par Ronus | 18 avril 2016

Free­­way Rick

« Free­­way » Rick Ross est un nom plein de réso­­nance symbo­­lique. Il appar­­tient à un homme célèbre pour avoir inondé Los Angeles de crack dans les années 1980. De joueur de tennis promet­­teur, Rick Ross s’est retrouvé à la tête d’un empire de la drogue écou­­lant jusqu’à trois millions de dollars de marchan­­dise par jour, qui comp­­tait parmi ses clients les gangs mythiques des Bloods et des Crips. Il s’est ensuite retrouvé mêlé à son insu au scan­­dale des Contras par l’en­­tre­­mise du dealer nica­­ra­­guayen Danilo Blandón, et il a fina­­le­­ment écopé de 13 années d’in­­car­­cé­­ra­­tion dans une prison fédé­­rale – il était à l’ori­­gine condamné à perpé­­tuité, mais il a livré une bataille épique pour faire réduire sa peine. Il y aurait de quoi remplir un gros livre (au moins un) avec la vie de Free­­way Rick, la légende aujourd’­­hui âgée de 56 ans. C’est ce qu’il a fait d’ailleurs, en sortant Free­­way Rick Ross: The Untold Auto­­bio­­gra­­phy en 2014.

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Crédits : Dan Levin

Depuis sa sortie de prison en 2009, et malgré de récentes décon­­ve­­nues, Free­­way Rick sillonne l’Amé­­rique pour parti­­ci­­per à des événe­­ments, faire la promo­­tion de son livre, de sa ligne de vête­­ments et du docu­­men­­taire dont il est le héros. Il fait aussi de la préven­­tion auprès des jeunes en leur parlant des dangers que repré­­sentent la drogue et le mode de vie qui l’ac­­com­­pagne. La plupart des bandits qui se font attra­­per — et j’en suis un, ou du moins je l’ai été, ayant passé 21 ans en prison pour avoir dealé de la weed et du LSD — mènent le genre d’exis­­tence à laquelle on peut s’at­­tendre de la part d’un trafiquant de drogue. Le buzz, le pouvoir, l’argent, la popu­­la­­rité, les femmes : toutes ces choses peuvent deve­­nir plus addic­­tives qu’une seringue dans le bras. Les barons de la drogue vivent comme des rock stars. Comment y résis­­ter ? Et comment rempla­­cer cette vie, une fois qu’on y a goûté ? Le parcours de Free­­way Rick ne s’ar­­rête pas là. Il a notam­­ment engagé des pour­­suites judi­­ciaires contre le rappeur Rick Ross pour avoir utilisé son nom, et il a été incarné à l’écran par Michael Kenneth Williams (Omar dans The Wire) dans le film Secret d’État avec Jeremy Renner. Mais malgré sa noto­­riété et son passé crimi­­nel, Free­­way Rick a le senti­­ment que l’aven­­ture la plus impor­­tante de sa vie a été sa recon­­ver­­sion. Les choses se sont faites progres­­si­­ve­­ment, mais il a l’im­­pres­­sion d’être enfin arrivé à un stade où, non content d’être à l’aise avec ce qu’il a fait et ce qu’il est aujourd’­­hui, il ne lui est pas désa­­gréable d’en parler. Et c’est exac­­te­­ment ce que nous avons fait.


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Crédits : Blow­­back Produc­­tions

Les encou­­ra­­ge­­ments

Pourquoi as-tu commencé à vendre de la drogue, outre le fait que ton profes­­seur de rembour­­rage textile était prêt à t’ai­­der ?

La raison pour laquelle j’ai commencé à vendre de la drogue, c’est que je m’étais mis dans une situa­­tion très diffi­­cile du point de vue éduca­­tif, je n’avais que très peu d’op­­tions. Sans une éduca­­tion formelle, il est presque impos­­sible de trou­­ver du travail en Amérique. Je ne savais pas lire. Je ne savais pas écrire non plus, donc j’étais inca­­pable de remplir le moindre formu­­laire, même si j’étais prêt à exer­­cer pratique­­ment n’im­­porte quel métier. Je m’étais dit que peu importe le job que je ferais, j’y mettrais autant d’ap­­pli­­ca­­tion que quand je jouais au tennis.

Tout le monde a entendu parler de ta carrière de tennis­­man. Que s’est-il passé exac­­te­­ment ?

C’est simple, je me suis donné corps et âme au tennis jusqu’à ce que je me sois retrouvé dans une impasse : je ne pouvais pas aller plus loin sans éduca­­tion. Et je n’au­­rais pas pu aller à l’uni­­ver­­sité, même avec une bourse d’études du tennis, car j’étais illet­­tré. Ma carrière de joueur a pris fin avant même d’avoir commencé.

Tu dis avoir une prédis­­po­­si­­tion globale à la dépen­­dance, comment cela s’est-il traduit dans le milieu de la drogue ?

ulyces-freewayrickitw-05-1Oui, j’ai tout à fait ce type de person­­na­­lité. Quoi que je fasse, je me jette dedans à corps perdu. J’y mets tout mon cœur, sans aucune rete­­nue. Et je ne laisse rien au hasard. C’est de cette façon que j’ai abordé le trafic de drogue. Au final, on recherche le même fris­­son que les toxi­­co­­manes : on essaie de retrou­­ver la même inten­­sité que la première fois. L’idée est toujours d’al­­ler plus loin, plus haut, d’at­­teindre l’étape suivante — qui est presque inac­­ces­­sible. Un dealer est dans la même posi­­tion que ses clients. Il a envie d’être le boss, le type que la famille vient voir quand elle a besoin de quelque chose, et sur lequel peuvent comp­­ter ceux qu’il aime. Je crois même que c’est plus addic­­tif que pour les consom­­ma­­teurs, car eux au moins, ils ont toujours quelqu’un qui leur dit qu’ils ne devraient pas se droguer. Personne ne dit jamais aux dealers qu’ils ne devraient pas dealer en Amérique. La plupart des gens les y encou­­ragent. Même s’ils ne le font pas consciem­­ment, ils le font en vous deman­­dant sans cesse de l’argent et de l’aide. La façon dont la société améri­­caine voit les trafiquants de drogue les encou­­rage à conti­­nuer.

Déter­­miné

Qu’est-ce que cela fait d’être un baron de la drogue, d’être au centre de l’ac­­tion ?

On se retrouve à la tête de quelque chose d’énorme et de mons­­trueux. Et à moins d’être un cerveau, on n’a aucune idée de la façon dont on est arrivé là. Mais une fois qu’on y est, il faut nour­­rir ce monstre tous les jours. On sait très bien que le jour où on arrê­­tera de vendre de la drogue, on perdra le pouvoir qui va avec — et on n’en a aucune envie. Une chose en entraî­­nant une autre, on se retrouve à devoir nour­­rir ce monstre qu’on a en partie créé ; c’est une posi­­tion qu’on finit presque par aimer. Les gens, en tout cas, adorent nous y voir. C’est comme avec mon pote qui vient de se faire arrê­­ter, El Chapo : la plus grande actrice du Mexique lui envoyait des sextos. Voilà comment on traite nos trafiquants de drogue. Ils deviennent des célé­­bri­­tés. Ce sont des héros aux yeux de leur commu­­nauté.

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Crédits : Dan Levin

Ce qui a évidem­­ment pesé dans la balance quand tu as décidé de t’in­­ves­­tir dans le commerce de la cocaïne.

Mon premier modèle — enfin pas le tout premier, mais à mes 19 ans — est devenu trafiquant de drogue. Les héros de beau­­coup jeunes hommes afro-améri­­cains sont des dealers, car ce sont les premières personnes fortu­­nées auxquelles nous avons affaire. La plupart des gens au sein de la commu­­nauté afro-améri­­caine vivent dans le dénue­­ment. Il y a très peu d’en­­tre­­prises lancées par des Afro-Améri­­cains, et quand on parle de réus­­site, vos premiers héros sont les gens que vous obser­­vez autour de vous, et qui vous rendent votre regard. Ils agissent comme vous, ils vivent dans le même quar­­tier, et leur exis­­tence est tout ce dont vous rêvez. Dans la plupart des cas, il s’agit pour nous de trafiquants de drogue.

Comment as-tu fina­­le­­ment réussi à dépas­­ser le besoin de conti­­nuer à dealer ?

Tout ce que j’ai fait, ça a été de chan­­ger mon atti­­tude. Mes habi­­tudes, ma conduite, ma déter­­mi­­na­­tion et la façon dont je gère mon argent sont restées les mêmes. Le seul truc qui décon­­nait, c’était la cocaïne que je mettais dans l’équa­­tion. J’ai dû prendre conscience que la coke était une chose à laquelle je ne pour­­rais jamais retour­­ner. Je devais m’en tenir aussi éloi­­gné que possible. Une fois que je m’en suis débar­­rassé et que j’ai appliqué les mêmes stra­­té­­gies que j’uti­­li­­sais pour vendre de la cocaïne à d’autres choses, elles sont deve­­nues pros­­pères. Bon, pas autant qu’a­­vec la coke ! Mais je vois déjà des choses promet­­teuses se mettre en place. Mon livre, mes t-shirts, mon label, mes docu­­men­­taires, tout ce que je touche. Je sais que si j’y mets la même éner­­gie et la même déter­­mi­­na­­tion, tout fonc­­tion­­nera.

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Crédits : Blow­­back Produc­­tions

As-tu appris quoi que ce soit en prison qui te fait avan­­cer dans la vie ?

Ce que j’ai décou­­vert durant mon incar­­cé­­ra­­tion, c’est que l’ex­­pé­­rience est 1 000 fois plus chère payée que ce qu’elle vaut en réalité. C’est ce que j’es­­saie de trans­­mettre aux gamins : on n’a pas besoin d’en faire l’ex­­pé­­rience soi-même. Tout ce qu’on a à faire, c’est de s’ins­­pi­­rer de l’ex­­pé­­rience de quelqu’un comme moi et de prendre un raccourci. J’es­­saie vrai­­ment d’en faire le tour et de parta­­ger mon expé­­rience avec autant de gens que possible. C’est la raison pour laquelle j’ai écrit ce livre et c’est la raison d’être de mon docu­­men­­taire. Je travaille égale­­ment à l’écri­­ture d’un film et d’une série en ce moment. Les gens peuvent m’étu­­dier et apprendre non seule­­ment de mes erreurs, mais aussi des choses que j’ai réus­­sies. J’es­­saie de les utili­­ser au maxi­­mum de leur poten­­tiel.

Et la drogue ne fait plus partie de l’équa­­tion désor­­mais, n’est-ce pas ?

Tu sais, personne ne gagne au jeu de la drogue. Les consom­­ma­­teurs détruisent leur vie et les vendeurs sont soit en prison, soit ils se font tuer. Il n’y a pas de vainqueur. Si vous utili­­sez la même déter­­mi­­na­­tion dont vous faites preuve pour consom­­mer de la drogue ou pour en vendre et que vous l’ap­­pliquez à d’autres voies, les résul­­tats seront extra­­or­­di­­naires.

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Crédits : Dan Levin

Traduit de l’an­­glais par Nico­­las Prouillac et Arthur Scheuer d’après l’ar­­ticle « Is Drug Dealing a Hard Habit to Kick? Just Ask Former King­­pin « Free­­way » Rick Ross », paru dans The Influence. Suivez Seth Ferranti sur Twit­­ter et retrou­­vez-le sur son site. Couver­­ture : Rick Ross par Forest Casey (Hammer/UCLA).


LE VRAI RICK ROSS VENDAIT DU CRACK POUR LA CIA

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1980. Guerre civile au Nica­­ra­­gua, appa­­ri­­tion du crack et d’un gamin de Los Angeles en quête d’ave­­nir. Un concours de circons­­tances qui allait boule­­ver­­ser l’Amé­­rique.

Le vrai Rick Ross n’est pas un rappeur. C’est ce qui est écrit sur son T-shirt, élégam­­ment séri­­gra­­phié en deux couleurs. Les lettres épaisses et noires font écho à son parcours. Chauve et barbu, il est encore surpris par l’in­­ten­­sité de son come-back. L’encre dorée a néces­­sité un second pochoir. Sur sa tête est dessi­­née une couronne tout juste dépo­­sée et, parfai­­te­­ment aligné avec le O de son nom, le visage du caïd. Juste à côté appa­­raît sa signa­­ture : la marque flam­­boyante de l’homme qui, il fut un temps, gagnait plusieurs millions par jour en vendant de la cocaïne, mais qui n’a appris à lire qu’à l’âge de 28 ans, derrière les barreaux. C’est fina­­le­­ment par la lecture qu’il rega­­gnera sa liberté. Par un matin enso­­leillé du sud de la Cali­­for­­nie, Rick Ross quitte son appar­­te­­ment exigu pour lequel il ne paie pas de loyer, et roule le long d’Ocean Avenue, le quar­­tier chic de Long Beach. Il a des affaires pres­­santes à régler dans la ville ouvrière de River­­side, à une heure de route.

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Crédits : Blow­­back Produc­­tions

Il est le véri­­table Rick Ross, né Ricky Donnell Ross en 1960, l’un des trois Rick du quar­­tier, celui qui vivait sur 87th Place, à l’en­­droit où la rue venait buter contre la Free­­way 110, à l’ombre d’un pilier en béton massif. Il pouvait y sentir le sol trem­­bler sous ses pieds, et l’en­­droit lui a valu son surnom : Free­­way Rick Ross. Il ne s’agit pas du rappeur connu sous le nom de Rick Ross, ancien joueur de foot­­ball améri­­cain, univer­­si­­taire gras­­souillet et ex-gardien de prison, dont le nom de baptême est en réalité William Leonard Roberts II. Quand Roberts a débuté sa carrière musi­­cale, il s’est appro­­prié le nom et l’a fait tatouer sur ses phalanges : RICK RO$$. Il a bâti sa répu­­ta­­tion en rappant sur un passé crimi­­nel fictif, tandis que le Rick Ross authen­­tique, Free­­way Rick Ross, emblé­­ma­­tique au point de se faire voler son nom, était incar­­céré à perpé­­tuité dans une prison fédé­­rale améri­­caine, sans possi­­bi­­lité de remise en liberté condi­­tion­­nelle.

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