par Michael Grunwald | 6 mars 2016

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La révo­­lu­­tion éner­­gé­­tique

Washing­­ton est obsédé par les saillies de la Maison-Blanche, mais ça n’a pas pour autant conduit à un chan­­ge­­ment durant l’ère Obama. Ce dernier a prouvé à plusieurs reprises ses capa­­ci­­tés oratoires : son inter­­­pré­­ta­­tion d’ « Amazing Grace » à Char­­les­­ton, sa médi­­ta­­tion sur les droits civiques à Selma, et même son obser­­va­­tion comme quoi Tray­­von Martin aurait pu être son fils. Les sondages suggèrent que son « évolu­­tion » concer­­nant le mariage gay lui a offert un soutien popu­­laire, et la symbo­­lique derrière l’illu­­mi­­na­­tion de la Maison-Blanche aux couleurs de l’arc-en-ciel, après que la Cour suprême l’a approuvé, était percu­­tante. Certains Améri­­cains ont sûre­­ment été inspi­­rés par les premières fois histo­­riques d’Obama : sa nomi­­na­­tion de la première femme prési­­dente du Conseil des gouver­­neurs de la Réserve fédé­­rale des États-Unis, du premier respon­­sable de la lutte contre la drogue à avoir lutté contre l’al­­coo­­lisme, du premier secré­­taire d’État à l’Ar­­mée de terre gay, du premier membre du person­­nel de la Maison-Blanche trans­­genre, des premiers ministres de la justice afro-améri­­cains (homme et femme), sans comp­­ter sa propre couleur de peau. Ses conseillers soutiennent que ses croi­­sades ont poussé au chan­­ge­­ment en dehors de Washing­­ton.

Par exemple, 21 États ont augmenté le salaire mini­­mum après qu’O­­bama a mis la ques­­tion en lumière. Mais sa volonté d’aug­­men­­ter les bas salaires n’a pas résisté face au Congrès, tout comme ses efforts publics pour réfor­­mer le présco­­laire, les collèges commu­­nau­­taires et les congés paren­­taux. Obama a prononcé ses plus beaux discours après les massacres de Tucson, Newton et Char­­les­­ton, mais les lois sur le contrôle des armes n’ont jamais été accep­­tées. Il lui manquait les votes. Même problème pour sa loi sur l’em­­ploi, compo­­sée de réduc­­tions d’im­­pôts, de projets d’in­­fra­s­truc­­ture et d’autres petits cadeaux, annon­­cée en prime time dans son discours au Congrès en 2011. Les commen­­ta­­teurs lui repro­­chaient d’avoir négligé son discours. Il s’est alors embarqué dans une tour­­née natio­­nale afin de gagner des parti­­sans, menant des foules au chant des « Votez la loi ! ». Le Congrès n’a pas voté la loi.

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Le Congrès améri­­cain sur Capi­­tol Hill
Crédits : bara­­cko­­bama.com

Les conseillers d’Obama se sont parfois deman­­dés si le fait d’être si éloquent à propos de ses prio­­ri­­tés ne les a pas desser­­vis, puisque les soute­­nir était poli­­tique­­ment risqué pour le parti répu­­bli­­cain. C’est pourquoi il a choisi l’ap­­proche inverse concer­­nant sa loi sur l’im­­mi­­gra­­tion, faisant plutôt profil bas afin que les Répu­­bli­­cains qui le consi­­dé­­raient nuisible ne rejettent pas le projet par simple réflexe. Mais encore un fois, ça n’a rien donné, car les réformes avaient besoin d’être soute­­nues dans ce Congrès qui ne le permet­­tait pas. On a beau­­coup sures­­timé l’im­­por­­tance d’avoir fait appel à l’opi­­nion publique sous l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion Obama. Au vu de toutes les réformes qu’il a proposé, peu de gens se sont ralliés à sa cause. Aussi, Obama a préféré s’ap­­puyer sur une poli­­tique d’ini­­tiés. Ce qui depuis 2011 signi­­fie décrets prési­­den­­tiels, actions admi­­nis­­tra­­tives et autres déci­­sions prises sans concer­­ta­­tion. Le Congrès n’est plus favo­­rable au président, mais ce dernier contrôle toujours l’exé­­cu­­tif, cette vaste bureau­­cra­­tie respon­­sable du véri­­table fonc­­tion­­ne­­ment d’un gouver­­ne­­ment. Il n’a pas pu faire voter une loi requé­­rant des employeurs qu’il garan­­tissent des congés mala­­die, mais il a signé un décret obli­­geant les employeurs fédé­­raux à le faire. Il a garanti l’in­­té­­grité de la plus grande réserve marine de l’océan Paci­­fique et de 19 autres sites clas­­sés, sans impliquer le Congrès. Ses agences ont mis des fréquences aux enchères afin d’amé­­lio­­rer les accès haut débit sur les appa­­reils mobiles. Il a créé myRA (« mon compte retraite ») afin d’ai­­der les Améri­­cains ne possé­­dant pas de retraite complé­­men­­taire. Il lutte contre les établis­­se­­ments univer­­si­­taires dont les anciens étudiants sortent avec de fortes dettes mais des bas salaires avec une « obli­­ga­­tion d’em­­bauche lucra­­tive », une mesure qui cause déjà du tort à ces établis­­se­­ments n’exis­­tant que pour le gain. Son admi­­nis­­tra­­tion fina­­lise actuel­­le­­ment une mesure fidu­­ciaire qui requiert des conseillers finan­­ciers de servir l’in­­té­­rêt de leurs clients. Il fait évoluer les régle­­men­­ta­­tions en matière d’heures supplé­­men­­taires afin d’in­­ter­­dire aux compa­­gnies qui refusent les majo­­ra­­tions à leurs employés touchant moins de 50 000 dollars par an d’être consi­­dé­­rés comme des cadres. Et il vient d’an­­non­­cer une nouvelle tenta­­tive de renfor­­cer les contrôles pour ache­­ter des armes à feu, une modeste manœuvre pour obte­­nir par l’exé­­cu­­tif ce qu’on lui a refusé au légis­­la­­tif.

Bien que ses slogans aient varié (« on ne peut plus attendre », « stylo et télé­­phone », « l’An­­née des actes »), sa stra­­té­­gie d’ame­­ner le chan­­ge­­ment étape par étape est restée la même. C’est devenu encore plus évident en 2015, quand les Répu­­bli­­cains ont repris le Sénat et qu’il s’est mis à blaguer sur sa liste de choses à faire. Le lende­­main de l’élec­­tion, dans un de ses discours sobres qui aurait pu leur remon­­ter le moral, Obama a demandé à son équipe de prendre une heure pour broyer du noir, puis de se remettre au travail. « Nous restons à la tête de la plus impor­­tante orga­­ni­­sa­­tion de la planète, avec la capa­­cité de faire beau­­coup de bien », leur a-t-il assuré.

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L’at­­tente
Crédits : Pete Souza

L’uti­­li­­sa­­tion la plus agres­­sive des leviers de pouvoir qu’a faite Obama à Washing­­ton lui a demandé de l’éner­­gie, prin­­ci­­pa­­le­­ment en ce qui concerne son plan d’ac­­tion clima­­tique pour préve­­nir le rejet de six milliards de tonnes de carbone dans l’at­­mo­­sphère d’ici 2030. L’as­­pect le plus visible en est la loi carbone concer­­nant les centrales élec­­triques, visant à en réduire les émis­­sions de 32 %. Certaines mesures moins connues, rela­­tives aux réduc­­tions de suie, de mercure, de dioxyde de soufre, de fumées toxiques ainsi que d’autres polluants liés au char­­bon, ont mené à la ferme­­ture de près d’un tiers des centrales à char­­bon aux États-Unis, ce qui a placé l’in­­dus­­trie à mi-chemin des restric­­tions d’émis­­sions de carbone avant même que la loi ne soit annon­­cée. Le stimu­­lus né de la révo­­lu­­tion des éner­­gies propres est utile. L’ad­­mi­­nis­­tra­­tion a d’ores-et-déjà approuvé 57 projets de produc­­tion d’éner­­gie renou­­ve­­lable au niveau fédé­­ral, ce qui fait 57 projets de plus que toutes les admi­­nis­­tra­­tions précé­­dentes combi­­nées. Toute­­fois, l’élé­­ment crucial de son initia­­tive pour lutter contre le réchauf­­fe­­ment clima­­tique, prenant en compte la moitié des objec­­tifs à lui seul, est resté quasi­­ment invi­­sible. Il s’agit d’un plan de haut rende­­ment éner­­gé­­tique concer­­nant la mise aux normes des équi­­pe­­ments et des appa­­reillages, son but étant de réduire de trois milliards de tonnes les émis­­sions d’ici 2030. Ce qui équi­­vau­­drait à garder chaque voiture améri­­caine au garage pendant deux ans, ou à éteindre chaque central élec­­trique pendant un an et demi. Voici l’un des exemples saisis­­sants de l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion Obama prenant les problèmes à bras le corps.

Depuis 1979, le minis­­tère de l’Éner­­gie a défini les critères néces­­saires pour réduire les gaspillages éner­­gé­­tiques de toutes sortes aux États-Unis, rédui­­sant la consom­­ma­­tion globale d’élec­­tri­­cité tout faisant écono­­mi­­ser au contri­­buable sur ses factures. Ces critères se sont avérés effi­­caces : un réfri­­gé­­ra­­teur moyen vendu aujourd’­­hui, bien que plus volu­­mi­­neux et moins cher, consomme quatre fois moins d’élec­­tri­­cité. Mais le programme a connu un arrêt presque défi­­ni­­tif durant l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion Bush. Lors de sa troi­­sième semaine en tant que président, Obama s’est rendu au minis­­tère de l’Éner­­gie et a juré de combler les retards pris dans la mise à jour de nouveaux stan­­dards. « Nous allons mener la révo­­lu­­tion du rende­­ment éner­­gé­­tique », a-t-il assuré. Il en a parlé avec telle­­ment d’en­­thou­­siasme alors que l’éco­­no­­mie était en chute libre que le présen­­ta­­teur Jon Stewart a plai­­santé lors du Daily Show sur les prio­­ri­­tés du président. Lors d’un rassem­­ble­­ment dans un entre­­pôt Home Depot plus tard la même année, le président a été jusqu’à décla­­rer que les rende­­ments éner­­gé­­tiques étaient « sexy ».

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Obama a pris à cœur les ques­­tions éner­­gé­­tiques
Crédits : Gage Skid­­more

Le minis­­tère de l’Éner­­gie lui a donc emboîté le pas en publiant de nouveaux stan­­dards pour 39 produits diffé­­rents, des réchauf­­feurs d’eau pour piscines aux sèche-linge. Il a fina­­lisé plus de régle­­men­­ta­­tions en 2014 que pendant l’in­­té­­gra­­lité de l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion Bush, et compte en complé­­ter encore au moins une ving­­taine. Les nouveaux stan­­dards voulus par Obama sur les moteurs indus­­triels et l’éclai­­rage au néon ont chacun été la source d’éco­­no­­mies éner­­gé­­tiques record, et la régle­­men­­ta­­tion à venir concer­­nant les équi­­pe­­ments commer­­ciaux d’air condi­­tionné les dépas­­sera allè­­gre­­ment. La plupart de ces nouvelles régle­­men­­ta­­tions ont même reçu le support des fabri­­cants qui doivent s’y soumettre, bien qu’il existe de récents contre-exemples. La raison à cela ? La publi­­ca­­tion des nouvelles régle­­men­­ta­­tions par le minis­­tère de l’Éner­­gie est passée de char­­gée à fréné­­tique depuis que les nouveaux stan­­dards sont deve­­nus la pierre angu­­laire de la poli­­tique clima­­tique d’Obama. Un repré­­sen­­tant de l’in­­dus­­trie m’a confié que le proces­­sus de régle­­men­­ta­­tion est depuis comme sur un « tapis de course ». Ernest Moniz, le secré­­taire à l’Éner­­gie du second mandat d’Obama, a super­­­visé la mise aux normes des appa­­reils élec­­triques en tant qu’agent du minis­­tère sous Clin­­ton, et il a fait savoir qu’ils étaient deve­­nus une prio­­rité aujourd’­­hui. « Ils veulent à tout prix impo­­ser autant de régle­­men­­ta­­tions que possible, aussi vite que possible, et aux plus hauts niveaux qu’ils puissent se permettre face à un juge », déclare Stephen Yurek, président de l’Ins­­ti­­tut de l’air condi­­tionné, du chauf­­fage et de la réfri­­gé­­ra­­tion.

Mais qu’on le veuille ou non, cette myriade de nouvelles régle­­men­­ta­­tions est la raison prin­­ci­­pale pour laquelle les besoins éner­­gé­­tiques des États-Unis sont à l’équi­­libre, après des années d’aug­­men­­ta­­tion, préve­­nant ainsi le besoin de nouvelles centrales et faisant écono­­mi­­ser aux contri­­buables des milliards de dollars. Ces régle­­men­­ta­­tions font partie d’une croi­­sade encore plus massive pour favo­­ri­­ser les hauts rende­­ments, dans laquelle ont été injec­­tés 15 milliards de dollars d’in­­ves­­tis­­se­­ment. Sont atten­­dus un bond dans la consom­­ma­­tion d’es­­sence des voitures, pour atteindre 3,7 litres aux 87 km en 2025, ainsi que les premières régle­­men­­ta­­tions pour les poids-lourds. On doit y ajou­­ter la forte volonté de rendre l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion complè­­te­­ment écolo­­gique, et de réduire les émis­­sions fédé­­rales de 40 %. Obama a signé pour deux milliards de dollars de contrats afin que les agences gouver­­ne­­men­­tales mettent aux normes leurs bâti­­ments, grâce aux sommes futures écono­­mi­­sées. Cela a permis de réduire la consom­­ma­­tion d’éner­­gie fédé­­rale à son plus bas niveau depuis 40 ans (sans pour autant avoir besoin de l’ac­­cord du Congrès).

Un inté­­rêt parti­­cu­­lier à été concen­­tré sur le Penta­­gone, où des respon­­sables comme le vice amiral de la Navy en charge de l’Éner­­gie Dennis McGinn (aujourd’­­hui retraité), ancien respon­­sable du Conseil améri­­cain des éner­­gies renou­­ve­­lables, ainsi que la respon­­sable de l’éner­­gie de l’Air Force Miranda Ballen­­tine, ancienne respon­­sable de la dura­­bi­­lité chez Wal-Mart, ont fait en sorte que le plus gros consom­­ma­­teur d’éner­­gie au monde réduise énor­­mé­­ment ses besoins. Ballen­­tine estime que l’Air Force a déjà réduit son empreinte carbone de 21 % depuis 2008, grâce à des chan­­ge­­ments tels que l’éclai­­rage LED des pistes, et la réduc­­tion de la consom­­ma­­tion des avions de l’ar­­mée, dont la flotte est plus impor­­tante que celles de toutes les compa­­gnies d’avia­­tion civiles combi­­nées. « Il n’y a pas beau­­coup d’en­­droits où j’au­­rais pu avoir plus d’im­­pact que chez Wal-Mart. On ne fait pas plus impor­­tant qu’ici », dit-elle.

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Le président améri­­cain salue la foule
Crédits : Gage Skid­­more

Le bilan

Oui, il y a eu beau­­coup de chan­­ge­­ments. Des repas scolaires plus sains. Une inter­­­dic­­tion des ciga­­rettes « light ». Des formu­­laires d’aide finan­­cière simpli­­fiés que les candi­­dats à l’uni­­ver­­sité mettent 20 minutes à remplir au lieu d’une heure. Des écarts de peine réduits entre le crack et la cocaïne en poudre. TIGER, un nouveau programme de subven­­tion compé­­ti­­tif et popu­­laire pour les projets de trans­­ports inno­­vants. Des mesures en matière de contrôle de l’im­­mi­­gra­­tion qui se foca­­lise sur les dange­­reux crimi­­nels plutôt que sur les familles ordi­­naires. Le Lilly Ledbet­­ter Fair Pay Act, qui faci­­lite les procès pour discri­­mi­­na­­tion sexuelle. De nouvelles régle­­men­­ta­­tions impo­­sant aux fast-foods d’af­­fi­­cher les infor­­ma­­tions nutri­­tion­­nelles. Le pour­­cen­­tage d’em­­prun­­teurs étudiants obte­­nant une aide par l’in­­ter­­mé­­diaire du « rembour­­se­­ment basé sur les reve­­nus » a triplé ces deux dernières années. Les réduc­­tions fiscales de George W. Bush ne sont plus d’ac­­tua­­lité pour les familles qui gagnent plus de 450 000 dollars par an et perma­­nentes pour toutes les autres ; les restric­­tions impo­­sées par Bush concer­­nant la recherche sur les cellules souches ont égale­­ment disparu. L’as­­su­­rance mala­­die couvrira désor­­mais les discus­­sions liées à la plani­­fi­­ca­­tion de fin de vie, un chan­­ge­­ment qui pour­­rait aider à soula­­ger la douleur, ainsi que le coût, de nombreuses morts améri­­caines. Et les données et les preuves ont joué un rôle si central dans l’éla­­bo­­ra­­tion de la poli­­tique d’Obama qu’un ancien membre du congrès répu­­bli­­cain, le cher­­cheur à la Broo­­kings Insti­­tu­­tion Ron Haskins, a écrit un péan inti­­tulé Show Me the Evidence : Obama’s Fight for Rigor and Results in Social Policy (« Montrez-moi la preuve : Le combat d’Obama pour la rigueur et les résul­­tats dans la poli­­tique sociale »). Mais toute évalua­­tion de l’hé­­ri­­tage de la poli­­tique d’Obama doit prendre en compte l’exis­­tence d’une débâcle poli­­tique pour la plupart des Démo­­crates qui ne s’ap­­pellent pas Obama.

Le parti répu­­bli­­cain a désor­­mais une main de fer sur la Chambre des repré­­sen­­tants et une majo­­rité solide au Sénat ; par rapport à 2009, il y a dix gouver­­neurs répu­­bli­­cains de plus et envi­­ron 900 légis­­la­­teurs d’État répu­­bli­­cains supplé­­men­­taires. Il ne s’agit pas que d’un problème poli­­tique : cela a eu un impact instan­­tané sur son programme – comme affec­­ter ses pers­­pec­­tives d’un réseau ferré grande vitesse natio­­nal. À l’heure actuelle, le premier train à grande vitesse d’Amé­­rique aurait dû être opéra­­tion­­nel en Floride, mais après avoir mené le Tea Party au pouvoir en 2010, le gouver­­neur répu­­bli­­cain Rick Scott a mis fin au projet. Depuis, les Répu­­bli­­cains du Congrès ont refusé d’ap­­prou­­ver un seul centime au projet de voie à grande vitesse. Les Répu­­bli­­cains ont fait des réduc­­tions budgé­­taires leur prio­­rité abso­­lue, menaçant de suspendre les opéra­­tions du gouver­­ne­­ment et de le faire courir à la catas­­trophe si Obama n’ac­­cep­­tait pas une réduc­­tion des dépenses. À contrecœur, il a accepté un accord compre­­nant des réduc­­tions dras­­tiques connues sous le nom de « séques­­treur », rédui­­sant les dépenses discré­­tion­­naires à leurs niveaux les plus bas depuis l’ère Eisen­­ho­­wer. Cette pres­­sion fiscale, ainsi que les hausses d’im­­pôts d’Obama et la relance écono­­mique, a faci­­lité la réduc­­tion des défi­­cits de 10 % du produit inté­­rieur brut à 3 %. Mais cela menace égale­­ment l’ave­­nir du projet progres­­sif d’Obama – les domaines comme l’in­­fra­s­truc­­ture, la santé ou encore l’édu­­ca­­tion coûtent de l’argent.

L’élec­­tion de 2016 sera en partie un réfé­­ren­­dum sur l’ère Obama.

Bien sûr, si un Répu­­bli­­cain succède à Obama avec un Congrès répu­­bli­­cain en place, il en résul­­tera certai­­ne­­ment des réduc­­tions budgé­­taires bien plus impor­­tantes. Les candi­­dats répu­­bli­­cains ont égale­­ment proposé des milliers de milliards de dollars de réduc­­tions fiscales, et ils espèrent tous renon­­cer à Obama­­care, à la réforme de Wall Street et aux régle­­men­­ta­­tions des émis­­sions de carbone de l’EPA. En vérité, ils espèrent renon­­cer à toute l’ère Obama. Mais il se pour­­rait que ce ne soit plus faisable. Il est plus aisé d’em­­pê­­cher les gens d’avoir quelque chose que de leur enle­­ver des choses qu’ils ont déjà, et même si les Répu­­bli­­cains obtiennent le contrôle total de Washing­­ton, certains signes montrent qu’ils seraient réti­­cents à reti­­rer l’as­­su­­rance santé à 15 millions de personnes et à suppri­­mer les couver­­tures d’as­­su­­rance d’Oba­­ma­­care pour tous les autres. On ne sait pas non plus s’ils pour­­raient inver­­ser le chan­­ge­­ment actuel dans le système de sécu­­rité sociale d’un paie­­ment par rapport au volume à un paie­­ment par rapport à la qualité – ou même s’ils le voudraient. De même, les candi­­dats répu­­bli­­cains seraient certai­­ne­­ment moins enclins à faire appliquer la régle­­men­­ta­­tion des émis­­sions carbone. Mais il est diffi­­cile d’ima­­gi­­ner comment ils pour­­raient inver­­ser les tendances plus géné­­rales vers une éner­­gie plus propre qui ont commencé pendant l’ère Obama, tandis que l’éner­­gie sale est de plus en plus chère et que l’éner­­gie propre est de moins en moins coûteuse.

Si l’ère Obama nous montre qu’il est diffi­­cile d’agir à Washing­­ton, elle nous montre aussi que défaire les choses est encore plus diffi­­cile. Néan­­moins, l’élec­­tion de 2016 sera en partie un réfé­­ren­­dum sur l’ère Obama, même si le candi­­dat démo­­crate s’ap­­pelle Clin­­ton. Les Répu­­bli­­cains font déjà campagne contre Obama, en attaquant son grand gouver­­ne­­ment, son côté anti-busi­­ness et son obses­­sion pour le climat. Et Hillary Clin­­ton a, parfois avec précau­­tion, plaidé en faveur de l’amé­­lio­­ra­­tion des indi­­ca­­teurs écono­­miques sous Obama, ce qui est vrai. Le chômage est passé de 10 % en 2009 à 5 % aujourd’­­hui. Le président de la Chambre, Paul Ryan, a récem­­ment appelé cela « l’illu­­sion du succès », mais si c’est le cas, il s’agit d’une illu­­sion qui inclut concrè­­te­­ment moins de non assu­­rés, un meilleur marché immo­­bi­­lier et de meilleures pers­­pec­­tives fiscales. Une ques­­tion demeure : si les chan­­ge­­ments mis en place par Obama sont si fabu­­leux, pourquoi est-ce que les Améri­­cains ne sont pas plus nombreux à l’avoir adopté ? A-t-il un problème plus impor­­tant de type « Tout est merveilleux, personne n’est heureux » ? Lorsque que j’ex­­pose ceci aux conseillers d’Obama, ils recon­­naissent que tout n’est pas merveilleux, en parti­­cu­­lier l’aug­­men­­ta­­tion du salaire des citoyens de la classe moyenne, mais ils disent égale­­ment que beau­­coup d’Amé­­ri­­cains sont heureux. La cote de popu­­la­­rité du président se main­­tient juste en dessous de 50 %, mieux que n’im­­porte quel autre candi­­dat de 2016 dans cette ère de pola­­ri­­sa­­tion parti­­sane stricte. Et dans leurs groupes types, les Améri­­cains répondent de manière bien plus posi­­tive à Obama et ses réus­­sites lorsqu’on leur rappelle qu’il a hérité d’une écono­­mie contrac­­tant à un taux annuel de moins 8 %.

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Barack Obama a-t-il eu un problème de commu­­ni­­ca­­tion ?
Crédits : Pete Souza

Ceci étant dit, le « Change We Can Believe In » d’Obama est clai­­re­­ment moins signi­­fi­­ca­­tif aujourd’­­hui qu’il ne l’était en tant qu’al­­ter­­na­­tive à Bush en 2008. Dans une inter­­­view récente de GQ avec Bill Simmons, Obama a attri­­bué ce phéno­­mène à une mauvaise tech­­nique de vente, décla­­rant qu’il regret­­tait de ne pas avoir mieux commu­­niqué dès le début de sa prési­­dence. « Je crois qu’une certaine arro­­gance s’est immis­­cée, dans le sens où nous pensions que tant que nous prépa­­rions la poli­­tique, nous n’avions pas à la vendre », explique Obama. « Une des choses que j’ai apprises au cours de cycles élec­­to­­raux diffi­­ciles, c’est que vous ne pouvez pas disso­­cier une bonne poli­­tique de la néces­­sité d’in­­té­­grer les Améri­­cains et de s’as­­su­­rer qu’ils savent pourquoi vous faites ce que vous faites. » Avec tout mon respect, c’est faux. J’ai réalisé beau­­coup de repor­­tages sur les débuts de la prési­­dence d’Obama, et bien que son équipe était concen­­trée sur la poli­­tique, personne à la Maison-Blanche ne pensait qu’ils n’au­­raient pas à la vendre. Et ils ont essayé. Elle ne s’est simple­­ment pas vendue. La ques­­tion est pourquoi, une ques­­tion à laquelle je ne peux pas répondre, mais une ques­­tion qui importe pour 2016.

À l’époque, il y avait des débats internes en tout genre concer­­nant le message – quelle est la respon­­sa­­bi­­lité de Bush, que promettre, dans quelles mesures parler de l’em­­ploi alors que les emplois conti­­nuaient à dispa­­raître, dans quelles mesures se réjouir une fois que les poli­­tiques semblaient marcher mais que les gens conti­­nuaient de souf­­frir – et aucun n’a jamais été résolu. Mais une possi­­bi­­lité, trou­­blante pour Hillary Clin­­ton et le Parti démo­­cra­­tique, est que les poli­­tiques acti­­vistes d’Obama n’ont pas la cote simple­­ment parce que les gens ne les aiment pas. J’y ai pensé après la récente allo­­cu­­tion d’Obama dans le Bureau ovale sur le terro­­risme, lorsque le consen­­sus des médias semblait être qu’il aurait dû annon­­cer des inten­­tions d’en faire plus. Bush était un président qui en faisait toujours plus dans le domaine des affaires étran­­gères, et il a été reconnu que ça n’avait pas très bien marché. Mais les Améri­­cains semblent bien répondre lorsque les comman­­dants en chef jurent d’en faire davan­­tage pour les proté­­ger.

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Les larmes d’Obama lors du rejet de la réforme sur les armes à feu
Crédits : white­­house.gov

Cepen­­dant, pour ce qui est des affaires inté­­rieures, les Améri­­cains réagissent souvent mal aux promesses d’en faire plus. Ils semblent suspec­­ter que lorsque le gouver­­ne­­ment agit, il agit proba­­ble­­ment pour aider quelqu’un d’autre. Il se peut que, tout comme les Améri­­cains voulaient en faire moins à l’étran­­ger après Bush, ils seront à la recherche de quelqu’un qui promet­­tra d’en faire moins sur le terri­­toire après Obama. Ceci dit, si les Démo­­crates parviennent à conser­­ver la Maison-Blanche, l’hé­­ri­­tage inté­­rieur d’Obama en tant qu’in­­di­­vidu capable d’en faire plus sera sauf. Le récit média­­tique domi­­nant de son ère se foca­­lise sur la para­­ly­­sie de Washing­­ton, mais le récit histo­­rique domi­­nant est plus suscep­­tible de se foca­­li­­ser sur les chan­­ge­­ments sociaux et écono­­miques, pour le meilleur ou pour le pire. Pour ceux d’entre nous qui suivent les poli­­tiques et la poli­­tique en tant réel, cet écart entre percep­­tion et réalité dans l’ère Obama devrait être d’une impor­­tance capi­­tale.


Traduit par Matthieu Volait, Gwen­­dal Pado­­van, Marie-Audrey Espo­­sito et Nico­­las Prouillac d’après l’ar­­ticle « The Nation He Built », paru dans Poli­­tico. Couver­­ture : Barack Obama à la Maison-Blanche (bara­­cko­­bama.com).


Rencontre avec les geeks en chef de la Maison-Blanche

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