­­cun corps céleste – lune ou planète – ne peut être la propriété d’un gouver­­ne­­ment. Le traité avait pour ambi­­tion d’as­­su­­rer la coha­­bi­­ta­­tion paci­­fique des États qui parti­­ci­­paient à l’ex­­plo­­ra­­tion spatiale, en veillant à ce qu’elle béné­­fi­­cie à toute l’hu­­ma­­nité et non aux seuls puis­­sants. Mais depuis novembre 2015 et la promul­­ga­­tion du SPACE Act par l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion Obama, la course à l’es­­pace est ouverte aux socié­­tés privées : les États-Unis ont auto­­risé leurs entre­­prises à explo­­rer l’uni­­vers, exploi­­ter ses ressources et les commer­­cia­­li­­ser. Cette loi a entraîné un amen­­de­­ment de facto du traité de 1967 pour le reste du monde. Le 3 août 2016, Moon Express est devenu la première entre­­prise privée à obte­­nir la permis­­sion offi­­cielle de la part du gouver­­ne­­ment améri­­cain de fran­­chir l’or­­bite terrestre et d’at­­ter­­rir sur la Lune. Le permis a été déli­­vré d’un commun accord par la Fede­­ral Avia­­tion Admi­­nis­­tra­­tion (FAA), la Maison-Blanche, le dépar­­te­­ment d’État améri­­cain et la NASA.

Naveen Jain, founder of InfoSpace, Intelius, Moon Express, is shown at home with his collection of meteorites. With over 500 specimens, it is one of the world’s most complete meteorite collections.
Naveen Jain et l’une des météo­­rites de sa collec­­tion
Crédits : Forbes

Naveen Jain est formel, nous sommes en train d’as­­sis­­ter à un trans­­fert du pouvoir des gouver­­ne­­ments aux entre­­pre­­neurs. « La raison à cela est que les tech­­no­­lo­­gies expo­­nen­­tielles sont en train de conver­­ger », explique-t-il. « Tout ce qui ne pouvait jadis être fait que par les rois, les États, les super­­­puis­­sances peut à présent être réalisé par un petit groupe de personnes. Si vous ajou­­tez à cela la baisse dras­­tique du prix des tech­­no­­lo­­gies, n’im­­porte qui peut accom­­plir n’im­­porte quoi. Le remède contre le cancer vien­­dra d’en­­tre­­pre­­neurs, pas d’un pays. » Cette idée le réjouit et il hausse les épaules quand je l’in­­ter­­roge sur l’éven­­tua­­lité de trai­­tés et de régle­­men­­ta­­tions commer­­ciales. « La tech­­no­­lo­­gie avance trop vite pour les régle­­men­­ta­­tions. Il faut lais­­ser les entre­­pre­­neurs partir devant et s’adap­­ter ensuite. Uber ou Airbnb n’ont pas attendu qu’on leur donne la permis­­sion : ils ont créé une tech­­no­­lo­­gie nouvelle et les régle­­men­­ta­­tions ont suivi. » Et cela n’est pas allé sans fric­­tions. Mais il est vrai que l’ac­­ces­­si­­bi­­lité crois­­sante des tech­­no­­lo­­gies de pointe offre à de petites équipes l’op­­por­­tu­­nité de se lancer à moindre coût dans des entre­­prises ambi­­tieuses. Entre 1961 et 1972, le programme Apollo a coûté un total de 25 milliards de dollars à la NASA, dont 355 millions ont été alloués à la mission Apollo 11. En 2009, la NASA a estimé qu’aujourd’­­hui, un projet simi­­laire coûte­­rait aux envi­­rons de 170 milliards de dollars. En compa­­rai­­son, la première mission de Moon Express ne devrait pas excé­­der 25 millions de dollars.

2026

Pour envoyer son robot sur la Lune, Moon Express s’ai­­dera d’une fusée Elec­­tron conçue par Rocket Lab, une firme améri­­caine basée en Nouvelle-Zélande, ainsi que d’un module fait maison, le MX-1, qui assu­­rera l’at­­ter­­ris­­sage en douceur. Une fois le petit rover libéré, il s’aven­­tu­­rera sur au moins 500 m pour collec­­ter et analy­­ser la pous­­sière lunaire.

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Un proto­­type du MX-1 à l’es­­sai
Crédits : Moon Express

Cela ne servira qu’à confir­­mer la teneur du sol lunaire, dont la NASA et les autres agences spatiales ont déjà percé les secrets – or, cobalt, fer, palla­­dium, platine, tungs­­­tène, helium 3 et eau en vastes quan­­ti­­tés. Mais Naveen ne s’en conten­­tera pas, il a déjà une idée qui décuple son enthou­­siasme.  « La roche de Lune a une grande valeur en elle-même », dit-il. « Je suis sûr qu’en la rame­­nant sur Terre, elle peut rempla­­cer le diamant en tant qu’in­­dus­­trie, car les diamants ne sont pas si rares. Si la roche de Lune devient le symbole de l’amour, on pourra litté­­ra­­le­­ment offrir la Lune à la personne qu’on aime. » Pour le rover, il s’agira cette fois d’un aller simple, mais ce ne sera pas toujours le cas. Tandis que Sir Richard Bran­­son et Virgin Galac­­tic (vainqueurs de l’An­­sari XPRIZE en 2004) reporte sans cesse l’heure fati­­dique où il enverra des touristes aux fron­­tières de l’es­­pace pour 250 000 dollars la place, Naveen Jain prédit que d’ici 2026, un aller-retour sur la Lune à bord d’une navette affré­­tée par Moon Express coûtera moins de 10 000 euros. « Vous pour­­rez enfin passer votre lune de miel à bon port, et ce ne sera pas plus long qu’un voyage entre San Fran­­cisco et Sydney », assure-t-il. Bien qu’il ait déjà payé ses excès d’op­­ti­­misme par le passé, Naveen semble bien décidé à tenir ses enga­­ge­­ments, tout comme le reste de l’in­­dus­­trie. Mais il garde le meilleur pour la fin. « Nous sommes un minus­­cule point bleu dans notre galaxie. Il en existe des milliards comme la nôtre. L’ac­­cès à cette abon­­dance de ressources va mettre fin à la guerre : nous n’au­­rons plus aucune raison de nous battre. » Le vibreur de son smart­­phone met fin à la démons­­tra­­tion. Je laisse Naveen à sa conver­­sa­­tion télé­­pho­­nique et retourne prendre l’as­­cen­­seur, encore sonné par notre entre­­tien. Si les choses se passent aussi idéa­­le­­ment qu’il les décrit, le futur promet d’être exal­­tant. Mais je ne peux m’em­­pê­­cher de songer au facteur humain. Aucune conquête, aucune révo­­lu­­tion dans l’his­­toire humaine ne s’est jamais dérou­­lée sans accroc. Ce n’est rien de le dire. La pers­­pec­­tive d’une coha­­bi­­ta­­tion paci­­fique entre tous ces entre­­pre­­neurs de l’es­­pace, de la répar­­ti­­tion sans iniqui­­tés des ressources spatiales et de la passi­­vité docile des gouver­­ne­­ments semble un peu irréa­­liste. Il ne fait aucun doute que la tech­­no­­lo­­gie concré­­ti­­sera ces rêves, mais comment se persua­­der que tout se passera bien ? Naveen Jain est pour sa part convaincu que les batailles qui opposent les hommes les uns aux autres ne sont dues qu’à un état d’es­­prit, auquel l’abon­­dance mettra fin. Je m’at­­tarde devant l’en­­trée de l’hô­­tel quand j’aperçois Naveen Jain sortir. Je lui souhaite une bonne soirée mais n’ob­­tiens pas de réponse – il est pressé. Un taxi est stationné sur le trot­­toir. Un homme est penché sur la portière du côté passa­­ger et parle au chauf­­feur. Sans hési­­ter, presque comme s’il était invi­­sible, Naveen l’écarte et grimpe dans le taxi, qui s’éloigne. L’homme resté sur le trot­­toir ne semble pas en reve­­nir. Rendez-vous en 2026.

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Crédits : Lunar Google XPRIZE

Couver­­ture : Les promesses de la Lune. (Ulyces)

COMMENT PLANETARY RESOURCES VA FAIRE DES ASTÉROÏDES LE NOUVEAU FAR WEST

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La prochaine décen­­nie verra les premières entre­­prises privées partir à la conquête de l’es­­pace. C’est aux asté­­roïdes que Chris Lewi­­cki et son équipe vont s’at­­taquer.

I. Cérès

Le ciel était clair au-dessus de Palerme dans la nuit du 1er janvier 1801. Sous la coupole de l’ob­­ser­­va­­toire, un homme était plongé dans la contem­­pla­­tion silen­­cieuse des étoiles. De temps à autre, il aban­­don­­nait la lorgnette de son instru­­ment de cuivre pour grif­­fon­­ner des chiffres et des signes confus dans un carnet, avant de retour­­ner à sa lunette. Le visage de l’as­­tro­­nome, crispé par la concen­­tra­­tion, se déten­­dit soudain lorsqu’il aperçut un astre qu’il n’avait jamais vu aupa­­ra­­vant. Alors âgé de 55 ans, Giuseppe Piazzi avait présidé à la fonda­­tion de l’édi­­fice une décen­­nie plus tôt, après que le roi des Deux-Siciles, Ferdi­­nand Ier, lui en eut confié la respon­­sa­­bi­­lité. Juché sur le toit de l’ob­­ser­­va­­toire le plus au sud du conti­nent euro­­péen, il profi­­tait de sa posi­­tion avan­­ta­­geuse pour obser­­ver des régions du ciel jusqu’a­­lors inac­­ces­­sibles. En août 1989, l’as­­tro­­nome origi­­naire de Lombar­­die était allé à la rencontre des plus grands scien­­ti­­fiques euro­­péens pour mettre la main sur un équi­­pe­­ment de pointe. C’est à Londres qu’il fit l’ac­qui­­si­­tion du cercle azimu­­tal, inventé par le talen­­tueux opti­­cien anglais Jesse Ramsden, qui lui permet­­trait de carto­­gra­­phier le ciel. Piazzi s’at­­tela à la rédac­­tion d’un Cata­­logue des Étoiles, qui en réper­­to­­rie près de 7 000. Cette nuit-là, témoin soli­­taire de l’aube du XIXe siècle, Piazzi observa pour la première fois un astre situé à plus de 225 millions de kilo­­mètres de la Sicile. « Sa lumière était plus faible, elle avait la couleur de Jupi­­ter, mais elle était semblable à celle de beau­­coup d’autres étoiles », écri­­vit-il dans un mémoire consa­­cré à ce qu’il crut d’abord être une comète, avant de conclure qu’il s’agis­­sait d’une nouvelle planète. Il calcula chaque soir sa posi­­tion par rapport à l’ho­­ri­­zon grâce à l’ins­­tru­­ment de Ramsden et annonça fière­­ment sa décou­­verte à ses confrères, dans une lettre expé­­diée le 24 janvier. Il baptisa l’astre Cérès, d’après la déesse romaine de l’agri­­cul­­ture, des mois­­sons et de la fécon­­dité. En vérité, ce corps céleste n’était ni une comète, ni tout à fait une planète. Il s’agis­­sait du premier asté­­roïde jamais observé par l’homme. Consi­­dé­­rés comme des planètes mineures, car beau­­coup moins volu­­mi­­neux que celles-ci, ils sont des millions dans le Système solaire. Cérès, pour sa part, possède un diamètre d’en­­vi­­ron 950 kilo­­mètres et trône dans la cein­­ture prin­­ci­­pale d’as­­té­­roïdes, une région située entre les orbites de Mars et Jupi­­ter qui four­­mille de ces titans faits de roches, de métaux et de glaces.

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