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par Adam Rawnsley | 6 septembre 2016

DMZ

À l’au­tomne 1966, les choses commen­cèrent véri­ta­ble­ment à chan­ger sur la pénin­sule de Corée. Le pacte d’ar­mis­tice qui avait marqué la fin de la guerre de Corée en 1953 avait donné nais­sance à une zone démi­li­ta­ri­sée entre la Corée du Nord et du Sud, une zone tampon desti­née à assu­rer le calme entre les deux pays. Cela ne fonc­tionna pas toujours. Dans les années qui suivirent le cessez-le-feu, la Zone coréenne démi­li­ta­ri­sée (DMZ) fut le théâtre d’af­fron­te­ments occa­sion­nels rappe­lant que tech­nique­ment, les deux pays étaient encore en guerre. En 1965, les forces de la Corée du Nord tuèrent 20 soldats sud-coréens (ils en avaient tué quatre l’an­née précé­dente).

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La DMZ dans les années 1960
Crédits : Bruce Richards

Mais à comp­ter de la mi-octobre, l’at­mo­sphère le long de la zone s’as­som­brit bruta­le­ment, présa­geant une fin de décen­nie sanglante. Des combat­tants nord-coréens, dont la plupart étaient des espions cher­chant à passer au Sud via la DMZ, parvinrent à esqui­ver les patrouilles améri­caines et sud-coréennes en se faufi­lant discrè­te­ment. Les soldats nord-coréens étaient armés jusqu’aux dents et voulaient en découdre. Sur une période de cinq jours qui débuta le 13 octobre 1966, une escouade tendit cinq embus­cades aux soldats de la Répu­blique de Corée. Le président améri­cain Lyndon John­son devait visi­ter la Corée du Sud quelques semaines plus tard, mais la CIA ne pensait pas que les violences étaient liées. Un Presi­den­tial Daily Brief – un docu­ment présenté chaque matin au président des États-Unis – conte­nant un résumé d’in­for­ma­tions clas­si­fiée avançait plutôt l’hy­po­thèse que Pyon­gyang cher­chait à mettre à l’épreuve les unités que Séoul avait récem­ment déployées sur la DMZ.

Le 2 novembre, alors que le séjour de John­son en Corée du Sud appro­chait de son terme, une embus­cade tendue pas les Nord-Coréens entraîna la mort de six soldats améri­cains et d’un soldat sud-coréen. Ces inci­dents étaient les premières salves d’une campagne de guérilla qui plon­ge­rait la pénin­sule de Corée dans la violence jusqu’à la fin des années 1960. Kim Il-sung, le fonda­teur de la dynas­tie stali­nienne qui dirige la Corée du Nord depuis 1948, décida d’en­voyer des centaines de comman­dos et d’es­pions au Sud pour recru­ter des citoyens mécon­tents, perpé­trer des actes de sabo­tage, attaquer les troupes améri­caines et sud-coréennes, et bâtir l’in­fra­struc­ture secrète néces­saire pour fomen­ter une révo­lu­tion commu­niste. Les experts du rensei­gne­ment de l’époque évoquaient plusieurs raisons suscep­tibles d’ex­pliquer pourquoi Kim Il-sung s’était embarqué dans cette affaire. Parmi celles-ci, il y avait le désir de désta­bi­li­ser la dicta­ture du président sud-coréen Park Chung-hee et de mettre la pres­sion sur les forces sud-coréennes, tandis que l’ar­mée du pays combat­tait égale­ment les cama­rades de Pyon­gyang au Viet­nam.

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Kim Il-sung en 1962

Mais quelle que fut son inten­tion, ses efforts finirent par échouer. Les Nord-Coréens avaient fonda­men­ta­le­ment mal jugé le climat poli­tique dans lequel évoluaient les Sud-Coréens, dont l’op­po­si­tion farouche au commu­nisme et à la Corée du Nord se révé­lèrent être des terres stériles où tenter de semer la révolte. La Corée du Nord commença à déve­lop­per l’in­fra­struc­ture de sa campagne révo­lu­tion­naire dès le début de l’an­née 1965. Les inter­ro­ga­toires d’agents captu­rés révé­lèrent que les agences de rensei­gne­ment nord-coréennes avaient commencé à former les agents cette année-là aux tech­niques de guérilla.

En 1967, les services d’es­pion­nage de Pyon­gyang étaient capables de former 500 agents par an. Il y avait aussi des signes d’un chan­ge­ment de poli­tique. Peu de temps avant les affron­te­ments de la mi-octobre, Kim Il-sung prononça un discours devant le Parti des travailleurs de Corée dans lequel il promet­tait de se montrer plus agres­sif envers le Sud et les États-Unis. Le diri­geant tonna qu’il était temps de se révol­ter contre la Répu­blique de Corée et qu’ils y parvien­draient au moyen de « luttes violentes et non-violentes, légales et illé­gales ». Kim Il-sung appela égale­ment ses cama­rades commu­nistes du monde entier à se dres­ser contre les États-Unis, parti­cu­liè­re­ment au Viet­nam. D’après lui, une défaite de l’Amé­rique en Asie du Sud-Est mettrait fin à « l’illu­sion » de sa supé­rio­rité mili­taire.

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Un soldat améri­cain sur la DMZ en hiver

Après le mois de novembre 1966, le calme revint sur la DMZ. Les inci­dents le long de la fron­tière arri­vaient géné­ra­le­ment par cycles, ce répit n’avait donc rien de surpre­nant. Depuis 1953, le Nord envoyait ses espions dans la zone. On consta­tait que les tenta­tives d’in­fil­tra­tion nord-coréennes connais­saient un pic à l’au­tomne avant de dimi­nuer soudai­ne­ment de novembre à février. L’hi­ver présen­tait en effet des diffi­cul­tés supplé­men­taires. Outre la neige, les arbres entou­rant la fron­tière n’avaient plus de feuilles, rendant plus déli­cate pour les agents toute tenta­tive de dissi­mu­la­tion. Dès que les tempé­ra­tures remon­taient, les opéra­tions repre­naient de plus belle.

À l’été 1967, les inci­dents surve­nant le long de la zone démi­li­ta­ri­sée avaient drama­tique­ment augmenté comparé au des années précé­dentes. Les Nord-Coréens menaient davan­tage d’opé­ra­tions de recon­nais­sance lors desquelles ils repé­raient les posi­tions des forces du Comman­de­ment des Nations unies en Corée, consti­tuées de soldats améri­cains et sud-coréens opérant sous l’égide de l’ONU. La CIA rapporta qu’il y avait eu envi­ron 200 accro­chages cette année-là, contre 44 en 1966. Et cette campagne de harcè­le­ment ne se limi­tait pas aux êtres humains. Cet été-là, le maga­zine Time révéla que l’Ar­mée popu­laire de Corée, ayant appris que l’Ar­mée de la Répu­blique de Corée utili­sait des chiens mâles pour détec­ter les intrus à la fron­tière, commença à patrouiller de son côté avec des chiennes en chaleur, dans une tenta­tive comique de distraire les troupes canines sud-coréennes. Au-delà de la zone démi­li­ta­ri­sée, le rensei­gne­ment nord-coréen augmenta sensi­ble­ment le nombre d’agents qu’il envoyait en Corée du Sud. Une soixan­taine d’agents nord-coréens armés divi­sés en neuf équipes se trou­vaient à présent dans le pays, avec à leur trousse approxi­ma­ti­ve­ment 10 000 agents de sécu­rité sud-coréens qui tentaient de les débusquer. Les agents restaient au Sud plus long­temps qu’ils en avaient l’ha­bi­tude et « faisaient un plus grand usage de la radio et de moyens de commu­ni­ca­tion clan­des­tins », d’après le dépar­te­ment d’État améri­cain.

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La ligne noire du bas repré­sente la DMZ
Les points noirs repré­sentent les bases côtières secrètes
Crédits : CIA

Ils étaient égale­ment char­gés d’une nouvelle mission. La CIA aver­tit que les espions « tentaient d’ac­com­plir des opéra­tions de sabo­tage pour la première fois depuis l’ar­mis­tice ». Au prin­temps, le Nord commença égale­ment à accroître son recours aux débarque­ments mari­times clan­des­tins pour faire passer en douce des agents dans le pays. Les Nord-Coréens déve­lop­pèrent leur infra­struc­ture mari­time pour aider à mener à bien ces débarque­ments secrets dès 1965.

En 1970, des photos de recon­nais­sance et des inter­ro­ga­toires de déser­teurs indiquaient que Pyon­gyang avait augmenté le nombre de ses bases d’in­fil­tra­tion le long des côtes nord-coréennes de six à 20. Dissé­mi­nées le long de ses côtes est et ouest, elles ressem­blaient vues de l’ex­té­rieur à des villages de pêcheurs. En réalité, elles abri­taient les troupes et leurs familles, ainsi que des instal­la­tions d’amar­rage où les navires d’in­fil­tra­tion pouvaient jeter l’ancre. Les navires ressem­blaient à des bateaux de pêches et pouvaient se dépla­cer à une vitesse de 30 ou 35 nœuds, permet­tant aux agents de s’in­fil­trer plus loin sur le terri­toire sud-coréen que ne le permet­taient les opéra­tions fron­ta­lières. En cas de face à face avec les forces sud-coréennes, les bateaux étaient équi­pés de canons sans recul et de mitrailleuses dissi­mu­lés sur le pont. Les navires d’in­fil­tra­tion captu­rés par le Sud mesu­raient un peu plus de 20 mètres et pouvaient accueillir à leur bord une quaran­taine d’hommes. Mais c’est la mission qui incom­bait aux offi­ciers mili­taires présents sur ces navires qui laissa penser que le pire était à venir. Ils avaient reçu l’ordre de se diri­ger vers l’in­té­rieur des terres sud-coréennes, d’ex­plo­rer la zone pour repé­rer les coins idéals où lancer des opéra­tions de guérilla, et de rentrer au bercail avant que le mauvais temps ne revienne.

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Un navire d’in­fil­tra­tion repéré par un avion de la CIA
Crédits : CIA

Les infil­trés

Lorsque Kim Il-sung déclen­cha sa guerre secrète à la fin des années 1960, sa bureau­cra­tie s’ins­pi­rait de stra­té­gies mises au point et perfec­tion­nées avant et pendant la guerre de Corée. Avant la guerre, la Corée du Nord entraî­nait ses troupes à l’in­fil­tra­tion et à la guérilla avec l’aide de l’Ins­ti­tut poli­tique de Kang­dong. L’ins­ti­tut, créé en 1947, avait chargé quelques 630 agents dotés d’une forma­tion mili­taire de fomen­ter une révo­lu­tion au Sud. Quand ces derniers furent envoyés en Corée du Sud en 1949 et qu’ils échouèrent à allu­mer la mèche de l’in­sur­rec­tion, Kang­dong ferma ses portes. L’École des cadres de Hoeryong pour­sui­vit l’œuvre de Kang­dong et son person­nel avait pour mission de consti­tuer un corps opéra­tion­nel pour mener à bien la guérilla : la 766e unité indé­pen­dante. Comman­dée par le direc­teur de l’école Hoeryong, le géné­ral O Chin-u, la 766e devien­drait plus tard le modèle des unités de guérilla formées par le Nord en 1966. Durant la guerre de Corée, elle mena une série de débarque­ments sur la côte est de la pénin­sule coréenne durant les premiers jours du conflit. L’un d’eux eut lieu à Ulchin où, 18 ans plus tard, ses succes­seurs de la 124e unité mili­taire accos­te­raient aussi, pratique­ment au même endroit.

Tout cela n’était qu’un prélude à ce que Pyon­gyang mijo­tait contre son voisin du sud.

Le Bureau de recon­nais­sance, créé en 1948, condui­sit de son côté plusieurs opéra­tions impliquant des agents secrets durant la guerre de Corée. Il utili­sait une poignée de recrues – choi­sies prin­ci­pa­le­ment parmi les hommes ayant de la famille dans le Sud – pour collec­ter des rensei­gne­ments sur des objec­tifs mili­taires. Ils étaient habillés en civil et rétri­bués en or pour leurs services. Dans les années 1960, une répar­ti­tion des tâches rudi­men­taire appa­rut entre les diffé­rentes unités, pour chaque acti­vité menée en Corée du Sud et le long de la DMZ. Elle n’était cepen­dant pas toujours respec­tée. Les respon­sa­bi­li­tés avaient tendance à se chevau­cher et les organes clan­des­tins du pays se tiraient mutuel­le­ment dans les pattes pour obte­nir des faveurs et grim­per les éche­lons de l’ad­mi­nis­tra­tion sécu­ri­taire nord-coréenne. Le service de liai­son du Comité central du Parti des travailleurs de Corée était en charge des opéra­tions poli­tiques, du recru­te­ment des agents et de l’in­fil­tra­tion mari­time. Le long de la DMZ, des stations de recon­nais­sance terrestre récol­taient des infor­ma­tions sur les forces améri­caines et sud-coréennes station­nées de l’autre côté de la fron­tière, donnant parfois lieu à des échanges de tirs. Mais ils s’aven­tu­raient rare­ment en Corée du Sud. Les opéra­tions de guérilla étaient super­vi­sées par le Bureau de recon­nais­sance et les unités sous son comman­de­ment. La 124e unité mili­taire, en parti­cu­lier, mena certaines des opéra­tions les plus périlleuses de la période.

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Le siège de la Chosen Soren à Tokyo
Crédits : DR

La 124e s’ins­cri­vait dans la ligne d’une ancienne unité, la 283e unité mili­taire. « La 283e a été établie en 1965 et ses opéra­tions poli­tiques en Corée du Sud n’ont pas été couron­nées de succès », raconte Joseph S. Bermu­dez, spécia­liste des ques­tions de rensei­gne­ment et d’opé­ra­tions mili­taires de la Corée du Nord. « Elle a plus tard été déman­te­lée et certains de ses membres ont inté­gré la 124e unité mili­taire. » La Corée du Nord tira égale­ment profit de sa rela­tion avec Chosen Soren, une orga­ni­sa­tion de rési­dents coréens instal­lés au Japon, dont les membres accom­plis­saient de temps à autre des missions de rensei­gne­ment pour Pyon­gyang, faisant passer des agents au Sud. Le réseau était essen­tiel­le­ment admi­nis­tré par le minis­tère de la Sécu­rité publique, mais aussi parfois par le dépar­te­ment de la Culture du Parti des travailleurs de Corée, qui s’oc­cu­pait des opéra­tions psycho­lo­giques et de la propa­gande.

Des rapports sur Chosen Soren trans­mis aux Améri­cains par des diplo­mates japo­nais en 1969 indiquent que le rensei­gne­ment nord-coréen utili­sait l’or­ga­ni­sa­tion comme paravent pour le trans­port et l’en­doc­tri­ne­ment de poten­tiels agents, recru­tés pour des opéra­tions de rensei­gne­ment dans le Sud. Les rapports disent que Chosen Soren « captu­rait » des ressor­tis­sants de Corée du Sud entrés illé­ga­le­ment au Japon pour s’ex­fil­trer en Corée du Nord. Avant que les auto­ri­tés n’aient vent de leur présence, les membres de l’or­ga­ni­sa­tion cachaient les recrues pour quelques mois avant de les envoyer secrè­te­ment en Corée du Nord où ils rece­vaient une « éduca­tion ». La Corée du Nord les renvoyait ensuite au Japon afin qu’ils soient traduits devant les auto­ri­tés et dépor­tés en Corée du Sud pour avoir péné­tré illé­ga­le­ment sur le terri­toire. À l’époque, le cas d’un Sud-Coréen sur lequel la police d’Osaka et de Mori­gu­chi enquê­tèrent à montre une varia­tion dans le schéma. La police japo­naise prétend que l’ou­vrier de 38 ans voulait passer en Corée du Nord depuis quelques temps, alors qu’il travaillait dans une usine sud-coréenne à Saigon. Il prévoyait d’en­trer dans le pays via le Cambodge ou Hong Kong.

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L’équi­pe­ment des agents nord-coréens infil­trés au Sud
Crédits : DR

À la fin du mois de janvier 1969, en corres­pon­dance à Osaka, alors qu’il était en route vers la Corée du Sud, les auto­ri­tés japo­naises affirment qu’il décida de passer en Corée du Nord. Il trouva une école de Chosen Soren à Osaka, dont les membres prirent vite conscience de son poten­tiel en tant qu’agent. Après avoir suivi des cours sur « la supé­rio­rité du socia­lisme », le rapport explique que les membres de Chosen Soren le contrai­gnirent à aban­don­ner ses plans et le renvoyèrent chez lui en Corée du Sud pour qu’il fomente la révo­lu­tion là-bas. Après avoir inventé une histoire pour dissi­mu­ler son asso­cia­tion avec le groupe, l’homme se présenta devant les auto­ri­tés japo­naises. Il fut arrêté, condamné à dix mois de travaux forcés et on le renvoya fina­le­ment en Corée du Sud sans qu’il purge sa peine.

Lorsque l’an­née 1967 prit fin, les attaques nord-coréennes à l’en­contre des Nations unies et des troupes améri­caines avaient consi­dé­ra­ble­ment augmenté. Les agents nord-coréens menèrent égale­ment des opéra­tions de sabo­tage, endom­ma­geant deux chemins de fer sud-coréens en septembre. Mais ce n’était qu’un prélude à ce que Pyon­gyang mijo­tait contre son voisin du sud. En décembre 1967, Kim Il-sung s’en­ga­gea une nouvelle fois publique­ment à réuni­fier la pénin­sule coréenne par la force. En quelques semaines, le Nord allait mettre en marche son plan le plus spec­ta­cu­laire pour parve­nir à ses fins. ulyces-northkoreaassassins-04

Les assas­sins de Kim Il-sung

Par une froide nuit d’hi­ver de janvier 1968, 31 ombres se faufi­lèrent jusqu’à la clôture, y firent un trou et se glis­sèrent au travers, marchant à pas de loups, côté améri­cain de la zone démi­li­ta­ri­sée. Les unités spéciales nord-coréennes se diri­geaient vers le sud. Les hommes faisaient partie de la 124e unité mili­taire. Ils étaient vêtus de combi­nai­sons noires et portaient en-dessous des uniformes sud-coréens. Lour­de­ment armés, chacun d’eux trans­por­tait une mitraillette, un pisto­let, huit grenades et une mine anti-tank. Leur mission, selon les termes employés par un des membres du groupe, était « de déca­pi­ter le président sud-coréen Park Chung-hee et d’abattre ses meilleurs lieu­te­nants ». Alors qu’ils passaient au travers de la DMZ, la radio de propa­gande nord-coréenne diffu­sait un appel toni­truant du président nord-coréen Kim Il-sung à frap­per les États-Unis et « divi­ser ses forces le plus possible ». Il implo­rait le monde de « barrer la route aux Améri­cains où qu’ils aillent afin qu’ils n’aient plus nulle part où aller ». La tenta­tive d’as­sas­si­nat du dicta­teur sud-coréen Park Chung-hee par la 124e serait l’acte le plus éloquent de la campagne du Nord – qui durait depuis trois ans.

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L’iti­né­raire qu’ont suivi les assas­sins
Crédits : CIA

Le commando allait entraî­ner la guerre jusque sous les fenêtres de Park Chung-hee, mais ils n’iraient pas plus loin. Cette tenta­tive avor­tée serait le point culmi­nant de la campagne de Kim Il-sung, après laquelle ses espoirs d’un soulè­ve­ment popu­laire fini­raient par s’éva­nouir. Une fois passée la clôture, les assas­sins de la 124e se retrou­vèrent sur une section de la DMZ où patrouillaient les troupes améri­caines de la 2e divi­sion d’in­fan­te­rie. La Corée du Nord avait profité des hautes tempé­ra­tures de l’an­née 1967 pour conduire ses missions infil­tra­tions et lancer une série d’at­taques le long du 38e paral­lèle.

En mai, des sacoches explo­sives plan­tées par des agents nord-coréens avaient détruit les baraque­ments de la 2e divi­sion d’in­fan­te­rie, entraî­nant la mort de deux soldats améri­cains. À la fin de l’an­née, les attaques nord-coréennes avaient coûté la vie à 16 membres de la divi­sion. Après deux jours passés dans la DMZ, les assas­sins croi­sèrent le chemin de quatre bûche­rons. Cette rencontre fortuite était une menace pour la mission : les citoyens sud-coréens rappor­taient ce qu’ils avaient vu aux auto­ri­tés au moindre soupçon. Mais c’était le mois de janvier et creu­ser des tombes pour enter­rer les hommes dans la terre glacée aurait été diffi­cile et chro­no­phage. Sans comp­ter que leurs familles risque­raient de s’aper­ce­voir de leur absence et appe­ler la police. Les soldats préfé­rèrent encer­cler les hommes et impro­vi­ser une session de propa­gande, fulmi­nant contre Park Chung-hee et les États-Unis, et promet­tant que l’uni­fi­ca­tion de la grande Répu­blique popu­laire démo­cra­tique de Corée serait bien­tôt à portée de main.

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La Maison Bleue, où rési­dait Park Chung-hee
Crédits : DR

Avant de partir, ils firent promettre aux bûche­rons de ne parler à personne de leur petite réunion. Manquant à leur parole, les civils infor­mèrent rapi­de­ment la police sud-coréenne de ce dont ils avaient été témoins, donnant le départ d’une chasse à l’homme effré­née pour mettre la main sur les agents nord-coréens. Tandis que la police sud-coréenne était lancée sur les traces des resquilleurs, les soldats de la 124e unité mili­taire entrèrent dans Séoul et aban­don­nèrent leurs combi­nai­sons. Ils mène­raient à bien leur funeste mission en tenues de soldats sud-coréens. Parve­nus à 800 mètres du palais prési­den­tiel, un poli­cier les aborda pour les ques­tion­ner. Lorsqu’ils sentirent qu’ils étaient sur le point d’être décou­verts, ils ouvrirent le feu et déchaî­nèrent les enfers. Deux membres de l’unité perdirent la vie dans les premiers échanges de tirs, et au cours des jours qui suivirent, seuls deux hommes survé­curent. Les 27 autres soldats mour­raient dans leur retraite, en se faisant sauter avec des grenades pour éviter d’être captu­rés ou sous les feux des forces sud-coréennes et améri­caines lancées à leur pour­suite. Un des survi­vants parvint même à rega­gner la Corée du Nord, où il est aujourd’­hui géné­ral au sein de l’Ar­mée popu­laire de Corée.

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Kim Shin-jo, pris par les soldats sud-coréens

L’autre, Kim Shin-jo, fut capturé par les soldats sud-coréens. Il avait fui dans les montagnes d’Iwang avec une ving­taine d’hommes sur ses talons, aban­don­nant toutes ses armes en chemin à l’ex­cep­tion d’une grenade qu’il avait gardé pour en finir au dernier moment. Kim Shin-jo raconta plus tard que son « désir de vivre » l’avait empê­ché de se suici­der à la dernière seconde, alors qu’il était encer­clé par la troupe sud-coréenne. Mais il s’avéra que sa grenade était défec­tueuse, ce qui peut faire douter de sa version de l’his­toire. Les respon­sables sud-coréens le jetèrent en pâture aux jour­na­listes, qui l’as­saillirent de ques­tions sur sa mission, sur les condi­tions de vie en Corée du Nord et sur ce que la vie dans son pays avait de mieux qu’en Corée du Sud. Sa réponse ? « À part le kimchi et les femmes, rien du tout. » Des décen­nies plus tard, il se verrait offrir le pardon du gouver­ne­ment sud-coréen ainsi qu’un emploi comme conseiller des droits de l’homme au sein du Grand parti natio­nal de Corée. Aujourd’­hui, il est pasteur pres­by­té­rien dans une grande congré­ga­tion située tout près de la capi­tale qu’il prit d’as­saut des années plus tôt.

Désillu­sion

La tenta­tive d’as­sas­si­nat contre Park Chung-hee fut un choc terrible pour les citoyens sud-coréens, bien qu’elle ne fût pas tota­le­ment impré­vi­sible – du moins pas pour la CIA. L’agence de rensei­gne­ment améri­caine avait eu vent du complot six mois avant l’as­saut sur la Maison Bleue. Le vice-président Hubert Humphrey devait assis­ter à l’inau­gu­ra­tion de Park Chung-hee en juillet 1967 et la CIA lui fit parve­nir une évalua­tion des condi­tions de sécu­rité en Corée du Sud rédi­gée avant le voyage. « Nous avons pris connais­sance de plusieurs projets d’at­ten­tats nord-coréens contre la vie du président Park, ainsi que de l’équipe d’agents char­gée de cette mission », disaient-ils. « La possi­bi­lité d’une autre tenta­tive de la part des commu­nistes durant la période inau­gu­rale ne peut être écar­tée. »

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L’équi­page de l’USS Pueblo à leur libé­ra­tion

Un autre choc était à venir. Deux jours après l’as­saut contre la Maison Bleue, la Corée du Nord s’em­para de l’USS Pueblo, un navire espion améri­cain qui écou­tait les commu­ni­ca­tions en prove­nance de la côte est de la pénin­sule coréenne. La Corée du Nord tua l’un des membres de l’équi­page du Pueblo dans l’in­ci­dent et ramena les 82 autres en Corée du Nord où ils restèrent prison­niers toute une année, jusqu’à ce que les négo­cia­tions entre les Améri­cains et Pyon­gyang parviennent à leur libé­ra­tion. Park Chung-hee était furieux. En un peu plus d’un an, le Nord avait kidnappé des pêcheurs sud-coréens, coulé un navire de l’Ar­mée de la Répu­blique qui tentait de les proté­ger et abattu des troupes sud-coréennes et améri­caines le long de la zone démi­li­ta­ri­sée. Dans son esprit, cette vague de violence annonçait les prémices d’une nouvelle guerre de Corée. Park Chung-hee fit part de ses soupçons à l’an­cien secré­taire adjoint à la défense envoyé par la Maison-Blanche, Cyrus Vance. « Leur mode d’ac­tion a changé », lui dit-il, d’après un résumé de leurs conver­sa­tions. « Les Nord-Coréens préparent une agres­sion à grande échelle contre la Corée du Sud. » Les respon­sables améri­cains ne voyaient pas les choses sous cet angle. Dans des rapports rédi­gés dans les semaines qui suivirent les inci­dents, la CIA affir­mait que l’as­saut contre la Maison Bleue indiquait « proba­ble­ment le début d’une campagne de terro­risme musclée de la part des commu­nistes », mais rien de ce qu’a­vaient fait les Nord-Coréens ne lais­sait penser qu’ils allaient s’en­ga­ger dans des hosti­li­tés de grande enver­gure. Trois jours après la tenta­tive d’as­sas­si­nat, le contre-amiral de la marine améri­caine John Smith, membre de la Commis­sion de l’ar­mis­tice mili­taire – consti­tuée pour super­vi­ser le traité à la fin de la guerre de Corée –, orga­nisa une réunion avec son homo­logue nord-coréen, le géné­ral Pak Chang Kuk. Il protesta contre l’at­ten­tat mené par les Nord-Coréens et exigea la fin des provo­ca­tions et le retour de l’équi­page du Pueblo.

Pyon­gyang accor­dait plus d’im­por­tance à ses prises améri­caines qu’à ses propres combat­tants.

Smith lui présenta une carte qui montrait l’iti­né­raire précis suivi par la section d’élite jusqu’à la Maison Bleue ainsi que des photo­gra­phies de leurs cadavres et des armes qu’ils avaient utili­sées, afin de prou­ver la compli­cité de Pyon­gyang dans la tenta­tive d’as­sas­si­nat. Si le Nord-Coréen était impres­sionné, il n’en laissa rien devi­ner. Un résumé de la rencontre rédigé par le dépar­te­ment d’État indique que les hommes nord-coréens semblaient amusés par les exigences de Smith et qu’ils lui rirent au nez. La menace d’autres opéra­tions de guérilla menées par les comman­dos nord-coréens pesait toujours. Lors de sa rencontre avec Vance en février, Park Chung-hee l’in­forma que ses espions avaient appris que la 124e unité mili­taire se divi­sait entre 80 et 90 sections consti­tuées chacune d’une tren­taine de soldats. Il avait peur qu’ils ne prennent pour cible les terrains d’avia­tion sud-coréens, ainsi que leurs barrages et leurs usines. Les détails sur la 124e donnés par Kim Shin-jo offraient un aperçu de l’équi­pe­ment des opéra­tions spéciales nord-coréennes. Avant d’in­té­grer la 124e unité, Kim Shin-jo avait été membre du Parti des travailleurs de Corée et ses parents vivaient encore en Corée du Nord, avec ses trois sœurs. Il avait servi dans l’Ar­mée popu­laire de Corée et avait été choisi pour faire partie de l’unité d’élite. Seuls les hommes dotés « de dossiers mili­taires irré­pro­chables et de capa­ci­tés physiques excep­tion­nelles » étaient élus, disait-il. Une fois au sein de l’unité, les troupes étaient formées au ju-jitsu, à la boxe et au tir de préci­sion. Les infor­ma­tions données par Kim Shin-jo recoupent ce qu’on sait aujourd’­hui de l’unité. « En géné­ral, il fallait être un membre du parti de haut rang et jouir d’une bonne répu­ta­tion pour faire partie de la 124e unité mili­taire », explique Joseph Bermu­dez. « La plupart d’entre eux devaient avoir de la famille vivant en Corée du Nord, pour qu’on soit assuré de leur loyauté. »

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Kim Shin-jo durant un inter­ro­ga­toire
Crédits : CIA

Une fois au Nord, les membres de la 124e étaient prépa­rés à repas­ser au Sud pour de longues périodes. « Ils avaient des messa­gers à leur service qui leur trans­met­taient les ordres, et ils se servaient d’eux pour envoyer leurs rapports au Nord », dit Bermu­dez. La vie pouvait être diffi­cile pour les agents nord-coréens et les comman­dos station­nés au sud. Les missions derrière les lignes enne­mies étaient risquées et à la fin de l’an­née 1967, la Corée du Sud avait tué 130 infil­trés et capturé 43 d’entre eux. Lorsqu’on lui demanda s’il avait espéré sortir vivant de l’as­saut contre la Maison Bleue, Kim Shin-jo répon­dit simple­ment. « Je pensais que je serais tué, mais cela ne m’a pas arrêté. » Pyon­gyang ne se battait pas pour récu­pé­rer ses hommes après qu’ils eurent été captu­rés. Des diplo­mates évaluèrent les chances pour que la Corée du Nord accepte d’échan­ger l’équi­page du Pueblo contre des agents nord-coréens captu­rés : faibles. Pyon­gyang accor­dait plus d’im­por­tance à ses prises améri­caines qu’à ses propres combat­tants.

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Park Chung-hee

Par ailleurs, la propa­gande nord-coréenne niait en bloc toute asso­cia­tion avec les soldats et les espions qu’ils envoyaient au Sud. Ils préten­daient qu’ils faisaient partie d’une insur­rec­tion spon­ta­née contre la dicta­ture de Park Chung-hee. Négo­cier pour le retour des agents captu­rés revien­drait à admettre impli­ci­te­ment leur culpa­bi­lité et inva­li­der le discours de la propa­gande de Pyon­gyang. La mission de la 124e n’avait en réalité aucune chance de réus­sir. Kim Shin-jo confia aux jour­na­listes qu’ils était convaincu que les citoyens sud-coréens seraient en faveur de leur mission et les aide­raient, mais les bûche­rons reflé­tèrent la suspi­cion et l’hos­ti­lité que la plupart des gens du Sud nour­ris­saient envers le Nord et ses espions. La Corée du Nord avait mal préparé ses troupes à la vie au-delà de la DMZ. Peut-être est-ce là le reflet d’une erreur d’ap­pré­cia­tion stra­té­gique globale qu’a­vait commis Pyon­gyang à l’égard de la viabi­lité de sa campagne de guérilla.

D’après un rapport de la CIA de 1969, les inter­ro­ga­toires des agents infil­trés captu­rés révé­lèrent qu’on « leur avait mis en tête qu’ils seraient chaleu­reu­se­ment accueillis par un peuple oppressé. Au lieu de quoi ils se butèrent l’an­ti­com­mu­nisme des Sud-Coréens, et il était si prononcé, qu’ils étaient inca­pables d’y faire face – leurs propa­gan­distes n’en avaient jamais fait mention. » Kim Shin-jo assura qu’il ne s’at­ten­dait pas à ce que le raid de la Maison Bleue déclenche une autre guerre sur la pénin­sule coréenne, mais il avoua qu’il pensait que cela pour­rait donner lieu à un soulè­ve­ment en Corée du Sud et mettre les États-Unis et leurs alliés dans une situa­tion déli­cate. L’opé­ra­tion eut préci­sé­ment l’ef­fet inverse, renforçant la main­mise des États-Unis sur la sécu­rité sud-coréenne et retour­nant encore davan­tage la popu­la­tion contre ceux qui se voyaient comme ses « libé­ra­teurs ».

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La DMZ de nos jours
Crédits : AP

Traduit de l’an­glais par Nico­las Prouillac et Arthur Scheuer d’après les articles « The Great Leader’s Shadow War » et « North Korea’s Special Opera­tions Assas­sins », parus dans War Is Boring. Couver­ture : Un monu­ment de Pyon­gyang. (Ulyces)


DANS L’INTIMITÉ DE KIM JONG-UN LE DICTATEUR LE PLUS ÉNIGMATIQUE DE LA PLANÈTE

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Depuis décembre 2011, Kim Jong-un règne sur la Corée du Nord. Les spécu­la­tions vont bon train, mais que sait-on vrai­ment du dicta­teur ?

I. Fatboy Kim

Existe-t-il une cible plus facile que Kim Jong-un ? Kim Jong-un : Fatboy Kim troi­sième du nom, le tyran nord-coréen avec une coupe à la Fred Pier­ra­feu ; fumeur invé­téré et proprié­taire bégueule de son petit arse­nal nucléaire person­nel ; maton brutal de 120 000 prison­niers poli­tiques ; et de facto l’un des derniers monarques abso­lus de la planète à avoir hérité du pouvoir de manière héré­di­taire. Il est le maré­chal de la Répu­blique popu­laire démo­cra­tique de Corée, grand succes­seur de la cause révo­lu­tion­naire du Juche, Soleil du XXIe siècle. Âgé de 33 ans, le leader suprême détient la plus longue liste de titres hono­ri­fiques jamais vue, qu’il n’a jamais rien fait pour méri­ter. Il est le plus jeune chef d’État du monde et proba­ble­ment le plus gâté. Dans la vaste cour de récré des affaires étran­gères, il pour­rait tout aussi bien porter un panneau « Frap­pez-moi ! » en travers de son gros derrière. Il est si facile de taper dessus que les Nations Unies, qui sont répu­tées pour n’être jamais d’ac­cord sur rien, ont voté avec une majo­rité écra­sante en novembre 2014 pour que lui et le reste du gouver­ne­ment nord-coréen soient traduits devant la Cour pénale inter­na­tio­nale de La Haye et jugés pour crimes contre l’hu­ma­nité. Il est au pouvoir depuis un peu plus de quatre ans.

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Que sait-on vrai­ment de Kim Jong-un ?
Crédits : KCNA

Dans la presse mondiale, Kim est présenté tour à tour comme un fou assoiffé de sang et un bouf­fon. On dit de lui qu’il est alcoo­lique, qu’il est devenu si obèse à force de se gaver de fromage suisse qu’il ne peut plus voir ses parties géni­tales, et qu’il a eu recours à toutes sortes de remèdes étranges contre l’im­puis­sance (il aurait utilisé une distil­la­tion de venin de serpent). On raconte qu’il a fait abattre son oncle, Jang Song-thaek, et le reste de la famille Jang à la mitrailleuse lourde – d’autres versions parlent de tirs de mortier, de RPG, de lance-flammes, à moins qu’il ne les ait tout simple­ment donnés à manger à des chiens affa­més. On rapporte égale­ment qu’il a un penchant pour le porno bondage et qu’il a ordonné que tous les jeunes hommes du pays adoptent la même coif­fure que lui. Le bruit court enfin qu’il a fait exécu­ter certaines de ses ex-petites amies. Tout ce que vous venez de lire est faux – ou infondé, peut-être est-il plus prudent de le dire ainsi. L’his­toire des Jang donnés en pâture à des chiens a en réalité été inven­tée par un jour­nal sati­rique chinois, mais en un rien de temps, la blague s’est chan­gée en vérité et elle a fait le tour du monde. (Il a bel et bien fait exécu­ter son oncle Jang, néan­moins.) Cela prouve que les gens sont prêts à croire pratique­ment n’im­porte quoi à propos de Kim, du moment que c’est scan­da­leux. Sachant cela, doit-on consi­dé­rer que la façon dont on perçoit géné­ra­le­ment Kim Jong-un est éloi­gnée de la réalité ? Et si – en dépit des horreurs bien docu­men­tées du régime stali­nien dont il a hérité en 2011, alors qu’il était encore dans sa ving­taine – Kim nour­ris­sait des ambi­tions « bien inten­tion­nées » pour son pays, dans une certaine mesure ?

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