par Mike Dash | 0 min | 4 septembre 2014

Peu de construc­­tions provoquent un émer­­veille­­ment compa­­rable à celui qu’on ressent face au Palais du Potala. Situé au sommet du grand plateau tibé­­tain, sur les contre­­forts de l’Hi­­ma­­laya, la vaste struc­­ture s’élève à 120 mètres au-dessus d’une montagne située au centre de Lhassa ; ses plus hauts appar­­te­­ments, au 13e étage, se trouvent ainsi à 3 800 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le palais est épous­­tou­­flant, aussi bien en termes d’ar­­chi­­tec­­ture que d’his­­toire. Jusqu’à l’oc­­cu­­pa­­tion chinoise, en 1951, c’était la rési­­dence d’hi­­ver du 14e dalaï-lama, réin­­car­­na­­tion d’une longue lignée de chefs reli­­gieux remon­­tant au XIVe siècle. Pour les boud­d­histes, le Potala est un lieu saint. Mais même pour les simples visi­­teurs de la capi­­tale tibé­­taine, il est diffi­­cile d’ima­­gi­­ner que ce lieu puisse être le théâtre d’in­­trigues et de corrup­­tion. Pour­­tant, durant la première moitié du XIXe siècle, le palais a vu se dérou­­ler nombre de tristes batailles pour la supré­­ma­­tie poli­­tique, entre les moines, les nobles tibé­­tains et les gouver­­neurs chinois. La plupart des histo­­riens du pays et des Tibé­­tains en géné­­ral estiment que les prin­­ci­­pales victimes de ces luttes intes­­tines furent quatre dalaï-lamas succes­­sifs, du 9e au 12e, qui trou­­vèrent tous la mort de façon étrange et dont pas un ne dépassa les 21 ans.

Un décor parfait

On ne dispose que de peu de docu­­ments sur l’his­­toire du Tibet du début du XIXe siècle. Tout ce qu’on sait, c’est que cette sombre période commença avec la mort du 8e Dalaï-Lama en 1804. Jamphel Gyatso monta sur le trône en 1762 et, comme trois sur quatre de ses prédé­­ces­­seurs immé­­diats, mena une exis­­tence assez longue selon les stan­­dards de l’époque, appor­­tant la stabi­­lité à son pays. Mais au moment de sa mort, les augures pour l’ave­­nir du Tibet s’as­­som­­brirent. Qialong, le dernier grand diri­­geant chinois de la dynas­­tie des Qing, abdiqua en 1796, aban­­don­­nant son empire à des succes­­seurs qui portaient moins d’in­­té­­rêt à cette région domi­­née par la Chine depuis cinquante ans. Le déclin des Qing eut deux consé­quences : les gouver­­neurs – les ambans – envoyés par deux depuis Beijing pour diri­­ger Lhassa décou­­vrirent qu’ils pouvaient y faire ce qui leur plai­­sait ; et la noblesse tibé­­taine, qui colla­­bora avec les Qing tout en nour­­ris­­sant pour eux du ressen­­ti­­ment, sentit là l’op­­por­­tu­­nité de récu­­pé­­rer l’in­­fluence et le pouvoir qu’ils avaient perdu depuis 1750. Pour les Chinois, un dalaï-lama mineur faci­­li­­tait la gouver­­nance de cette dépen­­dance loin­­taine ; inver­­se­­ment, tout chef boud­d­histe à l’es­­prit indé­­pen­­dant repré­­sen­­tait une menace. Pour la noblesse tibé­­taine, un dalaï-lama qui obéis­­sait aux ambans était à coup sûr un impos­­teur qui méri­­tait une mort violente.

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Au sommet du plateau tibé­­tain
Palais du Potala
Crédits : Bernt Rostad

Ajou­­tons à cette ambiance toxique une série d’en­­fants dalaï-lamas, placés sous la respon­­sa­­bi­­lité d’am­­bi­­tieux régents prove­­nant de monas­­tères rivaux, et l’on compren­­dra aisé­­ment que beau­­coup de gens préfé­­raient ne pas voir de dalaï-lama adulte, déter­­miné et large­­ment vénéré, prendre le pouvoir au Potala. En effet, la prin­­ci­­pale diffi­­culté pour comprendre les meurtres poli­­tiques de cette période réside dans le fait que l’his­­toire ressemble un peu trop à un roman d’Aga­­tha Chris­­tie. Les récits de l’époque sont biai­­sés, et toute personne présente dans l’en­­ceinte du Potala avait ses raisons propres de vouloir la mort du dalaï-lama. Le palais lui-même offrait un décor parfait pour des intrigues de meurtre. Pour commen­­cer, il était ancien. La construc­­tion du site débuta en 647, à l’époque du plus grand chef tibé­­tain, Songtsän Gampo, alors que l’em­­pire médié­­val tibé­­tain commençait à appa­­raître comme un rival sérieux de la dynas­­tie chinoise des Tang. La struc­­ture telle que nous la connais­­sons aujourd’­­hui date en grande partie de 1 000 ans plus tard, mais le Potala n’est pas exac­­te­­ment datable – en 1930, le complexe était encore en expan­­sion. Il se compose en fait de deux palais : le Blanc, siège du gouver­­ne­­ment jusqu’en 1950, et le Rouge, qui comporte les stupas, les tombes de huit dalaï-lamas. En tout, les deux bâti­­ments comptent 1 000 pièces, 200 000 statues et des laby­­rinthes sans fin de couloirs, assez grands pour abri­­ter des armées d’as­­sas­­sins.

« Le pouvoir poli­­tique tibé­­tain avait déjà été acca­­paré par des régents, tous des lamas de hauts-rangs issus des monas­­tères entou­­rant la capi­­tale. »

Comme l’ont appris les premiers occi­­den­­taux auto­­ri­­sés à accé­­der au complexe, seules quelques-unes des nombreuses pièces du Potala étaient déco­­rées, éclai­­rées et même nettoyées correc­­te­­ment. Perce­­val Landon, un corres­­pon­­dant du Times de Londres, arriva à Lhassa en 1904, pendant l’in­­va­­sion britan­­nique menée par Fran­­cis Young­­hus­­band. Il décou­­vrit le Potala semblable à ce qu’il devait être un siècle plus tôt et fut gran­­de­­ment déçu par ses inté­­rieurs. Il raconte que les pièces n’étaient éclai­­rées que par la combus­­tion de beurre de yack et étaient « simi­­laires aux inté­­rieurs de nombre d’autres grandes lama­­se­­ries tibé­­taines. Ici et là, dans des chapelles, brûlent des lampes de beurre rance, posées devant des images sales et ternies. Parfois, un passage s’ouvre sur quelques rangées de marches, brisant la mono­­to­­nie des murs salis. Les cellules des moines sont froides, dénu­­dées et dégou­­tantes. Je dois avouer, même s’il me coûte de l’écrire, que les deux seuls adjec­­tifs qui conviennent à la descrip­­tion de l’in­­té­­rieur de ce magni­­fique palais sont “médiocre” et “sordide”. » L’écri­­vain hollan­­dais Ardy Verhae­­gen donne plutôt une descrip­­tion du contexte. Il explique que le 8e dalaï-lama, même s’il a vécu long­­temps (1758–1904), n’a jamais fait preuve d’in­­té­­rêt pour les affaires courantes. Bien avant la fin de son règne, le pouvoir poli­­tique tibé­­tain avait déjà été acca­­paré par des régents, tous des lamas de haut-rang issus des monas­­tères entou­­rant la capi­­tale. En 1770, écrit Verhae­­gen, ces hommes « avaient pris goût aux affaires et utili­­saient leur pouvoir pour pour­­suivre leurs objec­­tifs person­­nels ». La situa­­tion empire à la mort de Lobsang Palden Yeshe en 1780. Ce Panchen Lama influent, second dans la hiérar­­chie des Bonnets jaunes, a joué un rôle impor­­tant dans l’iden­­ti­­fi­­ca­­tion de nouvelles réin­­car­­na­­tions du dalaï-lama. Ses succes­­seurs – deux seule­­ment pendant le siècle qui suivit – avaient beau­­coup moins de person­­na­­lité et ne firent pas grand-chose pour remettre en cause l’au­­to­­rité des ambans.

D’étranges coïn­­ci­­dences

D’après Verhae­­gen, plusieurs circons­­tances suspectes sont communes aux morts des quatre succes­­seurs du 8e dalaï-lama. Tout d’abord, les morts commen­­cèrent peu après une série de réformes annon­­cée par Qian­­glong. L’ar­­ticle 29 de l’Or­­don­­nance Impé­­riale intro­­dui­­sait une inno­­va­­tion dans la sélec­­tion du nouveau dalaï-lama, qui n’était pas la bien­­ve­­nue. Tradi­­tion­­nel­­le­­ment, le proces­­sus compre­­nait l’ob­­ser­­va­­tion de diffé­­rents signes et miracles, ainsi qu’un test durant lequel l’en­­fant candi­­dat devait choi­­sir son favori parmi des objets ayant, pour certains, appar­­tenu à d’an­­ciennes incar­­na­­tions. La nouveauté intro­­duite par Qian­­long portait le nom d’Urne d’or, dans laquelle les candi­­dats devaient choi­­sir un lot. L’objec­­tif de l’urne était de permettre à la Chine de contrô­­ler le proces­­sus de sélec­­tion. Mais pour les 9e et 10e dalaï-lamas, les Tibé­­tains, rusés, trou­­vèrent une façon de contour­­ner la lote­­rie, au grand dam de Beijing. Il est possible que les chinois aient orga­­nisé les assas­­si­­nats de ces deux incar­­na­­tions pour avoir la possi­­bi­­lité d’im­­po­­ser un dalaï-lama de leur choix.

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Volée de marches
Palais du Potala
Crédits : Malcolm Browne

La deuxième circons­­tance commune que relève Verhae­­gen est la suivante : les quatre lamas décé­­dés alors qu’ils étaient encore jeunes avaient tous effec­­tué un pèle­­ri­­nage au lac Lhamoi Latso peu avant de mourir. Ce voyage, censé « leur assu­­rer une vision du futur et apai­­ser la déesse Mogo­­so­­mora », les avait égale­­ment éloi­­gnés suffi­­sam­­ment de Lhassa pour les expo­­ser à des étran­­gers qui auraient pu voir là l’op­­por­­tu­­nité de les empoi­­son­­ner. Non pas que le Potala ait été parti­­cu­­liè­­re­­ment sûr, comme le rappelle Verhae­­gen : « Ils ont aussi pu être empoi­­son­­nés par les cuisi­­niers… ou par les régents qui auraient pu leur admi­­nis­­trer un trai­­te­­ment spécial visant à affai­­blir leur vita­­lité. » Qu’im­­porte la vérité, la première de ce qui allait deve­­nir une série de morts suspectes préma­­tu­­rées eut lieu en 1815 quand le 9e dalaï-lama, Lung­­tok Gyatso, tomba très malade à l’âge de 9 ans. On le dit alors souf­­frant d’une pneu­­mo­­nie, contrac­­tée alors qu’il parti­­ci­­pait à un festi­­val en plein hiver tibé­­tain. D’après Thomas Manning, le premier Anglais a avoir visité le Tibet et qui le rencon­­tra deux fois à Lhassa, Lung­­tok était un garçon remarquable : « Beau, élégant, raffiné, intel­­li­gent et en parfaite maîtrise de ses moyens, même à l’âge de 6 ans. » Sa mort survint sous la régence de Dde-mo Blo-bzan-t’ub-btsan-‘jigs-med-rgya-mts’o, abbé de bsTan-rgyas-glin. Derek Maher note que Demo (comme il est surnommé en dehors des cercles austères d’éru­­dits tibé­­tains) « souf­­frait de mala­­die mentale ». Au-delà de cela, cepen­­dant, les seules certi­­tudes sont que Lung­­tok est mort au Potala, que sa mala­­die fit suite à une visite au lac de Lhamoi Latso, et que de nombreuses menaces de morts avaient été profé­­rées contre lui peu avant son décès. D’après l’his­­to­­rien Günther Schu­­le­­mann, les rumeurs parcou­­rant Lhassa disent que « certaines personnes essayaient de se débar­­ras­­ser du garçon ».

« Sa mort n’est pas due à une mala­­die, mais à l’ef­­fon­­dre­­ment sur lui d’un plafond du Potala, pendant son sommeil. »

Le 9e succes­­seur, Tsul­­trim Gyatso, vécut un peu plus long­­temps. Il avait presque 21 ans quand il tomba soudai­­ne­­ment malade, en 1837. Tsul­­trim – qui était doté de carac­­té­­ris­­tiques inha­­bi­­tuelles, dont une prédis­­po­­si­­tion pour la compa­­gnie des rotu­­riers et un goût prononcé pour les bains de soleil en compa­­gnie de ses clercs – venait d’an­­non­­cer un plan de rema­­nie­­ment de l’éco­­no­­mie tibé­­taine et une hausse des impôts, quand il perdit complè­­te­­ment l’ap­­pé­­tit et son souffle. D’après les rapports offi­­ciels, des médi­­ca­­ments lui furent alors admi­­nis­­trés et des inter­­­ven­­tions reli­­gieuses furent tentées. En vain, car sa santé conti­­nua de décli­­ner jusqu’à ce qu’il décède. Il n’y aurait aucune bonne raison de douter de cette version de la mort du 10e dalaï-lama si une source chinoise n’af­­fir­­mait pas expli­­ci­­te­­ment que sa mort n’est pas due à une mala­­die, mais à l’ef­­fon­­dre­­ment sur lui d’un plafond du Potala, pendant son sommeil. Dans son rapport, basé sur des docu­­ments envoyés à l’em­­pe­­reur chinois quarante ans plus tard, W.W. Rock­­hill, le doyen des cher­­cheurs améri­­cains sur le Tibet, raconte qu’une fois nettoyée des débris et de la pous­­sière, une large bles­­sure fut révé­­lée sur le cou du jeune homme. On ne sait si cette mysté­­rieuse bles­­sure fut infli­­gée par un assaillant ou provoquée par la chute d’un pan de mur, mais les histo­­riens de l’époque s’ac­­cordent tous sur l’iden­­tité de celui qui avait les meilleures raisons de souhai­­ter la mort du 10e dalaï-lama : le régent Nag-dban-‘jam-dpal-ts’ul-k’rims, connu des écri­­vains occi­­den­­taux sous le nom de Ngawang. Il était lui-même la réin­­car­­na­­tion d’un lama au pouvoir en 1822. Le savant italien Luciano Petech en fait une descrip­­tion acca­­blante : désin­­volte, plein de dupli­­cité et « de loin le plus déter­­miné des acteurs du Tibet du XIXe siècle ». Ngawang fit l’objet d’une enquête offi­­cielle chinoise qui mena, en 1844, à la confis­­ca­­tion de ses titres et à son bannis­­se­­ment de Manchou­­rie. Verhae­­gen écrit qu’il plani­­fia alors « d’étendre son auto­­rité pendant que le prochain dalaï-lama était encore mineur ». Dans Lhassa, il est jugé respon­­sable de la mort de son pupille. Schu­­le­­mann fait remarquer un détail signi­­fi­­ca­­tif : le régent « ne parut pas vrai­­ment attristé par l’an­­nonce de sa mort, et ne fit que peu de commen­­taires ».

Preuves insuf­­fi­­santes

Pour­­tant, comme le montre Petech, les preuves sont loin d’être suffi­­santes pour assu­­rer des pour­­suites à l’en­­contre de Ngawang. L’enquête chinoise se concentre sur de plus larges accu­­sa­­tions de détour­­ne­­ment de fonds et d’abus de pouvoir et la seule chose certaine est que le 10e dalaï-lama est mort quelques semaines seule­­ment avant d’at­­teindre ses 21 ans, et donc d’as­­su­­mer les pleins pouvoirs de son bureau en se passant d’un régent. Le 11e dalaï-lama ne vécut pas si long­­temps. Khedup Gyatso est mort au Potala, lui aussi. Cette fois, on dit qu’il s’agis­­sait d’une chute de santé provoquée par un entraî­­ne­­ment trop rigou­­reux et les séries de rituels puni­­tifs qu’il devait prési­­der. Là encore, il n’existe aucun élément prou­­vant que sa mort n’est pas natu­­relle. Mais là encore, cepen­­dant, la situa­­tion est inso­­lite. Il est décédé pendant une guerre désas­­treuse entre le Tibet et les Gurkhas du Népal. Il n’est pas surpre­­nant, dans ces circons­­tances, que des luttes de pouvoir aient éclaté à Lhassa. Le 11e dalaï-lama devint soudai­­ne­­ment et de façon inat­­ten­­due le premier, en 65 ans, à accé­­der aux pleins pouvoirs poli­­tiques et à diri­­ger sans régent. Cette déci­­sion fit de Khedup une menace pour bon nombre d’in­­té­­rêts person­­nels dans la capi­­tale tibé­­taine, et cela put suffire à en faire la cible d’un assas­­si­­nat.

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Fenêtres sur cour
Palais du Potala
Crédits : Boqiang Liao

Le 12e dalaï-lama, Trinle Gyatso, fut décou­­vert deux ans après la mort du onzième. Son enfance fut ryth­­mée par les tradi­­tion­­nelles sessions d’études inten­­sives et les visites dans les monas­­tères envi­­ron­­nants. Il monta sur le trône en 1873, à l’âge de 18 ans, et resta au pouvoir pendant un peu plus de deux ans avant de mourir. Il passa la majeure partie de sa vie sous l’in­­fluence de son grand cham­­bel­­lan, Palden Dhon­­drup, qui se suicida en 1871 à la suite d’une intrigue de cour. Son corps fut ensuite déca­­pité et sa tête expo­­sée au public en guise d’aver­­tis­­se­­ment. D’après Verhae­­gen, le dalaï-lama, boule­­versé, en était telle­­ment choqué qu’il « s’est mis à éviter toute compa­­gnie et à déam­­bu­­ler comme un illu­­miné ». Certains pensent que c’est là qu’a commencé son déclin. Ce dont nous pouvons être sûrs, c’est qu’en passant l’hi­­ver au Potala, quatre ans plus tard, il tomba malade et mourut en à peine deux semaines. Deux aspects de sa vie sont parti­­cu­­liè­­re­­ment curieux. Le premier figure dans la biogra­­phie offi­­cielle du 13e dalaï-lama. Trinle aurait eu une vision du gourou Lotus Born, qui le mit en garde : « Si tu ne t’en remets pas au siddhiu du Karma­­mu­­dra, tu mour­­ras bien­­tôt. » Karma­­mu­­dra signi­­fie « sexe tantrique ». Mais pourquoi le dalaï-lama s’était-il vu conseiller de le pratiquer demeure un mystère. Tout comme le fait qu’il soit mort après avoir rejeté le conseil psychique du gourou. Tout aussi éton­­nante est la mala­­die qui lui fut fatale, mais qui ne le confina pas à son lit. Il fut retrouvé mort assis, en posi­­tion de médi­­ta­­tion, tourné vers le sud.

« L’au­­top­­sie se révèle peu concluante, mais, pour Yan, l’iden­­tité des meur­­triers est évidente. »

Trinle était le quatrième dalaï-lama à mourir dans les délais d’une seule vie humaine, et l’hy­­po­­thèse du meurtre fut immé­­dia­­te­­ment émise. Les ambans, écrit l’his­­to­­rien pro-chinois Yan Hanz­­hang, ordon­­nèrent que « le corps soit laissé dans la même posi­­tion et que tous les objets de la chambre du Dalaï-Lama restent à la même place qu’au moment de sa mort ». Ils firent ensuite jeter en prison tous ses assis­­tants. L’au­­top­­sie se révéla peu concluante, mais, pour Yan, l’iden­­tité des meur­­triers est évidente. Le 12e dalaï-lama et ses trois prédé­­ces­­seurs furent tous « victimes des luttes de pouvoir tibé­­taines entre le haut clergé et les laïcs proprié­­taires de serfs ». Il existe une autre hypo­­thèse selon laquelle l’in­­ter­­ven­­tion chinoise à Lhassa aurait causé leur mort. Trinle était le premier dalaï-lama à avoir été choisi après un tirage contro­­versé dans l’Urne d’or – ce « puis­­sant symbole du contrôle des Qing », comme Maher l’ap­­pelle et qu’un proverbe tibé­­tain décrit comme « du miel sur une lame de rasoir ». Il était donc perçu comme un homme de Beijing et était moins popu­­laire que ses prédé­­ces­­seurs au sein de la noblesse tibé­­taine. À Lhassa, beau­­coup pensent que cela suffit à expliquer sa mort. Les pistes qui mènent à penser que le 12e dalaï-lama a été tué ne sont pas très concluantes, évidem­­ment. En effet, des quatre jeunes ayant régné sur le Potala entre 1804 et 1875, on ne dispose de preuves réelles que pour le meurtre du 10e dalaï-lama. Ce qu’on peut dire, cepen­­dant, c’est que les chiffres suggèrent la piste du crime : l’es­­pé­­rance de vie des huit premiers déten­­teurs du titre dépas­­sait les cinquante ans. Et même si deux des premières incar­­na­­tions sont mortes dans leur ving­­taine, aucune, avant la dixième, n’avait échoué à atteindre la matu­­rité. De plus, le Tibet du début du XIXe siècle était loin de ressem­­bler à la terre sainte de médi­­ta­­tion boud­d­histe paisible décrite par les roman­­tiques. Sam Von Schaik, l’ex­­pert du Tibet du British Museum, affirme que c’était « un endroit dange­­reux et souvent violent, où les voya­­geurs empor­­taient systé­­ma­­tique­­ment avec eux des sabres et plus tard des armes à feu » ; une théo­­cra­­tie dans laquelle les moines et les monas­­tères s’af­­fron­­taient entre eux et où « la violence pouvait se propa­­ger sur des géné­­ra­­tions, à travers des cycles de vengeance sanglante ». La vie ne valait souvent pas grand-chose dans un lieu comme celui-ci, même quand la victime était un bodhi­­sattva.

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Sous la menace
Palais du Potala
Crédits : Boqiang Liao

Traduit de l’an­­glais par Caro­­line Bour­­ge­­ret et Arthur Scheuer d’après l’ar­­ticle « Murder in Tibet’s High Places », paru dans le Smith­­so­­nian. Couver­­ture : Palais du Potala. Créa­­tion graphique par Ulyces.

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