par Nour Samaha | 19 août 2016

Chan­­ge­­ment tactique

Beyrouth, au Liban. Il était aux envi­­rons de 9 heures du matin le 12 juillet 2006 lorsque des roquettes Katiou­­cha envoyées depuis le Liban se sont abat­­tues au nord d’Is­­raël. Tandis que les soldats israé­­liens évaluaient les dégâts, un groupe de combat­­tants du Hezbol­­lah s’est glissé sous la première clôture barbe­­lée, puis sous la deuxième. Ils se sont ensuite préci­­pi­­tés sur la route où se trou­­vaient deux Humvee de Tsahal. Les hommes ont tiré un missile anti­­char sur un des Humvee, pulvé­­ri­­sant le véhi­­cule et les trois soldats israé­­liens qui se trou­­vaient à l’in­­té­­rieur. Ils ont ensuite mis feu au Humvee après l’avoir arrosé de pétrole, mais pas avant d’avoir capturé deux autres soldats israé­­liens qu’ils ont traîné en terri­­toire liba­­nais. Le second Humvee, qui tentait de passer la fron­­tière, a sauté sur un engin explo­­sif impro­­visé (EEI). Ses quatre occu­­pants sont morts sur le coup.

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Des soldats israé­­liens de retour du Liban en 2006
Crédits : DR

Cet événe­­ment a marqué le début d’une guerre sanglante qui allait durer 33 jours. Israël a lancé un assaut aérien sur des zones consi­­dé­­rées comme des bastions du Hezbol­­lah : la Plaine de la Bekaa, au sud du Liban, et les banlieues sud de Beyrouth. Les Israé­­liens ont ensuite entre­­pris une inva­­sion terrestre dans le sud du pays, visant à désar­­mer l’or­­ga­­ni­­sa­­tion. De son côté, le Hezbol­­lah a tiré des centaines de roquettes au-delà de la fron­­tière en terri­­toire israé­­lien. Près de 1 300 Liba­­nais, dont la plupart étaient des civils, sont morts lors du conflit. 165 Israé­­liens ont été tués, dont 121 soldats. La guerre de 2006 repré­­sente un moment crucial dans l’his­­toire du Hezbol­­lah. L’or­­ga­­ni­­sa­­tion liba­­naise chiite était recon­­nue dans le monde arabe comme la seule force de la région capable de vaincre Israël. Elle était portée par une vague de soutien popu­­laire. Pour les popu­­la­­tions acquises à leur cause, ils agis­­saient en défen­­seurs des droits des oppri­­més. Mais en dix ans, beau­­coup de choses ont changé pour le Hezbol­­lah. Autre­­fois consi­­déré comme un mouve­­ment de résis­­tance natio­­nale, il est aujourd’­­hui vu comme la section d’élite d’un axe chiite consti­­tué de l’Iran et de la Syrie, dont l’in­­fluence poli­­tique et mili­­taire s’étend de Damas à Bagdad et jusqu’à Sanaa.


Aujourd’­­hui l’un des acteurs les plus puis­­sants de la région, l’as­­cen­­sion du Hezbol­­lah ne s’est toute­­fois pas faite sans heurts. L’or­­ga­­ni­­sa­­tion a perdu en Syrie un nombre consi­­dé­­rable de soldats et de hauts gradés, et le soutien popu­­laire a faibli dans les rues des quar­­tiers arabes. À leurs yeux, il s’agit aujourd’­­hui d’un parti sectaire chiite. De ce fait, l’or­­ga­­ni­­sa­­tion subit une pres­­sion accrue de la part des nations les plus puis­­santes de la région. Tout cela pousse à se deman­­der si le Hezbol­­lah sortira vivant des nombreux défis qui se dressent devant lui tandis qu’il conti­­nue malgré tout de se déve­­lop­­per.

Tech­­niques nouvelles

Assis dans un restau­­rant d’une banlieue sud de Beyrouth, un ancien combat­­tant du Hezbol­­lah revient en détail sur l’ex­­pé­­rience mili­­taire et stra­­té­­gique que le groupe a acquise ces dernières années. Ce vété­­ran d’une quaran­­taine d’an­­nées a parti­­cipé à la guerre du Liban en 2006 et au conflit actuel en Syrie, jusqu’à ce qu’il soit blessé lors d’une bataille et contraint de dépo­­ser les armes.

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Des combat­­tants du Hezbol­­lah en 2006
Crédits : Ramzi Haidar/AFP

« La guerre de 2006 ne se dérou­­lait que sur deux types de terrains : ceux du sud et ceux de la Bekaa », dit-il. Il veut parler des vallons et des montagnes du sud du pays, et de l’éten­­due plane de la Bekaa. Il en va diffé­­rem­­ment de la guerre en Syrie. Le conflit expose le groupe à toute une variété de paysages, ce qui lui a permis de déve­­lop­­per signi­­fi­­ca­­ti­­ve­­ment ses capa­­ci­­tés mili­­taires. L’or­­ga­­ni­­sa­­tion a dû troquer ses tactiques de guérilla, essen­­tiel­­le­­ment défen­­sives, contre celles d’une armée plus conven­­tion­­nelle. « En Syrie par exemple, nous avons combattu sur des chaînes de montagnes plus hautes que celles du Liban. Il nous a fallu apprendre des stra­­té­­gies tota­­le­­ment nouvelles ainsi que le manie­­ment d’un équi­­pe­­ment diffé­rent, car le nôtre était inef­­fi­­cace à cette alti­­tude », dit-il. « Nous nous sommes aussi battus sur des côtes, dans des zones déser­­tiques et en zone urbaine. Mais même les zones urbaines diffèrent, selon qu’on se trouve dans les grandes villes ou des petits villages. » Tandis que la guerre de 2006 avait lieu sur le terri­­toire du Hezbol­­lah, au milieu d’une popu­­la­­tion globa­­le­­ment acquise à leur cause, la Syrie a contraint le groupe à combattre dans des lieux incon­­nus où la popu­­la­­tion leur était hostile. « En 2006, on se défen­­dait dans des zones qui nous étaient fami­­lières », raconte le combat­­tant. « Alors qu’en Syrie, on entre dans des zones où les popu­­la­­tions locales nous haïssent la plupart du temps et où les combat­­tants connaissent mieux le terrain que nous. Ce sont des batailles très offen­­sives. »

A group of Hezbollah fighters take position in Sujoud village in south Lebanon September 13, 2008. Hezbollah reproduced the operation attack on an Israeli occupation position made by Hadi Nasrallah, a Hezbollah fighter and the eldest son of the group's leader Sayyed Hassan Nasrallah, to commemorate his death during the operation in September 13, 1997. REUTERS/ Ali Hashisho (LEBANON)
Les combat­­tants du Hezbol­­lah en Syrie
Crédits : Ali Hashi­­sho

D’autres indi­­vi­­dus proches du Hezbol­­lah font écho à ces paroles. Pour la première fois, le Hezbol­­lah mène des opéra­­tions offen­­sives et ils comptent bien se servir des compé­­tences qu’ils acquièrent en Syrie lors de leurs futures confron­­ta­­tions avec Israël. « Les Israé­­liens commencent à prendre conscience du béné­­fice qu’on retire de cette guerre. Ils s’inquiètent du fait qu’on puisse utili­­ser cette expé­­rience contre eux, surtout dans les zones urbaines », dit une source proche des opéra­­tions du Hezbol­­lah en Syrie. Et les Israé­­liens ont raison de s’inquié­­ter. Le secré­­taire géné­­ral du Hezbol­­lah Hassan Nasral­­lah a été clair sur le fait qu’à la prochaine alter­­ca­­tion, ils tente­­raient d’en­­va­­hir le nord d’Is­­raël. Pour cela, ils utili­­se­­ront ce qu’ils ont appris en Syrie : combattre dans un envi­­ron­­ne­­ment dont ils ne sont pas fami­­liers où les popu­­la­­tions leur sont hostiles. Cela deman­­dera égale­­ment de grandes capa­­ci­­tés de comman­­de­­ment et de contrôle, du type de ce que le Hezbol­­lah a déve­­loppé en Syrie.

En 2006, l’or­­ga­­ni­­sa­­tion dispo­­sait de petites cellules de combat­­tants capables de se battre pendant des semaines entières sans rece­­voir d’ins­­truc­­tions de leurs supé­­rieurs. Mais ils peuvent aujourd’­­hui déployer de plus grands bataillons de soldats sur de nombreux fronts, distants de centaines de kilo­­mètres, tout en infor­­mant et ravi­­taillant leurs comman­­dants en continu. « Le Hezbol­­lah est un groupe insur­­rec­­tion­­nel depuis toujours, mais ils apprennent rapi­­de­­ment les tech­­niques de contre-insur­­rec­­tion », explique Matthew Levitt, direc­­teur du programme Stein pour le contre-terro­­risme et le rensei­­gne­­ment à l’ins­­ti­­tut de Washing­­ton pour la poli­­tique au Proche-Orient. « Cela leur permet de mettre en œuvre diffé­­rents types de compé­­tences et de tactiques qu’ils pour­­ront mettre à profit lors d’af­­fron­­te­­ments futurs avec Israël. » Levitt doute en revanche du fait que le Hezbol­­lah parvienne à s’em­­pa­­rer d’une partie du terri­­toire israé­­lien lors d’une prochaine confron­­ta­­tion. « Les mesures de sécu­­rité dans le nord d’Is­­raël sont trop sophis­­tiquées pour le Hezbol­­lah, je ne les en crois pas capables. Mais j’ima­­gine tout à fait l’im­­pact psycho­­lo­­gique que cela aurait sur la commu­­nauté israé­­lienne si ça arrive, même s’ils échouent », dit-il.

Le Hezbol­­lah gère à présent sept camps d’en­­traî­­ne­­ment au Liban.

On raconte aussi que le Hezbol­­lah s’est consti­­tué depuis un arme­­ment beau­­coup plus sophis­­tiqué que celui qu’ils utili­­saient contre Israël il y a dix ans. À présent, le groupe possède de l’ar­­tille­­rie lourde, des drones et un nombre consé­quent de jeeps sur lesquelles sont montées des armes sans recul. Ce à quoi il faut ajou­­ter envi­­ron 120 000 roquettes d’après les esti­­ma­­tions du rensei­­gne­­ment israé­­lien, soit dix fois plus qu’en 2006. Les missiles conte­­nus dans leur arse­­nal actuel sont beau­­coup plus puis­­sants qu’à l’époque : ils utilisent le missile balis­­tique stra­­té­­gique iranien Fateh-110 et sa version syrienne, le M-600. Un certain nombre de rapports affirment qu’ils détiennent égale­­ment des Yakhont, des missiles anti-navires super­­­so­­niques russes, ainsi que des missiles sol-air à haute mobi­­lité 9K33 OSA, de concep­­tion sovié­­tique. Le nombre de combat­­tants liba­­nais dans les rangs du Hezbol­­lah a lui aussi augmenté de façon expo­­nen­­tielle.

En 2006, le Hezbol­­lah avait un noyau d’en­­vi­­ron 2 000 combat­­tants à plein temps, auxquels s’ajou­­taient plus de 10 000 réser­­vistes ayant reçu un entraî­­ne­­ment basique. L’en­­ga­­ge­­ment du groupe en Syrie lui a permis d’élar­­gir son noyau, et ceux qui n’avaient reçu qu’une forma­­tion de base se sont endur­­cis après des années de combat en Syrie. Plusieurs sources internes du Hezbol­­lah affirment que l’or­­ga­­ni­­sa­­tion a accueilli de nombreux volon­­taires après les événe­­ments 2006, et de nouveau lorsqu’ils ont annoncé leur enga­­ge­­ment en Syrie. D’autres rapportent que l’as­­so­­cia­­tion des Scouts de l’imam al-Mahdi, le mouve­­ment de jeunesse du Hezbol­­lah, a récem­­ment orga­­nisé une céré­­mo­­nie de remise des diplômes à laquelle ont parti­­cipé 70 000 scouts. « Je n’en croyais pas mes yeux ! » raconte une personne présente lors de la céré­­mo­­nie. « Comme l’a dit Hassan Nasral­­lah lors de l’évé­­ne­­ment, nous n’avons aucune diffi­­culté à trou­­ver des volon­­taires pour rejoindre le Hezbol­­lah. Notre problème aujourd’­­hui, c’est de savoir où les mettre. »

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Hassan Nasral­­lah, le secré­­taire géné­­ral du Hezbol­­lah
Crédits : sayyed­­nas­­ral­­lah.com

La même source affirme que le Hezbol­­lah gère à présent sept camps d’en­­traî­­ne­­ment au Liban, pour s’adap­­ter au nombre crois­­sant de combat­­tants et ensei­­gner les nouvelles tech­­niques acquises par l’or­­ga­­ni­­sa­­tion.

Conflit sectaire

Tout n’est pas rose pour autant. Le Hezbol­­lah souffre d’une perte consi­­dé­­rable de popu­­la­­rité depuis ces dix dernières années, surtout après son enga­­ge­­ment dans des conflits hors des fron­­tières liba­­naises. Bien qu’on ne dispose pas de chiffres offi­­ciels sur le nombre de morts en Syrie, on estime qu’entre 800 et 1 200 combat­­tants du groupe y sont décé­­dés au cours des trois dernières années. Depuis que le Hezbol­­lah est impliqué dans le conflit syrien, les comman­­dants Fawzi Ayyoub, Jihad Mough­­nieh, Moha­­med Ahmed Issa, Ghas­­san Fakih, Fadi al-Jazzar, Ali Fayad, Samir Kantar et Mous­­ta­­pha Badred­­dine sont morts dans les combats.

En 2008, l’as­­sas­­si­­nat d’Imad Mough­­niyah, le cerveau de la plupart des actions du Hezbol­­lah contre Israël, avait égale­­ment porté un rude coup à l’or­­ga­­ni­­sa­­tion. « C’est une situa­­tion diffi­­cile pour eux car ils ont perdu plus de recrues et de hauts gradés dans leur guerre contre d’autres musul­­mans que dans leurs affron­­te­­ments avec Israël », dit Levitt. Ali Fadlal­­lah, profes­­seur de poli­­tique à l’uni­­ver­­sité améri­­caine de Beyrouth et spécia­­liste du Hezbol­­lah, explique que le groupe est prêt à encais­­ser de telles pertes car il consi­­dère la guerre en Syrie comme une ques­­tion vitale. « Le Hezbol­­lah voit son action en Syrie comme une obli­­ga­­tion s’ils veulent proté­­ger leurs routes d’ache­­mi­­ne­­ment des armes et conser­­ver leur influence poli­­tique dans la région », dit-il. « C’est la raison pour laquelle ils sont prêts à payer le prix fort, dont la mort de certaines figures de premier plan. »

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Le cercueil d’un combat­­tant du Hezbol­­lah mort en Syrie
Crédits : Reuters

Des sources internes au Hezbol­­lah mini­­misent néan­­moins l’im­­pact de ces pertes. D’après un ancien combat­­tant de l’or­­ga­­ni­­sa­­tion, les pertes encou­­rues en Syrie « ne repré­­sentent même pas 10 % du nombre de morts auquel s’at­­ten­­dait le parti pour une telle guerre ». « Il n’y a pas de guerre sans sacri­­fice », dit un autre. « Depuis la mort d’Imad Mough­­niyah en 2008, notre orga­­ni­­sa­­tion est bien plus puis­­sante qu’elle ne l’était avant 2006. Nous sommes en perpé­­tuelle restruc­­tu­­ra­­tion. Chaque martyr est suivi d’op­­por­­tu­­ni­­tés nouvelles et il y a toujours du sang neuf pour les rempla­­cer. »

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Il en va diffé­­rem­­ment sur la scène poli­­tique. Depuis la guerre de 2006, ils ont perdu une grande partie du soutien sur lequel ils pouvaient comp­­ter au Liban comme dans l’en­­semble de la région. L’im­­pli­­ca­­tion du Hezbol­­lah dans les conflits régio­­naux – Irak, Syrie, Yémen – a renforcé l’idée d’une force mili­­taire et poli­­tique « stric­­te­­ment favo­­rable aux chiites ». « Pour sa part, le Hezbol­­lah se défi­­nit comme un acteur majeur dans son pays jouis­­sant d’une influence régio­­nale. Mais aujourd’­­hui, il est avant tout perçu comme un modèle pour les chiites grâce à ses victoires poli­­tiques et mili­­taires dans la région », dit Hossam Matar, un analyste poli­­tique liba­­nais proche du parti.

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Une rue liba­­naise ornée de drapeaux de l’or­­ga­­ni­­sa­­tion
Crédits : DR

À mesure que le conflit syrien a pris un tour de plus en plus sectaire, l’in­­ter­­ven­­tion du Hezbol­­lah dans le conflit a été inter­­­pré­­tée comme un soutien apporté à la mino­­rité alaouite contre la majo­­rité sunnite. Une version large­­ment diffu­­sée dans les médias du golfe Persique qui dominent le paysage média­­tique arabe. En consé­quence de quoi certains Arabes qui les soute­­naient au départ ont commencé à voir le conflit au prisme du secta­­risme sunnite-chiite. Ce scep­­ti­­cisme galo­­pant a même remis en cause le discours du Hezbol­­lah, qui soutient histo­­rique­­ment la cause pales­­ti­­nienne et son combat contre Israël. Le groupe et ses parti­­sans recon­­naissent qu’il y a un problème, mais ils cherchent à le mini­­mi­­ser. Le Hezbol­­lah affirme inlas­­sa­­ble­­ment qu’il combat les takfi­­ris et non les sunnites en Syrie, et demande aux Arabes d’igno­­rer ce qu’ils taxent de propa­­gande orches­­trée par les médias saou­­diens. « Le vrai souci, c’est que la campagne des oppo­­sants au Hezbol­­lah – qui le décrivent comme un parti sectaire – a fonc­­tionné à merveille. Et comme on assiste bel et bien dans la région à un conflit sectaire, le Hezbol­­lah paraît essen­­tiel­­le­­ment chiite. Mais ce n’est pas par choix », soutient Matar.

Calculs funestes

Le fait que le Hezbol­­lah soit vu comme le prin­­ci­­pal groupe chiite sectaire du Moyen-Orient a aussi accru la pres­­sion diplo­­ma­­tique exer­­cée sur le parti. Histo­­rique­­ment, les pays du golfe Persique ont toujours entre­­tenu des rela­­tions tumul­­tueuses avec le Hezbol­­lah. L’as­­sas­­si­­nat de l’ex-Premier ministre liba­­nais Rafiq Hariri en 2005 et ce qui en a découlé est encore frais dans la mémoire du groupe. Mais après l’in­­ter­­ven­­tion du Hezbol­­lah en Syrie et son oppo­­si­­tion vivace à la guerre des Saou­­diens au Yémen, les États du Golfe sont deve­­nus osten­­si­­ble­­ment agres­­sifs envers le groupe et le consi­­dèrent unila­­té­­ra­­le­­ment comme une orga­­ni­­sa­­tion terro­­riste.

Le Hezbol­­lah semble renforcé par son influence inter­­­na­­tio­­nale.

Les Liba­­nais chiites qui siégeaient au Conseil de coopé­­ra­­tion des États arabes du Golfe ont été expul­­sés. Un coup dur quand on sait que les trans­­ferts de fonds des Liba­­nais travaillant dans le Golfe sont une source de reve­­nus primor­­diale pour beau­­coup d’ha­­bi­­tants au Liban. Ils aident à main­­te­­nir l’équi­­libre finan­­cier du pays. « Je ne pense pas que les Israé­­liens seront un jour aussi anti-Hezbol­­lah que le sont les pays du Golfe en ce moment. Cette situa­­tion a des consé­quences énormes sur l’or­­ga­­ni­­sa­­tion », dit Levitt. Malgré la pres­­sion crois­­sante, le Hezbol­­lah semble renforcé par son influence inter­­­na­­tio­­nale. « Quand le vice-ministre des Affaires étran­­gères russe Mikhaïl Bogda­­nov se rend au Liban, ce n’est pas pour rencon­­trer les poli­­ti­­ciens du pays. Il vient parler au Hezbol­­lah du rôle qu’il a à jouer », révèle une source proche de l’or­­ga­­ni­­sa­­tion. « Il traite avec le Hezbol­­lah comme avec un acteur impor­­tant de la région. » Matar fait remarquer que les rela­­tions entre l’Iran et le Hezbol­­lah ont égale­­ment progressé en raison des liens étroits qu’en­­tre­­tient l’or­­ga­­ni­­sa­­tion avec les Arabes chiites de la région. « Le Hezbol­­lah peut désor­­mais conseiller l’Iran sur les problé­­ma­­tiques arabes. En échange, l’Iran lui accorde un rôle plus impor­­tant dans la région. »

~

En 2006, le Hezbol­­lah était une petite orga­­ni­­sa­­tion mili­­taire avec un seul terrain d’opé­­ra­­tion et une seule mission. Dix ans plus tard, le groupe s’est déve­­loppé sur de multiples plans et fait face à des respon­­sa­­bi­­li­­tés, des exigences et des défis inédits. Le groupe armé est devenu un acteur poli­­tique régio­­nal dont l’in­­fluence égale celle de certaines nations. Mais il s’est égale­­ment mis à dos une grande partie de la popu­­la­­tion arabe.

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Un Iranien célèbre l’union des chiites de la région
Crédits : DR

« Ils gagnent du pouvoir dans la région, surtout au niveau de l’ “axe de résis­­tance” », dit Fadlal­­lah en parlant de l’al­­liance régio­­nale qui unit le Hezbol­­lah, l’Iran et le régime syrien. « Si le Hezbol­­lah remporte ce combat, il gagnera toute la région. » Mais en dépit de sa montée en puis­­sance, Matar affirme que le Hezbol­­lah ne s’en­­gage pas dans les conflits qui agitent la région sans mesu­­rer l’im­­pact que cela aura sur sa mission prin­­ci­­pale : combattre Israël. « Quand ils inter­­­viennent dans une guerre exté­­rieure, ils calculent leur posi­­tion en fonc­­tion d’Is­­raël », dit-il. « Et ils répar­­tissent leurs ressources en consé­quence. » Les membres du Hezbol­­lah louent l’ac­­crois­­se­­ment de sa portée régio­­nale et déplorent le manque de soutien de la part des popu­­la­­tions arabes ainsi que la pres­­sion qu’ils subissent. Mais ils insistent aussi sur le fait que le « dossier Israël » demeure leur prio­­rité. Les autres fronts sont pour eux autant de façons de gagner en puis­­sance pour accom­­plir leur dessein ultime. « En nous battant en Syrie, nous avons gagné des armes plus sophis­­tiquées et des milliers de combat­­tants », dit l’un d’eux. « Mais dans le sud du Liban, on réserve pas mal de surprises aux Israé­­liens. »


Traduit de l’an­­glais d’après l’ar­­ticle par Mathilde Obert d’après l’ar­­ticle « Hezbol­­lah’s Crucible of War », paru dans Foreign Policy. Couver­­ture : Le sigle du Hezbol­­lah affi­­ché dans une ville liba­­naise. (Flickr)


COMMENT CE PETIT VILLAGE LIBANAIS RÉSISTE À L’ÉTAT ISLAMIQUE

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Malgré les multiples tenta­­tives de l’État isla­­mique d’en prendre le contrôle, les habi­­tants du village de Ras Baal­­beck tiennent bon… avec le sourire.

I. Le salon de beauté

Le salon de beauté du village pitto­­resque de Ras Baal­­beck ressemble à n’im­­porte quel autre salon de beauté au Liban. Aujourd’­­hui, le village chré­­tien situé au nord-est du pays, à la fron­­tière syrienne,  est calme et baigné par le soleil de juin. Un groupe de femmes discutent allè­­gre­­ment, alors qu’elles éventent leurs ongles fraî­­che­­ment peints et examinent leur pédi­­cure. « On ne voit pas la couleur sur tes ongles », dit une jolie jeune fille de 20 ans à sa tante corpu­­lente, qui est en train de faire sécher ses pieds. « Tu aurais dû choi­­sir une autre couleur. » Sa mère rigole. « Regar­­dez-nous, il y a une guerre et on est là, à se faire les ongles. Et la semaine prochaine, il y a un mariage dans le village. Nous sommes vrai­­ment confian­­tes… » Sa tante pouffe. « Tout ce que je peux dire c’est que je me tuerai plutôt que de les lais­­ser m’em­­me­­ner. »

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Une église chré­­tienne de Ras Baal­­beck endom­­ma­­gée par un missile lors d’une attaque de Daech
Crédits : Sulome Ander­­son

La fille désap­­prouve. « Chut, ma tante. Le Hezbol­­lah ne les lais­­sera pas faire ! » « Si le Hezbol­­lah s’en va, je me bouge­­rai le cul et je parti­­rai avec eux ! » réplique sa tante, provoquant l’hi­­la­­rité de toute l’as­­sem­­blée. Il est clair qu’elle est habi­­tuée à provoquer des rires outrés. « Que Dieu aide l’ar­­mée liba­­naise qui n’a pas pu arrê­­ter Daesh toute seule. Si le Hezbol­­lah n’était pas là pour nous proté­­ger, Daesh aurait foutu nos vies en l’air. » En réalité, ce salon de beauté se trouve dans une zone dange­­reuse, car Ras Baal­­beck se situe juste à la fron­­tière entre ce qui est toujours le Liban – un pays multi-sectaire habi­­tué à un mode de vie rela­­ti­­ve­­ment détendu et libé­­ral – et le « cali­­fat » de l’État isla­­mique, fonda­­men­­ta­­liste et violent. Au début du mois d’août 2014, l’or­­ga­­ni­­sa­­tion terro­­riste, souvent dési­­gnée au Liban sous le nom mépri­­sant de Daesh, et son frère ennemi le groupe isla­­miste Jabhat al-Nosra ont orga­­nisé sépa­­ré­­ment de nombreuses incur­­sions à travers la fron­­tière liba­­naise. En réalité, il n’y a que deux petites montagnes – plutôt des collines – pour sépa­­rer Ras Baal­­beck de la ville voisine d’Ar­­sal, divi­­sée entre l’EI et al-Nosra. Les groupes de mili­­ciens ont fait main basse sur la péri­­phé­­rie et certaines collines envi­­ron­­nantes. Ils ont égale­­ment établi une présence dans les souter­­rains du village.

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