par Romain Magy | 0 min | 18 avril 2017

À l’in­­té­­rieur d’un vieil hôtel à la lisière de la vieille ville de Mossoul-Ouest, un tireur d’élite de la police fédé­­rale pointe son fusil. Depuis l’ex­­té­­rieur de la pièce, un fin rayon de lumière vient frap­­per son viseur et se reflète dans ses yeux. Il se concentre, le regard fixe à travers une petite fissure entre des blocs de béton, du bois et un vieux drap. La respi­­ra­­tion de l’of­­fi­­cier ralen­­tit jusqu’à se suspendre alors qu’il appuie progres­­si­­ve­­ment sur la détente de l’arme La déto­­na­­tion se répète en écho et la cartouche éjec­­tée débite un morceau de béton. Le poli­­cier prend quelques secondes pour exami­­ner la posi­­tion de tir de Daech, vers laquelle il vient d’en­­voyer une balle de 7,62 × 54 mm R. Puis il s’éloigne de la fissure. Il s’as­­sied sur une chaise en plas­­tique et recom­­mence à plai­­san­­ter avec un collègue tandis que l’odeur de proper­­gol flotte dans l’air.

Un sniper dans un ancien hôtel de Mossoul-Ouest
Crédit : Matt Cetti-Roberts

Quand vient l’orage

Comme sur la corniche, les combats dans le sud-ouest de la vieille ville progressent lente­­ment. La bataille de Mossoul est une des plus grandes batailles urbaines depuis la Seconde Guerre mondiale, et l’ar­­mée irakienne comme Daech emploient des snipers et des tireurs d’élite pour se cibler l’un l’autre, à travers un dense laby­­rinthe d’im­­meubles. L’ap­­pui aérien rappro­­ché est crucial pour les opéra­­tions de l’ar­­mée irakienne en cours à Mossoul-Ouest, mais il est souvent compro­­mis par les tempêtes saison­­nières. Le mardi 6 avril 2017, le gouver­­ne­­ment irakien a confirmé qu’un de ses héli­­co­­ptères d’at­­taque avait été descendu alors qu’il survo­­lait la ville, causant la mort de deux membres de l’équi­­page. Le combat urbain est un type de guerre des plus dange­­reux. L’en­­nemi peut se dissi­­mu­­ler dans un millier d’en­­droits diffé­­rents. Passer une seconde ou deux à décou­­vert peut être mortel. Quant à l’at­­taque, elle est plus faci­­le­­ment trahie par le mouve­­ment et les ombres que dans les autres envi­­ron­­ne­­ments.

Un héli­­co­­ptère de l’Ar­­mée irakienne en soutien
Crédit : Matt Cetti-Roberts

Les tireurs d’élite doivent être extrê­­me­­ment prudents. « Nous devons être sûrs de notre coup lorsque nous tirons », affirme un offi­­cier de police, avant d’ajou­­ter que son groupe a tué un combat­­tant de Daech la nuit dernière. Nous sommes le 1er avril. Les offi­­ciers s’éloignent rapi­­de­­ment des posi­­tions de tir, évitant soigneu­­se­­ment certains endroits à l’in­­té­­rieur des pièces – des endroits qu’ils savent être dange­­reux, à l’ins­­tar de la fine porte de métal située à côté de l’un des tireurs d’élite. Un homme désigne le velux complè­­te­­ment détruit qui se trouve au-dessus et dit : « kinas », le mot arabe pour « sniper ». Il ne reste plus de verre dans la fenêtre et les trous causés par les balles de Daech criblent le mur d’en face.

Abbas fait feu
Crédit : Matt Cetti-Roberts

Dans une petite pièce voisine, Abbas, un tireur d’élite de la police, examine les alen­­tours à travers un trou creusé dans un mur. Il a repéré du mouve­­ment dans un autre immeuble. Assis sur une vieille table, Abbas pose son fusil russe AKM – bizar­­re­­ment équipé des pièces et du frein de bouche d’un fusil AK-103 – sur le bord du trou et appuie forte­­ment sur la détente, libé­­rant une puis­­sance de feu auto­­ma­­tique et déchar­­geant ses 30 cartouches. Les offi­­ciers de l’équipe ont repéré plusieurs combat­­tants de l’État isla­­mique aux alen­­tours. L’un d’eux utilise une appli­­ca­­tion de géolo­­ca­­li­­sa­­tion sur un smart­­phone pour marquer leurs posi­­tions. À l’ex­­té­­rieur, le combat commence à s’in­­ten­­si­­fier. Au son des fusils se mêlent les longues rafales de mitrailleuses, les bruits sourds des explo­­sions d’obus de mortiers irakiens et le canon de 30 mm à tir rapide d’un héli­­co­­ptère Mi-35 assu­­rant le soutien aérien. Un artilleur ouvre le feu avec une mitrailleuse PK depuis la posi­­tion du sniper dans la pièce voisine. Le bruit et la secousse provoqués par le tir d’un lance-grenades RPG-7 sur le toit se réper­­cutent dans tout l’hô­­tel.

Rapide chan­­ge­­ment de posi­­tion
Crédit : Matt Cetti-Roberts

Mais les tirs ne vont pas tous dans la même direc­­tion. Dès que les soldats s’éloignent de leurs posi­­tions, plusieurs balles de Daech atteignent les briques de l’hô­­tel avec un bruit mouillé, tout près de l’en­­droit où se tenait la police. Après une courte discus­­sion, les offi­­ciers préparent un nouveau tir de RPG-7 sur le toit. Un homme prénommé Ali, la tête ceinte par une écharpe, prend l’un des lance-roquettes de l’équipe et gravit quelques volées de marches au coin de la pièce. Il reste courbé tout au long de l’as­­cen­­sion de l’es­­ca­­lier entouré de murs en briques. Ceux qui déli­­mitent le toit sont bas, et Ali doit s’ac­­crou­­pir pour rester à couvert. Il discute de la meilleure façon d’at­­teindre la cible avec un collègue. D’autres offi­­ciers leur crient des infor­­ma­­tions depuis l’étage infé­­rieur. Ali avance sur le toit et, toujours accroupi, place le lance-roquettes et son missile bulbeux sur son épaule. Les yeux clos, le poli­­cier se fige. Pour faire feu, Ali va devoir s’éle­­ver au-dessus des murs et s’ex­­po­­ser au regard de n’im­­porte quel sniper de l’EI – ce que les actuels échanges de coups de feu tout autour de l’hô­­tel rendent encore plus dange­­reux que d’ha­­bi­­tude.

Tir de RPG sur le toit
Crédit : Matt Cetti-Roberts

Après avoir pris une profonde inspi­­ra­­tion, Ali se dresse en lançant un cri puis­­sant. En bas, ses amis occupent toutes les posi­­tions de tir dispo­­nibles et commencent un tir de couver­­ture qui va cres­­cendo – de manière à donner à Ali le temps d’en­­voyer la roquette. Celui-ci regarde une dernière fois sa cible avant de pres­­ser la détente. La roquette s’élance hors du canon avec un grand fracas. Ali recule alors que l’ex­­plo­­sion projette des débris noirs sur toute la surface du toit. S’at­­tar­­der ici n’étant pas une option, Ali se préci­­pite vers l’es­­ca­­lier et descend rapi­­de­­ment à l’étage infé­­rieur. En se dres­­sant pour tirer, Ali s’est exposé moins de deux secondes – le temps d’une vie à Mossoul-Ouest. En bas, le reste de l’équipe d’Ali s’est elle aussi repliée. Elle est en train de réali­­ser la tâche labo­­rieuse de rechar­­ger les cein­­tures de muni­­tions de ses mitrailleuses PK. Chaque homme jette le contenu de petites boîtes de muni­­tion en carton dans un sac à dos, puis attrape les cartouches et les enfonce dans la cein­­ture noire et métal­­lique de la machine.

Les hommes rechargent patiem­­ment
Crédit : Matt Cetti-Roberts

Ali met une autre roquette dans son lanceur RPG-7. Satis­­fait de voir que la roquette est correc­­te­­ment char­­gée, il appuie prudem­­ment le lanceur contre un mur, entre deux missiles – prêt à être utilisé lorsque la prochaine cible se présen­­tera. Ali sourit en appre­­nant que l’im­­meuble qu’il a touché est en feu, car cela signi­­fie que Daech ne peut pas l’uti­­li­­ser pour le moment. Les poli­­ciers restent éloi­­gnés de leurs posi­­tions de tir tandis qu’ils s’as­­soient pour discu­­ter. Ali imite le tir du RPG-7 pour ses amis. Les hommes sont en train de rire lorsque les balles de Daech frappent l’hô­­tel. Plusieurs d’entre elles perforent la porte de métal qui jouxte une fenêtre condam­­née, et du verre tombe d’un velux situé en haut de la pièce, des cartouches s’en­­castrent dans le mur. Impas­­sibles, les offi­­ciers conti­­nuent de bavar­­der. À l’ex­­té­­rieur de l’hô­­tel, un offi­­cier de la police fédé­­rale sprinte à travers une rue connue pour être dans le viseur d’un sniper de Daech. Lui et un groupe de collègues préparent un dépla­­ce­­ment pour renfor­­cer une autre posi­­tion dans un immeuble voisin. Un mitrailleur ajuste une dernière fois la cein­­ture de muni­­tions enrou­­lée sur ses épaules, s’as­­su­­rant qu’elle reste en place lorsqu’il bouge.

Le calme avant la tempête
Crédit : Matt Cetti-Roberts

La pluie commence à tomber des nuages gris qui surplombent la ville. La lumière faiblit et il devient parti­­cu­­liè­­re­­ment dange­­reux de se trou­­ver sur la ligne de front, car les mili­­ciens de l’État isla­­mique profitent habi­­tuel­­le­­ment du mauvais temps pour attaquer, sachant que l’ap­­pui aérien est alors impos­­sible. Tandis que l’obs­­cu­­rité s’étend et que le rythme de la bataille de la vieille ville de Mossoul s’ac­­cé­­lère, le gron­­de­­ment du tonnerre se mêle au son des explo­­sions.

La taxe des trous

Avec l’au­­rore débute le jour suivant. Pendant la nuit, une épaisse couver­­ture de brouillard a enve­­loppé la ville, rédui­­sant la visi­­bi­­lité à moins de dix mètres. Mais Mossoul-Ouest est paisible, et malgré les combat de la veille au crépus­­cule, l’État isla­­mique n’a pas profité de la pluie ou du manque de visi­­bi­­lité du matin pour mener une attaque. Bien­­tôt, le Soleil commence à percer le brouillard, suppri­­mant ainsi l’avan­­tage qu’il aurait pu donner aux mili­­ciens. À envi­­ron un kilo­­mètre de l’hô­­tel où les tireurs d’élite de la police fédé­­rale travaillaient la veille, une équipe de soldats de la Divi­­sion d’in­­ter­­ven­­tion d’ur­­gence (ERD) tirent au mortier sur les posi­­tions de Daech dans la vieille ville.

Une barri­­cade
Crédit : Matt Cetti-Roberts

Cette équipe utilise deux types diffé­­rents de mortier – des M37 de 82 milli­­mètres fabriqués en Russie – courts, trapus et gris – et des M29 de 81 milli­­mètres fabriqués aux États-Unis – longs, fins et verts. Telle une machine bien huilée, les hommes retirent l’em­­bal­­lage, enlèvent les charges propul­­sives supplé­­men­­taires et mettent les obus dans les machines prêtes à faire feu – mais les goupilles de sécu­­rité restent en place. Les soldats prennent soin de ne pas mélan­­ger les deux machines, même s’il n’y a qu’un milli­­mètre de diffé­­rence entre elles, car ils ne veulent pas risquer de mettre acci­­den­­tel­­le­­ment le mauvais obus dans le mauvais canon. À chaque fois que les mortiers tirent, le chef de l’équipe reçoit des coor­­don­­nées par radio. Lui et son assis­­tant les rentrent dans une machine pour ache­­mi­­ner le prochain obus jusqu’à la cible adéquate. L’ERD est la force offen­­sive de l’ar­­mée irakienne. Aucune attaque de l’unité n’est prévue aujourd’­­hui, mais elle a tout de même placé des équipes sur la ligne de front et le groupe de tireurs au mortier doit soute­­nir ses propres posi­­tions et celle de la police fédé­­rale, qui doit quant à elle tenir toute posi­­tion reprise à l’en­­nemi.

Les soldats irakiens montent au front
Crédit : Matt Cetti-Roberts

Au centre de la vieille ville se trouve la mosquée d’al-Nuri, où le leader de Daech Abou Bakr al-Bagh­­dadi a proclamé « l’État isla­­mique » en 2014. Reprendre la mosquée serait bien évidem­­ment une victoire symbo­­lique pour les forces irakiennes, mais les comman­­dants irakiens pensent que Daech serait capable de démo­­lir le bâti­­ment vieux de 800 ans avant que les troupes ne l’at­­teignent. La route qui mène à l’hô­­tel où la police fédé­­rale s’est battue la veille est à la fois longue et large. Elle ne consti­­tue pas une ligne de front mais elle est loin d’être sûre. Pour suivre cette route vers le nord, il vaut mieux dispo­­ser d’un véhi­­cule blindé, car les allées et les routes plus petites menant à la vieille ville sont dans le viseur des snipers de Daech. Comme pour le rappe­­ler aux troupes irakiennes, des balles frappent occa­­sion­­nel­­le­­ment les routes tandis que les soldats sprintent entre les immeubles. La défense irakienne consiste ici en plusieurs remparts de terre. Chacun d’eux est un obstacle à toute contre-offen­­sive de Daech.

Tir de mortier de l’ERD
Crédit : Matt Cetti-Roberts

Les véhi­­cules de trans­­port de troupes blin­­dés à huit roues BTR-94 – version ukrai­­nienne du véhi­­cule russe BTR-80 –, des véhi­­cules de sécu­­rité blin­­dés M1117, et même des tanks T-72 de la neuvième divi­­sion blin­­dée de l’ar­­mée irakienne, se tiennent prêts à inter­­­ve­­nir dans la zone. Des Humvee blin­­dés, très nombreux durant ce conflit, vont d’une posi­­tion à l’autre afin que leurs conduc­­teurs y déposent des renforts et du maté­­riel. Dans une allée toute proche, un offi­­cier de la police fédé­­rale marche en direc­­tion de la ligne de font. Cette allée, qui longe la vieille ville, fait seule­­ment trois mètres de large. Les passages qui s’en­­foncent à l’in­­té­­rieur des plus anciens quar­­tiers de Mossoul sont encore plus étroits. Les Irakiens n’uti­­lisent pas seule­­ment ce type d’al­­lées pour rejoindre la ligne de front. Un dédale de trous de lapins, creu­­sés par les mili­­ciens de Daech avant la bataille, relie plusieurs immeubles entre eux. L’EI a d’ailleurs extorqué une « taxe des trous » aux habi­­tants pour amor­­tir les frais de ce labeur, leur donnant seule­­ment le choix de payer ou de partir, selon le site al-Moni­­tor. Ces trous fonc­­tionnent comme un réseau de tunnels souter­­rains effi­­cace.

Un mina­­ret dans le loin­­tain
Crédit : Matt Cetti-Roberts

Dans cette partie de la ville, les troupes irakiennes et les mili­­ciens de Daech sont très proches les uns des autres. Se basant sur une appli­­ca­­tion de géolo­­ca­­li­­sa­­tion sur son télé­­phone, un offi­­cier affirme que la plus proche des posi­­tions de Daech ne se situe qu’à 33 mètres de là. Il recti­­fie lorsque son télé­­phone reçoit un meilleur signal : « 19 mètres, en fait ! » À certains endroits, la ligne de front se résume à une fine porte, souvent criblée de balles et conso­­li­­dée avec du métal et des appa­­reils ména­­gers. Dans cette partie de Mossoul, les dommages causés aux habi­­ta­­tions sont impor­­tants – effet secon­­daire inévi­­table de la guerre urbaine. D’après un offi­­cier de la police fédé­­rale, ce sont les replis des mili­­ciens qui causent le plus de dégâts. « Daech brûle ses posi­­tions quand il bat en retraite », explique-t-il en dési­­gnant une pièce noir­­cie par la suie que les mili­­ciens de Daech ont aupa­­ra­­vant utili­­sée comme posi­­tion. « Ils se servent de la fumée comme d’une couver­­ture. »

Sur le toit

Perchés sur un toit, deux offi­­ciers de la police fédé­­rale se relaient pour obser­­ver les actuels posi­­tions de l’État isla­­mique. L’un d’eux, Moham­­med, la tête ceinte d’une écharpe, sourit tout en assu­­rant qu’il est « le sniper numéro un ».

Dans la vieille ville
Crédit : Matt Cetti-Roberts

Des cartouches vides, des morceaux de béton ébré­­chés et des bouteilles en plas­­tique jonchent le sol. Il y a aussi un grand nombres de goupilles de grenade. Les hommes présents disent que les deux camps s’en­­voient fréquem­­ment des grenades d’un toit à l’autre, du fait de leur proxi­­mité. Puisque personne ne lance de grenades pour le moment, la mission des hommes du toit est d’ob­­ser­­ver et de tirer sur tout mili­­cien en vue. Moham­­med appelle un autre poli­­cier, qui apporte une mitrailleuse PK sur le toit. Tandis qu’ils discutent, le second offi­­cier met l’arme sur son épaule et pose le canon entre les briques déco­­ra­­tives qui ornent le haut du mur entou­­rant le toit. Il décharge la moitié d’une cein­­ture de muni­­tions à travers ces briques. Un obus de mortier irakien, lancé depuis un endroit invi­­sible, atter­­rit sur l’im­­meuble voisin. Un offi­­cier de police jette un coup d’œil à travers les briques pour voir où il a frappé. Il plonge de nouveau à l’abri du mur et lâche « asli » avec un grand sourire – compli­­ment arabe qui se traduit litté­­ra­­le­­ment par « origi­­nal ».

Un « trou de lapin »
Crédit : Matt Cetti-Roberts

L’obus a atterri sur une posi­­tion de Daech bien connue. L’écho à la fois tran­­chant et assourdi des coups de fusil monte des étages au-dessous tandis que des hommes tirent de l’in­­té­­rieur. Les balles tirées en retour par les mili­­ciens s’abattent sur le toit. Un obus de mortier de Daech atter­­rit à envi­­ron 150 mètres, frap­­pant un immeuble de notre côté de la ligne de front. Mais sur le toit, personne ne semble s’en soucier. Une brève accal­­mie de trente secondes prend le champ de bataille. Personne, des deux côtés, ne tire plus. Le seul bruit qui se fait entendre provient de deux héli­­co­­ptères d’at­­taque patrouillant au loin et d’un avion de la coali­­tion volant haut dans le ciel. L’ac­­cal­­mie s’achève lorsqu’une lourde mitrailleuse décharge des centaines de cartouches et que le canon à tir rapide d’un Mi-35 commence à éruc­­ter. Aussi­­tôt, le reste des troupes irakiennes et des mili­­ciens de l’EI reprend le combat.

L’En­­fer est derrière
Crédit : Matt Cetti-Roberts

~

Deux poli­­ciers sont assis sur le toit, dans le soleil de l’après-midi. Les mouches volent entre les restes du déjeu­­ner – la nour­­ri­­ture, placée dans des boîtes de poly­s­ty­­rène grandes ouvertes, se dessèche lente­­ment sous l’ef­­fet de la chaleur. Moham­­med, né il y a 28 ans à Al-Kût, ville de l’est de l’Irak, compte se marier une fois la guerre termi­­née, bien qu’il soit encore céli­­ba­­taire. « Daech est cruel avec les gens », dit Moham­­med, ajou­­tant qu’il est terrible de voir les civils locaux essayer de fuir le terri­­toire de l’EI pour leur propre sécu­­rité. Dix minutes plus tard, davan­­tage d’of­­fi­­ciers de la police fédé­­rale arrivent sur le toit. Trois hommes commencent à rechar­­ger des cein­­tures de muni­­tions pour la mitrailleuse. Un offi­­cier se sert d’un morceau de bois pour pous­­ser les balles dans leur posi­­tion finale, tout en s’as­­su­­rant qu’elles sont correc­­te­­ment placées.

Sniper
Crédit : Matt Cetti-Roberts

De plus en plus d’of­­fi­­ciers s’en­­tassent sur le toit. En tout, il y a main­­te­­nant huit poli­­ciers accrou­­pis derrière le mur. Ce renfort était néces­­saire car une autre équipe de police se prépare à traver­­ser la rue, en direc­­tion du quar­­tier d’où l’État isla­­mique nous a tiré dessus. L’équipe du toit va produire un tir de couver­­ture pour aider ses collègues à effec­­tuer cette périlleuse traver­­sée. Les hommes se mettent en posi­­tion et appuient deux lanceurs RPG contre un mur – juste au cas où. L’un d’eux regarde à travers le viseur d’un fusil PSL, ses yeux s’étré­­cis­­sant tandis qu’il examine les posi­­tions enne­­mies, à la recherche du moindre signe de mouve­­ment. Les offi­­ciers discutent de leurs cibles. Quelque part en-dessous de nous, un homme pousse un cri. La mitrailleuse PK commence à faire feu avec éclats, et le tireur d’élite muni du PSL fait partir un coup ciblé. Les autres hommes se dressent tour à tour pour tirer. Ils tirent de rapides coups uniques, certains faisant passer leur arme au-dessus du mur sans se montrer, gardant leur corps à couvert autant que possible.

Fusillade
Crédit : Matt Cetti-Roberts

La fusillade dure deux minutes. Elle s’achève lorsque les collègues ont terminé de traver­­ser la route. Des voix assour­­dies s’élèvent depuis les immeubles de l’autre côté de la rue – les poli­­ciers ont survécu. Les hommes de l’équipe échangent des plai­­san­­te­­ries en se remet­­tant à couvert. Sans y prendre garde, deux combat­­tants de Daech ont choisi le pire moment possible pour traver­­ser une autre partie de la rue, située à une centaine de mètres. Le mitrailleur et le sniper les ont tués tous les deux. Les combat­­tants isla­­mistes ripostent aussi­­tôt, en lançant un obus de mortier qui explose sur le toit d’un immeuble à 50 mètres de nous et fait s’ef­­fon­­drer une partie de la maçon­­ne­­rie sur la rue en-dessous. La pous­­sière de la déto­­na­­tion s’at­­tarde dans l’air de l’après-midi. Les mili­­ciens font crépi­­ter un feu cinglant, visant la police sur le toit.

Ils sont l’es­­poir de Mossoul
Crédit : Matt Cetti-Roberts

Des balles giflent le mur de béton, mais la plupart passent par-dessus les têtes. La fusillade est inef­­fi­­cace. Moham­­med et un ami descendent du toit en riant et en plai­­san­­tant au télé­­phone. Deux offi­­ciers restent sur le toit et les autres membres de l’équipe s’en­­gouffrent à l’in­­té­­rieur, où ils s’as­­soient et discutent pour passer le temps, en atten­­dant que cesse la fusillade. Sur le toit, les deux offi­­ciers examinent les immeubles alen­­tours à la recherche du moindre signe de mouve­­ment, donnant ainsi l’oc­­ca­­sion d’un repos bien mérité à leurs collègues – un temps de répit néces­­saire dans ce qui est aujourd’­­hui la plus impor­­tante bataille urbaine du monde.


Traduit de l’an­­glais par Camille Hamet d’après l’ar­­ticle « Two Days Inside the Battle for West Mosul », paru dans War Is Boring. Couver­­ture : Dans les ruines de Mossoul. (Matt Cetti-Roberts)
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