par Nicolas Prouillac et Arthur Scheuer | 0 min | 3 octobre 2014

Haima­­not

« Vous prenez du lait avec votre thé ? » Cathe­­rine Hamlin verse de l’eau chaude dans les tasses, puis tend une assiette de biscuits secs. Le vacarme d’Ad­­dis-Abeba, la capi­­tale éthio­­pienne, est ici réduit à un murmure. À l’ombre de la terrasse, l’air est doux. Les fleurs, partout, donnent un air buco­­lique à la maison fissu­­rée mais coquette que « Dr. Hamlin » et son mari Regi­­nald ont construit, il y a une quaran­­taine d’an­­nées. Arri­­vés d’Aus­­tra­­lie en 1959 pour y rester trois ans, ils ne sont jamais repar­­tis d’Éthio­­pie.

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Une Éthio­­pienne dans l’Ham­­lin Fistula Hospi­­tal
Crédits : Kate Holt

Le couple de méde­­cins, fervent catho­­liques, y a trouvé à qui « faire un peu de bien » en guéris­­sant les Éthio­­piennes d’un mal éradiqué d’Oc­­ci­dent depuis le début du XXe siècle : une fistule, un trou dans la vessie ou le rectum. La faute à des accou­­che­­ments longs et doulou­­reux dont les stig­­mates valent aux paysannes d’être margi­­na­­li­­sées. À l’hô­­pi­­tal des Hamlin, où Cathe­­rine vit encore à 90 ans, on rend leur vie à ces femmes. Haima­­not est l’une d’elles. À 560 kilo­­mètres au nord d’Ad­­dis-Abeba, dans la salle carre­­lée jusqu’au plafond de l’hô­­pi­­tal de Bahir Dar, la jeune femme triture ses cheveux ébou­­rif­­fés et la robe de nuit qu’elle a reçue à son arri­­vée, quelques jours plus tôt. Un peu inti­­mi­­dée, la jeune fille laisse son regard papillon­­ner de ses pieds à la fenêtre, de ses mains épaisses, sur lesquelles se lit le labeur, à l’in­­fir­­mière assise de l’autre côté du bureau. Dehors, l’air est chaud. À dix-huit ans, Haima­­not est incon­­ti­­nente depuis trois ans. À 15 ans, raconte-t-elle, pliée de douleur par un labeur sans fin, Haima­­not a accou­­ché d’un bébé mort-né. Son mari l’a laissé à sa peine. « Il est revenu trois semaines plus tard. Quand je lui ai dit mon problème, il s’est énervé et a demandé le divorce. » S’en est suivi beau­­coup d’er­­rance avant qu’elle ne fran­­chisse la porte du Hamlin Fistula Centre de Bahir Dar, un bâti­­ment simple, logé au fond de l’hô­­pi­­tal régio­­nal. Là, on lui a dit qu’elle pourra être opérée. On lui a même offert une robe de nuit propre. Depuis, Haima­­not sourit. Droite comme un « i » sur sa chaise, Cathe­­rine Hamlin, « Maye » (« maman », en amha­­rique), comme tout le monde l’ap­­pelle à l’hô­­pi­­tal, ne cesse de remettre en place le col de son chemi­­sier à mesure qu’elle se raconte. Elle pèse ses mots, dit sa vie avec rete­­nue et humour, évoque souvent son époux, se répète un peu, ne cache rien de sa foi en Dieu. Lors de notre rencontre, « Dr. Hamlin » avait 88 ans. Elle en a 90 aujourd’­­hui, n’a sans doute rien perdu de ce phrasé et ce main­­tien des gens atta­­chés aux bonnes manières, à sa majesté la reine d’An­­gle­­terre et aux têtes couron­­nées en géné­­ral. Son allure bour­­geoise un peu fanée dénote avec un mode de vie pour le moins modeste. Même après plus de cinquante ans en Éthio­­pie, la nona­­gé­­naire semble avoir gardé l’es­­sen­­tiel de l’édu­­ca­­tion catho­­lique d’une famille austra­­lienne. Lever aux aurores, grâce rendue à Dieu, travail, déjeu­­ner, repos, travail.

La vie dans le pays est à son image, belle et rugueuse.

Célèbre dans son pays natal, la gyné­­co­­logue est deve­­nue une figure incon­­tour­­nable en Éthio­­pie, dont elle a récem­­ment acquis la natio­­na­­lité à titre hono­­ri­­fique. Le gouver­­ne­­ment a même soumis son nom au comité du Prix Nobel de la paix. Pendant un demi-siècle, l’his­­toire de Cathe­­rine et Regi­­nald Hamlin, son mari décédé au début des années 1990, s’est écrite avec celle des paysannes qui, comme Haima­­not, vivent recluses ou ostra­­ci­­sées à cause de leur fistule. Dire l’his­­toire des uns, c’est dire celle des milliers d’autres. Un jour de mai 1959, le couple de méde­­cins et leur fils débarquent dans l’Ethio­­pie féodale de l’Em­­pe­­reur Hailé Sélas­­sié 1er, à l’apo­­gée de son régime. Quelques mois plus tôt, le couple avait vaincu ses hési­­ta­­tions en répon­­dant à une annonce, parue le jour­­nal scien­­ti­­fique The Lancet. Le gouver­­ne­­ment éthio­­pien cher­­chait un obsté­­tri­­cien pour former des sages-femmes. À leur arri­­vée au Prin­­cess Tsehay Hospi­­tal, les Hamlin passent leurs jour­­nées et leurs nuits à trai­­ter les pauvres. Les femmes de la famille impé­­riale viennent aussi les consul­­ter. Jusqu’au jour où arrive une jeune paysanne incon­­ti­­nente. Les Hamlin ne connaissent rien aux fistules, ils commencent à se rensei­­gner. En Occi­dent, le recours à la césa­­rienne et un bon suivi des gros­­sesses ont éradiqué cette plaie de longue date. Et puis, un jour, Regi­­nald et Cathe­­rine opèrent leur « premier cas ». « Je me souviens très bien d’el­­le… Une petite fille fragile. Nous avons même pris une photo d’elle après… Elle est repar­­tie comme elle est venue, à dos de cheval… Non, en fait, notre premier cas, l’anes­­thé­­siste l’a tuée sur la table d’opé­­ra­­tion avant que nous commen­­cions. Il essayait de nouveaux produits. Quoi qu’il en soit, nous avons enre­­gis­­tré de nombreux succès après cela. » Décon­­cer­­tante Cathe­­rine Hamlin qui, par soucis de préci­­sion, jongle entre un huma­­nisme à fleur de peau et une froi­­deur toute médi­­cale. La vie dans le pays est à son image, belle et rugueuse.

Les pèle­­rines

Puis « le bruit a couru que quelqu’un pouvait aider ces femmes. Mon Dieu, elles étaient si pauvres, elles arri­­vaient enve­­lop­­pées de loques après des semaines sur les routes… Nous enre­­gis­­trions tant de succès que nous avons très vite été dépas­­sés par le nombre. Avec mon mari, nous les appe­­lions les “pèle­­rines aux fistules”. » Peu à peu, Regi­­nald Hamlin, « Reg » pour les intimes, se passionne pour le drame de ces paysannes. « Il était si enthou­­siaste à l’idée de soigner ces femmes », dit aujourd’­­hui Cathe­­rine, en s’ef­­façant derrière son mari. Le méde­­cin avait un acolyte. « Reg prenait souvent sa vieille Peugeot pour se rendre à la gare routière. Il disait aux chauf­­feurs : “Si vous enten­­dez parler de femmes qui perdent de l’urine, amenez-les moi. Je les soigne­­rai gratui­­te­­ment” », se souvient Birru. Ce vieux monsieur de 71 ans n’en avait que 18 quand il a commencé à travailler pour les Hamlin, d’abord comme jardi­­nier, puis comme homme à tout faire. Il est devenu leur compa­­gnon de route. Tassé sur sa chaise, un bonnet de laine sur la tête, Birru ne cache rien de son atta­­che­­ment aux deux méde­­cins et leur fils Richard. « Au début, Reg m’ap­­pe­­lait “boy” parce qu’il n’ar­­ri­­vait pas à se souve­­nir de mon nom. Je l’ai dit à Richard, qui commençait à comprendre l’am­­ha­­rique, et Reg s’est mis à m’ap­­pe­­ler “Gashé Birru” ! » Le vieil homme rit : cette formule de poli­­tesse est géné­­ra­­le­­ment réser­­vée aux anciens ou aux personnes très haut placées, pas aux fils de paysan comme lui.

Catherine Hamlin effectue encore des opérations  Crédits : Lucy Perry
Cathe­­rine Hamlin effec­­tue encore des opéra­­tions
Crédits : Lucy Perry

Birru se plaît à racon­­ter l’en­­thou­­siasme du couple pour ces femmes dont personne ne voulait. À l’évi­­dence, sa vie s’est faite avec celle des Hamlin. Aujourd’­­hui encore, dit-il, pas un jour ne passe sans qu’il ne se rende au domi­­cile de Cathe­­rine Hamlin « pour ouvrir les volets le matin, les fermer le soir ». La jour­­née, Birru est le gardien de la réserve de l’hô­­pi­­tal. En fait, « je suis mieux ici que chez moi… Et puis, ma retraite est passée dans l’achat de l’ap­­par­­te­­ment de mon fils, alors je dois conti­­nuer à travailler », finit-il par concé­­der, avant de reprendre le court de son récit. « Au début, les Hamlin n’avaient pas d’argent, mais quand je voyais ce qu’ils faisaient, en tant qu’é­­tran­­gers, pour ces femmes éthio­­piennes, je sentais que je devais y contri­­buer, moi qui suis éthio­­pien. » Birru le paysan devient un soutien sans faille, apprend à commu­­niquer avec ce grand monsieur bourré d’éner­­gie qui bara­­gouine quelques mots d’am­­ha­­rique, et se retrouve même, de fil en aiguille, en charge de la phar­­ma­­cie : « Reg m’en­­voyait quelqu’un avec une boîte de médi­­ca­­ments vide et je savais ce que je devais lui donner» En paral­­lèle, les femmes de la famille royale insistent de plus en plus pour être suivies par le couple de méde­­cins. « Elles aimaient venir me voir, peut-être parce que je suis une femme. Reg disait : “je me concentre sur les pauvres, tu te concentres sur les riches” », s’amuse la vieille dame, en piochant dans l’as­­siette à biscuits. « Mais nous n’avons jamais reçu d’argent des riches Éthio­­piens. Seule­­ment des bébés. » En 1970, les Hamlin, désor­­mais certains de faire leur vie en Éthio­­pie, achètent un terrain en bordure d’Ad­­dis-Abeba, puis obtiennent du gouver­­ne­­ment l’au­­to­­ri­­sa­­tion d’y construire un hôpi­­tal unique­­ment dédié aux femmes victimes de fistule. Les deux méde­­cins dessinent eux-mêmes les plans de l’hô­­pi­­tal et y ajoutent une maison, la leur, en contre­­bas, où la nona­­gé­­naire vit toujours.

Le contraste avec le quar­­tier, moche et bruyant, saisit le visi­­teur d’en­­trée. L’en­­droit est un cocon, unique en Éthio­­pie.

Les années ont passé, les régimes poli­­tiques aussi. L’em­­pe­­reur a été chassé par la violence du Derg, un régime d’ins­­pi­­ra­­tion sovié­­tique, avant d’être à son tour vaincu par l’ac­­tuel gouver­­ne­­ment au pouvoir. Le couple est resté. En 1993, Regi­­nald Hamlin est décédé. Son épouse qui a voulu fermer l’hô­­pi­­tal, a été convain­­cue du contraire. Les lieux ont changé. « Quand j’y pense », dit Birru, nostal­­gique, « au début, on réap­­pro­­vi­­sion­­nait les stocks avec la petite Peugeot de Regi­­nald ou à dos d’ânes. Aujourd’­­hui, le parking est plein de Toyota Land Crui­­ser… Moi, eh bien, je laisse la place aux jeunes », dit-il avec regret. On le sent dépos­­sédé. Il se sait certai­­ne­­ment moins indis­­pen­­sable qu’au­­pa­­ra­­vant. D’une aven­­ture fami­­liale, l’hô­­pi­­tal est depuis devenu une véri­­table entre­­prise, construite en esca­­liers à flanc de colline dans l’ouest de la capi­­tale éthio­­pienne. En haut, les dortoirs, en bas, la maison des Hamlin. L’éta­­blis­­se­­ment emploie aujourd’­­hui près de 600 personnes – en comp­­tant les méde­­cins, les infir­­mières, les chauf­­feurs, les gardiens… – et cinq petits hôpi­­taux quadrillent le terri­­toire, du nord au sud, de l’est à l’ouest. Des méde­­cins du monde entier viennent à Addis-Abeba se perfec­­tion­­ner et tenter de comprendre pourquoi ici le taux de réus­­site des opéra­­tions flirte avec les 90 %. Huit comi­­tés natio­­naux récoltent des fonds pour l’hô­­pi­­tal, quatre en Europe, un en Austra­­lie, en Nouvelle-Zélande, aux États-Unis et au Japon. Une équipe de commu­­ni­­ca­­tion gère les inces­­santes demandes de jour­­na­­listes et les visites d’éco­­liers. Le dortoir et ses 40 lits voulus par Regi­­nald Hamlin existent toujours, mais la salle d’opé­­ra­­tion a été agran­­die depuis son décès. Une mater­­nité accueille désor­­mais celles qui reviennent accou­­cher après avoir été soignées de leur fistule. Il y a aussi un centre de réédu­­ca­­tion physique, une salle de confé­­rence, une petite maison, à l’écart, pour les visi­­teurs. Et des fleurs, partout, que des jardi­­niers arrosent à longueur de jour­­née. Le contraste avec le quar­­tier, moche et bruyant, saisit le visi­­teur d’en­­trée. L’en­­droit est un cocon, unique en Éthio­­pie.

Le village de la joie

Jusqu’à récem­­ment, Dr. Hamlin opérait tous les jeudis matin. Puis elle sortait de la salle d’opé­­ra­­tion, une canne à la main, et buvait un thé avant d’al­­ler se repo­­ser chez elle, en contre­­bas du compound. L’après-midi, le méde­­cin prome­­nait sa silhouette longi­­ligne dans le dortoir. Elle faisait sa ronde, s’as­­su­­rait que « ses » patientes allaient bien, refu­­sait une chaise qu’on lui tendait, embras­­sait les femmes, leur cares­­sait le bras. Elle jetait parfois un œil au dossier d’une patiente qui n’était pas la sienne, s’as­­su­­rait auprès de l’in­­fir­­mière que les consignes de soins ont été bien comprises. Une atten­­tion inima­­gi­­nable dans un hôpi­­tal public éthio­­pien où les soins ne sont déli­­vrés qu’en fonc­­tion de la solva­­bi­­lité du patient. Ici, personne ne paie, les soins sont gratuits. Le couple Hamlin en a fait un prin­­cipe indis­­cu­­table. Les deux méde­­cins ont érigé le psaume 25:40 de Saint-Mathieu en leit­­mo­­tiv : « Chaque fois que vous l’avez fait au plus petit d’entre mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » Le psaume souligne aujourd’­­hui la stèle érigée en mémoire de Regi­­nald, à l’en­­trée de l’hô­­pi­­tal. Impos­­sible d’ou­­blier les fonda­­teurs des lieux, ni leur foi en Dieu. Le portrait de Regi­­nald Hamlin, accro­­ché au mur du dortoir face aux quatre rangées de lits, semble rappe­­ler à tous à qui devoir son bonheur. Le maître des lieux, c’est lui. C’est elle aussi. Dieu a bien sûr droit à son tribut : deux Bibles traînent sur le comp­­toir d’où l’in­­fir­­mière en chef a vue sur le dortoir, les icônes reli­­gieuses décorent par petites touches discrètes les murs de l’éta­­blis­­se­­ment. Entre affec­­tion et adora­­tion, la fron­­tière est parfois ténue.

Cette mosaïque de couleurs est deve­­nue le symbole d’une dignité bien­­tôt retrou­­vée.

L’après-midi, les patientes qui peuvent marcher prennent l’air sur la véranda, rapiècent leur robe ou discutent par petits groupes au soleil. On repère faci­­le­­ment les nouvelles arri­­vées de celles qui ont déjà été opérées. Les unes se tassent sur les bancs ou restent à l’écart tandis que le visage des autres rayonne. Les premières semblent parfois regar­­der les secondes avec envie. Dans la grande salle, on passe la serpillière pour la seconde fois de la jour­­née. Les lieux ne doivent pas rappe­­ler leur condi­­tion aux femmes. Non loin, près de l’en­­trée où sont enre­­gis­­trées les nouvelles arri­­vantes, une télé grésille des programmes de la chaîne natio­­nale. Assises sur des bancs en bois, quelques femmes patientent des sacs plas­­tiques à leurs pieds. Leurs seuls biens. Les autres, celles qui ont été admises, se sont enve­­lop­­pés de ces couver­­tures multi­­co­­lores que des retrai­­tées britan­­niques ou austra­­liennes ont confec­­tion­­nées et envoyées en Éthio­­pie. Cette mosaïque de couleurs est deve­­nue la marque de fabrique du Hamlin Fistula Hospi­­tal, le symbole d’une dignité bien­­tôt retrou­­vée. Il arrive encore que l’in­­con­­ti­­nence ne puisse pas être tota­­le­­ment résor­­bée. On place alors un cathé­­ter relié à un sac que les femmes portent à la hanche, sous leurs vête­­ments. Pour beau­­coup, il est impos­­sible de rentrer chez elles, où elles ne pour­­ront chan­­ger leur poche en plas­­tique dans de bonnes condi­­tions d’hy­­giène, où elles rencon­­tre­­ront sans doute trop d’hos­­ti­­lité. Elles-mêmes doivent d’abord apprendre à vivre avec leur handi­­cap. Dans un pays rural et terri­­ble­­ment accro­­ché à ses tradi­­tions, la diffé­­rence ne se vit pas aisé­­ment. Depuis 2003, une quaran­­taine de femmes vit ainsi à temps plein au Desta Mender Centre, le « village de la joie » en amha­­rique, à une quin­­zaine de kilo­­mètres hors d’Ad­­dis-Abeba. L’État éthio­­pien a offert les 21 hectares de terrain. Le pays enre­­gistre d’ailleurs d’ex­­cel­­lents résul­­tats.

Catheline Hamlin avec des patientes de l'hôpital  Crédits : Lucy Perry
Cathe­­line Hamlin avec des patientes de l’hô­­pi­­tal
Crédits : Lucy Perry

Voici plus d’une heure que Cathe­­rine Hamlin se raconte. La fatigue s’en­­tend dans sa voix dont le débit se fait plus lent, les silences plus longs. « Pour ces femmes, rien ou presque n’a changé. Elles sont sans doute moins dému­­nies qu’au­­pa­­ra­­vant, elles peuvent venir jusqu’à nous plus faci­­le­­ment. Mais, dans les campagnes, les femmes restent des citoyens de seconde zone. » Ses paroles ricochent jusqu’au Hamlin Fistula Centre de Bahir Dar, dans le Nord du pays. Dans son bureau encom­­bré de pape­­rasse, le docteur Bitew Abebe pour­­suit : « Le problème est triple : la déci­­sion de venir à l’hô­­pi­­tal est souvent trop tardive, la femme elle-même ne décide pas, ses parents le font pour elle et la tradi­­tion veut qu’on accouche à la maison. Ensuite, souvent, aucune voiture ne peut se rendre jusqu’au village, aucune route ne passe la montagne, aucun pont ne fran­­chit la rivière. Enfin, dans les centres de santé, il n’y a pas de person­­nel quali­­fié, pas de sang à trans­­fu­­ser, pas d’anes­­thé­­siste, parfois pas de lumière dans le bloc opéra­­toire. » En la matière, les efforts des auto­­ri­­tés sont indé­­niables mais la tâche est aussi ardue que le pays est vaste. Les Éthio­­piennes risquent de conti­­nuer encore long­­temps à accou­­cher en courant le risque de déve­­lop­­per une fistule. Contrai­­re­­ment au siècle passé, elles pour­­ront être opérées, parfois même avoir d’autres enfants, à condi­­tion de pouvoir se rendre au Hamlin Fistula Hospi­­tal. Elles y croi­­se­­ront proba­­ble­­ment, pour quelques années encore, la pétillante vieille dame qui a donné son nom au lieu. Tôt le matin, une fois son thé bu et sa prière dite, « Maye », vêtue de sa blouse blanche, grim­­pera peut-être encore les marches qui séparent sa maison du dortoir, pour saluer ses « pèle­­rines ».


Couver­­ture : les patientes du Hamlin Fistula Hospi­­tal dans leurs couver­­tures, par Kate Holt.
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