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par Valentine Boucq | 16 août 2014

Tommy

Derrière les barreaux verts d’une cage sombre, exigüe et inhos­pi­ta­lière se détache une ombre intri­gante. Un indi­vidu d’une ving­taine d’an­nées, en pleine force de l’âge, vit à l’étroit dans cet espace peu accom­mo­dant. Son nom : Tommy. À la diffé­rence de vous et moi, Tommy ne sait ni lire ni écrire. Néan­moins, tout laisse à penser qu’il a conscience de son exis­tence, se remé­more son passé et surtout prépare son avenir, s’inquiète proba­ble­ment de savoir comment pour­voir à ses propres besoins et, bien que peu bavard dans cet univers soli­taire, souffre a fortiori de sa priva­tion de liberté. Comme tout un chacun, en somme. Mais quel crime ou délit ce brave Tommy a-t-il commis pour méri­ter un tel sort ? Celui d’être le chim­panzé d’un cirque aujourd’­hui disparu. Ce combat ne date pas d’hier. Steve Wise le prépare même depuis près de 40 ans. Après avoir rêvé dans son jeune âge de deve­nir un rockeur charis­ma­tique à l’époque où il combat­tait la guerre du Viet­nam ou, plus prosaïque­ment, d’exer­cer la méde­cine, cet assoiffé de justice sociale a fina­le­ment opté pour les études de droit. Le diplôme d’avo­cat en poche, le jeune magis­trat se lance d’abord dans les affaires de coups et bles­sures. Son inté­rêt pour les animaux, révélé depuis sa plus tendre enfance, prend soudain une autre tour­nure. L’om­ni­vore qu’il était opte pour un régime végé­ta­rien, ne voulant plus soute­nir, même indi­rec­te­ment, le trai­te­ment imposé aux animaux d’éle­vage.

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Singe en cage
Crédits : Neil McIn­tosh
La lecture du livre mili­tant de Peter Singer La libé­ra­tion animale, paru en 1975, asso­cié à ses convic­tions person­nelles lui font prendre conscience que le meilleur moyen de se montrer utile dans son combat consiste à plai­der la cause des bêtes : « J’ai réalisé que leurs inté­rêts ne seraient jamais préser­vés tant que les animaux seront consi­dé­rés comme des objets d’un point de vue légal, pour ainsi dire nos esclaves, ou qu’on ne leur attri­buera pas de person­na­lité », avoue-t-il. Un point de départ qui va néces­si­ter une longue prépa­ra­tion et un travail de recherches appro­fondi. Depuis lors, le défen­seur du droit des animaux four­bit ses armes, et les aiguise au fur et à mesure de ses réflexions et des décou­vertes scien­ti­fiques. Il n’hé­site pas à établir un paral­lèle entre la façon dont nous trai­tons nos compa­gnons à poils, à plumes ou à écailles et celle avec laquelle les maîtres domi­naient leurs esclaves à toutes époques. Avant l’abo­li­tion, ces êtres humains ne valaient guère plus qu’une chaise ou qu’un lit douillet aux yeux des maîtres, car ils n’étaient que des objets, et non des indi­vi­dus. Comme les animaux aujourd’­hui dans la plupart des pays. Nous serions même encore plus durs avec eux, selon les termes de l’avo­cat. Cepen­dant, les archives judi­ciaires britan­niques font naître en lui un peu d’es­poir. En 1772, l’es­cla­va­gisme commençait à être remis en cause par les penseurs des Lumières. William Murray, alors Lord Chef de la Justice d’An­gle­terre et du Pays de Galles prend une déci­sion inédite et lourde de consé­quences. James Somer­sett, un esclave qui avait tenté de fuir la servi­tude avant d’être repris, a présenté une ordon­nance d’habeas corpus ‒ qui énonce que chaque personne doit savoir de quel chef on l’ac­cuse avant d’être empri­son­née et privée de liber­tés ‒ devant la Cour royale. Le juge a alors pris fait et cause pour l’homme à la peau noire, dénonçant l’ab­sence de prin­cipes moraux et éthiques à l’ori­gine de la promul­ga­tion de la loi établis­sant l’es­cla­vage, insti­tuée il y a bien des années. Une déci­sion qui fera juris­pru­dence et qui accé­lé­rera forte­ment l’abo­li­tion du servage, défi­ni­ti­ve­ment adop­tée en 1833 outre-Manche. Ainsi, cet Afri­cain d’ori­gine, qui ne jouis­sait d’au­cun statut légal parti­cu­lier, a pu recou­vrir cette liberté fonda­men­tale à laquelle il avait fonda­men­ta­le­ment droit. Alors pourquoi ne peut-on pas étendre ces droits aux êtres non-humains ? Parce qu’ils ne peuvent prétendre dispo­ser d’une person­na­lité ? Une fausse excuse pour l’avo­cat améri­cain.

De coupable à plai­gnant

Par le passé, dès le Moyen-Âge en réalité, certaines cours de justice du Vieux Continent ont orga­nisé les procès de tout un tas de créa­tures diverses et variées, du cochon à la mouche, en passant par les anguilles, les ours ou les sang­sues. Tous figu­raient systé­ma­tique­ment sur le banc des accu­sés, ayant commis des méfaits bien diffé­rents, avec des peines allant de l’ex­com­mu­ni­ca­tion jusqu’à la mort après d’in­sou­te­nables tortures, en répa­ra­tions des dégâts occa­sion­nés. Une histoire que Steve Wise maîtrise bien, et qu’il évoque en 2000 dans l’un de ses ouvrages, Rattling the cage: toward legal rights for animals. Comme il le précise, « ces procès n’ont rien à voir avec mon travail actuel ». Effec­ti­ve­ment, la situa­tion s’in­verse : dans son idée à lui, l’ani­mal ne se trouve plus dans la posi­tion du bour­reau. De coupable il passe au rang de victime, car il possède des droits qu’il ne faut pas bafouer. « Les animaux non-humains devraient être trai­tés comme des enfants humains ou d’autres personnes jugées incom­pé­tentes, ou non-maîtresses de leurs actes », s’in­surge l’homme à la robe noire. « Ceux-ci disposent de divers droits fonda­men­taux légaux, mais pas pour autant de devoirs. » Une forme d’im­mu­nité, en somme. Le Nonhu­man Rights Project qu’il dirige, en compa­gnie de Nata­lie Prosin et d’autres colla­bo­ra­teurs, cherche donc à obte­nir cette recon­nais­sance pour les animaux. Lui qui fut l’un des tout premiers à donner des cours de droit des animaux dans l’en­sei­gne­ment supé­rieur améri­cain a déjà compté parmi ses clients des êtres non-humains. Il faut pour cela reve­nir 20 ans en arrière. Au début de l’au­tomne 1993, Steve Wise repré­sen­tait un dauphin, nommé Kama, épaulé par diverses asso­cia­tions impliquées dans la défense du bien-être animal. Ensemble, ils refu­saient le trans­fert du cétacé depuis l’Aqua­rium de Nouvelle-Angle­terre, basé à Boston (États-Unis), vers l’US Navy, la marine mili­taire améri­caine, où il serait entraîné pour deve­nir une arme de guerre, selon les craintes des accu­sa­teurs.

« Un mur légal épais existe depuis long­temps entre les hommes et les créa­tures non-humaines. » — Steve Wise

Autre grief : les bles­sures occa­sion­nées lors de l’ex­tra­di­tion. Une procé­dure qui est tombée à l’eau lorsque le juge a conclu que ces pour­suites n’en­traient pas dans la démarche régle­men­taire de ce qui s’ap­pelle en droit l’in­té­rêt à agir : pour éviter que n’im­porte qui s’en prenne à tout le monde, le plai­gnant doit avoir quelque chose à y gagner, tandis que l’acte désin­té­ressé est perçu comme un abus de droit. Dans ces condi­tions et pour faire valoir ce prin­cipe, le cétacé aurait dû s’ex­pliquer lui-même sur les bles­sures que lui auraient infli­gées la défense et expliquer par quels moyens y remé­dier. Évidem­ment, Kama ne s’est pas montré très bavard à la barre. Néan­moins, cette affaire a conforté Steve Wise dans ses convic­tions : l’ani­mal non-humain se trouve privé de liber­tés et la route est encore longue avant que la situa­tion n’évo­lue enfin. La preuve une nouvelle fois 18 ans plus tard, dans une action inten­tée par la PETA, l’as­so­cia­tion de défense des animaux. L’af­faire remonte à 2011 et concerne cette fois cinq orques vivant dans des parcs aqua­tiques : les SeaWorld de San Diego et d’Or­lando (États-Unis). Solli­cité, Steve Wise s’op­po­sait à l’ar­gu­men­taire mis en place par les acti­vistes. Ceux-ci se réfé­raient au 13e amen­de­ment de la Cons­ti­tu­tion améri­caine, qui prévoit l’abo­li­tion de l’es­cla­vage, ce que le juge en charge du conflit, Jeffrey Miller, n’a pas accepté, expliquant que cet amen­de­ment se limite aux personnes humaines, et non aux êtres non-humains, comme les orques. « Un mur légal épais existe depuis long­temps entre les hommes et les créa­tures non-humaines », reprend l’avo­cat. « D’un côté de cette fron­tière, on ne trouve que notre espèce. L’autre regroupe tous les autres repré­sen­tants du règne animal, soit plus d’un million d’es­pèces. Ce mur est tota­le­ment arbi­traire et injuste, si bien qu’il doit être abattu. Et nous essayons de le faire en défen­dant l’idée, argu­men­tée par des éléments scien­ti­fiques, que les grands singes, les céta­cés ou les éléphants au moins, disposent d’une person­na­lité. » Car tout l’enjeu du procès de Tommy repose sur cet argu­men­taire. C’est pourquoi, aux yeux du défen­seur des animaux, seule une ordon­nance d’habeas corpus semble indiquée pour atteindre l’objec­tif visé. Comme pour cet esclave nommé James Sommer­set, le juge qui établit le verdict se laisse parfois empor­ter par ses émotions et éclai­rer par des valeurs éthiques et morales, si bien que l’équipe du Nonhu­man Rights Project mène l’enquête sur les magis­trats qui offi­cient, de façon à déter­mi­ner lesquels seraient les plus dispo­sés à accor­der le retour à des condi­tions de vie plus appro­priées à ce primate, qui pour­rait, au lieu de subsis­ter dans une modeste cellule, finir ses beaux jours dans un sanc­tuaire pensé pour lui. En d’autres termes, Wise et le Nonhu­man Rights Project cherche le William Murray de notre siècle.

Washoe

Depuis peu, Steve Wise pense que l’heure de tenter sa chance est arri­vée. Pourquoi seule­ment main­te­nant ? Car aujourd’­hui, la litté­ra­ture scien­ti­fique s’est enri­chie de nombreuses études étho­lo­giques, psycho­lo­giques et géné­tiques montrant l’éten­due de l’in­tel­li­gence de certains animaux au moins, qu’ils soient grands singes, dauphins ou orques. Dans le dossier des plai­gnants, les juristes n’ont pas hésité à faire réfé­rence à de nombreuses recherches scien­ti­fiques menées par des éminences grises, telles Jane Goodall ou Sue Savage-Rumbaugh, attes­tant des capa­ci­tés intel­lec­tuelles de nos cousins à poils ou à plumes. Depuis les cinq dernières décen­nies, notre connais­sance sur l’in­tel­li­gence animale, et notam­ment celle des chim­pan­zés, s’est nette­ment accé­lé­rée. Nous n’avons pas l’apa­nage de la culture ni de la concep­tion d’ou­tils, capa­ci­tés que ces primates sont capables d’en­sei­gner et de trans­mettre aux géné­ra­tions qui leur succèdent. Eux aussi se recon­naissent dans un miroir, se projettent vers l’ave­nir et souffrent même de la crise de la quaran­taine. S’ils ne disposent pas de la physio­no­mie adéquate pour émettre un langage arti­culé, ils commu­niquent malgré tout via un système de sons et de gestes complexes, et peuvent maîtri­ser, parfois, des mots humains. Le cas le plus célèbre, car faisant figure de précur­seur, est celui de Washoe, une guenon qui s’ex­pri­mait à travers 250 lexi­grammes utili­sés dans la version améri­caine de la langue des signes.

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Sans oublier leur sens du rire et de l’hu­mour. La liste de leurs facul­tés cogni­tives se révèle bien plus longue encore, et conti­nue, décou­verte après décou­verte, de se complé­ter. La recherche a pu montrer que nos plus proches parents, parta­geant 98,7 % de notre ADN, disposent de beau­coup de nos capa­ci­tés, y compris ce qui vient du cerveau. Fort de ce dossier dûment rédigé, Wise et colla­bo­ra­teurs se sont alors lancés dans une aven­ture loin d’être termi­née. D’abord pour défendre Tommy face à la Cour Suprême de l’État de New York. Le procès s’est tenu le 2 décembre dernier, à 14 heures dans le fuseau horaire de Fonda, où se dérou­lait la séance. Nerveuse, l’ac­cu­sa­tion l’était. Ils savaient que ce combat n’était pas gagné d’avance, car dans ces tribu­naux qui traitent souvent des affaires les moins graves, les juges suivent géné­ra­le­ment les lois dans toute leur rigueur et mettent de côté leur inter­pré­ta­tion person­nelle ou leur ressenti. Face à eux, Joseph Sise, amené à prendre une déci­sion après l’au­di­tion. L’enquête menée par Nata­lie Prosin sur sa vie et son passé le présente comme un quinqua­gé­naire fils de juge et frère de juge. Une histoire de famille donc. Sa tendance poli­tique : répu­bli­cain conser­va­teur. Diffi­cile de voir en lui le progres­siste qui pour­rait faire avan­cer la cause animale. Cepen­dant, son amour pour les bêtes pour­rait finir par jouer en leur faveur. L’avo­cat a tenté de s’ex­pri­mer durant les 20 minutes d’au­dience, mais il fut régu­liè­re­ment inter­rompu par les coups de marteau du magis­trat qui tentait de comprendre la démarche sans se perdre dans les détails. Wise argu­men­tait du mieux possible, si bien que Sise le féli­cita de la soli­dité de sa plai­doi­rie. Sans lui donner gain de cause pour autant, selon le prétexte que l’ar­ticle 70 du Code civil auquel l’avo­cat cher­chait à faire réfé­rence ne peut s’ap­pliquer aux chim­pan­zés. Après l’avoir invité chaleu­reu­se­ment à pour­suivre son aven­ture, le juge se retira. Tommy reste donc enfermé. Dans les jours qui ont immé­dia­te­ment suivi le cas Tommy, le Nonhu­man Rights Project devait faire face à deux refus simi­laires, défen­dant cette fois les inté­rêts de trois autres chim­pan­zés : Kiko, mâle de 26 ans, ancien­ne­ment utilisé dans l’in­dus­trie, aujourd’­hui enfermé lui aussi dans une cage exiguë, et Leo et Hercules, ayant tous deux fait l’objet de recherches sur la loco­mo­tion par le passé et manquant aujourd’­hui d’es­pace vital, selon la plai­doi­rie. « Comme nous l’at­ten­dions, les juges ont rejeté notre demande », reprend Wise. « Mais nous avons la possi­bi­lité de faire appel de ces déci­sions, et c’est d’ailleurs ce que nous avons fait. »

Un justi­ciable ?

Faut-il vrai­ment insis­ter devant une justice qui ne semble pas réso­lue à leur donner raison ? Les défen­seurs des animaux ne déses­pèrent pas et misent d’ailleurs plus sur ces nouveaux procès. Les échéances sont désor­mais connues : la première session argu­ment devrait se dérou­ler en octobre ou novembre, tandis que la deuxième est plani­fiée pour décembre. Quant au troi­sième procès, l’ap­pel a été annulé pour des raisons tech­niques, mais les démarches sont déjà entre­prises pour gommer les erreurs. Partie remise ! De nouveau, les argu­ments seront affû­tés pour un débat qui sera cette fois davan­tage soumis à la subjec­ti­vité du juge, et moins à la lecture rigo­riste de la loi. Du moins le croient-ils. « Nous, au cœur du Nonhu­man Rights Project, sommes convain­cus que nos argu­ments légaux et scien­ti­fiques sont si puis­sants qu’il nous paraît inévi­table que les animaux non-humains soient consi­dé­rés comme des personnes légales, et non plus comme nos esclaves, dans un laps de temps rela­ti­ve­ment court. » Néan­moins, de l’aveu de l’avo­cat lui-même, un tel chan­ge­ment dans la société n’in­ter­vien­dra pas à la fin de l’an­née 2014. « De mon côté, je table sur un succès pour le droit des animaux dans une tren­taine d’an­nées. Nous n’en sommes pour l’heure qu’aux prémisses »précise-t-il. Sans savoir ce qu’il advien­dra de Tommy et des autres en atten­dant.

Toute la société humaine et les longs millé­naires à vivre en tant que nomades chas­seurs-cueilleurs ne seraient-ils pas remis en cause ?

Évidem­ment, comme à chaque fois que quiconque tente de remettre en cause l’ex­cep­tion humaine, l’en­ga­ge­ment de Wise lui vaut de nombreuses critiques. Parmi les contre-argu­ments que les oppo­sants estiment fondés, on trouve une inquié­tude pour l’ave­nir de l’éle­vage et de la pêche si les droits devaient s’étendre aux animaux. Toute la société humaine et les longs millé­naires à vivre en tant que nomades chas­seurs-cueilleurs ne seraient-ils pas remis en cause ? Cet aspect dérange. D’autres s’étonnent en lui faisant remarquer une certaine discri­mi­na­tion dans le choix de ses clients : pourquoi se limi­ter à certaines espèces et ne pas s’ou­vrir à toutes ? Steve Wise avait déjà anti­cipé la ques­tion. « Nous défen­dons l’idée d’une person­na­lité chez les animaux pour lesquels des preuves scien­ti­fiques empi­riques existent. À l’heure actuelle, celles-ci ont été formel­le­ment établies pour un groupe restreint d’es­pèces, auxquelles nous accor­dons tout notre inté­rêt. » Le nombre de dossiers poten­tiels pour­rait donc être amené à augmen­ter dras­tique­ment dans les prochaines décen­nies si les décou­vertes se pour­suivent. Pas plus tard qu’en 2012, une étude scien­ti­fique émanant de l’uni­ver­sité de l’Il­li­nois révé­lait que nos abeilles à miel, Apis melli­fera de leur nom scien­ti­fique, dispo­saient d’une person­na­lité, dans le sens où certains insectes se montraient plus hardis que leurs congé­nères en certaines circons­tances. Pourra-t-on plai­der leur cause contre les produc­teurs d’in­sec­ti­cides pour autant ? Une autre idée pour­rait lui être souf­flée par Jean Brul­ler, alias Vercors, auteur d’un roman l’an­née où nais­sait Steve Wise, en 1952. Dans Les Animaux déna­tu­rés, il fait le récit de la décou­verte d’une nouvelle espèce animale très proche de l’Homme, qu’il nomme Paran­thro­pus (signi­fiant étymo­lo­gique­ment « à côté de l’Homme » et qui n’a rien à voir avec les espèces d’aus­tra­lo­pi­thèques robustes aujourd’­hui éteintes et décrites ulté­rieu­re­ment au cours d’ex­pé­di­tions scien­ti­fiques). Jusqu’à quel point sont-ils nos semblables, s’in­ter­roge le narra­teur. Les indus­triels les moins scru­pu­leux y voient surtout une main d’œuvre à moindre coût, puisqu’aux yeux de la loi ces tropis – leur surnom – ne sont pas nos égaux. Avant que le person­nage prin­ci­pal ne monte un stra­ta­gème faisant de lui un assas­sin pour pous­ser la justice à tran­cher sur leur statut. Ce sacri­fice que le roma­nesque permet est bien loin de l’is­sue légale recher­chée par maître Steve Wise pour ses clients bien réels.


Couver­ture : Nils Fiese­ler.

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