par Legs McNeil | 0 min | 8 décembre 2016

En secret

Le secret est un langage à part entière dans le secteur de la deep tech. Rien que le terme, « deep tech ». Il évoque des profon­­deurs insoupçon­­nées, des buts inac­­ces­­sibles, des voies impé­­né­­trables. Sinon à une poignée d’in­­no­­va­­teurs qui n’ont rien moins que l’am­­bi­­tion de révo­­lu­­tion­­ner notre façon d’in­­te­­ra­­gir avec le monde. Comme la tech­­no­­lo­­gie est partout et que personne n’y échappe, il a fallu inven­­ter un terme pour diffé­­ren­­cier les avan­­cées tech­­no­­lo­­giques inédites sur lesquelles travaillent ces créa­­teurs. Deep tech, donc. world-peace-pilgrimage-2009 « Nous conce­­vons, construi­­sons et testons de meilleurs moyens de se rendre d’un point A à un point B », dit énig­­ma­­tique­­ment la page d’ac­­cueil du site de Zee. Le fond est unifor­­mé­­ment noir, le logo simple et mysté­­rieux. Plus bas, la compa­­gnie dit recru­­ter des ingé­­nieurs et tech­­ni­­ciens de talent, prin­­ci­­pa­­le­­ment dans le domaine de l’aé­­ro­­nau­­tique. Après quoi les auteurs se fendent de trois para­­graphes dans lesquels on apprend que Zee est une entre­­prise basée dans la Sili­­con Valley, qui travaille au déve­­lop­­pe­­ment d’un moyen de trans­­port révo­­lu­­tion­­naire. Il est ques­­tion d’aé­­ro­­dy­­na­­mique et de propul­­sion élec­­trique, de design d’aé­­ro­­nef et de struc­­tures compo­­sites. On n’en saura pas plus. Zee a fait parler d’elle pour la première fois il y a trois ans. En novembre 2013, le jour­­na­­liste du San Fran­­cisco Chro­­nicle Caleb Garling a décou­­vert des brevets dépo­­sés par la société en août de la même année concer­­nant un « aéro­­nef person­­nel ». S’ils ont tant fait de bruit, c’est qu’ils décri­­vaient un appa­­reil entiè­­re­­ment élec­­trique, de la taille d’une berline et pourvu de rotors – faisant de lui un ADAV, un aéro­­nef à décol­­lage et atter­­ris­­sage verti­­caux. Le mot a été lâché dans la foulée par l’au­­teur : « C’est une voiture volante. » L’en­­tre­­prise était instal­­lée dans un petit bâti­­ment blanc à Moun­­tain View, en Cali­­for­­nie. Juste à côté du siège de Google. Plus tard ce jour-là, des lecteurs du San Fran­­cisco Chro­­nicle ont fait parve­­nir au jour­­nal des images prises un peu moins d’un an plus tôt, sur une base navale aban­­don­­née et sur le parking à l’ex­­té­­rieur des locaux de l’en­­tre­­prise. L’en­­gin – vrai­­sem­­bla­­ble­­ment un proto­­type – ressem­­blait à un petit aéro­­nef, ou à un drone géant. Dans un mail succinct en réponse aux ques­­tions de Caleb Garling, le Dr Ilan Kroo, PDG et fonda­­teur offi­­ciel de « Zee Aero » en 2010, a confirmé qu’il travaillait sur « une idée de moyen de trans­­port inté­­res­­sante ». Le Dr Kroo est un ancien cher­­cheur de la NASA, profes­­seur d’aé­­ro­­nau­­tique et d’as­­tro­­nau­­tique à l’uni­­ver­­sité de Stan­­ford.

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Certains des dessins utili­­sés dans les brevets
Crédits : Zee
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Les images amateurs du proto­­type
Crédits : DR

C’est égale­­ment en 2013 que Zee a fait appel au talen­­tueux studio de design de Chicago Simple.Honest.Work. pour élabo­­rer sa stra­­té­­gie de marque, créer son iden­­tité visuelle et étof­­fer son aura de mystère. La première version du site imagi­­née par le studio lais­­sait devi­­ner en arrière-plan les contours d’une pièce de l’ap­­pa­­reil, photo­­gra­­phiée en très gros plan, comme c’est la tendance dans les campagnes marke­­ting des derniers modèles de voitures ou de smart­­phones. À présent, il ne reste que l’obs­­cu­­rité totale. (Il n’est pas impos­­sible que les indices aient été semés déli­­bé­­ré­­ment dans ce cadre.) Il s’avère que Zee n’ap­­par­­tient pas secrè­­te­­ment à Google, ni à aucune des filiales d’Al­­pha­­bet. Elle appar­­tient person­­nel­­le­­ment à Larry Page, le direc­­teur géné­­ral d’Al­­pha­­bet. Des sources anonymes proches de l’en­­tre­­prise l’ont révélé plus tôt cette année aux jour­­na­­listes de Bloom­­berg. C’est Page qui a fondé secrè­­te­­ment la société en 2010, pour réali­­ser un de ses rêves de gosse et permettre l’in­­ven­­tion d’un véhi­­cule capable de s’ex­­traire des files inter­­­mi­­nables qui encombrent les routes, et de réduire dras­­tique­­ment le temps néces­­saire pour parcou­­rir les distances en voiture. Entre 2013 et aujourd’­­hui, le nombre d’em­­ployés de la société a triplé, passant d’une cinquan­­taine à 150. Ils sont instal­­lés dans un bâti­­ment indus­­triel austère de près de 3 000 m² au 2700 Brode­­rick Way, à Moun­­tain View. Ils possèdent égale­­ment un hangar à Hollis­­ter, à une heure de route vers le sud, où ils effec­­tuent régu­­liè­­re­­ment des vols d’es­­sai. Larry Page aurait égale­­ment investi l’an­­née dernière dans une autre start-up spécia­­li­­sée dans les voitures volantes : Kitty Hawk. Plus secrète encore que Zee, aucun proto­­type n’a filtré pour le moment. La société a été bapti­­sée d’après la plage où les frères Wright ont réalisé leur premier vol moto­­risé en avion, en décembre 1903. Les employés de Kitty Hawk sont coupés de ceux de Zee et travaillent sur un design concur­rent, dans leurs bureaux situés 800 mètres plus loin.

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Un autre dessin figu­­rant sur les brevets
Crédits : Zee

Le cofon­­da­­teur de Google aurait dépensé 100 millions de dollars issus de sa fortune person­­nelle pour que Zee – le montant qu’il a injecté dans Kitty Hawk est inconnu – réalise cette « voiture volante ». Son rêve et celui de beau­­coup de gens.

AeroMo­­bil

L’homme attend l’in­­ven­­tion de la voiture volante depuis un siècle. Il n’aura fallu que quelques années après celles de l’avion et de la voiture pour qu’il se fixe un nouvel objec­­tif insensé. Dès 1917, le pion­­nier de l’avia­­tion améri­­cain Glenn Curtiss dépose un brevet pour une voiture volante. Son Model 11 Auto­­plane est consti­­tué d’une coque en alumi­­nium et muni de fenêtres en plas­­tique. Il est possible de le conduire sur les routes grâce à sa grande hélice fixée à l’ar­­rière. Son idée origi­­nelle était plutôt de four­­nir à un avion le confort des voitures de l’époque que de faire voler les voitures. Le déve­­lop­­pe­­ment de l’Au­­to­­plane sera malheu­­reu­­se­­ment inter­­­rompu par l’en­­trée des Améri­­cains dans la Première Guerre mondiale. En 1926, Henry Ford entre dans l’arène et propose le Fliv­­ver, un avion mono­­place expé­­ri­­men­­tal qu’il voit déjà deve­­nir « la Model T de son temps ». La pers­­pec­­tive pour les citoyens améri­­cains de dispo­­ser d’un avion person­­nel pour se rendre où bon leur chante en moins de temps qu’a­­vec une voiture est allé­­chante. Malheu­­reu­­se­­ment pour Ford, un vol d’es­­sai s’achève par un acci­dent mortel et l’en­­gin est aban­­donné. Cela ne l’em­­pêche pas de prédire en 1940 qu’une combi­­nai­­son entre une voiture et un avion ne tardera plus à venir. « Vous pouvez rire, mais ça arri­­vera. » Six ans plus tard, en juillet 1946, le premier véri­­table proto­­type de voiture volante voit le jour avec la Convair Model 118 (ou ConvAirCar), une voiture quatre places surmon­­tée d’un mono­­plan. Le pilote d’es­­sai la fait grim­­per à 611 mètres d’al­­ti­­tude sous les regards médu­­sés des direc­­teurs de Convair. Il exécute quelques virages au-dessus du champ avant d’at­­ter­­rir sans encombre. Les patrons sont fous de joie. Ils voient déjà leur bébé s’écou­­ler à plus de 160 000 unités. 1 500 dollars pièce, avec les ailes en option. Celles-ci seront distri­­buées via un service de loca­­tion présent dans les aéro­­ports.

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Un vol d’es­­sai de la ConvAirCar

Mais en novembre 1947, la chance tourne court pour Convair. Le second vol de la ConvAirCar se solde par un crash. Le pilote s’en sort indemne mais le proto­­type est en miettes. Convair laisse tomber. Ford renché­­rit et sort en 1956 un concept car baptisé Volante Tri-Atho­­dyne. Elle repré­­sente pour lui « une direc­­tion stylis­­tique possible pour ces véhi­­cules », même s’il admet cette fois-ci qu’il faudra du temps avant que les gens puissent en avoir une dans leur garage. Une fois de plus, Ford avait vu juste. 60 ans plus tard, personne ne se déplace encore dans sa voiture volante. Ce n’est pas faute de vouloir. Where’s my flying car? (« Où est ma voiture volante ? ») est un mème répandu aux États-Unis. L’ex­­pres­­sion fait réfé­­rence à Retour vers le futur 2, dans lequel le person­­nage de Marty McFly se retrouve aux commandes d’une DeLo­­rean volante en l’an 2015. Un an plus tard, toujours pas de véri­­table hover­­board ni de voiture capable de défier les lois de la gravité. Mais ne déses­­pé­­rons pas, un certain nombre de proto­­types sont en cours de tests. Le plus conforme à l’idée qu’on se fait d’une voiture volante est celui du construc­­teur slovaque AeroMo­­bil. L’Ae­­roMo­­bil 3 a pour ambi­­tion d’être un croi­­se­­ment entre une spor­­tive racée et un aéro­­nef léger. Cela fait main­­te­­nant deux ans que le proto­­type vole et qu’il fait baver les salons du monde entier. L’Ae­­roMo­­bil 3 ressemble à une sirène : l’avant de son corps est celui d’un coupé sport aux lignes futu­­ristes, sa queue celle d’un avion pourvu d’une grande hélice et d’ailes rétrac­­tables. Elle n’a besoin que d’une courte piste pour décol­­ler et peut faire le plein dans n’im­­porte quelle pompe à essence. Ambi­­tieux, ses concep­­teurs veulent en faire un modèle capable d’une auto­­no­­mie de 1 000 km à 200 km/h de croi­­sière, dont le poids sera infé­­rieur à 650 kg passa­­gers compris. Une fois commer­­cia­­li­­sable, ils comptent en produire 250 unités par an, à desti­­na­­tion de consom­­ma­­teurs triés sur le volet – comme le font Ferrari ou McLa­­ren.

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Crédits : AeroMo­­bil

De ce fait, si l’Ae­­roMo­­bil devient un jour réalité – elle est bien partie pour –, elle ne sera réser­­vée qu’à une poignée d’élus au compte en banque bien garni, puisqu’elle devrait coûter plusieurs centaines de milliers d’eu­­ros. Mais admet­­tons qu’elle soit plus abor­­dable. Disons, le prix d’une Twingo. Non, disons même qu’on vous la donne. Voilà les clés. Qu’al­­lez-vous en faire ?

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POURQUOI UBER VEUT INVESTIR DANS LES VOITURES VOLANTES

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Couver­­ture : un concept art de Lilium Jet. (Lilium Avia­­tion)


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