par Matt Cetti-Roberts | 24 janvier 2016

Hadji

Ce soir-là, une brise fraîche souffle sur le toit de l’im­­meuble, faisant obstacle aux mous­­tiques assoif­­fés dans leur quête de peaux dénu­­dées. Les combat­­tants kurdes pesh­­mer­­gas se reposent sur des mate­­las, voire de rudi­­men­­taires sommiers en fer surmon­­tés de cadres cruel­­le­­ment métal­­liques. Certains parlent, et certains dorment pendant que d’autres fument des ciga­­rettes en regar­­dant le ciel nocturne – plus que quelques heures de répit avant l’of­­fen­­sive du lende­­main. Il y a 12 heures de cela, nous avons commencé notre périple vers la ville de Cham­­cha­­mal pour rendre visite à Hadji Fazer et son groupe de volon­­taires pesh­­mer­­gas. Cham­­cha­­mal est une petite ville qui se trouve à envi­­ron 30 minutes en voiture de Kirkouk. Du temps où Saddam Hussein était dicta­­teur, l’ar­­mée irakienne avait forcé les campa­­gnards des envi­­rons à migrer vers la ville.

29/09/2015. Chamchamal, Iraq. A variant of the Russian PK general purpose machine gun is seen at the home of Hadji Fazer in Chamchamal, Iraq. The machine gun was captured by Fazer and his group from ISIS during fighting between the peshmerga and the Islamic Militant group. Supported by coalition airstrikes around 3500 peshmerga of the Patriotic Union of Kurdistan (PUK) and the Kurdistan Democratic Party (KDP) engaged in a large offensive to push Islamic State militants out of villages to the west of Kirkuk. During previous offensives ISIS fighters withdrew after sustained coalition air support, but this time in many places militants stayed and fought. The day would see the coalition conduct around 50 airstrikes helping the joint peshmerga force to advance to within a few kilometres of the ISIS stronghold of Hawija and re-take around 17 villages. Around 20 peshmerga lost their lives to improvised explosive devices left by the Islamic State, reports suggest that between 40 and 150 militants were killed.
Les armes des combat­­tants pesh­­mer­­gas
Crédits : Matt Cetti-Roberts

L’ar­­mée irakienne a ensuite entre­­pris de détruire leurs villages, et de poser des mines anti­­per­­son­­nel dans presque toute la zone pour empê­­cher les trafics et les raids menés par les Pesh­­mer­­gas. Depuis lors, les habi­­tants de Cham­­cha­­mal sont connus pour leur promp­­ti­­tude à se battre et leur mauvais carac­­tère ; une répu­­ta­­tion pas toujours méri­­tée. Hadji Fazer est né en 1974 à Cheman, un petit village coincé entre Kirkouk et Cham­­cha­­mal. À l’âge de 13 ans, l’ar­­mée irakienne l’en a expulsé, ainsi que toute sa famille et les autres villa­­geois. Il se gare au bord de la route sur laquelle nous atten­­dions avec mon traduc­­teur, à l’ex­­té­­rieur de la ville de Cham­­cha­­mal. Il porte un costume tradi­­tion­­nel kurde, et un pisto­­let dépasse de l’écharpe nouée autour de sa taille. Une fois chez lui, en ville, il pose l’arme sur son support, en dessous de la télé­­vi­­sion qui montre les images d’une chaîne d’in­­for­­ma­­tions locale. Les têtes de deux de ses enfants appa­­raissent discrè­­te­­ment dans l’em­­bra­­sure de la porte de la cuisine.


29/09/2015. Chamchamal, Iraq. Hardi (L), Sarwar (C) and Zana, all volunteer peshmerga fighters, reload ammunition ahead of a peshmerga offensive at a comrade's house in Chamchamal, Iraq. Supported by coalition airstrikes around 3500 peshmerga of the Patriotic Union of Kurdistan (PUK) and the Kurdistan Democratic Party (KDP) engaged in a large offensive to push Islamic State militants out of villages to the west of Kirkuk. During previous offensives ISIS fighters withdrew after sustained coalition air support, but this time in many places militants stayed and fought. The day would see the coalition conduct around 50 airstrikes helping the joint peshmerga force to advance to within a few kilometres of the ISIS stronghold of Hawija and re-take around 17 villages. Around 20 peshmerga lost their lives to improvised explosive devices left by the Islamic State, reports suggest that between 40 and 150 militants were killed.
Les volon­­taires de Cham­­cha­­mal
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Son télé­­phone sonne – c’est un ami, qui l’ap­­pelle pour le préve­­nir que les Pesh­­mer­­gas ont prévu une attaque pour le lende­­main. Hadji acquiesce et raccroche, puis il nous demande si on souhaite y aller avec eux. Après une courte discus­­sion, nous accep­­tons d’ac­­com­­pa­­gner son groupe. Hardi, Sarwar, Aram et Zana, les autres membres du groupe, entrent dans la maison. Ils portent des costumes tradi­­tion­­nels kurdes et sont eux aussi armés. Hardi et Sarwar sont équi­­pés de fusils d’as­­saut M-16A4. Ils ont consti­­tué une bonne partie de leur stock en volant leurs armes à des membres de l’État Isla­­mique, comme la mitrailleuse PK en parfait état que Hadji tient entre les mains. Mais pour l’of­­fen­­sive de demain, il utili­­sera un autre type de Kala­ch­­ni­­kov. Son groupe est composé de Pesh­­mer­­gas qui se sont portés volon­­taires. Le Minis­­tère des Pesh­­mer­­gas et les partis poli­­tiques ne leur verse­­ront pas un centime. Beau­­coup de gens pensent le contraire, mais les Pesh­­mer­­gas sont loin de former un peuple uni ; certains combattent dans des brigades qui soutiennent le Minis­­tère, le Parti démo­­cra­­tique du Kurdis­­tan, ou l’Union patrio­­tique du Kurdis­­tan (UPK), entre autres groupes. Le petit groupe de Hadji le fait au nom du Kurdis­­tan.

« Je ne perçois aucun salaire, je ne fais que me battre. » — Hadji Fazer

Aram, un membre du groupe anglo­­phone qui a vécu en France et aux Pays-Bas, nous explique que la plupart des combat­­tants de l’État isla­­mique en Irak étaient des parti­­sans du parti Baas. « Je me bats aujourd’­­hui au nom de tout ce qu’ils nous ont fait subir dans les années 1970 et 1980 – pour moi, Daech est dans la conti­­nuité du régime Baas », souligne-t-il. Je demande à Hadji comment ils font pour savoir qu’une attaque est en cours. « Ça dépend, parfois je reçois un coup de fil avant le début de l’at­­taque et on y va, parfois on en entend parler et on rapplique », me répond-il. Aram ajoute qu’ils font de même quand ils voient qu’une attaque est en cours sur une chaîne de télé­­vi­­sion locale. Les volon­­taires pesh­­mer­­gas ont parfois été accu­­sés de profi­­ter de la guerre en vendant des armes volées. Hadji et ses cama­­rades réfutent cette accu­­sa­­tion, et affirment qu’ils gardent les armes confisquées pour éviter qu’elles ne soient utili­­sées contre les Pesh­­mer­­gas. « La moitié des armes que nous avons proviennent de l’EI, Géné­­ra­­le­­ment, elles sont en plutôt bon état », explique Hadji. « On ne vend pas les armes que nous leur prenons, on n’a pas besoin d’argent », ajoute-t-il en haus­­sant les épaules.

29/09/2015. Chamchamal, Iraq. Hadji Fazer, a volunteer peshmerga fighter, dons belt pouches containing ammunition in his home in Chamchamal Iraq as he and his group prepare to take part in a peshmerga offensive against ISIS held villages to the west of Kirkuk, Iraq. Supported by coalition airstrikes around 3500 peshmerga of the Patriotic Union of Kurdistan (PUK) and the Kurdistan Democratic Party (KDP) engaged in a large offensive to push Islamic State militants out of villages to the west of Kirkuk. During previous offensives ISIS fighters withdrew after sustained coalition air support, but this time in many places militants stayed and fought. The day would see the coalition conduct around 50 airstrikes helping the joint peshmerga force to advance to within a few kilometres of the ISIS stronghold of Hawija and re-take around 17 villages. Around 20 peshmerga lost their lives to improvised explosive devices left by the Islamic State, reports suggest that between 40 and 150 militants were killed.
Chez Hadji Fazer
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Hadji n’en est pas à sa première guerre. Il a rejoint les Pesh­­mer­­gas en 1991, au cours du soulè­­ve­­ment des Kurdes contre le régime Baas, et il s’est battu aux côtés de l’Union patrio­­tique du Kurdis­­tan pendant la guerre civile kurde de 1996. En 2003, il a combattu aux côtés des forces spéciales améri­­caines – allant jusqu’à rejoindre deux brigades formées en vue d’être déployées à Kirkouk. À chaque fois, il s’est porté volon­­taire. « J’ai conti­­nué de me porter volon­­taire après le départ des Améri­­cains, et je ne perçois aucun salaire, je ne fais que me battre », précise-t-il. Il a bien essayé de rejoindre l’ar­­mée pesh­­merga – celle qui porte l’uni­­forme –, mais comme il est né en 1974, il est trop vieux pour s’en­­rô­­ler. Il a récem­­ment appris que cela pour­­rait évoluer. « Cette semaine, les Pesh­­mer­­gas m’ont appelé pour m’an­­non­­cer que j’al­­lais être nommé sous-lieu­­te­­nant », dit-il en souriant. Hadji me montre des photos de ses amis morts pendant le combat sur l’écran de son smart­­phone. Selon lui, c’est à Mullah Abdul­­lah, une petite ville à l’ouest de Kirkouk, qu’ils ont mené dix heures durant la plus diffi­­cile des batailles. « Ils sont arri­­vés sur la base pesh­­merga avec un véhi­­cule blindé plein d’ex­­plo­­sifs. Quand il a explosé, 20 personnes sont mortes », ajoute-t-il. « Se porter volon­­taire nous expose nous et notre famille », souligne Aram, qui nous explique ensuite que Hadji a reçu un appel d’un homme arabe qui a menacé sa famille. « Il a dit que s’il le voyait en première ligne, il le tuerait ainsi que toute sa famille. » Pour l’ins­­tant, il n’a pas mis sa menace à exécu­­tion.

29/09/2015. Kirkuk, Iraq. Hadji Fazer, a volunteer peshmerga, smokes as he drives a 4x4 as he and his group of fighters move to front line positions ahead of a peshmerga offensive against ISIS held villages to the west of Kirkuk, Iraq. Supported by coalition airstrikes around 3500 peshmerga of the Patriotic Union of Kurdistan (PUK) and the Kurdistan Democratic Party (KDP) engaged in a large offensive to push Islamic State militants out of villages to the west of Kirkuk. During previous offensives ISIS fighters withdrew after sustained coalition air support, but this time in many places militants stayed and fought. The day would see the coalition conduct around 50 airstrikes helping the joint peshmerga force to advance to within a few kilometres of the ISIS stronghold of Hawija and re-take around 17 villages. Around 20 peshmerga lost their lives to improvised explosive devices left by the Islamic State, reports suggest that between 40 and 150 militants were killed.
En direc­­tion du front
Crédits : Matt Cetti-Roberts

« La plupart du temps, on reste ensemble même quand on est pas au combat. On est comme des frères », explique Hadji. Un autre membre du groupe, Zana, un jeune homme aux yeux verts perçants – ce qui n’est pas commun chez les Kurdes – dit que ce qui importe le plus, c’est de ne pas lais­­ser le corps d’un ami sur le champ de bataille. « C’est dur, mieux vaut mourir qu’être capturé par Daech », ajoute-t-il. Nous attra­­pons notre équi­­pe­­ment avant de monter dans un 4×4 avec Hadji et Sarwar, et nous partons pour le front. Il fait beau, mais tout de même un peu plus froid qu’a­­vant le début de l’Au­­tomne. En arri­­vant sur la base pesh­­merga, à l’ex­­té­­rieur de la ville de Kirkouk, nous nous mettons à cher­­cher un comman­­dant, qui s’avère être déjà parti sur le front. Hadji nous explique qu’ils ne se battent pas toujours avec les mêmes unités. « Quand c’est néces­­saire, on se bat aux côtés de diffé­­rentes brigades avec qui on est en rela­­tion. »

Balles traçantes

Il est un peu plus de 16 heures quand nous arri­­vons à l’en­­droit où se trou­­vait la ligne de front avant que les Pesh­­mer­­gas ne repoussent l’État isla­­mique en début d’an­­née. Quelques minutes plus tard, nous passons à côté d’une une butte de sable qui faisait office de ligne de défense pour les mili­­ciens de l’EI. La ligne de défense que les Pesh­­mer­­gas observent se trouve dans la zone neutre, juste derrière. L’em­­pla­­ce­­ment est prêt, plusieurs chars d’as­­saut sont alignés le long de la butte de terre forti­­fiée, et des petites collines qu’ils ont érigé pour y posi­­tion­­ner l’ar­­tille­­rie lourde. Les combat­­tants de l’État isla­­mique sont à à peu près à un kilo­­mètre d’ici, et pour l’ins­­tant, on ne les entend pas. Nous sommes juste à deux kilo­­mètres de l’em­­pla­­ce­­ment que j’ai visité au cours d’un autre repor­­tage sur les armes utili­­sées par les Kurdes.

29/09/2015. Kirkuk, Iraq. A peshmerga sits on a sandbag wall next to a PKM machine gun at a front line west of Kirkuk, Iraq. Supported by coalition airstrikes around 3500 peshmerga of the Patriotic Union of Kurdistan (PUK) and the Kurdistan Democratic Party (KDP) engaged in a large offensive to push Islamic State militants out of villages to the west of Kirkuk. During previous offensives ISIS fighters withdrew after sustained coalition air support, but this time in many places militants stayed and fought. The day would see the coalition conduct around 50 airstrikes helping the joint peshmerga force to advance to within a few kilometres of the ISIS stronghold of Hawija and re-take around 17 villages. Around 20 peshmerga lost their lives to improvised explosive devices left by the Islamic State, reports suggest that between 40 and 150 militants were killed.
Au repos sur les sacs de sable
Crédits : Matt Cetti-Roberts

L’unité fait partie du groupe Yakray 70 – des Pesh­­mer­­gas affi­­liés à l’UPK. Un comman­­dant désigne du doigt un impo­­sant bosquet de palmiers qui entourent une grande maison, du côté de la zone neutre. Il nous dit qu’il aime­­rait qu’on y aille demain, pour prendre une photo de lui. Il m’ex­­plique que c’est l’an­­cienne maison d’Ali Hassan Al Majid – plus connu sous le nom de « Chemi­­cal Ali » –, un géné­­ral baasiste devenu célèbre pour avoir utilisé des armes chimiques au cours du géno­­cide kurde dans les années 1980. Les Pesh­­mer­­gas mani­­festent leur envie de conti­­nuer d’avan­­cer. Nous repar­­tons. Nous traver­­sons un paysage plat et déser­­tique pour nous rendre à quelques centaines de mètres de la ligne de front. Le soleil se couche sur fond de ciel bleu nuit, et la nuit noire finit par tomber. Nous allons passer la nuit là où nous venons de nous arrê­­ter – dans un petit avant-poste, prêt d’un pont occupé par un pelo­­ton de Pesh­­mer­­gas. Quand il fait meilleur, les terres envi­­ron­­nantes sont utili­­sées pour culti­­ver. À l’ar­­rière de l’avant-poste, un grand canal d’ir­­ri­­ga­­tion se prolonge jusqu’à la ligne de front, ainsi que vers certains villages déte­­nus par Daech.

29/09/2015. Kirkuk, Iraq. The flat terrain west of Kirkuk is seen from a volunteer peshmerga vehicle ahead of an offensive to retake several ISIS held villages. Supported by coalition airstrikes around 3500 peshmerga of the Patriotic Union of Kurdistan (PUK) and the Kurdistan Democratic Party (KDP) engaged in a large offensive to push Islamic State militants out of villages to the west of Kirkuk. During previous offensives ISIS fighters withdrew after sustained coalition air support, but this time in many places militants stayed and fought. The day would see the coalition conduct around 50 airstrikes helping the joint peshmerga force to advance to within a few kilometres of the ISIS stronghold of Hawija and re-take around 17 villages. Around 20 peshmerga lost their lives to improvised explosive devices left by the Islamic State, reports suggest that between 40 and 150 militants were killed.
La nuit tombe sur la région
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Les Pesh­­mer­­gas sont avec le groupe Yakray 80 – affi­­lié au PDK –, au niveau de l’avant-poste. Les factions pesh­­mer­­gas du Kurdis­­tan parti­­ci­­pe­­ront toutes à l’of­­fen­­sive de demain, que ce soient celles du PDK, de l’UPK ou du Minis­­tère des Pesh­­mer­­gas. Le géné­­ral Zirar Khadar, le comman­­dant de la divi­­sion qui couvre cette zone, nous accorde une rapide inter­­­view dans le quar­­tier géné­­ral divi­­sion­­naire. « Daech avait une redou­­table force de frappe au début, ils étaient forts. 1 300 Pesh­­mer­­gas sont morts depuis le début des combats, et plus de 2 000 ont été bles­­sés », nous explique-t-il. Il fait partie de ces derniers. Il marche à l’aide d’une canne depuis qu’il s’est pris un éclat d’en­­gin explo­­sif impro­­visé (EEI) en décembre 2014.

29/09/2015. Kirkuk, Iraq. Peshmerga fighters affiliated to the Kurdish Democratic Party (KDP), listen to a briefing from their captain ahead of a large offensive to take back Islamic State held villages west of Kirkuk, Iraq. Supported by coalition airstrikes around 3500 peshmerga of the Patriotic Union of Kurdistan (PUK) and the Kurdistan Democratic Party (KDP) engaged in a large offensive to push Islamic State militants out of villages to the west of Kirkuk. During previous offensives ISIS fighters withdrew after sustained coalition air support, but this time in many places militants stayed and fought. The day would see the coalition conduct around 50 airstrikes helping the joint peshmerga force to advance to within a few kilometres of the ISIS stronghold of Hawija and re-take around 17 villages. Around 20 peshmerga lost their lives to improvised explosive devices left by the Islamic State, reports suggest that between 40 and 150 militants were killed.
Brie­­fing nocturne
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Il nous apprend que l’of­­fen­­sive de demain n’est pas un simple mouve­­ment tactique décidé par les Kurdes. Les zones dans lesquelles ils vont se rendre étaient kurdes à l’ori­­gine – avant qu’ils n’en soient chas­­sés et rempla­­cés par des familles arabes pendant la campagne « d’ara­­bi­­sa­­tion » menée par le gouver­­ne­­ment irakien entre les années 1960 et 2003, au moment de l’in­­va­­sion menée par les Améri­­cains. « J’es­­père que nous allons récu­­pé­­rer certaines de ces zones », ajoute-t-il en souriant. Dans une autre pièce, nous discu­­tons avec l’un des adjoints de Zirar, le géné­­ral de divi­­sion Hadji Moham­­med Regr. Il nous explique qu’ils se sont bien prépa­­rés et nour­­rissent de grands espoirs, tout en s’at­­ten­­dant à subir des pertes. « Nous sommes prêts à déman­­te­­ler les EEI, mais ils consti­­tue­­ront toujours une menace consi­­dé­­rable. Je suis sûr que nous allons perdre des hommes », dit-il. Pour Moham­­med, cette opéra­­tion concerne direc­­te­­ment la patrie kurde. Il nous explique qu’elle sera diffé­­rente de la dernière offen­­sive à laquelle j’ai assisté, du côté de Dakouk. « Les terri­­toires que nous allons récu­­pé­­rer demain sont kurdes. Ce ne sera pas notre dernière opéra­­tion, nous allons conti­­nuer de repous­­ser l’État isla­­mique », précise-t-il.

29/09/2015. Kirkuk, Iraq. The Kurdish flag flies over a small peshmerga base ahead of an offensive to retake several ISIS held villages west of Kirkuk, Iraq. Supported by coalition airstrikes around 3500 peshmerga of the Patriotic Union of Kurdistan (PUK) and the Kurdistan Democratic Party (KDP) engaged in a large offensive to push Islamic State militants out of villages to the west of Kirkuk. During previous offensives ISIS fighters withdrew after sustained coalition air support, but this time in many places militants stayed and fought. The day would see the coalition conduct around 50 airstrikes helping the joint peshmerga force to advance to within a few kilometres of the ISIS stronghold of Hawija and re-take around 17 villages. Around 20 peshmerga lost their lives to improvised explosive devices left by the Islamic State, reports suggest that between 40 and 150 militants were killed.
Un drapeau kurde flotte au vent
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Il ajoute que l’idée est d’avan­­cer la ligne de front des Pesh­­mer­­gas de 10 kilo­­mètres dans certains endroits, et de cinq dans d’autres. Nous reve­­nons à l’avant-poste, où le pelo­­ton de Pesh­­mer­­gas s’ins­­talle pour la nuit avec ses trois véhi­­cules blin­­dés équi­­pés de DShK. Le comman­­dant connaît Hadji et son groupe. Deux des véhi­­cules sont envoyés à une autre unité le temps d’une nuit. La Lune presque pleine traverse lente­­ment le ciel, depuis Kirkouk vers l’est. La lumière des lampa­­daires et les panaches de fumée d’hy­­dro­­car­­bures en combus­­tion créent l’illu­­sion d’une barrière lumi­­neuse sépa­­rant le ciel de la terre. Sur le toit de l’avant-poste, des Pesh­­mer­­gas arrivent à dormir quelques heures durant sur des lits en fer, enve­­lop­­pés dans des couver­­tures qui leur tiennent chaud le soir venu, et qui les protègent des mous­­tiques qui infestent la zone à cause des canaux d’ir­­ri­­ga­­tion envi­­ron­­nants. D’autres restent assis et discutent en fumant des ciga­­rettes de longues heures durant. Ils sont de bonne humeur.

29/09/2015. Kirkuk, Iraq. Dust and smoke rises from the site of coalition airstrikes carries out on Islamic State positions in preparation for a large assault to capture several militant held villages to the west of Kirkuk, Iraq. Supported by coalition airstrikes around 3500 peshmerga of the Patriotic Union of Kurdistan (PUK) and the Kurdistan Democratic Party (KDP) engaged in a large offensive to push Islamic State militants out of villages to the west of Kirkuk. During previous offensives ISIS fighters withdrew after sustained coalition air support, but this time in many places militants stayed and fought. The day would see the coalition conduct around 50 airstrikes helping the joint peshmerga force to advance to within a few kilometres of the ISIS stronghold of Hawija and re-take around 17 villages. Around 20 peshmerga lost their lives to improvised explosive devices left by the Islamic State, reports suggest that between 40 and 150 militants were killed.
Les frappes de la coali­­tion
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Au loin, on voit des éclairs – les frappes aériennes de la coali­­tion atteignent les empla­­ce­­ments de l’État isla­­mique avant que l’of­­fen­­sive ne commence. Parfois, les frappes sont trop loin­­taines pour qu’on les entende. Nous avons égale­­ment pu voir quelques balles traçantes décol­­ler lente­­ment du sol. Le ciel nocturne s’illu­­mine à trois reprises, puis une dernière fois, plus rapi­­de­­ment. Quelques secondes plus tard, on entend le bruit des bombes qui sifflent avant de s’écra­­ser sur le sol, suivi d’une déto­­na­­tion — la réplique. Le bâti­­ment tremble, ce qui nous donne l’im­­pres­­sion qu’il est tout fragile et mal construit. Quatre grosses bombes ont atteint des empla­­ce­­ments de l’État isla­­mique aux alen­­tours. Non loin de l’une de ces explo­­sions, des projec­­tiles traçants s’élèvent dans le ciel en prenant des direc­­tions diffé­­rentes. C’est peut-être l’œuvre d’un combat­­tant de l’État isla­­mique mécon­tent de se prendre une raclée. L’angle des projec­­tiles est trop bas pour qu’ils soient vrai­­ment effi­­caces, et de toute façon, l’avion qui a largué les bombes est parti depuis long­­temps.

30/09/2015. Kirkuk, Iraq. Volunteer peshmerga: Zana (L), Aram (2L), Hardi (C), Sarwar (2R) and Hadji Fazer (R) stand for a group picture before taking part in a large offensive against ISIS held villages west of Kirkuk, Iraq. Supported by coalition airstrikes around 3500 peshmerga of the Patriotic Union of Kurdistan (PUK) and the Kurdistan Democratic Party (KDP) engaged in a large offensive to push Islamic State militants out of villages to the west of Kirkuk. During previous offensives ISIS fighters withdrew after sustained coalition air support, but this time in many places militants stayed and fought. The day would see the coalition conduct around 50 airstrikes helping the joint peshmerga force to advance to within a few kilometres of the ISIS stronghold of Hawija and re-take around 17 villages. Around 20 peshmerga lost their lives to improvised explosive devices left by the Islamic State, reports suggest that between 40 and 150 militants were killed.
Quelques heures avant l’as­­saut
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Les Pesh­­mer­­gas ont appré­­cié ces frappes aériennes et ils le disent, à voix basse, avant de recom­­men­­cer à se repo­­ser. Les phares d’un convoi illu­­minent l’avant-poste chaque fois qu’un des véhi­­cules passe devant. Ils se rendent sur les lignes de front avant l’of­­fen­­sive du lende­­main matin.

L’of­­fen­­sive

Les Pesh­­mer­­gas se préparent pour le combat avant le lever du jour. Un groupe de soldats se rassemble en bas du siège de l’avant-poste, ils utilisent les lampes de leurs télé­­phones mobiles pour ouvrir des boîtes de muni­­tions qui ont l’air de dater de l’ère sovié­­tique, et distri­­buent les cartouches. Tandis que les soldats kurdes préparent leur équi­­pe­­ment, les véhi­­cules blin­­dés trans­­por­­tant les troupes passent au milieu du pelo­­ton. Le géné­­ral Zirar fait irrup­­tion et donne de rapides expli­­ca­­tions à ses hommes. Debout sur le côté, il nous observe. Il nous souhaite une bonne jour­­née et nous fait de grands signes de la main avant de sauter dans un 4×4 et de rejoindre une autre unité.

30/09/2015. Kirkuk, Iraq. KDP peshmerga fighters distribute extra ammunition as they prepare to leave their base and take part in a large offensive to capture several villages held by the Islamic State to the west of Kirkuk, Iraq. Supported by coalition airstrikes around 3500 peshmerga of the Patriotic Union of Kurdistan (PUK) and the Kurdistan Democratic Party (KDP) engaged in a large offensive to push Islamic State militants out of villages to the west of Kirkuk. During previous offensives ISIS fighters withdrew after sustained coalition air support, but this time in many places militants stayed and fought. The day would see the coalition conduct around 50 airstrikes helping the joint peshmerga force to advance to within a few kilometres of the ISIS stronghold of Hawija and re-take around 17 villages. Around 20 peshmerga lost their lives to improvised explosive devices left by the Islamic State, reports suggest that between 40 and 150 militants were killed.
Assem­­blés autour des muni­­tions
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Les deux véhi­­cules blin­­dés qui étaient partis la nuit dernière font leur appa­­ri­­tion. Le pelo­­ton enlève les pares-soleil du véhi­­cule pour mieux voir. D’autres volon­­taires pesh­­mer­­gas arrivent. Nous partons quelques instants plus tard. Notre 4×4 se trouve à l’ar­­rière d’un grand convoi qui suit la trajec­­toire d’un canal d’ir­­ri­­ga­­tion menant à la ligne de front. Devant nous, la ligne de défense cachée derrière une butte de terre est sépa­­rée en deux par le canal. Les Pesh­­mer­­gas forment des petits groupes des deux côtés du canal. Certains ajustent pour la dernière fois leurs armes et leur équi­­pe­­ment, tandis que d’autres regardent vers la zone neutre et vers un village rela­­ti­­ve­­ment éloi­­gné.

30/09/2015. Kirkuk, Iraq. The Kurdish peshmerga fighters look in to no-man's land from a Kurdish front line position as they wait for the start of a large offensive against Islamic State held villages to the west of Kirkuk, Iraq. Supported by coalition airstrikes around 3500 peshmerga of the Patriotic Union of Kurdistan (PUK) and the Kurdistan Democratic Party (KDP) engaged in a large offensive to push Islamic State militants out of villages to the west of Kirkuk. During previous offensives ISIS fighters withdrew after sustained coalition air support, but this time in many places militants stayed and fought. The day would see the coalition conduct around 50 airstrikes helping the joint peshmerga force to advance to within a few kilometres of the ISIS stronghold of Hawija and re-take around 17 villages. Around 20 peshmerga lost their lives to improvised explosive devices left by the Islamic State, reports suggest that between 40 and 150 militants were killed.
Le no man’s land
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Beau­­coup de combat­­tants portent des tenues tradi­­tion­­nelles kurdes et non des uniformes – ce qui signi­­fie qu’ils sont pour la plupart volon­­taires. Les tenues des Pesh­­mer­­gas ne permettent pas de devi­­ner de quelle unité ils font partie. Certains Pesh­­mer­­gas enrô­­lés ne portent pas d’uni­­forme, par contre, d’après Hadji, lui et son groupe de volon­­taires en portent parfois au combat. Ça dépend de leur humeur. Un F-18 passe au-dessus de nous – nous n’ar­­ri­­vons pas à déter­­mi­­ner s’il est améri­­cain ou cana­­dien. Tout le monde a les yeux rivés sur l’avion aux allures de préda­­teur équipé de deux moteurs bruyants. Ce sont nos « grands frères », voilà ce qu’a dit le capi­­taine du pelo­­ton a propos des avions de la coali­­tion la nuit dernière.

S’ils parviennent à prendre ces villages, les Kurdes se rappro­­che­­ront d’une plaque tour­­nante de Daech.

De bataille en bataille, la présence des avions de la coali­­tion remonte – et pas qu’un peu – le moral des troupes terrestres. On comprend faci­­le­­ment pourquoi… et à leurs yeux, c’est bien plus qu’une force de frappe supplé­­men­­taire. Zirar m’a expliqué que depuis 1961, d’une manière ou d’une autre, les Kurdes étaient toujours les cibles des avions mili­­taires. Aujourd’­­hui, c’est à leur tour de béné­­fi­­cier d’un soutien aérien. Les Pesh­­mer­­gas qui se trouvent de l’autre côté du canal avancent petit à petit, tout en proté­­geant le large engin avec lequel ils démo­­lissent une butte de terre qui ne leur est plus d’au­­cune utilité. Au loin, une colonne persh­­merga compo­­sée d’un tank et d’un véhi­­cule blindé conçu pour résis­­ter aux engins explo­­sifs impro­­vi­­sés – ou MRAP – s’aven­­ture sur un chemin qui ne fait désor­­mais plus partie des zones neutres. Les volon­­taires pesh­­mer­­gas du groupe de Hadji ont l’air d’en avoir marre, eux aussi ont envie d’avan­­cer. Dix Pesh­­mer­­gas de notre groupe partent patrouiller, tandis que l’im­­po­­sante exca­­va­­trice conti­­nue d’avan­­cer. Deux ou trois coups de pelle­­teuse plus tard, un trou appa­­raît dans l’ou­­vrage de défense.

30/09/2015. Kirkuk, Iraq. A peshmerga fighter wearing a belt holding ammunition for a PKM machine gun is seen at the start point for an offensive against ISIS held villages to the west of Kirkuk, Iraq. Supported by coalition airstrikes around 3500 peshmerga of the Patriotic Union of Kurdistan (PUK) and the Kurdistan Democratic Party (KDP) engaged in a large offensive to push Islamic State militants out of villages to the west of Kirkuk. During previous offensives ISIS fighters withdrew after sustained coalition air support, but this time in many places militants stayed and fought. The day would see the coalition conduct around 50 airstrikes helping the joint peshmerga force to advance to within a few kilometres of the ISIS stronghold of Hawija and re-take around 17 villages. Around 20 peshmerga lost their lives to improvised explosive devices left by the Islamic State, reports suggest that between 40 and 150 militants were killed.
Cein­­tures de muni­­tions
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Nous sautons dans notre 4×4 et suivons une file de véhi­­cules pesh­­mer­­gas, des Humvees et des camion­­nettes armées qui s’en­­gouffrent dans la brèche en faisant vrom­­bir leurs moteurs, avant de faire irrup­­tion sur la piste caho­­teuse qui mène à la zone neutre. Nous nous enfonçons dans la zone qui servait autre­­fois de tampon entre l’État isla­­mique et les Pesh­­mer­­gas. Tout ce que l’on voit par la fenêtre du véhi­­cule est marron, à cause de la pous­­sière soule­­vée qui obscur­­cit le paysage et l’air ambiant. Le petit convoi s’ar­­rête dans une modeste colo­­nie de peuple­­ment compo­­sée de quelques maisons et de canaux d’ir­­ri­­ga­­tion qui s’en­­tre­­croisent. Une autre unité – celle qui est partie de l’avant-poste qui se trou­­vait à l’op­­posé du nôtre – arrive de l’autre côté du hameau, et pour­­suit une trajec­­toire paral­­lèle à la nôtre. Les combat­­tants et les véhi­­cules équi­­pés d’une artille­­rie lourde couvrent le dépla­­ce­­ment. Plusieurs ponts pavés surplombent les écluses des canaux d’ir­­ri­­ga­­tion que l’État isla­­mique a réussi à bloquer en utili­­sant de la dyna­­mite. À l’ouest, on peut voir une petite colline.

30/09/2015. Kirkuk, Iraq. Kurdish peshmerga fighters attach a steel strop to a concrete barrier, erected by ISIS militants to deny passage across a bridge, near the Iraqi town of Mansuriya during a large offensive by Kurdish security forces west of Kirkuk, Iraq. Supported by coalition airstrikes around 3500 peshmerga of the Patriotic Union of Kurdistan (PUK) and the Kurdistan Democratic Party (KDP) engaged in a large offensive to push Islamic State militants out of villages to the west of Kirkuk. During previous offensives ISIS fighters withdrew after sustained coalition air support, but this time in many places militants stayed and fought. The day would see the coalition conduct around 50 airstrikes helping the joint peshmerga force to advance to within a few kilometres of the ISIS stronghold of Hawija and re-take around 17 villages. Around 20 peshmerga lost their lives to improvised explosive devices left by the Islamic State, reports suggest that between 40 and 150 militants were killed.
On dresse des obstacles
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Les Pesh­­mer­­gas et les volon­­taires commencent à se diri­­ger vers la colline, avec en bruit de fond les frappes aériennes et les coups de feu tirés par des petites armes que l’on entent de temps en temps au loin. Les véhi­­cules du pelo­­ton ne pouvant pas traver­­ser les ponts, ils se replient tous du même côté du grand canal pour procé­­der à des tirs de couver­­ture. À l’ouest, des petits groupes de Pesh­­mer­­gas s’ac­­crou­­pissent en haut de la colline. Ils sont en posi­­tion de tir. Ils commencent à tirer en direc­­tion d’un petit village qui se trouve plus loin… et qui est occupé par des combat­­tants de l’État isla­­mique qui répliquent.

30/09/2015. Kirkuk, Iraq. An KDP peshmerga armoured Humvee, armed with a DShK 12.7mm heavy machine gun, changes position to give support to peshmerga engaging Islamic State militants holding out in the village of Mansuriya, west of Kirkuk, Iraq. Supported by coalition airstrikes around 3500 peshmerga of the Patriotic Union of Kurdistan (PUK) and the Kurdistan Democratic Party (KDP) engaged in a large offensive to push Islamic State militants out of villages to the west of Kirkuk. During previous offensives ISIS fighters withdrew after sustained coalition air support, but this time in many places militants stayed and fought. The day would see the coalition conduct around 50 airstrikes helping the joint peshmerga force to advance to within a few kilometres of the ISIS stronghold of Hawija and re-take around 17 villages. Around 20 peshmerga lost their lives to improvised explosive devices left by the Islamic State, reports suggest that between 40 and 150 militants were killed.
Un Humvee blindé cherche la bonne posi­­tion de tir
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Sur le pont, les Pesh­­mer­­gas arrêtent d’es­­sayer de dépla­­cer la barrière au moment où un tir reten­­tit au dessus de leurs têtes, comme un coup de tonnerre suivi d’un siffle­­ment. Ceux qui sont en mesure de se couvrir le font, bien qu’on ne soit pas dans la ligne de mire des tireurs. Nous somme du même côté que les deux Humvees et la camion­­nette armée qui ouvrent le feu en direc­­tion de l’en­­nemi, à l’ouest. Les Pesh­­mer­­gas font face à des tirs de plus en plus soute­­nus. Au cours des dernières offen­­sives, les mili­­tants de l’État isla­­mique décam­­paient comme des lapins face aux frappes aériennes et aux enne­­mis en trop grand nombre, mais cette fois, ils ont décidé de rester et de se battre.

30/09/2015. Kirkuk, Iraq. Peshmerga fighters hunker down as rounds from ISIS snipers and machine gunners fire at Kurds from the village of Mansuriya west of Kirkuk, Iraq. Supported by coalition airstrikes around 3500 peshmerga of the Patriotic Union of Kurdistan (PUK) and the Kurdistan Democratic Party (KDP) engaged in a large offensive to push Islamic State militants out of villages to the west of Kirkuk. During previous offensives ISIS fighters withdrew after sustained coalition air support, but this time in many places militants stayed and fought. The day would see the coalition conduct around 50 airstrikes helping the joint peshmerga force to advance to within a few kilometres of the ISIS stronghold of Hawija and re-take around 17 villages. Around 20 peshmerga lost their lives to improvised explosive devices left by the Islamic State, reports suggest that between 40 and 150 militants were killed.
Les combat­­tants essuient des tirs des mili­­ciens
Crédits : Matt Cetti-Roberts

On comprend aisé­­ment pourquoi. S’ils parviennent à prendre ces villages, les Kurdes se rappro­­che­­ront de Hawija – une impor­­tante plaque tour­­nante de l’État isla­­mique, à envi­­ron 50 kilo­­mètres au sud de Kirkouk. Du temps de l’oc­­cu­­pa­­tion améri­­caine en Irak, Hawija était répu­­tée être l’une des villes les plus dange­­reuses du pays. De récents rapports laissent penser que cela fait un moment que la ville est le théâtre de violents conflits entre les groupes armés et l’État isla­­mique. Des habi­­tants ont récem­­ment quitté la ville pour se réfu­­gier au Kurdis­­tan en grand nombre. Une impo­­sante exca­­va­­trice fait enfin tomber les barri­­cades une à une. Les Humvees du pelo­­ton reculent, traversent le pont et se retrouvent en meilleure posture, sur une route proche de la colline. Les tirs en prove­­nance du village s’in­­ten­­si­­fient.

30/09/2015. Kirkuk, Iraq. Two peshmerga fighters hunker down as rounds from ISIS snipers and machine gunners fire at Kurds from the village of Mansuriya west of Kirkuk, Iraq. Supported by coalition airstrikes around 3500 peshmerga of the Patriotic Union of Kurdistan (PUK) and the Kurdistan Democratic Party (KDP) engaged in a large offensive to push Islamic State militants out of villages to the west of Kirkuk. During previous offensives ISIS fighters withdrew after sustained coalition air support, but this time in many places militants stayed and fought. The day would see the coalition conduct around 50 airstrikes helping the joint peshmerga force to advance to within a few kilometres of the ISIS stronghold of Hawija and re-take around 17 villages. Around 20 peshmerga lost their lives to improvised explosive devices left by the Islamic State, reports suggest that between 40 and 150 militants were killed.
À couvert
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Nous passons de l’autre côté de la colline en faisant profil bas, afin de rejoindre les autres Pesh­­mer­­gas. Certains tirent à tour de rôle en direc­­tion du village. D’autres attendent la suite des événe­­ments, la tête bais­­sée. Une camion­­nette surmon­­tée d’une mitrailleuse lourde KPV envoie des salves de roquettes de 14,5 milli­­mètres. Le mitrailleur est accroupi derrière un bouclier arrondi, il tire pendant de courtes périodes, après avoir soigneu­­se­­ment visé ses cibles dans le village. Cent mètres plus loin, à notre gauche, une autre camion­­nette équi­­pée d’une mitrailleuse ouvre le feu. Nous enten­­dons un souffle suivi d’une déto­­na­­tion, plus loin devant nous, vers la droite. S’en­­suivent la fumée et la pous­­sière qui vont avec. Une énorme bombe de la coali­­tion vient de frap­­per la ville de Mansu­­riya, à deux kilo­­mètres de là. Les Pesh­­mer­­gas qui se dirigent vers Mansu­­riya essuient comme nous les tirs des mili­­tants de l’État isla­­mique, avec en prime des tirs de mortiers. Les frappes aériennes sont si nombreuses que je n’ar­­rive plus à les comp­­ter. En fin de jour­­née, le comman­­de­­ment central des États-Unis a publié une décla­­ra­­tion faisant état de 50 frappes aériennes visant à aider les forces pesh­­mer­­gas.

30/09/2015. Kirkuk, Iraq. A member of the KDP peshmerga fires a KPV 14.5mm heavy machine gun at ISIS positions in the village of Mansuriya, during a peshmerga offensive against Islamic State held villages west of Kirkuk, Iraq. Supported by coalition airstrikes around 3500 peshmerga of the Patriotic Union of Kurdistan (PUK) and the Kurdistan Democratic Party (KDP) engaged in a large offensive to push Islamic State militants out of villages to the west of Kirkuk. During previous offensives ISIS fighters withdrew after sustained coalition air support, but this time in many places militants stayed and fought. The day would see the coalition conduct around 50 airstrikes helping the joint peshmerga force to advance to within a few kilometres of the ISIS stronghold of Hawija and re-take around 17 villages. Around 20 peshmerga lost their lives to improvised explosive devices left by the Islamic State, reports suggest that between 40 and 150 militants were killed.
Feu sur les posi­­tions de Daech
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Les combat­­tants kurdes ne font pas les choses à moitié, ils lancent des grenades propul­­sées par fusée et utilisent plusieurs types de mitrailleuses et de fusils d’as­­saut. Ils se relèvent, regardent ce qui se passe dans le village et retournent à couvert quand les mili­­tants de l’État isla­­mique ripostent. Les coups de feu conti­­nuent de reten­­tir pendant envi­­ron 45 minutes, tandis que les frappes aériennes se pour­­suivent sur le champ de bataille. On entend un avion à réac­­tion passer au dessus de nous, puis un avion moins bruyant au loin. Il a l’air plus petit que l’autre, mais il se rapproche. Deux énormes bombes tombent du ciel et explosent de part et d’autre du village – qui se trouve à présent à 500 mètres de notre posi­­tion. L’onde de choc s’abat sur nous. De la fumée, de la pous­­sière et des débris volent dans les airs.

30/09/2015. Kirkuk, Iraq. A KDP peshmerga fighter takes a camera phone picture of a large plume of dust and smoke, one of two large bombs dropped on the village of Mansuriya by coalition aircraft to neutralise Islamic State positions that were pinning down peshmerga fighters during a Kurdish advance west of Kirkuk, Iraq. Supported by coalition airstrikes around 3500 peshmerga of the Patriotic Union of Kurdistan (PUK) and the Kurdistan Democratic Party (KDP) engaged in a large offensive to push Islamic State militants out of villages to the west of Kirkuk. During previous offensives ISIS fighters withdrew after sustained coalition air support, but this time in many places militants stayed and fought. The day would see the coalition conduct around 50 airstrikes helping the joint peshmerga force to advance to within a few kilometres of the ISIS stronghold of Hawija and re-take around 17 villages. Around 20 peshmerga lost their lives to improvised explosive devices left by the Islamic State, reports suggest that between 40 and 150 militants were killed.
Un Pesh­­merga prend une photo du bombar­­de­­ment
Crédits : Matt Cetti-Roberts

À ciel ouvert

Quand les tirs cessent, le silence, ainsi qu’une épaisse fumée, s’abattent sur le village, où il n’y a désor­­mais plus aucun mili­­tant de l’État isla­­mique. Quelques Pesh­­mer­­gas s’ar­­rêtent pour prendre les nuages en photo. Les volon­­taires qui s’oc­­cupent de la mitrailleuse lourde KPV ajoutent des muni­­tions dans leurs cein­­tures, en insé­­rant d’un coup sec la cartouche dans un maillet en caou­t­chouc. Je regarde le village, et j’ai du mal à comprendre comment autant d’im­­meubles ont pu résis­­ter à cette frappe dévas­­ta­­trice. À notre gauche, au sud du village, un groupe de combat­­tants kurdes progresse sur un chemin. Deux Pesh­­mer­­gas qui courent sont en train de les dépas­­ser. J’ar­­rête de les regar­­der pour prendre une photo de l’équipe qui s’oc­­cupe de la main­­te­­nance de la KPV quand soudain, on entend une explo­­sion moins reten­­tis­­sante que les frappes aériennes.

30/09/2015. Kirkuk, Iraq. KDP peshmerga fighters pause from rearming a KPV 14.5mm heavy machine gun to look at the detonation of an ISIS laid improvised explosive device (IED) on the southern edge of the village of Mansuriya, west of Kirkuk, Iraq. The IED was set off by peshmerga entering Mansuriya, the device, and a separate follow up IED, claimed the lives of five fighters. Supported by coalition airstrikes around 3500 peshmerga of the Patriotic Union of Kurdistan (PUK) and the Kurdistan Democratic Party (KDP) engaged in a large offensive to push Islamic State militants out of villages to the west of Kirkuk. During previous offensives ISIS fighters withdrew after sustained coalition air support, but this time in many places militants stayed and fought. The day would see the coalition conduct around 50 airstrikes helping the joint peshmerga force to advance to within a few kilometres of the ISIS stronghold of Hawija and re-take around 17 villages. Around 20 peshmerga lost their lives to improvised explosive devices left by the Islamic State, reports suggest that between 40 and 150 militants were killed.
Un EEI détonne au loin
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Je me retourne, et je vois un nuage de fumée s’éle­­ver dans le ciel, et de la pous­­sière là où j’avais vu des soldats courir. Puis une autre explo­­sion. Ce sont des engins explo­­sifs impro­­vi­­sés. Des EEI. Cinq hommes sont morts au cours de ces explo­­sions, et plusieurs ont été bles­­sés. À la radio, le nombre de victimes augmente régu­­liè­­re­­ment, avec son lot de morts. L’am­­biance devient morose sur la colline. Un véhi­­cule blindé MRAP qui se trou­­vait derrière nous passe à toute vitesse pour appor­­ter de l’aide. Loin au-dessus de nous, on entend le bour­­don­­ne­­ment d’un drone. On pour­­rait s’at­­tendre à ce qu’une armée occi­­den­­tale – dans une zone comme celle-ci – envoie un soldat équipé d’un détec­­teur de mines avant de patrouiller. Mais sans argent, sans forma­­tion, et avec le peu d’équi­­pe­­ment dispo­­nible au Kurdis­­tan, les Pesh­­mer­­gas ne sont pas encore en mesure de le faire.

30/09/2015. Kirkuk, Iraq. A Kurdish KDP peshmerga lieutenant colonel stands on a hill as fields burn beyond the village of Mansuriya west of Kirkuk, Iraq. Supported by coalition airstrikes around 3500 peshmerga of the Patriotic Union of Kurdistan (PUK) and the Kurdistan Democratic Party (KDP) engaged in a large offensive to push Islamic State militants out of villages to the west of Kirkuk. During previous offensives ISIS fighters withdrew after sustained coalition air support, but this time in many places militants stayed and fought. The day would see the coalition conduct around 50 airstrikes helping the joint peshmerga force to advance to within a few kilometres of the ISIS stronghold of Hawija and re-take around 17 villages. Around 20 peshmerga lost their lives to improvised explosive devices left by the Islamic State, reports suggest that between 40 and 150 militants were killed.
Avan­­cée vers un village bombardé récem­­ment
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Selon les respon­­sables kurdes, depuis le début de la guerre au cours de l’été 2014, 90 % des victimes Pesh­­mer­­gas, soit envi­­ron 1 300 morts et 3 000 bles­­sés, se sont trou­­vés sur le chemin d’un engin explo­­sif impro­­visé. Nous faisons une pause pour boire de l’eau, sur le chemin à côté de la colline. Hadji et son groupe nous rejoignent. Ils semblent épui­­sés, mais heureux. Hadji nous explique qu’ils se rendent en face du village depuis lequel des Pesh­­mer­­gas incen­­dient des parcelles du champ où se trouve le Humvee — dans le but d’éli­­mi­­ner les EEI. Nous lui répon­­dons que de notre côté, nous allons retour­­ner en haut de la colline. Un groupe de Pesh­­mer­­gas évolue sur une route qui mène au nord du village. Ils restent pour la plupart en retrait, à l’ex­­cep­­tion du groupe qui déblaie les maisons détruites. Puis ils reprennent leur marche, tête bais­­sée, à l’af­­fût de poten­­tiels EEI à signa­­ler.

30/09/2015. Kirkuk, Iraq. Hadji Fazer (C) and his volunteer peshmerga advance towards a peshmerga armoured Humvee waiting on the edge of the formerly ISIS held village of Mansuriya, west of Kirkuk, Iraq. Supported by coalition airstrikes around 3500 peshmerga of the Patriotic Union of Kurdistan (PUK) and the Kurdistan Democratic Party (KDP) engaged in a large offensive to push Islamic State militants out of villages to the west of Kirkuk. During previous offensives ISIS fighters withdrew after sustained coalition air support, but this time in many places militants stayed and fought. The day would see the coalition conduct around 50 airstrikes helping the joint peshmerga force to advance to within a few kilometres of the ISIS stronghold of Hawija and re-take around 17 villages. Around 20 peshmerga lost their lives to improvised explosive devices left by the Islamic State, reports suggest that between 40 and 150 militants were killed.
Hadji Fazer et ses hommes progressent
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Un Humvee roule en direc­­tion de la zone où les échanges de tirs viennent de reprendre. Un peu plus tard, Hadji nous explique que des combat­­tants de l’État isla­­mique tiraient depuis un massif d’arbres, à quelques centaines de mètres du village. Sur la route, les Pesh­­mer­­gas pensent avoir trouvé une bombe enfouie dans la boue. Les mili­­tants de l’État isla­­mique ont égale­­ment érigé une butte le long de la route, pour mettre les véhi­­cules et les soldats qui les attaquent en posi­­tion vulné­­rable. Un ingé­­nieur pesh­­merga passe en coup de vent pour évaluer la situa­­tion, il demande au reste du groupe de rester en retrait pour le lais­­ser faire son travail. Un groupe de Pesh­­mer­­gas entre dans le village. Quelques instants plus tard, une énorme explo­­sion reten­­tit à envi­­ron 200 mètres de là. Des éclats volent au dessus de nos têtes en sifflant. Quelqu’un a déclen­­ché un EEI dans une hutte. Trois Pesh­­mer­­gas bles­­sés gisent dans les décombres.

30/09/2015. Kirkuk, Iraq. A cloud of dust marks the spot where three peshmerga were fatally injured by an Islamic State improvised explosive device on the edge of Mansuriya village during an offensive to push militants out of several villages to the west of Kirkuk, Iraq. Supported by coalition airstrikes around 3500 peshmerga of the Patriotic Union of Kurdistan (PUK) and the Kurdistan Democratic Party (KDP) engaged in a large offensive to push Islamic State militants out of villages to the west of Kirkuk. During previous offensives ISIS fighters withdrew after sustained coalition air support, but this time in many places militants stayed and fought. The day would see the coalition conduct around 50 airstrikes helping the joint peshmerga force to advance to within a few kilometres of the ISIS stronghold of Hawija and re-take around 17 villages. Around 20 peshmerga lost their lives to improvised explosive devices left by the Islamic State, reports suggest that between 40 and 150 militants were killed.
Une explo­­sion meur­­trière
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Quelques combat­­tants appellent à l’aide en criant depuis le site de l’ex­­plo­­sion. Parmi ceux qui se trouvent dans le village, certains accourent, mais comme la zone est truf­­fée d’EEI, la prudence est de mise. La coali­­tion occi­­den­­tale fait suivre des forma­­tions aux combat­­tants kurdes sur la sensi­­bi­­li­­sa­­tion aux EEI et la gestion des victimes sur le champ de bataille. Mais comme il n’y a pas assez de forma­­teurs, la plupart des 160 000 volon­­taires pesh­­mer­­gas n’ont toujours pas été formés. Avant de faire évacuer les combat­­tants bles­­sés, un combat­­tant pesh­­merga expé­­ri­­menté véri­­fie qu’il n’y a pas d’autres EEI sur la route. Zana se tient à côté des véhi­­cules, sur la même route que nous. Il essaie d’ap­­pe­­ler Hadji pour s’as­­su­­rer qu’au­­cun membre du groupe de volon­­taires n’a été blessé, mais la récep­­tion est mauvaise, et il n’y arrive pas. L’at­­mo­­sphère est tendue pendant les quelques minutes qui suivent, quand soudain Hadji et deux des membres de son groupe font irrup­­tion sur la route. Les bles­­sés sont tous des Pesh­­mer­­gas.

30/09/2015. Kirkuk, Iraq. Kurdish peshmerga and volunteer peshmerga wave and call to get the attention of comrades to bring up a stretcher and evacuate colleagues injured in an explosion caused by an Islamic State improvised explosive device. Supported by coalition airstrikes around 3500 peshmerga of the Patriotic Union of Kurdistan (PUK) and the Kurdistan Democratic Party (KDP) engaged in a large offensive to push Islamic State militants out of villages to the west of Kirkuk. During previous offensives ISIS fighters withdrew after sustained coalition air support, but this time in many places militants stayed and fought. The day would see the coalition conduct around 50 airstrikes helping the joint peshmerga force to advance to within a few kilometres of the ISIS stronghold of Hawija and re-take around 17 villages. Around 20 peshmerga lost their lives to improvised explosive devices left by the Islamic State, reports suggest that between 40 and 150 militants were killed.
Zana alerte ses confrères
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Des combat­­tants parviennent à emme­­ner un bran­­card auprès des victimes. Ils ont garé le Humvee juste à côté au cas où ils en auraient besoin. Six hommes arriment une victime sur le bran­­card, et l’em­­mènent en courant vers la camion­­nette qui les attend. Tout dure plus long­­temps à cause des EEI qui jonchent la zone. La victime — un des hommes qui a perdu ses jambes — est pâle comme la mort au moment où les bran­­car­­diers passent devant nous. Les jambes du soldat tiennent grâce à des bandages de fortune faits à l’aide de ses vête­­ments. Il se tourne légè­­re­­ment sur le côté avant que ses cama­­rades ne le chargent à l’ar­­rière de la camion­­nette. Ils s’en vont. La plupart des Pesh­­mer­­gas qui se trou­­vaient dans le village sont reve­­nus. Un soldat est en train de plier un drapeau noir appar­­te­­nant à l’État isla­­mique. Il l’a trouvé dans le village avant l’ex­­plo­­sion, et le garde comme souve­­nir.

Le silence s’abat sur l’en­­semble de l’unité.

Un véhi­­cule MRAP entre sur la zone pour la nettoyer. Les Pesh­­mer­­gas ont hâte d’em­­me­­ner leurs cama­­rades loin de là, mais les ingé­­nieurs insistent pour qu’ils y aillent quand la route aura été déblayée. Ils posent des déto­­na­­teurs à côté de deux engins et les font explo­­ser. Quinze minutes plus tard, les deux derniers Pesh­­mer­­gas quittent le village – l’un sur un bran­­card, et l’autre enve­­loppé dans un drap. Ils sont tous deux morts des suites de leurs bles­­sures avant que l’on puisse les extir­­per des gravats. Au moment où l’am­­bu­­lance part, un combat­­tant prend dans ses bras un cama­­rade qui fond en larmes. La radio nous annonce que l’homme évacué en camion­­nette un peu plus tôt est mort lui aussi. Selon le lieu­­te­­nant-géné­­ral Jabar Yawar, un porte-parole du minis­­tère des Pesh­­mer­­gas, 22 combat­­tants ont été tués au cours de l’of­­fen­­sive – 21 à cause d’EEI et un par balles. Le silence s’abat sur l’en­­semble de l’unité. Ils sont sans aucun doute épui­­sés, et ils s’ef­­forcent de surmon­­ter leur peine.

30/09/2015. Kirkuk, Iraq. Peshmerga engineers check for ISIS improvised explosive devices on a road outside Mansuriya village. Supported by coalition airstrikes around 3500 peshmerga of the Patriotic Union of Kurdistan (PUK) and the Kurdistan Democratic Party (KDP) engaged in a large offensive to push Islamic State militants out of villages to the west of Kirkuk. During previous offensives ISIS fighters withdrew after sustained coalition air support, but this time in many places militants stayed and fought. The day would see the coalition conduct around 50 airstrikes helping the joint peshmerga force to advance to within a few kilometres of the ISIS stronghold of Hawija and re-take around 17 villages. Around 20 peshmerga lost their lives to improvised explosive devices left by the Islamic State, reports suggest that between 40 and 150 militants were killed.
Les ingé­­nieurs pesh­­mer­­gas déminent la route
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Hadji et son groupe viennent de reve­­nir. Ils se servent dans de grosses marmites posées à l’ar­­rière d’un camion, et mangent du poulet accom­­pa­­gné de riz en compa­­gnie d’autres Pesh­­mer­­gas. Mon traduc­­teur plai­­sante en disant que les combat­­tants de l’État isla­­mique sont sans doute eux aussi en train de manger et de se repo­­ser. Un long silence s’en­­suit sur le champ de bataille. Au loin, on entend des avions, et les Pesh­­mer­­gas et les mili­­ciens de l’État isla­­mique qui conti­­nuent de se battre. Le repas se termine bien trop vite. La plupart des combat­­tants essaient de se repo­­ser à l’ombre de leurs véhi­­cules sur le bas-côté ; il n’y a rien qu’ils ne puissent faire tant que l’équipe anti-EEI n’aura pas ouvert la voie. Les ingé­­nieurs font explo­­ser les engins qu’ils trouvent. L’air se remplit de pous­­sière à mesure qu’ils font déton­­ner les dix engins décou­­verts. À deux reprises, le déto­­na­­teur est enclen­­ché mais rien ne se passe – le reste du temps, l’équipe anti-EEI vise juste.

30/09/2015. Kirkuk, Iraq. Peshmerga engineers detonate an Islamic State laid improvised explosive device on a main road leading to the village of Mansuriya, west of Kirkuk, Iraq. Supported by coalition airstrikes around 3500 peshmerga of the Patriotic Union of Kurdistan (PUK) and the Kurdistan Democratic Party (KDP) engaged in a large offensive to push Islamic State militants out of villages to the west of Kirkuk. During previous offensives ISIS fighters withdrew after sustained coalition air support, but this time in many places militants stayed and fought. The day would see the coalition conduct around 50 airstrikes helping the joint peshmerga force to advance to within a few kilometres of the ISIS stronghold of Hawija and re-take around 17 villages. Around 20 peshmerga lost their lives to improvised explosive devices left by the Islamic State, reports suggest that between 40 and 150 militants were killed.
Déto­­na­­tion contrô­­lée d’un EEI
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Le pelo­­ton pesh­­merga va devoir attendre là un bon moment. Tout le monde en bave. Un Pesh­­merga qui se trou­­vait à la lisière du village nous dit qu’ils ont trouvé 20 bombes en très peu de temps dans le village – qui est devenu un piège à ciel ouvert. Les frappes aériennes conti­­nuent de pleu­­voir sur Mansu­­riya, le village vers lequel un autre Pesh­­merga se dirige. Un peu en dehors de la ville, depuis l’un des Humvees de l’unité, des soldats tirent sur des cibles que nous ne voyons pas. Nous déci­­dons qu’il est temps de rentrer à Kirkouk. Nous passons à côté des Pesh­­mer­­gas qui se sont regrou­­pés à l’ombre de leurs véhi­­cules, en atten­­dant que les ingé­­nieurs finissent leur travail. Hadji Fazer et quelques-uns de ses hommes viennent de dispa­­raître au détour d’un virage, ils conti­­nuent d’avan­­cer pour rejoindre le combat.

30/09/2015. Kirkuk, Iraq. Islamic State graffiti is seen on the doors of a garage in an area recently liberated by Kurdish peshmerga during a large offensive to push militants out of an area to the west of Kirkuk, Iraq. Supported by coalition airstrikes around 3500 peshmerga of the Patriotic Union of Kurdistan (PUK) and the Kurdistan Democratic Party (KDP) engaged in a large offensive to push Islamic State militants out of villages to the west of Kirkuk. During previous offensives ISIS fighters withdrew after sustained coalition air support, but this time in many places militants stayed and fought. The day would see the coalition conduct around 50 airstrikes helping the joint peshmerga force to advance to within a few kilometres of the ISIS stronghold of Hawija and re-take around 17 villages. Around 20 peshmerga lost their lives to improvised explosive devices left by the Islamic State, reports suggest that between 40 and 150 militants were killed.
Un graf­­fiti de l’État isla­­mique dans un village repris
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Traduit de l’an­­glais par Elodie Chate­­lais d’après l’ar­­ticle « To the Edge of Kurdis­­tan », paru dans War Is Boring. Couver­­ture : Des pesh­­mer­­gas et leur tank T-55 aux abords de Kirkouk, par Boris Niehaus.

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