par Theo Padnos | 0 min | 31 mai 2016

42 USA

Qu’est-ce que c’est 42, pour vous ?

42, c’est une école qui donne sa chance à tout le monde. On s’aperçoit, aussi bien en France qu’aux États-Unis, que les élèves des grandes écoles sont majo­­ri­­tai­­re­­ment issus d’un milieu social favo­­risé. Contrai­­re­­ment à ce qu’on pour­­rait penser, ce ne sont pas les élèves les plus brillants qui ont le plus de chances d’ac­­cé­­der à ces écoles, mais plus géné­­ra­­le­­ment ceux d’entre eux qui viennent de milieux favo­­ri­­sés. logo42-siteUn deuxième élément vient s’ajou­­ter à ce constat : dans les métiers qui sont les nôtres – le déve­­lop­­pe­­ment infor­­ma­­tique notam­­ment –, la culture géné­­rale a assez peu d’im­­por­­tance. Seules comptent deux choses : d’une part, la logique, c’est-à-dire la capa­­cité à trai­­ter les infor­­ma­­tions dans l’ordre, et d’autre part la volonté de s’en sortir. Ce sont des éléments extrê­­me­­ment impor­­tants pour qui veut faire du déve­­lop­­pe­­ment infor­­ma­­tique. Nous voulions mélan­­ger tout cela sous une forme asso­­cia­­tive, c’est-à-dire non-profit – on ne cherche pas à gagner de l’argent avec. En asso­­ciant ces idées aux gens qui ont fondé les meilleures écoles dans le domaine en France, comme Nico­­las Sadi­­rac, nous avons lancé 42 en 2013. Et aujourd’­­hui, nous lançons 42 aux États-Unis. Si on se base sur le modèle améri­­cain, l’idée est de donner leur chance à des mômes issus de la classe moyenne, de leur donner un espoir et une chance d’avoir un métier, voire de créer leur entre­­prise tout en ayant des salaires – qui peuvent atteindre 140 à 150 000 dollars par an dans la Sili­­con Valley.

Pourquoi faites-vous ça ? Qu’est-ce que ça vous apporte ?

Il y a plusieurs raisons. La première, c’est quelque chose d’as­­sez clas­­sique chez les Français mais assez peu chez les Améri­­cains : la notion de redon­­ner (give back). C’est-à-dire qu’a­­près avoir réussi à gagner beau­­coup d’argent en France et aux États-Unis – j’es­­père que ce le sera dans d’autres pays aussi –, à chaque fois, je me suis demandé comment je pouvais redon­­ner un bout de l’argent que j’avais gagné dans ces endroits.

Quelle a été la réac­­tion aux États-Unis, compte tenu du coût des études améri­­caines ? Le déca­­lage est bien plus grand qu’ici.

Ce qui est fou, c’est que nous avons à 42 Paris des jeunes qui viennent de Cali­­for­­nie. Ils n’avaient pas les moyens d’ac­­cé­­der à ces études aux États-Unis, et ils sont venus jusqu’en France car avec la gratuité et les diffé­­rentes choses que nous pouvons mettre en œuvre pour les aider, nous leur avons permis de faire des études. La réac­­tion est donc très posi­­tive. Nous ne sommes pas là pour ennuyer les univer­­si­­tés, les jeunes que nous allons cher­­cher n’au­­raient de toute manière pas pu y accé­­der. Ces univer­­si­­tés coûtent autour de 50 000 dollars par an, et géné­­ra­­le­­ment ils n’ont même pas accès à l’en­­det­­te­­ment pour pouvoir s’y inscrire. Ils auraient dans tous les cas galéré et auraient enchaîné les petits boulots. Il est donc très dur d’y trou­­ver des points néga­­tifs. Quand on a lancé 42 en France, certains nous disaient juste : « Vous faites ça pour embau­­cher des sala­­riés dans vos entre­­prises ! » Je prends trois élèves de chez 42 chaque année sur envi­­ron mille nouveaux. Ça n’a pas d’im­­pact. Il n’y a pas d’idées cachées là-dedans, et si vous prenez le commu­­niqué, vous verrez qu’on ne se met pas en avant. Notre nom est à la fin parce qu’on n’a pas de raison de se cacher. On dit ce que chacun d’entre nous fait, on a une petite bio, mais c’est vrai­­ment juste pour le prin­­cipe.

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La nouvelle école 42 à Fremont, en Cali­­for­­nie
Crédits : AR archi­­tec­­tures

Ouvert à tous

Comment entre-t-on à l’école ?

La première chose, c’est qu’on ne demande rien à l’en­­trée : on ne demande qu’un nom, un prénom et une date de nais­­sance aux gens qui veulent rentrer chez 42. Et les candi­­dats doivent être âgés entre 18 et 30 ans. C’est tout. On ne demande pas aux gens s’ils ont eu un diplôme, s’ils savent lire ou écrire, on ne demande rien de tout ça. En France, nous avons des gens qui viennent du monde entier, dont certains sont arri­­vés à Paris sans parler un mot de français. Les choses se passent malgré tout très bien pour eux. Quand on sélec­­tionne ces jeunes, on essaie de les sélec­­tion­­ner sur des critères un peu objec­­tifs. On oublie donc tout ce qu’ils ont pu faire de leur vie, dans leur passé. Ils passent d’abord un test en ligne – test que des centaines de jeunes Améri­­cains passent chaque jour en allant sur le site 42. Ce sont des tests de logique pure. On peut être très mauvais en mathé­­ma­­tiques et les réus­­sir à merveille. C’est très drôle, il s’agit de jeux desquels on ne vous donne pas la règle, mais il faut réus­­sir à trou­­ver la solu­­tion. Déjà, on est pas mal si on réus­­sit ça. Ceux qui réus­­sissent ces jeux, on leur propose de venir faire une « Piscine ». En ligne, on a testé les capa­­ci­­tés de logique – ce qui ne signi­­fie pas être bon mathé­­ma­­ti­­cien. Ensuite, on va tester leur moti­­va­­tion à travers la Piscine. La Piscine, ça veut dire travailler à peu près 450 heures en un mois à l’école, 15 heures par jour, tous les jours pendant 30 jours. C’est comme ça qu’on teste leur moti­­va­­tion. Ce qu’on constate géné­­ra­­le­­ment en France – je ne sais pas si ce sera pareil aux États-Unis –, c’est que très vite quelques-uns disent : « Vous êtes gentils, mais fran­­che­­ment ce n’est pas fait pour moi, c’est trop lourd, c’est trop dur, je préfère faire autre chose et m’en aller. »

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La nouvelle école 42 à Fremont, en Cali­­for­­nie
Crédits : AR archi­­tec­­tures

On a une partie des gens qui s’ac­­crochent, qui vont au bout, et en un mois ce qu’ils apprennent en termes de déve­­lop­­pe­­ment infor­­ma­­tique corres­­pond à envi­­ron deux ans d’études univer­­si­­taires en France. Aux États-Unis, de ce que je sais, c’est à peu près la même chose. Au bout de la Piscine, il y a des jeunes qui après ce mois intense commencent à savoir coder. Ceux-là, on leur dit qu’ils ont le niveau suffi­­sant pour conti­­nuer avec nous et que main­­te­­nant, on va leur offrir leur scola­­rité et les aider autant qu’on peut. S’ils viennent des États-Unis par exemple, on a un immeuble à côté avec des dortoirs. On leur dit : « Main­­te­­nant, on va t’ai­­der à apprendre ça dans la durée et tu vas deve­­nir un génie du code. » On pousse vrai­­ment l’en­­sei­­gne­­ment à partir de là. Et ça marche. Ça marche objec­­ti­­ve­­ment. Que vous ayez un casier judi­­ciaire, que vous soyez nul en maths et en français, que vous disiez toutes les conne­­ries de la terre, on s’en fout. On ne tient pas compte de cela, on ne regarde que les deux critères objec­­tifs. Et si vous les avez, on est ravis de vous aider parce qu’on pense que vous avez tout pour vous en sortir. Ce qu’il faut voir, c’est qu’en France, la moitié des élèves n’ont jamais codé de leur vie, ils n’ont jamais touché à un ordi­­na­­teur. Vous êtes dans un monde où on n’a pas besoin d’avoir déjà fait de l’in­­for­­ma­­tique, on s’en moque complè­­te­­ment.

Comment vous est venue l’idée ?

Pour commen­­cer, je me suis demandé ce que je consta­­tais dans mon métier. Dans mon métier, quand on veut embau­­cher quelqu’un qui code, on lui demande de s’as­­seoir et on le fait coder, on ne lui demande pas son diplôme. S’il a un bon diplôme, tant mieux pour lui, mais on n’en a rien à faire. Le code est un métier ou un savoir-faire dans lequel le diplôme n’a pas d’im­­por­­tance. Au bout du compte, les gens ont un savoir ou ne l’ont pas. C’est peut-être le cas dans d’autres métiers, mais dans ce secteur le diplôme n’est pas un élément qui permette de juger objec­­ti­­ve­­ment une personne par rapport à un savoir-faire. Et l’ab­­sence d’un diplôme évite aux élèves de partir dans des stress.

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Xavier Niel entouré des élèves de 42
Crédits : 42 born2­­code

Un diplôme, ça veut dire aussi respec­­ter des règles. 42, c’est une école ouverte 24/24, 7 j/7. À 3 h du matin, on peut trou­­ver entre 300 et 400 personnes en train de travailler dans l’école. Donc on évolue en France dans un modèle au sein duquel un certain nombre de règles sont faites pour obte­­nir son diplôme, qui ne cadrent pas avec nos méthodes d’en­­sei­­gne­­ment. On n’a pas de profes­­seurs, on fait du peer-to-peer correc­­ting [les élèves se corrigent entre eux, nda], des choses comme ça font que 42 est une entre­­prise radi­­cale, et cette radi­­ca­­lité empêche de pouvoir corres­­pondre à un diplôme exis­­tant.

LISEZ ICI LA SUITE DE L’INTERVIEW

LES SECRETS D’UNE ÉCOLE SANS PROFS ET SANS COURS MAGISTRAUX

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Couver­­ture : Xavier Niel dans 42 (AR archi­­tec­­tures).

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