par abbas | 8 février 2016

Voici un portrait saisis­­sant de Donald Trump en 1990, busi­­ness man alors sur le déclin et en plein divorce d’avec Ivana Trump. Il permet de comprendre comment et pourquoi Trump pense pouvoir décro­­cher la prési­­dence comme on décroche un gros contrat.

Mar-a-Lago

« Nous avons une vieille coutume ici à Mar-a-Lago », annonça Donald Trump lors d’un dîner dans son palais d’hi­­ver de 118 pièces à Palm Beach. « Notre tradi­­tion consiste à faire un tour de table après dîner et à se présen­­ter les uns aux autres. » Trump parais­­sait agité ce soir-là, pressé de voir le dîner se termi­­ner pour pouvoir aller se coucher. « Vieille habi­­tude ? Il n’a la maison de madame Post que depuis quelques mois. Fran­­che­­ment ! Je rentre à la maison », murmura un habi­­tant de Palm Beach à son amie. « Oh, reste », dit-elle. « Ça va être drôle. »


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Mar-a-Lago
Crédits : HABS

C’était au prin­­temps 1986. Donald et Ivana Trump étaient assis chacun à une extré­­mité de leur longue table Shera­­ton, dans l’an­­cienne salle à manger de Marjo­­rie Merri­­wea­­ther. Leur atti­­tude était impé­­riale, comme s’ils étaient un roi et une reine. Ils étaient alors au plus haut de leur réus­­site, au summum de leur gloire. Trump appa­­rais­­sait dans les jour­­naux télé­­vi­­sés, offrant ses services pour négo­­cier avec les Russes. On disait qu’il allait peut-être se présen­­ter aux élec­­tions prési­­den­­tielles. Ivana avait eu telle­­ment de publi­­cité qu’elle offrait main­­te­­nant aux jour­­na­­listes venus l’in­­ter­­vie­­wer un dossier de presse avec des vidéos assu­­rant sa promo­­tion. Le pres­­tige des Trump avait atteint une telle ampleur dans la ville sacrée de New York que tout semblait possible. Il faisait doux ce soir-là à Palm Beach ; Ivana portait une robe bustier. L’air trans­­por­­tait des effluves de laurier-rose et de bougain­­vil­­lier, mêlées à la légère odeur d’hu­­mi­­dité qui collait à la vieille maison. À sa décharge, Trump n’avait pas tenté de donner dans le style clas­­sique de Palm Beach avec blazer bleu marine et panta­­lon en lin. Il portait souvent un costume à table et sa seule conces­­sion à la mode locale était d’ar­­bo­­rer une cravate rose ou des chaus­­sures pâles. Ivana servait toujours les plats préfé­­rés de son mari lors des dîners ; ce soir-là les invi­­tés eurent donc droit à du bœuf avec des pommes de terre. Le faux Tiepolo peint au plafond du temps de madame Post était resté dans la salle à manger, mais un immense sala­­dier argenté trônait main­­te­­nant au centre de la table, rempli de fruits en plas­­tique. Comme toujours avec les Trump, il s’agis­­sait de busi­­ness. C’était leur but commun, ce qui les liait.

Depuis quelques années, ils semblaient ne jamais parta­­ger la moindre inti­­mité en public. Ils étaient deve­­nus moins un mari et une femme que deux ambas­­sa­­deurs de deux diffé­­rents pays, ayant chacun leur agenda. Les Trump n’avaient acheté Mar-a-Lago que quelques mois aupa­­ra­­vant mais ils étaient déjà deve­­nus la curio­­sité de Palm Beach. En face de chez eux se trou­­vait le Bath and Tennis Club, « The B and T » comme l’ap­­pe­­laient les habi­­tants du coin, et on disait que les Trump n’avaient pas encore été invi­­tés à s’y joindre. « Foutaises ! Ils me baisent les pieds à Palm Beach », me disait Trump quatre ans plus tard. « Ces faux-culs ! Le club m’a contacté pour savoir s’ils pouvaient utili­­ser un morceau de ma plage pour étendre leur surface d’ins­­tal­­la­­tion de caba­­nons ! J’ai dit : “Bien sûr !” Vous pensez qu’ils m’au­­raient dit non si j’avais demandé à être membre ? Je ne m’ins­­cris pas à ce club parce qu’ils refusent les noirs et les juifs. » Comme si Mar-a-Lago et le yacht Prin­­cess des Trump étaient les proprié­­tés de Gatsby le Magni­­fique, les invi­­ta­­tions étaient très prisées. Les snobs locaux adoraient se délec­­ter d’anec­­dotes sur les Trump. Mais là ! Embar­­ras­­ser leurs invi­­tés en leur faisant prendre la parole, comme s’ils étaient à une conven­­tion de vente !

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L’en­­trée du palace
Crédits : HABS

Quand ce fut au tour d’Ivana de se présen­­ter, elle se leva pres­­te­­ment. « Je suis mariée au plus merveilleux des époux. Il est si géné­­reux et intel­­li­gent. Nous avons tant de chance d’avoir cette vie. » Elle le fixa déses­­pé­­ré­­ment mais il ne dit rien en retour. Il semblait fati­­gué d’écou­­ter les louanges sans fin d’Ivana et son atti­­tude assujet­­tie avait l’air de l’exas­­pé­­rer. Peut-être avait-il envie de quelque chose d’ex­­ci­­tant, d’une dispute. Peut-être aussi qu’il se lassait de ce jeu de posture publique. « Bon, j’ai fini », dit-il avant le dessert, jetant sa serviette sur la table avant de quit­­ter la pièce. Palm Beach était l’idée d’Ivana Trump. Long­­temps aupa­­ra­­vant, Donald lui avait crié : « Je ne veux rien de tout ce à quoi tu aspires socia­­le­­ment. Si c’est ça qui te rend heureuse, change de mari ! » Mais elle n’avait pas du tout l’in­­ten­­tion de faire ça car Ivana, comme Donald, vivait dans un fantasme. Elle savait que dans la vie d’un Trump, tout et tout le monde semblait avoir un prix, ou pouvait être utile dans le futur. Ivana avait appris à igno­­rer Donald quand il disait à des amis proches durant les premières années de leur mariage : « Pourquoi est-ce que je lui achè­­te­­rais de beaux bijoux ou tableaux ? Pourquoi lui offrir des actifs négo­­ciables ? » Elle était sortie d’Eu­­rope de l’Est en s’en­­dur­­cis­­sant et en étant très disci­­pli­­née, et elle avait travaillé ses talents en obser­­vant son époux, le maître des mani­­pu­­la­­teurs. Elle avait appris la langue commune dans un monde où tout le monde semblait utili­­ser tout le monde dans une course au pouvoir sans répits. Comment aurait-elle pu savoir qu’on pouvait vivre autre­­ment ? De plus, elle disait souvent à ses amies que malgré la cruauté dont Donald pouvait faire preuve, elle était très amou­­reuse de lui.

Ce soir-là, Ivana avait réussi à invi­­ter l’édi­­teur du jour­­nal local, The Shiny Sheet. Comme d’ha­­bi­­tude, les invi­­ta­­tions que Donald avait lancées pour ce weekend étaient des rétri­­bu­­tions, car il faisait confiance à très peu de gens. Il avait fait venir l’un de ses chefs de construc­­tion, le maire de West Palm Beach, et l’an­­cien gouver­­neur de New York, Hugh Carey, qui, à l’époque où il diri­­geait l’État sous le surnom de « Society Carey » grâce à de grosses dona­­tions de Trump, avait joué un rôle clé dans ses premiers succès. Depuis des années, Ivana semblait avoir étudié le compor­­te­­ment public des familles royales. Ses amies appe­­laient ça « le syndrome du couple impé­­rial d’Ivana », et elles se moquaient genti­­ment d’elle sur ce point car elles savaient qu’I­­vana, comme Donald, s’in­­ven­­tait et se réin­­ven­­tait constam­­ment. Quand elle était arri­­vée à New York, la première fois, elle portait des coif­­fures casques élabo­­rées et des robes de satin bouf­­fantes, très Holly­­wood. L’image qu’elle avait de la riche améri­­caine lui venait sûre­­ment des films quelle avait vus étant enfant. À ce stade, Ivana avait déjà passé des années dans les salons les plus raffi­­nés de New York sans toute­­fois avoir saisi les vraies manières des gens riches, l’art de la subti­­lité. À la place, elle avait adopté une allure royale et rempli ses maisons du genre d’or­­ne­­ments de laiton qu’on trouve dans les palais d’Eu­­rope de l’Est. Elle avait pris l’ha­­bi­­tude de saluer ses amis de tout petits gestes de la main, comme s’il lui fallait conser­­ver son éner­­gie. Lors de ses propres galas de chari­­tés, elle insis­­tait pour qu’elle et Donald reçoivent les invi­­tés en ligne. Elle portait des talons poin­­tus et ne s’en­­fonçait jamais dans l’herbe. Toujours sous contrôle.

Ce soir de prin­­temps, un esca­­dron de domes­­tiques atten­­dait dehors pour accueillir les invi­­tés, comme on l’au­­rait fait à Clive­­den dans l’entre-deux guerres. La plupart des employés, cepen­­dant, n’étaient pas des perma­­nents de Mar-a-Lago ; c’étaient des trai­­teurs locaux et des gardiens de parking embau­­chés pour la soirée. En plus de la pein­­ture de plafond de la salle à manger, Ivana avait gardé les vieux cana­­pés à franges et les poufs maro­­cains exac­­te­­ment à leur place, donnant ainsi l’im­­pres­­sion de s’es­­sayer aussi à la person­­na­­lité de madame Post. L’un des rares signes du goût des nouveaux proprié­­taires rési­­dait dans la présences de dizaines de cadres argen­­tés répar­­tis sur les nombreuses dessertes. Les cadres ne conte­­naient pas de photo de famille mais des couver­­tures de maga­­zines. Chaque couver­­ture affi­­chait le visage de Donald Trump. Quand l’avion des Trump atter­­ris­­sait à Palm Beach, il y avait en géné­­ral deux voitures qui atten­­daient. La première, une Rolls-Royce, pour les adultes, et la seconde, un break, pour les enfants, les nour­­rices et un garde du corps. Parfois, des agents de sûreté ouvraient la voie pour accé­­lé­­rer le passage du cortège des Trump. Cela deman­­dait beau­­coup de plani­­fi­­ca­­tion et de coor­­di­­na­­tion, mais l’ef­­fort était crucial pour ce qu’I­­vana essayait d’ac­­com­­plir. « Dans 50 ans, Donald et moi seront consi­­dé­­rés comme une vieille famille, comme les Vander­­bilt », dit-elle un  jour à l’écri­­vain Domi­­nick Dunne.

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Le salon de Mar-a-Lago
Crédits : HABS

Ivana

En avril 1990, alors que son empire était à deux doigts de s’ef­­fon­­drer, Trump s’isola dans un petit appar­­te­­ment dans un des bas étages de la Trump Tower. Il s’al­­lon­­geait sur son lit, fixant le plafond, parlant toute la nuit au télé­­phone. Les Trump s’étaient sépa­­rés. Ivana resta en haut, dans le triplex fami­­lial aux sols d’onyx beige et au salon à bas-plafond décoré de fresques dans le style de Michel-Ange. Les fresques avaient occa­­sionné l’une de leurs disputes les plus fréquentes : Ivana voulait des chéru­­bins, Donald préfé­­rait des guer­­riers. Ce sont les guer­­riers qui avaient remporté la bataille. « En terme de qualité, ce travail aurait tout à fait sa place au plafond de la chapelle Sixtine », disait Trump à propos de la pein­­ture. Cet avril-là, Ivana commença à dire à ses amis qu’elle s’inquié­­tait pour la santé mentale de Donald. Elle avait été complè­­te­­ment humi­­liée par Donald lorsqu’il s’était affi­­ché publique­­ment avec Marla Maples. « Comment peux-tu dire que tu nous aimes ! Tu ne t’aimes même pas toi-même. Tu n’aimes que ton argent », aurait dit à son père Donald junior, âgé de 12 ans, d’après des amis d’Ivana. « Quel genre de fils ai-je engen­­dré ? » aurait demandé Mary, la mère de Trump, à Ivana. Aussi impro­­bable que cela puisse paraître, Ivana était à présent consi­­dé­­rée comme une héroïne des tabloïds, et sa popu­­la­­rité augmen­­tait dans une propor­­tion inverse de celle du nouveau dégoût qu’é­­prou­­vait la ville chan­­geante pour son mari. « Ivana est main­­te­­nant une déesse des médias au même titre que Lady Di, Madonna et Eliza­­beth Taylor », rapporta Liz Smith.

Plusieurs mois aupa­­ra­­vant, Ivana avait subi de la chirur­­gie esthé­­tique auprès d’un méde­­cin cali­­for­­nien. Elle était sortie de là mécon­­nais­­sable aux yeux de ses amis et peut-être même de ses enfants, aussi fraîche et inno­­cente que la petite Heidi sans ses montagnes suisses. Bien qu’elle eût négo­­cié quatre contrats de mariages diffé­­rents concer­­nant la propriété immo­­bi­­lière pendant les quatorze années précé­­dentes, elle attaquait son mari pour obte­­nir la moitié de ses posses­­sions. Trump se voulait philo­­sophe. « Quand un homme quitte une femme, surtout quand on a l’im­­pres­­sion qu’il l’a quitté pour une paire de fesses – et une belle ! –, il y a toujours la moitié de la popu­­la­­tion qui va s’éprendre de la femme quit­­tée », me dit-il. Ivana avait embau­­ché un respon­­sable des rela­­tions publiques pour l’ai­­der dans son nouveau rôle. « Tout est très calculé », me dit un de ses conseillers. « Ivana est très rusée. Elle joue son rôle à fond. » Plusieurs étages sous l’ap­­par­­te­­ment des Trump, des touristes japo­­nais enva­­hirent le lobby de la Trump Tower avec leurs appa­­reils photos. Inévi­­ta­­ble­­ment, ils prirent des photos du portrait fami­­lier de Trump qui avait fait la couver­­ture de son livre Trump: The Art of Deal, et qui était posé sur un cheva­­let devant l’agence immo­­bi­­lière de la Trump Tower. Les Japo­­nais prenait encore Donald Trump pour l’in­­car­­na­­tion du pouvoir et de l’argent et semblaient penser, comme Trump l’avait fait avant eux, que ce monu­­ment de marbre rouge et de laiton était le centre du monde.

Trump est une girouette, toujours en train de se retour­­ner pour voir qui d’autre est dans la salle.

Pendant des jours, Trump quitta à peine l’im­­meuble. Des hambur­­gers et des frites lui étaient livrés depuis le fast-food située à proxi­­mité. Son corps gonfla, ses cheveux bouclèrent le long de son cou. « Tu me rappelles Howard Hughes », lui dit un de ses amis. « Merci », répon­­dit Trump. « Je l’ad­­mire. » Au télé­­phone, il semblait bouillon­­nant, sans soucis, aussi confiant que sur le portrait dans le lobby. Comme John Connaly, l’an­­cien gouver­­neur du Texas, Trump avait des millions de dollars dépo­­sés en garan­­ties person­­nelles. Sa dette person­­nelle, rien que sur la compa­­gnie aérienne Trump Shut­tle, était de 135 millions de dollars. Bear Stearns s’était vu garan­­tir 56 millions de dollars pour les posi­­tion­­ne­­ments de Trump sur Alexan­­der’s et Ameri­­can Airlines. Le casino Taj Mahal avait une série de dispo­­si­­tions compliquées qui rendait Trump respon­­sable de 35 millions de dollars. Trump avait person­­nel­­le­­ment assuré l’hô­­tel Plaza pour 125 millions. À West Palm Beach, Le Plaza de Trump était telle­­ment vide qu’il était surnommé the Trump See-through (« le fond trans­­pa­rent de Trump »). Cet immeuble à lui seul pesait 14 millions de dollars en dettes person­­nelles. Les demeures de Trump à Green­­wich et Palm Beach, ainsi que le yacht, avaient été promis aux banques pour 40 millions de dollars de rembour­­se­­ment de crédits impayés. Le Wall Street Jour­­nal esti­­mait que les garan­­ties de Trump pouvaient dépas­­ser les 600 millions de dollars. En une décen­­nie épous­­tou­­flante, Donald Trump était devenu le Brésil de Manhat­­tan. « Quiconque est quelqu’un s’as­­soit entre les colonnes. Le pire c’est la nour­­ri­­ture, mais de là tu verras tout le monde », m’avait dit Donald Trump dix ans plus tôt au Club 21. Donald s’était déjà taillé une place dans ce temple new-yorkais. On nous assit immé­­dia­­te­­ment entre les colonnes, dans la vieille salle du haut, alors déco­­rée de lambris noir et de banquettes en Nauga­­hyde rouges.

C’était à l’au­­tomne 1980, une belle saison à New York. Les Yankees étaient en bonne voie pour rempor­­ter la saison ; une star de cinéma se présen­­tait aux prési­­den­­tielles et utili­­sait le terme « déré­­gu­­la­­tion » dans sa campagne. Donald était un nouveau à l’époque, il avait 34 ans, et il était très effronté. Il commençait tout juste à appa­­raître dans les jour­­naux et il adorait ça. On parlait déjà de lui dans les quoti­­diens et les hebdo­­ma­­daires mais il rêvait d’une atten­­tion natio­­nale. « Vous avez vu que le New York Times trouve que je ressemble à Robert Redford ? » me demanda-t-il. Entre 1980 à 1990, Trump n’avait pas beau­­coup changé physique­­ment. Il avait déjà des pommettes saillantes et une mâchoire présente, avec une tendance à avoir l’air mou au milieu. Il avait conservé ses cheveux blonds, garan­­tie de jeunesse, et le visage élas­­tique. Trump est une girouette, toujours en train de se retour­­ner pour voir qui d’autre est dans la salle. Quand il était petit garçon, il ne lais­­sait aucun répit non plus. « Donald était l’en­­fant qui, aux goûters d’an­­ni­­ver­­saire, jetait du gâteau partout », me dit une fois son frère Robert. « Si je construi­­sais une pile de Lego, Donald arri­­vait et les collait les uns aux autres, si bien qu’ils deve­­naient inuti­­li­­sables. » Et en 1980, il était déjà marié à Ivana, un ancien mannequin et athlète de Tché­­co­s­lo­­vaquie.

Un soir de 1976, Trump se trou­­vait au bar du Maxwell’s Plum. Ça n’existe plus aujourd’­­hui, mais le nom même évoque des hordes de céli­­ba­­taires fréné­­tiques sous un plafond Art Nouveau. C’était le lieu où les hôtesses de l’air espé­­raient rencon­­trer un banquier, et où les mannequins se cher­­chaient des rendez-vous galants. Donald y rencon­­tra son top modèle, Ivana Zelni­­ckova, qui venait de Montréal. Elle aimait racon­­ter l’his­­toire de comment elle avait été skier avec Donald, faisant semblant d’être une débu­­tante comme lui avant de l’hu­­mi­­lier en le doublant dans les slaloms. Ils se marièrent à New York à Pâques 1977. Le maire Beame était présent à l’église Marble Colle­­giate. Donald avait déjà fait alliance avec Roy Cohn, qui allait deve­­nir son avocat et son mentor. Juste avant le mariage, Donald aurait dit à Ivana : « Tu dois signer cet accord. » « Qu’est-ce que c’est ? » demanda-t-elle. « Juste un docu­­ment qui va proté­­ger l’argent de ma famille. » Cohn fit l’offre galante d’ai­­der Ivana à trou­­ver un avocat. « Nous n’avons pas ce type de docu­­ments en Tché­­co­s­lo­­vaquie », répon­­dit appa­­rem­­ment Ivana. Mais elle dit à ses amis qu’elle était terri­­fiée par Cohn et par le pouvoir qu’il avait sur Donald. Dans le premier contrat, Ivana obte­­nait 20 000 dollars par an. Deux ans plus tard, Trump avait consti­­tué sa propre fortune. « Tu ferais mieux de revoir le contrat, Donald », lui aurait dit Cohn. « Sinon tu vas avoir l’air dur et radin. » Ivana résista. « Si ça ne te plaît pas, garde le vieux contrat », aurait répondu Trump.

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Ivana Trump obtient la natio­­na­­lité améri­­caine en mai 1988

Donald était déter­­miné à avoir une famille nombreuse. « Je veux cinq enfants, comme dans ma famille, parce qu’a­­vec cinq, je suis sûr d’en voir un tour­­ner comme moi », confia Donald à l’un de ses amis proches. Il était prêt à être géné­­reux avec Ivana et la rumeur courut qu’il lui donne­­rait une récom­­pense en liquide de 250 000 dollars pour chaque enfant. Les Trump et leur bébé, Donald junior, habi­­taient un appar­­te­­ment de la 5e Avenue décoré de sofas en velours beige et d’une table en os et peau de chèvre prove­­nant du maga­­sin de meubles italien Casa Bella. Ils avaient une collec­­tion d’ani­­maux en verre Steu­­ben qu’ils expo­­saient sur des étagères de verre dans le hall d’en­­trée. Les étagères étaient souli­­gnées de petites guir­­landes de lumières blanches qu’on voit habi­­tuel­­le­­ment sur les sapins de Noël. Donald essayait de s’adap­­ter au monde des esthètes et des petites robes de cock­­tail noires. Il venait de termi­­ner le Grand Hyatt, sur la 42e rue, et était consi­­déré comme un jeune talent. Il avait assem­­blé la parcelle de la 5e Avenue qui allait deve­­nir la Trump Tower et avait fait enra­­ger  l’es­­ta­­bli­sh­­ment de la ville en détrui­­sant les frises art déco qui ornaient l’im­­meuble Bonwit Teller. Déjà, à l’époque, le style de Trump consis­­tait à exci­­ter le publique. « Qu’est-ce que vous croyez ? Vous pensez que ça m’a fait mal de détruire les sculp­­tures ? » me demanda-t-il ce jour-là au « 21 ». « Oui. » « Qu’est-ce qu’on s’en fout ? » dit-il. « Disons que j’aie donné ces merdes au Met. Ils n’au­­raient fait que les mettre à la cave. Je n’au­­rai jamais la bien­­veillance de l’es­­ta­­bli­sh­­ment, des déci­­deurs de New York. Vous croyez que si j’échouais, ces types à New York seraient malheu­­reux ? Ils seraient aux anges ! Parce qu’ils n’ont jamais rien tenté à l’échelle de ce que moi j’es­­saye de faire dans cette ville. Je me fiche de leur bien­­veillance. »

Donald était un peu un grand enfant, mal dégrossi et à l’ego surdi­­men­­sionné. Il avait apporté le style de Brook­­lyn et du Queens à Manhat­­tan, bafouant ce qui était pour lui des conven­­tions inutiles, comme la préser­­va­­tion des lieux symbo­­liques. Ses costumes étaient mal coupés, avec de grands revers au panta­­lon. Il ne lui manquait que le cigare. « Je ne me donne pas d’airs », me dit-il à l’époque. Il se bala­­dait dans New York dans une Cadillac argen­­tée avec des plaques « DJT » et des vitres tintées, et son chauf­­feur était un ancien flic de la ville. Ce jour-là, Donald et moi n’étions pas seuls à déjeu­­ner. Il avait invité Stan­­ley Fried­­man à se joindre à nous. Fried­­man était un des asso­­ciés de Roy Cohn, et comme lui, une légende dans la ville. Il faisait partie de la machine poli­­tique du Bronx, et allait bien­­tôt en être nommé chef du dépar­­te­­ment. Plus tard, Fried­­man irait en prison pour le rôle qu’il allait jouer dans le scan­­dale des parc­­mètres. Trump et Fried­­man passèrent la majeure partie du déjeu­­ner à s’échan­­ger des anec­­dotes sur John Cohn. « Roy peut tirer d’af­­faire n’im­­porte qui en ville », me dit Fried­­man. « C’est un génie. » « C’est un avocat nul, mais c’est un génie », dit Trump. À un moment donné, Pres­­ton Robert Tisch, connu de tous sous le nom de Bob, débarqua dans la salle du haut du « 21 ». Bob Tisch et son frère, Laurence, aujourd’­­hui à la tête de CBS, avaient fait fortune dans l’im­­mo­­bi­­lier new-yorkais et en Floride. Bob Tisch, comme son frère, était un cita­­din, un homme bien­­veillant et élégant, bien­­fai­­teurs des hôpi­­taux et des univer­­si­­tés. « J’ai battu Bob Tisch sur le site du centre de conven­­tions », dit Donald à très haute voix au moment où Tisch s’ar­­rê­­tait notre table. « Mais main­­te­­nant on est amis, bons amis, n’est-ce pas Bob ? C’est pas vrai ? » Bob Tisch garda le sourire mais son ton devint brusque­­ment aigu, comme celui d’un enfant qui se serait mal conduit. « Oh oui, Donald », dit-il, « de bons amis, de très bons amis. »

Vers la fin des vendre­­dis après-midi d’été, le bruit de la ville est remplacé par un calme étrange. En juin, je me trou­­vais en compa­­gnie de l’un des avocats les plus comba­­tifs de Donald Trump. « On ne gagnera certai­­ne­­ment pas l’opi­­nion dans la presse popu­­laire », me dit-il, « mais on gagnera, vous verrez. » Je pensai à Trump, à quelques pâtés de maisons de là, isolé dans la Trump Tower, se battant pour sa survie finan­­cière. Le télé­­phone sonna plusieurs fois. « Oui, oui ? C’est comme ça ? » dit l’avo­­cat avant d’écla­­ter de rire en évoquant les – comme il les appelle – « couilles de laiton » de son client, qui tenait tête aux nombreux types repré­­sen­­tant Chase Manhat­­tan et Bankers Trust, à qui il devait des centaines de millions de dollars. « Donald est très en forme. C’est le genre de défi qu’il aime », me dit l’avo­­cat. « C’est bizarre. On croi­­rait que rien ne va mal. » « Ne croyez rien de ce que vous lisez dans les jour­­naux », avait dit Trump à son éditeur Joni Evans. « Quand ils vont entendre de bonnes nouvelles à mon sujet, qu’est-ce qu’ils vont faire ? » Random House se hâtait de publier son nouveau livre, Trump: Survi­­ving at the Top. Le premier tirage était de 500 000 exem­­plaires. Dans la salle de confé­­rence de la Trump Tower, cette semaine-là, un avocat avait appa­­rem­­ment dit à Trump une évidence : l’hô­­tel Plaza ne rappor­­te­­rait peut-être jamais les 400 millions qu’il l’avait payé. Trump resta serein. « Passez-moi le Sultan de Brunei au télé­­phone », dit-il. « J’ai la garan­­tie person­­nelle que le Sultan de Brunei me repren­­dra le Plaza et que je ferai un immense profit. »

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Trump devant son casino

Les banquiers et les avocats dans la salle de confé­­rence regar­­dèrent Trump avec un mélange d’in­­cré­­du­­lité et d’émer­­veille­­ment. Aussi cyniques soient-ils, Trump, le virtuose de l’im­­mo­­bi­­lier, avait sur eux le pouvoir de l’ima­­gi­­na­­tion car son plus grand talent avait toujours été de savoir convaincre les autres du champ des possibles. La fron­­tière entre l’es­­croc et l’en­­tre­­pre­­neur est souvent floue. « Ils disent que le Plaza vaut 400 millions de dollars ? Trump dit qu’il en vaut 800 millions. Qui sait combien ça vaut en réalité ? Je peux vous dire une chose : ça vaut bien plus cher que ce que je l’ai payé », me confia Trump. « Quand Forbes déva­­lue toutes mes proprié­­tés, ils disent que je ne vaux que 500 millions ! Et bien, c’est 500 millions de plus que ce avec quoi j’ai débuté. » « Les gens pensent-il vrai­­ment que j’ai des problèmes ? » me demanda Trump en 1990. « Oui », lui répon­­dis-je alors, « ils pensent que vous êtes fini. » C’était un après-midi de juillet, la pous­­sière semblait retom­­ber, et nous étions au beau milieu d’une conver­­sa­­tion télé­­pho­­nique de deux heures. La conver­­sa­­tion en elle-même était une négo­­cia­­tion. Trump tentait de me mettre sur la défen­­sive. J’avais écrit à son sujet dix ans aupa­­ra­­vant. Trump avait alors parlé d’un de ses amis proches qui était le fils d’un célèbre promo­­teur new-yorkais. « Je lui ai conseillé de sortir de l’om­­brage de son père », m’avait-il dit alors. « C’était du off », me dit Trump. Je consul­­tai mes vieilles notes. « Faux, Donald », dis-je. « Ce qui était off, c’est quand vous avez attaqué votre autre ami en disant qu’il était alcoo­­lique. » Du tac au tac, Trump répliqua : « Je vous crois. » Puis il rit. « Certaines choses ne changent jamais. » « Atten­­dez cinq ans », me dit Trump. « C’est très simple. C’est comme le contrat Mery Grif­­fin. Quand je l’ai roulé, la presse voulait que je perde. Ils ont dit : “Bordel de Dieu ! Trump s’est fait prendre !” Lais­­sez-moi vous dire quelque chose. C’est bon pour moi qu’on me croit pauvre main­­te­­nant. Vous ne me croi­­riez pas si je vous parlais des marchés que je suis en train de signer. J’ima­­gine que je suis pervers… j’ai vrai­­ment adoré les semaines qui viennent de s’écou­­ler », dit-il, comme s’il sortait d’un spa rajeu­­nis­­sant. Les marchés avaient toujours été son seul art. On disait alors qu’il signait des contrats incroyables avec les pres­­ta­­taires qu’il avait employés pour construire ses casi­­nos et les éléphants en fibre de verre qui déco­­raient l’al­­lée menant au Taj Mahal. Ces derniers étaient déses­­pé­­rés car ils n’étaient pas certains d’être payés pour ces mois de travail. Trump était célèbre pour sa capa­­cité à tirer jusqu’au plus petit profit de ses tran­­sac­­tions. On savait qu’il signait alors des accords complè­­te­­ment fous, qu’il n’au­­rait jamais pu conclure deux mois aupa­­ra­­vant. « Trump ne signe aucun deal à moins qu’il n’y ait un petit plus, une petite goutte de larcin moral », disait de lui un de ses rivaux. « Les choses deve­­naient trop faciles pour moi », me dit Trump. « J’ai fait beau­­coup d’argent et je l’ai fait trop faci­­le­­ment, au point de m’en­­nuyer. Tout ce que j’ai fait a marché ! J’ai repris le Bally, j’ai gagné 32 millions de dollars. Au bout d’un moment, c’est devenu trop facile. »

La peur de l’en­­nui a toujours joué un grand rôle dans la vie de Trump. Il a une capa­­cité d’at­­ten­­tion réduite. Il semblait même s’être lassé de sa femme. Il me dit qu’il s’était lassé de ses contrats, de ses socié­­tés, « des hypo­­crites de New York », « des hypo­­crites de Palm Beach », de la plupart des gens, des auteurs « néga­­tifs » et des gens « néga­­tifs » en géné­­ral. « Tu frappes, tu frappes et tu frappes encore, et fina­­le­­ment ça ne veut plus dire grand choses », dit-il. « Eh, quand vous m’avez rencon­­tré pour la première fois, je n’avais quasi­­ment rien fait ! J’avais construit un immeuble ou deux, ce n’était pas extra­­or­­di­­naire. » Ce matin de 1990, Trump avait une fois de plus fait la une du New York Daily News parce que Forbes l’avait retiré de la liste des hommes les plus riches du monde, fixant son réseau à 500 millions de dollars alors qu’il était de 1,7 milliard de dollars en 1989. « Il me mettent en une pour cette raison minable ! » dit Trump. « S’ils me mettent en couver­­ture du Daily News, ils vendent plus de jour­­naux ! Ils me mettent en une aujourd’­­hui alors qu’il y a des guerres qui éclatent ! Vous savez pourquoi ? Malcom Forbes s’est fait jeter du Plaza ! Par mes soins ! Vous connais­­sez l’his­­toire sur Malcom Forbes et moi, quand je l’ai sorti de l’hô­­tel Plaza ? Non ? Et bien je l’ai fait. Vous pour­­rez lire l’his­­toire dans mon nouveau livre. Et je ne l’ai pas viré parce qu’il n’avait pas payé sa note. Je m’at­­ten­­dais donc à cette attaque de Forbes. Le même auteur qui a écrit cet article a égale­­ment écrit celui sur Mery ! Le même auteur fait l’objet d’une enquête. Vous avez entendu parler de ça non ? » (Un des auteurs de Forbes faisait l’objet d’une enquête pour utili­­sa­­tion frau­­du­­leuse de cartes poli­­cières péri­­mées. Il n’avait pas écrit que Trump s’était fait avoir par Mery Grif­­fin.) « Ce qui m’est arrivé est ce qui arrive à toutes les socié­­tés aux États-Unis en ce moment. Il n’y a pas une entre­­prise aux États-Unis qui ne fait pas de restruc­­tu­­ra­­tion. Vous n’avez pas vu le Wall Street Jour­­nal ce matin au sujet de Revlon ? Ce qui se passe à Revlon est exac­­te­­ment ce qui est arrivé à Donald Trump. Mais personne n’en fait la couver­­ture d’un jour­­nal. Mes problèmes ne méri­­taient même pas une colonne de ce jour­­nal. » (Revlon vendait 182 millions de dollars de marchan­­dise pour récu­­pé­­rer de l’argent, mais ça n’avait rien à voir avec la crise de Trump.)

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L’hô­­tel et casino de Trump à Atlan­­tic City

Trump débi­­tait un torrent de mots hypno­­tique et sans fin. Souvent, il semblait dire ce qui lui passait par la tête. Il parlait de lui à la troi­­sième personne : « Trump dit… Trump croit. » Ses phrases pétillaient et se retour­­naient sur elles-mêmes comme des feux d’ar­­ti­­fice dans un ciel d’été. Il me faisait penser à un marchand de foire tentant d’ameu­­ter les passants sous sa tente. « Je suis plus popu­­laire aujourd’­­hui que je ne l’étais il y a deux mois. J’es­­time qu’il y a deux publics. Le vrai public et la haute société merdique de New York. Le vrai public a toujours aimé Donald Trump. Le vrai public sait que Donald Trump traverse une phase de lynchage. Quand je sors en ce moment, c’est dingue. Je suis assailli, c’est la folie complète », me dit Trump. Trump est souvent belliqueux, comme pour épicer les choses.

Pendant une de nos conver­­sa­­tions télé­­pho­­niques, il s’en prit à un auteur local qu’il quali­­fia de « honteux » et massa­­cra la femme d’un inves­­tis­­seur que je connais­­sais en la trai­­tant de « géant – un véri­­table poteau du point de vue physique ». Après la signa­­ture du contrat du Resort Inter­­na­­tio­­nal, lors de la soirée du Nouvel An de Barbara Walters et Mery Adel­­son dans leur rési­­dence d’As­­pen, on demanda à Trump de formu­­ler un vœu pour l’an­­née à venir. « Je souhai­­te­­rais avoir un autre Mery Grif­­fin à abattre », dit-il. Avant l’ou­­ver­­ture du Taj Mahal, Marvin Roff­­man, un analyste finan­­cier de Phila­­del­­phie, dit à juste titre que le Taj était parti pour un chemin semé d’em­­bûches. À cause de ça – selon Roff­­man –, Trump l’a fait licen­­cier. « Est-ce pour cela que vous l’avez attaqué ? » deman­­dai-je à Trump. « Je le refe­­rais. Voilà un type qui m’ap­­pe­­lait en me suppliant d’ache­­ter des actions à travers lui, et qui en échange me ferait des commen­­taires posi­­tifs. » « Vous l’ac­­cu­­sez de fraude ? » deman­­dai-je. « Je l’ac­­cuse d’être mauvais dans ce qu’il fait. » Le séna­­teur John Dingell, du Michi­­gan, demanda au gouver­­ne­­ment d’enquê­­ter sur les circons­­tances de son licen­­cie­­ment. Quand je deman­­dai à Roff­­man de me parler des accu­­sa­­tions que Trump portait à son encontre, il dit : « C’est le plus gros ramas­­sis de mensonges que j’ai entendu de toute ma vie. » L’avo­­cat de Roff­­man, James Schwartz­­man, quali­­fia les accu­­sa­­tions de Trump d’ « acte déses­­péré d’un homme déses­­péré ». Roff­­man pour­­sui­­vit Trump pour diffa­­ma­­tion. « Donald croit en la théo­­rie du grand mensonge », m’avait dit son avocat. « Si vous répé­­tez quelque chose encore et encore, les gens fini­­ront par vous croire. » « Un de mes avocats a dit ça ? » dit Trump quand je lui en parlai. « Si l’un de mes avocats a dit ça, je voudrais savoir lequel pour pouvoir le virer. J’ai­­me­­rais bien savoir qui est cette ordure ! »

L’art des affaires

L’un des premiers gros contrats de Trump à New York fut d’ac­qué­­rir un terrain sur le 34e ouest mis en vente par la Penn Central Rail­­road, alors en faillite. Trump soumit un plan de centre de conven­­tions aux respon­­sables de la ville. « Il nous a dit qu’il renon­­ce­­rait à ses 4,4 millions de dollars de commis­­sion si nous donnions le nom de son père au centre de conven­­tions », me confiait alors l’an­­cien adjoint au maire Peter Solo­­mon. « Quelqu’un a fini par lire le contrat. Il n’était écrit nulle part qu’une telle somme devait lui reve­­nir. C’était incroyable. Il a presque obtenu de voir le centre baptisé du nom de son père en échange d’une somme d’argent qu’il n’avait jamais vrai­­ment eu à donner. » Le premier vrai coup d’im­­mo­­bi­­lier de Trump à New York fut l’ac­qui­­si­­tion de l’hô­­tel Commo­­dore, qui allait deve­­nir le Grand Hyatt. Ce contrat, signé en incluant un abat­­te­­ment d’im­­pôt contro­­versé de la part de la ville, fit la répu­­ta­­tion de Trump. Ses asso­­ciés de l’époque était les Pritz­­ker, une famille très respec­­tée de Chicago, alors proprié­­taires de la chaîne Hyatt. Leur contrat était précis : Trump et Jay Pritz­­ker s’étaient mis d’ac­­cord sur le fait qu’en cas de litige, ils auraient une période de dix jours pour arbi­­trer leur diffé­rent. À un moment donné, ils eurent un petit désac­­cord. « Jay Pritz­­ker partait pour un voyage au Népal, où il serait injoi­­gnable », me dit un des avocats de la famille Pritz­­ker. « Donald a attendu que Jay soit dans l’avion pour l’ap­­pe­­ler. Natu­­rel­­le­­ment, Jay ne pouvait pas le rappe­­ler. Il était sur une montagne au Népal. Plus tard, Donald n’a cessé de répé­­ter : “J’ai essayé de te joindre. Je t’ai donné les dix jours. Mais tu étais au Népal.” C’était scan­­da­­leux. Pritz­­ker était son asso­­cié, pas son ennemi ! Voilà comment il s’est comporté sur son premier contrat impor­­tant. » Plus tard, Trump relata même l’in­­ci­dent dans son livre. « Sers leur la soupe habi­­tuelle à la Trump », dit-il à l’ar­­chi­­tecte Der Scutt avant une présen­­ta­­tion du design de la Trump Tower lors d’une confé­­rence de presse en 1980. « Dis leur que ça va faire 10 000 m2, 68 étages. » « Je ne mens pas, Donald », répon­­dit l’ar­­chi­­tecte.

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La Trump Tower, sur la 5e Avenue

Trump finit par rache­­ter les parts d’es­­pace commer­­cial de la Trump Tower à Equi­­table Life Assu­­rance. « Il a payé Equi­­table 60 millions de dollars après une négo­­cia­­tion au bras de fer », me dit un grand promo­­teur. « Les actions pour tout l’es­­pace commer­­cial s’éle­­vaient à 120 millions de dollars. Soudai­­ne­­ment, Donald disait que ça en valait 500 millions ! » Quand The Art of the Deal fut publié, il dit au Wall Street Jour­­nal que le premier tirage serait de 200 000 exem­­plaires. Il gonflait le chiffre de 50 000. Au mois de mars, quand Charles Feld­­man, de CNN, ques­­tionna Trump sur l’ef­­fon­­dre­­ment de son empire, Trump sorti en trombe du studio. Plus tard, il dit au patron de Feld­­man, Ted Turner : « Ton jour­­na­­liste a menacé ma secré­­taire et l’a fait pleu­­rer. » Quand la bourse s’ef­­fon­­dra, il annonça qu’il s’était retiré à temps et qu’il n’avait rien perdu. En fait, il avait pris un sérieux coup sur ses actions Alexan­­der’s et Ameri­­can Airlines. « Ce que j’ai dit c’est que mis à part les actions Alexan­­der’s et Ameri­­can Airlines, je m’étais retiré des marchés », me dit Trump rapi­­de­­ment. Quelles forces, dans le passé de Trump, ont bien pu géné­­rer en lui un tel besoin d’au­­to­­pro­­mo­­tion ? En 1980, je rendis visite au père de Trump dans ses bureaux de l’ave­­nue Z, près de Coney Island, à Brook­­lyn. La fortune person­­nelle de Fred Trump dans l’im­­mo­­bi­­lier s’était faite avec l’aide de la machine poli­­tique de Brook­­lyn, et en parti­­cu­­lier celle de Abe Beame. Dans les années 1940, Trump et Beame parta­­geaient un ami proche et avocat, un chef de parti poli­­tique à Brook­­lyn de nom de Bunny Linden­­baum.

À l’époque, Beame travaillait au bureau du budget de la ville ; 30 ans plus tard, il en devien­­drait le maire. Trump, Linden­­baum et Beame se croi­­saient souvent lors des dîners et des galas de charité des clubs poli­­tiques de Brook­­lyn. Le pouvoir de ces clubs dans le New York des années 1950 n’était pas à sous-esti­­mer ; ils donnèrent nais­­sance à Fred Trump et lui permirent d’ef­­fec­­tuer sa plus grosse acqui­­si­­tion, la parcelle de 30 hectares sur le terrain de la ville qui allait accueillir les 3 800 appar­­te­­ments du Trump Village. En 1960, un immense lopin de terre près d’Ocean Park­­way à Brook­­lyn devint dispo­­nible pour des projets de déve­­lop­­pe­­ment. La commis­­sion de plani­­fi­­ca­­tion de la ville avait approuvé un géné­­reux abat­­te­­ment d’im­­pôts au profit d’une fonda­­tion à but non lucra­­tif afin d’y construire une coopé­­ra­­tive de loge­­ment. Fred Trump s’en prit à cet abat­­te­­ment qu’il quali­­fia de « cadeau ». Peu de temps après, Trump décida de partir lui-même en guerre contre cet abat­­te­­ment. Bien que la commis­­sion eut déjà donné son accord pour le projet à but non lucra­­tif, Linden­­baum alla voir le maire, Robert Wagner, et Beame, qui était dans le camp de Wagner, apporta son soutien à Trump. Fred Trump parvint à rempor­­ter les deux tiers de la propriété, et en moins d’un an, il avait posé les bases du Trump Village. Linden­­baum se vit offrir le siège à la commis­­sion de plani­­fi­­ca­­tion de la ville, préa­­la­­ble­­ment occupé par Robert Moses, le cour­­tier qui avait construit la plupart des auto­­routes de New York, des aéro­­ports et des parcs.

L’an­­née suivante, Linden­­baum orga­­nisa un déjeu­­ner de levée de fonds pour Wagner, qui se présen­­tait à sa propre réélec­­tion. 43 construc­­teurs et proprié­­taires firent don de milliers de dollars ; Trump, d’après le jour­­na­­liste Wayne Barrett, promit 2 500 dollars, une des plus grosses contri­­bu­­tions. Le déjeu­­ner fit la une des jour­­naux et Linde­­baum, mis en disgrâce, fut forcé de démis­­sion­­ner de la commis­­sion. Mais Robert Wagner remporta l’élec­­tion et Beame devint son contrô­­leur des finances. En 1966, alors que Donald inté­­grait l’école de commerce de Whar­­ton, Fred Trump et Linden­­baum firent l’objet d’une enquête pour leur rôle dans le dossier d’hy­­po­­thèque de 60 millions de dollars Mitchell-Lama. « Existe-t-il un moyen pour empê­­cher un homme qui fait du busi­­ness de cette façon d’ob­­te­­nir un autre contrat avec l’État ? » demanda le direc­­teur de la commis­­sion d’enquête au sujet de Trump et de Linden­­baum. Fina­­le­­ment, Trump fut contraint de resti­­tuer les 1,2 million de dollars qu’il avait gagnés en spécu­­lant sur le terrain, et dont il s’était en partie servis pour ache­­ter un terrain à proxi­­mité afin d’y construire un centre commer­­cial. Le bureau de Fred Trump était agréa­­ble­­ment modeste. Les salles étaient sépa­­rées par des vitres. La « Trump Orga­­ni­­za­­tion », comme Donald avait déjà décidé d’ap­­pe­­ler la société de son père, était un petit cottage sur le terrain du Trump Village.

À l’époque, Donald dit à des jour­­na­­listes que la Trump Orga­­ni­­za­­tion était proprié­­taire de 22 000 unités de loge­­ment, alors qu’en réalité elle en possé­­dait la moitié. Fred Trump avait alors 75 ans. Il était poli mais pas bête. Il critiqua beau­­coup les premiers contrats de son fils, le mettant en garde en lui disant notam­­ment que « s’étendre vers Manhat­­tan était comme ache­­ter un billet pour le Tita­­nic. » Donald l’ignora. « Un paon aujourd’­­hui, un plumeau à pous­­sière demain », aurait dit le promo­­teur Sam Lefrak en évoquant Donald Trump. Mais en 1980, il était clair que Donald incar­­nait tous les espoirs de son père. « Je dis toujours à Donald : “L’as­­cen­­seur vers le succès est en panne. Monte une marche à la fois” », me dit Fred Trump à l’époque. « Mais que pensez-vous de ce que mon Donald a accom­­pli ? Ça laisse abasourdi non ? » ulyces-trumpivana-08Donald Trump a toujours perçu son père comme un modèle à suivre. Dans The Art of the Deal, il écrit : « Fred Trump est né dans le New jersey en 1905. Son père, arrivé là de Suède, était proprié­­taire d’un restau­­rant qui marchait modé­­ré­­ment. » En vérité, la famille Trump était alle­­mande et déses­­pé­­ré­­ment pauvre. « À un moment, ma mère fit de la couture pour nous permettre de survivre », me confia le père de Trump. « Pendant un temps, mon père a tenu un restau­­rant dans le Klon­­dike, mais il est mort jeune. » Le cousin de Donald, John Walter, réalisa un jour un arbre généa­­lo­­gique élaboré. « Nos avons le même grand-père », me dit Walter. « Il était alle­­mand, et alors ? » Bien que Fred Trump naquît dans le New Jersey, certains membres de la famille racontent qu’il se sentit obligé de cacher ses racines alle­­mandes car la plupart de ses loca­­taires étaient juifs. « Après la guerre, il pensait que les juifs ne voudraient jamais lui louer quoi que ce soit s’ils appre­­naient son ascen­­dance », aurait déclaré Ivana. Ce qui est certain, c’est que le camou­­flage de Fred Trump aurait faci­­le­­ment pu lais­­ser penser à un enfant que dans le busi­­ness, tout passe. Quand je deman­­dai à Donald Trump de me parler de ça, il resta évasif : « En réalité, c’est très compliqué. Mon père n’était pas alle­­mand ; les parents de mon père étaient alle­­mands… suédois, et en fait d’un peu partout en Euro­­pe… et j’ai même pensé, dans la seconde édition, mettre l’ac­cent sur les autres lieux parce que je rece­­vais trop de cour­­rier de Suède : Pour­­rais-je venir et m’ex­­pri­­mer au Parle­­ment ? Accep­­te­­rais-je de rencon­­trer le président ? » Donald Trump semble prendre au sérieux certains aspects de ses origines alle­­mandes. D’après ce qu’I­­vana confia à un ami, John Walter travaillait pour la Trump Orga­­ni­­za­­tion et lorsqu’il rendait visite à Donald dans son bureau, il claquait les talons en décla­­rant : « Heil Hitler ! » C’est appa­­rem­­ment une blague fami­­liale.

En avril 1990, peut-être dans un élan de natio­­na­­lisme tchèque, Ivana dit à son avocat Michael Kennedy que de temps à autre son mari lisait un ouvrage rassem­­blant des discours d’Hit­­ler, Discours, qu’il gardait dans le tiroir de sa table de nuit. Kennedy en gardait depuis une copie dans un placard de son bureau, comme si c’était une grenade. « Est-ce que votre cousin John vous a donné les discours d’Hit­­ler ? » deman­­dai-je à Trump. Trump hésita. « Qui vous a dit ça ? » « Je ne me souviens pas », répon­­dis-je. « En vérité, c’est mon ami Marty Davis de la Para­­mount qui m’a donné un exem­­plaire de Mein Kampf, et il est juif. » (« Je lui ai bien donné un livre à propos d’Hit­­ler », dit Marty Davis. « Mais c’était Discours, les discours d’Hit­­ler, pas Mein Kampf. Je pensais que ça pouvait l’in­­té­­res­­ser. Je suis bien son ami, mais je ne suis pas juif. ») Plus tard, Trump remit ce sujet sur la table. « Si j’avais ces discours, et je ne dis pas que je les ai, je ne les lirais jamais. » Ivana essayait-elle de convaincre ses amis et son avocat que Trump était un crypto-nazi ? Trump n’est pas un grand lecteur, ni un passionné d’his­­toire. Le fait qu’il possè­­dât un exem­­plaire des discours d’Hit­­ler indiquait au mieux un inté­­rêt pour le savoir d’Hit­­ler en matière de propa­­gande. Le Führer décri­­vait souvent ses défaites à Stalin­­grad et en Afrique du nord comme de grandes victoires. Trump conti­­nuait d’ac­­cor­­der plus d’im­­por­­tance qu’il n’en avait à son empire qui s’ef­­fri­­tait. « Personne n’a autant de liqui­­di­­tés que moi », dit-il au Wall Street Jour­­nal long­­temps après avoir appris qu’il en allait autre­­ment. « Je veux être le roi du cash. »

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Donald et son père

Fred Trump, comme son fils, ne put jamais résis­­ter aux exagé­­ra­­tions. Quand Donald était enfant, son père acheta une maison qui « avait 9 salles de bains et des colonnes de Tara », me raconta Fred Trump. La maison, cepen­­dant, était dans le Queens. Donald envi­­sa­­ge­­rait plus tard un monde plus vaste. C’était sa mère, Mary, qui révé­­rait le luxe. « Ma mère avait un sens de la gran­­deur », me dit-il. « Je me souviens d’elle regar­­dant le couron­­ne­­ment de la reine Eliza­­beth, tota­­le­­ment fasci­­née. Mon père ne s’in­­té­­res­­sait pas du tout à ce genre de choses. » Donald Trump se rendait souvent sur les chan­­tiers avec son père, car ils étaient incroya­­ble­­ment proches, c’était presque des esprits jumeaux. Sur les photos de famille, Fred et Donald se tiennent ensemble, souvent bras-dessus bras-dessous, alors que les sœurs de Donald et son plus jeune frère, Robert, sont dans le flou. Ivana dit à des amis que Donald avait même persuadé son père de le nommer respon­­sable des fonds d’in­­ves­­tis­­se­­ment de ses trois frères et sœurs. Parmi les cinq enfants, Donald était le deuxième fils. Enfant, il était si turbu­lent que ses parents l’en­­voyèrent dans un inter­­­nat mili­­taire. « C’était comme ça que ça marchait dans la famille Trump », m’ex­­pliqua un ami de longue date. « Ce n’était pas une atmo­­sphère aimante. » Donald était gras­­souillet à l’époque, mais l’école mili­­taire le fit maigrir. Il devint fort, et se rappro­­cha encore d’avan­­tage de son père. « Je devais sans cesse me défendre », me dit-il à une occa­­sion. « Les types comme mon père sont durs. Il faut rendre coup pour coup. Sinon, ils ne vous respectent pas ! » Les membres de la famille disent que le premier né, Fred junior, se sentait souvent exclu de la rela­­tion entre Donald et son père. Jeune homme, il annonça son inten­­tion de deve­­nir pilote d’avion.

Plus tard, d’après un ami d’Ivana, Donald et son père rabais­­sèrent souvent Fred junior pour son choix de carrière. « Donald disait : “Quelle est la diffé­­rence entre ce que tu fais et conduire un bus ? Pourquoi n’es-tu pas dans le busi­­ness fami­­lial de l’im­­mo­­bi­­lier ?” » Fred junior devint alcoo­­lique et mourut à l’âge de 43 ans. Ivana a toujours dit à ses amis proches que la pres­­sion que lui avaient fait subir son père et son frère avait préci­­pité sa mort. « Peut-être incons­­ciem­­ment, on lui a mis la pres­­sion », m’avouait Trump. « On se disait que l’im­­mo­­bi­­lier était facile pour nous et que ça l’au­­rait été pour lui aussi. J’avais du succès, et ça faisait pres­­sion sur Fred aussi. Qu’est-ce qu’on fait, là ? La psycha­­na­­lyse de Donald ? » La rela­­tion de Donald et Robert avait aussi eu ses moments sombres. Robert, qui lui avait pris part au busi­­ness fami­­lial, avait toujours été « le gentil », dans l’ombre de son frère. Vinrent s’ajou­­ter des fric­­tions entre la femme de Robert, Blaine, et Ivana. Blaine ne ména­­geait pas sa peine pour les bonnes œuvres de New York et Robert et Blaine étaient extrê­­me­­ment popu­­laires – on les surnom­­mait « les bons Trump ». « Robert et moi avons le senti­­ment que si nous disons quoi que ce soit au sujet de la famille, nous deve­­nons des person­­nages publiques », me dit Blaine. L’hos­­ti­­lité répri­­mée du frère explosa après l’ou­­ver­­ture du Taj Mahal. « Robert dit à Donald qu’il s’en irait s’il ne lui donnait pas son auto­­no­­mie », confia Ivana à un ami. « Donc Donald le laissa seul et il y eut un problème avec les machines à sous qui coûta à Donald entre 3 et 10 millions de dollars les trois premiers jours. Quand Donald explosa, Robert fit ses cartons et s’en alla. Lui et Blaine allèrent passer Pâques dans sa famille à elle. »

À New York, Trump devint bien­­tôt célèbre pour son goût de la confron­­ta­­tion.

Tout comme son père avait eut Bunny Linden­­baum comme guide, Donald Trump avait Roy Cohn, le Picasso du rafis­­to­­lage de l’in­­té­­rieur. « Cohn apprit à Donald quelle four­­chette utili­­ser », me dit un ami. « Je vien­­drai avec mon avocat Roy Cohn », disait souvent Trump aux respon­­sables de la ville en 1980, avant qu’il ne sache se débrouiller seul. « Donald m’ap­­pelle entre 15 et 20 fois par jour », me dit une fois Cohn. « Il prête une atten­­tion folle aux détails. Il demande toujours : “Qu’en est-il de ceci ? Qu’en est-il de cela ?” » Dans le cadre d’un dossier de Trump d’abat­­te­­ment fiscal, d’après le biographe de Cohn, Nicho­­las von Hoff­­man, le juge se vit remettre un morceau de papier qui ressem­­blait à un affi­­da­­vit. Il ne compor­­tait qu’une seule phrase : « Pas de délais supplé­­men­­taire ou d’ajour­­ne­­ment. Stan­­ley M. Fried­­man. » À l’époque, Fried­­man était devenu chef du comté du Bronx. Il n’était pas néces­­saire de payer pour des faveurs de ce genre. C’était un clas­­sique ; le pouvoir de sugges­­tion de faveurs futures suffi­­sait. Fried­­man avait aussi été d’une aide cruciale pour les plans de Trump de l’hô­­tel Commo­­dore. « Dans les derniers jours de l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion Beame », d’après Wayne Barrett, « Fried­­man préci­­pita un abat­­te­­ment d’im­­pôts de 160 millions de dollars sur 40 ans… et fit les docu­­ments pour ce canard boiteux de Beame. » Fried­­man avait déjà accepté de rejoindre la firme d’avo­­cats de Cohn, qui repré­­sen­­tait Trump. « Trump a perdu tout compas moral lorsqu’il a fait alliance avec Roy Cohn », fit un jour remarquer Liz Smith.

À New York, Trump devint bien­­tôt célèbre pour son goût de la confron­­ta­­tion. Il devint aussi le plus gros contri­­bu­­teur d’Hugh Carey, le gouver­­neur de New York, avec le frère de ce dernier. Trump et son père donnèrent 135 000 dollars. Il bougeait vite à présent ; il s’était installé dans un bureau et un appar­­te­­ment de la 5e Avenue et avait embau­­ché Louise Sunshine, la chef des levées de fonds de Carey, en tant que « direc­­trice des projets spéciaux ». « Je connais­­sais Donald mieux que quiconque », me dit-elle. « Nous sommes une équipe, Sunshine et Trump, et quand les gens nous pous­­saient, nous pous­­sions plus fort. » Sunshine avait levé des millions de dollars pour Carey, et elle avait l’un des meilleurs carnets d’adresse de la ville. Elle fit rencon­­trer à Donald tous les acteurs du pouvoir de la ville et de l’état et travailla à la vente des appar­­te­­ments de la Trump Tower. La taxa­­tion de l’im­­mo­­bi­­lier est immen­­sé­­ment compliquée. Souvent, les comptes des profits et des pertes ne vont pas de paire avec la dispo­­ni­­bi­­lité des liqui­­di­­tés. Parfois, un promo­­teur peut avoir énor­­mé­­ment de liqui­­di­­tés et pour­­tant ne pas décla­­rer de reve­­nus impo­­sables ; les lois de l’im­­po­­si­­tion permettent aussi aux promo­­teurs d’avoir moins de liqui­­dité mais de plus grosses sommes d’im­­pôts à payer. Cela dépend du promo­­teur. Quand Donald Trump posa les bases d’un nouvel immeuble d’ap­­par­­te­­ments sur la 61e Rue et le 3e Avenue, Louise Sunshine se vit offrir 5 % des parts du nouveau Trump Plaza, comme il fut nommé. Il y avait des fric­­tions entre Sunshine et son patron. Consé­quence de la comp­­ta­­bi­­lité de Trump sur le Trump Plaza, Louise Sunshine, d’après un ami proche, aurait eut à payer un million de dollars d’im­­pôts. « Pourquoi struc­­tures-tu le Trump Plaza de cette façon ? » aurait-elle demandé à Donald. « Où est-ce que je vais trou­­ver un million ? » « Tu n’as qu’à me vendre tes 5 % du Trump Plaza et tu les auras », dit Trump. Sunshine était telle­­ment médu­­sée qu’elle alla quêter l’aide de son ami milliar­­daire Leonard Stern. « J’ai tout de suite fait un chèque de un million de dollars afin que ma bonne amie ne se retrouve pas déplu­­mée par Donald », me dit Stern. « J’ai dit à Louise : “Dis à Trump qu’à moins qu’il ne te traite correc­­te­­ment tu vas le pour­­suivre en justice ! Et qu’en consé­quence, sa façon de trai­­ter les gens sera portée à l’at­­ten­­tion du public mais aussi de la Commis­­sion de Contrôle des Casi­­nos.” » Louise Sunshine embau­­cha Arthur Liman, qui allait bien­­tôt repré­­sen­­ter le finan­­cier Michael Milken, pour s’oc­­cu­­per de son cas. Liman parvint à un accord : Trump paya à Louise 2,7 millions de dollars pour ses parts du Trump Plaza. Sunshine remboursa Leonard Stern. Pendant plusieurs années, Trump et Sunshine restèrent en froid. Mais dans le plus pur style new-yorkais, ils rede­­vinrent amis dix ans plus tard. « Donald n’au­­rait jamais dû utili­­ser son argent comme instru­­ment de pouvoir sur moi », me dit Sunshine, ajou­­tant : « Je l’ai pardonné. » ulyces-trumpivana-09 Comme Michael Milken, Trump commença à croire que ses talents déme­­su­­rés pouvaient s’ap­­pliquer à n’im­­porte quel busi­­ness. Il commença à étendre l’em­­pire fami­­lial de l’im­­mo­­bi­­lier aux casi­­nos, aux compa­­gnies aériennes et aux hôtels. Avec Citi­­corp comme outil, il acheta la Plaza et Eastern Shut­tle. Il les géra éton­­ne­­ment bien, mais les avait payés trop cher. Il avait toujours béné­­fi­­cié de la coopé­­ra­­tion des plus grandes banques, qui plus tard allaient paniquer. « Vous ne pouvez pas imagi­­ner les sommes d’argent que les banques nous jetaient », me raconta un ancien avocat asso­­cié de Trump. « Pour chaque contrat que nous signions, nous avions six ou huit banques prêtes à nous donner des centaines de millions de dollars. Il nous fallait trier les finan­­ce­­ments, les banques se préci­­pi­­taient pour signer sur tout ce que Donald conce­­vait. » « Il acheta de plus en plus de proprié­­tés et s’éten­­dit tant qu’il assura sa propre destruc­­tion. Dépen­­ser de l’argent était une drogue. Et sa drogue devint son talon d’Achille », me dit un impor­­tant promo­­teur. Les négo­­cia­­tions de Trump, d’après un avocat qui travailla sur l’ac­qui­­si­­tion du casino d’At­­lan­­tic City, Resorts inter­­­na­­tio­­nal, étaient toujours éton­­ne­­ment désa­­gréables. Après le succès de The Art of the Deal, les avocats de Trump commen­­cèrent à parler de « l’ego de Donald » comme s’il s’agis­­sait d’une entité à part entière. « L’ego de Donald ne nous permet­­tra jamais d’ac­­cep­­ter ce point », répéta encore et encore un des avocats pendant la négo­­cia­­tion. « La clé avec Donald, comme avec toutes les fortes têtes, c’est de lui dire d’al­­ler se faire foutre », me dit l’avo­­cat. Quand Morti­­mer Zucker­­man, le PDG de Boston Proper­­ties, soumit un plan qui fut choisi pour le site du Coli­­sée de la 59e Rue, Trump fit une crise d’apo­­plexie. « Il appela tout le monde pour sabo­­ter le contrat. Bien sûr, Mort était asso­­cié avec les frères Salo­­mon donc Trump n’ob­­tint aucun résul­­tat », se souvint une personne proche de Zucker­­man.

Marla

Une image d’Ivana et Donald Trump me reste en mémoire. C’était l’hi­­ver 1987. Ils étaient à la pati­­noire Woll­­man. Donald venait de la termi­­ner pour la ville. Il s’était large­­ment répandu dans les jour­­naux sur les idiots que le maire Koch et la ville avaient été, perdant des années et de l’argent pour n’ar­­ri­­ver à rien sur cette histoire de pati­­noire. Trump avait pris le boulot et l’avait bien fait. S’il s’ac­­corda plus de crédit qu’il n’en méri­­tait, personne ne lui en tint rigueur ; la pati­­noire était enfin ouverte et remplie de pati­­neurs heureux. Ivana portait un saisis­­sant manteau en lynx qui mettait en avant ses cheveux blonds. Ils se tenaient par le bras. Ils avaient l’air si jeunes et si riches, goûtant plei­­ne­­ment leur succès. Une foule polie s’était rassem­­blée pour les féli­­ci­­ter du triomphe de la pati­­noire. Les gens près de Donald semblaient inspi­­rés par sa présence, comme s’il s’agis­­sait d’un héros. Son bonheur semblait être le reflet de l’adu­­la­­tion de la foule. Près de moi un homme s’écria : « Pourquoi ne négo­­ciez-vous pas les accords SALT pour Reagan, Donald ? » Ivana rayon­­nait. La neige commença à tomber très légè­­re­­ment et depuis la pati­­noire réson­­nait la valse des pati­­neurs.

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Peu avant le divorce

Quelques mois avant la sépa­­ra­­tion des Trump, Donald et Ivana étaient atten­­dus à un dîner donné en leur honneur. Les Trump étaient en retard et ce dîner n’était pas à prendre à la légère. Le nom de famille des hôtes était lié à l’his­­toire même de New York, mais comme s’ils avaient reconnu l’ar­­ri­­vée d’une nouvelle force dans la ville, ils hono­­raient Donald et Ivana Trump. Trump entra dans la pièce en premier. « Il fallait que j’en­­re­­gistre l’émis­­sion de Larry King », dit-il. « Je passe dans l’émis­­sion ce soir. » Il semblait ne connaître aucun répit. Trump ne prêtait pas atten­­tion à sa compagne blonde et personne dans la salle ne la recon­­nut avant qu’I­­vana ne commençât à parler. « Mon Dieu ! Qu’est-ce qu’elle s’est fait ? » demanda un invité. Les joues slaves d’Ivana avaient disparu ; ses lèvres étaient gonflées à bloc. Sa poitrine avait été re-sculp­­tée et son décol­­leté consi­­dé­­ra­­ble­­ment augmenté. Les invi­­tés étaient si désta­­bi­­li­­sés par son appa­­rence que sa présence créa une atmo­­sphère bizarre. Pendant tout le dîner, Donald s’agita. Il regar­­dait sa montre. Il répéta plusieurs fois qu’il passait en ce moment-même dans l’émis­­sion de Larry King, comme s’il s’at­­ten­­dait à ce que les invi­­tés se lèvent. Il avait été belliqueux à l’en­­contre de King ce soir-là, et il voulait que l’as­­sem­­blée le voie, peut-être pour confir­­mer son pouvoir. « Ça vous ennuie si je m’as­­sois un peu en retrait ? Parce que vous avez vrai­­ment très mauvaise haleine, vrai­­ment », avait-il dit à Larry King sur une chaîne de télé­­vi­­sion natio­­nale. « Allez Arnold ! Pose avec moi ! Allez ! » s’écria Ivana Trump en direc­­tion du desi­­gner Arnold Scaasi par une tiède soirée du mois de juin 1990.

Ils étaient au Waldorf-Asto­­ria, à une céré­­mo­­nie de remise de récom­­pense spon­­so­­ri­­sée par la fonda­­tion Fragrance, et Ivana était l’une des présen­­ta­­trices. Le tapis était usé dans la salle Jade ; les papa­­raz­­zis étaient prêts à surgir. Les kits de dossiers de presse recou­­vraient les tables de cet événe­­ment « immanquable », de ceux qui ont souvent lieu dans la vie de la haute société new-yorkaise.  Sous la teinte bleue verte des éclai­­rages, les robes des plus grands coutu­­riers avaient l’air bon marché. J’étais surprise de la voir appa­­raître. La veille, la crise que son mari traver­­sait avec les banques avait fait la une des trois tabloïds locaux. « TRUMP S’EFFONDRE ! » s’écriait le Daily News. Un édito­­ria­­liste avait même dit que les problèmes de Trump étaient une occa­­sion de se réjouir pour la ville, et propo­­sait un jour férié. « Ivana ! Ivana ! Ivana ! » lui hurlaient les photo­­graphes. Ivana souriait à la manière d’une candi­­date aux élec­­tions prési­­den­­tielles. Elle portait une ample robe faite de satin et de perles vert menthe ; ses cheveux étaient rele­­vés en chignon. Aussi humi­­liée pour ses enfants qu’elle ait pu se sentir ce soir-là à cause de la mauvaise publi­­cité, elle avait décidé de les lais­­ser à la maison. Ivana était au Waldorf à 18 h 15, saluant les jour­­na­­listes et les papa­­raz­­zis par leurs prénoms. Elle ne pouvait pas se permettre de s’alié­­ner l’es­­ta­­bli­sh­­ment de la parfu­­me­­rie en annu­­lant dans un moment si crucial, car elle allait bien­­tôt commer­­cia­­li­­ser un parfum et elle allait avoir besoin de leur bien­­veillance. Ivana semblait déter­­mi­­née à conser­­ver son nouveau statut dans la ville des alliances, car son futur finan­­cier dépen­­dait de sa capa­­cité à sauver le nom de la marque. Elle s’ap­­prê­­tait à inté­­grer un monde diffi­­cile pour une femme seule doté d’une fortune réduite. Elle n’avait pas de Rothko à mettre au mur, ni de bijoux impres­­sion­­nants. Mais elle avait son prénom Ivana et elle se prépa­­rait à commer­­cia­­li­­ser des écharpes, des parfums et des chaus­­sures, tout comme son mari avait réussi à commer­­cia­­li­­ser le nom Trump.

À quelques mètres de nous, le repor­­ter local de CBS parlait devant la caméra dans le jour­­nal du soir. Il commen­­tait l’écrou­­le­­ment de Trump pendant qu’I­­vana discu­­tait avec Scaasi et Estée Lauder. Lauder, une grand femme d’af­­faires elle-même, avait suppo­­sé­­ment dit à Ivana quelques mois plus tôt : « Retourne avec Donald. C’est un monde froid, là dehors. » Je me souvins d’une scène d’at­­trou­­pe­­ment dans Le Jour du fléau, de Natha­­nael West. Ivana auto­­risa même le jour­­na­­liste de CBS à lui tendre un micro. « Donald et moi sommes parte­­naires dans le mariage et dans les affaires. Je serai à ses côtés pour le pire et le meilleur », dit-elle aux jour­­na­­listes avec un aplomb bizarre. Ivana était deve­­nue, comme Donald, un agent double, capable de proje­­ter une image d’in­­no­­cence et de grande confiance. Elle s’était presque trans­­for­­mée en Donald Trump. « Pour vous dire la vérité, j’ai fait d’Ivana une femme très popu­­laire. J’ai créé beau­­coup de satel­­lites. Hey, que ce soit Marla ou Ivana. Marla peut faire tous les films qu’elle veut main­­te­­nant. Ivana peut faire tout ce qu’elle veut », me dit Donald Trump au télé­­phone à l’époque.

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Atlan­­tic City

« New York est un endroit très dur », m’avait dit Ivana Trump des années avant cela. « Je suis dure moi aussi. Quand on me donne un coup sur le nez, je réagis en frap­­pant encore plus dure­­ment. » Nous marchions parmi les gravas de l’hô­­tel Commo­­dore, qui allait bien­­tôt rouvrir sous le nom de Grand Hyatt. Ivana s’était vue confier la tâche de super­­­vi­­ser toute la déco­­ra­­tion ; elle était tota­­le­­ment inves­­tie malgré la tenue qu’elle avait choi­­sie pour chemi­­ner dans la pous­­sière ambiante : un jogging Thierry Mugler en laine blanche et des chaus­­sures Dior pâles. « Je vous ai déjà dit de ne jamais lais­­ser un balais comme ça dans la salle ! » cria-t-elle à un ouvrier. Hurler sur ses employés était devenu une marque de fabrique, peut-être sa façon de sentir son propre pouvoir. Plus tard, à Atlan­­tic City, elle devien­­drait célèbre pour son obses­­sion de la propreté. Le concept de « syndrome de Stock­­holm » est à présent utilisé par l’avo­­cat d’Ivana pour décrire sa rela­­tion avec Donald. « Elle avait la menta­­lité d’une captive », me dit Kennedy. « Au bout d’un moment, elle ne pouvait plus combattre son bour­­reau, et elle a commencé à s’iden­­ti­­fier à lui. Ivana est sourde, bête et aveugle quand il en va de Donald. » Si Donald travaillait 18 heures par jour, Ivana faisait de même. Les Trump embau­­chèrent deux nour­­rices et un garde du corps pour leurs enfants. Elle s’en alla gérer le casino Trump Castle à Atlan­­tic City, passant souvent deux à trois nuits par semaine là-bas à super­­­vi­­ser les équipes. Déter­­mi­­née à appor­­ter du glamour au Trump Castle, elle devint célèbre pour son atten­­tion aux appa­­rences, allant jusqu’à sortir de la salle de jeux une serveuse enceinte qui tentait déses­­pé­­ré­­ment d’ob­­te­­nir de gros pour­­boires. La femme fut placée dans un lounge à bonne distance et on lui donna un habit de clown pour masquer son état.

À New York, Ivana ne résista pas au goût du gran­­diose de son mari. Peu après que la Trump Tower fut ache­­vée, le couple prit posses­­sion de son triplex. Les avocats d’Ivana parlaient souvent de son amour des arts domes­­tiques et décri­­vaient ses confi­­tures maisons. Pour­­tant, la cuisine de son appar­­te­­ment, qu’elle avait elle-même dessi­­née, était minus­­cule, pas plus grande qu’une kitche­­nette, avec un sol en lino­­léum doré. « Il y a une cuisine dans l’aile des enfants et c’est là que les nour­­rices cuisinent », me dit une amie de la famille. Le salon des Trump avait un sol en onyx beige avec des empla­­ce­­ments décou­­pés pour mettre les tapis. Il y avait une cascade coulant le long d’un mur en marbre, une fontaine italienne et les fameuses fresques murales. Leur chambre dispo­­sait d’un mur de verre renfer­­mant des fleurs de soie mais avec le temps, Ivana se lassa du décor. Elle fit appel à un déco­­ra­­teur de renom. « Que puis-je faire de cet inté­­rieur ? » lui aurait-elle demandé. « Abso­­lu­­ment rien », dit-il. Soir de Noël 1987. Ivana venait de rece­­voir une nouvelle pile de docu­­ments légaux qui faisait la taille d’un bottin télé­­pho­­nique. « Qu’est-ce que c’est ? » aurait-elle demandé à Donald. « C’est notre nouveau contrat de mariage. Tu obtiens dix millions de dollars. Signe-le. » « Mais je ne peux pas lire ça main­­te­­nant, c’est Noël ! » répon­­dit Ivana. Selon Kennedy, Donald fit pres­­sion sur elle. Trump semblait avide de la voir signer les papiers, peut-être parce qu’un photo­­graphe d’At­­lan­­tic City le faisait chan­­ter en le menaçant de publier des photos de lui et Marla Maples. Même si Ivana gérait le Trump Castle de façon très effi­­cace, elle semblait terri­­fiée par son mari. Elle signa les papiers qui lui attri­­buaient dix millions de dollars et la demeure de Green­­wich, dans le Connec­­ti­­cut.

Plus tard, Trump dit à des jour­­na­­listes : « Ivana a eu 25 millions de dollars. » Les tactiques qu’il utili­­sait dans les affaires étaient à présent utili­­sées à la maison. « Donald commença à appe­­ler et crier sur Ivana constam­­ment : “Tu ne sais pas ce que tu fais !” » me rapporta l’un des plus proches assis­­tants d’Ivana. « Quand Ivana raccro­­chait le télé­­phone, je lui disais : “Comment peux-tu tenir le coup ?” et Ivana répon­­dait : “Parce que Donald a raison.” » Il commença à la déni­­grer : « Cette robe est horrible. » « Ton décol­­leté est trop profond. » « Tu ne passes pas assez de temps avec les enfants. » « Qui voudrait toucher à ces seins en plas­­tique ? » Ivana dit à ses amis que Donald ne voulait plus coucher avec elle. Elle se sentait respon­­sable. « Je pense que c’était l’objec­­tif de Donald de se débar­­ras­­ser d’Ivana en l’en­­voyant à Atlan­­tic City », me confia une de ses assis­­tantes. « Pendant ce temps, Marla Maples était dans une suite au Trump Regency. Atlan­­tic City était censé être son terrain de jeu. »

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Trump et Marla Maples

Ivana avait déjà mis son mari en garde contre Atlan­­tic City. « Pourquoi se déve­­lop­­per dans un lieu où il n’y a pas d’aé­­ro­­port ? » Trump, cepen­­dant, était déter­­miné à y inves­­tir, même si ses asso­­ciés de Las Vegas lui avaient dit que le marché du jeu dans le Nevada avait un facteur de profit qui pour­­rait lui rappor­­ter 200 millions par an. Mais à ce moment-là, Marla Maples était à Atlan­­tic City, non loin de New York. Trump était devenu, d’après un de ses amis, « si foca­­lisé sur Marla qu’il ne prêtait plus atten­­tion à ses affaires ». Bien qu’I­­vana se fût instal­­lée à Atlan­­tic City pour faire plai­­sir à Donald, sa présence désor­­mais, alors que Marla était entrée en scène, était un obstacle pour lui. L’ac­qui­­si­­tion de l’hô­­tel Plaza lui permit de lancer un ulti­­ma­­tum : « Soit tu agis comme mon épouse, tu rentres à New York et tu t’oc­­cupes de nos enfants, soit tu gères le casino à Atlan­­tic City et nous divorçons. » « Que vais-je faire ? » demanda-t-elle à l’une de ses assis­­tantes. « Si je ne fais pas ce qu’il dit, je vais le perdre. » Trump convoqua même une confé­­rence de presse pour annon­­cer le nouveau poste d’Ivana comme prési­­dente de l’hô­­tel Plaza : « Ma femme, Ivana, est un mana­­ger brillant. Je la paie­­rai un dollar par an et toutes les robes qu’elle voudra ! » Ivana appela ses amis en pleurs. « Comment Donald peut-il m’hu­­mi­­lier de la sorte ? » « Je pense que Marla est très diffé­­rente de l’image qu’elle renvoie », me dit Donald Trump en juillet 1990. « Son image est celle d’une très belle blonde plan­­tu­­reuse. » Une Donna Rice ? « Elle est très diffé­­rente de ça. Elle est intel­­li­­gente, très gentille et n’a aucune ambi­­tion. Elle aurait pu gagner une fortune ces six derniers mois si elle l’avait voulu ! » « Comment avez-vous pu auto­­ri­­ser Marla à être la fille de la pub des jeans No Excuses ? » deman­­dai-je à Trump. « Je me suis dit qu’elle pouvait gagner 600 000 dollars en une seule jour­­née de travail. Au sujet de cette mauvaise pub, je me suis dit que ces 600 000 dollars pouvaient la faire vivre jusqu’à la fin de ses jours », me dit Trump.

À la une

En février 1990, Trump décolla pour le Japon en disant aux jour­­na­­listes qu’il allait assis­­ter à un match de Mike Tyson. Sa véri­­table moti­­va­­tion était de rencon­­trer des banquiers pour essayer de vendre le Plaza, car l’au­­dit de novembre d’Ar­­thur Ander­­sen avait été catas­­tro­­phique. Lors de son vol retour, il reçut un appel par radio dans l’avion. Liz Smith avait sorti un scoop sur la sépa­­ra­­tion des Trump. Toute l’his­­toire sordide de Marla Maples et d’Ivana se battant sur les slaloms d’As­­pen était étalée dans les jour­­naux. Ivana avait fait à Donald ce qu’il avait lui-même fait à Jay Pritz­­ker au Népal plusieurs années aupa­­ra­­vant. Depuis l’avion, Donald appela Liz Smith. « Féli­­ci­­ta­­tions pour votre article », lui dit-il avec sarcasme. « C’est fini avec Ivana. Elle est deve­­nue comme Leona Helm­s­ley. » « Honte à vous ! » répon­­dit Smith. « Comment osez-vous parler de la mère de vos enfants en ces termes ? » « Vous n’avez qu’à écrire que c’est quelqu’un du bureau d’Ho­­ward Ruben­­stein qui l’a dit », dit Trump à Smith, faisant allu­­sion aux bons contacts de son atta­­ché de presse. (« Je n’ai jamais dit ça », me disait Trump. « Si, il l’a dit », soute­­nait Smith.) Les banquiers japo­­nais avec qui Trump avait négo­­cié une tenta­­tive de vente se reti­­rèrent soudai­­ne­­ment. « Les Japo­­nais méprisent le scan­­dale », me dit un de leurs asso­­ciés. Plusieurs semaines plus tard, Donald appela Ivana. « Pourquoi ne pas marcher ensemble le long de la 5e Avenue pour les photo­­graphes et prétendre que tout ce scan­­dale était un coup publi­­ci­­taire ? On pour­­rait dire qu’on voulait voir qui allait prendre partie pour toi et qui allait se ranger à mes côtés. » À mesure que la presse deve­­nait plus sympa­­thique envers Ivana, Donald hurlait à ses avocats : « C’est n’im­­porte quoi ! » Ivana commença à opérer des récon­­ci­­lia­­tions dans toute la ville. « Nous pouvons être amis main­­te­­nant Leonard, n’est-ce pas ? » dit-elle dans une soirée à Leonard Stern, d’après un de ses amis. « Ton problème était avec Donald, pas avec moi. Je t’ai toujours bien aimé. »

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Un des nombreux bâti­­ments de la Trump Orga­­ni­­za­­tion

Les avocats de Trump essayèrent de toutes leurs forces de suivre ce que faisait Ivana. « Donald a vu une facture remise par Ivana cette semaine et qui fait état de 7 000 dollars de draps Pratesi pour leur fille, Ivan­­cka », dit un des avocats. « Il a appelé, furieux. “Pourquoi une gamine de 7 ans aurait besoin de 7 000 dollars de draps ?” Elle a payé une chemise 350 dollars à Monte­­na­­po­­leone. C’était pour qui, son nouveau meilleur ami Jerry Zipkin ? » L’avo­­cat décri­­vit la facture d’Ivana chez Caro­­lina Herrera : « Nous rece­­vons une facture de 25 000 dollars. Ivana a photo­­co­­pié l’ori­­gi­­nal et à la place d’une robe à 25 000 dollars, elle écrit à la main : “6 articles pour 25 000 dollars.” » (Un porte-parole d’Ivana assu­­rait que c’était tota­­le­­ment faux.) Le scan­­dale avait de sérieuses réper­­cus­­sions sur les enfants Trump. Donny Jr était ridi­­cu­­lisé à l’école Buck­­ley. Ivan­­cka avait éclaté en pleurs à Chapin. Quand Donald et Marla Maples assis­­tèrent au concert d’El­­ton John, Donny Jr se mit à pleu­­rer car son père avait promis aux enfants de lais­­ser tomber Marla. « Les enfants sont détruits », dit Ivana à Liz Smith. « Je ne sais pas comment Donald peut dire qu’ils vont bien. Ivan­­cka est rentrée de l’école en pleu­­rant : “Maman, est-ce que ça veut dire que je ne vais plus être Ivan­­cka Trump ?” Le petit Eric m’a demandé : “Est-ce que c’est vrai que tu t’en vas et que tu ne vas pas reve­­nir ?” » Aussi cava­­lière qu’é­­tait l’at­­ti­­tude d’Ivana en public, elle pleu­­rait souvent en privé. Un temps la complice des conspi­­ra­­tions de son mari, elle dit à des amis qu’elle se sentait à présent comme ses victimes.

Le samedi du 44e anni­­ver­­saire de Donald Trump, je tentai de me prome­­ner dans les jardins de West Side, au dessus du centre Lincoln, à Manhat­­tan. Les rails étaient rouillés, la terre avait repris ses droits. La propriété s’éten­­dait, pâté de maison après pâté de maison. Il faisait frais le long de l’Hud­­son ce matin-là, et une brise plai­­sante souf­­flait sur l’eau. Le seul signe de la présence de Trump était une haute barrière surmon­­tée de boucles élabo­­rées de fils barbe­­lés desti­­née à empê­­cher les sans-abris du coin de passer. C’était sur ce terrain, sur les hauteurs de sa méga­­lo­­ma­­nie, que Trump avait dit vouloir ériger « le plus haut immeuble du monde », un plan endi­­gué avec succès par les acti­­vistes du quar­­tier qui refu­­saient de voir des parties de West Side obscur­­cies par l’ombre d’une telle construc­­tion. « Ils n’ont aucun pouvoir », avait dit Trump à l’époque, effaré que quiconque pût résis­­ter à ses projets gran­­dioses. Ivana s’en alla à Londres afin de parti­­ci­­per à un événe­­ment public de plus pour promou­­voir le Plaza. Sauf que cette fois, on raconta que c’étaient ses amis le baron et la baronne Ricky di Porta­­nova qui payèrent la note. Ivana avait fait orches­­trer sa campagne média­­tique new-yorkaise par John Scan­­lon, qui avait été à la tête des rela­­tions publiques de CBS pendant le dossier de diffa­­ma­­tion de West­­mo­­re­­land. À Londres, elle était choyée par Elea­­nor Lambert, la doyenne des publi­­cistes de mode. Une rumeur courut dans Londres selon laquelle elle ne pouvait pas se payer l’hô­­tel et avait démé­­nagé chez une amie à Eaton Square. Elle marchait sur les pas d’Un­­dine Spragg, qui avait si bien calculé son ascen­­sion dans Les Beaux mariages d’Edith Whar­­ton. Sir Humphry Wake­­field rassem­­bla une liste d’in­­vi­­tés anoblis pour un dîner, mais il y avait des fric­­tions entre lui et Ivana. Quand les invi­­tés, dont la duchesse de Northum­­ber­­land, arri­­vèrent, beau­­coup d’entre eux furent désa­­gréa­­ble­­ment surpris d’avoir été attiré à un dîner qui était en fait donné en l’hon­­neur d’Ivana Trump. « Humphry paiera pour ça », aurait dit un invité.

Ce samedi-là, New York semblait étran­­ge­­ment vide sans les Trump. Donald était parti fêter son anni­­ver­­saire à Atlan­­tic City. Des centaines d’em­­ployés du casino avaient reçu l’ins­­truc­­tion de se tenir le long de l’al­­lée prin­­ci­­pale pour l’ac­­cueillir, car on manquait de soutiens venus de Manhat­­tan. La veille, il avait manqué à rembour­­ser 73 millions de dollars dus à des créan­­ciers et des banquiers. Des clowns et des bouf­­fons emprun­­tés au théâtre de Trump, le Xanadu, furent payés pour diver­­tir les employés et les jour­­na­­listes qui patien­­taient en atten­­dant sous les mina­­rets et les éléphants de Trump, qui allaient bien­­tôt être saisis. Trump arriva très tard, entouré de ses gardes du corps. Son visage était grave, sa bouche pincée. Dans un céré­­mo­­nial compliqué, les cadres diri­­geants de Trump soule­­vèrent le rideau qui révéla son cadeau d’an­­ni­­ver­­saire, un immense portrait de Donald Trump, le même que sur le tableau photo­­gra­­phié par les japo­­nais dans le hall de la tour de Manhat­­tan. La taille du portrait était bizarre sur le trot­­toir d’At­­lan­­tic City : trois mètres de Donald, penché en avant, appuyé sur son coude, le visage figé dans un rictus défiant et fami­­lier.

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Plaza Hotel, 15 avril 1990

En quelques jours, les banquiers acce­­ptèrent de donner à Trump 65 millions de dollars pour payer ses factures. Une grosse partie de son empire devrait proba­­ble­­ment être déman­­telé, mais il en garde­­rait le contrôle. Il lui serait doré­­na­­vant alloué 450 000 dollars par mois sur le plan person­­nel. « Je peux vivre avec ça », dit Trump. « Aussi absurde que cela puisse paraître, il était plus malin de faire les choses de cette façon plutôt que de lais­­ser un juge prési­­der une brade­­rie dans un tribu­­nal des faillites », me dit un banquier. Trump pavoi­­sait au sujet du plan de sauve­­tage. « C’est une grande victoire. C’est un super accord pour tout le monde », dit-il. Pas exac­­te­­ment. On racon­­tait que les banquiers de Trump étaient si mécon­­tents de son bilan comp­­table – il y avait appa­­rem­­ment un trou d’un milliard de dollars – qu’ils lui deman­­dèrent de s’en­­ga­­ger sur son futur héri­­tage pour garan­­tir les nouveaux prêts. Le père de Trump, qui l’avait créé en l’ai­­dant à signer ses premiers contrats, semblait main­­te­­nant venir à nouveau à son secours. « N’im­­porte quoi », me dit Trump. « Les banques m’ont donné cinq ans. Les banques ne m’au­­raient jamais demandé mon futur héri­­tage et je ne l’au­­rais jamais donné. »

Peu après, Trump annonça que le grand maga­­sin français Gale­­ries Lafayette allait ache­­ter le vaste espace que Bonwit Teller avait laissé vacant dans la Trump Tower. « Ce n’est en aucun cas un grand retour », me dit Trump. « Parce que je ne suis jamais parti nulle part. » Je cher­­chais toujours à saisir Donald Trump. Un jeudi pluvieux de juillet 1990, je me rendis à la cour fédé­­rale, où il devait témoi­­gner dans un dossier civil dans lequel il était défen­­dant. Lui et son entre­­pre­­neur étaient accu­­sés d’avoir embau­­ché des immi­­grés clan­­des­­tins polo­­nais pour effec­­tuer le travail de démo­­li­­tion sur le site de la Trump Tower. « La brigade polo­­naise », comme on les appe­­lait, avait été incroya­­ble­­ment exploi­­tée, gagnant 4 dollars de l’heure pour un travail habi­­tuel­­le­­ment payé cinq fois plus. La dernière fois que j’étais allée dans ce quar­­tier, c’était pour entendre le verdict du procès de John Gotti. Je connais­­sais bien le coin. Le garde à l’en­­trée me salua par mon prénom. Je traî­­nais souvent dans et autour des salles d’au­­dience pour obser­­ver les visages célèbre de la décen­­nie passée. Je repen­­sai à Bess Myer­­son, Michael Milken, Ivan Boesky, Leona Helm­s­ley, Imelda Marcos et Adnan Khashoggi, détruits et traî­­nés à terre dans le kaléi­­do­­scope fou des années 1980. Chacun d’entre eux avait, à un moment de sa vie, pensé être comme Donald Trump, une figure de gran­­deur, doté de super pouvoirs. Devant le tribu­­nal, la police avait monté des barri­­cades. Tant de célé­­bri­­tés avaient passé ces portes que les grands panneaux jaunes étaient lais­­sés là de façon routi­­nière, sur les marches du massif palais de justice.

« On a créé ce type ! On a cru à ses conne­­ries ! » — Des jour­­na­­listes en colère

Je repen­­sai aux dix années qui s’étaient écou­­lées depuis que j’avais rencon­­tré Donald Trump pour la première fois. Il était aujourd’­­hui à la mode de dire de lui qu’il avait été le symbole de la gros­­siè­­reté des années 1980. Mais Trump était devenu en 1990 bien davan­­tage qu’un homme vulgaire. Comme Michal Milken, Trump semblait penser que son argent lui donnait la liberté de faire la loi. Personne ne l’ar­­rêta. Ses exagé­­ra­­tions et ses mensonges furent rappor­­tés et les cela fit rire les gens. Ses banquiers l’ar­­ro­­sèrent d’argent. Les respon­­sables de la ville le lais­­sèrent presque déci­­der de la poli­­tique publique en érigeant son mur de béton sur l’Hud­­son River. New York, comme les banquiers de Chase et Manny Hanny, auto­­risa Trump à exis­­ter dans un univers dénué de toute réalité. « J’ai rencon­­tré deux jour­­na­­listes », me dit Trump au télé­­phone, « et ils voyaient tout à fait ce que je voulais dire. Ils m’ont complè­­te­­ment cru. Puis ils sont partis et ont écrit des choses horribles sur moi, tout comme vous allez aussi le faire j’en suis sur. »

Il y a long­­temps, Trump me comp­­tait parmi ses enne­­mis dans son monde de « posi­­tifs » et de « néga­­tifs ». Je me dis que la prochaine dizaine de personnes à qui Trump allait parler se verraient sûre­­ment conter un cata­­logue de mes trans­­gres­­sions imagi­­nées par Donald Trump. Quand j’en­­trai dans la salle d’au­­dience, Trump était parti. Son avocat, le véné­­rable et bien connecté Milton Gould, affi­­chait un large sourire car il pensait appa­­rem­­ment qu’il allait rempor­­ter le procès haut la main. Trump avait dit qu’il ne savait rien des démo­­li­­tions, que son entre­­pre­­neur avait été un « désastre ». Pour­­tant, un infor­­ma­­teur du FBI avait témoi­­gné du fait qu’il avait prévenu Trump de la présence de la brigade polo­­naise. Il l’avait prévenu qu’il n’ob­­tien­­drait peut-être pas sa licence de casino s’il ne s’en débar­­ras­­sait pas. Je déam­­bu­­lai jusqu’à la salle de presse au 5e étage pour entendre ce qui se disait sur le témoi­­gnage de Trump. Les jour­­na­­listes semblaient fati­­gués ; ils avaient déjà entendu tout ça avant. « Nom de Dieu », me cria l’un d’eux. « On a créé ce type ! On a cru à ses conne­­ries ! Ça a toujours été un hypo­­crite, et on a noirci des pages entières de nos jour­­naux à son sujet ! » Je repen­­sai à la dernière ques­­tion que Donald Trump m’avait posée la veille au télé­­phone. « Quelle est la longueur de votre article ? » « Long », avais-je répondu. Trump semblait satis­­fait. « Ça fait la une ? »


Traduit de l’an­­glais par Caro­­line Bour­­ge­­ret d’après l’ar­­ticle « After The Gold Rush », paru dans Vanity Fair. Couver­­ture : Donald et Ivana Trump.

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