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Face a une épidémie qui passe d'une victime a l'autre et d'un continent a l'autre sans se montrer, les autorités sanitaires apparaissent bien désarmées.

par Servan Le Janne | 10 février 2020

La mort du héros

Autour de la place du Peuple, dans le centre de Shan­­ghai, l’ombre d’une Jeep noire glisse sur les tours de verre. Elle est seule à s’ar­­rê­­ter au feu rouge devant un passage piéton. Personne ne traverse. Les signes de vie sont si rares sous le ciel laiteux de ce mois de février 2020 que cette ville de 24 millions d’ha­­bi­­tants ressemble à un décor de cinéma. Ses entrailles sont à l’ave­­nant : dans des rames de métro d’or­­di­­naires bondées, les voya­­geurs aux visages masqués s’épar­­pillent sur les bancs vides. En sortant, ils longent une série de boutiques fermées.

Le coro­­na­­vi­­rus 2019-nCoV n’a pas encore atteint la cité la plus peuplée de Chine mais il est dans toutes les têtes. Partie de Wuhan, à 840 km de là, le 8 décembre 2019, l’in­­fec­­tion se rapproche dange­­reu­­se­­ment : trois quar­­tiers de Ningbo, une commune portuaire située juste en face de Shan­­ghai sont désor­­mais confi­­nés. Dans sa province du Zhejiang, plus de 800 conta­­mi­­na­­tions ont été rappor­­tées. Vendredi 7 février, l’épi­­dé­­mie avait tué 639 personnes et en avait affecté 31 511 dans 28 pays, entraî­­nant une pénu­­rie d’équi­­pe­­ments de protec­­tion selon l’Or­­ga­­ni­­sa­­tion mondiale de la santé (OMS). « Il est de plus en plus impro­­bable que le virus soit contenu », juge le spécia­­liste améri­­cain des mala­­dies infec­­tieuses Thomas Frie­­den.

La veille, vers 22 heures, une rumeur annonçait la mort de Li Wenliang sur les réseaux sociaux. Cet ophtal­­mo­­logue de Wuhan avait signalé le début d’une épidé­­mie à des collègues sur la messa­­ge­­rie WeChat le 30 décembre 2019. Sept de ses patients présen­­taient des symp­­tômes simi­­laires à ceux du Sras, un coro­­na­­vi­­rus qui a fait 774 victimes en 2002 et 2003. L’in­­for­­ma­­tion était suffi­­sam­­ment alar­­mante pour se diffu­­ser au rythme d’une épidé­­mie sur les réseaux et, partant, arri­­ver aux oreilles des auto­­ri­­tés. Dans la nuit, Wenliang avait été convoqué et sermonné.

Li Wenliang

Quatre jours plus tard, et alors que Pékin recon­­nais­­sait des cas de pneu­­mo­­nie visi­­ble­­ment conta­­gieuse à Wuhan dans un message à l’OMS, le méde­­cin passait devant le Bureau de sécu­­rité publique, avec huit autres personnes. Accusé de répandre de fausses infor­­ma­­tions de nature à « trou­­bler l’ordre public », il devait signer une lettre recon­­nais­­sait sa faute. En cas de réci­­dive, il serait traduit en justice.

Plutôt que de passer devant un tribu­­nal, Li Wenliang a été renvoyé au travail le 10 janvier. D’après les auto­­ri­­tés de Wuhan, seules les personnes en contact avec des animaux infec­­tés pouvaient attra­­per le virus. Aussi, une patiente atteinte de glau­­come n’au­­rait-elle jamais pu l’ino­­cu­­ler au docteur. C’est pour­­tant ce qui s’est passé. Pire, Wenliang l’a ensuite trans­­mis à sa femme, enceinte de leur deuxième enfant. Fin janvier, l’homme de 34 ans a décidé de parta­­ger la lettre que lui avait faite signer les auto­­ri­­tés de Wuhan sur Weibo pour racon­­ter cette histoire. Hospi­­ta­­lisé le 12 janvier, au lende­­main du décès d’un premier patient, il avait dû attendre le 20 pour que la Chine admette l’ur­­gence de la situa­­tion. Et, ce jeudi 6 février, la rumeur de sa mort a commencé à enfler sur les réseaux sociaux.

Annon­­cée à 22 h 40 par le tabloïd Global Times, elle a été confir­­mée par le Quoti­­dien du peuple, l’or­­gane de presse offi­­ciel du Parti commu­­niste. Moins d’une heure plus tard, l’OMS s’est dite « attris­­tée » de la nouvelle, pour­­tant aussi­­tôt démen­­tie par l’hô­­pi­­tal où il était traité. Certes Wenliang était-il « dans un état grave », mais tout était mis en œuvre pour le sauver. Les Chinois qui lui avaient massi­­ve­­ment apporté leur soutien étaient alors plon­­gés dans un abîme d’in­­cer­­ti­­tude, comme on peut l’être face à une épidé­­mie aux miasmes invi­­sibles. Vendredi, à 3 h 48, l’hô­­pi­­tal central de Wuhan annonce fina­­le­­ment la mort de Li Wenliang, 50 minutes plus tôt.

Cette fois, un mélange de colère et de peur gagne les réseaux : en rendant hommage à l’oph­­tal­­mo­­logue, beau­­coup d’in­­ter­­nautes chinois se manquent pas de critiquer l’at­­ti­­tude du pouvoir. Il le font derrière leur clavier : dans les régions touchées, on ne se risque plus guère à sortir. Alors, la Chine va-t-elle se trans­­for­­mer en ville fantôme et après elle le monde ?

Crédits : Macau Photo Agency

Au 9 février 2020, le coro­­na­­vi­­rus 2019-nCoV a tué 813 personnes sur 37 557 cas iden­­ti­­fiés, d’après l’uni­­ver­­sité Johns Hopkins de Balti­­more. Son taux de léta­­lité est donc de 2 %, là où celui du VIH (non traité) repré­­sente 80 %, celui d’Ebola 63 % et celui d’une grippe saison­­nière 0,1 %. En revanche, il semble à peu près aussi trans­­mis­­sible que ces trois mala­­dies. Une étude parue le 29 janvier dans la revue New England Jour­­nal of Medi­­cine esti­­mait son taux de conta­­gion à 2,2, contre 2,5 pour Ebola et la grippe et 3,5 pour le VIH. Cela signi­­fie que chaque malade infecte en moyenne 2,2 personnes.

Cela dit, cette valeur peut varier dans le temps. Vu la lenteur des auto­­ri­­tés chinoises à prendre les mesures appro­­priées, fatale à Li Wenliang et d’autres, l’épi­­dé­­mie s’est diffu­­sée à bas bruit, par simple contact direct ou voie aérienne. Il existe ainsi de nombreux cas non réper­­to­­riés. À en croire un rapport préli­­mi­­naire publié le 24 janvier par des cher­­cheurs britan­­niques et améri­­cains, les chiffres offi­­ciels ne repré­­sentent que 5 % des infec­­tions. Leur étude évaluait le nombre de cas à 190 000 rien qu’à Wuhan le 4 février et prévoyait une explo­­sion de l’épi­­dé­­mie.

L’ère des pandé­­mies

Sur la messa­­ge­­rie WeChat, le nom de Li Wenliang commence à se diffu­­ser au compte-gouttes, puis par vagues. Ce 30 décembre 2019, l’oph­­tal­­mo­­logue voit son message lui échap­­per. Il voulait « juste rappe­­ler à [s]es collègues de faire atten­­tion », mais voilà que son message est partout en captures d’écran, compa­­rant le coro­­na­­vi­­rus 2019-nCoV au Sras et ses 774 victimes. « Quand je les ai vues circu­­ler en ligne, j’ai compris que ça deve­­nait hors de contrôle et que j’al­­lais être puni », a-t-il raconté à CNN.

Avec 813 décès recen­­sés au 9 février, le coro­­na­­vi­­rus 2019-nCoV est déjà plus meur­­trier. Là où le Sras n’a infecté que 8 098 personnes et le Mers de 2012 2 500, la nouvelle épidé­­mie a déjà atteint 37 557 indi­­vi­­dus dans 28 pays, soit près de quatre fois plus. Certains scien­­ti­­fique estiment que les cas se comptent au vrai en centaines de milliers. « Elle est très très trans­­mis­­sible et il est presque certain qu’il s’agira d’une pandé­­mie », juge Anthony Fauci, direc­­teur de l’Ins­­ti­­tut natio­­nal des aller­­gies et des mala­­dies infec­­tieuses, basé dans l’État améri­­cain du Mary­­land. « Est-ce que ce sera catas­­tro­­phique ? Je ne sais pas. »

Lors d’une réunion d’in­­for­­ma­­tion orga­­ni­­sée à Genève mardi 4 février, la direc­­trice du dépar­­te­­ment Prépa­­ra­­tion mondiale aux risques infec­­tieux de l’OMS, Sylvie Briand, s’est voulue rassu­­rante en affir­­mant que nous avions affaire à une épidé­­mie à fronts multiples et non à une pandé­­mie. Selon l’his­­to­­rien de la santé Patrick Zylber­­man, la pandé­­mie désigne un agent conta­­gieux n’ayant jamais circulé ou plus depuis long­­temps, gran­­de­­ment dissé­­miné dans au moins deux régions du monde et présen­­tant « un taux d’at­­taque élevé et de nature explo­­sive ».

Crédits : OMS

Or, 78 % des cas de coro­­na­­vi­­rus 2019-nCoV ont été réper­­to­­riés dans la province du Hubei, où se trouve la ville de Wuhan. Ailleurs, note Sylvie Briand, les infec­­tions ont été trans­­mises avant l’en­­trée en vigueur de la quaran­­taine, qui main­­tient près de 56 millions de personnes au confi­­ne­­ment depuis le 22 janvier. Et chaque indi­­vidu concerné est isolé afin d’évi­­ter l’émer­­gence d’une deuxième région de dissé­­mi­­na­­tion. Même si le spécia­­liste améri­­cain des mala­­dies infec­­tieuses Thomas Frie­­den en doute, l’OMS estime que l’épi­­dé­­mie pour­­rait donc être conte­­nue.

Seule­­ment voilà, « l’ef­­fi­­ca­­cité des quaran­­taines collec­­tives est assez douteuse », consi­­dère Patrick Zylber­­man, d’abord parce qu’elles sont suscep­­tibles de rassem­­bler des personnes en pleine période d’in­­cu­­ba­­tion et ensuite car elles n’em­­pêchent jamais complè­­te­­ment les fuites. Inven­­tée au XIXe siècle par les villes italiennes de l’Adria­­tique, la quaran­­taine avait initia­­le­­ment pour objec­­tif de barrer l’en­­trée des villes malades.

Mais son effi­­ca­­cité est remise en cause par la multi­­pli­­ca­­tion des voyages inter­­­con­­ti­­nen­­taux au XIXe siècle. Avec eux – abstrac­­tion faite de la peste noire qui fit 25 millions de victime entre 1347 et 1351 –, l’hu­­ma­­nité s’ex­­pose aux pandé­­mies. À partir de 1817, les navi­­ga­­teurs propagent le choléra aux quatre coins du globe, et une véri­­table pandé­­mie survient avec la grippe russe de 1889–1890, qui tue près de 250 000 personnes. Ce n’est rien à côté du bilan de la grippe espa­­gnole de 1918–1919, respon­­sable d’au moins 50 millions de décès sur plus de 600 millions d’in­­fec­­tions.

Géogra­­phie d’une héca­­tombe

Derrière une colonne de soldats en treillis, une petite brune parcourt les couloirs ruti­­lants de l’hô­­pi­­tal Huoshen­­shan. Dans cet établis­­se­­ment de Wuhan construit en 10 jours pour faire face à l’épi­­dé­­mie de coro­­na­­vi­­rus 2019-nCoV, elle porte un masque hygié­­nique, une doudoune The North Face et des gants noirs. Le pays est en « état de guerre », déclare Sun Chun­­lan. « Il n’y aura pas de déser­­teurs où ils seront cloués au pilori histo­­rique de la honte pour toujours. » La vice-Première ministre visite ensuite des stades remplis de lits de camp. Sur les réseaux sociaux, certains comparent ces images à celles de la grippe espa­­gnole de 1918 et son funeste cortège de 50 millions de morts.

Si l’ori­­gine de cette héca­­tombe est souvent attri­­buée à la Chine, ses consé­quences y ont été rela­­ti­­ve­­ment faibles. Selon un article de 2007 publié par l’Inter­­na­­tio­­nal Jour­­nal of Infec­­tious Diseases le virus a peu tué dans le pays asia­­tique, en dépit de la faiblesse du système de santé de l’époque. Les cher­­cheurs attri­­buent cette chance au système immu­­ni­­taire des Chinois et, peut-être, aux méde­­cines tradi­­tion­­nelles. Par contraste, l’Alaska a été décimé par l’ar­­ri­­vée de l’épi­­dé­­mie, remarque une étude de l’Agence du dépar­­te­­ment de la Défense pour la réduc­­tion de la menace, rédi­­gée en 2006.

Pour comprendre la propa­­ga­­tion de la mala­­die, ses cher­­cheurs ont observé ce qui s’était passé dans des villages améri­­cains épar­­gnés comme Flet­­cher, au nord du Vermont et Gunni­­son, dans le Colo­­rado. « En gros, ces commu­­nau­­tés se sont barri­­ca­­dées », observe l’un des auteurs, l’épi­­dé­­mio­­lo­­giste Howard Markel. « Personne n’en­­trait ni ne sortait. Les écoles étaient fermées, et il n’y avait pas de réunion publique. C’est ce que nous appe­­lons la séques­­tra­­tion protec­­trice, où un groupe de personnes en bonne santé sont proté­­gées du risque d’in­­fec­­tion. » Seule­­ment, « il n’est pas très probable que vous puis­­siez fermer une ville moderne ou même une univer­­sité aujourd’­­hui », estime-t-il. « Ça coûte très cher et c’est très pertur­­bant. »

Si plus de 25 000 vols ont été annu­­lés, d’après le cabi­­net OAG Avia­­tion World­­wide Ltd, l’au­­to­­rité de l’avia­­tion chinoise a demandé le 4 février aux compa­­gnies natio­­nales de pour­­suivre les trajets inter­­­na­­tio­­naux. Le jour-même, le direc­­teur géné­­ral de l’OMS, Tedros Adha­­nom Ghebreye­­sus, expliquait que l’in­­ter­­dic­­tion géné­­ra­­li­­sée du trafic aérien était inutile, la Chine ayant pris des mesures draco­­niennes depuis l’hos­­pi­­ta­­li­­sa­­tion de Li Wenliang. Mais pour l’épi­­dé­­mio­­lo­­giste améri­­cain Stephen Morse, « c’est comme courir après un cheval au galop une fois qu’il est sorti de l’écu­­rie ». Le biolo­­giste britan­­nique Lewis Dart­­nell estime que « notre façon de vivre moderne, dans des villes densé­­ment peuplées, avec des avions qui nous télé­­portent d’un conti­nent à l’autre, sont les condi­­tions idéales pour que les patho­­gènes se propagent très rapi­­de­­ment ».

En 2004, des mesures de quaran­­taines, de restric­­tions des voyages et des campagnes d’in­­for­­ma­­tions avaient suffi à éteindre le Sras, dont le code géné­­tique est très proche du coro­­na­­vi­­rus 2019-nCoV. La lutte contre les virus Zika et H1N1 ont aussi permis de circons­­crire leurs dommages : ils circulent toujours mais en faisant un nombre réduit de victimes. Ebola conti­­nue pour sa part de tuer sans toute­­fois toucher plusieurs conti­­nents : la mala­­die a fait 2 238 victimes en Afrique centrale depuis fin novembre. Le problème du coro­­na­­vi­­rus 2019-nCoV est sa capa­­cité à être trans­­mis par des personnes qui n’en portent pas encore les symp­­tômes. C’est la raison pour laquelle beau­­coup de scien­­ti­­fiques espèrent un vaccin.

Affairé à la tâche, l’Ins­­ti­­tut Pasteur affirme être capable d’en produire un d’ici 20 mois. En atten­­dant, il a mis au point un test de dépis­­tage, comme d’ailleurs l’Al­­le­­magne, la Chine, Hong Kong, la Thaï­­lande ou le Japon. Les zones les plus suscep­­tibles de voir le virus arri­­ver pour­­rait donc préve­­nir son exten­­sion par de vastes campagnes de tests. « La méde­­cine a fait de grands progrès ces derniers siècles mais notre mobi­­lité a permis aux mala­­dies de se répandre plus faci­­le­­ment », nuance Lewis Dart­­nell. « Plus elles se répandent vite à beau­­coup de gens, moins vous avez une chance de déve­­lop­­per un trai­­te­­ment à temps ou de mettre en place une quaran­­taine. »

Lewis Dart­­nell

Lors de la grippe espa­­gnole, certaines mesures de confi­­ne­­ment n’ont pas fonc­­tionné. Les habi­­tants de Bris­­tol Bay, en Alaska, ont eu beau se barri­­ca­­der, le virus est quand même arrivé chez eux, souligne Howard Markel. À l’époque, « ils avaient peu de connais­­sances sur les virus et les pandé­­mies », explique-t-il. « Aujourd’­­hui nous avons des anti­­vi­­raux, des hôpi­­taux avec des unités de soins inten­­sifs et une bien meilleure surveillance. Mais nous voya­­geons plus vite que jamais, donc la propa­­ga­­tion pour­­rait être trop rapide pour nous permettre d’y faire face. » Pour l’heure, l’OMS se veut toute­­fois rassu­­rante. Le nombre de cas obser­­vés en Chine « se stabi­­lise », a-t-il indiqué samedi 8 février. « C’est une bonne nouvelle et cela pour­­rait reflé­­ter l’im­­pact des mesures de contrôle qui ont été mises en place », a déclaré le respon­­sable des programmes sani­­taires d’ur­­gence, Michael Ryan, même s’il est « encore trop tôt pour prédire quoi que ce soit ».

Peut-être Li Wenliang a-t-il enfin été entendu. « Si les auto­­ri­­tés avaient divul­­gué des infor­­ma­­tions sur l’épi­­dé­­mie plus tôt, je pense que ça irait bien mieux », écri­­vait-il depuis son lit d’hô­­pi­­tal. « Il devrait y avoir plus d’ou­­ver­­ture et de trans­­pa­­rence. » Aujourd’­­hui, sa femme est trai­­tée dans une unité confi­­née.


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