par Legs McNeil | 0 min | 21 mars 2015

Cons­­tance et chan­­ge­­ment

Vous avez été nommée rédac­­trice en chef de la New York Times Book Review en 2013. En quoi vous distin­­guez-vous de votre prédé­­ces­­seur, Sam Tanen­­haus ?

Fonda­­men­­ta­­le­­ment, sous Sam comme sous ses prédé­­ces­­seurs, la Book Review a toujours fait la même chose : de la critique litté­­raire. La tenta­­tion d’ajou­­ter de nouvelles choses, des articles d’un nouveau genre, d’in­­tro­­duire des éléments diffé­­rents est toujours présente, bien sûr, mais chaque fois que vous y cédez, vous risquez d’em­­pié­­ter sur l’es­­pace dédié à la mission diffi­­cile de la critique litté­­raire. Je dois prendre très au sérieux tous les efforts réali­­sés pour appor­­ter des trans­­for­­ma­­tions à la critique litté­­raire ; il y a tant de livres publiés que nous ne parve­­nons à nous pencher que sur 1 % d’entre eux chaque année. Le contenu du maga­­zine est donc toujours essen­­tiel­­le­­ment le même : de la critique litté­­raire.

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Couver­­ture de la Book Review
Hommage au prix Nobel de l’au­­teur chinois Mo Yan
Crédits : New York Times Book Review

Ceci dit, l’objec­­tif initial que je m’étais fixée – en gardant à l’es­­prit qu’il s’agit d’une revue de critique litté­­raire – était d’en faire quelque chose d’un peu plus surpre­­nant, d’im­­pré­­vi­­sible. Il faut conser­­ver un certain équi­­libre : vous avez besoin de publi­­ca­­tions tradi­­tion­­nelles et d’idées inno­­vantes, comme dans n’im­­porte quel maga­­zine. Cela implique des pronos­­tics, vous devez gager de ce qu’ai­­mera le lecteur et le surprendre par la suite. Nous avons consa­­cré un numéro à la théma­­tique de l’argent, et nous y avons inclus une nouvelle illus­­trée de Chris Clare. C’était la première fois que nous intro­­dui­­sions de l’illus­­tra­­tion au milieu de la Book Review, et personne ne s’y atten­­dait sur un tel sujet. Cet élément de surprise ne se traduit pas seule­­ment par un chan­­ge­­ment de contenu, mais aussi par un chan­­ge­­ment de critiques. Le plus exci­­tant dans notre travail, c’est de choi­­sir le livre à propos duquel nous allons écrire et de trou­­ver ensuite la plume idéale – celle qui écrira la critique, qui aura quelque chose de diffé­rent à dire, qui fera auto­­rité, qui écrira quelque chose que nous espé­­rons inté­­res­­sant, qui aura une véri­­table opinion sur le livre traité. Il se peut d’ailleurs qu’il ne s’agisse pas d’un critique de réfé­­rence dans le milieu. Cela peut deve­­nir très ennuyeux : à chaque fois qu’un livre s’in­­té­­resse à la Chine, le même expert s’ex­­prime ; à chaque fois qu’il s’agit de science-fiction, vous vous adres­­sez au même spécia­­liste. Il est évidem­­ment plai­­sant d’avoir des contri­­bu­­teurs recon­­nus, de grands noms de la Book Review  dont les lecteurs sont fami­­liers, mais je ne tiens pas que ce soit toujours les mêmes critiques qui écrivent.

À quoi ressemble une jour­­née typique à la New York Times Book Review ?

Chaque jour est quelque peu diffé­rent, cela dépend vrai­­ment des semaines. Nous fermons le mercredi, notre emploi du temps hebdo­­ma­­daire consiste donc à orga­­ni­­ser la semaine jusqu’au mercredi suivant. Le jeudi et le vendredi sont en théo­­rie plus calmes, mais pas tant que cela en réalité, car nous enre­­gis­­trons un podcast le jeudi (nous le faisons le matin pour en faire des inter­­­views). D’une manière géné­­rale, mon travail consiste à réflé­­chir au thème de la semaine et à celui de la semaine suivante : cela signi­­fie non seule­­ment que je réflé­­chis au critique qui donnera telle confé­­rence, que je songe par exemple aux romans qui paraî­­tront à l’au­­tomne, aux théma­­tiques qui pour­­raient conve­­nir en fonc­­tion de ce qui sera publié en octobre ; mais aussi que je m’at­­telle quoti­­dien­­ne­­ment à réunir l’équipe de rédac­­tion pour qu’ils me briefent sur les auteurs auxquels ils ont pensé, ceux dont ils pensent qu’ils méritent une critique. En discu­­tant, nous déter­­mi­­nons ensuite qui sera le plus à même de l’écrire.

La New York Times Book Review est la dernière revue indé­­pen­­dante de critique litté­­raire aux États-Unis.

Y a-t-il des choses qui n’ont pas changé à la Book Review, depuis 1896 ?

Ce qui n’a pas changé ? Les critiques litté­­raires n’ont pas telle­­ment changé. Pour le reste, il y a eu beau­­coup de trans­­for­­ma­­tions depuis cette époque. Nous avons toujours eu une rubrique pour les best-sellers, mais ils sont de plus en plus nombreux. C’est un flux continu. Nous les avons repen­­sés en 2011 et intro­­duit les livres élec­­tro­­niques à tout cela. Nous sommes passés à un type de liste indif­­fé­rent au support, qui réper­­to­­rie le livre dans tous ses formats – qu’il s’agisse d’un livre élec­­tro­­nique, d’un livre de poche ou d’une belle édition. Tout cela conti­­nue de chan­­ger, car le marché du livre est en constante évolu­­tion et doit s’adap­­ter. Nous prévoyons d’ailleurs d’autres trans­­for­­ma­­tions dans les temps à venir. Pour le reste, tout ou presque est diffé­rent, remis au goût du jour. Charles McGrath avait par exemple retiré une critique lorsqu’il était rédac­­teur en chef, mais nous l’avons réin­­tro­­duite et fina­­le­­ment véri­­ta­­ble­­ment instau­­rée, bien que nous en ayons consa­­cré quelques unes à l’évo­­lu­­tion de ce format depuis mon arri­­vée.

Comment choi­­sis­­sez-vous les ouvrages dont vous faites la critique ?

C’est la partie la plus diffi­­cile, l’élé­­ment complexe de la formule. Il s’agit véri­­ta­­ble­­ment d’es­­sayer de déter­­mi­­ner quels livres vont inté­­res­­ser nos lecteurs. Et en dépit de l’in­­croyable travail des auteurs et des éditeurs, nous n’avons fonda­­men­­ta­­le­­ment d’obli­­ga­­tion qu’en­­vers les lecteurs du New York Times. Qu’ils le lisent sur papier ou en ligne, à New York, dans le Wyoming ou à Bombay, ils y trouvent un contenu qu’ils jugent perti­nent. Nous essayons de déni­­cher les livres qui éveille­­ront leur inté­­rêt, nous tentons de capter leur atten­­tion et, idéa­­le­­ment, les sensi­­bi­­li­­ser à des livres auxquels ils étaient indif­­fé­­rents, des livres dont ils liront la critique même s’ils ne dési­rent pas le lire ensuite.

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Le bâti­­ment du New York Times
Crédits

Le poids des mots

Quel est l’im­­pact d’une critique sur les ventes d’un livre ?

Nous aime­­rions qu’il soit énorme ; il y a de très belles, de très fortes critiques. Mais la vente d’un livre dépend de tant d’autres facteurs… Je pense que si les éditeurs connais­­saient le secret de l’au­­to­­ma­­tisme des ventes, chaque livre serait un best-seller. Je trouve formi­­dable que ce soit en défi­­ni­­tive la grande incon­­nue de l’équa­­tion qui fasse qu’un livre attire massi­­ve­­ment les lecteurs ou pas. C’est néan­­moins déce­­vant pour nous. La New York Times Book Review est la dernière revue indé­­pen­­dante de critique litté­­raire aux États-Unis. Cela nous donne un certain poids, mais égale­­ment beau­­coup de respon­­sa­­bi­­li­­tés. Compa­­rez la situa­­tion avec la France : vous avez Le Monde Litté­­raire par exemple, et beau­­coup d’autres hebdo­­ma­­daires indé­­pen­­dants, sans comp­­ter les jour­­naux. Nous n’en avons plus aux États-Unis. Je pense que cela donne un poids supplé­­men­­taire à la Book Review, bien que, encore une fois, je ne pense pas que ce soit une bonne nouvelle pour les auteurs et les éditeurs.

Vos critiques prennent-ils en compte l’in­­fluence qu’ils peuvent avoir sur le destin d’un livre lorsqu’ils écrivent ?

La plupart des critiques, lorsqu’ils commencent un papier, le font très sérieu­­se­­ment, préci­­sé­­ment parce que les consé­quences sont impor­­tantes. De nombreux auteurs nous disent qu’a­­voir reçu une bonne critique dans un autre maga­­zine compte beau­­coup pour eux, mais que le New York Times est de loin le plus impor­­tant à leurs yeux.

Écrire un livre et le publier est, pour beau­­coup, l’am­­bi­­tion d’une vie. Nous ne pouvons pas le prendre à la légère.

Ayant moi-même écrit trois livres ayant reçu des critiques, je connais le ressenti de l’au­­teur, que la critique soit posi­­tive ou néga­­tive. Je pense que nous devons être conscients du fait que les auteurs tirent la plus grande partie de leur œuvre d’un travail acharné. Écrire un livre et le publier est, pour beau­­coup, l’am­­bi­­tion d’une vie. Nous ne pouvons pas le prendre à la légère.

La critique litté­­raire peut-elle façon­­ner les livres de demain ?

Je ne sais pas si la critique déter­­mine néces­­sai­­re­­ment ce qu’é­­crivent les auteurs. Je ne pense pas que lorsqu’ils commencent à écrire, la plupart des auteurs – des bons auteurs – cherchent à s’adap­­ter aux tendances contem­­po­­raines. Ils ont des moti­­va­­tions person­­nelles, propres à leur expé­­rience de vie. Il y a certai­­ne­­ment des auteurs qui disent aimer écrire des livres popu­­laires, mais je ne crois pas qu’ils répondent néces­­sai­­re­­ment aux attentes de la critique.

Les plate­­formes commer­­ciales telles qu’A­­ma­­zon ont-elles changé le visage de la critique litté­­raire, tout le monde ayant désor­­mais la possi­­bi­­lité de faire la critique d’un livre ?

Je trouve formi­­dable que chacun puisse avoir un regard critique sur un livre, écrire à ce sujet, coucher ses idées sur le papier et les parta­­ger. C’est vrai­­ment quelque chose d’in­­croyable, ne serait-ce qu’en ce qui concerne le rôle de la litté­­ra­­ture dans nos vies : cela prouve qu’il existe toujours du lien social entre les hommes. Il y a tant de gens qui ont une opinion, qui veulent que leur voix soit enten­­due et que d’autres s’y inté­­ressent. Mais en même temps, je pense que cela rend le monde de la critique litté­­raire plus confus et bruyant. Vous pouvez passer vos jour­­nées à lire des avis critiques, que ce soit sur Amazon, sur Twit­­ter ou Face­­book. Cela donne du poids à toutes ces opinions…

Elephant Company   Le reportage de Vicki Crocke figure dans la liste des   100 meilleurs livres de 2014 pour le New York Times  Crédits :
Elephant Company
Le repor­­tage de Vicki Crocke figure dans la liste des
100 meilleurs livres de 2014 pour le
New York Times
Crédits : Random House

Y a-t-il une diffé­­rence entre la critique litté­­raire de fictions et d’his­­toires vraies ?

Écrire une critique à propos d’un livre de fiction est un long proces­­sus. C’est si person­­nel, cela demande un vrai coup de patte. Et évidem­­ment, lorsqu’il s’agit de critique, vous devez en faire quelque chose de person­­nel. Parfois, le livre ne vous parle pas. Je pense que le défi de la critique litté­­raire de fiction est de ne pas se repo­­ser sur la diégèse, il ne s’agit pas d’un repor­­tage sur le livre, et vous ne devez pas dévoi­­ler ce dont il parle, surtout pour un lecteur qui pour­­rait vouloir le lire et décou­­vrir par lui-même ce qui se passe. C’est un défi énorme. Le plus dur, dans la critique, est d’al­­ler au-delà du simple descrip­­tif – « voilà ce qui va se passer », ou « voilà de quoi parle le livre » – et de vous emme­­ner à un niveau plus élevé, celui du juge­­ment critique. S’il s’agit d’une histoire vraie, il faut exami­­ner les rela­­tions entre le livre et les publi­­ca­­tions passées de l’au­­teur et d’autres sources.

Quelle part repré­­sente la non-fiction dans la produc­­tion litté­­raire actuelle ?

Je ne connais pas le ratio entre les deux genres. Croyez-le ou non, en regar­­dant indi­­vi­­duel­­le­­ment les livres qui nous sont envoyés chaque semaine, et sans les comp­­ter, nous ne réper­­to­­rions jamais combien d’entre eux sont des livres de fiction, de poésie, des mémoi­­res… Il faudrait les regar­­der un par un. Nous n’en gardons pas de traces, nous ne faisons pas de liste.

Dans la liste des livres remarquables de l’an­­née du New York Times, fiction et non fiction sont à parité.

Oui. Cela permet de simpli­­fier les choses. Et la simpli­­fi­­ca­­tion aide les lecteurs. Procé­­der de cette façon nous semblait natu­­rel.

Vous étiez aupa­­ra­­vant rédac­­trice de critiques litté­­raires jeunesse. Comment écrit-on la critique d’un livre pour enfants ? En quoi est-ce diffé­rent ?

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Max et les Maxi­­monstres
Crédits : Maurice Sendak

Lorsque j’écri­­vais pour la section jeunesse, je voulais que le lecteur qui ne s’in­­té­­res­­sait pas aux livres pour enfants, qui n’avait pas d’en­­fants – et même, qui ne les aimait pas –, s’ar­­rête un instant sur ces pages. J’aime la critique litté­­raire jeunesse. J’ai adoré être rédac­­trice dans ce service. C’est un travail incroyable, et je l’ai pris très au sérieux car vous avez l’op­­por­­tu­­nité d’ob­­te­­nir de nouveaux lecteurs au moment où ils deviennent lecteurs. C’est à leur âge que l’on prend goût à la lecture. Et je pense que si vous deman­­dez à n’im­­porte quel lecteur ou auteur adulte quel livre l’a marqué, l’a fait gran­­dir, il repen­­sera à un livre qu’il a lu enfant. Qu’il s’agisse de Tintin ou un livre de Maurice Sendak, les gens s’en souviennent. C’est l’une des raisons pour laquelle la vente de livres est toujours aussi impor­­tante en litté­­ra­­ture jeunesse. Très impor­­tante. Les parents, les grands-parents, les oncles, les amis achètent des livres qu’ils ont aimés enfants à leurs propres enfants. Ils achètent Cendrillon ou Le Hobbit pour leurs petit-enfants. Les contes de fées traversent les âges. Je pense que lorsque vous écri­­vez une critique, la critique elle-même est inté­­res­­sante, car dans la plupart des cas elle ne sera pas lue par l’en­­fant mais par ses parents, ses profes­­seurs, ses biblio­­thé­­caires, ses oncles et ses tantes. En termes de méca­­nique, vous pouvez révé­­ler le scéna­­rio –sans dévoi­­ler l’his­­toire – afin de les infor­­mer. Pourquoi ils aime­­ront tel ouvrage ou pourquoi ils préfé­­re­­ront l’évi­­ter : le livre est effrayant, et vous avez vous-même un enfant qui en a peur, vous voulez donc qu’ils sachent que le livre contient des passages effrayants, qu’un person­­nage meurt, par exemple. Ce sont des infor­­ma­­tions que vous voulez parta­­ger avec un lecteur adulte. Mais en même temps vous voulez susci­­ter un engoue­­ment autour du livre, de la même façon que vous le feriez pour un ouvrage adulte.

De l’art de bien écrire

Une critique litté­­raire peut-elle être lue pour elle-même ?

Abso­­lu­­ment. Nous ne sommes pas la troi­­sième roue du carrosse, nous exis­­tons à part entière. Notre travail consiste à écrire et à publier de bonnes critiques. Ce que nous voulons, à la New York Times Book Review, c’est écrire des critiques qui soient lues. Que les lecteurs lisent le livre – et c’est tant mieux pour les auteurs – ou qu’ils ne le lisent pas, notre mission est d’as­­su­­rer l’ex­­pé­­rience de lecture de la critique litté­­raire. C’est cela, la critique litté­­raire : une expé­­rience de lecture.

Quelle est votre concep­­tion d’une critique réus­­sie ?

À mon sens, elle répond à un objec­­tif précis. Et si l’on peut reve­­nir un instant sur l’époque où je rédi­­geais des critiques litté­­raires jeunesse, j’avais un objec­­tif. Nous sommes tous très occu­­pés vous savez, et lorsque nous choi­­sis­­sons une critique litté­­raire dans le New Yorker, le Figaro ou n’im­­porte quel autre titre de presse français, nous voulons lire de manière fluide et ne pas être inter­­­rom­­pus. Vous parcou­­rez l’ar­­ticle et espé­­rez que rien ne vous fera sortir de la lecture. Les gens cherchent des excuses pour ne pas lire, peut-être parce qu’ils ont mieux à faire, ou peut-être parce qu’ils ont déjà un livre en cours. Aussi, lorsque j’écri­­vais pour la section jeunesse, je faisais tout pour que le lecteur ne parcoure pas simple­­ment les pages. Je voulais que quelque chose – le visuel de la page, la couver­­ture du livre, mon nom, le sujet – l’in­­ter­­pelle et l’amène à lire ma critique. Je voulais qu’il ait envie de la lire en entier. Et ce qui est valable pour une critique litté­­raire l’est aussi pour un article de presse ou un repor­­tage maga­­zine. Tout ce qui doit atti­­rer l’at­­ten­­tion du lecteur, l’in­­for­­mer et le délec­­ter.

Un acheteur du New York TimesCrédits
Le New York Times en librai­­rie
Crédits

Cela implique-t-il une struc­­ture narra­­tive ?

Je ne pense pas que la critique litté­­raire doive être soumise à une struc­­ture. La méca­­nique de la critique litté­­raire est risible : « faites ceci, faites cela ». Mais parcou­­rir une revue de critique litté­­raire qui en change les codes serait formi­­dable. Pourquoi pas ? Pourquoi respec­­ter une formule pres­­crite ? Je suis toujours heureuse de rece­­voir une critique de la part de quelqu’un qui n’en a jamais écrit aupa­­ra­­vant, qui ne savait même pas comment en écrire une et qui vous a donné l’en­­vie de lire un livre.

Pouvez-vous racon­­ter le proces­­sus de créa­­tion et d’édi­­tion d’un numéro de la Book Review ?

Bien sûr. Nous rece­­vions il y a peu un livre qui paraî­­tra le mois prochain. Nous connais­­sons donc à l’avance le contenu du maga­­zine. Nous avons programmé le sujet du numéro actuel il y a envi­­ron un mois, ce qui nous lais­­sait suffi­­sam­­ment de temps pour réflé­­chir à la paru­­tion suivante. Nous connais­­sons les livres, approxi­­ma­­ti­­ve­­ment tous ceux qui feront l’objet d’une critique, nous savons lequel sera le plus primé, celui à propos duquel une inter­­­view sera donnée, etc. Une éditrice est en charge de la dernière page, elle modi­­fie la rubrique et suit l’ac­­tua­­lité des prix. Tout peut chan­­ger à la dernière minute : un contre-temps peut arri­­ver, vous savez, parfois le livre est victime d’un embargo et vous ne l’ob­­te­­nez que très tard… Pour la non-fiction, nous appliquons très régu­­liè­­re­­ment un proces­­sus de véri­­fi­­ca­­tion des faits. Le plus impor­­tant pour nous, après avoir véri­­fié qu’il n’y a pas de conflit d’in­­té­­rêts entre le critique et le livre, c’est de s’as­­su­­rer que la critique, une fois termi­­née, est précise. Car à sa paru­­tion, si vous vous êtes trom­­pés et que la critique est néga­­tive, l’au­­teur dira par exemple : « Ces gens-là n’ont même pas lu le livre, ils pensaient qu’il avait une liai­­son avec sa tante alors qu’il s’agit de sa cousine ! » Et cela inva­­li­­dera tout votre travail. La véri­­fi­­ca­­tion des faits est primor­­diale.

À quoi ressemble aujourd’­­hui le marché litté­­raire aux États-Unis ?

J’ai entendu de nombreuses anec­­dotes, venant des lecteurs, et je pense qu’il n’y a pas eu, et qu’il n’y a pas de tran­­si­­tion conti­­nue vers le livre élec­­tro­­nique. Même si je sais effec­­ti­­ve­­ment qu’un certain nombre d’entre eux y sont passés.

 Je ne pense pas que les nouvelles tech­­no­­lo­­gies vous permettent de toucher de nouveaux lecteurs.

Mais il y a eu une stabi­­li­­sa­­tion après la vague de crois­­sance, et beau­­coup d’entre eux liront égale­­ment des livres papiers. Parce que c’est un beau livre et qu’ils en veulent un exem­­plaire, parce qu’ils l’em­­pruntent, qu’im­­porte. Et puis il y a ce qu’ils veulent lire sur tablette : quelque chose de rapide, peut-être un texte profes­­sion­­nel. Je pense donc qu’il y a eu une stabi­­li­­sa­­tion et un retour à la normale.

Pensez-vous que les plate­­formes numé­­riques aient ouvert le champ litté­­raire à de nouveaux lecteurs ?

Je ne crois pas. Non, je pense que les lecteurs trouvent du contenu partout, quelle que soit la plate­­forme. Je ne pense abso­­lu­­ment pas que les nouvelles tech­­no­­lo­­gies vous permettent de toucher de nouveaux lecteurs.


Traduit de l’an­­glais par Marie-Éléo­­nore Noiré. Couver­­ture : La New York Public Library, par Moyan Brenn.
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