par Sylvia Hines | 27 novembre 2016

Gladys Sanchez Espi­­nosa a 88 ans. Élevée par sa mère et son oncle, qui faisaient acti­­ve­­ment partie de la résis­­tance consti­­tuée face au gouver­­ne­­ment Batista d’avant la révo­­lu­­tion, elle a rejoint l’Union des jeunes commu­­nistes quand elle avait 14 ans. Après le triomphe de la révo­­lu­­tion et la mise en place par Fidel Castro de sa campagne d’al­­pha­­bé­­ti­­sa­­tion massive, Gladys a rejoint les briga­­dis­­tas. Elle voya­­geait dans les régions les plus isolées et dange­­reuses du pays pour ensei­­gner aux enfants à lire et à écrire. Elle relate ici ses souve­­nirs des premières heures de la révo­­lu­­tion.

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Gladys Sanchez Espi­­nosa, ancienne révo­­lu­­tion­­naire de 88 ans
Crédits : Sylvia Hines

1953 : Castro prend d’as­­saut la caserne de Moncada

Aussi long­­temps que je vivrai, je n’ou­­blie­­rai jamais cette époque. Elle a fait de moi la personne que je suis aujourd’­­hui. J’ai été élevée par ma mère et mon oncle. Ils étaient très impliqués dans la résis­­tance contre le gouver­­ne­­ment de Batista. Leur acti­­visme a impré­­gné la façon dont ils nous ont éduquées, mes sœurs et moi. Notre maison – où je vis encore aujourd’­­hui – était le point de rallie­­ment du Partido Socia­­lista Popu­­lar (PSP), le parti commu­­niste cubain. J’ai rencon­­tré la plupart des diri­­geants du PSP et des jeunesses commu­­nistes, car ils venaient chez nous pour fomen­­ter leurs acti­­vi­­tés.

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L’em­­blème de l’UJC
Crédits : Sylvia Hines

J’ai rejoint l’Union des jeunes commu­­nistes quand j’avais 14 ans. Nous nous battions pour toutes les choses que nous avons aujourd’­­hui. Beau­­coup de gens mouraient de faim et beau­­coup de gens ne savaient ni lire, ni écrire. Il y avait une ségré­­ga­­tion très dure. Ici, à Santa Clara, la partie inté­­rieure du parc était réser­­vée aux blancs, les noirs devant se conten­­ter de sa péri­­phé­­rie. J’ai étudié à l’école Marta Abreu. Ma famille n’avait pas beau­­coup d’argent, mais ils se sont saignés pour payer mes frais d’ins­­crip­­tion et ache­­ter les livres et le maté­­riel dont j’avais besoin. La plupart de mes cama­­rades de classe étaient les enfants de gens riches et puis­­sants. Je faisais partie des quelques élèves pauvres. Cela signi­­fie que personne d’autre à l’école n’était en faveur de la lutte, je passais donc beau­­coup de temps à l’Escuela Normal où mes sœurs allaient. À chaque fois qu’une réunion ou qu’une mani­­fes­­ta­­tion avait lieu, j’y allais. Et il y en avait beau­­coup. Les ouvriers de l’in­­dus­­trie du tabac, du bâti­­ment, les élec­­tri­­ciens… ils s’op­­po­­saient tous aux mesures mises en place par le gouver­­ne­­ment. Dans les rues, on jetait toutes sortes de projec­­tiles sur la police – des clous, des boîtes de conserve. Eux, ils nous pour­­sui­­vaient, certaines fois à cheval. Nous, on courait. On courait tout le temps.

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La maison de Gladys
Crédits : Sylvia Hines

Après le 26 juillet 1953, le jour où Fidel a tenté de s’em­­pa­­rer de la caserne de Moncada, le PSP a coor­­donné ses actions avec les rebelles. Nous avions tous le même objec­­tif : renver­­ser le gouver­­ne­­ment. Géné­­ra­­le­­ment, lors des réunions, mes sœurs et moi étions les seules femmes présentes. Nous n’étions entou­­rées que d’hommes. Je me souviens qu’un jour, nous avons entendu la police arri­­ver. Tout le monde a pris ses jambes à son cou. Certains se sont cachés sous le lit, d’autres se sont enfuis par la porte de derrière, sautant la palis­­sade et déta­­lant dans le jardin des voisins. Il y avait cet artiste, Cespedes. Je peux encore l’en­­tendre crier : « Qu’est-ce qu’il se passe ? Qu’est-ce qu’il se passe ? » La voiture de la police a déboulé en trombe dans la rue et pilé devant la maison. Ma mère est sortie. Elle se tenait à l’en­­trée en leur criant dessus. « Qu’est-ce que vous faites là ? Vous ne pouvez pas entrer, certai­­ne­­ment pas à cette heure de la nuit. » L’homme qui vivait en face – il était capi­­taine dans l’ar­­mée – est sorti à son tour et s’est enquit de la situa­­tion. « Nous sommes ici parce qu’on a entendu dire que des réunions avaient lieu dans cette maison », ont-ils dit. « Aucune chance », leur a-t-il répondu. « Lais­­sez cette famille tranquille, cette femme vit seule avec ses enfants. » Grâce à lui, ils ne sont pas entrés. Quand nous avons été certains qu’ils étaient partis, tout le monde est sorti de sa cachette un par un. Pablo Rivalta, qui était capi­­taine dans l’ar­­mée rebelle, était rentré chez lui en courant. Si la police était entrée, ils auraient sans aucun doute abattu les personnes présentes en voyant tous les docu­­ments et la propa­­gande étalés dans la maison.

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Aujourd’­­hui âgée de 88 ans, elle avait 14 ans lorsqu’elle a rejoint l’UJC
Crédits : Sylvia Hines

Décembre 1958 : La bataille de Santa Clara

À partir de ce jour-là, les choses ont changé. Beau­­coup de révo­­lu­­tion­­naires sont allés à Santiago. De là, ils se rendaient dans la Sierra Maes­­tra, la chaîne de montagnes où Fidel et ses hommes se cachaient. Lorsqu’un des rebelles partait, moi ou l’une de mes sœurs l’ac­­com­­pa­­gnions pour ne pas risquer d’at­­ti­­rer l’at­­ten­­tion. À la maison, les choses ont empiré. Dans le quar­­tier, les gens n’étaient pas des révo­­lu­­tion­­naires, loin de là. Il y avait le capi­­taine qui vivait en face, ainsi qu’une famille origi­­naire de Cien­­fue­­gos qui rece­­vait fréquem­­ment la visite de Corne­­lio Rojas, le chef de la police de Santa Clara. Nous étions cernés par les infor­­ma­­teurs. S’ils nous avaient dénoncé à la police, s’ils leur avaient dit que nous étions commu­­nistes, on nous aurait fait prison­­niers et personne n’au­­rait plus jamais entendu parler de nous. Mais nous n’avons jamais vécu dans la peur. Lorsqu’on est jeune, on n’a pas conscience du danger. Un de mes frères est né avec un crâne dispro­­por­­tionné et il marchait en boitant. Il avait l’ha­­bi­­tude de venir nous voir à une ou deux heures du matin. Il appor­­tait une radio pour que nous puis­­sions écou­­ter Radio Rebelde, qui était diffu­­sée depuis la Sierra. Il passait juste devant les poli­­ciers, mais comme il traî­­nait la patte, ils n’ont jamais fait atten­­tion à lui.

Les balles fusaient dans les rues de tous les côtés. On se tenait à la porte pour écou­­ter les tirs.

Les choses ont conti­­nué comme ça pendant un temps. Nous orga­­ni­­sions des mani­­fes­­ta­­tions, on faisait ce qu’on pouvait. Et puis un jour, un cama­­rade a frappé à la porte et nous a dit : « Prépa­­rez à manger, les rebelles vont lancer l’as­­saut sur Santa Clara. » Je me suis préci­­pi­­tée au maga­­sin pour ache­­ter du riz et tout ce qu’il fallait. Nous avions entendu dire qu’ils lance­­raient l’at­­taque le 28 décembre. Cette nuit-là pour­­tant, il n’y a eu quelques coups de feu. Mais le 29… c’était inima­­gi­­nable. Il y avait des snipers postés tout autour du parc du centre-ville, sur les toits de l’hô­­tel Santa Clara Libre, de la biblio­­thèque et du tribu­­nal.

Pendant ce temps, un de nos cama­­rades est venu à la maison nous appor­­ter un mot de Pablo Rivalta, qui avait rejoint la Sierra. Il voulait que quelqu’un aille chez sa tante lui cher­­cher un pull, car il faisait très froid dans les montagnes. Ma sœur Reina était moins aven­­tu­­reuse, mais Andrea et moi sommes allées jusqu’à la maison de sa tante, en rasant les murs sur le chemin. Elle était stupé­­faite de nous voir. « Que se passe-t-il ? » a-t-elle demandé. « Pablo veut que vous lui envoyiez un pull. » Le 30, il était impos­­sible de sortir de chez soi. Les balles fusaient dans les rues de tous côtés. On se tenait à la porte pour écou­­ter les tirs qui réson­­naient partout. Bang ! Bang ! C’était incroyable. Aux envi­­rons de trois heures du matin, un petit avion a survolé la ville. Nous l’avons vu passer depuis le patio. Il a lâché une petite balle noire : une bombe qui a explosé sur le toit du tribu­­nal. « Comment se fait-il que vous ayez vu ça ? » nous a gron­­dées ma mère. « Qu’est-ce que vous faisiez dans le patio ? Vous ne devez pas sortir ! » C’est aussi ce jour-là que les rebelles ont fait dérailler un train qui trans­­por­­tait des armes et des soldats, pour appor­­ter du soutien aux soldats du gouver­­ne­­ment à Santiago. Le Che et Camilo Cien­­fue­­gos avaient élaboré le plan qui provoque­­rait l’ac­­ci­dent. Tout le monde n’avait que ça à la bouche : « Ils ont fait dérailler le train ! Ils ont tué celui-là ! et celui-ci aussi ! »

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Camilo Cien­­fue­­gos et Che Guevara

Le 31, nous nous sommes cachées sous la table en priant Dieu que tout se termine bien. Ils avaient garé un tank juste en face de la maison. C’est là que nous avons entendu – peut-être à la radio, je ne sais plus – que le président Batista était parti. Lorsque l’an­­nonce a eu lieu, les gens ont envahi les rues et tous les complices du gouver­­ne­­ment ont fait leurs bagages avant de prendre la fuite. L’un d’eux a même tenté d’en­­trer chez nous pour se réfu­­gier, chargé de livres et d’af­­faires diverses, mais ma sœur et moi lui avons dit de déguer­­pir en lui refer­­mant la porte au nez. Je ne sais pas ce qu’il est devenu. C’était un des pires.

La campagne d’al­­pha­­bé­­ti­­sa­­tion

En 1960, Fidel a prononcé un discours dans lequel il deman­­dait à tout le monde de rejoindre sa campagne d’al­­pha­­bé­­ti­­sa­­tion. Il y avait un très grand nombre de personnes sur l’île qui ne savaient ni lire, ni écrire, et il voulait y mettre un terme. Évidem­­ment, je me suis inscrite et ils m’ont demandé de me rendre dans les villages nichés dans les montagnes de l’Es­­cam­­bray. Dans ces endroits pleins d’en­­fants, il n’y avait pas une seule école et aucun d’eux ne savait lire ou écrire. Nous avons parlé avec les fermiers de la région pour les convaincre de bâtir une école. Nous étions quatre dans ma brigade. Deux qui donnaient des cours, les deux autres qui arpen­­taient les champs pour trou­­ver des gens auxquels les donner. Nous leur appre­­nions aussi à cuisi­­ner. Ils ne mangeaient que de la citrouille et des patates douces jusque là. Nous avons mis notre argent en commun et nous sommes descen­­dus de la montagne pour ache­­ter des choses et leur donner des idées pour prépa­­rer ces aliments. Je me souviens que le 25 décembre, nous avons voulu orga­­ni­­ser une petite fête. Le proprié­­taire de la ferme nous a prêté la hutte dans laquelle il stockait le tabac. Nous avons dansé toute la nuit, c’était un moment inou­­bliable.

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Les Cubains des brigades Conrado Beni­­tez
Crédits : Sylvia Hines

Mais quelques jours plus tard, les bandits [d’an­­ciens soldats de Batista soute­­nus par la CIA] sont arri­­vés et ont commencé à semer la terreur à Escam­­bray. Quand on croi­­sait leur route, ils se couvraient le visage avec des serviettes pour ne pas qu’on les recon­­naisse. Une nuit, j’ai entendu les chiens aboyer et je me suis deman­­dée ce qui pouvait les mettre dans cet état à une heure pareille. Je me suis levée pour voir ce qu’il se passait et j’ai surpris les proprié­­taires de la ferme en train de donner de la nour­­ri­­ture aux bandits. Un soir durant la classe – les leçons avaient souvent lieu la nuit –, nous avons entendu un klaxon.  L’un des membres de la famille a sursauté. « Une voiture ! Ce doit être eux », a-t-il dit en parlant des autres briga­­dis­­tas, « L’école de San Tilin est finie. » Ça n’avait aucun sens : pourquoi l’école se termi­­ne­­rait-elle à cette heure à San Tilin ? Sa réac­­tion a éveillé nos soupçons, et nous avons appris par la suite que les bandits avaient mis le feu à l’école. Quelques jours plus tard, la fermière nous a dit : « Nous vous consi­­dé­­rons comme des membres de notre famille, mais la prochaine fois que vous reve­­nez, ne venez pas habillés en vert olive. » Les bandits avaient menacé la famille de les tuer si nous portions l’uni­­forme à la ferme. Peu après, le fermier est venu nous voir et nous a dit que nous ne pouvions plus donner de leçons sous leur toit, car les bandits l’avaient menacé de mettre le feu à ses réserves de tabac. Nous avons donc commencé à faire les leçons sous un arbre.

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La Sierra del Escam­­bray
Crédits : DR

Nous avons conti­­nué comme ça pendant un temps jusqu’à ce qu’au jour où nous sommes descen­­dues de la montagne pour faire un break. Sur le chemin, nous avons croisé la route de Conrado Beni­­tez dans sa jeep – lui aussi faisait partie de la brigade d’al­­pha­­bé­­ti­­sa­­tion. Il nous a inter­­­pel­­lées. « Vous descen­­dez ? » « Oui, pour quelques temps. » « Est-ce que vous avez votre lanterne avec vous ? » Tous les groupes avaient une lanterne, car il n’y avait pas d’élec­­tri­­cité dans les montagnes. « Non, mais on revient. » « Non, vous ne pouvez pas y retour­­ner ! Dites-moi juste où vous l’avez lais­­sée. »

Toutes les personnes sachant lire et écrire devaient s’im­­pliquer.

Il a conti­­nué sa route vers le sommet. Il voulait appor­­ter des cadeaux aux enfants de l’en­­droit où il avait travaillé – des jouets et des bonbons. C’était au tout début du mois de janvier 1961. Le 6, les bandits l’ont tué. Après sa mort, Castro et son gouver­­ne­­ment ont forma­­lisé la campagne d’al­­pha­­bé­­ti­­sa­­tion à travers tout Cuba. Toutes les personnes sachant lire et écrire devaient parti­­ci­­per. Les brigades ont été rebap­­ti­­sées « brigades Conrado Beni­­tez ».

Camagüey

Ils m’ont envoyé ensuite à Camagüey, un village de campagne situé près de Morón. Il était plein de contre-révo­­lu­­tion­­naires, et il y avait beau­­coup de racisme. Nous chan­­tions « L’In­­ter­­na­­tio­­nale » et les garçons s’écriaient avec horreur : « Ces profs sont commu­­nistes ! » J’étais là-bas avec cinq autres briga­­dis­­tas, des jeunes filles de 13 ou 14 ans dont je devais m’oc­­cu­­per. Mais lorsque je suis arri­­vée là-bas, personne n’a voulu m’hé­­ber­­ger. Je dormais donc dans le chalet d’un fermier qui avait pris la fuite. Il était complè­­te­­ment vide, à l’ex­­cep­­tion d’un de ces vieux télé­­phones qu’il fallait remon­­ter, que les Haïtiens venus travailler dans les plan­­ta­­tions de canne à sucre de la région utili­­saient. Heureu­­se­­ment, il y avait un maga­­sin juste à côté.

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Les briga­­dières Norma et Daysi Guillard en 1961
Crédits : DR

Chaque jour, j’al­­lais voir comment s’en sortaient les jeunes briga­­dis­­tas. Elles me racon­­taient qu’elles ne compre­­naient pas les Haïtiens, et l’une d’elles était terri­­fiée. Il y avait toujours quelque chose qui n’al­­lait pas. Aux envi­­rons de dix heures du matin, un petit avion améri­­cain survo­­lait la zone à très basse alti­­tude, avec une longue chaîne pendant sous la carlingue. Je me deman­­dais bien à quoi elle pouvait servir. J’ima­­gine qu’ils devaient livrer des armes ou de la drogue, mais je n’en ai jamais eu la certi­­tude. Un jour, le proprié­­taire du maga­­sin m’a dit : « Maes­­tria ! Est-ce que vous réali­­sez où vous habi­­tez ? » « Je ne sais pas, c’est juste une maison », ai-je répondu en haus­­sant les épaules. « Oui, mais ne voyez-vous pas ? Si les travailleurs des champs de canne à sucre y mettent le feu, comment ferez-vous pour sortir ? » « Eh bien, par la porte ? » « Oui, et après ? » J’ai regardé la maison par-dessus mon épaule et j’ai pris conscience qu’il avait raison. Toutes les issues étaient cernées par la canne à sucre. S’ils mettaient le feu au champ, je n’au­­rais nulle part où fuir. C’était une pratique courante, car elle faci­­lite la récolte. J’avais le choix : rester et risquer de mourir, ou mettre fin à ma parti­­ci­­pa­­tion au sein de la campagne d’al­­pha­­bé­­ti­­sa­­tion. Évidem­­ment, j’ai choisi de rester.

Quelques temps plus tard, j’ai contracté une fièvre sévère. Peut-être avais-je pris froid après avoir pris un bain dehors, je ne sais plus. Il y avait une femme assise en face de moi et elle m’a demandé : « Vous vous sentez mal ? » « Oui », ai-je dit. « J’ai une fièvre terrible. » Lorsque je suis rentrée chez moi, la fièvre était passée. Mais le lende­­main, tout le monde me regar­­dait bizar­­re­­ment. « Regar­­dez la maîtresse ! Elle est reve­­nue d’entre les morts ? » « Vous n’êtes pas morte ? » m’a demandé un autre. Ils ont fini par m’ex­­pliquer. « La nuit dernière, nous avons entendu sur Radio Swan [une station de radio montée par la CIA et diffu­­sée depuis les Îles Swan, au large des côtes hondu­­riennes] que la maîtresse du village était morte. » Non, je n’étais pas morte. La Révo­­lu­­tion a fait de moi ce que je suis aujourd’­­hui. Pour moi, il n’exis­­tera jamais rien d’autre que la Révo­­lu­­tion et mon iden­­tité cubaine.

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Fidel Castro galva­­ni­­sait les foules

CHRONOLOGIE DES ÉVÉNEMENTS 10 mars 1952 : Fulgen­­cio Batista renverse le président Carlos Prío Socarrás lors d’un coup d’État. 26 juillet 1953 : Première insur­­rec­­tion armée – l’as­­saut manqué contre la caserne de Moncada, à Santiago de Cuba, pour tenter de s’ac­­ca­­pa­­rer des armes pour les rebelles sous les ordres de Fidel Castro. 21 septembre 1953 : Castro assure lui-même sa défense lors du procès qui a suivi l’as­­saut manqué. Il prononce son fameux discours « l’his­­toire m’ab­­sou­­dra ». 31 décembre 1958 : Batista fuit Cuba après la bataille déci­­sive de Santa Clara. 26 septembre 1960 : Castro fait part de son plan de lutte massive contre l’illet­­trisme à l’As­­sem­­blée géné­­rale des Nations unies. Novembre 1960 : Le recen­­se­­ment des personnes illet­­trées commence. Janvier 1961 : Mort de Conrado Beni­­tez. La campagne d’al­­pha­­bé­­ti­­sa­­tion est forma­­li­­sée. 28 janvier 1961 : Castro annonce qu’en avril, toutes les écoles ferme­­ront et que toutes les personnes âgées de plus de 13 ans devront rejoindre les brigades Conrado Beni­­tez. 22 décembre 1961 : On déclare l’éra­­di­­ca­­tion de l’illet­­trisme à Cuba. Des célé­­bra­­tions sont orga­­ni­­sées aux quatre coins à La Havane.


Traduit de l’an­­glais par Nico­­las Prouillac et Arthur Scheuer d’après l’ar­­ticle « Memo­­ries of a young Cuban revo­­lu­­tio­­nary », paru dans Al Jazeera. Couver­­ture : Le triomphe des révo­­lu­­tion­­naires cubains.


CUBA : CHRONIQUES D’UNE ÎLE À NUL AUTRE PAREIL

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Après la mort de Fidel Castro, décou­­vrez quelques-unes des anec­­dotes qui font de Cuba une île de légende.

Avec la dispa­­ri­­tion de Fidel Castro s’achève un récit histo­­rique débuté dans les années 1960, avec les prémices de la révo­­lu­­tion cubaine et la fin de l’em­­prise améri­­caine sur Cuba. La reprise des rela­­tions entre Cuba et les États-Unis, concré­­ti­­sée par la visite symbo­­lique de Barack Obama sur l’île en mars dernier, offre un nouveau départ, mais aussi de nouveaux défis à l’île révo­­lu­­tion­­naire. Les sept repor­­tages qui suivent, assor­­tis d’ar­­ticles courts et de port­­fo­­lios, racontent quelques unes des anec­­dotes les plus épiques et folles de ce peuple merveilleux.

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