par Nathalie-Kyoko Stucky | 26 mai 2016

LISEZ ICI LA PREMIÈRE PARTIE DE L’HISTOIRE

Escroc ou victime ?

En avril 2011, 80 000 bitcoins valaient approxi­­ma­­ti­­ve­­ment 62 400 dollars. Peut-être que Karpe­­lès a jugé à l’époque qu’il pour­­rait compen­­ser au fur et à mesure. Mais la chance n’a pas été de son côté. Alors qu’il essayait de combler le trou, le cours du bitcoin ne faisait qu’aug­­men­­ter. Au 2 juin 2011, la valeur des bitcoins vola­­ti­­li­­sés avait bondi jusqu’à repré­­sen­­ter envi­­ron 800 000 dollars… Malheu­­reu­­se­­ment pour Karpe­­lès, il avait signé un accord de non-divul­­ga­­tion qui le lais­­sait dans l’im­­pos­­si­­bi­­lité de discu­­ter de cette perte, et il s’est attelé seul à la tâche de Sisyphe que repré­­sen­­tait  le fait de rega­­gner les bitcoins manquants – le problème prenait plus d’am­­pleur jour après jour, et parfois d’une heure à l’autre avec l’en­­vo­­lée du cours du bitcoin. En juin 2011, Mt. Gox a été la cible d’un nouveau pira­­tage. Les enquê­­teurs croyaient alors que les hackers avaient pu accé­­der au compte admi­­nis­­tra­­teur de Jed McCa­­leb, qui était toujours actif.

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Le centre de Tokyo
Crédits : Moyan Brenn

La réac­­tion de Karpe­­lès au pira­­tage a été de trans­­fé­­rer la majeure partie des bitcoins hors des réseaux dans ce qu’on appelle une « chambre froide », et de les placer dans des coffres sécu­­ri­­sés dans plusieurs banques à Tokyo. Il a laissé en ligne juste assez pour s’as­­su­­rer que les tran­­sac­­tions pouvaient conti­­nuer à avoir lieu. Mais en reti­­rant les bitcoins, Karpe­­lès a omis de régu­­la­­ri­­ser les montants des chambres froides avec les autres comptes clients. Karpe­­lès est devenu de plus en plus para­­noïaque vis-à-vis des hackers – presque jusqu’à l’ob­­ses­­sion. « Mt. Gox n’était pas une société d’in­­ves­­tis­­se­­ment, selon moi. Il s’agis­­sait plutôt d’une salle de Pachin­­ko*, où l’on s’échan­­geait des cadeaux », nous a confié une personne qui travaillait à la comp­­ta­­bi­­lité de Mt. Gox, sous réserve que son nom ne soit pas divul­­gué en raison de son rôle dans l’enquête. (*Le Pachinko est une variante du flip­­per japo­­nais, où il est possible de gagner de l’argent.) L’homme, qui était en charge de la comp­­ta­­bi­­lité, affirme avoir pressé Karpe­­lès d’équi­­li­­brer les montants de la réserve en bitcoins, de la tréso­­re­­rie en ligne et de la tréso­­re­­rie réelle à plusieurs reprises, mais celui-ci a systé­­ma­­tique­­ment refusé. « Je lui ai dit : “Je veux savoir où sont ces bitcoins, et nous devons arri­­ver à l’équi­­libre des comptes”, ce à quoi Mark m’a répondu : “Medo­­ku­­sai” [fait chier]. Il a dit que c’était trop complexe et trop risqué, car pour équi­­li­­brer les comptes, il faudrait dépla­­cer les bitcoins des chambres froides vers un hot wallet, et qu’il y avait un risque qu’il soit piraté. C’est la raison pour laquelle il ne voulait pas le faire. » Un hot wallet est un porte-monnaie virtuel hébergé en ligne, les bitcoins y sont donc plus vulné­­rables aux cyber-préda­­teurs. Un cold wallet, au contraire, désigne des bitcoins conser­­vés hors connexion, parfois impri­­més sur des feuilles de papier.

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Un porte-feuille de bitcoins papier
Crédits : bitcoin­­pa­­per­­wal­­let.com

Karpe­­lès a ferme­­ment insisté sur ce point : les bitcoins devaient être conser­­vés sur un cold wallet, c’était beau­­coup plus sûr. D’après lui, il était diffi­­cile de savoir combien valait chacun de ces porte-monnaies jusqu’à la réin­­tro­­duc­­tion des bitcoins en ligne – sauf à noter combien valait chaque porte-monnaie de papier lors de sa créa­­tion. Il trans­­for­­mait peu à peu la monnaie élec­­tro­­nique en monnaie papier, et il y en avait pour cher. Le respon­­sable de la comp­­ta­­bi­­lité a natu­­rel­­le­­ment compris les inquié­­tudes de Karpe­­lès, du point de vue de la sécu­­rité infor­­ma­­tique, mais il pensait tout de même que ne pas équi­­li­­brer les comptes était dange­­reux. « D’après moi il n’était pas raison­­nable de ne pas se remettre à l’équi­­libre, mais je me suis dit que c’était son entre­­prise et que c’était lui le patron. Donc j’ai accepté. » D’an­­ciens employés de Karpe­­lès affirment qu’il aurait pu tout arran­­ger avant le drame. Et ils affirment que des agents fédé­­raux corrom­­pus auraient saisi 5 millions de dollars de fonds sur les comptes de Mt. Gox durant l’été 2013, en repré­­sailles du refus de Karpe­­lès de coopé­­rer avec eux. Cette saisie aurait soi-disant privé la société de ses fonds de roule­­ment, amorçant le début de la fin – tout du moins est-ce l’avis de l’an­­cien comp­­table de Mt. Gox.

Dans l’in­­ter­­valle, Karpe­­lès s’est porté volon­­taire pour assis­­ter les auto­­ri­­tés améri­­caines dans leur enquête sur la plate­­forme d’échange illé­­gale Silk Road, dans l’es­­poir à peine dissi­­mulé que cela lui vaudrait une sorte d’im­­mu­­nité. Mais cela n’a pas été le cas. « La première fois que j’ai été au courant du fait que les bitcoins avaient disparu, c’est quand Mark me l’a dit, au début du mois de février 2014 », raconte le comp­­table. « Il m’a fait venir dans son bureau et m’a dit : “Il est probable que Mt. Gox doive se décla­­rer en faillite.” Puis il m’a dit de me rendre dès le lende­­main au cabi­­net juri­­dique Baker & McKen­­zie pour en discu­­ter avec eux. »

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Karpe­­lès reste toujours stoïque
Crédits : DR

Le comp­­table se rappelle que Karpe­­lès était d’un calme olym­­pien ce jour-là, comme toujours. « Il était comme le chat du Cheshire dans Alice au pays des merveilles, en plus stoïque. Il souriait tout le temps. Il aurait pu tout aussi bien me dire : “Tiens, l’in­­té­­gra­­lité du bureau est en feu, je recom­­mande que nous sortions avant de brûler vifs” sans chan­­ger de tête. » Les tribu­­naux Japo­­nais vont bien­­tôt déter­­mi­­ner si Karpe­­lès a commis des crimes, mais les dernières révé­­la­­tions de l’af­­faire vont faire s’in­­ter­­ro­­ger tout le monde : Est-il un arnaqueur, une victime, le pigeon, ou tout cela à la fois ? Une chose est aujourd’­­hui pour­­tant avérée : Karpe­­lès a acheté une entre­­prise dans laquelle plusieurs dizaines de milliers de bitcoins manquaient déjà à l’ap­­pel. Le voleur qui les a déro­­bés est-il revenu sur les lieux de son forfait pour en prendre des centaines de milliers de plus (soit des centaines de millions d’eu­­ros) ? Quelqu’un l’a fait, en tout cas, et il s’agit là du casse du siècle. Pour résoudre cette énigme, il faudra à la police des éléments solides, dans une affaire qui ne béné­­fi­­ciera pas d’aveux faits sous la contrainte. Le mystère s’épais­­sit.


Traduit de l’an­­glais par Matthieu Volait d’après l’ar­­ticle « Behind the Biggest Bitcoin Heist in History: Inside the Implo­­sion of Mt. Gox », paru dans le Daily Beast. Couver­­ture : Jed McCa­­leb et Mark Karpe­­lès. (Créa­­tion graphique par Ulyces)


COMMENT SILK ROAD EST DEVENU LE EBAY DE LA DROGUE

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Pour déman­­te­­ler une colos­­sale market­­place de la drogue héber­­gée dans les profon­­deurs du web, ils allaient devoir faire tomber son créa­­teur : le Terrible Pirate Roberts.

« J’ima­­gine qu’un jour on pourra écrire l’his­­toire de ma vie. Ce serait bien d’en avoir un récit détaillé. » —home/frosty/docu­­ments/jour­­nal /2012/q1/january/week1

Le facteur ne sonna qu’une seule fois. Curtis Green était chez lui et démar­­rait sa jour­­née par un grand verre de Coca et des mini donuts au sucre glace. Les doigts couverts de sucre, il était étonné d’avoir de la visite. Il n’était qu’11 heures et les visi­­teurs surprise n’étaient pas légion dans sa modeste demeure de Spanish Fork, un hameau en plein désert de l’Utah dominé par la chaîne Wasatch. Green marcha d’un pas tranquille et arran­­gea la banane en tissu camou­­flage qu’il portait à la taille. À 47 ans, son corps était déjà défaillant : un surpoids, quatre hernies discales et des implants dentaires d’un blanc écla­­tant. Pour se dépla­­cer, il devait parfois emprun­­ter la canne rose de sa femme. Green se dandina jusqu’à la porte, ses deux chihua­­huas Max et Sammy sur les talons. Il jeta un œil par la fenêtre qui donnait sur la rue et aperçut le facteur, qui hâtait le pas. L’homme portait bien la veste de la poste, mais en bas, il portait un simple jean et des baskets. Étrange, pensa Green. Garée de l’autre côté de la rue, il y avait aussi cette four­­gon­­nette qu’il n’avait jamais vue, blanche, sans logo ni fenêtres arrières. ulyces-silkroad1-03 Green ouvrit la porte. C’était l’hi­­ver, les nuages étaient hauts et le soleil bas. Les sommets ennei­­gés qui surplom­­baient la vallée dispa­­rais­­saient derrière une légère brume. Il baissa les yeux. Sur le perron se trou­­vait un colis prio­­ri­­taire de la taille d’une bible. Ses petits chiens le regar­­dèrent s’em­­pa­­rer du mysté­­rieux paquet. C’était lourd, l’ex­­pé­­di­­teur n’avait pas rensei­­gné son adresse et le tampon de la poste indiquait que le colis prove­­nait du Mary­­land. Green examina le paquet, l’ap­­porta à la cuisine, l’ou­­vrit avec des ciseaux, et reçut un panache de poudre blanche à la figure, qui engour­­dit sa langue. C’est à ce moment précis qu’une équipe du SWAT défonça la porte à l’aide d’un bélier. Rapi­­de­­ment, la maison fut enva­­hie de flics enca­­gou­­lés en tenue d’as­­saut, tous armés. Et Green était là, couvert de cocaïne et flanqué de ses deux chihua­­huas. « À l’étage ! » cria quelqu’un. Green laissa tomber le paquet à ses pieds. Quand il essaya de récon­­for­­ter ses chiens, une douzaine d’armes furent poin­­tées sur lui : « Les mains en l’air ! »

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