Chez lui, Gaël Langevin conçoit InMoov, le tout premier robot humanoïde open source. Sa création compte déjà des centaines de clones à travers le monde.

Au fond de son atelier, derrière le bric-à-brac, une machine cubique, transparente, ronronne, émettant un vrombissement continu. C’est une imprimante 3D. Assis à côté de son établi, Gaël Langevin a les yeux rivés sur sa toute nouvelle main robotique.

Nous sommes dans le 11e arrondissement de Paris, dans la Cité Griset. Un lieu symbolique : dans cette ancienne impasse ouvrière se trouvaient autrefois toute une série d’usines et de logements ouvriers. Aujourd’hui, il en reste quelques unes, mais la rue compte surtout des lofts, des locaux d’entreprises… et cet atelier, caché dans un vieux bâtiment en brique rouge.

« Autrefois, c’était une usine où l’on fabriquait des pièces de canon en métal. Il y avait une fonderie », explique Gaël. Quand il s’est installé ici, les lieux étaient en ruine : « Des fenêtres manquaient, des pigeons volaient d’un coin à un autre… J’ai passé deux ans, avec mon frère, à enduire les murs, à poser un nouveau parquet. »

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InMoov au repos
L’atelier de Gaël Langevin
Crédits : Fabien Soyez

C’est ici, dans ce lieu où règne une atmosphère singulière – entre l’atelier de Pablo Picasso et le garage de Doc Emmett Brown – que Gaël, la cinquantaine, les cheveux grisonnants, fabrique depuis bientôt trois ans, un robot. Noir et blanc, d’aspect humanoïde. Pour l’instant, il a conçu sa partie supérieure : visage, mains, bras, épaules, torse. Et bientôt, un bassin et des jambes.

Gaël fait les présentations. Je m’avance. Le robot tourne la tête, lève les bras, et lance (en anglais), de sa voix synthétique : « Bonjour, je suis InMoov. »

DIY

Comment en vient-on à construire, un jour, un robot chez soi ? Par hasard, et surtout par passion du bricolage. « Depuis que je suis gamin, je manipule des marteaux et des clous. J’ai toujours eu des outils dans les mains ! », lance Gaël en souriant. Son père était illustrateur, pour la publicité, pour des livres d’enfants. « Avec ma mère, une sacrée bricoleuse qui adorait planter des clous et couper des planches, il a imaginé tout ce qui était dans notre maison, le mobilier, la déco… Il dessinait, et ma mère fabriquait. »

Dans la demeure familiale, à Paris, il y avait, forcément, un atelier. « Tout petit, je devais avoir 4 ans, j’avais une petite boite, avec une tenaille, des clous, une mini-scie et un marteau… que j’ai toujours, d’ailleurs », raconte Gaël en désignant le mur du fond, où trône l’outil en question. Muni de son attirail, le petit garçon plantait des clous, les tordait, traçait des cercles et concevait ainsi des horloges, ses tout premiers projets.

« Je mène une double vie : le jour, je travaille pour Factices, la nuit, je planche sur InMoov. »

En 1972, à 8 ans, son rêve est de fabriquer un sous-marin dans l’étang situé près de la maison de campagne de ses parents, dans l’Oise. « Il y avait aussi un atelier là-bas, et le week-end, quand je m’y rendais, je rêvais de faire plonger un jour mon submersible ! J’ai commencé à assembler des planches, mais je ne l’ai jamais fini… c’est devenu une sorte de mini-bar, à roulettes, que je mettais sur la route, afin de vendre des carambars, se souvient-il. Le sous marin n’a pas été réalisé, et heureusement, car sinon, je pense que j’y serais resté ! » ajoute-t-il en riant.

À 12 ans, la passion du bricolage, du Do It Yourself, ou DIY, est toujours là. « Je récupérais des pièces de vélos (cadres, roues, pneus) dans une décharge à ciel ouvert, et avec un poste à souder, j’en créais de nouveaux », explique Gaël. Plus tard, à 18 ans, il fabriquera aussi un kart à pédales. En classe, à l’école, Gaël n’écoute pas les cours, il rêve à ce qu’il va concevoir pendant le week-end. « Ce que j’adorais, c’était trouver un objet qui ne fonctionnait plus (un réveil, un ordinateur, n’importe quoi), et essayer de le faire fonctionner à nouveau. Je me disais, si la machine est cassée, je ne perds rien à la démonter, à essayer de comprendre comment elle marche… C’est une passion qui est restée. »

Fâché avec les études, le jeune bricoleur se dirige vers des études de dessin et de sculpture. En 1984, à 20 ans, il seconde Guillaume Fouan, un sculpteur. « Avec lui, je travaillais la pierre, le plâtre, le bois… Et en même temps, des objets plus “commerciaux”, par exemple une tentacule de pieuvre pour un film publicitaire », raconte Gaël. Trois ans plus tard, marqué par cette première expérience, il rejoint l’atelier Tomawak, une petite société de model making – c’est-à-dire la fabrication d’objets factices, de décors, de maquettes, d’accessoires.

Pendant quatre ou cinq ans, avec deux autres sculpteurs, il conçoit des objets pour des films publicitaires et pour des clips, réalisés le plus souvent par Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro, pour les chansons de Julien Clerc, Jean-Michel Jarre, ou Indochine. « On fabriquait les objets dont ils avaient besoin : des objets rouillés avec des clous, des pièces qui dégoulinent, des tours Eiffel en métal qui explosent », se souvient Gaël.

1991. Le sculpteur et ses acolytes s’apprêtent à fabriquer des objets pour le film Delicatessen, premier long métrage de Jean-Pierre Jeunet, mais après s’être « chamaillés », ils se séparent. Gaël fonde sa propre société, baptisée Factices.

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Captain Assur
Une création de Gaël Langevin
Crédits : Fabien soyez

Dans son atelier, depuis lors, il fabrique toute une variété d’objets pour des grandes marques, telles que Channel, Dior, Heineken, Givenchy, Orange ou Guerlain. Dans un coin, j’aperçois un super-héros, en costume vert et gris. « Non, non, je ne suis pas fan de Superman. C’est un personnage que j’ai sculpté pour une campagne publicitaire de la BNP, en 2007 : super-assureur, alias Captain Assur ! »

Dans l’atelier, on trouve, pêle-mêle : un mannequin de crash-test utilisé par les laboratoires Pfizer pour une campagne pour les médicaments ; un martien argenté qui a servi dans une publicité d’Usines Center ; de grands chiffres ; un monstre ressemblant au facehugger du film Alien ; ou encore un ticket de métro géant, utilisé autrefois par la RATP dans l’une de ses réclames. Dans une vitrine trônent une grenouille du Crédit Agricole, des masques, le visage d’Elvis, et… un flamby. « C’est ce flamby, que j’ai sculpté il y a bien longtemps, que tu peux retrouver en photo sur le paquet que tu achètes en supermarché ! » s’amuse Gaël.

« Mon job de model maker est simple : on me demande si je peux fabriquer un objet, n’importe quoi, même quelque chose qui n’a jamais existé. Je réponds oui. Ensuite, je dois trouver une solution pour relever le défi, quitte à y passer des heures et des heures pour tenir les délais », poursuit-il. En parallèle de son activité, Gaël fabrique son robot. « Je mène une double vie : le jour, je travaille pour Factices, la nuit, je planche sur InMoov. »

New York, New York

Près d’une table, de grosses valises. Hier soir, Gaël est rentré de New York, où il présentait son robot lors de la Maker Faire, un événement qui réunit les makers du monde entier, ces bricoleurs qui ne jurent que par l’impression 3D et le libre partage. Ce retour de voyage ne l’a pas empêché de modéliser une nouvelle pièce de son robot jusqu’à 2 heures du matin. Mais comment est née cette passion dévorante ? « En 2011, dans le cadre de mon travail, j’ai acheté une imprimante 3D. C’était révolutionnaire, magique, car cela permettait de modéliser un objet sur son ordinateur, puis de le fabriquer ensuite, de le rendre réel », note Gaël. Mais pour convaincre sa femme que « les…

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