par Nicolas Prouillac | 20 janvier 2017

La vallée étrange

« L’ima­­gi­­na­­tion est plus impor­­tante que la connais­­sance. » — Albert Einstein

Les gens se pressent sur la scène autour du profes­­seur Einstein. Il fait son show pour les camé­­ras des smart­­phones braquées sur lui, tirant la langue ou leur adres­­sant des regards d’une sévé­­rité comique. « La chose impor­­tante est de ne pas cesser de s’in­­ter­­ro­­ger. La curio­­sité a sa propre raison d’exis­­ter », dit-il d’un ton docte à la foule qui l’en­­toure, parcou­­rue d’ex­­cla­­ma­­tions et de rires. Perché sur une petite table ronde, il regarde chacune des personnes rassem­­blées autour de lui, tour à tour grimaçant ou circons­­pect. Il semble attendre qu’on lui adresse la parole. « Profes­­seur, comment vous sentez-vous ? » finit par lui deman­­der Andy Rifkin, l’un de ses créa­­teurs. Le petit robot d’une quaran­­taine de centi­­mètres tourne alors son visage vers lui, sa cheve­­lure hirsute et sa mous­­tache brous­­sailleuse souli­­gnant son intense expres­­si­­vité. « Je me sens parfai­­te­­ment bien, Andy », répond-t-il d’une voix sonore et natu­­relle. Le public est souf­­flé. « Il recon­­naît ma voix », explique l’im­­po­­sant direc­­teur de la tech­­no­­lo­­gie de Hanson Robo­­tics. Il tient dans ses mains une tablette sur laquelle une appli­­ca­­tion permet d’in­­te­­ra­­gir avec le Profes­­seur. Ce dernier est capable de disser­­ter sur des problèmes mathé­­ma­­tiques, la forma­­tion de l’uni­­vers et les grands scien­­ti­­fiques de l’his­­toire, mais il peut aussi tenir une conver­­sa­­tion natu­­relle avec son inter­­­lo­­cu­­teur. Il intègre égale­­ment un système wi-fi qui le relie au MindC­­loud™ de Hanson Robo­­tics, lui permet­­tant d’ac­­cé­­der à de nouveaux jeux ainsi qu’aux mises à jour de l’in­­tel­­li­­gence arti­­fi­­cielle dont profitent tous les robots de la compa­­gnie.


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Le profes­­seur Einstein sur le stand de Hanson Robo­­tics
Crédits : Nico­­las Prouillac

En février 2009, sur la scène de TED, le Dr David Hanson, fonda­­teur de Hanson Robo­­tics, était apparu avec un autre buste du profes­­seur Einstein, réalisé à l’échelle. Alors âgé de 40 ans, le frin­­gant scien­­ti­­fique aux cheveux châtains en bataille arbo­­rait des favo­­ris brous­­sailleux et une mous­­tache extra­­­va­­gante qui lui donnaient des airs de Daniel Day-Lewis dans Gangs of New York. « Les robots que je déve­­loppe sont des person­­nages. À terme, ils seront réel­­le­­ment capables d’em­­pa­­thie envers vous », avait-il déclaré au public avant d’ef­­fec­­tuer une démons­­tra­­tion de sa créa­­tion. Le profes­­seur Einstein était alors déjà capable de perce­­voir les gens présents dans une pièce, de les regar­­der un par un et de se souve­­nir d’eux. Il pouvait aussi modu­­ler les expres­­sions de son visage pour reflé­­ter celles de son inter­­­lo­­cu­­teur. « Sa percep­­tion de votre état émotion­­nel est capi­­tale pour qu’il déve­­loppe de l’em­­pa­­thie », expliquait David Hanson. « On dépense des milliards dans des machines capables de tuer, mais la robo­­tique de person­­na­­lité pour­­rait à terme produire des robots vrai­­ment doués d’em­­pa­­thie. Ce sont peut-être les germes de l’es­­poir pour notre futur. »

Sept ans plus tard, dans une salle de confé­­rence de l’hô­­tel Vene­­tian de Las Vegas, nous voici en présence d’une version minia­­ture du profes­­seur Einstein. Hanson Robo­­tics projette de la distri­­buer le plus large­­ment possible, pour amuser enfants et adultes et propo­­ser une rela­­tion inédite avec une machine dotée d’in­­tel­­li­­gence. Le Profes­­seur n’a rien d’ef­­frayant, bien au contraire, tout le monde dans la salle semble déjà l’ado­­rer ; à tel point que la scène doit être évacuée par les orga­­ni­­sa­­teurs de l’évé­­ne­­ment. Une fois le public installé et revenu au calme, Andy Rifkin, David Hanson et Steve Carlin, de Soft­­bank Robo­­tics, prennent place pour évoquer le futur des inter­­ac­­tions humains-robots. Durant l’heure qui suit, ils sont régu­­liè­­re­­ment inter­­­rom­­pus par des tirades ou des grimaces du profes­­seur Einstein, qui se fait une joie de distraire l’as­­sis­­tance et de déclen­­cher des éclats de rire intem­­pes­­tifs. « Le réalisme de l’ex­­pres­­sion faciale d’un robot n’est pas le plus impor­­tant », explique David Hanson pendant que le visage du Profes­­seur s’illu­­mine d’un grand sourire béat. « Si nos cerveaux sont si sensibles à ces détails, c’est qu’il s’agit d’un langage qui véhi­­cule des infor­­ma­­tions. Mais ce langage fonc­­tionne aussi de façon abstraite : c’est pour ça qu’il est plus effi­­cace chez un person­­nage comme Wall-E que chez d’autres plus photo­­réa­­listes. »

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Le profes­­seur Ishi­­guro et Erica
Crédits : Hiro­­shi Ishi­­guro Labo­­ra­­tory

Cela explique pourquoi les créa­­tions du profes­­seur Hiro­­shi Ishi­­guro effraient la plupart des gens. Le scien­­ti­­fique japo­­nais a mis au point des androïdes très semblables en appa­­rence aux êtres humains, dont le plus célèbre d’entre eux s’ap­­pelle Erica. Son visage est déli­­cat et enca­­dré par des cheveux plus vrais que nature. Mais il traduit peu d’ex­­pres­­sions et les yeux d’Erica restent perdus dans le vague, un aspect déran­­geant pour ses inter­­­lo­­cu­­teurs humains. Elle est l’illus­­tra­­tion parfaite de la vallée de l’étrange, une théo­­rie déve­­lop­­pée par le robo­­ti­­cien japo­­nais Masa­­hiro Mori en 1970. Il esti­­mait que plus un androïde ressemble à un être humain, plus ses défauts nous paraissent mons­­trueux. L’in­­verse se produit avec Pepper. Pepper, c’est ce petit robot huma­­noïde clai­­re­­ment arti­­fi­­ciel et toujours souriant qui amuse les enfants, tient compa­­gnie aux personnes âgées ou accueille les clients des maga­­sins Carre­­four en Seine-et-Marne. En tant que respon­­sable de la divi­­sion améri­­caine de SoftBank Robo­­tics – qui a succédé à Alde­­ba­­ran après le rachat de l’en­­tre­­prise française par l’opé­­ra­­teur télé­­pho­­nique Soft­­bank –, Steve Carlin a pour mission d’in­­tro­­duire Pepper sur le marché étasu­­nien. « Nous ne cher­­chons pas à ce que Pepper ressemble à un être humain », explique-t-il en prenant ses distances avec les travaux de Hanson Robo­­tics. « Cela m’ef­­fraie, person­­nel­­le­­ment. Nous souhai­­tons simple­­ment vous faire oublier que c’est un robot pour qu’il devienne un compa­­gnon idéal. » Mais de l’avis de leur créa­­teur, les androïdes de David Hanson et son équipe évoluent au-delà de Pepper et Erica. « L’idée d’une “vallée étrange” est tout à fait pseudo-scien­­ti­­fique, mais les gens prennent ça pour de la science », déplore le Dr Hanson.

Il l’a fusti­­gée dans un article paru en 2005, inti­­tulé « Dépas­­ser la vallée étrange ». La théo­­rie du profes­­seur Mori explique qu’entre les repré­­sen­­ta­­tions cari­­ca­­tu­­rales de l’être humain et l’être humain lui-même s’étend un no man’s land forcé­­ment déran­­geant. Mais pour le Dr Hanson, l’étran­­geté des robots n’est pas néces­­sai­­re­­ment déran­­geante. « Mori nous dit de ne surtout pas nous aven­­tu­­rer sur ce terrain. Mais quand ils se trouvent face au profes­­seur Einstein, les gens ne sont pas effrayés ou repous­­sés : ils rient », fait remarquer David Hanson. Cette défiance envers l’une et l’autre extré­­mi­­tés du spectre de la robo­­tique sont carac­­té­­ris­­tiques de son travail. Inven­­teur d’une peau synthé­­tique inno­­vante qui permet à ses androïdes de sembler plus vrais que nature (la Frub­­ber™), il travaille aussi à la concep­­tion de person­­nages animés avec les studios Disney. À l’image de ses robots, le Dr Hanson est un person­­nage complexe.

Sauver le monde

Aujourd’­­hui, David Hanson a 47 ans et une famille de neuf robots derrière lui. Il a beau­­coup changé depuis son passage à TED2009. Cheveux poivre et sel gomi­­nés, courte barbe grise et veste cintrée, il ressemble plus à un desi­­gner installé qu’à un inven­­teur pressé. Sa gestuelle et sa diction ont elles aussi muté : il parle de façon synco­­pée et adopte une gestuelle exces­­sive, comme un person­­nage hallu­­ciné de David Lynch.

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David Hanson au milieu de ses créa­­tions
Crédits : Billy H.C.Kwok

Origi­­naire du Texas, David Hanson s’in­­té­­resse depuis l’en­­fance aux mathé­­ma­­tiques, aux sciences et à la science-fiction. « J’ai toujours tenté d’ima­­gi­­ner ce que le futur nous réser­­vait », dit-il. « Très tôt, j’ai songé que l’in­­tel­­li­­gence arti­­fi­­cielle pouvait être amélio­­rée et qu’un jour, nous aurions la capa­­cité de créer des machines dotées d’ima­­gi­­na­­tion, assor­­ties d’une mémoire infaillible et d’une puis­­sance de calcul extra­­or­­di­­naire. » Il les imagi­­nait déjà capables d’évo­­luer et de se trans­­for­­mer de leur propre chef au-delà d’un certain point (celui de la singu­­la­­rité tech­­no­­lo­­gique). Ces super-intel­­li­­gences seront alors capables d’ac­­croître leur poten­­tiel de façon expo­­nen­­tielle. « Cette évolu­­tion va chan­­ger le monde. » Et le monde a grand besoin d’être changé. David Hanson le recon­­naît volon­­tiers, nous vivons une époque complexe, pleine de défis et de dangers, soumise à une course terrible contre la destruc­­tion de l’en­­vi­­ron­­ne­­ment. Car une fois notre écosys­­tème détruit, la civi­­li­­sa­­tion ne sera plus qu’un loin­­tain souve­­nir et les êtres humains redou­­ble­­ront de luttes intes­­tines, jusqu’à une probable extinc­­tion. « Nous jouons à la roulette russe avec l’arme nucléaire. D’un jour à l’autre, la géopo­­li­­tique peut bascu­­ler du tout au tout », dit le scien­­ti­­fique avec le plus grand calme.

En gran­­dis­­sant dans les années 1970 et 1980, David Hanson perce­­vait clai­­re­­ment les signes avant-coureurs de la catas­­trophe à venir. « Compre­­nez-moi bien, les choses s’amé­­liorent sous bien des aspects, ne serait-ce qu’en termes de qualité de vie et de longé­­vité », dit-il en se voulant rassu­­rant. « Mais nous devons nous montrer très intel­­li­­gents, très vite. En prenant conscience de cela à un jeune âge, il m’est apparu qu’il n’y avait pas d’autre alter­­na­­tive que de créer des machines super-intel­­li­­gentes, capables de régler le problème à notre place. » Il s’est ainsi lancé dans sa quête robo­­tique pour sauver le monde de la menace humaine. Mais ce n’est pas tout : David Hanson tente égale­­ment de sauver le monde des robots eux-mêmes. Tandis qu’il étudie les arts inter­­ac­­tifs et l’in­­gé­­nie­­rie à l’uni­­ver­­sité du Texas à Dallas, il réalise en effet que les machines que nous élabo­­rons pour­­raient se retour­­ner contre nous si nous n’y prenons pas garde. « Je veux être bien sûr que lorsque les robots accé­­de­­ront à une intel­­li­­gence équi­­va­­lente ou supé­­rieure à la nôtre – ce qui arri­­vera sans aucun doute –, il seront en mesure de faire preuve de compas­­sion et d’em­­pa­­thie à notre égard », dit-il. « Il n’y a aucune garan­­tie que ça marche. Ils pour­­raient très bien être psycho­­tiques. »

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Dans l’ate­­lier du Dr Hanson
Crédits : Timo­­thy Archi­­bald

David Hanson se sert de l’art et du design pour amélio­­rer sa robo­­tique. En rendant les machines émotion­­nel­­le­­ment acces­­sibles et en nous permet­­tant de commu­­niquer avec elles, il leur permet aussi d’ap­­prendre des êtres humains. « C’est la base du déve­­lop­­pe­­ment d’un androïde capable d’em­­pa­­thie. » La créa­­tion d’un tel robot béné­­fi­­cie d’ailleurs peut-être plus à l’in­­tel­­li­­gence arti­­fi­­cielle qu’à son inter­­­lo­­cu­­teur humain : en stimu­­lant nos fonc­­tions sociales, l’IA peut enre­­gis­­trer de très nombreuses données qui améliorent progres­­si­­ve­­ment sa compré­­hen­­sion des êtres humains et affinent son compor­­te­­ment. Petit à petit, cela permet­­tra aux machines d’évo­­luer vers une forme d’es­­prit auquel nous pour­­rons nous fier, et non un effrayant inconnu. « Pour l’ins­­tant, l’in­­tel­­li­­gence arti­­fi­­cielle la plus douée n’est en réalité pas plus intel­­li­­gente qu’un bébé – et encore », dit le Dr Hanson. « Mais elle va progres­­si­­ve­­ment deve­­nir plus intel­­li­­gente, et ce faisant, je veux qu’elle déve­­loppe sa capa­­cité à prendre soin des êtres humains. Il est capi­­tal qu’on puisse lui faire confiance. »

De ce fait, les robo­­ti­­ciens mettent un point d’hon­­neur à ne pas essayer de modé­­li­­ser l’es­­prit humain dans son ensemble. L’éthique que David Hanson veut insuf­­fler à ses machines est dissem­­blable de la nôtre, vacillante par essence. « Notre héri­­tage géné­­tique est pétris de bruta­­lité. Combien de traces de dents sont-elles incrus­­tées dans les os de nos plus proches ancêtres huma­­noïdes ? Nos ancêtres ont dévoré nos autres ancêtres. Combien de géno­­cides parsèment l’his­­toire ? Nos cerveaux sont nés de cette bruta­­lité. Le cerveau civi­­lisé a pris le dessus, pour une bonne part… » Mais acti­­vez certaines de ses régions et ce code étrange, ce virus latent pour­­rait resur­­gir à tout moment. Comme les glaces sibé­­riennes qui menacent de libé­­rer des pestes préhis­­to­­riques en fondant, on devient soudain crimi­­nel, membre de la mafia, tueur psycho­­tique ou soldat impi­­toyable aux yeux duquel le déchaî­­ne­­ment de la violence est parfai­­te­­ment justi­­fié. « On voit ces sché­­mas se répé­­ter sans cesse au cours de l’his­­toire. Dans les temps diffi­­ciles, le monstre reprend le dessus. » Natu­­rel­­le­­ment, rien ne pousse les robo­­ti­­ciens à enco­­der cela dans les intel­­li­­gences arti­­fi­­cielles. « Je vois un peu les robots comme des loups », explique le Dr Hanson. « Les loups sont deve­­nus des chiens au contact de notre société après un proces­­sus de sélec­­tion minu­­tieux. Nous n’avons retenu en eux que la douceur, l’at­­ten­­tion, la servia­­bi­­lité. Ce faisant, les chiens sont deve­­nus bien plus inof­­fen­­sifs que des loups. C’est le même cas de figure avec l’in­­tel­­li­­gence arti­­fi­­cielle : si nous ne la domes­­tiquons pas, nous risquons d’avoir un loup dans notre berge­­rie. Nous n’avons pas seule­­ment besoin d’une super-intel­­li­­gence, il faut aussi qu’elle soit super-bien­­veillante. » Cela explique pourquoi les robots de Hanson Robo­­tics sont conçus comme des person­­nages : ils éveillent chez nous les aspects les plus lumi­­neux de notre huma­­nité et, par consé­quent, n’ap­­prennent rien d’autre. Grâce à cette philo­­so­­phie, David Hanson et son équipe ont attiré sur eux l’at­­ten­­tion de Disney. ulyces-hansonrobotics-02

L’au­­to­­mate chinois

Le rêve de David Hanson est un vieux rêve de l’hu­­ma­­nité. Le Lie Zi, ou Traité du vide parfait, est un des grands clas­­siques du taoïsme. Il s’agit d’un recueil de fables philo­­so­­phiques qui aurait été rédigé entre le IIe siècle av. J.-C. et le IIIe siècle ap. J.-C. par le sage Lie Yukou. L’une de ces fables contient la matrice de la robo­­tique moderne et s’in­­ti­­tule « Les Hommes arti­­fi­­ciels ». Elle se déroule au Xe siècle av. J.-C. et raconte l’his­­toire d’un méca­­ni­­cien excep­­tion­­nel­­le­­ment doué du nom de Yanshi, qui a l’op­­por­­tu­­nité de montrer l’éten­­due de ses talents au roi Mu, cinquième souve­­rain de la dynas­­tie Zhou. « Qui est cet homme que tu as emmené avec toi ? » lui demande le souve­­rain. « C’est une machine que j’ai faite, qui peut accom­­plir des tours », répond Yanshi, qui présente au roi Mu un auto­­mate de sa confec­­tion. Le roi n’en croit pas ses yeux. L’au­­to­­mate le regarde rapi­­de­­ment de haut en bas ; pour lui, ce ne peut être qu’un homme. Lorsque Yanshi presse sa joue du doigt, il chante une chan­­son. Lorsque Yanshi tape dans ses mains, il se met à danser en rythme. Si bien que le roi, qui assiste au spec­­tacle entouré de ses concu­­bines, est persuadé qu’il a un homme devant lui.

C’est grâce au profes­­seur Einstein que le Disney Acce­­le­­ra­­tor a pris contact avec eux.

Lorsque la perfor­­mance se termine, l’au­­to­­mate adresse un clin d’œil aux concu­­bines et leur fait de grands signes de la main. Cette atti­­tude plonge le roi dans une colère noire, il menace de faire exécu­­ter Yanshi sur le champ. Terri­­fié, le méca­­ni­­cien saute sur l’au­­to­­mate et le met en pièces, pour montrer au roi qu’il n’est fait que de cuir, de bois, de colle et de laque colo­­rée. Le roi vient exami­­ner le massacre, consta­­tant que chaque organe, chaque cheveu qui  compose l’au­­to­­mate est arti­­fi­­ciel. Il le fait remon­­ter, avant d’être frappé une nouvelle fois de stupé­­fac­­tion devant tant de réalisme. Le souve­­rain lui ôte alors le cœur, et la bouche ne peut plus parler ; il lui ôte ensuite le foie, et ses yeux ne peuvent plus voir ; il lui ôte enfin ses reins, et ses pieds ne peuvent plus marcher. Le roi Mu est soulagé. « L’être humain est-il donc capable d’au­­tant que le Créa­­teur ? » dit-il dans un soupir. Le souve­­rain s’en retourne alors dans sa forte­­resse de Hao, empor­­tant l’au­­to­­mate avec lui. Cette fable préfi­­gure avec plus de 2 000 ans d’avance l’ou­­vrage d’un robo­­ti­­cien comme David Hanson, et les risques auxquels il s’ex­­pose.

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À la fin des années 1990, David Hanson faisait partie des « imagi­­nieurs » de chez Disney. Le terme d’ « imagi­­nié­­rie » a été inventé dans les années 1950 par Walt Disney, lors de la concep­­tion du premier parc à thèmes Disney­­land. Il s’est démo­­cra­­tisé depuis, et le Dr Hanson comp­­tait parmi l’équipe de concep­­tion des parcs au sein de Walt Disney Imagi­­nee­­ring. Il y a offi­­cié comme sculp­­teur et conseiller tech­­nique jusqu’en 2001. En fondant Hanson Robo­­tics deux ans plus tard, il a conservé de Disney un goût pour les person­­nages, qu’il retrou­­ve­­rait pour chacun de ses robots, du petit super-héros Zeno à son intel­­li­­gence la plus déve­­lop­­pée, Sophia. Les labo­­ra­­toires de Hanson Robo­­tics sont situés au cœur du parc scien­­ti­­fique de Hong Kong, non loin des grandes usines de fabri­­cants de jouets de l’île. C’est là que le profes­­seur Einstein sera fabriqué en gros plus tard cette année. « Je connais David depuis envi­­ron 12 ans », raconte Andy Rifkin. Les deux hommes se sont connus chez Walt Disney Imagi­­nee­­ring. « Nous avons commencé à travailler ensemble il y a envi­­ron un an. David m’a appelé et m’a dit qu’il voulait construire des robots avec moi. » À l’époque, Rifkin avait notam­­ment travaillé pour Mattel et parti­­cipé à la concep­­tion de la série de jeux vidéo Rock Band.

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Crédits : Hanson Robo­­tics

Lorsqu’ils se sont retrou­­vés chez Hanson Robo­­tics, les deux hommes ont convenu qu’il fallait réali­­ser une version minia­­ture du Profes­­seur. « Nous sommes tous tombés d’ac­­cord, nous adorons Einstein. Il avait une façon de voir les choses à la fois simple et brillan­­te… Il avait foi en l’hu­­ma­­nité et en la tech­­no­­lo­­gie. » Son petit robot a été conçu comme un produit pour enfants : une intel­­li­­gence arti­­fi­­cielle simple et sûre, loin des machines plus ambi­­tieuses conçues précé­­dem­­ment par Hanson Robo­­tics. C’est grâce à lui qu’à la fin du prin­­temps dernier, le Disney Acce­­le­­ra­­tor – l’ac­­cé­­lé­­ra­­teur de start-ups de Disney basé à Los Angeles – a pris contact avec eux. À la suite d’un casting diffi­­cile, Hanson Robo­­tics l’a inté­­gré aux côtés de huit entre­­prises nova­­trices qui travaille­­ront avec la firme de Bob Iger pour produire des expé­­riences nova­­trices très diffé­­rentes les unes des autres. Pour sa part, Hanson Robo­­tics va donner vie à des person­­nages de l’uni­­vers Disney sous une forme qui ne peut être commu­­niquée pour le moment. « Nous ne sommes qu’au tout début du proces­­sus », s’ex­­cuse Rifkin. « Ce qu’il y a de beau chez Disney, c’est leur science du story­­tel­­ling, ce sens profond de l’émer­­veille­­ment et de l’es­­pé­­rance », dit le Dr Hanson. « Appor­­ter ce genre d’ex­­pé­­rience aux gens partout autour du monde repré­­sente beau­­coup pour moi. » Cela peut paraître mièvre, mais cela fait partie du plan de David Hanson pour que la singu­­la­­rité advienne sans bascu­­ler du côté obscur. Si ses calculs sont justes, ses efforts pour­­raient faire beau­­coup pour le futur de l’hu­­ma­­nité. Sinon, ses robots nous auront au moins bien amusés.

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Une sculp­­ture prépa­­ra­­toire de David Hanson pour le robot Philip K. Dick
Timo­­thy Archi­­bald

Couver­­ture : David Hanson et Sophia sur scène.


 

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