par Nicolas Prouillac et Arthur Scheuer | 0 min | 24 novembre 2015

Chaos

Vendredi 21 h 30. Ce soir va être une bonne soirée. Deux fêtes au programme : l’an­­ni­­ver­­saire d’un copain à Ober­­kampf et, juste à côté, la dernière soirée orga­­ni­­sée par le jour­­nal Libé­­ra­­tion avant de quit­­ter ses locaux de la rue Béran­­ger. En me prépa­­rant, je jette un œil à Twit­­ter. Mais c’est vendredi, et à part quelques footeux qui regardent le match France-Alle­­magne, il n’y a pas grand monde pour twee­­ter. Je suis en train de réflé­­chir à quelles chaus­­sures je vais mettre quand s’af­­fiche un, puis deux tweets : fusillade à Répu­­blique. D’un coup, j’ac­­cé­­lère. J’en­­file la première paire qui me tombe sous la main et descends les six étages en courant.

ulyces-casanostra-01
Vers le Casa Nostra
Crédits : Tiphaine Le Liboux

Je sors, tourne à droite, le chemin pour aller à Répu­­blique, j’en ai pour trois minutes à pied. J’ha­­bite dans la rue de la Folie Méri­­court. 200 m plus loin, la rue débouche sur celle de la Fontaine-au-Roi. À l’angle : le Casa Nostra, un italien à la terrasse souvent remplie. Ce soir, le bout de la rue est bouché par deux camions de pompier. Deux. C’est beau­­coup pour une petite rue. Un garçon arrive en courant, en panique. « — Made­­moi­­selle, n’al­­lez pas par là ! — Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? — Des morts. » Je m’ar­­rête net. Twit­­ter disait « fusillade à Répu­­blique », pas au bout de la rue. Je reçois un texto : « Ça a l’air de se dépla­­cer comme si c’était une course pour­­suite, il se passe quelque chose à Charonne. Rentre, non ? » Je passe près du Rochelle, un bar situé à 50 m du Casa Nostra. D’ha­­bi­­tude, il y a toujours des clients en train de fumer devant. Mais là, personne. Le bar a baissé son rideau de fer presque jusqu’au sol. Les clients sont à l’in­­té­­rieur. Comme des centaines d’autres venus passer la soirée dans un des nombreux bars du quar­­tier, ils reste­­ront une partie de la nuit enfer­­més dans l’éta­­blis­­se­­ment. Accroupi derrière le rideau, un homme me propose en chucho­­tant d’en­­trer me mettre à l’abri. Mais je veux voir ce que cachent les camions de pompiers. Sauf que cette fois, c’est un poli­­cier, arme au poing, qui me barre le passage. « — Recu­­lez ! Rentrez chez vous ! » — Mais je suis jour­­na­­liste ! – Je m’en fous, rentrez ! Déga­­gez ! » À même hauteur, sur le trot­­toir d’en face, un groupe de cinq hommes discutent devant le hall d’im­­meuble éclairé qui touche le Casa Nostra. Des quinquas et des quadras. L’un d’entre eux est surex­­cité. Il parle trop fort, trop vite : « Un mec a tiré sur la terrasse, il est descendu d’une voiture, il s’est avancé à pied, il a tiré des rafales de kalach et après il est remonté tranquille dans la voiture. » Sans lâcher son arme, le poli­­cier lui parle le plus calme­­ment possible : « Monsieur s’il vous plaît, vous êtes sûr de ce que vous dites, je n’ai que des infor­­ma­­tions parcel­­laires pour l’ins­­tant. Il était seul à tirer ? Vous êtes sûrs de l’avoir vu remon­­ter dans la voiture ? » Nouveau texto : « Ce serait un mec qui vise les terrasses selon Twit­­ter. » Viser les terrasses ? Dans le hall de l’im­­meuble, un groupe de gens penchés sur une fille assise contre le mur. Elle pleure. À ses pieds, des panse­­ments, un mouchoir plein de sang. Elle dînait au Casa Nostra. Une balle a traversé son poignet. Les pompiers lui ont mis un gros bandage. Bien­­tôt, des amis la ramè­­ne­­ront chez elle. Les secours sont occu­­pés ailleurs. Rue de la Fontaine-au-Roi, cinq personnes sont mortes ce soir-là. De plus en plus nerveux, des poli­­ciers finissent par nous pous­­ser à l’in­­té­­rieur de l’im­­meuble : « Rentrez ! On ne veut personne dans la rue. » De l’in­­té­­rieur, nous voyons courir des poli­­ciers cagou­­lés ou casqués, armes de guerre à la main. Nous sommes là depuis 20 minutes avec inter­­­dic­­tion de nous appro­­cher de la porte vitrée, quand deux jeunes filles sortent de l’as­­cen­­seur. « Vous voulez monter ? » Demain, tout le monde relè­­vera la boule­­ver­­sante soli­­da­­rité des pari­­siens cette nuit-là. Partout, des habi­­tants descendent sur le trot­­toir ou postent sur Twit­­ter l’adresse et le code de leur immeuble, propo­­sant d’ac­­cueillir les personnes ne pouvant pas rejoindre leur domi­­cile. Des milliers sur Twit­­ter, via le hash­­tag #PorteOu­­verte.

ulyces-casanostra-02
Les secours
Crédits : Tiphaine Le Liboux

Chez Auré­­lie, on aura droit à du vin, des pâtes au gruyère, une recharge pour nos portables qui n’ar­­rêtent pas de sonner, de vibrer, de cligno­­ter. Je reçois des dizaines de secu­­rity check Face­­book, fonc­­tion acti­­vée en cas de situa­­tion dange­­reuse par l’ap­­pli­­ca­­tion pour permettre à ses utili­­sa­­teurs de se signa­­ler en sécu­­rité. Mon copain m’écrit plusieurs fois qu’il m’aime : « Je suis si heureux que tu n’aies rien. » Dans l’ap­­par­­te­­ment, Pascal aussi est gentil. Il a été huma­­ni­­taire sur des terrains de guerre, alors, comme s’il était encore en mission, il nous demande plusieurs fois comment on se sent. Personne ne lui répond vrai­­ment. Hébé­­tés, on regarde à la télé le nombre de morts augmen­­ter. 18, 39, 110. Du balcon d’Au­­ré­­lie qui donne sur la rue désor­­mais bouclée, il n’y a rien à voir à part les camions de pompiers. Je tweete ce que j’en­­tends. « Rentrez chez vous, c’est pas un film ! » hurle un poli­­cier à des habi­­tants un peu trop près du péri­­mètre de sécu­­rité. Vers 2 h, nous sommes auto­­ri­­sés à sortir. Les lumières bleues des gyro­­phares, les tâches dorées des couver­­tures de survie, les sirènes partout, les visages affo­­lés. Sur le chemin de la fête d’an­­ni­­ver­­saire, c’est le chaos. La bouteille prévue pour la soirée est restée dans mon frigo. Sur la table de fête, il y en a plein non enta­­mées. Pour­­tant, demain, tout Paris se réveillera avec une sale gueule de bois.

Figés

Samedi Midi. Le jour s’est quand même levé. Gris et froid. À la télé, dans les jour­­naux, les premiers témoi­­gnages des resca­­pés du Bata­­clan. On découvre ce qu’on n’osait pas imagi­­ner. « Un tapis de corps ensan­­glan­­tés », « l’en­­fer de Dante »… leurs témoi­­gnages reste­­ront gravés. Sur le trot­­toir, c’est le sang qui est incrusté. On a mis du sable pour le recou­­vrir. Mais sur la porte d’en­­trée du Casa Nostra, rien ne cache quatre impacts de balle. On ne voit que ça. Peu à peu, la rue se remplit sans bruit. Des centaines de personnes et le silence. Certains ont apporté des fleurs, des petits mots, d’autres prennent des photos. Ils restent là quelques instants, le visage figé, fixant la porte du restau­­rant. On vient se recueillir, mais surtout voir, réali­­ser ce qu’il s’est passé. Sonia, 38 ans, est là avec ses deux fils. Elle habite à deux pas, vient souvent au Casa Nostra. Hier soir encore son fils voulait s’ar­­rê­­ter manger une pizza, mais elle était fati­­guée, alors elle a dit non. Comme tout le monde cette semaine elle répète, plusieurs fois : « Ça aurait pu être moi. » Elle pleure et s’énerve à la fois. Kabyle, elle a quitté l’Al­­gé­­rie il y a 15 ans, lais­­sant la décen­­nie noire derrière elle. Mais les « mauvais souve­­nirs » ont resurgi cette nuit. Alors ce matin, pour une fois, elle s’est maquillée. Blush, rouge à lèvres et mascara. « Pour eux, pour leur montrer qu’on n’a pas peur, qu’on va conti­­nuer à vivre. C’est notre quar­­tier ici, on ne va pas se lais­­ser faire, on va les combattre. On les a combat­­tus en Algé­­rie, on peut aussi le faire ici. » Accro­­ché à sa jambe, son plus jeune fils, six ans, est choqué. Il a fait des cauche­­mars. « À 2 h, il s’est réveillé en sursaut en criant : “Est-ce qu’ils vont nous tuer ?” Je l’ai sorti du lit et je lui ai montré les poli­­ciers par la fenêtre : “Tu vois, tout va bien, on est protégé.” Il a dit : “Merci les poli­­ciers.” »

ulyces-casanostra-03
Recueille­­ment devant le Casa Nostra
Crédits : Tiphaine Le Liboux

Les poli­­ciers n’ont levé le péri­­mètre de sécu­­rité qu’à 7 h ce matin. Ils ont long­­temps craint qu’un tireur ne soit caché dans les étages de l’im­­meuble du Casa Nostra. Ils ont frappé à toutes les portes, ont frac­­turé celles que personne ne venait ouvrir. Dix portes ont été forcées, a compté le serru­­rier chargé de tout répa­­rer. Une femme dont l’ap­­par­­te­­ment donne sur le restau­­rant est en larmes. Elle s’en veut de « n’avoir rien fait ». « J’ai entendu quatre boums, j’ai regardé par la fenêtre et j’ai vu un tireur. Mon premier réflexe a été de me recu­­ler pour me proté­­ger. Mais si ça se trouve j’au­­rais pu faire quelque chose. » Une passante l’en­­toure de ses bras : « Vous mettre en sécu­­rité était le bon réflexe, vous n’au­­rez rien pu faire. » Plus tard, devant le Bata­­clan, le Petit Cambodge, place de la Répu­­blique, ou près du Casa Nostra, une douce odeur de cire fondue apaise la nuit. « Paris mon amour », peut-on lire entre les centaines de fleurs et de bougies. Dimanche Le soleil d’au­­tomne nous réchauffe. C’est un beau dimanche. Aujourd’­­hui, on a envie d’ou­­blier. On doit en profi­­ter, ce sera notre façon de résis­­ter. Autour du canal Saint-Martin, les terrasses se remplissent. #Occu­­pyTer­­rasse et « Fuck Daesh », écrit-on sur Twit­­ter en postant des photos, un demi à la main. À Répu­­blique, les conver­­sa­­tions ont repris, on parle poli­­tique, reli­­gion, mondia­­li­­sa­­tion. Mais en fin de jour­­née, on comprend qu’il va falloir du temps pour oublier.

« C’est parce qu’on a dit qu’on étaient tous Char­­lie qu’ils ont tué tout le monde vendredi ? »

Vers 18 h, un invrai­­sem­­blable mouve­­ment de panique se propage dans les 3e, 10e et 11e arron­­dis­­se­­ments. Dans un bar près du métro Temple, les client voient débou­­ler une dizaine de passants paniqués. « Des tireurs ! » crie quelqu’un. Tout le monde se jette en quelques secondes dans les esca­­liers qui mènent au sous-sol. Les tables sont renver­­sées, on piétine les manteaux, les écharpes et les sacs aban­­don­­nés au sol. Un serveur ouvre la porte de la cave où tout le bar s’en­­tasse. Certains pleurent en silence. Ailleurs dans le quar­­tier, des gens se marchent dessus pour se cacher au fond des bars. Des passants tapent aux vitres des établis­­se­­ments qui ont fermé leurs portes, en les suppliant de les lais­­ser entrer. Certains s’en­­taillent avec des éclats de verres brisés, un homme se luxe l’épaule dans la bous­­cu­­lade. En réalité, il n’y a rien. Des types ont appa­­rem­­ment trouvé malin de lancer des pétards rue de la Fontaine-au-Roi. Les déto­­na­­tions ont répandu la panique en un instant dans les rues alen­­tours. Pas sortie du week-end, c’est pile à ce moment que Sophia, 43 ans, qui habite près du Bata­­clan, se déci­­dera à mettre un pied dehors. Elle allait place de la Répu­­blique, dans la seule phar­­ma­­cie du quar­­tier ouverte le dimanche, avec son fils de six ans. Terri­­fié, il fera pipi dans son panta­­lon. En janvier, il y a déjà eu les atten­­tats de Char­­lie Hebdo à quelques rues de chez lui. Ce week-end il a essayé de comprendre : « C’est parce qu’on a dit qu’on étaient tous Char­­lie qu’ils ont tué tout le monde vendredi ? » Lundi À midi, beau­­coup de travailleurs du quar­­tier sont devant le Casa Nostra pour la minute de silence natio­­nale. Jacque­­line, la cinquan­­taine, en fait partie. Elle a les larmes aux yeux, ses mains tremblent un peu. On doit lui tenir son sac pour qu’elle puisse sortir l’un des trois bouquets de roses qu’elle a préparé pour chacun des lieux touchés dans le quar­­tier. Ce week-end, elle est restée « figée » devant la télé, mais aujourd’­­hui, elle ne pouvait pas ne pas être là. Elle se dit que sa présence fera chaud au cœur des proches de victimes. À tout le monde, en fait. « Dans chaque deuil, on a besoin d’être accom­­pa­­gné, mais là il y a quelque chose en plus… C’est aussi la France, notre jeunesse qu’on vient soute­­nir. » Après la minute de silence, Dimi­­tri, le patron du Casa Nostra, veut nous monter l’in­­té­­rieur du restau­­rant. Tout est resté en l’état. Des restes de pizzas dans les assiettes. Le tireur n’est pas rentré dans le Casa Nostra, mais ses balles tirées de l’ex­­té­­rieur ont fait des trous dans les murs. Entre l’osso bucco et les pâtes à l’amal­­fi­­taine, la planche sur laquelle est écrite le menu du jour est criblée de balles. Une cliente s’en est servie comme bouclier. La police a retrouvé 30 douilles sur place. Dans la cuisine du restau­­rant, des employés vident les frigos, jettent le jambon, la sauce tomate. Dimi­­tri ne sait pas quand il va rouvrir. Dans un mois peut-être ? Il faudra d’abord faire les travaux, et surtout en discu­­ter avec ses employés.

ulyces-casanostra-04
Devant le restau­­rant
Crédits : Tiphaine Le Liboux

Fluc­­tuat nec Mergi­­tur

Mardi 7 h. Paris se réveille sous le crachin. Un employé muni­­ci­­pal nettoie les trot­­toirs en sifflo­­tant « Les copains d’abord » de Bras­­sens. Ce week-end, la devise de Paris, Fluc­­tuat nec Mergi­­tur (« Il est battu par les flots, mais ne sombre pas »), a été taguée sur un mur à Répu­­blique et près du Canal Saint-Martin. Une jeune fille rallume en silence quelques bougies dépo­­sées devant le Casa Nostra. Quelqu’un a dessiné des cœurs sur le trot­­toir. Mercredi, c’est Clémen­­tine, 26 ans, archi­­tecte d’in­­té­­rieur, qu’on verra ramas­­ser les feuilles mortes qui se sont dépo­­sées entre les fleurs et les bougies : « On entre­­tient les cime­­tières donc je fais pareil. J’ai envie que ça reste joli. » Elle habite au 5 rue de la Fontaine-au-Roi. Le soir des atten­­tats, elle a entendu trois salves d’armes, « ça suffit pour faire des cauche­­mars ». Au Rochelle, on écoute « Résiste » de France Gall. Une soirée devait avoir lieu mercredi, mais les orga­­ni­­sa­­teurs ont préféré l’an­­nu­­ler. Trop tôt pour faire la fête. À la place, un verre ce mardi, comme ailleurs dans Paris, où des restau­­ra­­teurs ont lancé le mouve­­ment « Tous au Bistrot », pour « rendre hommage aux victimes », « soute­­nir les profes­­sion­­nels de la restau­­ra­­tion et du diver­­tis­­se­­ment mortel­­le­­ment ciblés » et faire que « Paris, la France, ne soit pas à son tour trahi par nos peurs ». Fanny n’en a pas entendu parler. Elle est sortie comme « je sorti­­rais un mardi soir ». « Sans crainte parti­­cu­­lière », mais sans vouloir non plus « reven­­diquer quelque chose ». Coline, prof d’éco gestion, avoue avoir hésité. Elle est « un peu flip­­pée ». Ce qui l’inquiète aussi, ce sont les mesures d’ex­­cep­­tions adop­­tées, l’état d’ur­­gence qui risque d’être prolongé. « Il faut se posi­­tion­­ner hyper rapi­­de­­ment sur les lois qui vont arri­­ver, j’es­­père avoir le temps de me faire un avis. » Mercredi Ce soir, Jasmine est la seule qu’on voit encore pleu­­rer à chaudes larmes. Elle a 20 ans, elle est serveuse au Casa Nostra. Vendredi, elle était derrière le comp­­toir quand le tireur a mitraillé. Quand il est reparti, elle s’est préci­­pi­­tée dans la rue, voir si elle pouvait faire quelque chose pour les personnes touchées.

ulyces-casanostra-06
Le petit violon
Crédits : Tiphaine Le Liboux

Ce soir, en guise de plaque funé­­raire, elle vient scot­­cher une feuille de papier sur un tronc d’arbre. « Ici, un ange nommé Kheir­­dinne Sahbi s’est envolé. Repose en paix. » En dessous, elle a dessiné un violon. En pleu­­rant, elle répète qu’elle ne sait « même pas dessi­­ner un violon ». Elle a retrouvé le nom de Kheir­­dinne Sahbi en regar­­dant les photos des victimes circu­­lant dans les médias. « J’ai reconnu son regard. » De lui, elle ne sait rien, à part que c’était « un violo­­niste ». Vendredi, il marchait dans la rue, son étui de violon sur le dos quand il s’est fait tuer. Elle dit : « Vous avez vu ce qu’il s’est passé ce matin à Saint Denis ce matin ? On n’a pas fini. » Jasmine s’en va, elle n’a pas trop envie de rester ici, mais elle propose de passer venir boire un café bien­­tôt au Casa Nostra, quand le restau­­rant aura rouvert. Anne aussi a connu Kheir­­dinne Sahbi. Vendredi, elle qui habite près du Bata­­clan dînait avec son mari et des amis dans un restau­­rant en face du Casa Nostra quand les coups de feu ont retenti. Comme beau­­coup, elle a d’abord cru à un règle­­ment de comptes. Sa copine phar­­ma­­cienne a pratiqué les soins de premiers secours sur le violo­­niste. Mais ça n’a pas suffi. « On l’a vu s’éteindre. » Les poli­­ciers les ont ensuite confi­­nés dans un hall d’im­­meuble. Ce soir, elle revient boire un verre avec les gens en compa­­gnie de qui elle a passé trois heures là-bas. « On avait besoin de revoir l’en­­droit, il y avait une sorte d’in­­com­­pré­­hen­­sion de l’évé­­ne­­ment. » Elle est toujours un peu KO, mais « ce n’est rien par rapport à ce que les autres ont vécu ». Son mari explique qu’il lui a fallu du temps pour réali­­ser. Samedi, juste après les coups de feu, il est resté très calme, a repris un verre de vin en disant : « Ah, oui, il y a eu une fusillade. » Aujourd’­­hui, il a senti le besoin d’al­­ler à la cellule psycho­­lo­­gique. On lui a expliqué que comme dans les gros trau­­ma­­tismes, il avait « déréa­­lisé » et « décom­­pensé ». « C’est le choc, on ne peut pas inté­­grer cette réalité-là. » Jeudi Aujourd’­­hui, on a appris que l’as­­saut poli­­cier de mercredi à Saint-Denis avait abouti à la mort du cerveau présumé des atten­­tats. Toute la jour­­née, une pluie froide est tombée sur Paris. Devant le Casa Nostra, deux jour­­na­­listes étran­­gers font toujours des directs, proté­­gés par des para­­pluies. Ils parlent des erreurs sur lesquelles les services de rensei­­gne­­ments devront s’ex­­pliquer. Hans, un alle­­mand de 44 ans qui vit et travaille en France depuis sept ans, réflé­­chit encore « à quel hasard ça tient d’être vivant ». Il travaille à la Défense pour une société dans le domaine du bâti­­ment et habite dans le quar­­tier. Ce week-end, il était en Alle­­magne. Là-bas aussi tout le monde n’a parlé que des atten­­tats. « Il y a 19 natio­­na­­li­­tés touchées, c’est pas que la France, c’est tout le monde. » Père d’un garçon de sept ans, à qui il essaye « d’ex­­pliquer l’inex­­pli­­cable » ces jours-ci, il ne se sent toujours pas très bien quand il marche dans la rue. Pour­­tant, « il faut conti­­nuer », dit-il. Mathieu et Ramzy, 15 ans, sont eux descen­­dus de Belle­­ville. Face au Casa Nostra, ils imaginent la scène de vendredi. Ça leur donne envie « d’ar­­rê­­ter de jouer à GTA ». Ils sortent souvent à Répu­­blique et ont bien l’in­­ten­­tion de conti­­nuer « comme avant ». Mais ils ne pour­­ront pas s’em­­pê­­cher « d’y penser ». « Je crois qu’on va enfin respec­­ter le couvre-feu donné par nos parents. »

ulyces-casanostra-05
Shadi, réfu­­gié pales­­ti­­nien de 29 ans, se recueille devant le Casa Nostra
Crédits : Tiphaine Le Liboux

Vendredi À 21 h 20, heure à laquelle les attaques ont débuté vendredi dernier, certains ont entamé une Marseillaise en formant une chaîne humaine place de la Répu­­blique et devant les terrasses touchées. Moi, j’ai quitté le Casa Nostra, c’est l’an­­ni­­ver­­saire d’une amie. Cette fois, j’ai pris la bouteille restée dans le frigo depuis une semaine.


Couver­­ture : Un parterre de bougies, par Tiphaine Le Liboux.
Down­load Best WordP­ress Themes Free Down­load
Free Down­load WordP­ress Themes
Down­load Premium WordP­ress Themes Free
Down­load Best WordP­ress Themes Free Down­load
free online course
Download Nulled WordPress Themes
Download WordPress Themes
Download WordPress Themes Free
Download WordPress Themes Free
udemy course download free

Plus de monde