par Luke O'Brien | 20 juin 2016

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Pas de cardio

Même s’il prenait la disci­­pline au sérieux, Kimbo avait commencé tard. Ses lacunes de combat­­tant étaient évidentes, même après des années d’en­­traî­­ne­­ment à l’Ameri­­can Top Team, l’un des meilleurs camps de MMA du monde. Kimbo n’avait aucun cardio, son menton était fragile et sa force légen­­daire – très utile dans un combat d’ar­­rière-cour d’une minute – s’éva­­nouis­­sait dès le premier round d’un combat pro dans l’Oc­­to­­gone. Sans comp­­ter qu’il était inca­­pable de lutter au sol et qu’il ne maîtri­­sait aucune tech­­nique de jiu-jitsu. Mais il se battait avec le cœur, il était humble et, de toute évidence, dési­­reux d’ap­­prendre. Au cours de ses inter­­­views, il se présen­­tait comme un athlète moyen, recon­­nais­­sant avec sincé­­rité qu’il avait besoin de travailler dur et de s’amé­­lio­­rer.


Plus de six millions de personnes ont allumé leur télé­­vi­­sion pour le regar­­der se battre.

Kimbo a entre­­tenu sa répu­­ta­­tion de rené­­gat et sa célé­­brité en ligne pendant quelques années de plus. Pour son troi­­sième combat pro en 2008, dans le cadre d’un événe­­ment promo­­tion­­nel EliteXC, il était la tête d’af­­fiche du premier combat de MMA diffusé en prime time sur une chaîne majeure de la télé­­vi­­sion améri­­caine. Il avait 34 ans. À l’époque, EliteXC tentait de concur­­ren­­cer l’UFC. Kimbo, sur CBS, dans un combat orga­­nisé par Gus John­­son : c’était l’évé­­ne­­ment majeur, le point culmi­­nant de sa carrière. « Après ce combat », a promis l’or­­ga­­ni­­sa­­teur d’Eli­­teXC Gary Shaw avant l’évé­­ne­­ment, « Kimbo Slice va deve­­nir le plus grand nom du MMA. » Il n’était pas ques­­tion que Kimbo perde. Plus de six millions de personnes ont allumé leur télé­­vi­­sion pour le regar­­der se battre contre un ancien recou­­vreur de dettes du nom de James Thomp­­son, faisant de l’évé­­ne­­ment l’un des plus regar­­dés de l’his­­toire du MMA. C’était un combat terrible. Thomp­­son a frappé Kimbo au sol pendant deux rounds, écra­­sant le néophyte du MMA qui n’était fina­­le­­ment pas si effrayant. Puis, dans le troi­­sième round, Kimbo a asséné d’énormes coups de poing à Thomp­­son dont l’oreille en chou-fleur, enflée de façon grotesque – pour une raison incom­­pré­­hen­­sible, elle n’avait pas été drai­­née avant le combat –, a explosé en direct à la télé­­vi­­sion. C’était plus affreux que n’im­­porte quelle bagarre clan­­des­­tine, et pas seule­­ment parce qu’un organe s’était presque déta­­ché du crâne de son proprié­­taire en direct. Mais les promo­­teurs n’ont qu’un but : vendre des billets et faire de l’au­­di­­mat. L’ex­­plo­­sion d’une oreille en chou-fleur à la télé­­vi­­sion a eu l’ef­­fet escompté. La tension qui règne entre la cupi­­dité des promo­­teurs et l’éthique spor­­tive a souvent fait du tort au MMA, un sport jeune en mal de légi­­ti­­mité. Et Kimbo, peut-être plus qu’au­­cun autre combat­­tant, se trou­­vait à la croi­­sée de ces deux pôles. Il béné­­fi­­ciait de plus d’at­­ten­­tion qu’il n’en avait jamais eu sur YouTube. Le MMA profes­­sion­­nel était un envi­­ron­­ne­­ment tout aussi favo­­rable à l’ex­­ploi­­ta­­tion de son image que les arrière-cours de Miami où il avait fait ses armes.

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L’oreille en chou-fleur
Crédits : EliteXC

Il a perdu le combat suivant par KO tech­­nique après seule­­ment 14 secondes de combat. Il affron­­tait un remplaçant de dernière minute appelé Seth Petru­­zelli. Kimbo s’est montré vulné­­rable mais il n’était pas le seul : tout le battage promo­­tion­­nel qui l’en­­tou­­rait s’est écroulé avec lui. Quand Petru­­zelli a mis Kimbo à terre de façon humi­­liante en lui lançant un coup de pied tout en lui frap­­pant le crâne, Gus John­­son a retourné sa veste et s’est écrié : « Rocky ! Rocky est là ! Seth Petru­­zelli a fait trem­­bler le monde ! C’est la victoire la plus incroyable de l’his­­toire du MMA ! » Mais la seule chose incroyable dans la carrière pro de Kimbo Slice était le gouffre qui sépa­­rait les moyens inves­­tis par les promo­­teurs pour vanter ses talents et ce qu’ils étaient en réalité. Avant son combat contre Petru­­zelli, le président de l’UFC Dana White a fait part d’une analyse plus honnête : « Kimbo est nul à chier. » Après le combat, White a renchéri en décla­­rant que « Kimbo Slice se ferait assas­­si­­ner en UFC », enten­­dant par là qu’il n’avait pas les compé­­tences pour combattre dans la cour des grands du MMA.

Fin de carrière

Moins d’un an plus tard pour­­tant, White a signé un contrat avec Kimbo. Il faisait partie d’une longue file de promo­­teurs qui voulaient tirer le plus d’argent possible de ce qu’il restait de la légende. Kimbo est apparu dans l’émis­­sion de télé-réalité de l’UFC, The Ulti­­mate Figh­­ter, où il a battu des records d’au­­dience. Il a remporté un combat au sein de l’or­­ga­­ni­­sa­­tion, en a perdu un autre, puis on l’a viré comme un malpropre. Durant toutes ces épreuves, Kimbo est resté fidèle à lui-même, cela avait quelque chose de tragique. Il a été mis sur le devant de la scène à un âge avancé en dépit d’un entraî­­ne­­ment rudi­­men­­taire, unique­­ment parce qu’il avait fait sensa­­tion dans les milieux under­­grounds et que les fans adoraient son authen­­ti­­cité. Ils mouraient d’en­­vie de le voir se battre. Ce n’est pas sa faute s’il luttait pour être à la hauteur, à ce niveau de compé­­ti­­tion. Les gens avaient envie de croire que Kimbo était l’homme le plus thug de la planète et les promo­­teurs étaient ravis de leur vendre cette illu­­sion. Kimbo aussi jouait volon­­tiers le jeu, mais on ne peut pas lui repro­­cher d’avoir voulu essayer : il ne se conten­­tait pas de vouloir cet argent, il en avait besoin en tant que père de six enfants qui n’avait pas fait d’études supé­­rieures et qui avait vécu dans la rue. Combattre était sa meilleure option.

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Kimbo Slice vs. Dada 5000
Crédits : Bella­­tor MMA

Après son départ de l’UFC, il est devenu boxeur profes­­sion­­nel pendant deux ans. Il est retourné au MMA en 2015 pour affron­­ter le vété­­ran Ken Sham­­rock, 51 ans, dans une soirée orga­­ni­­sée par Bella­­tor. C’était un combat curieux durant lequel Sham­­rock a relâ­­ché son emprise sur Kimbo de manière inex­­pli­­cable, alors qu’il était en plein étran­­gle­­ment, pour être mis KO quelques secondes plus tard. Il se murmu­­rait que quelques-unes des précé­­dentes rencontres de Kimbo avaient été truquées, mais le combat contre Sham­­rock n’a pas seule­­ment donné lieu à des rumeurs, il a été analysé en profon­­deur. Il est néan­­moins possible que le combat ait paru truqué tant il était mauvais. Malgré cela, la diffu­­sion du combat sur Spike TV a rassem­­blé plus de spec­­ta­­teurs que toutes les affiches précé­­dentes de Bella­­tor. Le dernier combat de Kimbo a été le plus triste et l’un des épisodes les plus pénibles à regar­­der de l’his­­toire du MMA. Un corps à corps mortel­­le­­ment ennuyeux de trois rounds que Kimbo a remporté par KO tech­­nique – mais la victoire lui a été reti­­rée après qu’il a été testé posi­­tif aux stéroïdes. Son adver­­saire, un combat­­tant de rue de Miami du nom de Dada 5000 (l’un de ses anciens asso­­ciés), a été sorti de l’Oc­­to­­gone sur une civière et a plus tard déclaré avoir subi deux crises cardiaque durant le combat. Évidem­­ment, Kimbo versus Dada 5000 a battu tous les records d’au­­dience pour un match Bella­­tor. ulyces-kimboslice-03 La semaine dernière, son cœur a déposé les armes. Kimbo a été mis sous respi­­ra­­tion arti­­fi­­cielle mais il est mort alors que les méde­­cins s’ap­­prê­­taient à l’ajou­­ter à la liste des trans­­plan­­ta­­tions cardiaques. La vie de Kimbo Slice a pris fin à une heure de route de l’en­­droit où Kevin Fergu­­son a grandi. Bien que la carrière de MMA de Kimbo relève de la farce, l’homme qui l’a menée n’en était pas moins sincère. Un authen­­tique combat­­tant de rue qui a captivé l’ima­­gi­­na­­tion de millions de personne, qui s’est exposé au mépris des puristes du MMA lorsqu’il a mis les pieds sur le ring et qui a fini par l’em­­por­­ter sur ses détrac­­teurs car il était impos­­sible de ne pas l’ai­­mer. Kimbo a travaillé dur pour y arri­­ver. Il avait du respect pour la disci­­pline. Il était humble. Il voulait sans cesse s’amé­­lio­­rer. En 2010, pendant sa prépa­­ra­­tion en vue de son combat contre Matt Mitrione à l’UFC 113, Kimbo a parlé de la façon dont il voulait qu’on se souvienne de lui après sa mort. « Je veux juste que les gens se disent que j’ai évolué », a-t-il dit. https://www.youtube.com/watch?v=XL_j1NKmbF4 En regar­­dant cette vidéo, vous pour­­rez déci­­der si Kimbo Slice était un bandit, un ménes­­trel ou une brute invin­­cible. S’il a enta­­ché quoi que ce soit ou s’il s’agis­­sait juste d’un mec qui avait eu la vie dure et qui faisait tout pour la rendre meilleure. Un homme qui a trouvé la force en lui pour crever l’écran et faire trem­­bler le monde.


Traduit de l’an­­glais par Nico­­las Prouillac d’après l’ar­­ticle « The Ulti­­mate Figh­­ter », paru dans  Slate.com. Couver­­ture : Kimbo Slice. (Créa­­tion graphique par Ulyces)


LES MOINES SHAOLIN FONT DU MMA, MAINTENANT

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Avec l’ar­­ri­­vée en force du MMA en Chine, le Kung-fu tradi­­tion­­nel tombe en désué­­tude. Pour­­tant, à Shao­­lin, les jeunes béné­­fi­­cient de l’en­­sei­­gne­­ment de combat­­tants étran­­gers.

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Centre-ville de Chengdu
Province du Sichuan

Peu après l’aube aux abords de Chengdu, la capi­­tale de la province du Sichuan, Li Quan frappe un sac de sable à coups de pieds. Malgré le vrom­­bis­­se­­ment constant des bus qui se dirigent vers la ville, on peut entendre l’eau bouillir sur la cuisi­­nière. Après son entraî­­ne­­ment, Li véri­­fie son télé­­phone et se sert une tasse de thé. Des étran­­gers sont en chemin pour s’en­­traî­­ner au Kung-fu avec le maître. En Chine, le nombre d’ar­­tistes martiaux qui, comme Li, main­­tiennent en vie la flamme de cette vieille tradi­­tion, se réduit rapi­­de­­ment. Quelques-uns de ces maîtres, géné­­ra­­le­­ment âgés de quarante ou cinquante ans, sont d’heu­­reux direc­­teurs d’écoles d’arts martiaux remplies d’élè­­ves… mais pour la plupart, ils sont agents de sécu­­rité, profes­­seurs d’édu­­ca­­tion physique, conduc­­teurs de poids lourds, voire gardes du corps. Dans les films, les maîtres du Kung-fu ont un travail pour couvrir leurs acti­­vi­­tés nocturnes héroïques. Mais en réalité, ce travail leur permet tout bonne­­ment de survivre.

I. Shao­­lin, Inc.

Après les purges répé­­tées du gouver­­ne­­ment central et des décen­­nies d’ex­­ploi­­ta­­tion commer­­ciale, le Kung-fu tradi­­tion­­nel chinois n’est aujourd’­­hui plus que l’ombre de ce qu’il a été. Tandis que les maîtres luttent pour impo­­ser sur le marché leurs styles de plus en plus dilués, leurs étudiants poten­­tiels sont captés par les arts martiaux mixtes (mixted martial arts, le MMA), un sport de combat dont la popu­­la­­rité explose partout dans le monde. De fait, peu de combat­­tants perçoivent  encore le Kung-fu comme un art martial crédible.

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Disciples de Shao­­lin pratiquant le ju-jitsu brési­­lien
École d’arts martiaux de Tagou
Crédits : Sascha Matus­­zak

Ces dernières années, du Kung-fu (terme recou­­vrant un certain nombre d’arts martiaux chinois déve­­lop­­pés au fil des siècles) se sont déta­­chés plusieurs courants qui riva­­lisent pour s’im­­po­­ser dans le monde des arts martiaux. Parmi eux, on peut citer le wushu perfor­­ma­­tif, que certains ont vaine­­ment tenté de hisser en sport olym­­pique pendant des années ; le sanda, un style de frappe et de take­­downs­­pé­­ci­­fique­­ment pensé pour les sports de combat ; et le tai chi, un « art martial inté­­rieur », qui se concentre sur la maîtrise de l’éner­­gie du corps (le qi) dans une approche auto-défen­­sive. Les Chinois entre­­tiennent une rela­­tion complexe avec leur art martial natio­­nal. Le Kung-fu est d’abord admiré pour son esthé­­tique, mais malgré le profond respect dont jouissent les artistes martiaux tradi­­tion­­nels, leur art est consi­­déré comme inutile en compé­­ti­­tion. Le Kung-fu a aussi été enta­­ché par sa commer­­cia­­li­­sa­­tion : au célèbre temple Shao­­lin, une façade de tradi­­tion cache une usine à sous qui permet aux moines de conduire des voitures de luxe et de voya­­ger autour du globe pour promou­­voir la marque Shao­­lin.

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