par Theo Padnos | 0 min | 2 août 2016

Les propos ayant servi à réali­­ser cette histoire ont été recueillis par Clémence Postis au cours d’un entre­­tien avec Rod Cassidy. Les mots qui suivent sont les siens.

Sangha Lodge

Ma vie a toujours été guidée par ma passion pour la nature et les animaux, par le souci de préser­­ver leur envi­­ron­­ne­­ment natu­­rel. J’ai grandi en Afrique du Sud, à Cape­­town. Je ne viens pas vrai­­ment d’un milieu favo­­risé, nous vivions avec ma famille dans un minus­­cule appar­­te­­ment. Malgré tout je me souviens qu’à 13 ans déjà, j’ai­­mais obser­­ver les oiseaux et m’oc­­cu­­per des animaux de la maison. Je ne sais pas d’où me vient cette passion. Ni de mes parents, ni de ma famille. Elle est arri­­vée de nulle part, elle a toujours été là et ne m’a jamais quitté.

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Rod Cassidy et un bébé pango­­lin
Crédits : Rod Cassidy

Après le lycée, tous les Sud-Afri­­cains devaient passer deux ans dans l’ar­­mée. À mon retour à la vie civile, ma famille n’avait pas les moyens de m’en­­voyer à l’uni­­ver­­sité – et pour être honnête, je n’étais pas assez doué. J’ai commencé à travailler en tant que tech­­ni­­cien dans mon seul domaine de compé­­tences : l’or­­ni­­tho­­lo­­gie. J’ai parti­­cipé pendant plusieurs années au programme Antar­c­­tique de l’uni­­ver­­sité du Cap et j’ai fini par me rendre là-bas en voyage de recherche. Un beau périple, bien loin de chez moi ! J’ai ensuite inté­­gré le Muséum du Trans­­vaal de Preto­­ria, où je travaillais sur les oiseaux et les petits mammi­­fères. En 1982, j’ai commencé à orga­­ni­­ser des voyages d’ob­­ser­­va­­tions orni­­tho­­lo­­giques pour arron­­dir mes fins de mois, et jusqu’à 1989, je cumu­­lais deux jobs : un la semaine et un autre pendant mes vacances et mes jours de repos. J’em­­me­­nais les touristes obser­­ver les oiseaux au Zimbabwe, en Nami­­bie et en Afrique du Sud. Puis quand Nelson Mandela est sorti de prison en 1990, j’ai compris que l’ave­­nir s’éclai­­rait pour les Sud-Afri­­cains et qu’il était temps que je me mette à mon compte. J’ai quitté mon travail au musée et je suis devenu voya­­giste à plein temps. J’or­­ga­­ni­­sais des excur­­sions orni­­tho­­lo­­giques dans plusieurs pays d’Afrique et d’Asie jusqu’au jour où une agence de voyage m’a contacté pour orga­­ni­­ser des séjours d’ob­­ser­­va­­tions de primates au Gabon. Lorsque j’or­­ga­­ni­­sais des safa­­ris, le leit­­mo­­tiv était toujours de préser­­ver la nature et d’y sensi­­bi­­li­­ser les gens grâce au tourisme. J’étais constam­­ment à la recherche de nouvelles desti­­na­­tions à décou­­vrir et à faire décou­­vrir. Je suis venu pour la première fois en Centra­­frique en 2004. J’ai trouvé le pays telle­­ment attrac­­tif et riche de possi­­bi­­li­­tés touris­­tiques que j’en ai fait l’une des desti­­na­­tions prin­­ci­­pales de mes voyages orga­­ni­­sés. En 2008, j’ai entendu parler d’un vieux relais de chasse aban­­donné à Sangha-Mbaéré. Il avait été construit au début des années 1990 et servait d’abri aux chas­­seurs qui venaient tuer des buffles et des bongos pour en faire des trophées. J’ai contacté les proprié­­taires et leur ai racheté le relais pour en faire une auberge. Il a néces­­sité beau­­coup d’amé­­na­­ge­­ments. Les clients viennent en petits groupes. Parfois, il s’agit même d’un seul client très riche. Nous avons agrandi le relais et construit d’autres bâti­­ments pour l’adap­­ter à des groupes de touristes stan­­dards (de huit à seize personnes).

Sangha LodgeCrédits : Rod Cassidy
Sangha Lodge
Crédits : Rod Cassidy

Tous les bâti­­ments sont en bois et construits selon des plans de maisons tradi­­tion­­nelles centra­­fri­­caines. Tout le bois vient de la région : à l’époque où nous avons commencé les travaux, il y avait une scie­­rie en acti­­vité à proxi­­mité. Pour le reste, nous avons utilisé du bois recy­­clé. C’est ainsi que nous avons ouvert Sangha Lodge, une auberge en pleine nature et proche des parcs natio­­naux, qui offre l’op­­por­­tu­­nité de faire de magni­­fiques excur­­sions. Je suis né en Afrique et j’y ai grandi, c’est pourquoi malgré tous mes voyages autour du monde, c’est ici que je me suis installé. Lorsque je quitte la Centra­­frique, c’est unique­­ment pour aller en Afrique du Sud et vice versa. Avec le Sangha Lodge, je possède un véri­­table morceau de para­­dis sur Terre. Lorsque je m’as­­sieds sur la terrasse, je contemple notre pota­­ger et notre verger, remplis de papayes, d’ana­­nas, de goyaves, d’avo­­cats, de mangues, de bana­­nes… Puis je porte mon regard un peu plus loin sur la forêt où vivent les gorilles, les éléphants, les pango­­lins, ainsi qu’une multi­­tude d’oi­­seaux et de singes… Le bassin du Congo est extrê­­me­­ment vaste, mais où que vous soyez aux abords du fleuve, tout est pareil. Les paysages, les oiseaux, les animaux… Ici, c’est diffé­rent.

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Crédits : Google Maps

Au sud se trouve la forêt du bassin du Congo. Au nord, à une quaran­­taine de kilo­­mètres seule­­ment, c’est la savane. La route pour y parve­­nir est bordée par une rivière, des collines et derrière elles de hautes montagnes. À l’est s’étendent des clai­­rières à pertes de vue, de grands espaces où se retrouvent les éléphants, les bongos et bien d’autres animaux, très diffé­­rents de ceux qui peuplent le bassin du Congo en Répu­­blique du Congo ou au Gabon. C’est cette beauté qui m’a attiré ici et m’a convaincu de rester. Le déve­­lop­­pe­­ment touris­­tique de la Centra­­frique a commencé dans les années 1990, quand la WWF a lancé le premier programme de tourisme – qui est toujours en cours. Les possi­­bi­­li­­tés sont multiples et nous tentons d’en déve­­lop­­per davan­­tage. Certaines personnes ne restent ici que trois nuits, ce qui est suffi­­sant pour aller voir les gorilles et les éléphants à Dzanga Bai. Cet endroit a quelque chose de magique. Certains de nos visi­­teurs vont même camper dans la forêt avec les Bakas, qui les initient à la pêche au filet. Ils peuvent obser­­ver des éléphants comme jamais aupa­­ra­­vant et des gorilles à moins de sept mètres d’eux. Il y a tout ici. Des oiseaux fantas­­tiques, des paysages merveilleux et même une excel­­lente auberge !

Un coin de Para­­dis

Peu de gens en Centra­­frique et à Sangha-Mbaéré comprennent l’im­­por­­tance de la préser­­va­­tion de la nature et du tourisme. Sensi­­bi­­li­­ser prend du temps. Mais les habi­­tants prennent conscience de l’im­­por­­tance de préser­­ver forêt. Ce n’est pas suffi­­sant hélas, les compa­­gnies d’ex­­ploi­­ta­­tion fores­­tière embauchent davan­­tage et sont plus attrac­­tives que les orga­­nismes de préser­­va­­tion de l’en­­vi­­ron­­ne­­ment.

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Les berges de Sangha-Mbaéré
Crédits : DR

Les gens d’ici mangent de la viande de brousse tous les jours et quasi­­ment rien d’autre hormis du pois­­son. Ils vivent depuis toujours grâce à cette nour­­ri­­ture et je ne pense pas que cela chan­­gera un jour. Néan­­moins, nous discu­­tons avec eux de leurs pratiques et nous les inci­­tons à faire preuve de plus d’em­­pa­­thie pour les animaux. Certains peuvent être mangés mais pas d’autres, en fonc­­tion du nombre de spéci­­mens. Le Sangha Lodge se situe dans une zone proté­­gée mais hors du parc natio­­nal. Lorsqu’on se promène dans la forêt, on voit peu d’ani­­maux car ils sont chas­­sés par la popu­­la­­tion locale. Ils sont bien là, mais ils se cachent des êtres humains. Nous élevons égale­­ment des animaux au Sangha Lodge. Nous avons sauvé de nombreux pango­­lins et recueilli trois bébés duikers. Des bouchers les avaient captu­­rés et ils les ont amenés pour nous les vendre comme nour­­ri­­ture. Nous les leur avons ache­­tés et nous avons pris soin d’eux. À présent, ils vivent dans la forêt et se laissent appro­­cher faci­­le­­ment. L’un d’eux sort de la forêt le matin et le soir : il court vers nous pour récla­­mer des caresses, puis fait demi-tour et dispa­­raît jusqu’au lende­­main. C’est assez incroyable. Quand ils assistent à ce genre de scènes, les gens changent auto­­ma­­tique­­ment de façon de voir les choses, ils prennent vrai­­ment conscience qu’il s’agit de créa­­tures vivantes et pas juste de viande. Avec les pango­­lins par exemple, certains ont changé leur alimen­­ta­­tion pour arrê­­ter d’en manger. Ce sont des créa­­tures si douces… travailler à leurs côtés déve­­loppe une véri­­table empa­­thie envers eux.

Ils ont recueilli et élevé des bébés duikers
Ils ont recueilli et élevé des bébés duikers
Crédits : Rod Cassidy

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Chaque jour, je me lève à l’aube pour m’as­­su­­rer que tout est prêt à la cuisine. Je répare le géné­­ra­­teur s’il y a un souci, je véri­­fie la pompe à eau, je m’as­­sure avec le staff que tout va bien sur le domaine et que tout fonc­­tionne norma­­le­­ment. Les touristes arrivent géné­­ra­­le­­ment par avion ou par bateau en milieu d’après-midi. Le premier jour consiste surtout à se repé­­rer dans le parc et à se repo­­ser. Le lende­­main, leur premier vrai matin à l’au­­berge, ils se lèvent aux aurores et vont à Dzanga Bai, la clai­­rière où les éléphants se réunissent. Elle se trouve à une quin­­zaine de kilo­­mètres à vol d’oi­­seau de Sangha Lodge. Mais en réalité, le trajet en voiture prend au mieux plus d’une heure. À Dzanga Bai, on peut obser­­ver entre 20 et 200 éléphants, même si en règle géné­­rale ils sont autour d’une cinquan­­taine – ce qui est déjà énorme. Les visi­­teurs peuvent égale­­ment aper­­ce­­voir des bongos – une chance sur trois pendant la saison sèche et une sur six pendant la saison des pluies – et des buffles, sans oublier les pota­­mo­­chères, les hylo­­chères et parfois des singes.

Des gorilles à Dzanga BaiCrédits : Facebook
Les gorilles de Dzanga Bai
Crédits : Face­­book

Le deuxième jour, ils vont obser­­ver les gorilles à Bai Hokou, une réserve située au centre de la forêt. Le trajet pour y arri­­ver est long, mais ils peuvent ainsi obser­­ver des gorilles de très près. Il faut géné­­ra­­le­­ment une heure et demie pour trou­­ver un groupe de gorilles, puis on les suit pendant une heure. Les manga­­beys se joignent géné­­ra­­le­­ment aux festi­­vi­­tés. Nous encou­­ra­­geons désor­­mais les gens à partir à la recherche d’oi­­seaux et notam­­ment du picar­­thate, un oiseau rare de la forêt vierge. Le troi­­sième jour, les visi­­teurs passent du temps avec les Bakas, qui leur font décou­­vrir leur mode de vie en forêt et les initient à leur tech­­nique de pêche ances­­trale. Mais ça, c’était avant la crise qui a frappé le pays.

Entre vingt et deux ent éléphants traversent chaque jour Dzanga BaiCrédits : Facebook
Entre 20 et 200 éléphants traversent chaque jour Dzanga Bai
Crédits : Face­­book

En temps de guerre

Nous savions tous qu’un coup d’État se prépa­­rait. Tout a commencé en 2012, lorsque la Seleka – une coali­­tion de partis et de rebelles oppo­­sés au président François Bozizé – s’est consti­­tuée et a commencé à faire route vers Bangui. Le pays a sombré dans la crise à partir de cet instant et l’in­­ter­­ven­­tion des Nations Unies et de l’Union afri­­caine n’a fait que retar­­der le coup d’État au 23 mars. Nous savions ce qui allait suivre. Le 23 mars 2013, la Seleka a attaqué Bangui. L’as­­saut a marqué le début du coup d’État et notre fréquen­­ta­­tion touris­­tique a fondu comme neige au soleil. Tous les expa­­triés ont quitté le pays le 24 mars. Nous sommes restés deux heures de plus après que la déci­­sion a été votée. Cette nuit-là, nous avions décidé de rester, mais tout le monde nous a suppliés de partir : comment nous proté­­ger si la Seleka arri­­vait au village ? Nous sommes partis sans rien, sans argent. Nous avons foncé vers Braz­­za­­ville, au Congo, et nous avons fait halte dans un parc natio­­nal voisin. Tous ceux qui travaillait pour WWF et qui vivaient en Centra­­frique s’y étaient réunis, mais nous ne pouvions pas attendre là-bas. Nous n’avions pas assez d’argent pour attendre. Nous avons donc pour­­suivi notre route et nous sommes fina­­le­­ment rentrés chez nous, en Afrique du Sud.

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Le géné­­ral de la Seleka Zaka­­riya Isa Cham­­chaku et ses hommes
Crédits : Goran Toma­­se­­vic

Dès notre arri­­vée, nous ne dési­­rions qu’une chose : rentrer à Sangha-Mbaéré. Mais nous devions attendre que la situa­­tion se calme et que l’ordre revienne. Durant les mois d’avril et de mai, rien n’a bougé et nous étions toujours coin­­cés en Afrique du Sud, à rumi­­ner notre frus­­tra­­tion. J’ai télé­­phoné à un ami mauri­­ta­­nien qui était resté en Centra­­frique et il m’a dit que je pouvais reve­­nir. La Seleka était toujours présente, il y avait eu quelques inci­­dents, mais rien d’in­­sur­­mon­­table. Pourquoi les expa­­triés ne rentraient pas en ce cas ? Nous n’en savions rien. Et en ce qui nous concer­­nait, nous n’avions pas assez d’argent pour faire demi-tour. Nous avons donc attendu. Au début du mois de mai, une faction souda­­naise de la Seleka a investi la réserve et a tué 26 éléphants de Dzanga Bai. Nous sentir aussi impuis­­sants était un calvaire. J’ai multi­­plié les confé­­rences de presse pour tenter de sensi­­bi­­li­­ser les gens aux problèmes que rencon­­traient le parc et ses animaux sans protec­­tion. Nous vivions chez des amis en Afrique du Sud. Un soir, d’an­­ciens clients suédois m’ont invité à dîner. Ils ont pris de mes nouvelles, m’ont demandé comment les choses se passaient pour moi et pour l’au­­berge. Ils m’ont dit qu’ils s’étaient réunis pour discu­­ter de la situa­­tion. « Nous avons tenu un conseil de famille. Il faut que tu y retournes, mais nous savons que c’est l’argent qui te retient. » Et là, ils m’ont tendu un chèque de 10 000 euros. Ils voulaient vrai­­ment que je rentre. Ils m’ont donné de l’argent, mais plus que tout, ils m’ont donné la force de rentrer.

Les Anti-bala­­kas ont tenté de nous extorquer de l’argent mais je les ai affron­­tés.

Nous sommes retour­­nés en Centra­­frique le 10 août 2013. Un guide chargé de la sécu­­rité avait été engagé par la WWF et était arrivé en même temps que nous. Tamara, le guide, Louis Sano et moi étions les seuls expa­­triés du village. Nous survi­­vions comme nous pouvions. Nous avons négo­­cié avec la Seleka. Ils ne nous ont jamais mena­­cés. Aussi étrange que cela puisse paraître, ils se montraient cléments envers les expa­­triés. Ils ont extorqué pas mal d’argent à la commu­­nauté locale en revanche. Puis soudai­­ne­­ment, ils ont disparu et les Anti-bala­­kas sont arri­­vées, ces milices d’auto-défense formées par les paysans centra­­fri­­cains. Ils donnaient la chasse aux musul­­mans. C’était une période terrible. Les Peuls, les Boro­­ros et leur bétail se jetaient sur les routes par milliers. On les voyait sur le bord des routes ou descendre la rivière en bateau. Il y avait parfois jusqu’à 200 réfu­­giés sur des embar­­ca­­tions pouvant accueillir 60 personnes. Les Anti-bala­­kas ont tenté de nous inti­­mi­­der et de nous extorquer de l’argent, mais j’ai résisté. Lorsqu’ils sont venus à Sangha Lodge pour nous racket­­ter, je ne les ai même pas auto­­ri­­sés à monter les esca­­liers de l’en­­trée. Je leur ai tenu tête et au final, ils m’ont même proposé de les prendre en photo ! Je ne suis pas un vieillard, mais je suis beau­­coup plus vieux qu’ils ne l’étaient. C’étaient des gamins. Alors quand j’ai parlé avec une sévé­­rité inflexible, ils se sont atten­­dris.

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Des membres des Anti-bala­­kas
Crédits : DR

Certains musul­­mans avaient proba­­ble­­ment parti­­cipé au mouve­­ment de la Seleka, mais la majo­­rité d’entre eux n’avaient rien fait. Ça a été une période cruelle, la pire de toute ma vie. La crise a fini par prendre fin et les Anti-bala­­kas n’avaient rien à gagner à rester à Sangha-Mbaéré. Ils ont disparu à leur tour. Depuis, nous sommes en paix.

Prédire l’ave­­nir

Ce qu’il se passe aujourd’­­hui en répu­­blique centra­­fri­­caine me fait penser à la première fois où j’y ai posé les pieds, en 2004 – l’an­­née où Bozizé a pris le pouvoir. Le pays était agité et les routes n’étaient pas sûres. D’un point de vue touris­­tique, la situa­­tion est très simi­­laire, car personne ne venait en Centra­­frique à l’époque. Mais même si nous avons peu de clients, nous avons gardé le même nombre d’em­­ployés et conti­­nuons à travailler d’ar­­rache-pied. Nous agran­­dis­­sons l’au­­berge, nous réno­­vons la lave­­rie, la cuisine, tout… De toute façon, nous n’avons pas assez d’argent pour être payés à ne rien faire !

Un pangolinsCrédits : Rod Cassidy
Un pango­­lin
Crédits : Rod Cassidy

Trois ou quatre personnes sont parties, soit parce qu’elles sont allées vivre à Bangui, soit parce qu’elles ont choisi d’autres voies. Mais nous les avons toutes rempla­­cées. Si nous ne le faisons pas, c’est un aveu de faiblesse face à la crise qui frappe le pays. Nous faisons tout pour que la vie ait l’air de suivre un cours normal, même si c’est loin d’être le cas. Les consé­quences de la crise pour les animaux auraient pu être bien pires. À Dzanga Bai, une centaine d’élé­­phants se réunit chaque jour. Après les bracon­­nages qui ont eu lieu, les animaux avaient peur du bruit et des humains. Mais ils n’ont pas mis long­­temps à avoir de nouveau confiance, une fois le site sécu­­risé. Les éléphants ont été les premiers à reve­­nir. Les animaux étaient chas­­sés aupa­­ra­­vant, mais la première chose que la Seleka a fait en arri­­vant, c’est de confisquer toutes les armes à feu : ils ne voulaient voir personne avec un fusil. Pendant la période Seleka, il y a eu de ce fait beau­­coup moins de chasse et de bracon­­nage. La Centra­­frique vit véri­­ta­­ble­­ment au jour le jour et nous tachons de nous en sortir. Nous avons espoir que le tourisme connaisse une nouvelle phase de crois­­sance jusqu’à la prochaine insta­­bi­­lité. Le pays traverse de graves crises de façon cyclique. Nous esti­­mons que la phase de crois­­sance durera encore quatre ou cinq ans avant la prochaine catas­­trophe, et ainsi de suite. La façon la plus simple de prédire l’ave­­nir est de regar­­der le passé. Si on examine l’his­­toire du pays, c’est ainsi que se passent les choses. Nous avons peur de ces cycles, mais l’im­­por­­tant est de survivre à la phase de crise. Nous sommes ici pour la préser­­va­­tion plus que pour le profit. Si nous voulions réali­­ser des béné­­fices, nous serions restés en Afrique du Sud. Évidem­­ment, nous aime­­rions que les affaires tournent mieux, mais le plus impor­­tant à nos yeux est d’of­­frir de bons services touris­­tiques et un repère de confiance dans la région. Le fait que nous ayons survécu à cette crise, grâce à l’aide de nombreux amis, c’est très impor­­tant pour nous. Désor­­mais, nous souhai­­tons être assez indé­­pen­­dants pour dispo­­ser de notre propre budget au moment de la prochaine période d’ins­­ta­­bi­­lité. Nous espé­­rons que cela n’ar­­ri­­vera pas, mais je pense qu’il faut s’y prépa­­rer. C’est ainsi que je vois l’ave­­nir, et ce n’est vrai­­ment pas beau à voir.

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Le raris­­sime picar­­thate
Crédits : Rod Cassidy

Traduit de l’an­­glais par Claire Ferrant et Clémence Postis. Couver­­ture : La réserve Sangha.

QUI POURRA SAUVER LE PARC LE PLUS DANGEREUX D’AFRIQUE ?

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Menacé par les compa­­gnies pétro­­lières et les factions rebelles, le parc natio­­nal des Virunga repose sur les épaules d’une poignée d’hommes et de femmes.

I. Virunga

Alors que les hommes commencent à tirer dans sa direc­­tion, Emma­­nuel se jette de côté et essaie d’ac­­cé­­lé­­rer pour sortir de cette embus­­cade. Quatre cartouches font écla­­ter le pare-brise ; d’autres atteignent le bloc moteur, stop­­pant net le véhi­­cule. Saisis­­sant son fusil, Emma­­nuel se glisse hors de la jeep par la portière de droite et se préci­­pite en direc­­tion de la forêt. Les tirs ne cessent de pleu­­voir tandis qu’il s’élance. Une balle l’at­­teint au thorax, une autre à l’ab­­do­­men. Après avoir couru une tren­­taine de mètres, Emma­­nuel s’ar­­rête et fait feu en direc­­tion de la route ; à quatre reprises, le méca­­nisme se bloque, l’obli­­geant à marquer une pause. Puis, ainsi qu’il le raconte, il s’est assis et a attendu. Il perd alors beau­­coup de sang. Une des balles a frac­­turé quatre côtes et perforé l’un de ses poumons. « C’était dur de souf­­frir ainsi et de savoir que le danger n’était peut-être pas écarté », se souvient-il. Près d’une demi-heure plus tard, Emma­­nuel sort de la forêt, non sans diffi­­culté, pour retour­­ner sur la route. Les assaillants ont disparu mais le Land Rover est hors d’usage. Impos­­sible d’avan­­cer. Une jeep de passage appar­­te­­nant à une ONG refuse de s’ar­­rê­­ter, proba­­ble­­ment parce qu’Em­­ma­­nuel est couvert de sang. Peu de temps après, un fermier à moto se montre heureu­­se­­ment plus chari­­table. Après l’avoir installé à l’ar­­rière de son deux-roues, le fermier le conduit dans un village où il inter­­­cepte un camion mili­­taire. Cepen­­dant, l’ar­­mée congo­­laise dispose de peu de moyens, comme chacun sait, et très vite le camion tombe en panne. Emma­­nuel est trans­­féré dans un second camion mili­­taire qui n’a pas suffi­­sam­­ment d’es­­sence pour termi­­ner le trajet. Fina­­le­­ment, il parvient à l’hô­­pi­­tal de Goma. Reste un obstacle majeur : tandis qu’on le prépare pour l’in­­ter­­ven­­tion, il appa­­raît évident que les chirur­­giens, un Congo­­lais assisté d’un méde­­cin indien prove­­nant d’une base voisine de l’ONU, ne peuvent pas commu­­niquer. Le premier parle français, mais le second parle unique­­ment l’an­­glais. C’est ainsi que le patient, qui parle couram­­ment les deux langues, endosse le rôle d’in­­ter­­prète au début de l’opé­­ra­­tion : « Scapel ! » « Je souf­­frais atro­­ce­­ment. Mes bles­­sures s’étaient rigi­­di­­fiées et commençaient à lancer, mais la situa­­tion était comique », explique Emma­­nuel. Après quatre jours d’hos­­pi­­ta­­li­­sa­­tion, il est trans­­féré par avion dans un centre médi­­cal au Kenya. Trois jours plus tard, il marchait dans les couloirs, sa perfu­­sion à la main.

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Emma­­nuel de Merode progresse dans la jungle
Crédits : virunga.org

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