par Nicolas Prouillac | 24 février 2017

Lorsque la nuit tombe sur Under­­wood Hills, elle apporte habi­­tuel­­le­­ment le silence avec elle. Ce quar­­tier rési­­den­­tiel du nord-ouest d’At­­lanta, dans le sud des États-Unis, est le refuge de familles aisées venues trou­­ver un peu de calme à l’écart du centre-ville de la capi­­tale de l’État de Géor­­gie. Leurs maisons s’alignent le long des routes peu fréquen­­tées de la zone, entou­­rées d’arbres, de parcs et de jardins où gambadent les enfants quand ils ne sont pas à l’école. Une commu­­nauté tranquille où les lumières s’éteignent à l’ap­­proche de minuit. Mais le soir du vendredi 4 mars 2016, la nuit est venue seule. Des éclats de voix se font entendre à deux pas des rési­­dences endor­­mies, sur Defoor Plaza. Devant l’en­­trée de Street Execs Studios, des hommes sont attrou­­pés à quelques mètres d’une voiture station­­née au bord de la route, phares allu­­més. Le ton monte entre les passa­­gers du véhi­­cule et le groupe qui tourne le dos aux portes du studio d’en­­re­­gis­­tre­­ment. De l’in­­té­­rieur s’échappent des lumières colo­­rées et des basses satu­­rées. Un chœur d’aboie­­ments se joint aux cris des hommes, venus de Dog Days West­­side, la pension pour chiens voisine.

La scène du crime
Crédits : WSB-TV2/Twit­­ter

Des voisins bruyants, Under­­wood Hills en accueille depuis le début des années 2000 : c’est dans une rue tranquille du quar­­tier qu’a été enre­­gis­­tré « Hey Ya », le tube plané­­taire d’Out­­kast. Usher, Gnarls Bark­­ley et Akon y ont aussi produit des hits. Tous ces artistes ont contri­­bué au rayon­­ne­­ment cultu­­rel de la ville dans le monde entier. Street Execs Studios est pour sa part la maison-mère des rappeurs 2 Chainz, Young Dolph et Bankroll Fresh. Cette nuit-là, ce dernier a réservé l’en­­droit pour enre­­gis­­trer les morceaux d’une nouvelle mixtape. Révélé par son single « Hot Boy » en 2014 et conforté dans sa hype l’an­­née suivante avec la sortie de Life of a Hot Boy 2: Real Trap­­per, Bankroll Fresh s’ap­­prête à frap­­per de nouveau. Mais pour l’heure, il est au centre du chaos qui règne dehors, comme le noyau d’un atome autour duquel s’agitent de furieux élec­­trons. La tension atteint son point de rupture. Des coups de feu sont tirés, un corps s’ef­­fondre, des pneus crissent. Bankroll Fresh est mort. Mais qui l’a tué ?

#LongLi­­veBan­­kroll

La mort de Bankroll Fresh a plongé la scène hip-hop d’At­­lanta dans l’af­­flic­­tion. Quelques heures après l’an­­nonce de son décès, 2 Chainz est parmi les premiers à expri­­mer sa peine sur Twit­­ter. « Je suis fan de lui et je le serai toujours, je suis sous le choc pour l’ins­­tant ! » écrit-il. Jeezy, Zayto­­ven, Meek Mill et beau­­coup d’autres se joignent à lui, adop­­tant le hash­­tag #LongLi­­veBan­­kroll – « longue vie à Bankroll ». « Ils ont pris mon frère et j’ai mal à l’heure qu’il est. Telle­­ment mal », poste de son côté le beat­­ma­­ker Metro Boomin sur Insta­­gram, boule­­versé. « Je regrette l’époque où on enre­­gis­­trait des morceaux toute la nuit et où tu restais dormir sur le canapé, parce que tu voulais réus­­sir autant que moi. (…) Putain de merde, je t’aime mon frère et je me souvien­­drai toujours de ton amour et de ton soutien. » Des centaines de messages de condo­­léances répondent à ces hommages. Ses fans ne veulent pas croire à sa dispa­­ri­­tion. Quelques semaines plus tard, son nom s’étale en grand sur un panneau d’af­­fi­­chage, aux portes d’At­­lanta. « Longue vie à Bankroll Fresh », de la part du photo­­graphe Cam Kirk et des produc­­teurs Metro Boomin, South­­side et Sonny Digi­­tal.

Cam Kirk pose sous l’af­­fiche en hommage au rappeur
Crédits : Cam Kirk/Face­­book

Cette marque de respect a une raison d’être. Le grand public ne le savait pas encore mais personne dans le milieu musi­­cal d’At­­lanta n’igno­­rait que Bankroll Fresh était the next big thing. « Il était sur le point d’ex­­plo­­ser », affirme son oncle et mana­­ger Marvin Shadi Powers. « Bankroll était l’hé­­ri­­tier en deve­­nir de T.I. et Jeezy. » Powers fait partie de Street Money World­­wide, le label qui a vu naître et gran­­dir Bankroll Fresh. Car plus qu’un label, c’est une affaire de famille.

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Tren­­ta­­vious Zamon White Sr., alias Bankroll Fresh, naît le 2 août 1987 à Atlanta. C’est encore un nour­­ris­­son lorsque sa mère Teresa se sépare de son père biolo­­gique, Matthew White. Il est élevé par son beau-père, Ken Rich, et gran­­dit à Mecha­­nics­­ville dans le South­­side. Les quar­­tiers sud d’At­­lanta sont connus sous le nom de « Zone 3 », car les habi­­tants de la ville les dési­gnent en fonc­­tion des zones de patrouille de la police. « Trent a grandi dans une famille de hust­­lers. Son père, Teresa et moi, on sortait notre argent de la rue », raconte Marvin. En 2001, Ken et lui mettent à profit l’argent de leurs petits trafics quoti­­diens pour fonder un label, Savoir­­fair Enter­­tain­­ment. Ils frayent aux côtés du tout jeune Gucci Mane. À l’époque, Trent a 13 ans. « Petit, il nous suivait partout avec son ours en peluche. Tous ses proches l’ap­­pe­­laient “Bear” », pour­­suit-il. Trent veut deve­­nir rappeur, lui aussi. Avec son ami d’en­­fance David Smith, alias Montana Da Mac, ils s’en­­traînent sur un CD d’ins­­trus que Ken leur a prêté. « Montana était natu­­rel­­le­­ment doué pour ça. Bear n’avait aucun don, mais il travaillait dur pour s’amé­­lio­­rer », se rappelle Marvin. Les adultes encou­­ragent les adoles­­cents à s’en­­traî­­ner, mais ils sont trop occu­­pés à faire de l’argent pour prêter atten­­tion aux premiers raps des deux garçons.

Bankroll Fresh sur le tour­­nage d’ « ESPN »
Crédits : Cam Kirk

Jusqu’en 2005, où le jeune duo les force à écou­­ter une maquette de « Do the Bunny Hop », dont ils ont composé la musique eux-mêmes. Conquis, Marvin et Rich décident de les mana­­ger, eux et leur crew. Ils forment la Get Rich Clique et Trent prend le nom de Yung Fresh. Sans être un succès, le morceau leur assure une petite répu­­ta­­tion dans le milieu encore confi­­den­­tiel de la trap d’At­­lanta. Pendant un temps, Trent est vu comme le side­­kick de Montana, qui tourne dans la région avec son hit « Rock On (Do Da Rock­­man) ». Puis la rue les rattrape : un membre du groupe, Spider, est tué dans une rixe. La Get Rich Clique ne s’en remet pas et chacun pour­­suit son chemin de son côté. Autour de Trent, Ken et Marvin bâtissent Street Money World­­wide – une affaire de famille qui verra plus tard éclore de jeunes rappeurs comme Boochie et Bankroll PJ, respec­­ti­­ve­­ment son cousin et son neveu, qui ne dépassent pas la scène locale. Après une première mixtape sortie en 2012 sous le nom de Yung Fresh, Street Moti­­va­­tion, Trent se rebap­­tise Bankroll Fresh et enre­­gistre Life of a Hot Boy, dont le single suscite tant d’en­­goue­­ment qu’il est remixé par trois rappeurs de la Nouvelle-Orléans : Turk, Juve­­nile et Lil Wayne. L’ave­­nir s’an­­nonce radieux pour le jeune MC. « Mais il faut comprendre une chose, c’est que l’in­­dus­­trie musi­­cale d’At­­lanta et la rue ne font qu’un », assène Marvin d’un ton solen­­nel. « C’est un mariage contre nature. » Une médaille que les rappeurs d’ATL portent fière­­ment autour du cou, mais dont le revers éclipse parfois le bling. Ce piège, c’est la signi­­fi­­ca­­tion-même de la trap music. À jouer aux funam­­bules entre artistes et bandits, les « trap­­peurs » se brûlent parfois les ailes et le payent au prix fort. Tren­­ta­­vious White ne s’en est pas relevé.

Rico­­chet

Il était 23 heures le 4 mars 2016 quand la fusillade a éclaté, lais­­sant Trent se vider de son sang sur le parking de Street Execs Studios. Le jeune homme de 28 ans est décédé plus tard à l’hô­­pi­­tal, aux alen­­tours de deux heures du matin. « Le corps est arrivé chez nous à 2 h 40 cette nuit-là », raconte le Dr. Jan Gorniak, méde­­cin-légiste en chef de Fulton County. « Il ne présen­­tait qu’une seule bles­­sure : il a reçu une balle par rico­­chet dans l’ab­­do­­men, qui s’est logée dans son esto­­mac. » Sur les lieux du crime pour­­tant, la police d’At­­lanta rassemble les preuves que de très nombreux coups de feu ont été tirés. « Nous avons retrouvé envi­­ron 25 douilles sur les lieux », explique le Major Adam Lee, qui dirige la section des crimes graves de l’Atlanta Police Depart­­ment (APD). « Mais en comp­­tant les impacts de balles lais­­sés sur les voitures et les envi­­rons du studio, on estime à plus de 50 le nombre de coups de feu tirés. » La diffé­­rence s’ex­­plique du fait qu’une partie des coups de feu ont été tirés depuis l’in­­té­­rieur des véhi­­cules : les douilles sont proba­­ble­­ment tombées dans l’ha­­bi­­tacle, aux pieds des tireurs.

Une image de la caméra de surveillance
Crédits : Atlanta Police Depart­­ment

Pour comprendre ce qu’il s’est réel­­le­­ment passé ce soir-là, les enquê­­teurs de la police se sont notam­­ment appuyés sur les images d’une caméra de surveillance placée sur le toit du studio. Depuis l’ou­­ver­­ture de l’enquête la nuit du meurtre, elles demeu­­raient confi­­den­­tielles. Mais quelques heures après notre entre­­tien le 22 février, le Major Lee a pris la déci­­sion de les rendre publiques. Sur les images en noir et blanc, on distingue plusieurs hommes armés à l’ex­­té­­rieur du studio, dont certains se mettent à couvert derrière les voitures garées sur le parking. Ils sont tour­­nés en direc­­tion d’un véhi­­cule à l’ar­­rêt sur la route, les phares allu­­més. À droite de l’écran, on aperçoit Trent, armé d’un fusil d’as­­saut AK-47. Les images révé­­lées par la police prennent fin avant le début de la fusillade, mais d’après le Major Lee, il s’écroule au sol quelques secondes plus tard. Les enquê­­teurs se sont mis à la recherche des tireurs dès la nuit du crime. Ils n’ont pas eu à cher­­cher long­­temps : une semaine après le drame, ils se sont présen­­tés d’eux-mêmes au commis­­sa­­riat.

No Plug

VladTV est une insti­­tu­­tion pour les amateurs de culture urbaine améri­­caine. Lancée par DJ Vlad, produc­­teur d’ori­­gine ukrai­­nienne installé aux États-Unis, la chaîne YouTube compte près d’1,6 million d’abon­­nés et s’est taillée une répu­­ta­­tion de « TMZ du hip-hop », avec ses inter­­­views et repor­­tages sur les bruits de couloir de l’in­­dus­­trie. Le 7 juillet 2016, quatre mois après la mort de Trent, une inter­­­view diffu­­sée sur sa chaîne a défrayé la chro­­nique. Son titre est évoca­­teur : « No Plug raconte comment il a tué Bankroll Fresh en légi­­time défense : “Il a tiré le premier” ». Sur les 1,8 million de vues que compte la vidéo, la majo­­rité des spec­­ta­­teurs n’avaient proba­­ble­­ment aucune idée de qui était No Plug. Et pour cause. De son vrai nom Mendez Owens, No Plug n’est pas un rappeur, bien qu’il ait profité de sa soudaine noto­­riété pour sortir une mixtape – il affirme dans l’in­­ter­­view que c’est Trent qui lui a conseillé de se lancer dans le rap.

Les proches de No Plug l’ap­­pellent « Skully »
Crédits : No Plug/Insta­­gram

Assis dans le canapé en cuir noir sur lequel les invi­­tés de DJ Vlad prennent tradi­­tion­­nel­­le­­ment place, Mendez Owens affiche un grand sourire. Il porte une chemise en jean déla­­vée, des chaînes en or « No Plug » autour du cou et de gros diamants aux oreilles. À ses côtés sont entas­­sées d’épaisses liasses de billets : une habi­­tude chez les trap­­peurs de cette géné­­ra­­tion, qui ne se déplacent jamais sans leur street money, préten­­du­­ment « l’argent du crime ». Vladi­­mir Lyubovny a convié Owens dans son émis­­sion pour qu’il explique ce qu’il s’est passé ce soir-là. Un coup de commu­­ni­­ca­­tion profi­­table aux deux parties. À la façon dont DJ Vlad relance son invité pour faire avan­­cer l’in­­ter­­view, on comprend que le déroulé de la séquence a été répété. Durant les 25 minutes d’en­­tre­­tien, Owens choi­­sit soigneu­­se­­ment les termes qu’il emploie. Son avocat n’y est pas étran­­ger. « Mendez Owens a pris contact avec moi une semaine après la fusillade », raconte Me Ash Joshi, qui était l’avo­­cat de Gucci Mane en 2005 lorsque le rappeur a abattu un des cinq hommes venus pour le braquer. Owens et lui se connais­­saient déjà. « Je repré­­sen­­tais certains de ses amis », dit-il. Owens ne tarit pas de compli­­ments au sujet de Me Joshi, qu’il dit avoir payé 10 000 dollars pour ses services. Le récit qu’il fait des événe­­ments devant les camé­­ras est le même qu’il a présenté à l’ins­­pec­­teur Summer Benton, char­­gée de l’enquête à l’époque. Il serait sorti de la salle d’in­­ter­­ro­­ga­­toire après une dizaine de minutes. Libre. Mendez Owens affirme que Tren­­ta­­vious et lui se connais­­saient depuis qu’ils avaient dix ou 12 ans. « C’était mon pote, on était super proches », dit-il. Si Trent a grandi dans la Zone 3, Mendez venait du West­­side – la Zone 1.

La géogra­­phie revêt une impor­­tance parti­­cu­­lière dans cette affaire, qui est en partie une ques­­tion de terri­­toire. L’em­­brouille aurait commencé en novembre 2015, durant Thanks­­gi­­ving. À ce moment-là, Mendez et Trent s’étaient quelque peu éloi­­gnés, la carrière de Bankroll Fresh prenant de la vitesse. Comme c’est la tradi­­tion à Thanks­­gi­­ving, celui-ci a fait le tour des quar­­tiers qu’il fréquen­­tait pour distri­­buer des cadeaux et de la nour­­ri­­ture aux enfants. D’après Mendez, Trent s’est déplacé jusqu’à son fief, le 9th Ward. Le 9th Ward n’est pas à propre­­ment parler un quar­­tier d’At­­lanta. « C’est juste le surnom qu’ils donnent à quelques bâti­­ments », explique Me Joshi. Il fait réfé­­rence au 9th Ward de la Nouvelle-Orléans, un quar­­tier de l’est de la ville parti­­cu­­liè­­re­­ment touché par l’ou­­ra­­gan Katrina. À Atlanta, la zone recouvre un simple complexe d’ap­­par­­te­­ments sur Delmar Lane, dans l’ouest de la ville. Trent n’y était pas le bien­­venu. D’après Mendez, il faisait le beau devant les camé­­ras en préten­­dant qu’il était du quar­­tier, ce qui n’a pas plu à ses amis. « Il a été escorté hors du 9th, c’est tout », dit-il. « Il ne s’est pas fait braquer ou quoi que ce soit, j’au­­rais pas laissé faire ça. » Mais ce n’est pas tout. Si la situa­­tion s’est réglée tranquille­­ment ce jour-là, Mendez donne néan­­moins l’im­­pres­­sion qu’il exis­­tait une rancœur larvée entre eux deux. Trent aurait dragué des filles avec qui Mendez était sorti, et il affirme dans la foulée que Trent était jaloux de lui.

Cela ne signi­­fie pas pour autant que Mendez Owens est tiré d’af­­faire.

Ce qui nous amène direc­­te­­ment au soir du 4 mars 2016. Mendez raconte qu’il a fait halte au studio d’en­­re­­gis­­tre­­ment alors qu’il était en chemin pour la Caro­­line du Sud, où l’un de ses amis était en concert. Ce dernier lui aurait demandé de faire un crochet par Street Execs Studios pour passer le prendre. Lorsqu’il est arrivé là-bas, il n’avait aucune inten­­tion d’af­­fron­­ter Trent. « J’étais avec une de mes meufs sur FaceTime, j’étais là pour chil­­ler », raconte-t-il. Cinq minutes après son arri­­vée, Trent, alerté de sa présence par une amie, est descendu pour lui deman­­der des expli­­ca­­tions sur ce qu’il s’était passé quatre mois plus tôt. Mendez a répliqué qu’il ne voulait pas parler d’une vieille embrouille et Trent, hors de lui, a tenté de lui mettre une claque. Les deux hommes se sont alors sautés dessus, tombant à la renverse dans les esca­­liers. Sépa­­rés par un ami commun, Mendez a quitté le bâti­­ment pour retour­­ner à sa voiture. Il a alors réalisé qu’il avait perdu ses deux portables dans la bagarre et fait demi-tour pour les récu­­pé­­rer. Trent était là pour l’ac­­cueillir, Kala­ch­­ni­­kov au poing, secondé par une dizaine d’hommes armés de pisto­­lets. Escorté vers la sortie, Mendez est retourné à sa voiture, dans laquelle un passa­­ger –Me Joshi le désigne sous le nom d’ « A.J. » – a sorti son arme. La situa­­tion s’est rapi­­de­­ment enve­­ni­­mée : Trent a tiré un ou deux coups de feu en direc­­tion de la voiture, deux coups de feu ont été tirés en retour, une balle a touché Trent en rico­­chant, il s’est effon­­dré, et la voiture a redé­­marré en trombe, sous les tirs des hommes de main de Bankroll Fresh. Cette version des événe­­ments, vive­­ment contro­­ver­­sée par l’en­­tou­­rage et les fans de Tren­­ta­­vious White, est plau­­sible aux yeux de la police. Inter­­rogé par DJ Vlad, le rappeur 21 Savage, proche de No Plug, est lui aussi d’avis que les choses se sont passées ainsi : un cas de légi­­time défense malheu­­reux mais sans haine. D’au­­tant qu’en Géor­­gie, il n’est pas néces­­saire d’avoir un permis pour porter une arme, ce qui explique pourquoi les deux hommes n’ont pas été inquié­­tés par la police. Cela ne signi­­fie pas pour autant que Mendez Owens est tiré d’af­­faire. Car l’enquête est toujours en cours et qu’il subsiste un mystère : celui de la deuxième voiture.

La deuxième voiture

Quelques minutes après le départ préci­­pité de No Plug et A.J., une autre voiture fait halte devant le studio, où les proches de Bankroll Fresh sont rassem­­blés autour du corps. À bord du véhi­­cule, plusieurs indi­­vi­­dus ouvrent le feu en direc­­tion du groupe avant de quit­­ter les lieux à leur tour. Personne n’est blessé dans le drive-by, mais cet autre déchaî­­ne­­ment de violence explique le nombre de coups de feu qui ont été tirés. À l’heure qu’il est, l’iden­­tité des tireurs est toujours un mystère et seule la police a pu voir la séquence captée par la caméra de surveillance. « À ma connais­­sance, ils n’ont aucun rapport avec mon client », affirme Me Joshi. « Ni les rele­­vés télé­­pho­­niques, ni le reste de l’enquête n’ont révélé de connexion entre eux et Mendez Owens. » Le Major Adam Lee semble confir­­mer ces propos, quoi qu’a­­vec un choix de voca­­bu­­laire diffé­rent. « Ils ne semblaient pas être avec M. Owens, et ils sont arri­­vés après que les premiers coups de feu ont été tirés », dit-il. « Nous ne savons toujours pas qui sont ces personnes. » Il ajoute que si la thèse avan­­cée par Mendez Owens et son avocat est vrai­­sem­­blable au vu des éléments dont disposent actuel­­le­­ment les enquê­­teurs, il est impos­­sible d’af­­fir­­mer que Trent a bien tiré le premier coup de feu. Quant à ce qu’il s’est passé à l’in­­té­­rieur du studio, les récits des diffé­­rents témoins ne s’ac­­cordent pas sur une seule version des faits.

L’en­­ter­­re­­ment de Tren­­ta­­vious White
Crédits : Rollin­­gout

D’après le Major Lee, l’enquête reste ouverte, et c’est au bureau du procu­­reur de district de Fulton County et à ses enquê­­teurs que revient aujourd’­­hui la charge de l’af­­faire. Contac­­tée pour commen­­ter son avan­­ce­­ment, l’enquê­­trice en chef Cynthia Nwoko­­cha m’a répondu qu’elle ne pouvait commu­­niquer aucune infor­­ma­­tion concer­­nant le drame du 4 mars 2016. L’enquête est toujours en cours et n’a pas encore donné lieu à la moindre accu­­sa­­tion. Après la diffu­­sion d’une partie de la vidéo, les auto­­ri­­tés espèrent que de nouveaux témoi­­gnages aide­­ront à clore l’af­­faire.

~

Pour Marvin Powers, « la rue sait très bien ce qu’il s’est passé ». « C’est la nature humaine », dit-il d’une voix désa­­bu­­sée. « La même histoire s’est répé­­tée des millions de fois, encore et encore. Certains réus­­sissent, d’autres pas. Certaines personnes envient le succès des autres. La plupart du temps, quand un jeune est fauché par la mort avant qu’il ne devienne célèbre, il meurt dans la rue. De la main de quelqu’un qu’il connaît bien. » Pour Boochie, le cousin de Trent, No Plug est venu ce soir-là au studio avec la volonté de provoquer Trent. À l’in­­té­­rieur, ce dernier lui aurait mis une raclée, le lais­­sant repar­­tir humi­­lié. Lorsqu’il est revenu dans le studio, la bande était armée pour une bonne raison. Dans ce genre de situa­­tion à Atlanta, quand un type repart la queue entre les jambes, il n’est pas rare qu’il revienne un canon dans les mains. Toute cette histoire, pour Boochie aussi, est une affaire de jalou­­sie.

D’après Powers, No Plug n’a jamais été connu comme un rappeur à Atlanta. Il traîne une répu­­ta­­tion de hust­­ler à la petite semaine. « Tout ce dont il se vante face à la caméra est auto­­pro­­clamé », affirme-t-il. « Atlanta est une grande ville, il n’est connu que dans son “9th Ward”. » 21 Savage, lui, n’est pas un inconnu. En trois ans et quatre sorties, dont un EP remarqué avec Metro Boomin, le rappeur de 24 ans est devenu le protégé de Drake. De son vrai nom Shayaa Bin Abra­­ham-Joseph, il affirme qu’O­­wens est son « fran­­gin » et qu’il dit la vérité. Mais il en faut plus pour désta­­bi­­li­­ser Marvin Powers. « Ils se rendent service l’un à l’autre. D’un côté, No Plug s’achète une crédi­­bi­­lité dans le rap game en s’af­­fi­­chant avec lui ; de l’autre, 21 Savage conso­­lide son image de bad guy en s’af­­fi­­chant avec le respon­­sable présumé de la mort de Bankroll Fresh. » Pour lui, 21 Savage remplit le vide laissé par Bankroll Fresh dans le milieu et se posi­­tionne désor­­mais comme le prince héri­­tier des rois de la trap d’At­­lanta.

No Plug et 21 Savage

« 21 Savage vient de la Zone 6 : des quar­­tiers est d’At­­lanta », pour­­suit Powers. « C’est à l’op­­posé du quar­­tier de No Plug. La distance est énorme. Pour vous qui êtes en Europe, c’est comme s’il venait d’une autre ville. Croyez-moi, ils ne frayent ensemble que par oppor­­tu­­nisme. » Diffi­­cile de véri­­fier ces affir­­ma­­tions. Pour­­tant, Marvin Powers n’af­­firme pas que Mendez Owens a tué son neveu. D’après lui, la confu­­sion était telle lors de la fusillade qu’il est impos­­sible de dire quel tireur l’a touché. D’au­­tant plus que la balle n’a pas direc­­te­­ment atteint sa cible. Sa vérité est toute autre : Owens a sciem­­ment laissé entendre qu’il était respon­­sable de la mort de Bankroll Fresh. Toute l’af­­faire, à ses yeux, était un coup monté. Après un instant de silence, je lui demande s’il pense vrai­­ment que c’est ce qui est arrivé. Sa convic­­tion ne faiblit pas. « Je ne le pense pas. Je le sais. Et vous devez bien comprendre une chose : il s’agit d’une enquête pour meurtre. Et en Amérique, une affaire n’est pas clas­­sée tant qu’elle n’est pas réso­­lue. » Pour le moment, seule la rue sait ce qu’il s’est passé.


Couver­­ture : Bankroll Fresh, par Cam Kirk. (Créa­­tion graphique par Ulyces)


 

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