par Romain Magy | 0 min | 4 décembre 2016

Sous un ciel noir

Au-dessus de la ville de Qayya­­rah, le ciel est noir et oppres­­sant. On pour­­rait croire qu’il va pleu­­voir d’une seconde à l’autre. Il fait si sombre que les voitures sillonnent les rues désertes de la ville avec leurs phares allu­­més. Nous ne sommes pas mardi soir, il n’est que 13 heures. À quelques kilo­­mètres de là, le soleil brille, mais pas ici.

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Le Soleil ne brille plus à Qayya­­rah
Crédits : Matt Cetti-Roberts

La fumée provient d’ins­­tal­­la­­tions pétro­­lières en flammes, que l’État isla­­mique a incen­­diées. Elle plane sur Qayya­­rah, rédui­­sant la visi­­bi­­lité et enve­­lop­­pant tout – même les gens – d’une suie grais­­seuse. L’air est saturé d’une odeur acre. Chaque jour est une sale jour­­née à Qayya­­rah, et celle d’aujourd’­­hui est parti­­cu­­liè­­re­­ment mauvaise. La ville s’est trans­­for­­mée en zone de catas­­trophe envi­­ron­­ne­­men­­tale. Qayya­­rah, dont la popu­­la­­tion était esti­­mée à envi­­ron 15 000 musul­­mans sunnites avant l’in­­va­­sion de l’État isla­­mique, est située sur les bords du Tigre. Mossoul se trouve à une cinquan­­taine de kilo­­mètres au nord. Non loin d’ici, une base conjointe des armées améri­­caine et irakienne four­­nit un soutien en artille­­rie à l’of­­fen­­sive en cours. Au sud-ouest de la ville se trouve le camp de Jad’ah, qui accueille les personnes dépla­­cées à l’in­­té­­rieur du pays. C’est un des camps irakiens qui servent de refuges à ceux qui ont échappé à l’État isla­­mique, ou qui ont fui les combats qui font rage entre l’or­­ga­­ni­­sa­­tion terro­­riste et les Forces de sécu­­rité irakiennes.

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Les habi­­tants vivent juste à côté des feux
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Au camp de Jad’ah, on recense moins de garçons âgés entre 14 et 18 ans que prévu, ce qui laisse penser que l’État isla­­mique force les jeunes hommes de la région à parti­­ci­­per au combat. C’est ce qu’af­­firme un rapport du Bureau de la coor­­di­­na­­tion des affaires huma­­ni­­taires des Nations unies, datant d’oc­­tobre 2016. Un flux constant de réfu­­giés traversent Qayya­­rah, pendant que l’ar­­mée irakienne fait route vers le nord, droit sur Mossoul. À l’ex­­té­­rieur de la ville en direc­­tion du nord-ouest se trouve un champ pétro­­li­­fère qui produi­­sait autour de 10 000 barils de pétrole brut par jour, jusqu’à ce que l’État isla­­mique n’en­­va­­hisse la zone en juin 2014. En raison de sa proxi­­mité avec le champ pétro­­li­­fère, la ville possède une raffi­­ne­­rie. Des cana­­li­­sa­­tions et des valves serpentent à travers les quar­­tiers rési­­den­­tiels de Qayya­­rah. Avant que les troupes irakiennes ne libèrent la zone, le pétrole était pillé par l’État isla­­mique pour finan­­cer ses acti­­vi­­tés, comme dans d’autres endroits en Irak et en Syrie. Les troupes irakiennes ont repris Qayya­­rah le 25 août 2016, après une opéra­­tion qui avait débuté en juillet. La ville était un des premiers objec­­tifs des Forces de sécu­­rité irakiennes sur le chemin de Mossoul – la deuxième plus grande ville d’Irak, sous occu­­pa­­tion de l’État isla­­mique.

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Les voitures doivent roulés avec leurs phares allu­­més
Crédits : Matt Cetti-Roberts

En juin ou juillet dernier – les diffé­­rents rapports se contre­­disent à ce sujet –, l’État isla­­mique a mis le feu aux puits de pétrole et aux infra­s­truc­­tures connexes à l’ap­­proche des troupes irakiennes. Quatre mois plus tard, ils brûlent toujours. L’État isla­­mique a égale­­ment incen­­dié une usine de souffre située non loin de Qayya­­rah. Elle a brûlé pendant plusieurs jours. Mettre le feu aux infra­s­truc­­tures pétro­­lières a donné à l’État isla­­mique une double victoire. Sur le plan tactique, cela a permis aux combat­­tants de la zone de béné­­fi­­cier d’un gigan­­tesque écran de fumée pour se proté­­ger des raids aériens de la coali­­tion et de la surveillance de l’ar­­mée irakienne. Cela a égale­­ment empê­­ché le gouver­­ne­­ment irakien d’uti­­li­­ser les champs de pétrole à leur avan­­tage – une stra­­té­­gie maintes fois utili­­sée au cours de l’His­­toire, qui réveille les images apoca­­lyp­­tiques de la guerre du Golfe de 1991. À cette époque, les soldats irakiens mettaient le feu aux puits de pétrole koweï­­tiens, qui flam­­baient devant les troupes en marche.

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La fumée recouvre tota­­le­­ment la ville
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Le gouver­­ne­­ment irakien ne cher­­chera pas à relan­­cer la produc­­tion de pétrole locale avant la chute de Mossoul, d’après Reuters. Cela pour­­rait ne pas arri­­ver avant six mois. Pour les habi­­tants de Qayya­­rah, ce n’est là qu’un débat acadé­­mique. Tout ce qui leur importe, c’est de pouvoir conti­­nuer leur vie, sous les épais nuages de fumée acre qui écrasent la ville.

North Oil

Dans la lumière lugubre qui filtre à travers la fumée, une voiture glisse sur une route déserte, à l’ex­­tré­­mité ouest de Qayya­­rah. Les véhi­­cules sont occa­­sion­­nel­­le­­ment contraints de s’ar­­rê­­ter aux postes de contrôle impro­­vi­­sés. L’un d’eux utilise des muni­­tions non explo­­sées en guise de panneaux de signa­­li­­sa­­tion, pour divi­­ser la circu­­la­­tion. Les maisons qui bordent la route portent les stig­­mates des combats. Les plus chan­­ceuses sont simple­­ment criblées d’im­­pacts de balles, mais les autres ont essuyé les tirs de tanks irakiens ou ont été réduites à des tas de gravats après avoir été la cible de bombar­­de­­ments.

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Une maison détruite pendant la libé­­ra­­tion de Qayya­­rah
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Cela aurait pu être pire, mais un offi­­cier irakien raconte que la ville a été prise rapi­­de­­ment. En dépit de son impor­­tance pour l’État isla­­mique, les troupes irakiennes ont pris les isla­­mistes par surprise. Les rapports laissent entendre que l’État isla­­mique n’a pas employé beau­­coup d’en­­gins explo­­sifs impro­­vi­­sés à Qayya­­rah, même si une vache a été tuée la veille de ma visite après avoir déclen­­ché un EEI. Les villes voisines comme Al Shora, au nord de Qayya­­rah, ont été piégées davan­­tage et demandent beau­­coup d’ef­­forts pour être démi­­nées afin que les habi­­tants puissent y retour­­ner en toute sécu­­rité. Dans le loin­­tain, la fumée s’élève en tour­­billon­­nant avant d’étendre sur le ciel une épaisse couver­­ture de fumée noire, qui vient s’ajou­­ter aux nuages prove­­nant des puits de pétrole qui flambent aux portes de la ville. Au nord-ouest de Qayya­­rah s’étendent de vastes parcelles de terre brûlée, mais il est diffi­­cile de savoir ce qui a provoqué l’in­­cen­­die à cause des dégâts. Les flammes couvrent une vaste zone, sur au moins 200 mètres de largeur. Près des flammes, la chaleur ne faiblit pas. Elle a rendu la terre unifor­­mé­­ment noire, couverte d’une couche de rési­­dus qui se sont accu­­mu­­lés pendant des semaines et qui craquent sous les pieds. La fumée s’élève avant d’être souf­­flée par le vent direc­­te­­ment au-dessus de la ville, éclip­­sant le soleil, réduit à un simple point dans le ciel. Sous le nuage, la tempé­­ra­­ture est sensi­­ble­­ment plus basse et les habi­­tants de la ville portent des vestes, bien qu’il fasse chaud dans le reste du nord de l’Irak.

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Le feu brûle aux portes des maisons
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Les bâti­­ments situés près du feu n’y ont pas échappé. Les surfaces de béton autre­­fois grises sont aujourd’­­hui couvertes d’une suie noire et écla­­bous­­sées de pétrole non brûlé. Le pétrole semble sortir du sol sous l’ex­­trême pres­­sion que subissent certaines zones, et il arrive parfois qu’on voie au loin une tornade se former au cœur des flammes, dans un siffle­­ment aigu. « Nous sommes partis trois jours avant que l’ar­­mée irakienne n’ar­­rive. Des combat­­tants de l’État isla­­mique sont venus et ont brisé les fenêtres de la maison. Ils l’ont utili­­sée comme abri pour se battre », raconte Moham­­med, un résident qui s’af­­faire à répa­­rer les dégâts causés par un obus de tank à sa maison, durant la libé­­ra­­tion de la ville. « On revien­­dra habi­­ter ici quand la maison sera répa­­rée et que les feux de pétrole seront éteints. » Moham­­med ajoute que, du moins pour le moment, lui et sa famille vivent ailleurs dans Qayya­­rah, chez des proches. Il a du mal à croire que le gouver­­ne­­ment irakien fera le néces­­saire pour éteindre les flammes d’ici peu. « Une entre­­prise [North Oil] est venue pour essayer d’éteindre le feu, mais ils n’ont rien fait », dit-il avec dédain. « À sept heures du matin, une exca­­va­­trice est allée dans la zone en flammes, près de chez moi. Ils ne se sont mis au travail que lorsque les diri­­geants sont venus leur rendre visite. »

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Les machines sont à l’ar­­rêt
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Moham­­med montre du doigt les machines de chan­­tier qui se sont acti­­vées lors de la visite des mana­­gers de North Oil. À présent, elles sont à l’ar­­rêt, abri­­tées derrière un mur de sable qui les sépare des flammes. Le direc­­teur de North Oil, une entre­­prise publique irakienne, a confié au maga­­zine spécia­­lisé Iraq Oil Report qu’é­­teindre ce genre d’in­­cen­­dies était un proces­­sus très long. Néan­­moins, la frus­­tra­­tion de Moham­­med est compré­­hen­­sible. Il raconte que mettre le feu aux puits de pétrole n’est pas la seule exac­­tion que les isla­­mistes ont perpé­­trée avant l’ar­­ri­­vée des Forces de sécu­­rité irakiennes. « L’EI est allé dans de nombreux villages de la région et ils ont dit aux gens de partir en direc­­tion de Hammam Al Alil [une ville au nord de Qayya­­rah]. Tous ceux qui ont essayé de rester – et ceux qui n’étaient pas capables de partir, comme les personnes âgées – ont été tués. »

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Une tornade de feu sur la terre brûlée
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Ceux qui sont allés à Hammam Al Alil ne s’y sont pas trou­­vés en sécu­­rité. « Une cinquan­­taine de familles ont été dépla­­cées », dit Moham­­med. « Les garçons et les hommes ont été envoyés à Tal Afar [une ville à l’ouest de Mossoul] pour combattre sous les ordres de l’EI. Les femmes et les enfants ont été lais­­sés à Hammam Al Alil – beau­­coup d’entre eux ont été tués. » Moham­­med estime qu’au moins 300 personnes des villages alen­­tours sont enter­­rées à Hammam Al Alil, où près de 500 cadavres ont été décou­­verts pour le moment.

Sur les rives du Styx

Ailleurs dans Qayya­­rah, les filles de l’école Al Rumana se préparent pour la classe de l’après-midi sous le nuage de pétrole menaçant. La vie est diffi­­cile pour les ensei­­gnants. 375 étudiants doivent commen­­cer les cours, mais la plupart des profes­­seurs sont réfu­­giés dans des camps et les manuels scolaires n’ar­­rivent pas. « Beau­­coup d’en­­fants ont des problèmes respi­­ra­­toires, on a dû les envoyer à l’hô­­pi­­tal », dit un profes­­seur. « Hier, c’était le pire : de nombreux enfants ont dû aller à l’hô­­pi­­tal. L’un des incen­­dies se consume juste au coin de la rue. »

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Les enfants ne peuvent pas rester propres
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Ils ont tous l’air épuisé. Veiller à ce que des centaines d’en­­fants restent propres est un défi pour eux. Une autre profes­­seure fait remarquer que tout le monde ici, ensei­­gnants y compris, a les mains sales. « Cette fumée est très sale et elle s’ac­­croche partout. Même la nour­­ri­­ture que nous cuisi­­nons est conta­­mi­­née », ajoute-t-elle avant d’ex­­pliquer que le nettoyage est entravé par l’ali­­men­­ta­­tion défaillante de la ville en eau et en élec­­tri­­cité, depuis quelques temps. « C’est à peine s’il y a l’eau courante dans le quar­­tier. Nous en avons à l’école, mais il y a du pétrole dedans », dit une ensei­­gnante plus âgée. Pour le moment, tout le monde ici peut se doucher une fois par semaine. Les ensei­­gnants sont tous du même avis lorsqu’on leur demande leur senti­­ment sur la situa­­tion. Ils voient l’Irak comme un pays riche et ne comprennent pas que les flammes n’aient pas encore été éteintes.

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Qayya­­rah ressemble au Mordor
Crédits : Matt Cetti-Roberts

« Qu’est-ce qu’on fait pour nos enfants, qui sont en train de perdre leur avenir ? » dit l’en­­sei­­gnante en essuyant une larme au coin de ses yeux alors qu’elle commence à pleu­­rer. On sait qu’à court terme, l’in­­ha­­la­­tion de la fumée provoque des quintes de toux, une irri­­ta­­tion des yeux, du nez et de la gorge, ainsi que des essouf­­fle­­ments. Cepen­­dant, nous ne savons pas tout des effets à long terme dans un tel envi­­ron­­ne­­ment. La pollu­­tion affec­­tera prin­­ci­­pa­­le­­ment les plus jeunes, les plus âgés et les personnes souf­­frant de mala­­dies respi­­ra­­toires comme l’asthme. La situa­­tion la plus semblable à celle de Qayya­­rah est celle des incen­­dies de champs pétro­­li­­fères du Koweït de 1991. Le Dépar­­te­­ment des Anciens combat­­tants des États-Unis a étudié leur impact sur les troupes qui y ont été expo­­sées. Ces feux dégagent de nombreux produits toxiques : dioxyde de carbone, monoxyde de carbone, oxyde de souffre, oxydes de nitro­­gène, hydro­­car­­bures orga­­niques vola­­tils, sulfure d’hy­­dro­­gène et gaz acides. L’hi­­ver, dans le nord de l’Irak, les pluies sont dilu­­viennes. Les averses conta­­mi­­ne­­ront davan­­tage la terre qui s’étend sous les nuages de pétrole, ajou­­tant un autre aspect à ce désastre envi­­ron­­ne­­men­­tal.

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Le nuage noir recouvre toute la ville
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Non loin de l’école, un immense jet de flammes rugit en sortant d’une valve en feu. La valve contrô­­lait autre­­fois le flux de pétrole dans le pipe­­line qui le mène à l’usine de trai­­te­­ment de la ville. Elle a été détruite par les isla­­mistes avec des explo­­sifs. L’État isla­­mique n’a donné aucun aver­­tis­­se­­ment aux civils vivant dans les maisons, à quelques mètres de là. Des groupes d’en­­fants barbouillés de pétrole rient et jouent près du feu. Ils n’ont pas grand-chose d’autre à faire en ville. « Vous voyez comment vont les choses ? Beau­­coup de gens ont des problèmes respi­­ra­­toires », dit Abdul, qui vit dans une maison située à une ving­­taine de mètres de la valve en feu. « Je suis noir de crasse. Tout est couvert de saleté avec cette fumée. »

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Les Forces de sécu­­rité irakiennes ont néan­­moins sécu­­risé la ville
Crédits : Matt Cetti-Roberts

D’après Abdul, les seules choses qui réus­­sissent à venir à bout de la saleté sont les solvants ou l’es­­sence, qui ne sont pas parti­­cu­­liè­­re­­ment bons non plus pour la santé. Il explique que le pire moment, c’est à la tombée de la nuit, quand il n’y a plus aucun moyen d’échap­­per à la fumée. La tempé­­ra­­ture tombe avec l’ar­­ri­­vée du soir et la fumée descend au niveau du sol, rédui­­sant la visi­­bi­­lité. Elle fait chuter la tempé­­ra­­ture dans la ville et ses maisons. « La seule chaleur émane des feux », dit Abdul. Abdul n’a jamais quitté Qayya­­rah, même quand l’État isla­­mique a commencé à faire explo­­ser les infra­s­truc­­tures pétro­­lières. « Ils ne nous ont rien dit, il n’y a eu aucun aver­­tis­­se­­ment », dit-il.

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La vie conti­­nue malgré tout
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Lorsque je lui demande pourquoi il reste ici étant donné les condi­­tions, il répond comme beau­­coup qu’il a une famille nombreuse et qu’il serait diffi­­cile de dépla­­cer tout le monde. Les habi­­tants de Qayya­­rah essaient à présent de ramas­­ser les morceaux et de pour­­suivre leurs vies. « Beau­­coup de gens sont reve­­nus. C’est chez nous ici, et nous nous y sentons en sécu­­rité avec l’ar­­mée irakienne. » Un autre homme du nom de Nabil se joint à nous. Ses yeux sont rouges à cause de la fumée. Il a des amis qui ont été hospi­­ta­­li­­sés pour des problèmes respi­­ra­­toires, mais il ne saurait dire combien. « On est inquiets pour nos enfants. Cela dure depuis plus de deux mois », dit Nabil. L’hô­­pi­­tal prin­­ci­­pal de Qayya­­rah est en piteux état après que les isla­­mistes l’ont utilisé comme base défen­­sive. Mais Nabil assure que le petit hôpi­­tal qui a pris la relève se débrouille bien. Et les gens n’hé­­sitent pas à s’y rendre s’ils ont des problèmes de santé.

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Plus rien ne pousse à Qayya­­rah
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Abdul et Nabil critiquent tous les deux la façon dont s’y prend la compa­­gnie pétro­­lière pour éteindre les feux. « Leurs employés sont payés davan­­tage du fait d’être ici, mais ils ne font rien », dit Nabil. Abdul acquiesce en silence. Ils ne sont pas d’ac­­cord sur la raison exacte pour laquelle le pétrole a conta­­miné les ressources déjà limi­­tées d’eau potable de la ville. Abdul est d’avis que l’État isla­­mique a versé du pétrole dans l’eau à dessein, Nabil pense que le pétrole s’est infil­­tré lorsque les isla­­mistes ont endom­­magé les cana­­li­­sa­­tions. Dans tous les cas, l’état actuel de l’eau ne donne pas matière à débat. Abdul sort son smart­­phone pour me montrer ses photos. L’écran brille comme en pleine nuit dans la faible lumière de l’après-midi. Il s’ar­­rête sur une photo montrant un seau rempli d’eau, à la surface de laquelle flotte une épaisse pelli­­cule huileuse. Les rési­­dents ont appa­­rem­­ment réparé les cana­­li­­sa­­tions percées, mais ça n’a pas suffi. Le quar­­tier est étouffé par la fumée et les fuites de pétrole en feu. Les restes d’un pota­­ger montrent que rien ne peut pous­­ser ici. Les plantes, autre­­fois vivaces, sont à présent des excrois­­sances sans vie qui s’ex­­tirpent de la terre noire, leurs feuilles couvertes de rési­­dus marrons. Même les sillons creu­­sés par le jardi­­nier commencent à se remplir de dépôts de suie. Elle recouvre tout comme une neige noire.

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À certaines heures il n’y a plus d’ho­­ri­­zon
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Jeux d’en­­fants

Un garçon rit alors qu’il monte sur un gros morceau de plas­­tique. Encou­­ragé par ses amis, il s’élance et glisse jusqu’en bas de la pente de béton, avant de déra­­per pour s’ar­­rê­­ter dans un nuage de fumée. D’autres garçons l’imitent. Ils font de la luge avec tout ce qu’ils trouvent d’as­­sez gros pour les porter. Deux enfants chevauchent un gros conte­­neur chimique en plas­­tique bleu. Lorsqu’ils s’ar­­rêtent enfin, un garçon en sort, vêtu un pull vert tout sale. Les trois amis traînent le baril jusqu’en haut de la pente. Le garçon au pull-over retourne à l’in­­té­­rieur et ils glissent à nouveau, sous un tonnerre d’ac­­cla­­ma­­tions. Les enfants jouent dans ce qu’il reste du stade de Qayya­­rah, situé près de l’en­­trée sud de la ville, au bord de la rue prin­­ci­­pale. Il est proche de l’en­­droit où l’État isla­­mique avait ses quar­­tiers géné­­raux, non loin de la raffi­­ne­­rie de Qayya­­rah. Après avoir décrété le sport anti-isla­­mique, les hommes de Daech en partiel­­le­­ment démoli le stade.

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Les enfants s’amusent dans les décombres
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Plus tard, les isla­­mistes ont utilisé le terrain de sport et les bâti­­ments voisins pour leurs réunions et pour stocker leurs armes. Résul­­tat, le site déjà endom­­magé a été la cible de deux bombar­­de­­ments. L’un d’eux a laissé un cratère béant dans le sol pous­­sié­­reux. Diffi­­cile d’ima­­gi­­ner qu’on puisse pratiquer un sport ici. De jeunes hommes entassent les blocs de béton qui ont survécu aux assauts de l’État isla­­mique et de la coali­­tion. Les enfants sont partout dans le stade. Ils font la course dans les gradins couverts de gravats, évitant les poutres métal­­liques qui sortent de la struc­­ture éven­­trée, tandis que d’autres conti­­nuent à faire de la luge jusqu’au pied du plafond effon­­dré. Au sommet des gradins, un garçon un peu plus âgé que les autres, le visage grave, montre du doigt certains repères. « Ça, c’était un des quar­­tiers de l’EI », dit-il en dési­­gnant une pile de gravats au-delà des murs troués du stade. « Là-bas, ils ont exécuté plein de gens », conti­­nue-t-il en poin­­tant du doigt une partie de la ville aupa­­ra­­vant occu­­pée par les isla­­mistes.

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Un enfant joue seul aux abords du stade
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Ici même, dans le stade, l’État isla­­mique réali­­sait ses châti­­ments. Ils coupaient des mains et exécu­­taient des gens, suivant les préceptes du système judi­­ciaire draco­­nien de l’or­­ga­­ni­­sa­­tion terro­­riste. Pour­­tant, les enfants ont l’air heureux. Ils trouvent de quoi se diver­­tir dans cet envi­­ron­­ne­­ment dévasté. Même les filles qui vont à l’école, enca­­drées par des profes­­seurs inquiets, semblent contentes – en dépit du fait que beau­­coup d’entre elles font des séjours régu­­liers à l’hô­­pi­­tal. Jouer près des flammes et s’amu­­ser dans les bâti­­ments détruits n’est pas néces­­sai­­re­­ment mauvais signe pour Qayya­­rah. Mais la vie se déroule sous un nuage qui, jusqu’à l’ex­­tinc­­tion des feux, conti­­nuera de gouver­­ner la vie des habi­­tants et pour­­rait avoir des effets terribles sur leur santé à l’ave­­nir.

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Les enfants jouent au plus près des flammes
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Traduit de l’an­­glais par Nico­­las Prouillac et Arthur Scheuer d’après l’ar­­ticle « Iraq Is Burning », paru dans War Is Boring. Couver­­ture : Un jeune berger de Qayya­­rah. (Matt Cetti-Roberts)

LES KURDES ÉPUISENT DAECH AUX ABORDS DE KIRKOUK

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Aux abords de Kirkouk, dans le nord de l’Irak, les Pesh­­mer­­gas affrontent sans relâche les déta­­che­­ments de L’État isla­­mique qui gangrènent la région.

I. Hadji

Ce soir-là, une brise fraîche souffle sur le toit de l’im­­meuble, faisant obstacle aux mous­­tiques assoif­­fés dans leur quête de peaux dénu­­dées. Les combat­­tants kurdes pesh­­mer­­gas se reposent sur des mate­­las, voire de rudi­­men­­taires sommiers en fer surmon­­tés de cadres cruel­­le­­ment métal­­liques. Certains parlent, et certains dorment pendant que d’autres fument des ciga­­rettes en regar­­dant le ciel nocturne – plus que quelques heures de répit avant l’of­­fen­­sive du lende­­main. Il y a 12 heures de cela, nous avons commencé notre périple vers la ville de Cham­­cha­­mal pour rendre visite à Hadji Fazer et son groupe de volon­­taires pesh­­mer­­gas. Cham­­cha­­mal est une petite ville qui se trouve à envi­­ron 30 minutes en voiture de Kirkouk. Du temps où Saddam Hussein était dicta­­teur, l’ar­­mée irakienne avait forcé les campa­­gnards des envi­­rons à migrer vers la ville.

29/09/2015. Chamchamal, Iraq. A variant of the Russian PK general purpose machine gun is seen at the home of Hadji Fazer in Chamchamal, Iraq. The machine gun was captured by Fazer and his group from ISIS during fighting between the peshmerga and the Islamic Militant group. Supported by coalition airstrikes around 3500 peshmerga of the Patriotic Union of Kurdistan (PUK) and the Kurdistan Democratic Party (KDP) engaged in a large offensive to push Islamic State militants out of villages to the west of Kirkuk. During previous offensives ISIS fighters withdrew after sustained coalition air support, but this time in many places militants stayed and fought. The day would see the coalition conduct around 50 airstrikes helping the joint peshmerga force to advance to within a few kilometres of the ISIS stronghold of Hawija and re-take around 17 villages. Around 20 peshmerga lost their lives to improvised explosive devices left by the Islamic State, reports suggest that between 40 and 150 militants were killed.
Les armes des combat­­tants pesh­­mer­­gas
Crédits : Matt Cetti-Roberts

L’ar­­mée irakienne a ensuite entre­­pris de détruire leurs villages, et de poser des mines anti­­per­­son­­nel dans presque toute la zone pour empê­­cher les trafics et les raids menés par les Pesh­­mer­­gas. Depuis lors, les habi­­tants de Cham­­cha­­mal sont connus pour leur promp­­ti­­tude à se battre et leur mauvais carac­­tère ; une répu­­ta­­tion pas toujours méri­­tée.

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