par Legs McNeil | 0 min | 15 novembre 2016

LISEZ ICI LA PREMIÈRE PARTIE DE L’HISTOIRE

SPACE Act

Jusqu’ici, l’es­­pace était régi par un ensemble de trai­­tés inter­­­na­­tio­­naux négo­­ciés au sein des Nations Unies, dont le premier texte a vu le jour le 10 octobre 1967. Appelé « Traité de l’es­­pace », il se consti­­tue de 17 articles qui posent les bases de la coha­­bi­­ta­­tion paci­­fique des États dans l’es­­pace et veille à ce qu’au­­cun d’eux ne puisse s’en appro­­prier une partie. Mais il y a un an ce mois-ci, la promul­­ga­­tion par les États-Unis du SPACE Act a mis un terme à la supré­­ma­­tie du traité. Cette loi a spéci­­fique­­ment trait au commerce spatial et prévoit que les « citoyens améri­­cains peuvent entre­­prendre l’ex­­plo­­ra­­tion et l’ex­­ploi­­ta­­tion commer­­ciales des “ressources spatiales” ». Elle ajoute que toute personne ou entité entrant en posses­­sion d’une ressource spatiale ou décou­­verte sur un asté­­roïde – à l’ex­­cep­­tion des corps célestes, qui n’ap­­par­­tiennent à personne – devient dès lors proprié­­taire et libre de la trans­­por­­ter, d’en faire usage et de la vendre. Il n’existe pas à l’heure qu’il est de légis­­la­­tion précise qui contraigne la conquête commer­­ciale de l’es­­pace. Le cadre est déli­­bé­­ré­­ment vaste et souple, pour permettre l’es­­sor des premières indus­­tries. Gouver­­ne­­ments et compa­­gnies écri­­ront ensemble les lois du futur, à mesure que le brouillard de guerre se dissi­­pera – le Luxem­­bourg figure d’ailleurs parmi les inves­­tis­­seurs de Plane­­tary Resources et Deep Space Indus­­tries depuis le début du mois. asteroid-smallCet aména­­ge­­ment du droit de l’es­­pace améri­­cain vise clai­­re­­ment à déclen­­cher une nouvelle ruée vers l’or, cosmique cette fois, qu’an­­ti­­cipe volon­­tiers le PDG de Plane­­tary Resources. « Ça commen­­cera proba­­ble­­ment par un avant-poste et les choses évolue­­ront avec le temps », dit Chris Lewi­­cki. « Il faut voir cela comme l’Ouest améri­­cain avec ses villes de cow-boys. Il y aura des bases, comme quand on se rendait à St. Louis avant de s’aven­­tu­­rer à l’ouest du Missis­­sippi, au XIXe siècle. Il s’agira peut-être de la Station spatiale inter­­­na­­tio­­nale ou d’une station commer­­ciale. À St. Louis, on faisait le plein de provi­­sions et d’équi­­pe­­ment, on enga­­geait une équipe et on s’élançait vers l’in­­connu. Il en ira de même sur les asté­­roïdes. » L’his­­toire n’est pas encore écrite qu’elle semble déjà fami­­lière : un rêve améri­­cain sans fron­­tières.

Multi-planètes

« L’homme est une espèce multi-planètes, faite pour colo­­ni­­ser l’es­­pace », affir­­mait Chris Lewi­­cki au début du mois lors de sa confé­­rence à Lisbonne. Petit à petit, ce qui appar­­te­­nait jadis au domaine de la science-fiction glisse vers celui de la science factuelle, à une vitesse expo­­nen­­tielle. D’après lui, cela s’ex­­plique du fait que la plupart de ces tech­­niques sont en déve­­lop­­pe­­ment depuis un demi-siècle. « Les choses progressent à ce rythme car beau­­coup de problèmes ont été réso­­lus au cours des décen­­nies précé­­dentes », dit-il. « Nous n’avons besoin que d’une petite équipe pour conce­­voir des satel­­lites aujourd’­­hui car une grande partie de la tech­­no­­lo­­gie existe déjà. » À l’heure qu’il est, Plane­­tary Resources travaille d’ar­­rache-pied au déve­­lop­­pe­­ment et au déploie­­ment de la tech­­no­­lo­­gie qui leur permet­­tra de trou­­ver le site idéal où s’éta­­blir pour commen­­cer l’ex­­trac­­tion de l’eau spatiale. Une ressource plus précieuse qu’on ne l’ima­­gine : « Nous sommes capables de sépa­­rer l’oxy­­gène et l’hy­­dro­­gène qui forment l’eau. Le premier servira à respi­­rer et le second de carbu­­rant aux moteurs des vais­­seaux spatiaux. » En plus de commer­­cia­­li­­ser dans l’es­­pace et sur Terre le précieux fluide vital, l’ac­­ti­­vité de Plane­­tary Resources permet­­tra ainsi d’étendre la durée des expé­­di­­tions spatiales en produi­­sant in situ le carbu­­rant néces­­saire à l’ali­­men­­ta­­tion des appa­­reils et l’oxy­­gène des astro­­nautes. Au cours des six prochains mois, deux tests de satel­­lites équi­­pés de capteurs permet­­tant la détec­­tion d’as­­té­­roïdes conte­­nant de l’eau auront lieu dans notre orbite. L’étape suivante sera de les accos­­ter. Plane­­tary Resources prévoit le lance­­ment de sa première mission d’ex­­trac­­tion d’eau sur un asté­­roïde en 2020.

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Il existe des milliers de sites poten­­tiels dans le Système solaire
Crédits : NASA

« On rêve tout de dix à quinze ans, en gros », disait Jacques Brel, « et puis on passe le restant de sa vie à tenter de réali­­ser une partie de ces rêves. » Peut-être est-ce aussi vrai pour l’hu­­ma­­nité toute entière. Depuis qu’il est capable de rêver son futur, l’homme se voit dans les étoiles. Certains ont imaginé des empires galac­­tiques, des corpo­­ra­­tions inter­­s­tel­­laires, des galaxies entiè­­re­­ment colo­­ni­­sées. À leur suite, des millions d’in­­di­­vi­­dus, géné­­ra­­tion après géné­­ra­­tion, se sont bercés de ces visions fantas­­tiques. D’autres se sont employés à réali­­ser ces fantasmes. Chris Lewi­­cki et son équipe sont aux portes d’une première disper­­sion de l’hu­­ma­­nité à travers l’im­­men­­sité spatiale. S’il plane encore et pour long­­temps une incer­­ti­­tude quant aux béné­­fices véri­­tables qu’en tirera le reste de l’hu­­ma­­nité (leur fortune à eux ne fait aucun doute), être témoins de cet envol n’en demeure pas moins enthou­­sias­­mant. « Quand on pense aux progrès que nous avons faits au cours des dix dernières années », conclut l’as­­tro­­nome-entre­­pre­­neur avant de partir prendre son avion, « il est exci­­tant d’ima­­gi­­ner où on en sera dans les dix prochaines ! » pri-logo-space


Couver­­ture : Pros­­pec­­tion sur un asté­­roïde. (NASA)

CES SCIENTIFIQUES TENTENT D’ÉVITER L’APOCALYPSE GRÂCE À UN RAYON DE LA MORT

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La défense plané­­taire contre les asté­­roïdes s’or­­ga­­nise grâce à une poignée de scien­­ti­­fiques. Ils riva­­lisent d’in­­ven­­ti­­vité pour détruire les menaces célestes qui nous guettent.

I. Toun­­gouska

Le mardi 18 août 2015, la NASA a publié un commu­­niqué de presse inti­­tulé « La Terre n’est mena­­cée par aucun asté­­roïde ». Un gros titre alar­­mant, surtout pour ceux qui igno­­raient qu’une partie de la popu­­la­­tion crai­­gnait sincè­­re­­ment de voir un asté­­roïde percu­­ter la terre… En réalité, les craintes de ces gens étaient telles qu’à force de les voir s’agi­­ter et multi­­plier les articles de blogs, l’agence spatiale la plus respec­­tée de la planète s’est vue contrainte de publier un démenti. « De nombreux blogs affirment, de manière tota­­le­­ment erro­­née, qu’un asté­­roïde entrera en colli­­sion avec la Terre entre le 15 et le 28 septembre 2015 », pouvait-on lire dans le commu­­niqué. Dans les locaux du Jet Propul­­sion Labo­­ra­­tory de Pasa­­dena en Cali­­for­­nie, Paul Chodas, direc­­teur du dépar­­te­­ment NEO dédié à l’étude des objets géocroi­­seurs (Near-Earth Objects), a déclaré le même jour : « Il n’existe aucune donnée scien­­ti­­fique, et pas l’ombre d’une preuve qui porte­­rait à croire qu’un asté­­roïde frap­­pera la Terre à cette période. » D’après le commu­­niqué, le programme d’ob­­ser­­va­­tion des objets géocroi­­seurs de la NASA « affirme n’avoir observé ni asté­­roïde ni aucune comète suscep­­tible d’en­­trer en colli­­sion avec la Terre dans un avenir proche ». gallery-1446238930-chelyabinski-vidHors contexte, cela ressem­­blait à un article tout droit sorti de The Onion ou du Gorafi. Il n’est pas rare que des rumeurs incroyables se propagent, mais il l’est davan­­tage de les voir prendre autant d’am­­pleur, au point que le direc­­teur d’un labo­­ra­­toire scien­­ti­­fique réputé se sente obligé de s’ex­­pri­­mer et de publier un commu­­niqué de presse. Ainsi va pour­­tant l’uni­­vers étrange et méconnu de la défense plané­­taire, au sein duquel une commu­­nauté gran­­dis­­sante de scien­­ti­­fiques mène des recherches et se prépare à l’éven­­tua­­lité qu’un gros caillou venu de l’es­­pace pénètre notre atmo­­sphère et percute la Terre, entraî­­nant la destruc­­tion violente et injuste de notre planète. Histo­­rique­­ment, il y a pour­­tant des raisons de s’inquié­­ter. Au matin du 15 février 2013, les habi­­tants de la ville de Tche­­lia­­binsk en Russie se réveillaient à peine lorsqu’une intense traî­­née de lumière est appa­­rue à l’est et a traversé l’ho­­ri­­zon avant d’ex­­plo­­ser. On a tout d’abord cru à un missile nucléaire, mais il s’agis­­sait d’un asté­­roïde. L’objet mesu­­rait envi­­ron 17 mètres de diamètre et se déplaçait à une vitesse de 67 600 km/h. Grâce à la fric­­tion de l’at­­mo­­sphère, il a chauffé et fini par explo­­ser bien au-dessus du sol. Ce phéno­­mène, que les scien­­ti­­fiques appellent « onde de choc », a fait explo­­ser des fenêtres, s’ef­­fon­­drer des murs et endom­­magé des toitures. Bilan : plus de 1 500 bles­­sés à cause de projec­­tions d’éclats de verre. En son point le plus intense, la lumière émise par l’objet en pleine explo­­sion était 30 fois plus vive que celle du soleil, causant chez certains habi­­tants des brûlures de la peau et de la rétine. Si quelques frag­­ments de roche ont bien fini par s’écra­­ser au sol – notam­­ment un bloc assez lourd pour trans­­per­­cer la couche de glace d’un lac gelé –, 99 % de la masse de l’as­­té­­roïde s’est désin­­té­­grée en vol, libé­­rant une éner­­gie équi­­va­­lente à 500 kilo­­tonnes de TNT.

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