par Nicolas Prouillac | 15 janvier 2017

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L’ex­­pé­­rience ODG

Je grimpe les esca­­liers plon­­gés dans l’ombre à la suite de l’em­­ployé mutique d’ODG. Nous débou­­chons sur un couloir à l’air libre dont le côté gauche, bordé par une simple rampe, donne sur les allées encom­­brées du CES. À droite, il est longé par une paroi noire qu’un autre employé nettoie méti­­cu­­leu­­se­­ment à l’aide d’un chif­­fon, pour débar­­ras­­ser la surface lisse des traces lais­­sées par les visi­­teurs. L’as­­pect mono­­li­­thique et vague­­ment kubri­­ckien du « cube » d’ODG n’est pas un hasard – l’ef­­fet est réussi. Nous avançons jusqu’au bout du couloir, où je suis prié d’at­­tendre le temps que des clients venus de Chine finissent la démons­­tra­­tion. (ODG a récem­­ment annoncé la signa­­ture d’un contrat de distri­­bu­­tion avec China Mobile, grâce auquel ils vont inves­­tir le marché asia­­tique.) Le mur noir de la petite pièce close porte le logo blanc du 20th Century Fox Inno­­va­­tion Lab, la branche expé­­ri­­men­­tale du studio qui a produit The Martian VR Expe­­rience, et produit aujourd’­­hui Alien: Cove­­nant VR Expe­­rience. Après une dizaine de minutes, la porte s’ouvre enfin et je suis admis dans l’an­­ti­­chambre de l’ex­­pé­­rience – de son teaser, plus exac­­te­­ment. « L’In­­no­­va­­tion Lab est la branche de 20th Century Fox qui explore la VR, l’AR, le 4K et biens d’autres tech­­no­­lo­­gies pour repous­­ser les limites de la tech­­nique ciné­­ma­­to­­gra­­phique », explique Dave, qui travaille pour la Fox.




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Crédits : Nico­­las Prouillac

L’ex­­pé­­rience de réalité augmen­­tée d’Alien: Cove­­nant a été spécia­­le­­ment conçue pour les lunettes R-9 d’ODG, à l’en croire. Premier appa­­reil à fonc­­tion­­ner grâce au micro­­pro­­ces­­seur ultra-puis­­sant de Qual­­comm, le Snap­­dra­­gon 835, les R-9 offrent un champ de vision de plus de 50°. À première vue, le chiffre paraît peu élevé, compte tenu des 180° auxquels notre vision natu­­relle nous habi­­tue. C’est autre­­ment plus impres­­sion­­nant quand on sait que le champ de vision offert au spec­­ta­­teur assis pile au centre de la salle d’une projec­­tion IMAX est de 48°. « Je n’ai pas choisi ce nombre par hasard », assure Ralph Oste­­rhout avec son ton sévère habi­­tuel. Les lunettes R-9 béné­­fi­­cient égale­­ment d’une réso­­lu­­tion de 1080p.

Des carac­­té­­ris­­tiques revues à la baisse sur le modèle R-8, mais qui restent hono­­rables (40°, 720p). « L’idée est de créer une expé­­rience fun au-delà du film, en proje­­tant le spec­­ta­­teur au cœur d’une fran­­chise qu’il aime », ajoute Dave. La séquence en ques­­tion est réali­­sée par David Karlak, comme le sera celle qui accom­­pa­­gnera la sortie de La Planète des singes : Supré­­ma­­tie, plus tard cette année. Nous péné­­trons dans la pièce adja­­cente, où doit se dérou­­ler l’ex­­pé­­rience. Les parois ne sont plus noires : elles repré­­sentent un décor d’in­­té­­rieur de vais­­seau spatial, géné­­rique mais convainquant. On me tend une paire de lunettes ODG R-9, que j’en­­file sans attendre. Je suis étonné par leur légè­­reté – elles pèsent 180 grammes, contre 580 pour HoloLens. Le dispo­­si­­tif placé devant mes yeux encombre en partie ma vue (plus que des lunettes de soleil), mais je perçois sans assom­­bris­­se­­ment exces­­sif l’en­­vi­­ron­­ne­­ment qui m’en­­toure (mieux que des lunettes de soleil). Après avoir enfilé un casque audio, on me demande de cali­­brer l’ap­­pa­­reil en fixant la tâche de sang qui macule le bas de la paroi à ma gauche. Commence alors une séquence d’in­­ves­­ti­­ga­­tion – j’ima­­gine du moins ce que cela pour­­rait donner – qui déclenche une bande vidéo des événe­­ments atroces qui se sont dérou­­lés dans cette pièce avant ma venue. Une femme se contor­­sionne sur un lit médi­­cal tandis qu’un alien jaillit de son ventre, mettant fin à ses jours et à ceux du docteur au visage duquel s’agrippe la créa­­ture. La scène – fami­­lière pour tout amateur de la saga – est super­­­po­­sée au décor réel. En m’ap­­pro­­chant du mur, je m’ap­­proche égale­­ment de la malheu­­reuse qui se tord sous mes yeux.

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Il s’est passé des choses atroces ici
Crédits : Nico­­las Prouillac

Au demeu­­rant, cela pour­­rait être convainquant, mais la vidéo n’est pas adap­­tée aux dimen­­sions de la pièce et à l’es­­pace dans lequel j’évo­­lue. À la fin de la séquence d’1’15, la vidéo dispa­­raît pour lais­­ser place à un alien qui rugit avant de sauter vers moi. « Voilà, vous venez de vous faire tuer par un alien », me dit Dave en souriant. Je fais de mon mieux pour avoir l’air enthou­­siaste mais là encore, l’alien n’est pas du tout à l’échelle de la pièce et semble jaillir de nulle part, à l’en­­droit où je vois un mur. Je ressors un brin perplexe, mais une autre expé­­rience m’at­­tend qui va se char­­ger de balayer mes doutes.

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20th Century Fox n’est pas l’unique parte­­naire d’ODG. Outre Qual­­comm et China Mobile, l’en­­tre­­prise travaille étroi­­te­­ment avec la start-up cali­­for­­nienne Otoy. Otoy se spécia­­lise notam­­ment dans le rendu photo­­réa­­liste d’images en réalité virtuelle. Pour ce faire, leur tech­­no­­lo­­gie capte le champ lumi­­neux des scènes, c’est-à-dire l’en­­semble des rayons lumi­­neux qui la traversent et pas unique­­ment ceux qui frappent l’objec­­tif. « Nous sommes capables de prévoir toutes les varia­­tions de la lumière d’une scène et de modi­­fier le rendu en temps réel, qu’im­­porte où se situe le regard », explique Jules Urbach, qui a fondé l’en­­tre­­prise en 2008. C’est le secret de la « vidéo holo­­gra­­phique », dont le réalisme leurre sans peine le cerveau humain. Grâce à cette tech­­no­­lo­­gie, ils peuvent théo­­rique­­ment supplan­­ter n’im­­porte quel écran, de télé­­vi­­sion ou de cinéma, en l’af­­fi­­chant à travers un dispo­­si­­tif de réalité virtuelle (ils travaillent égale­­ment avec Oculus).

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Crédits : Nico­­las Prouillac

« Contrai­­re­­ment à l’Ocu­­lus Rift, avec les lunettes ODG, vous pouvez encore voir votre envi­­ron­­ne­­ment », ajoute Jules Urbach. « Mais nous pouvons les trans­­for­­mer en un instant en casque de réalité virtuelle en passant tous les pixels au noir. » Visions d’un futur fait de projec­­tions IMAX dans des chambres d’étu­­diants, sans masque de plon­­gée encom­­brant. Dans une autre pièce aux murs nus, une employée d’Otoy me tend une paire de lunettes R-9 avec un sourire qui en dit long. « Vous me direz ce que vous en pensez », dit-elle d’une voix confiante. Je suis dans un parking souter­­rain. À quelques mètres de moi, un soldat issu d’un univers futu­­riste est étendu au sol. À l’en­­droit où ses jambes ont été arra­­chées, des lambeaux de chair sangui­­no­­lente trempent dans une flaque sombre que le béton a déjà absorbé en partie. Autour de lui sont épar­­pillés des corps et des gravats. Il ne veut pas en rester là et conti­­nue à tirer des rafales avec son impo­­sant fusil mitrailleur. Je tourne ma tête sur la gauche, pour voir sur qui (ou quoi) il tire. Appa­­raît un robot huma­­noïde gigan­­tesque – il doit bien faire trois mètres de haut et pratique­­ment deux de large. Il se tient au milieu du trou béant qu’il a percé dans le mur. Droit, vrai­­sem­­bla­­ble­­ment invin­­cible, ses bras ruti­­lants se terminent par des mitraillettes avec lesquelles il arrose ses adver­­saires. Je ne donne pas cher de leur peau.

ODG veut bâtir un écosys­­tème intel­­li­gent autour des lunettes connec­­tées.

La scène ne progresse pas, elle a lieu en boucle et laisse tout le temps de l’ad­­mi­­rer. C’est épous­­tou­­flant. L’image est d’un réalisme inédit. Pas un pixel, pas une invrai­­sem­­blance lumi­­neuse en vue. Où que mon regard se porte, le niveau de détails est bluf­­fant. Si l’ex­­pé­­rience se prolonge au-delà de ces quelques secondes, elle promet des instants mémo­­rables. Il est en tout cas certain que les lunettes ODG peuvent donner l’im­­pres­­sion de regar­­der un grand écran, comme un casque de VR. Je m’en sépare à contrecœur et prend le chemin du retour. Ralph Oste­­rhout est formel, les lunettes connec­­tées sont le cœur de la tech­­no­­lo­­gie du futur. Ce pion­­nier des tech­­no­­lo­­gies portables mili­­taires a mis à profit ses inven­­tions desti­­nées à épau­­ler l’élite des soldats améri­­cains pour élabo­­rer un produit conçu pour les consom­­ma­­teurs. ODG envi­­sage ses lunettes comme l’or­­di­­na­­teur ou le smart­­phone de demain. Ils ont en projet de bâtir un écosys­­tème intel­­li­gent autour des lunettes connec­­tées – écou­­teurs magné­­tiques, clavier porta­­tif, souris sans fil… Autant de gadgets qui, lorsqu’ils verront le jour, pour­­raient faire de chacun d’entre nous des avatars tech­­no­­lo­­giques d’un certain agent secret britan­­nique. Ralph Oste­­rhout, en tout cas, n’ou­­bliera pas que tout est parti de ses rêves d’en­­fant.

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Crédits : ODG

Couver­­ture : Un modèle porte une paire de lunettes connec­­tées R-9. (ODG)


AU CŒUR DE MAGIC LEAP, LA START-UP ULTRA-SECRÈTE QUI VA CHANGER NOTRE MONDE

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Magic Leap compte plus d’un milliard d’in­­ves­­tis­­se­­ment sans avoir sorti le moindre proto­­type. Son secret ? Une tech­­no­­lo­­gie de réalité virtuelle révo­­lu­­tion­­naire.

I. Genèse de la VR

Il se passe quelque chose de spécial dans ce parc de bureaux banal d’une banlieue morne de Fort Lauder­­dale, en Floride. Derrière les façades grises, au milieu des bureaux et des chaises vides, un robot-drone de 20 cm, tout droit venu d’une planète extra­­­ter­­restre, est suspendu dans les airs face à une rangée de plantes en pots. Pour une créa­­ture steam­­punk, il est très mignon et four­­mille de détails. Je peux tour­­ner autour de lui et l’exa­­mi­­ner sous toutes les coutures. En m’ac­­crou­­pis­­sant, je m’at­­tarde sur son ventre orné de motifs complexes. Mon visage n’est plus qu’à quelques centi­­mètres de lui alors que j’ins­­pecte ses tuyaux minus­­cules et ses arma­­tures saillantes. Je vois même des tour­­billons polis aux endroits où la surface métal­­lique a été décou­­pée. Lorsque je lève la main, il s’ap­­proche et tend un appen­­dice luisant pour toucher le bout de mon doigt. Je me redresse et prend du recul pour l’ob­­ser­­ver de loin. Pendant ce temps, il bour­­donne et pivote lente­­ment au-dessus d’un bureau. Il semble aussi vrai que les lampes et les écrans d’or­­di­­na­­teurs qui l’en­­tourent, mais il ne l’est pas. Je l’ob­­serve à travers un casque de réalité augmen­­tée.

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Le logo de Magic Leap

Je sais bien que ce drone est une simu­­la­­tion très élabo­­rée, mais pour mes yeux il ne fait aucun doute qu’il est ici avec moi, dans ce bureau ordi­­naire. C’est un objet virtuel, mais aucun pixel ou arte­­fact numé­­rique ne para­­site son inté­­grité tridi­­men­­sion­­nelle. Si je me posi­­tionne de façon à ce qu’il se retrouve face à la lumière d’une lampe de bureau, je devine qu’il est vague­­ment trans­­pa­rent, mais cela n’amoin­­drit pas la sensa­­tion de présence qu’il dégage. C’est une des grandes promesses de la réalité arti­­fi­­cielle : soit vous êtes télé­­porté dans des endroits magiques, soit des choses magiques sont télé­­por­­tées auprès de vous. Grâce à ce proto­­type de lunettes créé par Magic Leap, une entre­­prise ultra-secrète qui fait couler beau­­coup d’encre, ce drone extra­­­ter­­restre a tout l’air d’avoir été télé­­porté dans ce bureau de Floride.

Il appa­­raît plus réel que je ne l’au­­rais jamais cru possible. J’ai vu d’autres choses avec ces lunettes magiques. Des robots à taille humaine traver­­sant les murs de la pièce, sur lesquels je pouvais tirer des décharges d’éner­­gie grâce à un pisto­­let que je tenais vrai­­ment en main. Un combat de lutte entre des êtres humains minia­­tures sur une table, à la façon du jeu d’échecs holo­­gra­­phique de Star Wars. Ces petits êtres n’étaient pas réels, malgré leur impres­­sion­­nant photo-réalisme, mais ils étaient indé­­nia­­ble­­ment présents. Je veux dire par là que cela dépas­­sait la simple illu­­sion d’op­­tique, je pouvais presque sentir leur présence. On appelle cette réalité virtuelle super­­­po­­sée au monde réel la réalité mixte, ou MR. (Les lunettes sont semi-trans­­pa­­rentes et vous permettent encore de voir votre envi­­ron­­ne­­ment.) C’est une tech­­no­­lo­­gie plus complexe que celle de la réalité virtuelle plei­­ne­­ment immer­­sive, ou VR, qui n’est faite que d’images synthé­­tiques. La réalité mixte est sans aucun doute la plus puis­­sante des deux. Magic Leap n’est pas la seule entre­­prise à déve­­lop­­per une tech­­no­­lo­­gie de réalité mixte, mais pour l’heure la qualité de ses visions dépasse toutes les autres. Grâce à ce statut de leader, l’argent coule à flots dans ce parc de bureaux de Floride. Google était un des premiers à inves­­tir. Andrees­­sen Horo­­witz, Klei­­ner Perkins et d’autres ont suivi. L’an­­née dernière, les diri­­geants des plus grandes entre­­prises tech et média­­tiques améri­­caines sont venus en pèle­­ri­­nage dans les bureaux de Magic Leap pour tester par eux-mêmes sa réalité synthé­­tique futu­­riste. Au début de l’an­­née, l’en­­tre­­prise a réalisé ce qui est peut-être le troi­­sième tour de table le plus impres­­sion­­nant de l’his­­toire : 793,5 millions de dollars. Jusqu’ici, les inves­­tis­­seurs ont injecté 1,4 milliards de dollars dans Magic Leap.

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La réalité mixte se super­­­pose au réel
Crédits : Magic Leap

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