par Romain Magy | 0 min | 14 mars 2017

Le NSS

Par un clair matin d’hi­­ver, dans le quar­­tier d’Al Sukar, dans l’est de Mossoul, trois pick-ups peints en noir foncent le long des rues pous­­sié­­reuses, sirènes hurlantes. Debout à l’ar­­rière des véhi­­cules, des hommes font signe aux autres conduc­­teurs de déga­­ger la voie. Arri­­vées dans un quar­­tier rési­­den­­tiel, les voitures tournent dans une rue et freinent en déra­­pant pour s’ar­­rê­­ter devant une maison en appa­­rence banale. Les portières s’ouvrent brusque­­ment pour lais­­ser surgir des offi­­ciers du Service natio­­nal de sécu­­rité irakien (NSS), tout vêtus de noir.

L’homme est suspecté d’être un baasiste
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Certains offi­­ciers se posi­­tionnent dans la rue pour monter la garde, pendant que les autres se ruent dans la maison. Un des hommes gravit quatre à quatre les marches d’un esca­­lier voisin pour s’as­­su­­rer une vue d’en­­semble de la scène, en cas de problème. Les voisins s’at­­troupent aux abords de la maison. Certains regardent la scène se dérou­­ler avec curio­­sité, d’autres sont inquiets de cette intru­­sion dans leur quoti­­dien. À l’in­­té­­rieur, les offi­­ciers trouvent l’homme qu’ils sont venus cher­­cher. Il a la tren­­taine et porte des vête­­ments marron sous une veste et un bonnet noirs. Des agents du NSS le ques­­tionnent dans sa chambre pendant que d’autres fouillent ses affaires. Le NSS prétend déte­­nir des infor­­ma­­tions attes­­tant du fait que l’homme aurait fait part à plusieurs personnes de son mépris pour les pros­­pec­­tus des Forces de sécu­­rité irakienne, car il s’agit à ses yeux d’ « infi­­dèles ». D’après la police, l’homme soutient aussi le parti Baas de Saddam Hussein et l’État isla­­mique. L’homme proteste. Il clame son inno­­cence. Les offi­­ciers du NSS trouvent un drapeau du Baas et des docu­­ments frap­­pés du sceau de l’EI dans la maison. Ils emmènent le suspect. Il proteste de plus belle alors que la police lui baisse son bonnet sur les yeux et attache ses mains avec des liens de plas­­tique. Ils le font monter à l’ar­­rière d’un des pick-ups.

À l’ar­­rière du pick-up
Crédits : Matt Cetti-Roberts

« Je hais ce drapeau », dit l’un des offi­­ciers du NSS, un capi­­taine origi­­naire de Bagdad qui porte un masque. « Saddam a tué sept de mes cousins. » Il bran­­dit un béret portant le sigle du Baas, en affir­­mant l’avoir trouvé dans la maison du suspect. Nous sommes mi-février 2017. L’est de Mossoul, autre­­fois le bastion de Daech en Irak, est tombé aux mains des forces de sécu­­rité irakiennes il y a seule­­ment quelques semaines. Depuis, les offi­­ciers du Service de sécu­­rité natio­­nale irakien – Jihaz Al Amin Al Watani en arabe – travaillent sans relâche dans les quar­­tiers libé­­rés de la ville. Le NSS dépend du minis­­tère de l’In­­té­­rieur. Il est en charge d’enquêtes se rappor­­tant à un vaste éven­­tail de crimes, qui vont de l’es­­pion­­nage à la fraude. Ces derniers temps, la prio­­rité de ce déta­­che­­ment opérant dans les quar­­tiers est de Mossoul est de débusquer les cellules dormantes de l’EI, leurs colla­­bo­­ra­­teurs et leurs fabriques de muni­­tions.

Le NSS effec­­tue raid après raid
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Le colo­­nel

Le colo­­nel Hassham a toujours habité à Mossoul. C’est lui qui est à la tête du déta­­che­­ment du NSS qui opère dans cette partie de la ville. Il est assis dans une maison d’une propreté impec­­cable qui a été réqui­­si­­tion­­née récem­­ment, juste en dehors de la ville. Le colo­­nel est vêtu de noir, comme ses hommes. Le seul badge présent sur son uniforme est celui du NSS. Hassham fume des ciga­­rettes fines tout en jonglant entre ses deux télé­­phones, qui sonnent constam­­ment. Il prend note des infor­­ma­­tions reçues sur un petit cale­­pin. « Nous avons beau­­coup fait ces dernières semaines », dit Hassham. Il raconte que la nuit précé­­dente, son unité a mené un raid contre une usine de l’EI et saisi des roquettes et des cein­­tures d’ex­­plo­­sif arti­­sa­­nales. Il sort son smart­­phone et me montre les images du raid, diffu­­sées par un jour­­nal télé­­visé local. Des offi­­ciers du NSS descendent une rue en courant avant de défon­­cer une porte et de s’y engouf­­frer. La personne qui a pris ces images a filmé un écran de télé. J’en­­tends des offi­­ciers du NSS rire et se moquer des erreurs tactiques de leurs collègues.

Un offi­­cier du NSS esca­­lade un mur
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Hassham explique que depuis la libé­­ra­­tion, le NSS et d’autres branches des FSI (Forces de sécu­­rité irakiennes) ont arrêté plus de 400 suspects dans l’est de Mossoul. Les infor­­ma­­tions menant à ces arres­­ta­­tions viennent souvent d’in­­for­­ma­­teurs. « Au début, les gens avaient peur de venir nous trou­­ver, mais main­­te­­nant ils commencent à parler », dit-il. Le colo­­nel mentionne un exemple, celui d’un habi­­tant de Mossoul venu les voir avec des infor­­ma­­tions sur un groupe de sympa­­thi­­sants de Daech du quar­­tier. « Certaines personnes ont peur des terro­­ristes. Ils ne veulent pas dire ce qu’ils savent », remarque Hassham. Il ajoute qu’il sait que certains déla­­teurs peuvent nour­­rir d’autres moti­­va­­tions que le simple bien commun. Jusqu’ici, tous les suspects sont des hommes – certains sont adoles­­cents et les plus vieux sont âgés d’une cinquan­­taine d’an­­née. « En géné­­ral, on arrête des indi­­vi­­dus plus que des groupes », dit Hassham.

L’arme d’un offi­­cier frap­­pée de l’aigle irakien
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Les offi­­ciers de l’unité d’Has­­sham viennent de toute l’Irak. Un sur dix vient de Mossoul. Le colo­­nel dit qu’il aime­­rait recru­­ter plus d’hommes issus de la popu­­la­­tion locale, et qu’il a demandé de l’aide en ce sens à Bagdad. Mais jusque-là, il n’a rien reçu. La connais­­sance du terrain est bien sûr un gros avan­­tage quand on travaille dans la seconde plus grosse ville d’Irak.  « Parfois, ils se perdent », dit Hassham en parlant de ses hommes. Le colo­­nel explique qu’il voit l’EI comme une orga­­ni­­sa­­tion crimi­­nelle. « Certaines personnes n’ont pas d’argent, donc elles se mettent à leur service. D’autres ont subi un lavage de cerveau. Quand on voit que c’est le cas, on se contente de leur parler. Certains craquent. Si le suspect est nerveux, je le provoque et je lui dis des choses qui vont susci­­ter une réac­­tion. » Les suspects sont conduits au quar­­tier géné­­ral local du NSS pour être inter­­­ro­­gés. Des spécia­­listes –la plupart du temps des offi­­ciers char­­gés de la super­­­vi­­sion et de l’or­­ga­­ni­­sa­­tion des opéra­­tions – dirigent les inter­­­ro­­ga­­toires. S’ils sont convain­­cus qu’un suspect est inno­cent, ils le libèrent. Sinon, il le font compa­­raître devant un tribu­­nal à Qayya­­rah, où des témoins apportent des preuves. D’après le colo­­nel, les membres de l’État isla­­mique craignent le NSS. « Si on les attrape, ils sont capables de se suici­­der. »

Le gros terro­­riste

À l’ex­­té­­rieur d’une autre maison, un spécia­­liste en explo­­sifs du NSS examine une porte avant de l’ou­­vrir douce­­ment. Il entre dans le jardin en obser­­vant tout autour de lui. Son nom est Ali. Il dit avoir désa­­morcé envi­­ron 200 engins explo­­sifs arti­­sa­­naux fabriqués par l’EI. Les autres membres de l’équipe le consi­­dèrent comme un héros. Il avance prudem­­ment. D’autres offi­­ciers le suivent, l’arme au poing. Le sol est jonché de feuilles mortes et d’oranges pour­­ries, signe que personne n’a mis les pieds ici depuis long­­temps. La porte prin­­ci­­pale de la maison est fermée avec une chaîne. Les offi­­ciers la retirent. Dans la maison, ils trouvent des sacs d’en­­grais ouverts. Une porte mène à un cellier. Ils y trouvent des produits chimiques, le maté­­riel de base pour fabriquer soi-même des explo­­sifs.

Une fabrique arti­­sa­­nale d’ex­­plo­­sifs
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Dans un large couloir, de grands cadres de métal soudés (utili­­sés par l’EI pour lancer des roquettes) reposent sur des boîtes en bois utili­­sées par les terro­­ristes pour trans­­por­­ter les armes. Le symbole de Daech est tagué sur un mur du couloir. Des morceaux de métal taillé à la manière carac­­té­­ris­­tiques de l’EI sont amas­­sés dans une des pièces. Ali désigne des sacs dans ce qui devait être une chambre. « C4 », dit-il. Après avoir inspecté toute la maison, la police inscrit le nom de l’agence à la bombe de pein­­ture sur le mur exté­­rieur, pour signi­­fier que le bâti­­ment a été fouillé. Une autre unité vien­­dra plus tard récu­­pé­­rer les explo­­sifs décou­­verts. À mesure que les Forces de sécu­­rité Irakiennes avancent, elles laissent souvent les fabriques d’armes en l’état. Dans de nombreux cas, les hommes de Daech ont laissé derrière eux des engins explo­­sifs conçus pour explo­­ser quand quelqu’un fouillera l’im­­meuble. Les offi­­ciers du NSS disent explo­­rer envi­­ron trois fabriques d’armes par jour, qui contiennent toutes des roquettes et des cein­­tures d’ex­­plo­­sifs. Ils sont sûrs d’en trou­­ver encore beau­­coup d’autres.

Le spécia­­liste en explo­­sifs du NSS
Crédits : Matt Cetti-Roberts

La routine n’a pas sa place ici. Le NSS doit souvent réagir à des infor­­ma­­tions qui viennent de leur parve­­nir, via un appel du quar­­tier géné­­ral ou des infor­­ma­­teurs au sein de la popu­­la­­tion. Les mots « Daech a vécu ici » sont peints sur le mur d’une maison du quar­­tier d’Al Tahrir. C’est un message laissé par les FSI pendant la libé­­ra­­tion de l’est de Mossoul. Deux des fils de la famille vivant dans cette maison étaient des combat­­tants de l’État Isla­­mique. L’un d’eux s’est fait explo­­ser. L’autre est la raison de l’ap­­pel du NSS. Dans le salon, un vieil homme obèse est assis en jogging dans un des fauteuils qui s’alignent le long de trois des murs de la pièce. Des textes isla­­miques sont accro­­chés au mur derrière lui. Le poste de radio diffuse des prières. Toute la maison sent forte­­ment la paraf­­fine à cause des chauf­­fages de l’im­­meuble. La majeure partie de Mossoul n’a plus d’élec­­tri­­cité.

Inter­­ro­­ga­­toire et fouille
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Un offi­­cier se tient debout près du vieil homme et le braque avec son arme pendant qu’il l’in­­ter­­roge. Son épouse raconte que son deuxième fils a été tué par d’autres mili­­tants de l’EI un an aupa­­ra­­vant, car il avait essayé de fuir le combat. Les offi­­ciers du NSS sont suspi­­cieux, en parti­­cu­­lier parce que la femme du fils en ques­­tion est encein­­te… Le NSS va emme­­ner le vieil homme pour un inter­­­ro­­ga­­toire plus poussé. Les offi­­ciers pensent qu’il a encou­­ragé ses fils à rejoindre l’État isla­­mique. Un autre de ses fils, tout jeune adoles­cent, enfile des chaus­­sures aux pieds de son père. Contrai­­re­­ment à d’autres suspects arrê­­tés ce jour-là, le vieil homme n’op­­pose aucune réti­­cence aux poli­­ciers. Ces derniers débattent du véhi­­cule dans lequel le vieil homme doit être emmené. À cause de sa corpu­­lence, il ne peut pas voya­­ger avec les autres suspects. Et quand bien même l’ar­­rière du pick-up serait vide, il n’y a pas assez de place pour qu’il puisse tenir assis au sol. Un offi­­cier passe par là et fait remarquer en anglais : « On a un problème, on a un gros terro­­riste ! »

Les agents du NSS sont très inti­­mi­­dants
Crédits : Matt Cetti-Roberts

X

Une foule de badauds déam­­bule dans le bazar bondé du quar­­tier d’Al Zuhour, se frayant diffi­­ci­­le­­ment une voie entre les étals. De jeunes garçons tentent de vendre aux prome­­neurs des perches à selfies qu’ils bran­­dissent dépliées, telles des bouquets de porte-drapeaux surgis­­sant de la foule. Les offi­­ciers du NSS slaloment entre les ache­­teurs. Des femmes voilées poussent leurs enfants de côté et les hommes s’écartent pour éviter la police, qui fonce sur sa cible. Les offi­­ciers se dispersent. Quatre hommes et un infor­­ma­­teur masqué – appe­­lons le « X » – se hâtent à l’in­­té­­rieur d’un petit restau­­rant. En entrant, un capi­­taine du NSS crie à tout le monde de s’im­­mo­­bi­­li­­ser. Les badauds à l’ex­­té­­rieur du restau­­rant se regroupent et scrutent l’in­­té­­rieur de l’im­­meuble. À l’in­­té­­rieur de ce restau­­rant faible­­ment éclairé, les clients conti­­nuent de manger leurs kebabs tout en assis­­tant au drame. Un large grill dégage un mur de chaleur à l’en­­trée. L’em­­ployé que les offi­­ciers veulent voir, Jamal, 16 ans, a été vu sur des vidéos en train de brûler le corps de soldats irakiens morts, et de sauter sur leurs dépouilles.

Un offi­­cier fait le guet
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Il n’est pas là. L’in­­for­­ma­­teur ques­­tionne un autre employé sur un ton agres­­sif. Il veut savoir où est Jamal. Cette fois-ci, les offi­­ciers font chou blanc. À l’ex­­té­­rieur de l’échoppe, l’in­­for­­ma­­teur passe des appels depuis un vieux télé­­phone Nokia. Après une brève conver­­sa­­tion, le groupe se dirige vers une autre partie du marché. Les allées entre les stands sont couvertes de feuilles de tôle ondu­­lée. De fins rayons de soleil éclairent les ache­­teurs tandis qu’ils examinent la marchan­­dise expo­­sée sur les étals. Certains observent les offi­­ciers du NSS se dépla­­cer. D’autres les ignorent et conti­­nuent leurs emplettes comme si de rien n’était. Un mince filet d’eau verte et crou­­pie s’écoule le long d’un égout ouvert au centre de l’al­­lée. Soudain, la police entre en trombe dans une boutique de vête­­ments. Elle encercle un homme à l’air ébahi en lui criant des ques­­tions tandis que l’in­­for­­ma­­teur lui agrippe le bras. C’est un ami de Jamal. Les offi­­ciers l’em­­barquent. Ils disent avoir la preuve que l’homme a partagé de la propa­­gande de Daech sur les réseaux sociaux.

Inter­­ro­­ga­­tion au bazar
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Le NSS quitte le marché et, avec l’aide de l’in­­for­­ma­­teur, rend visite à la famille de Jamal qui habite à deux pas de là. Il n’est pas là non plus, mais les offi­­ciers sont formels sur le fait qu’ils l’ar­­rê­­te­­ront un autre jour. À l’ex­­té­­rieur de la maison de Jamal, un résident de Mossoul élégam­­ment vêtu s’ap­­proche des offi­­ciers. Il détient des infor­­ma­­tions sur des membres de l’EI qui vivent dans le quar­­tier. Après une conver­­sa­­tion – et l’ex­­pres­­sion de son inquié­­tude vis-à-vis de sa sécu­­rité – les offi­­ciers du NSS commencent à lui crier dessus avant de le menot­­ter et de lui bander les yeux. L’idée est de créer l’illu­­sion qu’il est un suspect, pas un déla­­teur. Ils n’ont peut-être pas trouvé Jamal, mais les poli­­ciers ont réussi à se trou­­ver une nouvelle source.

Une jour­­née ordi­­naire

Vingt minutes après que les offi­­ciers du NSS ont quitté la zone, deux combat­­tants de Daech vêtus de gilets explo­­sifs ciblent le marché d’Al Zuhoor. Personne ne sait si les poli­­ciers étaient visées, mais douze personnes sont mortes et plus de trente autres ont été bles­­sées. À mesure que les opéra­­tions du jour s’en­­chaînent, le NSS passe prendre et dépose plusieurs infor­­ma­­teurs. Mais X, l’homme qui les accom­­pa­­gnait au marché, reste là et parti­­cipe à plusieurs autres raids. Il enlève son masque alors que le convoi redé­­marre pour retour­­ner au QG. Ses cheveux sont plaqués contre son crâne par la sueur.

Le nouvel infor­­ma­­teur
Crédits : Matt Cetti-Roberts

« Ce n’est pas une revanche, ça n’a rien de person­­nel », dit-il. « Je fais ça pour les gens inno­­cents de Mossoul. Je fais ça pour proté­­ger ma famille. » X était membre de la police irakienne jusqu’en 2007. Il a été visé et menacé par l’EI quand le groupe a pris Mossoul. « Ça me désole de voir mon pays dans un tel état », dit-il. Il dit être plei­­ne­­ment conscient des dangers auxquels il s’ex­­pose en jouant les infor­­ma­­teurs. Mais il est caté­­go­­rique et ne « les » (Daech) lais­­sera pas le contrô­­ler. « Je me sacri­­fie pour mon pays », dit-il.

En plein raid
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Sur sa liste figurent six autres personnes qu’il connaît bien. « Ils viennent tous de mon quar­­tier. Je les connais depuis long­­temps, bien avant l’ar­­ri­­vée de Daech. » Le convoi s’ar­­rête et X saute à terre. Sans se retour­­ner, il s’éva­­nouit dans la foule. Les offi­­ciers du NSS expliquent qu’ils mettent beau­­coup de soin à proté­­ger l’iden­­tité de leurs infor­­ma­­teurs et qu’ils vont jusqu’à leur procu­­rer des masques ou à les habiller comme les membres des forces de sécu­­rité.

~

L’équipe du NSS passe cinq bonnes heures en ville. Les offi­­ciers main­­tiennent un rythme soutenu, passant d’un raid à l’autre. Ce jour-là, les suspects arrê­­tés comprennent deux combat­­tants de l’EI, un homme que les poli­­ciers soupçonnent d’avoir travaillé pour les médias sociaux de Daech, et un homme – arrêté à la clinique où il travaille – que le NSS accuse d’avoir procuré des statis­­tiques sur les pertes civiles à des terro­­ristes en dehors des zones libé­­rées. La police confisque aussi sa voiture. Elle est en piteux état et cale deux fois en chemin.

Deux suspects arrê­­tés ce jour-là
Crédits : Matt Cetti-Roberts

De retour au QG du NSS en dehors de la ville, les poli­­ciers débarquent les suspects et les guident vers le jardin d’une maison dans le lotis­­se­­ment. Les déte­­nus s’age­­nouillent, à l’ex­­cep­­tion de l’homme obèse. On lui donne une chaise. Le NSS enre­­gistre chaque homme. D’après Hassham, c’est une jour­­née ordi­­naire. « Certains des suspects d’aujourd’­­hui sont des combat­­tants, et nous avons des infor­­ma­­tions selon lesquelles un des hommes arrê­­tés aujourd’­­hui vendait des esclaves yézi­­dis. » Un offi­­cier du nom d’Abid – qui vient de Mossoul – dit être ravi de voir ses compa­­triotes de la ville donner des infor­­ma­­tions. « Ils le font pour l’Irak », dit-il. « Nous sommes tous des frères, venus de toute l’Irak. Nous n’avons qu’une ennemi : l’État isla­­mique. Et nous avons sauvé beau­­coup de gens en procé­­dant à ces arres­­ta­­tions aujourd’­­hui. »

Un suspect atta­­ché
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Traduit de l’an­­glais par Caro­­line Bour­­ge­­ret d’après l’ar­­ticle « Mosul’s Aven­­ging Angels », paru dans War Is Boring. Couver­­ture : Un membre des NSS patrouille dans Mossoul. (Matt Cetti-Roberts)
 
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