Après avoir subie la pire tuerie de son histoire, en 1996, l’Australie a adopté une réforme pour contrôler les armes à feu. Elle est depuis épargnée.

Un astéroïde tombé du ciel

À 22 h 10, ce dimanche 1er octobre 2017, les projecteurs du festival de musique country Route 91 Harvest de Las Vegas n’éclairent plus qu’une foule de dos. Couchés au sol, la tête rentrée dans les épaules, les spectateurs qui étaient venus écouter la voix de Jason Aldean assistent à un concert de cris rythmé par les rafales de fusils automatiques. Immobiles, ceux qui n’ont pu s’enfuir sont livrés à la folie d’un homme « normal ».

La chambre d’hôtel de Stephen Paddock
Crédits : Bild

Depuis les fenêtres du 32e étage de l’hôtel Mandalay Bay qui surplombe la scène, le comptable à la retraite Stephen Paddock abat 58 personnes, en blesse quelque 500 autres, et se donne la mort. Il avait 64 ans. « C’est comme un astéroïde tombé du ciel », s’étrangle le lendemain son frère sous le choc. Eric Paddock cherche ses mots. « Il n’a jamais frappé personne », dit-il en secouant la tête. Bien sûr, « il avait deux ou trois armes de main, peut-être un fusil, mais aucune arme automatique ». La boutique Guns & Guitar de Mesquite, au Nevada, lui en a fourni quelques jours auparavant sans difficulté.

Le deuxième amendement de la Constitution américaine ne défend-t-il pas le droit de porter une arme ? Depuis juin 2016, il y a eu plus de fusillades aux États-Unis que de levers de soleil, d’après le décompte du New York Times. Dans un édito qui les répertorie sous forme de mosaïques macabres, le quotidien américain accuse : « 477 jours. 521 tueries de masse. Zéro action du Congrès. » D’après les chiffres du FBI, 27 millions d’armes à feu ont été vendues sur le territoire en 2016 contre seulement 8,5 en 2000. Il y en a à présent 85 pour 100 habitants.

Le contrôle accru jadis réclamé par Barack Obama a finalement été bloqué au Congrès. Aujourd’hui, ses membres préparent une loi pour faciliter l’achat de canons silencieux ; et une seconde donnant la possibilité aux porteurs d’armes de les dissimuler sur eux lorsqu’ils voyagent dans des villes où cela est interdit. Déjà, sans parler des différences de législations entre États, 42 % des Américains n’ont pas à quitter leur domicile pour mettre le doigt sur une gâchette.

Au pays le mieux armé du monde, le bon sens a-t-il perdu contre le lobbying des vendeurs de canons ? La tristement célèbre National Rifle Association (NRA) n’est pas la seule à militer la fleur au fusil. « On peut dire ce qu’on veut, s’ils avaient eu des armes, si nos gens étaient armés, s’ils avaient le droit de porter des armes, la situation aurait été très, très différente », avait tweeté Donald Trump après les attentats de Paris, en novembre 2015. Cette fois, le président américain juge que « c’est un miracle que la police ait arrêté le tireur aussi vite », alors même qu’il s’est suicidé.

Plutôt que de conseiller aux pays étrangers de s’armer, Trump pourrait s’inspirer de leurs expériences de désarmement. Car si miracle il y a eu, ce n’est pas aux États-Unis. En Australie, l’État vient de racheter 50 000 armes aux particuliers depuis juillet. Il en avait déjà récupéré 260 000 dans le cadre du National Firearms Agreement. Adoptée en 1996 en réaction au massacre de Port Arthur, cette loi contrôlant la circulation des armes a rempli son objectif : plus aucune tuerie de masse n’a été perpétrée en Australie depuis lors.

L’Australie rachète les armes mises hors la loi
Crédits : AFP

Ange et démon

Un homme blond mange ses mots à la terrasse du Broad Harrow Café. « Il y a beaucoup de guêpes aujourd’hui », soliloque derrière ses cheveux d’ange Martin Bryant entre deux bouchées. À 13 h 30, ce dimanche 28 avril 1996, les tables de l’établissement de Port Arthur, au sud de l’île australienne de Tasmanie, commencent à se vider. Ayant terminé, Martin Bryant quitte la sienne et se dirige vers l’intérieur avec le plateau dans une main et un sac de sport bleu dans l’autre. Une soixantaine de touristes déjeunent en attendant de visiter le site, et notamment sa prison d’époque coloniale. L’homme de 29 ans fixe un couple malaisien. Il ouvre la glissière du sac, puis le feu.…

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