À entendre Luis Fonsi, le tube de l’été a un impact sur Porto Rico. Une chanson peut-elle vraiment changer la vie des habitants de l’île ?

Irrésistible

Le tube de l’été 2017 est bien parti pour devenir le tube de cette décennie. « Despacito », des artistes portoricains Luis Fonsi et Daddy Yankee, est en tout cas devenue la chanson la plus diffusée en streaming de l’histoire de l’industrie musicale. Depuis sa sortie en janvier dernier, le morceau a été écouté plus de 4,6 milliards de fois sur toutes les plateformes de diffusion – de Spotify à Deezer, en passant par Apple Music et Amazon Unlimited. Il est classé numéro un dans plus de 45 pays – notamment en France et au Royaume-Uni. Et il s’agit de la première chanson en espagnol à prendre la tête du classement américain Billboard Hot 100 depuis « La Macarena » en 1996.

Il faut dire que les paroles de « Despacito » gagnent à être traduites. Extrait choisi : « Lentement / Faisons-le sur une plage à Porto Rico / Jusqu’à ce que les vagues crient “Oh, mon Dieu !” / Pour que ma signature reste sur toi. » Quant à son clip vidéo, il mêle scènes de la vie quotidienne à Porto Rico et danses tout aussi explicites que les paroles. En effet, la chorégraphie de « Despacito » diffère largement de celle de « La Macarena ». Elle fait notamment la part belle au perreo, ou « danse des chiens », qui consiste à se coller l’un à l’autre, la femme devant et l’homme derrière.

Le clip vidéo de « Despacito » se trouve en quatrième position dans le classement international de YouTube – avec 2,77 milliards de vues au moment de la publication de cet article. Mais au rythme fou de 25 millions nouvelles vues chaque jour, il devrait rapidement rattraper les trois premiers de ce classement – « See You Again » de Wiz Khalifa et Charlie Puth, « Gangnam Style » de PSY, et « Sorry » de Justin Bieber. Ce dernier n’est d’ailleurs pas étranger au triomphe de « Despacito ». En prêtant sa voix au remix réalisé en avril dernier, le chanteur canadien a en effet donné une audience anglophone à un morceau dont le succès, s’il a été immédiat, s’est d’abord limité aux pays hispanophones.

Luis Fonsi préfère néanmoins donner un sens politique, et poétique, à la diffusion de son titre dans le monde. « Je viens de Porto Rico et maintenant j’habite à Miami. Nous traversons une période intéressante, comme les gens veulent nous diviser. Ils veulent construire des murs », a-t-il dit à la BBC. « Et pour une chanson qui rassemble les gens et les cultures, cela me rend fier. » Plus pragmatique, le directeur d’Universal Music Group, Lucian Grainge, a imputé le triomphe de « Despacito » à la démocratisation de l’industrie musicale : « Le streaming a permis à une chanson avec un rythme différent, d’une culture différente, dans une langue différente, de devenir cet incroyable succès. L’industrie se compose principalement d’artistes anglophones depuis 50 ans. Mais le streaming va continuer d’exposer des musiciens d’Amérique latine à l’échelle mondiale. »

Pour Saul Escalona, sociologue spécialiste des mouvances musicales latines, « ça marche parce que le reggaeton, avec ses notes répétitives, incite les gens à bouger leur corps ». Aussi Marina Molina, jeune chanteuse portoricaine installée à Barcelone, ne peut-elle s’empêcher de danser quand elle entend « Despacito ». « Le rythme est irrésistible, qu’on aime le reggaeton ou non », dit-elle. « Despacito » peut-elle justement faire aimer ce genre musical portoricain par excellence ?

Des bidonvilles portoricains
Crédits : Global Risk Insights

Remixing Reggaeton

« Le reggaeton est un phénomène urbain qui touche la jeunesse latino-américaine », explique Saul Escalona, qui lui a consacré un ouvrage, De la salsa… au reggaeton. « C’est en quelque sorte un nouveau style de protestation, dont les principales caractéristiques sont les tenues provocatrices de ses artistes, les accessoires implicites présents, synonymes de richesse et d’opulence, la sémantique des textes d’un haut contenu sexuel diffusant une image de la femme soumise, l’instrumentation musicale essentiellement électronique et le “perreo”. Il se compose de rythmes populaires comme le reggae, la salsa, le hip-hop, la salsa, la cumbia, la bachata, le merengue. » Comme pour témoigner de cette hybridité, reggaetón est un mot-valise qui rassemble le reggae et le suffixe augmentatif espagnol « –ón ». Le terme suggère ainsi que le reggaeton…

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