par A.J. Jacobs | 0 min | 8 octobre 2014

L’en­­goue­­ment autour de l’im­­pres­­sion 3D est plus grand chaque jour. Parvien­­dra-t-elle à sauver le monde ? Ou bien signera-t-elle l’avè­­ne­­ment de l’apo­­ca­­lypse, lorsque des millions d’in­­di­­vi­­dus fabrique­­ront eux-mêmes leurs propres AK-47 ? Ou est-ce que tout cela n’est en fin de compte qu’un brou­­haha absurde autour d’une machine qui ne fait que cracher de ruti­­lants jouets en plas­­tique ? J’ai décidé d’enquê­­ter. Ma stra­­té­­gie : m’im­­mer­­ger dans le monde de l’im­­pres­­sion 3D, et vivre pendant une semaine en n’uti­­li­­sant que des objets impri­­més en 3D : brosse à dents, meubles, vélos, cachets de vita­­mines – dans le but d’éva­­luer le poten­­tiel de cette tech­­no­­lo­­gie, mais aussi ses écueils.

Révo­­lu­­tion en marche

Je suis entré en contact avec Hod Lipson, profes­­seur d’in­­gé­­nie­­rie à l’uni­­ver­­sité de Cornell et l’un des trois plus grands experts du pays en matière d’im­­pres­­sion 3D, pour lui expo­­ser mon idée. Il a trouvé le projet formi­­dable, mais son coût avoi­­si­­ne­­rait les 50 000 dollars. À moins d’im­­pri­­mer des œufs de Fabergé pour les vendre ensuite au marché noir, il me fallait un plan de secours. Et voici comment je me suis résolu à orga­­ni­­ser un repas entiè­­re­­ment imprimé en 3D. Je fabrique­­rais des assiettes, des four­­chettes, des sets de table, des ronds de serviettes, des bougies en 3D – sans oublier, bien sûr, des aliments impri­­més en 3D. Car oui, il est effec­­ti­­ve­­ment possible d’im­­pri­­mer des aliments en 3D. M. Lipson pense d’ailleurs que la nour­­ri­­ture pour­­rait être le fer de lance de cette tech­­no­­lo­­gie (nous y revien­­drons). Je voulais offrir à ma femme la quin­­tes­­sence du dîner en amou­­reux dernier cri. Un ami a suggéré que, afin de clore la soirée avec panache, nous embau­­chions une entre­­prise située à Manhat­­tan pour qu’elle crée des répliques en 3D de nos organes géni­­taux. C’est là que j’ai décidé de tracer la limite.

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Le Cube
Impri­­mante 3D domes­­tique
Crédits : 3D Systems

Ce dîner a sans doute été le repas le plus labo­­rieux de tous les temps. Mais il m’a donné un avant-goût du futur, aussi bien de son côté utopique que de ses aspects dysto­­piques. Pour décrire l’ap­­pa­­reil simple­­ment, une impri­­mante 3D ressemble à un pisto­­let à glu relié à un bras de robot. Mais en lieu et place de la glu, c’est du plas­­tique qui sort du tube. On choi­­sit la forme que l’on désire. En utili­­sant un logi­­ciel adapté, il est possible de conce­­voir n’im­­porte quel objet sur son ordi­­na­­teur – par exemple, une tasse à café avec deux anses. Il suffit ensuite de télé­­char­­ger le fichier sur son impri­­mante 3D. Il faut attendre une ou deux heures jusqu’à ce que le bec de l’im­­pri­­mante ait terminé d’ef­­fec­­tuer des allers-retours tout en crachant du plas­­tique fondu, couche par couche, pour qu’en sorte enfin ladite « tasse ambi­­dextre ». D’autres types d’im­­pri­­mantes fonc­­tionnent avec du métal, du tissu biolo­­gique, de la céra­­mique ou même des aliments. Le bon côté de l’im­­pri­­mante 3D, c’est qu’elle est une révo­­lu­­tion en marche à elle toute seule. Elle va démo­­cra­­ti­­ser l’in­­dus­­trie. Tout comme Inter­­net nous a trans­­for­­més en Guten­­berg sur cana­­pés, nous permet­­tant de nous auto-publier et de nous trou­­ver des millions de lecteurs en un clic, les impri­­mantes 3D nous trans­­for­­me­­ront en Henry Ford, Ralph Lauren et Daniel Boulud. À l’ave­­nir, quand vous voudrez une nouvelle paire de bottes pour la fête de ce soir, vous n’au­­rez plus qu’à char­­ger une cartouche de nylon, choi­­sir un modèle, appuyer sur un bouton et fina­­le­­ment enfi­­ler vos nouvelles chaus­­sures. Bien sûr, la révo­­lu­­tion n’est pas encore là, du moins pas pour les parti­­cu­­liers. D’après un spécia­­liste, Terry Wohlers de Wohlers Asso­­ciates, seule­­ment 68 000 impri­­mantes pour parti­­cu­­liers ont été vendues. L’im­­pres­­sion 3D reste un hobby pour la plupart de ses utili­­sa­­teurs, parmi lesquels on compte beau­­coup de geeks. La majeure partie du marché de l’in­­dus­­trie 3D, dont la valeur crois­­sante est esti­­mée à 2,2 milliards de dollars aujourd’­­hui, est indus­­trielle. L’im­­pres­­sion d’ali­­ments est pour l’ins­­tant un phéno­­mène mineur, qui se limite aux foires scien­­ti­­fiques, aux univer­­si­­tés et à une poignée d’ama­­teurs de choco­­lat. Et, comme je l’es­­pé­­rais, à moi-même. Mais avant de deve­­nir un chef cuisi­­nier du futur, il fallait que je fabrique les assiettes et les usten­­siles de cuisine.

Le plas­­tique c’est fantas­­tique

J’ai fait l’ac­qui­­si­­tion d’une impri­­mante 3D Cube, sans doute le gadget domes­­tique le plus perfec­­tionné qui soit. Cela ressemble à une machine à coudre qui se serait accou­­plée avec un MacBook. Et ce n’est pas donné : la 3D Cube coûte 1 299 dollars, plus 49 dollars pour chaque cartouche. J’ai télé­­chargé un logi­­ciel de graphisme sur mon ordi­­na­­teur portable et j’ai dessiné une four­­chette. Il m’a ensuite suffi de pres­­ser une touche pour que, vingt minutes plus tard, ma four­­chette émerge de mon impri­­mante. Elle ressem­­blait à une boucle de plas­­tique vert néon avec quatre bouts poin­­tus, et m’évoquait un outil qu’un chim­­panzé aurait utilisé pour se débar­­ras­­ser de termites.

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« L’im­­pres­­sion 3D est éton­­nam­­ment diffi­­cile »
A.J. Jacobs élabore un objet à impri­­mer
Crédits : PBS

Mes six tenta­­tives suivantes n’ont pas eu beau­­coup plus de succès. J’ai imprimé une tasse qui fuyait, un bac à glaçons qui refu­­sait de relâ­­cher ses glaçons, et une cuillère qui rappe­­lait sans le vouloir une des montres fondues de Salva­­dor Dalí. Ma femme, Julie, a baptisé mon nouveau tiroir à couverts « l’île des usten­­siles attar­­dés ». À ma décharge, l’im­­pres­­sion 3D est éton­­nam­­ment diffi­­cile – chose que ses parti­­sans ne crient pas sur les toits. Il y a tant de choses qui peuvent mal se passer : le bec se bouche, la machine surchauffe, le support d’im­­pres­­sion penche trop d’un côté… D’ailleurs, il existe des sites inter­­­net tels que le blog Epic 3D Prin­­ting Fail qui sont exclu­­si­­ve­­ment dédiés aux photos de projets ayant mal tourné, souvent de façon très drôle. Je pense notam­­ment à une boîte que j’as­­si­­mi­­le­­rais à un reje­­ton échappé du cerveau d’un Frank Gehry ivre mort. C’est aussi exces­­si­­ve­­ment lent. Une tasse à thé prend envi­­ron quatre heures à être impri­­mée, tout ceci avec un bruit de martè­­le­­ment inces­­sant. Quand j’ai essayé de conce­­voir et d’im­­pri­­mer des dés pour rempla­­cer ceux du jeu de Mono­­poly de mon fils, je me suis lancé dans une mission d’une jour­­née complète. Mon fils a apporté une contri­­bu­­tion utile à mon labeur en souli­­gnant le fait qu’on pouvait passer commande en un clic sur Amazon.

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« Une tasse à thé, quatre heures d’im­­pres­­sion »
Impres­­sion 3D en cours
Crédits : PBS

Cela dit, j’ai fait des progrès en m’en­­traî­­nant. Je suis parti­­cu­­liè­­re­­ment fier de mon verre à vin, avec son support en forme de cône. Je suis devenu obnu­­bilé par le logi­­ciel de graphisme, passant des heures à modu­­ler des formes sphé­­riques et à creu­­ser des cylindres. J’ai télé­­chargé des centaines de formes gratuites (et ma femme a réussi à choper les boucles d’oreilles Tetris). Je riais comme un enfant après chaque impres­­sion fruc­­tueuse : Oui, c’est moi qui ai créé ce rond de serviette ! Je peux tout faire. Je suis Dieu et j’évo­­lue dans un univers en plas­­tique bleu vif ! Le pouvoir peut mener au narcis­­sisme. Vous pensez que les gens qui vivent à l’époque de Face­­book prennent trop de selfies ? Prépa­­rez-vous pour les statues. Une boutique d’im­­pri­­mantes 3D située à NoHo (un quar­­tier de Manhat­­tan, ndt) gérée par Maker­­bot vous permet de scan­­ner votre propre tête en 3D (quatre appa­­reils prennent simul­­ta­­né­­ment des photos de vous sous diffé­­rents angles). J’ai tenté l’ex­­pé­­rience en prenant mon fils de sept ans pour cobaye et j’ai fait impri­­mer un buste en plas­­tique orange à son image, gros comme le poing. Une fois à la maison, nous avons converti sa tête en salière, en perçant un trou au sommet de son crâne en plas­­tique et en y ajou­­tant des grains de sel.

Les futurs possibles

Si je voulais que ma table soit un tant soit peu respec­­table, il me fallait faire appel à des profes­­sion­­nels. J’ai demandé à M. Lipson si je pouvais l’em­­bau­­cher lui et son équipe pour qu’ils m’aident.

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« Le coût de ma fameuse four­­chette : 50 $ »
Four­­chette impri­­mée en 3D
Crédits : PBS

Un docto­­rat peut bel et bien faire des miracles ! L’équipe m’a fait parve­­nir des patrons pour les couverts – une four­­chette et une cuillère en acier tour­­billon­­nant. J’avais dit aux ingé­­nieurs que ma femme aimait l’Ita­­lie, ils ont donc envoyé des modèles d’ins­­pi­­ra­­tion italienne : un verre à vin conçu à partir d’une colonne romaine, avec des garni­­tures corin­­thiennes, ainsi qu’un bougeoir inspiré des rames de gondoles, à l’ef­­fi­­gie de la fleur préfé­­rée de ma femme : la pivoine. J’ai montré les images à ma femme. Après un temps de réflexion, elle a déclaré : « Tu en as peut-être un peu trop fait avec le thème italien. Je pense que nous n’avons pas les mêmes choses en tête : tu veux des modèles person­­na­­li­­sés qui ne pour­­raient exis­­ter que grâce à l’im­­pres­­sion 3D, et moi je veux des objets que nous pour­­rions réuti­­li­­ser. » M. Lipson a fait impri­­mer la majeure partie de mon service de table chez Shape­­ways, une entre­­prise new-yorkaise à la pointe de la tech­­no­­lo­­gie qui possède d’élé­­gantes impri­­mantes 3D, lesquelles fonc­­tionnent avec du métal et de la céra­­mique. Encore une fois, ce n’est pas donné. Le coût de ma fameuse four­­chette, par exemple ? Cinquante dollars. Je n’avais pas les moyens de m’of­­frir un costume imprimé en 3D, mais M. Lipson a proposé de me dessi­­ner une cravate. « Elle aura un peu l’air d’une cotte de maille, m’a-t-il dit. Je ne me mouche­­rais pas dedans, à votre place. Mais elle fera l’af­­faire. » Quelques semaines plus tard, la cravate est arri­­vée : une longue pièce faite entiè­­re­­ment de boucles en nylon entre­­mê­­lées. J’ai eu du mal à ajus­­ter la cravate, je l’ai portée relâ­­chée, comme un jeune banquier qui aurait bu trop de vodkas tonic.

~

Le repas est enfin arrivé. La Cube ne pouvait impri­­mer que du plas­­tique et non des aliments, il avait donc fallu que je fasse appel à mon équipe tech­­nique. À midi, Jeffrey I. Lipton, jeune docto­­rant de 25 ans en ingé­­nie­­rie à Cornell, est arrivé et a déchargé des boîtes de maté­­riel. En sont sortis un compres­­seur d’air, des tubes en plas­­tique et des bouteilles de xanthan, un épais­­sis­­sant alimen­­taire. La table de notre cuisine a été enva­­hie par une énorme impri­­mante 3D qui avait été utili­­sée pour une quan­­tité d’autres expé­­riences – comme, par exemple, l’im­­pres­­sion de derrières arti­­fi­­ciels desti­­nés à l’en­­sei­­gne­­ment médi­­cal. « Ne vous inquié­­tez pas, m’a dit M. Lipton. Elle a été nettoyée. » M. Lipson pense que l’im­­pri­­mante 3D pour­­rait être l’ou­­til de cuisine le plus puis­­sant jamais créé. Vous auriez un contrôle illi­­mité sur la forme de votre repas, sa consis­­tance, son odeur et sa couleur. Pensez simple­­ment à ce que cela signi­­fie­­rait pour de jeunes parents : « Quel petit garçon ne voudrait pas manger une Lambor­­ghini, même si elle est faite de broco­­lis ? » a argu­­menté Lipton. Les fana­­tiques les plus enthou­­siastes de la nour­­ri­­ture impri­­mée en 3D ont de grands projets en tête. La NASA a donné 125 000 dollars à une entre­­prise texane pour que cette dernière étudie la possi­­bi­­lité d’im­­pri­­mer des repas 3D par des astro­­nautes ; le prin­­ci­­pal avan­­tage étant qu’ils pour­­raient conce­­voir une large variété de plats à partir d’in­­gré­­dients basiques.

Il a fallu des semaines pour conce­­voir le menu, en conci­­liant les goûts de ma femme et les contraintes scien­­ti­­fiques du labo­­ra­­toire.

On parle aussi d’in­­cor­­po­­rer des médi­­ca­­ments dans certains repas. Dans son livre Fabri­­ca­­ted, M. Lipson rêve de dîners numé­­riques durant lesquels l’im­­pri­­mante utili­­se­­rait les données du corps humain en temps réel pour créer les lasagnes les plus adap­­tées aux besoins nutri­­tion­­nels du corps, avec, par exemple, plus de protéines ou de vita­­mine A, selon les cas. Les fabri­­cants de junk food espèrent quant à eux que l’im­­pres­­sion 3D leur permet­­tra de mettre en pratique une nouvelle façon de combi­­ner le sel, le sucre et la graisse. Les acti­­vistes pour les droits des animaux espèrent que les impri­­mantes produi­­ront des côte­­lettes de porc direc­­te­­ment depuis des cellules de cochon culti­­vées en labo­­ra­­toire. Et enfin, les idéa­­listes croient que cette tech­­no­­lo­­gie pourra appor­­ter une solu­­tion à la faim dans le monde. Comment ? En permet­­tant de faire livrer plus effi­­ca­­ce­­ment de la nour­­ri­­ture en poudre aux pays en déve­­lop­­pe­­ment, où cette nour­­ri­­ture pourra être impri­­mée et trans­­for­­mée en une variété de plats. Un groupe de cher­­cheurs hollan­­dais travaille sur des bases alimen­­taires peu onéreuses, faites d’algues et de protéines d’in­­sectes. Lorsque les ingé­­nieurs de M. Lipson avaient fait des expé­­riences sur l’im­­pres­­sion d’ali­­ments en 2009, ils avaient créé des en-cas à partir de géla­­tine et de parfums arti­­fi­­ciels. Les cubes de nour­­ri­­ture qui en avaient résulté, infu­­sés avec de la banane et de la vanille, avaient été goûtés par des volon­­taires de leur univer­­sité. L’opé­­ra­­tion n’avait pas été probante. « Cette histoire a été univer­­sel­­le­­ment condam­­née, déclare M. Lipton. Ça faisait très Soleil Vert. » À présent, le labo­­ra­­toire écrase des aliments entiers et les trans­­forme en une pâte pouvant être utili­­sée par l’im­­pri­­mante en guise d’encre. Il a fallu des semaines pour conce­­voir le menu de mon dîner, en conci­­liant les goûts de ma femme et les contraintes scien­­ti­­fiques du labo­­ra­­toire. « Il faut que ce soit quelque chose de cuisiné, a demandé Lipson. Comme une quiche ou un pain de viande. Cela ne peut pas être de la salade ou du steak. »

À table !

Notre choix final ? Une pizza, un plat cuisiné à l’au­­ber­­gine, des pâtes au maïs et de la panna cotta. Notre pizza aurait la forme de l’Ita­­lie, une réplique topo­­gra­­phique­­ment correcte du pays, complé­­tée par la chaîne de montagnes des Alpes au milieu. M. Lipton a entré quelques codes dans son ordi­­na­­teur portable (par exemple, 20 psi pour la pres­­sion de l’air), puis la pâte à pizza a commencé à sortir d’un long tube.

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« Elle avait le goût du XXIIe siècle »
Pizza impri­­mée en 3D
Crédits : PBS

La sauce tomate, qui avait été épais­­sie avec du xantham afin d’ob­­te­­nir la bonne visco­­sité, a présenté plus de diffi­­cul­­tés. « Ces brins d’ori­­gan me tuent », a soupiré M. Lipton, jouant avec les touches du compres­­seur d’air. Les brins bouchaient le bec du tube, abou­­tis­­sant à ce qu’un témoin a appelé une « érup­­tion de sauce rouge du Vésuve dans le nord de l’Ita­­lie ». Après l’ex­­trac­­tion du fromage, la pizza était prête à être cuite. Les impri­­mantes 3D du futur utili­­se­­ront proba­­ble­­ment des lasers pour chauf­­fer la nour­­ri­­ture. M. Lipton, quant à lui, a opté pour une méthode plus tradi­­tion­­nelle : notre four. Vingt minutes plus tard, nous avions devant nous une pizza à l’image de l’Ita­­lie, ou du moins l’Ita­­lie et les eaux qui l’en­­tourent (la pâte avait gonflé avec la chaleur et étendu les fron­­tières). Ma femme et moi avons placé nos parts de pizza dans des assiettes impri­­mées en 3D, et découpé un bout de pizza avec nos four­­chettes impri­­mées en 3D. Nous avons ensuite fait tinter nos verres de vin impri­­més en 3D et écouté Frank Sina­­tra (un Sina­­tra très peu audible) sur une enceinte faite de plas­­tique et de caou­t­chouc, impri­­mée en 3D elle aussi. Nous avons mordu dans la pizza et haussé les sour­­cils. Elle avait le goût du XXIIe siècle… Plus sérieu­­se­­ment, elle avait le goût d’une pizza normale, en un peu plus molle. Je n’ai pas été trans­­porté par magie sur le pont de l’USS Enter­­prise, mais c’était plutôt bon. De l’avis de ma femme, c’était presque aussi bon qu’une pizza de chez Patsy’s, ce qui est un grand compli­­ment. « Nous avons décou­­vert que le fait de créer des goûts tota­­le­­ment diffé­­rents fait paniquer les gens, m’a confié Mr. Lipson. Les êtres humains ont une vraie phobie par rapport à cela. Nous essayons donc de rester dans le péri­­mètre des goûts avec lesquels les gens sont fami­­liers. »

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« Elles avaient le goût des linguine, en plus déli­­cat »
Nouilles impri­­mées en 3D
Crédits : PBS

Pour pour­­suivre sur notre thème riche en calo­­ries, nous avons ensuite imprimé les nouilles à base de maïs, qui formaient nos initiales. Elles ont émergé du bec impri­­meur en petits vermi­­celles, ressem­­blant à une assiette de Slin­­kies beiges. Elles avaient le goût des linguine, en plus déli­­cat. En guise d’ac­­com­­pa­­gne­­ment, nous avions opté pour un « aliment Fran­­ken­­stein » en 3D : une pâte faite de courge et d’au­­ber­­gine impri­­mée en forme d’en­­gre­­nage (graphisme qui nous semblait oppor­­tun). L’idée était de montrer le poten­­tiel de l’im­­pres­­sion 3D à combi­­ner n’im­­porte quels légumes (ou viandes, ou fruits) en un seul aliment. Nous voulions créer un nouvel hybride : l’auber­­courge, ou la cour­­gine. Malheu­­reu­­se­­ment, la texture de l’au­­ber­­gine était trop semblable à du chewing-gum pour que nous n’en lais­­sions pas, ma femme et moi, la moitié dans notre assiette. Notre dessert était une panna cotta. Notre idée était d’avoir un message secret imprimé et caché à l’in­­té­­rieur. Si on le coupait en deux, le dessert était censé révé­­ler les lettres NYC dessi­­nées avec de la crème bleue. (Le labo avait fait quelque chose de simi­­laire en dissi­­mu­­lant un « C » à l’in­­té­­rieur d’un cookie.) M. Lipton a teint une partie de la panna cotta en bleu, mais elle n’a jamais pu sortir du tube. « Ça ne marchera pas », a-t-il déclaré après avoir fouillé dans son maté­­riel. Pour incor­­po­­rer les lettres secrètes, il nous fallait un deuxième jet compres­­seur, que M. Lipton avait laissé au labo de Cornell. À la place, nous avons choisi (une fois encore) de la nour­­ri­­ture à la forme de nos initiales. C’était crémeux et léger. À cause du cafouillis tech­­nique, le repas s’est terminé tard – ou du moins, tard pour un couple de jeunes parents. M. Lipton a remballé son maté­­riel aux envi­­rons de 23 h.

~

Après des semaines d’uti­­li­­sa­­tion de l’im­­pri­­mante 3D, je n’ai aucun doute sur le fait qu’elle peut chan­­ger les choses quasi­­ment au-delà de notre imagi­­na­­tion. La plus grande partie de ces chan­­ge­­ments aura lieu en coulisses et ne sera pas expo­­sée aux consom­­ma­­teurs. Les ingé­­nieurs prévoient de fabriquer un avion léger large­­ment imprimé en 3D, ce qui rédui­­rait les coûts d’es­­sence de manière signi­­fi­­ca­­tive. Ces écono­­mies pour­­ront (croi­­sons les doigts) béné­­fi­­cier aux voya­­geurs. Comme M. Lipton le dit, nos sommes à l’aube d’une « révo­­lu­­tion silen­­cieuse ». Mais y aura-t-il une révo­­lu­­tion chez nous et dans nos cuisines ? Les impri­­mantes 3D trans­­for­­me­­ront-elles nos vies comme le PC et le Mac l’ont fait ? Cela reste à voir. Il y aura une bataille entre deux forces oppo­­sées : la première est notre amour égocen­­trique pour les choses que nous pouvons mode­­ler d’après le moindre de nos caprices. La deuxième, c’est la paresse qui nous est natu­­relle. Ferons-nous l’ef­­fort d’im­­pri­­mer un burger d’au­­truche hexa­­go­­nal garni de morceaux de concombre (et devoir ensuite nettoyer l’im­­pri­­mante), alors que nous pouvons tout aussi bien ache­­ter un hambur­­ger normal en rentrant du travail ? Je suis opti­­miste face à la tech­­no­­lo­­gie, j’es­­père donc que oui. En atten­­dant, je repen­­se­­rai à ce repas comme au plus étrange et au plus mémo­­rable de toute ma vie, plus encore que la fois où j’ai mangé des intes­­tins de vache végé­­ta­­lienne.


Texte traduit de l’an­­glais par Garance Meillon d’après l’ar­­ticle « Dinner is Prin­­ted », paru dans la Sunday Review du New York Times. Couver­­ture : Impri­­mante 3D, par Crea­­tive Tools. Créa­­tion graphique par Ulyces.

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