par Ulyces | 0 min | 20 janvier 2016

BDSM

Des fouets, des chaînes, des colliers, des bâillons, des menottes, des couteaux… Mes yeux parcourent la pièce inso­­no­­ri­­sée dans laquelle nous sommes enfer­­més. Le sujet de notre conver­­sa­­tion est le BDSM (Bondage, disci­­pline, sado-maso­­chisme), une disci­­pline qui comprend une grande variété d’ac­­ti­­vi­­tés d’échange de pouvoir consen­­suel suggé­­rées par les divers objets expo­­sés. « Qu’ils soient soldats ou victimes », explique Leslie Rogers, « il n’y a rien qui lie les gens mieux que la guerre. Ce que je recrée avec le BDSM est pareil à la guerre – à ceci près qu’en recréant la guerre, j’y mets fin. Je vais avec vous dans un endroit où je ne devrais pas aller. Nous nous y retrou­­vons, et à la fin nous nous rendons compte que nous sommes encore capables d’être aimés. » Je parle avec Rogers dans un donjon bâti sous un chalet à Sali­­nas, en Cali­­for­­nie. L’homme costaud de 36 ans a une main posée sur le barreau d’une cellule de prison. L’autre étreint la nuque de sa parte­­naire, Tani Thole, 33 ans.

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Tani Thole et Leslie Rogers
Crédits : Light Dark Insti­­tute

« Nous donnons l’im­­pres­­sion d’avoir une sexua­­lité vanille », remarque Thole avec un large sourire. « J’ai l’air d’une mère au foyer, et Leslie d’un homme d’af­­faires. Les gens sont très surpris quand ils découvrent qui nous sommes vrai­­ment. » La Société améri­­caine de psychia­­trie a sa propre défi­­ni­­tion. Rogers, un domi­­nant autoi­­den­­ti­­fié, assume avec ferveur ressen­­tir « une exci­­ta­­tion sexuelle récur­­rente et intense due à la souf­­france physique ou psycho­­lo­­gique d’une autre personne ». Dans son désir d’être l’objet de cette souf­­france, Thole, une soumise autoi­­den­­ti­­fiée, est son reflet et sa parte­­naire idéale. Ils présentent respec­­ti­­ve­­ment tous les critères prin­­ci­­paux des troubles de sadisme sexuel et de maso­­chisme sexuel. Cepen­­dant, plutôt que de ressen­­tir « une détresse ou un trouble impor­­tant au niveau social, profes­­sion­­nel ou autre domaine impor­­tant de fonc­­tion­­ne­­ment », le couple attri­­bue à leur style de vie des amélio­­ra­­tions spec­­ta­­cu­­laires au niveau de la santé mentale. Alors que les psycho­­thé­­ra­­peutes conven­­tion­­nels débattent encore de la déon­­to­­lo­­gie de prendre dans leurs bras leur patients, Rogers et Thole ont inventé une forme de théra­­pie inten­­sive qui incor­­pore des acti­­vi­­tés BDSM dans leurs sessions avec leurs clients. L’objec­­tif est d’ac­­ti­­ver les émotions répri­­mées afin de les trai­­ter dans un envi­­ron­­ne­­ment sûr et atten­­tionné. Afin de mieux comprendre leur tech­­nique, qu’ils ont baptisé « théra­­pie lumière/obscu­­rité », le couple m’a invité à parti­­ci­­per à une immer­­sion avec eux. Pendant les 48 prochaines heures nous ne quit­­te­­rons pas ce chalet.

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Le chalet
Crédits : Light Dark Insti­­tute

Bien que la psycho­­lo­­gie ait histo­­rique­­ment défini le sado­­ma­­so­­chisme comme étant pure­­ment patho­­lo­­gique, certaines études soutiennent le point de vue de Rogers et Thole. Une étude conduite aux Pays-Bas a trouvé une plus grande fréquence de traits psycho­­lo­­giques posi­­tifs chez les personnes pratiquant le BDSM que chez le grand public. Les pratiquants étaient moins névro­­sés, plus extra­­­ver­­tis, plus ouverts à de nouvelles expé­­riences, plus conscien­­cieux, moins sensibles au rejet, et présen­­taient un bien-être subjec­­tif plus impor­­tant. Une étude améri­­caine ulté­­rieure portant sur des couples s’iden­­ti­­fiant comme BDSM a révélé des baisses au niveau du stress auto-déclaré et de l’af­­fect néga­­tif, aussi bien qu’une augmen­­ta­­tion des rela­­tions sexuelles à la suite de la pratique du BDSM. Selon Brad Saga­­rin, les effets peuvent être encore plus profonds. L’ar­­ticle le plus récent du psycho­­logue enquête sur le poten­­tiel qu’ont les acti­­vi­­tés sado­­ma­­so­­chistes à provoquer des états alté­­rés de la conscience. « Les domi­­nants montrent des signes de flow », explique Saga­­rin, « un état très agréable qui se produit lorsque les personnes sont au maxi­­mum de leur perfor­­mance et se décon­­nectent du reste du monde. Le soumis semble entrer dans un état modi­­fié de conscience diffé­rent, que la commu­­nauté BDSM quali­­fie de “subspace” – un senti­­ment agréable et intem­­po­­rel, semblable à celui de flot­­ter. » ulyces-bdsmtherapy-0Saga­­rin attri­­bue les chan­­ge­­ments dans la conscience d’un soumis à une baisse tempo­­raire de l’ac­­ti­­vité de son cortex préfron­­tal, qu’on pense faire partie inté­­grante de l’ex­­pé­­rience eupho­­rique et disso­­cia­­tive des coureurs d’en­­du­­rance, des personnes pratiquant la médi­­ta­­tion, et des indi­­vi­­dus sous hypnose. « La conscience qu’on a de nous-même est une des choses qui résident dans le cortex préfron­­tal », précise Saga­­rin. « Quand cette partie du cerveau se retrouve régu­­lée à la baisse, nous pouvons cesser de faire la distinc­­tion entre nous-même et l’uni­­vers. » Le senti­­ment d’unité que Saga­­rin décrit est consi­­déré comme le trait carac­­té­­ris­­tique d’une expé­­rience mystique. Un autre cher­­cheur du nom de Bert Cutler fait remarquer le rôle prépon­­dé­­rant des états mystiques induits par le corps dans les rituels de spiri­­tua­­lité et de guéri­­son à travers les cultures et l’his­­toire. Cutler cite les suspen­­sions des Amérin­­diens, la danse exta­­tique des soufis, et les actes de perfo­­ra­­tion extrême de la peau pratiqués par certaines sectes hindoues et boud­d­histes. « Ces socié­­tés dites primi­­tives », ajoute-t-il, « ont décou­­vert beau­­coup de choses que nous commençons tout juste à comprendre. »

Dans le donjon

De retour à Sali­­nas, dans le donjon, Rogers se souvient de son propre proces­­sus de décou­­verte. « J’ai grandi dans la foi bahá’íe, qui fut forte­­ment persé­­cu­­tée autre­­fois dans ce qui était la Perse. Enfants, nous enten­­dions parler de toutes ces histoires concer­­nant les martyrs de notre foi qui furent tués de manière atroce – brûlés ou écor­­chés vifs. Toutes ces histoires parlent de l’ex­­tase qu’ils ont éprou­­vée pendant qu’ils se joignaient à Dieu. J’ai toujours été fasciné par ça, même si je ne pouvais pas le comprendre. » Les tendances de Thole se sont faites évidentes plus tôt encore. « J’étais sans aucun doute une exhi­­bi­­tion­­niste dès mon plus jeune âge », recon­­naît-elle. « Plus tard, au CE1, je me souviens très clai­­re­­ment d’un dessin que j’ai fait de cette reine à l’air malfai­­sant qui descen­­dait un esca­­lier. Les marches condui­­saient à un donjon où une femme nue était sanglée à une table avec à côté d’elle un plateau couvert d’ins­­tru­­ments de torture. Ça m’ex­­ci­­tait terri­­ble­­ment. »

« On peut en savoir plus sur quelqu’un en une heure de jeu qu’en une année de conver­­sa­­tion. »

Des fantasmes comme ceux-ci sont courants. Comme une étude récente le révèle, plus de 60 % des hommes et des femmes ressentent l’en­­vie de domi­­ner ou d’être domi­­nés. Les pulsions meur­­trières et autres fantasmes anti­­so­­ciaux sont aussi très répan­­dus. Nos pulsions agres­­sives, si on y laisse libre cours, ont engen­­dré une histoire humaine d’une violence spec­­ta­­cu­­laire. Cepen­­dant, comme Rogers persiste à le dire, les pulsions en elles-mêmes ne sont ni bonnes, ni mauvaises. Si elles sont conscien­­cieu­­se­­ment diri­­gées avec l’ac­­cord d’au­­trui, même nos impul­­sions les plus sombres peuvent revê­­tir une signi­­fi­­ca­­tion profonde. Cepen­­dant, si elles sont igno­­rées, elles présentent souvent une source de honte, d’an­xiété, et de subli­­ma­­tion. Dans le cas de Thole, ses tendances l’ont atti­­rée vers une série de parte­­naires abusifs. Cepen­­dant, une fois qu’elle est deve­­nue consciente de ses besoins, elle a fina­­le­­ment pu les combler au sein de la struc­­ture d’une rela­­tion saine. « Les clients viennent avec des désirs qu’ils ne savent même pas comment expri­­mer », explique Rogers. « La répres­­sion est si profon­­dé­­ment ancrée. Ce que nous faisons vrai­­ment ici, c’est d’ap­­prendre à des adultes comment faire pour jouer à nouveau. Vous savez cette chose que vous avez toujours voulu faire étant enfant, mais que vous n’avez jamais pu ? Main­­te­­nant, vous pouvez le faire. » Ou, pour reprendre Platon : « On peut en savoir plus sur quelqu’un en une heure de jeu qu’en une année de conver­­sa­­tion. » Avec un impor­­tant corpus de recherches la soute­­nant, la moda­­lité psycho­­lo­­gique moderne de la théra­­pie par le jeu est basée sur cette idée. La théra­­pie par le jeu est tradi­­tion­­nel­­le­­ment centrée sur les enfants, mais elle peut être tout aussi effi­­cace sur les popu­­la­­tions plus âgées. Son encou­­ra­­ge­­ment de la spon­­ta­­néité four­­nit un moyen unique de contour­­ner les méca­­nismes sophis­­tiqués de défense des adultes. ulyces-bdsmtherapy-04« Je peux analy­­ser les choses indé­­fi­­ni­­ment », admet Rogers. « Je peux rendre une centaine choses vraies, ou une centaine de choses fausses. Mais sous toute cette logique, il y a une sensa­­tion, et c’est vrai­­ment la seule manière pour moi de me retrou­­ver. Je suis le plus moi-même quand je ne sais pas ce que je vais dire – quand je me surprends. Quand je sais ce que je vais dire, c’est parce que je l’ai répété, et une partie de moi est proba­­ble­­ment en train de cacher quelque chose. » Avant notre session, Rogers et Thole ont effec­­tué une série d’en­­tre­­tiens télé­­pho­­niques avec moi, explo­­rant mon histoire et les problèmes person­­nels que je voulais trai­­ter. Bien qu’ils ne soient pas des psycho­­logues clini­­ciens, leur procé­­dure de récep­­tion est semblable à celle des théra­­peutes tradi­­tion­­nels. L’une des diffé­­rences notables, c’était l’in­­ci­­ta­­tion à cher­­cher des thèmes sado­­ma­­so­­chistes dans ma propre vie. Le couple pense que toutes les inter­­ac­­tions humaines se produisent au sein du cadre d’une hiérar­­chie de domi­­na­­tion. En tenant compte de ceci, j’ai admis un plai­­sir sadique certain à doubler d’autres coureurs et à refu­­ser d’être doublé lors que je vais courir. J’ai aussi tendance à être agres­­sif en retour lorsque je suis confronté à un manque de respect. À d’autres égards, je peux être un maso­­chiste abject – me punis­­sant menta­­le­­ment pour des erreurs de juge­­ment ou des oppor­­tu­­ni­­tés manquées. En prépa­­ra­­tion pour ma propre confron­­ta­­tion à la théra­­pie lumière/obscu­­rité, je voulais voir comment la commu­­nauté féti­­chiste utilise déjà les jeux à forte inten­­sité à des fins théra­­peu­­tiques. C’est pourquoi tout natu­­rel­­le­­ment, je me suis dirigé vers l’épi­­centre du monde BDSM : l’Ar­­mu­­re­­rie de San Fran­­cisco.

En cage

Domi­­nant un pâté de maisons entier, la forte­­resse cente­­naire en béton est aujourd’­­hui le siège de Kink.com, le plus impor­­tant produc­­teur de porno­­gra­­phie tendance BDSM d’In­­ter­­net. J’ai été accueilli au portail par Stefa­­nos Tiziano, le Monsieur Loyal de l’en­­tre­­prise. Inter­­rogé sur les béné­­fices théra­­peu­­tiques du BDSM, le vété­­ran mili­­taire me parle d’une amie – une femme victime d’une agres­­sion sexuelle qui a tourné la page en rejouant des scéna­­rios simi­­laires avec son consen­­te­­ment. Selon Tiziano, la pratique est courante. « Au début », confie-t-il, « je n’étais pas sûr que ce soit une bonne idée, mais elle ne s’en porte que mieux, et son théra­­peute pense la même chose. » Dans ces scènes soi-disant cathar­­tiques, le corps, autre­­fois véhi­­cule de trau­­ma­­tisme, devient un véhi­­cule de guéri­­son. Le senti­­ment de pouvoir qui émerge de la déci­­sion de confron­­ter une situa­­tion effrayante a été cité par beau­­coup de prati­­ciens comme la source de leur cathar­­sis.

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L’Ar­­mu­­re­­rie de San Fran­­cisco
Crédits : Kink.com

Tiziano et moi discu­­tons dans un petit salon de style victo­­rien qui se remplit rapi­­de­­ment d’hommes et de femmes vêtus élégam­­ment. Ils sont ici pour être spec­­ta­­teurs d’un tour­­nage, mais beau­­coup ont hâte de se confier sur le rôle que le BDSM a joué dans leur propre vie. Se prélas­­sant sur un canapé en velours, Nata­­lie, qui est assis­­tante médi­­cale, parle de l’em­­ploi du BDSM pour contrô­­ler un trouble anxieux qui l’han­­di­­ca­­pait autre­­fois. Dans un scéna­­rio rappe­­lant la théra­­pie d’ex­­po­­si­­tion, elle se plaçait dans des scènes contrô­­lées conçues pour entraî­­ner ses crises de panique afin de pouvoir y faire face. La femme brune et menue se rappelle avoir été ligo­­tée, giflée et enfer­­mée dans une petite boîte. « Dès que j’ai commencé à faire ça, j’ai eu de moins en moins de crises », assure-t-elle. « Main­­te­­nant, je peux permettre à des pensées d’al­­ler et venir sans être absor­­bée émotion­­nel­­le­­ment. Ça m’a aidé à me rendre compte que je ne suis pas mes pensées. » De la même façon, l’objec­­tif théra­­peu­­tique de Rogers et Thole s’ef­­force de prendre les éléments sérieux de la vie qui sont char­­gés en émotion, et de les trans­­for­­mer en jeu à faible enjeu. Comme Rogers le recon­­naît, il a été son premier patient. « Une partie de moi s’api­­toie constam­­ment sur son propre sort. Un jour, je m’en suis lassé, et j’ai dit à ma commu­­nauté :  “Aujourd’­­hui, je vais faire ressor­­tir toutes mes complaintes, être simple­­ment entiè­­re­­ment honnête concer­­nant mes émotions.” Alors, ce jour-là, tout ce que j’ai dit était sur le thème de “pauvre de moi”. Ça a déclen­­ché l’hi­­la­­rité. Je n’ar­­rê­­tais pas de me deman­­der : “Comment puis-je me plaindre encore plus ?” À la fin de la jour­­née, j’étais quelqu’un de complè­­te­­ment diffé­rent. Cette partie de moi dont j’avais si honte s’est avérée être quelque chose de très comique me concer­­nant. J’ai appris que les gens m’ai­­me­­raient malgré tout, et main­­te­­nant j’ai cette expé­­rience viscé­­rale comme preuve de ce fait. » ulyces-bdsmtherapy-06Rogers décrit un autre cas dans lequel lui et Thole ont pu trans­­for­­mer le psycho­­lo­­gique en viscé­­ral. « Nous avons eu une cliente austra­­lienne récem­­ment », commence-t-il, « une ostéo­­pathe dans une rela­­tion dysfonc­­tion­­nelle. Elle m’a mis une cagoule et m’a fait ramper par terre. Elle m’a trans­­formé en mani­­fes­­ta­­tion de sa tris­­tesse et de sa frus­­tra­­tion par rapport à cette rela­­tion. Elle a fait de moi l’homme avec qui elle avait des problèmes. Elle m’a demandé : “Pourquoi ne me rappelles-tu pas ?” J’ai répondu : “Je m’en moque éper­­du­­ment.” À la fin, elle m’avait enchaîné au lit, me frap­­pant à coups de canne et me faisant lui présen­­ter des excuses pour ne pas avoir été à la hauteur de ses attentes. C’est une cathar­­sis qui lui a permis de passer outre sa passi­­vité au sein de cette rela­­tion. » Thole m’a donné l’autre exemple d’un program­­meur qui avait toujours pensé qu’il ne méri­­tait pas de rece­­voir de l’amour. « Nous l’avons mis dans une cage, et nous lui avons demandé s’il voulait en sortir. Il a dit : “Non, je suis à l’aise.” Alors, Leslie est allé cher­­cher un sac de glaçons et l’a vidé sur lui jusqu’à ce qu’il demande à sortir. Leslie a laissé tomber les clés hors de sa portée et lui a dit : “Vas-y, sors de la cage.” Le client a dû nous dire de lui donner les clés d’une manière qui n’était pas dictée par son apitoie­­ment person­­nel. Il devait être sûr de le méri­­ter. Il a essayé plusieurs fois, mais il n’y arri­­vait pas. Enfin, Leslie a commencé à lui jeter des glaçons dessus. Tout d’un coup, cette espèce de teigne est sortie. Il a dit : “Leslie, ramasse la clé et ouvre cette cage tout de suite !” C’est un homme changé qui est sorti de la cage. Ce n’était pas une nouvelle leçon, cela dit. Il avait suivi une théra­­pie tradi­­tion­­nelle par le passé, et il avait eu une révé­­la­­tion simi­­laire concer­­nant ce qu’il méri­­tait, mais ça n’a vrai­­ment connecté que quand il a été capable de le sentir dans son corps. » Le pouvoir de l’ex­­pé­­rience viscé­­rale en psycho­­lo­­gie a été essen­­tiel­­le­­ment étudié d’une manière néga­­tive – comme dans les mala­­dies telles que les troubles de stress post-trau­­ma­­tique (TSPT). Il y a cepen­­dant de plus en plus d’in­­dices du contraire. Dans le domaine en plein essor de la théra­­pie psyché­­dé­­lique par exemple, des scien­­ti­­fiques du monde entier provoquent des états mystiques et des expé­­riences viscé­­rales intenses capable de produire des remèdes de longue durée pour des problèmes aussi variés que l’an­xiété, la dépres­­sion, et le TSPT lui-même.

Le démon et Clint East­­wood

De retour dans le chalet, avant que notre première session ne commence, je m’as­­sieds avec Rogers et Thole pour défi­­nir les inten­­tions et les limites. Comme toujours, il n’y aura aucun contact d’ordre sexuel. Nous discu­­tons des poten­­tiels problèmes sani­­taires et des limites physiques. Je signe une décharge. Le couple soulève le concept de safe­­words. Le mot « rouge » prononcé par n’im­­porte qui inter­­­rom­­pra immé­­dia­­te­­ment les festi­­vi­­tés.

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Les acces­­soires du donjon
Crédits : Light Dark Insti­­tute

« Dans le donjon », annonce Rogers, « nous deve­­nons tout ce que le client a besoin de ressen­­tir. » Pendant les deux jours qui ont suivi, nous sommes tous les trois deve­­nus beau­­coup de choses diffé­­rentes. Nous avons parti­­cipé à une série de scènes, compre­­nant toutes les combi­­nai­­sons imagi­­nables de rapports de force. Je les ai battus tous les deux. Ils m’ont battu. Nous nous sommes insul­­tés et avons écrasé des bananes à la face des autres chacun à notre tour. Entre chaque scène, nous nous asseyions comme les êtres civi­­li­­sés que nous sommes et discu­­tions de ce que tout cela voulait dire. Rogers a deux person­­nages domi­­nants prin­­ci­­paux. Celui aux yeux globu­­leux est surnommé Le Démon – de la rage psycho­­tique pure. La première nuit, cepen­­dant, j’étais pris de haut par celui aux yeux fendus, que Rogers a dési­­gné par la suite sous le nom de Clint East­­wood. « Tu es pathé­­tique ! » grogne-t-il, tentant de faire monter ma colère. « Tu es cassé ? Qu’est-ce qui t’ar­­rives ? » Je croise les bras et j’es­­saie de lui lancer un regard noir. « Je ne peux pas m’éner­­ver contre toi, Leslie, puisque je sais que tout ceci est faux. » C’est à ce moment-là qu’il m’a poussé – fort. Je l’ai poussé en retour, en jurant. Des meubles se sont écra­­sés par terre alors que nous nous battions pour avoir le dessus. Thole a commencé à crier. Ce n’était plus pour de faux.

« Quand j’ai quitté le chalet et que je suis rentré à San Fran­­cisco, j’étais rempli de légè­­reté. »

Plus tard, quand Thole m’a conduit à la croix de Saint André, j’y suis allé de mon plein gré, mais avec un senti­­ment de rési­­gna­­tion totale. J’ai levé les bras pour qu’elle puisse m’y atta­­cher pendant que Rogers jouait douce­­ment des lanières de cuir du flog­­ger sur mon dos. Puis soudai­­ne­­ment, le premier coup – expul­­sant l’air de mes poumons. Quand il m’a frappé à nouveau, j’ai vu de la lumière. Plus il frap­­pait fort, plus la lumière était intense. Alors que les coups de fouet pleu­­vaient, j’avais l’im­­pres­­sion d’être un enfant têtu. En même temps, je prenais une sorte de régal à la puni­­tion de mon corps – comme s’il ne m’ap­­par­­te­­nait plus, comme si j’en étais libéré. « Tu es parti loin », Thole a murmuré comme si elle avait lu mes pensées. « Tu as quitté la pièce. » « Il a quitté la planète », a renchéri Rogers. Avec cette pensée, ma rancœur s’est instan­­ta­­né­­ment trans­­for­­mée en une tris­­tesse profonde. J’ai toujours ressenti une certaine ambi­­va­­lence par rapport à la vie – combien il est déchi­­rant d’être un corps humain en marche vers la mort dans un monde tempo­­raire. Je ne l’ai jamais entiè­­re­­ment accepté. « Qu’est-ce qui est cassé à l’in­­té­­rieur ? » m’a demandé Rogers entre les coups. « Qu’est-ce qui ne va pas chez toi ? » « Je ne peux pas être ici », ai-je enfin répondu. « Eh bien », a-t-il rétorqué, « on dirait que ça a bien marché pour toi. Ça te donne énor­­mé­­ment de contrôle. Tu nous contrôles avec en ce moment même. Tu peux appa­­raître et dispa­­raître quand ça te chante. » « Ce n’est pas quelque chose que j’ai choisi. » ulyces-bdsmtherapy-08Ils m’ont descendu de la croix et m’ont emmené au lit. Thole m’a fait signe de m’al­­lon­­ger avec la tête sur ses genoux. Elle m’a caressé les cheveux en souriant à mon visage grimaçant. « Bonjour », a-t-elle dit gaie­­ment. J’ai ri. « Bonjour », a-t-elle répété. Dès que mon atten­­tion déri­­vait, elle le disait à nouveau. D’une certaine manière, elle a fait en sorte que je sois présent là avec eux pendant un long moment. « Bien­­ve­­nue sur Terre », a-t-elle enfin chuchoté avec un sourire mater­­nel. Quand j’ai quitté le chalet et que je suis rentré à San Fran­­cisco deux jours plus tard, j’étais rempli d’une légè­­reté qui a duré pendant des jours. J’ai repensé à la conver­­sa­­tion que nous avions eu le matin-même, pendant le petit-déjeu­­ner. J’avais à nouveau posé des ques­­tions à Rogers sur les saints baha’is qui l’avaient fasciné étant enfant. Est-ce que leur extase avait plus de sens pour lui aujourd’­­hui ? « Oui », a-t-il répondu. « Quand on te frappe et que tu dis non, c’est de la douleur. Mais quand on te frappe et que tu dis oui, c’est une sensa­­tion – et une sensa­­tion peut être tout ce que tu veux qu’elle soit. »


Traduit de l’an­­glais par Marine Péri­­net d’après l’ar­­ticle « That Time I Tried BDSM Therapy », paru dans The Atlan­­tic. Couver­­ture : Un dongeon BDSM, par Kaelen Weller.
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