fbpx

par Robyn Ross | 8 juin 2016

LISEZ ICI LA PREMIÈRE PARTIE DE L’HISTOIRE

Les espaces silen­cieux

Au milieu des années 1980, les respon­sables de ce qui s’ap­pe­lait alors le dépar­te­ment correc­tion­nel du Texas (TDC) ont évoqué la possi­bi­lité d’en­ta­mer un travail d’ar­chive pour préser­ver l’his­toire du dépar­te­ment. Pendant ce temps, en 1986, les respon­sables de Hunts­ville discu­taient de la meilleure façon de commé­mo­rer le cent-cinquan­te­naire du Texas. Quand Robert Pierce, folk­lo­riste et histo­rien ensei­gnant au sein système péni­ten­tiaire ainsi qu’à la Sam Hous­ton State Univer­sity (SHSU) a entendu parler des archives, il s’est porté volon­taire pour s’en occu­per. Pierce a demandé la permis­sion pour cela de photo­gra­phier et d’in­ter­vie­wer n’im­porte qui dans le milieu – les déte­nus, les gardiens et jusqu’à l’élec­tri­cien qui s’oc­cu­pait de l’en­tre­tien d’Old Sparky. « On pousse les gens à nous parler de leur vie, et c’est de là que viennent les histoires », dit-il.

ulyces-huntsvillemuseum-10
Une rose en papier toilette, sculp­tée par un détenu
Crédits : Jen Reel

Ken John­son, qui était alors admi­nis­tra­teur au sein du système, a été nommé agent de liai­son de Pierce. Ensemble, ils ont collecté des armoires pleines de docu­ments, d’en­tre­tiens, de photo­gra­phies et d’en­re­gis­tre­ments VHS. John­son a suggéré de placer les archives dans un musée, et un groupe de diri­geants du TDC, de SHSU et de la commu­nauté de Hunts­ville a formé une orga­ni­sa­tion à but non lucra­tif pour lever des fonds. Pierce et John­son ont monté des expo­si­tions d’objets tempo­raires – dont une mitrailleuse Thomp­son issue de l’ar­se­nal du système péni­ten­cier – pendant le rodéo carcé­ral de Hunts­ville et les événe­ments orga­ni­sés pour le cent-cinquan­te­naire de l’État en 1986. Ils ont profité de l’oc­ca­sion pour sonder les  visi­teurs poten­tiels, et ils ont réalisé que l’in­té­rêt pour le musée était plus impor­tant en dehors de Hunst­ville qu’il ne l’était loca­le­ment.

À cette époque comme aujourd’­hui, les habi­tants du coin qui ne travaillent pas dans l’uni­vers carcé­ral ont des senti­ments parta­gés sur l’image que donne le musée de la ville. Les cinq prisons de Hunst­ville, les deux autres du comté et le siège du TDCJ font du système péni­ten­tiaire la première indus­trie de la ville. Et la constante asso­cia­tion de la ville à la peine de mort porte sur les nerfs des habi­tants. Durant les premières heures du musée, ils se sont lassés de la publi­cité néga­tive engen­drée par la bataille judi­ciaire oppo­sant le détenu David Ruiz au direc­teur du TDC William J. Estelle, qui affir­mait en 1972 que des châti­ments cruels et inac­cep­tables étaient perpé­trés dans les prisons texanes. Mais d’un autre côté, le TDCJ et le SHSU permettent à l’éco­no­mie de Hunst­ville d’être stable, explique Jane Monday, maire de la ville 1985 à 1991. Elle a pris part aux efforts de plani­fi­ca­tion de l’époque : « Le TDC a toujours été appré­cié ici car ses admi­nis­tra­teurs ainsi que ses autres employés vivent et travaillent à Hunts­ville. Leurs enfants vont à l’école ici, ils sont inté­grés à la paroisse et à nos orga­ni­sa­tions », dit-elle. « Le musée était simple­ment un moyen de célé­brer cet héri­tage qui nous unit et dont nous avons si peu parlé pendant des années. »

ulyces-huntsvillemuseum-06
« Modèle d’ex­po­si­tion unique­ment !! »
Crédits : Jen Reel

En 1989, le musée a trouvé un premier empla­ce­ment : une vieille banque qui restée vide sur la place du Palais de justice de Hunst­ville. Ses deux coffres-forts étaient parfaits pour y expo­ser les pièces impor­tantes qui avaient été prêtées par l’État. Le premier accueillait les armes, et l’autre est devenu une réplique de chambre mortuaire où l’on expo­sait Old Sparky. « Les gens avaient envie de s’y asseoir, ils voulaient y graver leurs initiales », se rappelle Pierce. « On a eu quelques soucis avec les gens qui voulaient être pris en photo sur la chaise. » Le musée avait été mis en place par un groupe de béné­voles de la commu­nauté et survi­vait grâce aux dons. « Je m’étais relevé les manches pour aider à tout instal­ler, j’es­sayais de trou­ver la bonne façon d’ac­cro­cher les choses et de les étique­ter », se souvient Monday. Pierce, John­son et un de leurs collègues, le photo­graphe Jim Balza­retti, ont monté les premières expo­si­tions. « On savait qu’on aurait les pisto­lets, parce que ça attire toujours les gens – on pensait déjà au tourisme », se souvient Pierce. « Et puis la chaise. Mais j’ai insisté pour qu’il y ait égale­ment des éléments artis­tiques là-dedans, et on avait besoin de quelque chose sur le système éduca­tif carcé­ral. On ne pouvait pas parler que de sécu­rité, de sang et de boyaux. »

Aujourd’­hui, les visi­teurs du musée sont invi­tés à commen­cer par regar­der une courte vidéo sur l’or­ga­ni­sa­tion et les évolu­tions du système péni­ten­tiaire texan – comme l’en­sei­gne­ment et la forma­tion profes­sion­nelle – qui se sont mises en place au fil des années. Beau­coup de musées de prisons tiennent le même discours sur l’évo­lu­tion du système correc­tion­nel, affirme Michael Welch, socio­logue de l’uni­ver­sité de Rutgers. Auteur de Escape to Prison: Penal Tourism and the Pull of Punish­ment (2015), Welch explique que ces musées tendent vers « la péda­go­gie, la clari­fi­ca­tion et le sens de l’his­toire. Ils retracent géné­ra­le­ment l’his­toire, en montrant les premières formes de sanc­tions et en insis­tant sur le châti­ment physique et la peine de mort. Et dans de nombreux cas, ils montrent que nous avons évolué vers des formes plus humaines de châti­ment. »

ulyces-huntsvillemuseum-07
Eliza­beth Neucere devant l’arme scan­da­leuse
Crédits : Jen Reel

Mais si le musée vise à renfor­cer l’idée qu’un plus trai­te­ment humain est un progrès, il reflète égale­ment l’ex­clu­sion dont sont victimes les déte­nus au sein de l’ad­mi­nis­tra­tion carcé­rale, affirme Eliza­beth Neucere, qui a écrit sa thèse sur le musée. Tandis que des panneaux expliquent les travaux que réalisent les prison­niers, peu d’ex­po­si­tion proposent d’écou­ter les voix des déte­nus eux-mêmes. La majo­rité des prison­niers dont le nom est mentionné ont été exécu­tés, ont essayé de s’éva­der, ou sont célèbres pour leurs méfaits. L’ex­po­si­tion photo­gra­phique qui présente des déte­nus exécu­tés fait partie des quelques instal­la­tions qui permettent aux visi­teurs d’en­tendre la voix des prison­niers derrière les barreaux. « Le musée des prisons du Texas empêche la possi­bi­lité d’un débat public en créant des espaces silen­cieux dans sa présen­ta­tion histo­rique, à travers le choix qui est fait d’ex­po­ser avant tout des objets qui rendent tout surtexte dispen­sable (ou absent) », écrit Neucere dans sa thèse. « Les manque­ments du système carcé­ral texan restent hors de portée des visi­teurs du musée, et font passer les luttes contem­po­raines pour le respect des droits humains en milieu carcé­ral pour des actions super­flues. » Eliza­beth Neucere explique par exemple que l’ex­po­si­tion sur les sanc­tions des prison­niers donne à voir des menottes, une chaîne et son boulet, de vieux cade­nas, ainsi qu’une batte et une sangle de cuir assor­tie d’une poignée en bois, utili­sée en toute léga­lité jusqu’en 1941 pour fouet­ter les condam­nés. Le carton expli­ca­tif présenté à côté de la batte dit : « Utilisé pour les châti­ments corpo­rels infli­gés aux bagnards jusqu’au milieu des années 1940 », omet­tant (volon­tai­re­ment ou non) de préci­ser qu’une enquête fédé­rale de 1909 a révélé une utili­sa­tion abusive de la batte ; que des débats sur son inter­dic­tion ont fait rage pendant l’élec­tion du nouveau gouver­neur du Texas en 1912 ; et qu’elle a été tempo­rai­re­ment remplacé par la « cellule sombre », la première forme d’iso­le­ment carcé­ral. L’uti­li­sa­tion de la batte s’est de nouveau géné­ra­li­sée à partir de 1939, avant d’être défi­ni­ti­ve­ment inter­dite en 1941. Aucune de ces infor­ma­tions n’est mention­née dans l’ex­po­si­tion.

L’in­ter­pré­ta­tion de l’his­toire évolue, et Neucere est en train de la mettre à jour.

Selon Neucere, ces silences volon­taires du musée sont en partie dus à l’af­faire oppo­sant Ruiz à Estelle, qui a mené à une surveillance fédé­rale et à des réformes majeures du système péni­ten­tiaire après l’or­don­nance de 1980, qui le jugeait anti­cons­ti­tu­tion­nel. « Ruiz n’est pas dans les bonnes grâce du système péni­ten­tiaire, et cela se reflète dans le musée, comme à chaque fois que le système est la cible de pour­suites judi­ciaires », écrit Neucere. Les plai­gnants, qui dénonçaient la promis­cuité étouf­fante, la violence entre déte­nus et les soins médi­caux inadap­tés au sein des prisons, ont fait une mauvaise publi­cité au système péni­ten­tiaire. Elle suggère que, consciem­ment ou non, cette histoire a proba­ble­ment influencé la façon dont les fonda­teurs du musée ont choisi de présen­ter l’his­toire.

2 535 histoires

Pierce, l’ar­chi­viste béné­vole, est d’avis qu’il y a une part de vérité dans ce qu’elle avance. La plupart des personnes qui se sont inves­ties dans le musée étaient direc­te­ment impliquées dans les écueils terribles dénon­cés par Ruiz, « et ils redou­taient que des gens puissent être pour­sui­vis en justice ou licen­ciés », dit-il. « Je pense que ce qu’ils aimaient dans l’idée du musée, c’est qu’il donne un senti­ment d’au­then­ti­cité, d’ins­crip­tion dans l’his­toire et d’im­por­tance au système dont ils font partie. Ils peuvent se dire : “Et oui, j’ai travaillé dans l’uni­vers carcé­ral. Il y avait des mauvais côtés, mais on a une histoire.” » Inter­rogé sur les panneaux d’in­for­ma­tion vieux de dix ans et sur leur éven­tuel besoin d’être actua­li­sés, Willet, le direc­teur du musée et gardien de prison à la retraite, s’est montré hési­tant. « Eh bien, on ne peut pas chan­ger l’his­toire, donc je suis d’avis que beau­coup des choses que vous voyez ici ne seront jamais actua­li­sées, en dehors d’un coup de pein­ture de temps en temps pour éviter qu’elles ne s’ef­facent », dit-il. « Certains éléments appar­tiennent au passé. Ils sont bien révo­lus et ça ne chan­gera pas. » Mais l’in­ter­pré­ta­tion de l’his­toire évolue, et Neucere, qui a été stagiaire au musée avant d’être embau­chée comme adjointe au commis­saire d’ex­po­si­tions, est en train de mettre à jour la façon dont est présenté le châti­ment des déte­nus. Quand Rogers pren­dra sa retraite à la fin de l’an­née, Neucere, 25 ans, pren­dra sa place en tant que cura­trice. Willet a accepté d’ajou­ter un panneau inter­pré­ta­tif sur la répres­sion des prison­niers des années 1800 à aujourd’­hui, ainsi qu’un autre sur l’his­toire complète de la batte. Et Neucere met sur pied des confé­rences en parte­na­riat avec le SHSU, au cours desquelles s’ex­pri­me­ront d’an­ciens gardiens et d’an­ciens déte­nus. Le projet, calqué d’après un colloque donné à l’Eastern State Peni­ten­tiary, présen­tera de multiples points de vue et une vision plus contem­po­raine du système péni­ten­tiaire.

ulyces-huntsvillemuseum-08
L’ou­tillage fait maison des déte­nus
Crédits : Jen Reel

Au cours de la dernière décen­nie, « les musées ont commencé à renon­cer à l’in­dif­fé­rence avec laquelle étaient présen­tés les objets jusqu’ici », affirme Neucere. « Désor­mais, ils essaient de présen­ter diffé­rents points de vue et ouvrent le dialogue avec les visi­teurs. » À la prison d’Eastern State Peni­ten­tiary, l’ex­po­si­tion Big Graph invite ses visi­teurs à réflé­chir sur l’in­car­cé­ra­tion de masse. Un graphique en trois dimen­sions de quatre mètres de haut disposé à l’ex­té­rieur repré­sente une décen­nie de l’his­toire améri­caine par colonne. La hauteur de chaque colonne symbo­lise le nombre de personnes incar­cé­rées, et les colonnes ont un code couleur selon leur origine ethnique. On demande aux visi­teurs qui choi­sissent l’au­dio-guide de déci­der à quoi devrait ressem­bler la colonne de 2020. « Le cœur de notre mission aujourd’­hui, c’est d’in­vi­ter les gens à y réflé­chir », explique Sean Kelley, le direc­teur de la program­ma­tion et de l’in­ter­pré­ta­tion du musée. « S’il y a une chose à rete­nir de toute la visite, on veut que ce soit le fait que l’uni­vers carcé­ral a évolué tout au long de l’his­toire, et qu’il doit conti­nuer d’évo­luer. Il s’agit de déci­sions humaines. » Le musée des prisons du Texas n’in­vite pas ses visi­teurs à réflé­chir sur les événe­ments actuels ni n’in­cite au débat. Mais on imagi­ner aisé­ment le poten­tiel de discus­sions qui existe entre des visi­teurs venus du monde entier dans la ville qu’ils asso­cient à l’in­car­cé­ra­tion et à la peine de mort. « Le musée des prisons du Texas a le poten­tiel pour deve­nir ce qu’on appelle un “post-museum” », écrit Neucere dans sa thèse. « Ce type de musées se sont déve­lop­pés d’après une nouvelle théo­rie du champ de la muséo­lo­gie : ils essaient acti­ve­ment d’in­vi­ter ses visi­teurs et ses acteurs à parti­ci­per à des discus­sions sur des sujets déli­cats, qui prêtent à contro­verse, à recti­fier la dispa­rité sociale et à promou­voir une cohé­sion sociale plus impor­tante. »

ulyces-huntsvillemuseum-09
La lettre d’un détenu à une jeune fille
Crédits : Jen Reel

Le musée a prévu d’ajou­ter une section pour les objets qui s’en­tassent dans son coffre-fort, ainsi qu’un centre de stockage exté­rieur au site. Pour le moment malheu­reu­se­ment, il ne dispose pas des fonds suffi­sants. Ce qui est certain, c’est que les visi­teurs conti­nuent d’af­fluer en masse. L’an­née prochaine, un centre de confé­rence devrait être construit sur les terres du gouver­ne­ment qui jouxtent le musée. Il accueillera un programme d’en­traî­ne­ment des auto­ri­tés affi­lié au SHSU, ce qui garan­tie que le flux de visites va conti­nuer à augmen­ter. Quand les visi­teurs arri­ve­ront au nouveau centre, ils auront la même vue que celle dont profitent pour le moment les patrons du musée – un pré à chevaux et la prison Holli­day Unit, de l’autre côté de l’au­to­route. Lorsqu’il fait beau, le pré prend des teintes jaunes aux reflets d’argent. Les toits de l’Hol­li­day Unit sont encore plus lumi­neux, entou­rés par des tours de garde et des barbe­lés. À l’in­té­rieur, on trouve 435 employés, envi­ron 2 100 déte­nus, et au moins 2 535 histoires à racon­ter. Mais les gens n’en enten­dront jamais parler. Ils feront une halte de 45 minutes au musée pour lire des mots sur des panneaux et contem­pler des objets sous verre.


Traduit de l’an­glais par Adélie Floch d’après l’ar­ticle « The Draw of Death Row », paru dans le Texas Obser­ver. Couver­ture : La chaise élec­trique Old Sparky, par Jen Reel.


MA VIE À ALCATRAZ DU TEMPS D’AL CAPONE ET DE MICKY COHEN

ulyces-alcatrazjohnson-couv02 davidharris

Earl John­son a passé l’es­sen­tiel de sa vie en prison. D’Al Capone à Rudolf Abel, il a côtoyé les plus célèbres crimi­nels incar­cé­rés en Amérique.

Vivre à Alca­traz, c’était comme vivre dans un gigan­tesque fût indus­triel. Il s’en échap­pait peu de choses, et il y réson­nait l’écho des vies s’en­tre­choquant derrière ses murs, année après année. Deux bâti­ments péni­ten­tiaires émer­geaient du brouillard mati­nal, abri­tant 200 hommes, un par cellule, qui se tenaient debout à côté de leur couchette, prêts à être comp­tés comme c’était le cas toutes les deux heures. C’était la même rengaine, encore et encore. Tous les dix jours, il y avait des histoires de rasoirs qu’on avait trou­vés. Tous les mercre­dis et same­dis, il y avait de l’eau chaude pour prendre un bain. Tous les cour­riers adres­sés aux prison­niers étaient relus par la police et réécrits sur le papier à lettre d’Al­ca­traz avant d’être distri­bués. Deux heures par jour, les occu­pants des 200 cellules de la prison se bala­daient dans la cour entre les deux bâti­ments, cerclée de murs. Six fusils les avaient à l’œil tandis qu’ils déam­bu­laient dans un sens, puis dans l’autre. Quiconque vivait un certain temps à Alca­traz finis­sait par présen­ter d’étranges symp­tômes.

ulyces-alcatrazjohnson-01
Un plan de l’île

L’évé­ne­ment le plus étrange auquel Earl John­son eût jamais assisté se produi­sit tout juste après son incar­cé­ra­tion en 1939. Les personnes impliquées étaient Stan­ley et Jimmy Dee, meilleurs amis et complices dans leurs acti­vi­tés crimi­nelles. Ils étaient tout jeunes lorsqu’ils écopèrent de 50 ans de prison chacun, après que Jimmy Dee eût ordonné au cais­sier de dépo­ser l’argent sur le comp­toir. Ils vivaient tous les deux au rez de chaus­sée. Jimmy Dee avait attrapé une souris qu’il dres­sait comme animal de compa­gnie. Il l’avait prêtée à Stan­ley le temps d’un après-midi, lequel noya acci­den­tel­le­ment l’ani­mal en tirant la chasse d’eau sans voir qu’il était dans la cuvette. Les deux comparses ne s’adres­sèrent plus un mot du reste de la jour­née. Lorsque le garde vint éteindre les lumières, Stan­ley s’ex­cusa auprès de Jimmy Dee et lui souhaita bonne nuit. « J’es­père que tu vas passer une bonne nuit », répon­dit Jimmy Dee. « Parce qu’à comp­ter de demain matin, tu ne dormi­ras plus jamais, Stan­ley. » Stan­ley pensait que Jimmy disait cela pour le taqui­ner – il aurait dû être plus méfiant. Lorsque le garde ouvrit les portes à l’heure d’al­ler au turbin, le braqueur de banque vengea la mort de sa souris. Les deux acolytes se retrou­vèrent dans le hall au même moment, et Jimmy Dee en profita pour plan­ter une arme qu’il avait confec­tion­née dans le ventre de Stan­ley, qui le traversa de part en part. Le couteau était composé d’un morceau de métal d’une tren­taine de centi­mètres dont un des bouts avait été affûté. Lorsque Stan­ley arriva à l’hô­pi­tal, ses boyaux débor­daient de son panta­lon. Ce jour-là, Earl John­son travaillait de jour en tant qu’in­fir­mier et il vit dans quel état était le crimi­nel quand les poli­ciers l’ame­nèrent. Ce dernier mourut les genoux collés à sa poitrine, essayant d’em­pê­cher ce qui restait de son esto­mac de tomber par terre. La vision de ce cadavre donna à Earl John­son une puis­sante envie de démé­na­ger. Le visage bleu et glacé de Stan­ley l’avait convaincu du fait que la vie à Alca­traz était trop souvent un aller sans retour.

IL VOUS RESTE À LIRE 95 % DE CETTE HISTOIRE

Plus de monde