par Sarah Birke | 23 février 2015

Durant le mois de décembre, les États-Unis et certains de leurs alliés, ainsi que le régime de Bachar el-Assad à Damas, ont inten­­si­­fié la campagne de bombar­­de­­ment contre la place forte de l’État isla­­mique dans la ville de Racca, dans le nord de la Syrie (même si 97 % des frappes aériennes en Syrie ont été effec­­tuées par les États-Unis). Aux côtés des Améri­­cains dans les bombar­­de­­ments, on pouvait comp­­ter les Émirats arabes unis et l’Ara­­bie Saou­­dite. Les pays occi­­den­­taux tels que la Grande-Bretagne, la France et l’Aus­­tra­­lie, membres de la coali­­tion améri­­caine contre l’EI, ne prennent part qu’aux opéra­­tions se dérou­­lant sur le sol irakien. D’autres pays y parti­­cipent de façon moins active, en mettant à dispo­­si­­tion du person­­nel et du maté­­riel. L’or­­ga­­ni­­sa­­tion djiha­­diste est long­­temps restée impé­­né­­trable quant aux dépla­­ce­­ments de son leader, Abou Bakr al-Bagh­­dadi, et de ses respon­­sables.

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Carto­­gra­­phie de la guerre civile syrienne
En gris : contrôlé par l’État isla­­mique ; en rouge : contrôlé par le gouver­­ne­­ment syrien
En jaune : contrôlé par les Kurdes ; en vert : contrôlé par l’ASL et d’autres factions rebelles
En blanc : contrôlé par Jabhat al-Nosra

Des habi­­tants de la région disent qu’ils se déplacent entre la Syrie et l’Irak. Mais Racca est géné­­ra­­le­­ment consi­­dé­­rée comme la « capi­­tale » du cali­­fat auto-proclamé de Daesh, la ville à laquelle l’or­­ga­­ni­­sa­­tion est le plus souvent asso­­ciée. À en juger par les images diffu­­sées par le groupe, Racca serait à la fois centre d’un État isla­­mique utopique et foyer d’ex­­tré­­mistes dont les habi­­tants brigue­­raient une version radi­­cale de l’is­­lam, joui­­raient d’exé­­cu­­tions publiques, et suppor­­te­­raient avec ferveur leurs impi­­toyables chefs de guerre vêtus de noir. La déca­­pi­­ta­­tion du jour­­na­­liste améri­­cain James Foley, ainsi que de nombreux autres otages, a été filmée sur une colline à la péri­­phé­­rie de la ville. Dans ses décla­­ra­­tions, l’EI prétend que ces exécu­­tions de victimes améri­­caines et anglaises sont leurs réponses aux bombar­­de­­ments améri­­cains en Syrie. Comme pour beau­­coup d’autres actions de l’or­­ga­­ni­­sa­­tion, il s’agit de renvoyer à l’Oc­­ci­dent une image de puis­­sance et d’hor­­reur. Et pour­­tant, cette ville provin­­ciale, qui selon les diffé­­rentes esti­­ma­­tions compte entre 250 000 et 500 000 habi­­tants, ne laisse pas forcé­­ment devi­­ner de telles tendances isla­­mistes ou djiha­­distes. Par ailleurs, Racca n’a pas été ratta­­chée au conflit syrien avant 2013.

Une posi­­tion stra­­té­­gique

Vivant à Damas avant la guerre, j’ai pu visi­­ter Racca à plusieurs occa­­sions, et j’ai été frap­­pée par sa bana­­lité. Un coin pous­­sié­­reux, à l’écart des grandes villes du pays. Elle comp­­tait peu d’équi­­pe­­ments publics, et la plupart des Syriens que je connais ayant eu l’op­­por­­tu­­nité de la visi­­ter s’en sont plaints. Il est vrai que la popu­­la­­tion locale, un mélange de tribus et de Bédouins séden­­ta­­ri­­sés, était presque entiè­­re­­ment d’obé­­dience sunnite, mais à la diffé­­rence de villes situées plus à l’ouest comme Hama et Alep, il n’y avait pas ici de tradi­­tion d’ac­­ti­­visme isla­­mique. Un habi­­tant d’al-Tabqah, une ville voisine de Racca dont la base aérienne a été conquise par l’État isla­­mique en août, affirme ainsi : « L’iro­­nie, c’est que nous étions répu­­tés pour ne pas prier ! » L’im­­por­­tance rela­­tive de Racca aux yeux du régime syrien les aura menés à céder le contrôle de la ville. Pour­­tant, sa taille consé­quente, sa proxi­­mité avec la fron­­tière irakienne et sa distance rela­­tive des lignes de front prin­­ci­­pales ont joué un rôle majeur dans la volonté de l’EI d’en faire le centre d’un grand État centra­­lisé. Suite à d’in­­tenses bombar­­de­­ments sur ses bases et ses équi­­pe­­ments, ses forces ont reculé de Kobané sur la fron­­tière turco-syrienne, mais elles ont gagné ou conso­­lidé leur main­­mise sur d’autres terri­­toires, dont les villes de Hit et Ramadi en Irak, et gardent ferme­­ment le contrôle de Racca.

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Le centre-ville de Racca en 2010
Crédits

Depuis que Daesh a pris posses­­sion de Mossoul, la seconde plus grande ville irakienne, le 10 juin 2014, certains analystes avancent qu’elle est deve­­nue la nouvelle capi­­tale du groupe. Il est vrai que l’EI est histo­­rique­­ment une orga­­ni­­sa­­tion irakienne, excrois­­sance d’Al-Qaïda en Irak. La plupart de ses diri­­geants, y compris Abou Bakr al-Bagh­­dadi, sont irakiens. Mais à Mossoul, dont la popu­­la­­tion est esti­­mée à plus d’un million de personnes, le pouvoir est toujours dans une certaine mesure partagé avec d’autres groupes sunnites, qui comptent en leur sein d’an­­ciens baasistes du régime de Saddam Hussein, ainsi que d’autres tribus. L’EI doit faire face à davan­­tage de menaces armées en Irak qu’en Syrie, avec les milices chiites, les Pesh­­merga kurdes, l’ar­­mée irakienne dispa­­rate, ainsi que quelques tribus sunnites et la coali­­tion menée par les États-Unis. A contra­­rio, avant même que l’État isla­­mique ne prenne le contrôle de l’est de la Syrie, à commen­­cer par les petites villes et villages, puis Racca en juin 2013, pour s’étendre au reste du terri­­toire en 2014, le régime syrien avait large­­ment aban­­donné la région, afin de se concen­­trer sur celles plus densé­­ment peuplées de l’ouest du pays.

Une fois le groupe au pouvoir dans la région, le régime l’a quasi­­ment laissé de côté, sa crois­­sance permet­­tant à Damas de présen­­ter unila­­té­­ra­­le­­ment l’op­­po­­si­­tion comme des « terro­­ristes ». Les rebelles syriens, à l’ori­­gine de la prise de Racca des mains du régime en avril 2013, sont un amal­­game de petits groupes bien plus faibles que l’EI. Même si des pays sympa­­thi­­sants tels que les États-Unis, la Turquie, le Qatar ou l’Ara­­bie Saou­­dite ont appris à mieux coor­­don­­ner leur finan­­ce­­ment des rebelles syriens, ces groupes demeurent frag­­men­­tés. Les orga­­ni­­sa­­tions isla­­mistes, même celles alimen­­tées par des fonds privés, sont plus puis­­sants que les combat­­tants laïques appuyés par l’Amé­­rique. Mais même ces derniers sont insi­­gni­­fiants compa­­rés à l’État isla­­mique. Racca est égale­­ment facile à rallier, en parti­­cu­­lier pour les recrues étran­­gères de l’EI, pour la plupart entrées en Syrie par la fron­­tière sud de la Turquie (le pays a depuis resserré les contrôles). Bien que les frappes aériennes des Améri­­cains et de leurs alliés arabes, ainsi que les récents raids du régime d’As­­sad, aient rendu la vie plus diffi­­cile à l’EI, la ville est deve­­nue l’axe central crucial d’un terri­­toire plus grand que bien des pays, et compte entre six et huit millions d’ha­­bi­­tants, de l’Irak à la Syrie. « On a toujours l’im­­pres­­sion que Racca est leur capi­­tale », affirme Sarmad Jilani, un exilé syrien vivant désor­­mais en Turquie. Il est le coor­­di­­na­­teur de Raqqa Is Being Slaugh­­te­­red Silently (On massacre Racca en silence), un groupe d’ac­­ti­­vistes ayant des corres­­pon­­dants au sein de la ville.

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Abou Bakr al-Bagh­­dadi
Prêche de l’été 2014

L’État isla­­mique occupe plusieurs bâti­­ments de Racca, tels que le palais du gouver­­neur, la mairie et l’Église catho­­lique armé­­nienne des martyrs. Ils ont le contrôle des zones proches de la ville, comme la Divi­­sion 17, une ancienne base aérienne, ainsi que des complexes pétro­­liers. Nombre de ces lieux ont été la cible d’at­­taques aériennes améri­­caines. Et beau­­coup d’otages qui ont par la suite été exécu­­tés ou libé­­rés contre des rançons étaient déte­­nus dans ces sites à l’ex­­té­­rieur de la ville. Les leaders de Daesh comptent en la personne d’Abou Ali al-Anbari un ancien mili­­taire baasiste irakien, qui fut un temps géné­­ral sous Saddam Hussein. On dit qu’il est aujourd’­­hui l’adjoint d’al-Bagh­­dadi. Les leaders ont construit l’or­­ga­­ni­­sa­­tion du groupe sur la hiérar­­chie et la disci­­pline. Selon Abou Hamza, un rené­­gat syrien ayant œuvré dans leurs services de rensei­­gne­­ments, que j’ai rencon­­tré à l’au­­tomne dernier dans le sud de la Turquie, le groupe est dirigé par une ving­­taine d’hommes, qui ont séparé le bras armé de l’EI de sa branche sociale. Des diri­­geants spéci­­fiques sont respon­­sables des forces armées et de sécu­­rité de l’EI. Il existe aussi des admi­­nis­­tra­­tions civiles diri­­gées par des imams, bien qu’elles ne semblent pas être géogra­­phique­­ment centra­­li­­sées. Abou Hamza m’a expliqué que chaque province syrienne contrô­­lée par Daesh dispo­­sait d’un émir et d’adjoints civils et mili­­taires. Ils super­­­visent l’or­­ga­­ni­­sa­­tion de l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion locale. Le groupe a instauré de nouveaux tribu­­naux, des forces de police locales, ainsi qu’une admi­­nis­­tra­­tion écono­­mique exten­­sive, tout en récu­­pé­­rant les systèmes exis­­tants d’édu­­ca­­tion, de santé, de télé­­com­­mu­­ni­­ca­­tions, ainsi que les réseaux élec­­triques (certains services publics restent gérés par le gouver­­ne­­ment syrien). Selon l’in­­ter­­pré­­ta­­tion stricte que l’État isla­­mique fait de la charia, les femmes doivent porter un niqab, les hommes ne doivent pas porter de t-shirts à motifs, fumer est inter­­­dit, les maga­­sins doivent fermer pour les cinq prières jour­­na­­lières (comme c’est le cas en Arabie Saou­­dite), et seules des femmes ont le droit de travailler dans des maga­­sins de vête­­ments fémi­­nins.

Depuis août 2014, les femmes doivent avoir un mahram, un accom­­pa­­gna­­teur mascu­­lin, pour sortir. Le respect de ces règles est enca­­dré par une brigade entiè­­re­­ment fémi­­nine bapti­­sée al-Khansa, et par les forces de l’hisbeh mascu­­line. Deux femmes en ville m’ont confié que les membres saou­­diens de l’EI – venant donc d’un pays doté d’une police reli­­gieuse et d’une vision de l’is­­lam très proche de celle de l’EI – étaient souvent les plus à cheval sur la ques­­tion de ces trans­­gres­­sions morales. Racca est égale­­ment un modèle de mise en place des taxa­­tions pour l’EI : des commerçants de Racca rencon­­trés dans le sud de la Turquie m’ont expliqué que le groupe souti­­rait 2,5 % de leurs reve­­nus, consi­­dé­­rés comme le zakât (l’au­­mône pour les plus dému­­nis dans l’is­­lam), ainsi qu’une somme forfai­­taire mensuelle de 1 500 livres syriennes (SYP), soit envi­­ron 7 euros. Il n’y est jamais fait réfé­­rence comme à un impôt. L’EI collecte envi­­ron 400 SYP par mois pour les lignes télé­­pho­­niques, bien que les coûts soient encore suppor­­tés par le régime d’As­­sad. Des habi­­tants ont égale­­ment signalé que certains mili­­taires et membres de l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion touchent un salaire mensuel d’au moins 400 dollars. Au nom du droit à la consom­­ma­­tion, l’EI régule le prix et la qualité des biens.

La prise de Racca

Tout cela aurait été inima­­gi­­nable ne serait-ce qu’il y a deux ans. Bien que certains aient protesté au début de la révo­­lu­­tion en Syrie en mars 2011, les habi­­tants de Racca sont restés plutôt loyaux au régime d’As­­sad, en partie à cause de l’ap­­pui fourni par Damas aux tribus locales, et en partie parce qu’une large portion des réfu­­giés syriens qui se sont instal­­lés dans la ville durant les premières années du conflit ne comp­­tait pas se rebel­­ler. Toute­­fois, en mars 2013, de nombreuses milices isla­­mistes, dont les dévots Ahrar al-Sham et Jabhat al-Nosra (la branche syrienne d’Al-Qaïda), ont arra­­ché Racca au régime d’As­­sad. La prise de pouvoir est venue de forces exté­­rieures, et de nombreux habi­­tants en étaient mécon­­tents.

La pres­­sion des groupes armés et le manque de finan­­ce­­ment régu­­lier du conseil ont empê­­ché la forma­­tion d’un gouver­­ne­­ment local à part entière.

Quand j’ai visité la ville deux mois plus tard, en mai 2013, on avait hissé les drapeaux noirs de Jabhat al-Nosra dans la rue, près du bureau du gouver­­neur, que le groupe occu­­pait désor­­mais. Mais la ville n’était pas aux mains d’une faction en parti­­cu­­lier. Les mili­­ciens et groupes rebelles préfé­­raient gagner l’ap­­pro­­ba­­tion des habi­­tants, plutôt que de leur impo­­ser leurs lois. Ils se sont dispu­­tés le terrain avec des acti­­vistes modé­­rés, qui orga­­ni­­saient des ateliers sur des sujets tels que le droit des femmes ou la tolé­­rance reli­­gieuse, et appuyaient l’élec­­tion de corps locaux, comme un conseil muni­­ci­­pal. On y trou­­vait encore des marques d’ou­­ver­­ture et de tolé­­rance, ce pour quoi la Syrie était répu­­tée. J’ai pu rencon­­trer par exemple une infir­­mière alaouite tout à fait ouverte quant à son culte, bien que la mino­­rité alaouite à Racca soit étroi­­te­­ment asso­­ciée au régime d’As­­sad (aujourd’­­hui, elle y serait déca­­pi­­tée sur le champ du fait de son appar­­te­­nance reli­­gieuse). Certains habi­­tants qui avaient à cœur de main­­te­­nir le fonc­­tion­­ne­­ment des services publics ont instauré ce conseil muni­­ci­­pal, plaçant un avocat à sa tête. Ils ont réussi un temps à main­­te­­nir les salaires des agents de voirie, ou bien la gestion d’un service d’am­­bu­­lances. Beau­­coup de jeunes gens se sont révé­­lés grâce à cette éman­­ci­­pa­­tion du régime d’As­­sad, nouvel­­le­­ment acquise. Les graf­­fi­­tis et les œuvres d’art étaient visibles partout. Mais la pres­­sion des groupes armés et le manque de finan­­ce­­ment régu­­lier du conseil (qui venait par inter­­­mit­­tence de nations étran­­gères, comme la France ou le Qatar), ont empê­­ché la forma­­tion d’un gouver­­ne­­ment local à part entière. C’est ce qui a permis à l’EI de prendre de force une grande ville, et d’en faire le cœur de leur soi-disant État isla­­mique. Y voyant une oppor­­tu­­nité, les leaders d’Al-Qaïda en Irak ont envoyé un groupe de djiha­­distes en Syrie au début de la guerre civile. Ils y ont créé le groupe Jabhat al-Nosra.

En avril 2013, Abou Bakr al-Bagh­­dadi, alors leader de l’EI en Irak, affi­­lié à Al-Qaïda, a décidé de reven­­diquer la connexion, et déclaré que les deux groupes seraient fusion­­nés pour former l’EIIL (État isla­­mique en Irak et au Levant). Mais Abou Moham­­mad al-Joulani, le chef de Jabhat al-Nosra, a refusé la fusion des groupes. Contrai­­re­­ment à Jabhat al-Nosra, l’EI a immé­­dia­­te­­ment fait savoir que son but premier n’était pas de lutter contre Assad, mais bien de conqué­­rir des terri­­toires et d’y impo­­ser aussi­­tôt la charia. Il était prêt à user de tactiques bien plus brutales qu’Al-Qaïda pour y parve­­nir, en parti­­cu­­lier en assas­­si­­nant des civils. La direc­­tion d’Al-Qaïda a long­­temps critiqué sa branche irakienne, l’ac­­cu­­sant d’être trop brutale. Après le conflit entre Bagh­­dadi et al-Joulani, Daesh a rompu d’avec Al-Qaïda, faisant de Jabhat al-Nosra la branche syrienne de l’or­­ga­­ni­­sa­­tion terro­­riste.

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Sympa­­thi­­sants de Daesh
Crédits : Arte

En août 2013, les forces de l’EI ont lancé une violente attaque contre les groupes rebelles à Racca, prenant rapi­­de­­ment le contrôle de la ville, alors que les autres milices se reti­­raient. Ainsi, l’EI est parvenu à déte­­nir une capi­­tale régio­­nale, et plus seule­­ment des villages et petites villes : Racca est de facto deve­­nue le QG de l’or­­ga­­ni­­sa­­tion. Les détails quant aux respon­­sa­­bi­­li­­tés respec­­tives restent flous. Mais le groupe a installé des bases à Racca, tenues par des Syriens et des Irakiens, ainsi que par de nombreux combat­­tants étran­­gers. Beau­­coup d’autres s’y sont instal­­lés alors que la ville gagnait en noto­­riété. Ils conti­­nuent toujours d’af­­fluer depuis que l’EIIL, rebap­­tisé État isla­­mique, en a fait son cali­­fat, suite à la prise de Mossoul en juin 2014. Reste la ques­­tion qui préoc­­cupe les agents améri­­cains : Pourquoi l’EI attire-t-il tant de combat­­tants ? Il s’agit de la plus rapide mobi­­li­­sa­­tion guer­­rière de combat­­tants étran­­gers, loin devant la guerre contre les sovié­­tiques en Afgha­­nis­­tan ou celle contre Saddam Hussein en Irak, selon les experts du djihad. La réponse repose en partie sur l’uti­­li­­sa­­tion sans précé­dent que fait Daesh des réseaux sociaux pour atti­­rer des candi­­dats, ainsi que sur la faci­­lité rela­­tive à entrer et à vivre en Syrie. À quoi il faut ajou­­ter que les gouver­­ne­­ments des pays du Moyen-Orient et d’Oc­­ci­dent manquent d’idéo­­lo­­gies convain­­cantes, et sont souvent perçus comme corrom­­pus par leurs citoyens, musul­­mans ou pas. On ne sait préci­­sé­­ment de quels soutiens l’EI béné­­fi­­cie à Racca, mais il est certain qu’ils sont moins nombreux qu’en Irak, où des groupes sunnites désa­­bu­­sés se sont alliés à l’EI après avoir été margi­­na­­li­­sés par le gouver­­ne­­ment chiite de Bagh­­dad qui a suivi la desti­­tu­­tion de Hussein.

Pendant les premiers temps de l’EI au pouvoir, des habi­­tants m’ont révélé avoir été horri­­fiés par les excès de l’État isla­­mique, mais satis­­faits que ces derniers aient mis fin à la corrup­­tion et au chaos liés aux pratiques des groupes rebelles tels que Ahrar al-Sham, ou d’autres groupes moins dévots. Un homme d’af­­faires de Racca qui vit désor­­mais en Turquie m’a avoué qu’en dépit de sa haine pour l’or­­ga­­ni­­sa­­tion, il était plus facile de faire circu­­ler des marchan­­dises sur le terri­­toire de l’EI, car le bakchich aux points de contrôle ne s’y pratiquait pas, comme c’était le cas avec d’autres groupes rebelles.

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Une école de méde­­cine de l’EI
Janvier 2015

Certains habi­­tants enclins à travailler avec n’im­­porte quel pouvoir ont témoi­­gné leur soutien à Daesh. Les leaders du groupe ont égale­­ment fait preuve de jugeote en conser­­vant des services muni­­ci­­paux (dont les opéra­­teurs télé­­pho­­niques gérés par le gouver­­ne­­ment) à Racca, gardant des employés formés à leurs postes, mais en leur faisant bien comprendre qu’ils travaillent désor­­mais pour l’État isla­­mique. On auto­­rise encore les ensei­­gnants à faire cours, mais le programme éduca­­tif a été modi­­fié, des matières comme la chimie et le français ont été suppri­­mées, et l’en­­sei­­gne­­ment cora­­nique imposé. Une interne des hôpi­­taux âgée d’une ving­­taine d’an­­nées, en exil depuis le mois de septembre, m’a raconté comment les chefs de service de son hôpi­­tal à Racca ont été rempla­­cés par des hommes de l’EI, arbo­­rant des titres tels que « émir en méde­­cine géné­­ra­­liste ». Les femmes méde­­cins ne sont désor­­mais auto­­ri­­sées à pratiquer que sur des patientes du même sexe, et seule­­ment recou­­vertes d’un voile inté­­gral. « Mais comment voulez-vous que j’opère quand je dois porter des gants noirs et que je peux à peine y voir ? » m’a-t-elle rétorqué.

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Il est vite apparu que la capa­­cité de l’EI à conser­­ver le pouvoir dépend indu­­bi­­ta­­ble­­ment de la répres­­sion pure et simple. Bien que les déca­­pi­­ta­­tions de deux jour­­na­­listes et d’un huma­­ni­­taire améri­­cains, ainsi que de deux agents huma­­ni­­taires anglais ont fait les gros titres, davan­­tage de Syriens et d’Ira­­kiens ont été victimes du groupe. Nombre d’entre eux ont été tortu­­rés. Un groupe syrien de moni­­to­­ring des droits de l’homme installé au Royaume-Uni estime que l’État isla­­mique est respon­­sable de la mort de 1 880 personnes depuis la décla­­ra­­tion de son cali­­fat en juin. Ce nombre inclut 1 177 civils, et au moins 120 de ses propres combat­­tants, qui auraient pu vouloir quit­­ter le groupe. Le rené­­gat Abou Hamza m’a confié que la volonté de l’État est prin­­ci­­pa­­le­­ment dictée par les forces de sécu­­rité, comme c’était le cas sous le régime baasiste en Irak, et conti­­nue de l’être sous Assad en Syrie. Les forces de sécu­­rité de l’EI, dit-il, sont compo­­sées de plusieurs natio­­na­­li­­tés mais comptent suffi­­sam­­ment de Syriens pour connaître le passé de leurs conci­­toyens. « Ils étudient toutes les menaces pour l’État isla­­mique, de Bachar el-Assad à l’Amé­­rique, mais leur ennemi numéro un, ce sont les rebelles », dit-il en se réfé­­rant aux nombreux groupes en acti­­vité en Syrie, d’Ah­­rar al-Sham aux unités soute­­nues par les États-Unis.

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Daesh règne par la terreur
Cruci­­fiés une semaine pour faux témoi­­gnage

Les habi­­tants se disent terro­­ri­­sés par les odieux châti­­ments infli­­gés par le groupe. Sur la place centrale de Racca, des têtes ont été plan­­tées sur des piques, surmon­­tés d’écri­­teaux indiquant quels trans­­gres­­sions ont été commises pour méri­­ter ce sort. La place s’ap­­pe­­lait Sahat al-Naem, le para­­dis. On y fait désor­­mais réfé­­rence comme à Sahat al-Jahim, l’en­­fer. Le méde­­cin que j’ai rencon­­tré m’a dit avoir emprunté un chemin trois fois plus long pour se rendre au travail, afin de pouvoir l’évi­­ter. Aucun des habi­­tants avec qui j’ai pu m’en­­tre­­te­­nir n’était sûr que les tribu­­naux de la charia de l’EI prêtent une quel­­conque atten­­tion aux preuves four­­nies, mais beau­­coup ont remarqué que des châti­­ments horribles sont parfois infli­­gés sur le champ, pour propa­­ger la terreur. Un ancien profes­­seur de Manbij, une ville contrô­­lée par l’EI au nord-est d’Alep, m’a raconté comme s’il n’y croyait pas lui-même qu’il avait été témoin de la mise à mort d’un homme qui fumait une ciga­­rette, traver­­sant sans le savoir une zone de l’EI. Après son arres­­ta­­tion, il a tenté d’ex­­pliquer que fumer n’était pas inter­­­dit par l’is­­lam. Les mili­­ciens sont alors montés dans sa voiture et lui ont roulé sur la tête. Bien que l’EI soit inca­­pable de surveiller élec­­tro­­nique­­ment les télé­­phones et les ordi­­na­­teurs du régime syrien, le groupe parvient à réunir des infor­­ma­­tions sur pratique­­ment tout le monde. Il orga­­nise des contrôles inopi­­nés des télé­­phones, fait déca­­pi­­ter quiconque les utilise pour filmer (d’où la rareté des images prises en ville), et fait surveiller les rassem­­ble­­ments sur les places publiques. De nombreux Syriens m’ont dit avoir effacé photos et musique de leurs télé­­phones de peur d’être pris.

« Quand j’ai quitté Racca, elle n’avait plus rien d’une ville syrienne. » — Le méde­­cin

Il y a plusieurs mois de cela, des habi­­tants de Racca ont commencé à racon­­ter comment les djiha­­distes venus de l’étran­­ger faisaient venir leurs familles, ou épou­­saient des femmes, syriennes ou étran­­gères, qui, comme les hommes, ont été atti­­rées par l’EI en plus grand nombre que n’im­­porte quel autre mouve­­ment djiha­­diste précé­­dant. Beau­­coup de volon­­taires ont été impres­­sion­­nés par l’éta­­blis­­se­­ment d’un véri­­table « cali­­fat », et des béné­­fices qu’il y aurait à y vivre. L’État isla­­mique offre des loge­­ments à ses combat­­tants, et selon certains rapports, les veuves reçoivent des aides calcu­­lées en fonc­­tion de leur nombre d’en­­fants à charge. L’EI comprend l’im­­por­­tance des enfants pour son futur. Des parents m’ont affirmé que Daesh ne forçait pas les enfants à aller à l’école, mais qu’il recru­­tait les jeunes avant leur majo­­rité, orga­­ni­­sait un ensei­­gne­­ment et des acti­­vi­­tés cora­­niques pour les plus jeunes, et faisait en sorte que les jeunes enfants assistent aux déca­­pi­­ta­­tions et autres mani­­fes­­ta­­tions de violence pour les y habi­­tuer. Des images tour­­nées par une femme ayant caché son télé­­phone sous son niqab montrent des Françaises dans un cyber­­café, disant à leurs familles qu’elles ne rentre­­ront pas à la maison. Dans une ville où, il fut un temps, tout le monde se connais­­sait, un grand nombre d’ha­­bi­­tants ne parle plus la même langue, m’as­­sure le méde­­cin. « Quand j’ai quitté Racca, elle n’avait plus rien d’une ville syrienne. » Il reste à déter­­mi­­ner où les vidéos de l’EI et le maga­­zine en langue anglaise Dabiq sont conçus, mais des habi­­tants de Racca assurent de la présence d’équi­­pe­­ments high-tech en ville. Des échoppes vendent des kits de connexion à Inter­­net par satel­­lite, car il s’agit du seul moyen de dispo­­ser d’une connexion. Abou Hamza m’a indiqué qu’un réali­­sa­­teur islan­­dais avait rejoint le groupe (le gouver­­ne­­ment islan­­dais nie pour sa part la présence de ses ressor­­tis­­sants au sein de Daesh), et qu’il était l’au­­teur des vidéos profes­­sion­­nelles réali­­sées pour atti­­rer de nouvelles recrues et effrayer l’Oc­­ci­dent. Dans une de ces vidéos, des extraits d’ar­­ticles bilingues de Dabiq suggèrent que le maga­­zine est écrit et dirigé par des anglo­­phones. Par exemple, certains passages évoquent des discours de poli­­ti­­ciens améri­­cains comme John McCain, et dans le dernier numéro de Dabiq, on trouve une discus­­sion d’éco­­no­­mie mondiale, trai­­tant de la volonté de l’EI de créer sa propre monnaie.

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Les stig­­mates d’un bombar­­de­­ment
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Malgré toute cette exper­­tise venue de l’étran­­ger (Abou Hamza m’a confirmé qu’on trouve entre autres dans le groupe des experts en drones chinois et des pirates infor­­ma­­tiques égyp­­tiens), beau­­coup d’ha­­bi­­tants de Racca estiment que l’État isla­­mique échoue à asseoir son pouvoir, parti­­cu­­liè­­re­­ment depuis le début des frappes aériennes améri­­caines à la rentrée 2014. Une habi­­tante, mère de deux enfants, m’a raconté l’au­­tomne dernier dans le sud de la Turquie que « les réseaux élec­­triques ne fonc­­tionnent presque jamais, tout le monde utilise donc des géné­­ra­­teurs. L’eau potable devient rare quand les pompes ne sont pas alimen­­tées ; l’aide médi­­cale se raré­­fie ; la plupart des écoles a fermé et les rues sont couvertes de détri­­tus. » Les frappes aériennes menées par l’Amé­­rique semblent avoir eu plus d’im­­pact sur la capa­­cité de l’EI à gouver­­ner que sur ses forces mili­­taires (bien qu’il leur soit désor­­mais impos­­sible de faire circu­­ler des convois dans le désert sans craindre une frappe). Elles ont touché au moins seize raffi­­ne­­ries, compro­­met­­tant une des ressources prin­­ci­­pales de l’État isla­­mique (mais seule­­ment en Syrie, le gouver­­ne­­ment irakien refu­­sant de porter atteinte à sa propre infra­s­truc­­ture). Les rési­­dents de Racca m’ont appris que les jours ayant suivi la première frappe améri­­caine, les combat­­tants de Daesh se sont mêlés à la popu­­la­­tion, les rendant ainsi plus diffi­­ciles à cibler. Mais ils ont aussi été obli­­gés de mettre en berne l’ap­­pa­­reil répres­­sif, en ville comme aux postes de contrôle. Ce n’est que le soir que le groupe a réin­­vesti la ville, pour assu­­rer aux habi­­tants que la campagne améri­­caine était une guerre contre l’is­­lam.

Pas d’al­­ter­­na­­tives

Certains habi­­tants de Racca déclarent qu’a­­vant les frappes améri­­caines, on était en sécu­­rité tant que les règles, aussi perverses soient-elles, étaient respec­­tées. Ces dernières sont affi­­chées sur les murs et circulent vite avec le bouche-à-oreille. Mais les frappes aériennes ont rendu l’EI para­­noïaque et enclin à procé­­der à des arres­­ta­­tions de manière arbi­­traire. Dans le même temps, certains disent que le comman­­de­­ment irakien de l’or­­ga­­ni­­sa­­tion essaie de conso­­li­­der sa main­­mise sur la popu­­la­­tion locale en le « syrian­­ni­­sant », c’est-à-dire en lui attri­­buant des respon­­sables locaux, comme cela a été le cas en Irak. Abou Hamza, qui a dirigé les programmes d’en­­traî­­ne­­ment de l’EI puis rejoint ses services de rensei­­gne­­ments, rapporte que les promesses de promo­­tion à des postes à respon­­sa­­bi­­lité au sein du groupe ont accru l’at­­trac­­ti­­vité de l’État isla­­mique auprès des Syriens – il admet d’ailleurs que cela l’a séduit au moment de rejoindre le groupe. En outre, Jilani, l’exilé à qui j’ai parlé en Turquie, m’a confié que depuis la fin novembre et le début des frappes aériennes par le régime d’As­­sad (frap­­pant plus de zones civiles que de bases armées), les habi­­tants sont plus à l’écoute du groupe, le voyant comme leur seule protec­­tion contre Damas.

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Racca, fief de Daesh

Beau­­coup de gens se demandent pourquoi les popu­­la­­tions sous la coupe de l’EI ne se révoltent pas. Après tout, l’his­­toire de Racca, sous le régime d’As­­sad et durant les premiers mois sous contrôle rebelle, semble indiquer qu’une grande partie de la popu­­la­­tion origi­­naire de la ville aurait la volonté de résis­­ter à l’EI, qui, selon les dires de certains habi­­tants, est un régime bien pire que celui d’As­­sad. De plus, l’es­­poir que les sunnites se soulèvent contre l’EI reste, après les frappes aériennes, un point central de la stra­­té­­gie améri­­caine. Mais les gens de Racca que j’ai rencon­­trés avouent avoir trop peur pour s’y oppo­­ser ouver­­te­­ment. Ils signalent que chaque soulè­­ve­­ment, contre le régime d’As­­sad puis, dans les mois qui ont suivi la prise de la ville, contre l’EI, s’est soldé par un véri­­table massacre. Un nombre estimé entre 700 et 900 membres de la tribu Chai­­tat a lancé en août une attaque contre l’EI dans la province de Deir ez-Zor, à l’est de Racca, près de la fron­­tière irakienne. Ils ont été massa­­crés, mais personne n’y a prêté atten­­tion. De nombreux habi­­tants de Racca sont partis, mais des étran­­gers affluent en nombre pour s’y instal­­ler. La popu­­la­­tion devient ainsi logique­­ment de plus en plus loyale à l’EI. Dans le même temps, l’op­­po­­si­­tion menée par les Occi­­den­­taux dans les terri­­toires contrô­­lés par Daesh a été déci­­mée, et perd du terrain ailleurs, à cause d’un manque de moyens et de support. Le plan de la coali­­tion menée par les USA d’en­­traî­­ner des rebelles syriens, sélec­­tion­­nés pour en faire la force armée diri­­gée contre l’EI au sol, ne débu­­tera pas avant le courant de l’an­­née, et certains respon­­sables améri­­cains ajoutent qu’il ne sera pas réel­­le­­ment opéra­­tion­­nel avant 2016.

Quand j’ai demandé à une vieille dame de Racca qui elle choi­­si­­rait d’As­­sad ou de l’État isla­­mique, elle m’a répondu : ni l’un, ni l’autre.

Pendant ce temps-là, les rebelles syriens déclarent que les aides doivent aussi leur permettre de lutter contre Assad, leur ennemi histo­­rique. Bien que certains respon­­sables améri­­cains avouent qu’As­­sad est à l’ori­­gine de la situa­­tion, on fait désor­­mais peu de cas des nombreux crimes que son régime conti­­nue de perpé­­trer. Puisque les États-Unis tentent d’éta­­blir un accord sur le nucléaire iranien, pays qui a fourni armes et ressources finan­­cières à Assad, ainsi qu’en­­traîné des forces para­­mi­­li­­taires pour lui, il est désor­­mais peu probable qu’ils dési­rent s’at­­ti­­rer les foudres de Téhé­­ran. Certains Syriens vivant sous le joug de l’EI m’ont dit croire qu’il ne leur restait plus que la résis­­tance passive, un peu comme ce fut le cas contre Assad. Ils conti­­nuent à chucho­­ter chez eux, à regar­­der des programmes télé­­vi­­sés non-isla­­miques à la maison et à écou­­ter de la musique dès qu’ils quittent le terri­­toire de l’EI. Quand j’ai demandé à une vieille dame de Racca dont les fils avaient combattu avec les rebelles qui elle choi­­si­­rait d’As­­sad ou de l’État isla­­mique s’ils étaient ses deux seules options, elle m’a répondu : ni l’un, ni l’autre. Elle a, comme tant d’autres, quitté le pays pour de bon. A contra­­rio, Abou Hamza affirme que l’EI devient rapi­­de­­ment la seule option pour les sunnites de Syrie qui ne cherchent pas la récon­­ci­­lia­­tion avec le régime. L’État isla­­mique échoue peut-être dans sa tenta­­tive de les gouver­­ner, mais pour ces gens, il n’existe pas d’al­­ter­­na­­tive.


Traduit de l’an­­glais par Gwen­­dal Pado­­van, d’après l’ar­­ticle « How ISIS Rules », paru dans The New York Review of Books. Couver­­ture : Des immeubles de Racca. Créa­­tion graphique par Ulyces.

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