par Legs McNeil | 0 min | 10 septembre 2014

Itiné­­raire

Comment est né BKLYNR ?

BKLYNR a démarré autour de novembre 2012. L’idée nous est venue à Raphael Pope-Suss­­man et moi alors qu’on mangeait. On est amis de longue date, nous étions tous deux rédac­­teurs pour le jour­­nal de notre école, c’est là que nous nous sommes rencon­­trés. Et nous avions tous les deux envie de lancer un projet jour­­na­­lis­­tique à côté de nos boulots respec­­tifs. À l’époque, on était tous les deux sala­­riés par ailleurs et plus ou moins heureux dans notre travail, mais aucun de nous deux ne travaillait dans le jour­­na­­lisme et cela nous manquait. Moi, je travaillais pour Google. Ce n’était pas désa­­gréable, mais j’étais attiré et intri­­gué par d’autres projets qui ont démarré à ce moment-là, on voyait des aven­­tures média­­tiques à petite échelle éclore partout autour de nous.

« Sous la plume de certains, Brook­­lyn est devenu une marque mondia­­le­­ment célèbre. »

J’étais parti­­cu­­liè­­re­­ment inté­­ressé par les projets impliquant un rythme de publi­­ca­­tion plus lent, quelques papiers par mois, un plus petit nombre d’ar­­ticles. Il y avait The Maga­­zine, une revue pour iOS déve­­lop­­pée par Marco Ament, qui avait opté pour ce genre de modèle. Et aussi un maga­­zine de science et de tech­­no­­lo­­gie appelé Matter, qui avait mené à bien sa campagne Kicks­­tar­­ter. Leur idée, c’était de publier une histoire par mois et de la vendre pour un dollar. Ensuite, Craig Mod a publié un essai qui s’est très bien vendu, Subcom­­pact Publi­­shing, qui décri­­vait le fonc­­tion­­ne­­ment de ce type de modèles – l’idée qu’a­­vec peu de moyens, on peut produire un maga­­zine à petite échelle qui peut tout de même s’at­­ti­­rer un lecto­­rat fidèle. On s’est dit que le modèle était taillé sur mesure pour nous et on a décidé se lancer.

Quel est le contexte média­­tique à Brook­­lyn ?

Il y a un petit nombre de blogs à Brook­­lyn, qui existent depuis un certain temps déjà. La plupart d’entre eux se concentrent sur des parties spéci­­fiques de Brook­­lyn, mais géné­­ra­­le­­ment, Brook­­lyn est couvert par des médias basés à Manhat­­tan, comme le New York Times, le New York Maga­­zine et quelques autres, qui se foca­­lisent sur certains quar­­tiers et certaines classes des habi­­tants de Brook­­lyn. Et bien évidem­­ment, sous la plume de certains, Brook­­lyn est devenu une marque mondia­­le­­ment célèbre. On retrouve le mot dans des noms de restau­­rants qui n’ont rien à voir de près ou de loin avec l’en­­droit. Il a même ses plages horaires sur HBO, le dimanche soir, avec des émis­­sions comme le Lena Dunham Show. Du coup, quand quelqu’un entend le mot « Brook­­lyn », cela lui évoque des images très précises qui ont été façon­­nées par la manière dont le New York Times en parle dans ses pages. Nous avions donc envie de racon­­ter l’his­­toire plus globale d’un arron­­dis­­se­­ment qui ne se limite pas, en matière  géogra­­phie comme d’in­­té­­rêt, aux quar­­tiers de William­s­burg, Park Slope et Green Point.

Digital Divide Une histoire accompagnée d'une carte interactive Steve Melendez et Bridget Collins pour BKLYNR
« Digi­­tal Divide »
Article accom­­pa­­gné d’une carte inter­­ac­­tive
Crédits : Brid­­get Collins

En ce qui vous concerne, comment êtes-vous passé des sciences poli­­tiques au web design avant de fina­­le­­ment créer un média sur inter­­­net ?

La raison pour laquelle j’ai étudié les sciences poli­­tiques, c’est que je rêvais de deve­­nir repor­­ter poli­­tique quand je suis entré à l’uni­­ver­­sité. Et j’ai fait quelques stages au sein d’un nouveau média de l’époque appelé TPM (Talking Points Memo), dédié à la poli­­tique – à l’ori­­gine, c’était un blog tenu par un seul homme, Josh Marshall. Et cela s’est changé en une petite struc­­ture média­­tique influente dans le milieu, couvrant l’ac­­tua­­lité poli­­tique de Washing­­ton DC. J’y ai été stagiaire durant deux étés, et j’ai beau­­coup appris sur les rouages d’une rédac­­tion en ligne. Cette struc­­ture rédac­­tion­­nelle impliquant une colla­­bo­­ra­­tion étroite entre les déve­­lop­­peurs et les repor­­ters était inté­­res­­sante et très inspi­­rante pour moi. C’est pourquoi, ces dernières années, je me suis essen­­tiel­­le­­ment inté­­ressé à la rela­­tion entre le travail de jour­­na­­liste et celui du déve­­lop­­peur, amenés à se complé­­ter dans le contexte d’une publi­­ca­­tion en ligne. Je voulais acqué­­rir moi-même certaines de ces compé­­tences de déve­­lop­­pe­­ment, alors j’ai étudié la ques­­tion le soir, les week-ends, j’ai essayé de comprendre comment créer un site inter­­­net et comment coder en java script, tout ce dont j’avais besoin. J’ai réalisé un certain nombre de sites et fina­­le­­ment, j’ai créé BKLYNR.

Pourquoi avez-vous fait le choix d’un média exclu­­si­­ve­­ment numé­­rique ?

Au début, nous étions contraint par le temps et le peu de moyens dont nous dispo­­sions. D’une part, nous savions que nos ressources étaient limi­­tées, et d’autre part, la pers­­pec­­tive d’édi­­ter une publi­­ca­­tion papier et de s’oc­­cu­­per de choses telles que la distri­­bu­­tion et les annon­­ceurs n’était pas très attrayante. On peut bien plus rapi­­de­­ment créer un site inter­­­net et le lancer, plutôt que de mettre sur les rails une revue impri­­mée qui devra être distri­­buée aux quatre coins de la ville.

« Nous voulions concen­­trer toute notre éner­­gie sur un petit nombre de publi­­ca­­tions pour avoir le temps de produire des histoires de qualité. »

Mais au-delà de cela, nous n’étions pas sûr que l’éco­­no­­mie du papier faisait sens pour nous. J’aime beau­­coup le papier, je suis abonné à certaines revues – je reçois mon exem­­plaire du New York Times chaque week-end et j’adore cela –, mais malgré tout l’amour que je lui porte, je ne suis pas convaincu qu’il aurait été inté­­res­­sant pour nous d’in­­ves­­tir autant d’éner­­gie dans une publi­­ca­­tion papier sans en déga­­ger aucun profit.

Pourquoi avez-vous choisi de ne publier que trois histoires par mois ?

En nous inspi­­rant du modèle de publi­­ca­­tion sous-compact décrit par Craig Mod, nous voulions créer un média très ciblé, concen­­trer toute notre éner­­gie sur un petit nombre de publi­­ca­­tions pour avoir le temps de produire des histoires de qualité. Écrire et éditer un article de 5 000 mots repré­­sente beau­­coup de travail, sans comp­­ter les conver­­sa­­tions entre éditeurs et auteurs – dans notre cas, cela peut durer plusieurs semaines. Donc nous ne voulions pas avoir les yeux plus gros que le ventre. Trois histoires était un nombre idéal au début. Et désor­­mais, après avoir rodé notre acti­­vité édito­­riale, nous conti­­nuons de penser que c’est un excellent chiffre.

Narra­­tion

Le jour­­na­­lisme narra­­tif était la forme la mieux adap­­tée à votre projet ?

Oui, j’y suis très atta­­ché. Il me faut rappe­­ler que l’en­­vi­­ron­­ne­­ment média­­tique de Brook­­lyn se compo­­sait déjà d’un certain nombre de publi­­ca­­tions trai­­tant de l’ac­­tua­­lité des quar­­tiers, de diffé­­rents blogs qui publiaient des brèves quoti­­diennes sur des sujets variés. Et nous n’avions aucun inté­­rêt à concur­­ren­­cer les jour­­na­­listes poli­­tiques ou ceux publiant jour après jour des dépêches sur des ques­­tions poli­­tiques ou crimi­­nelles. Je crois que si l’on ne produit que quelques articles par mois, il faut se concen­­trer sur des ques­­tions plus larges, des histoires racon­­tées de telle manière qu’elles permettent à l’au­­teur de donner davan­­tage de relief et de couleur au sujet. L’ap­­proche narra­­tive était par consé­quent la mieux adap­­tée à notre modèle de publi­­ca­­tion.

Les smart­­phones et les tablettes ont-ils changé la façon dont les habi­­tants de Brook­­lyn s’in­­forment ?

C’est une ques­­tion diffi­­cile. J’ai­­me­­rais imagi­­ner le lecteur type de BKLYNR comme quelqu’un qui, après une dure jour­­née de travail, se détend sur son canapé en lisant nos histoires sur tablette ; ou quelqu’un qui, plutôt que de lire le New York Times au petit-déjeu­­ner le dimanche matin, a son iPad sur les genoux et parcourt notre site… Mais si on regarde les statis­­tiques, la majo­­rité des gens qui nous lisent le font au travail, ou du moins durant la jour­­née. Et cela concorde avec mes propres habi­­tudes de lecture. Lorsque je travaille, dès que j’ai quelques moments de libres, j’en profite pour lire un article ou deux. Les choses ne sont donc pas si simples, même si la tablette offre aux gens un moyen plus confor­­table de lire assis ou couché. Je pense que les gens lisent prin­­ci­­pa­­le­­ment au travail, et qu’ils sont géné­­ra­­le­­ment amenés à lire des articles via leurs réseaux sociaux, comme Face­­book ou Twit­­ter. Ils sont plus habi­­tués à ce mode de fonc­­tion­­ne­­ment, et si l’on s’en réfère à nos statis­­tiques, il semble­­rait que les tablettes n’ont pas changé tant que cela les modes de consom­­ma­­tion.

Block by Block, Brooklyn's Past and Present Une carte des bâtiments de Brooklyn Thomas Rhiel
Block by Block
Les bâti­­ments de Brook­­lyn par date de construc­­tion
Crédits : Thomas Rhiel

 

De quels autres médias vous êtes-vous inspi­­rés ?

Il y en a un certain nombre : j’ai déjà mentionné The Maga­­zine, de Marco Ament, et Matter, mais il y a aussi The Atavist, pour qui je travaille à plein temps désor­­mais – je suis desi­­gner chez eux. Et je suis égale­­ment toujours inspiré par le New York Times, un jour­­nal fantas­­tique qui publie de grands textes de jour­­na­­lisme narra­­tif – même s’ils ne couvrent pas Brook­­lyn de la bonne manière ! Mais je pense malgré tout avoir été beau­­coup inspiré par eux, notam­­ment par certaines de leurs histoires numé­­riques inter­­ac­­tives. Nous en avons réalisé un certain nombre nous-mêmes – avec des cartes, entre autres choses –, mais le New York Times a mis la barre très haut en la matière.

Qui sont vos auteurs ?

Nous avons eu la chance, Raphael et moi, de rencon­­trer beau­­coup de jeunes jour­­na­­listes ambi­­tieux lorsque nous étions à l’école. Donc nous nous sommes lancés avec un solide réseau de gens inté­­res­­sés par le projet, qui voulaient y contri­­buer. On s’ap­­puie encore sur ce réseau, bien entendu, mais à mesure que le projet a grandi, nous avons attiré l’at­­ten­­tion sur nous et des gens nous ont écrit avec l’en­­vie de nous rejoindre. Une bonne partie de nos contri­­bu­­teurs aujourd’­­hui sont des gens que nous ne connais­­sions pas au départ, mais qui sont deve­­nus avec le temps des repor­­ters inves­­tis et fidèles.

Fonc­­tion­­ne­­ment

Quel modèle écono­­mique avez-vous adopté ?

Il se base prin­­ci­­pa­­le­­ment sur les abon­­ne­­ments. Notre modèle permet aux non-abon­­nés de lire une de nos histoires par mois, mais pour lire les trois histoires d’un numéro ou toutes celles de notre cata­­logue, vous devez vous abon­­ner pour 2 dollars par mois ou pour 20 dollars par an. C’est tout. Après, nous avons fait ponc­­tuel­­le­­ment d’autres choses : j’ai par exemple réalisé une carte de l’ar­­ron­­dis­­se­­ment, qui compor­­tait les 3000 bâti­­ments de Brook­­lyn, codés en couleur selon l’âge du bâti­­ment. Elle était très popu­­laire en ligne, alors nous l’avons impri­­mée pour la vendre, et cela a très bien marché. Mais globa­­le­­ment, notre système repose sur les abon­­ne­­ments.

Qu’en est-il de votre ligne édito­­riale ?

Au départ, nous voulions racon­­ter des histoires sur Brook­­lyn dont les autres médias n’of­­fraient pas la lecture, la plupart se concen­­trant exclu­­si­­ve­­ment sur de petites zones de l’ar­­ron­­dis­­se­­ment, quelques quar­­tiers en parti­­cu­­lier. Nous voulions nous extraire de ces quar­­tiers et parler des gens qui vivent tout autour. Brook­­lyn est le plus grand arron­­dis­­se­­ment de New York pour ce qui est de la super­­­fi­­cie, et il est aussi le plus peuplé. Pour­­tant, la couver­­ture média­­tique se borne à une toute petite partie de celui-ci.

« Nous voulions racon­­ter des histoires sur Brook­­lyn dont les autres médias n’of­­fraient pas la lecture. »

Nous essayons donc de racon­­ter des histoires qui s’in­­té­­ressent à la vie de commu­­nau­­tés dont on entend parler nulle part ailleurs, et qui traitent de sujets plus vastes que les gens rencontrent dans leur quoti­­dien, d’où qu’ils viennent. Je crois qu’un bon exemple pour illus­­trer cette vision des choses est « Street Fight », de Phil­­lip Pantuso, un regard sur la commu­­nauté très active de Browns­­ville. Browns­­ville est un quar­­tier de la partie est de Brook­­lyn, histo­­rique­­ment très pauvre, qui a rencon­­tré beau­­coup de problèmes au fil du temps. Mais c’est un quar­­tier où vivent un petit nombre de gens passion­­nés qui essayent de chan­­ger les choses avec les moyens du bord. C’est donc l’his­­toire d’un quar­­tier spéci­­fique, mais égale­­ment quelque chose que vous voyez sous diverses formes à travers tout l’ar­­ron­­dis­­se­­ment et bien au-delà.

Votre modèle écono­­mique comme votre propo­­si­­tion édito­­riale sont très simples. Comment BKLYNR a-t-il été reçu ?

Je pense que la simpli­­cité est une bonne chose et les gens nous l’ont prouvé. Aujourd’­­hui, je trouve la plupart des médias écra­­sants. Sur Twit­­ter, je me retrouve souvent perdu, à cliquer entre 20 ou 30 onglets ouverts dans le navi­­ga­­teur pour lire les dernières actus chocs qui font le gros de l’in­­for­­ma­­tion quoti­­dienne. Je ne sais pas si c’est une façon très inté­­res­­sante de consom­­mer l’in­­for­­ma­­tion, mais je crois que ces modèles basés sur l’au­­dience et le clic ont créé un envi­­ron­­ne­­ment média­­tique extrê­­me­­ment dyna­­mique qui n’est pas toujours ce que recherche le lecteur. Il existe encore des formes de jour­­na­­lisme plus discrètes, mais qui sont peut-être moins visibles dans le contexte de Face­­book et Twit­­ter. Nous avons donc conçu quelque chose de simple, un média qui permet aux gens de prendre leur temps lorsqu’ils lisent des histoires, et je crois que notre lecto­­rat appré­­cie cela. Nous avons reçu de nombreux témoi­­gnages allant dans ce sens, de gens qui voient en BKLYNR, de par sa simpli­­cité, quelque chose de diffé­rent et d’unique dans le paysage média­­tique.

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« Taking it to the Streets »
La 61e rue trans­­for­­mée en terrain de foot­­ball
Crédits : Anna Gian­­frate

Qui sont vos lecteurs ?

Nombre d’entre eux viennent de New York City, mais en fait, moins de la moitié seule­­ment si l’on regarde les statis­­tiques, ce qui est une donnée inté­­res­­sante pour nous. Certaines de nos publi­­ca­­tions ont reçu l’at­­ten­­tion de lecteurs venus du monde entier, c’est très enthou­­sias­­mant. Je pense donc que si nous avons une répu­­ta­­tion plutôt cool auprès des gens de New York, que les histoires de Brook­­lyn inté­­ressent, nous racon­­tons aussi des histoires qui inté­­ressent les gens par-delà les fron­­tières de l’ar­­ron­­dis­­se­­ment, et c’est ce que nous avons toujours souhaité. Je pense que si vous racon­­tez une histoire d’une manière inté­­res­­sante, vous atti­­re­­rez même les lecteurs qu’elles ne touchent pas person­­nel­­le­­ment. Je crois que c’est ce que nous avons réussi à faire.

Vous travaillez donc à plein temps pour The Atavist. Pourquoi n’uti­­li­­sez-vous pas Crea­­ta­­vist pour BKLYNR ?

J’ai créé BKLYNR juste avant ou juste après la sortie de Crea­­ta­­vist, donc à l’époque forcé­­ment, je ne connais­­sais pas l’ou­­til. Nous utili­­sions WordP­­ress depuis un moment, le CMS (Système de gestion de contenu) sur lequel est bâti BKLYNR. Mais nous ne sommes pas fermés à l’éven­­tua­­lité d’uti­­li­­ser un jour Crea­­ta­­vist. C’est une excel­­lente plate-forme qui, en conti­­nuant à se déve­­lop­­per comme elle le fait, répon­­dra un jour aux besoins de petits éditeurs comme nous.

Le jour­­na­­lisme local en ligne, tel que vous le pratiquez, a-t-il un avenir ?

Abso­­lu­­ment. Nous allons conti­­nuer long­­temps à racon­­ter des histoires sur Brook­­lyn, et je pense que même si un certain nombre de gens n’ont pas réussi à s’ins­­tal­­ler en propo­­sant du jour­­na­­lisme « local » ou « hyper-local » sur inter­­­net – je pense notam­­ment à Patch, de Tim Armstrong –, il y a néan­­moins d’autres moyens d’y parve­­nir. Tant que les gens s’in­­té­­res­­se­­ront à la vie de leurs commu­­nau­­tés et de leurs quar­­tiers, il y aura des histoires à racon­­ter. Et Inter­­net est le médium parfait pour cela.


Couver­­ture : « Ship­­ped Out », par William Dena­­tale.
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