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par Amanda Lewis | 29 juillet 2015

Marrant l’état dans lequel on se trouve lorsqu’on a une arme poin­­tée sur soi. Et quand c’est une rock star méga­­lo­­mane qui tient le calibre ? On se sent encore moins bien. Surtout quand ladite rock star vient de passer trois mois en prison, soit tout le prin­­temps 1995, et commence à déli­­rer sous vos yeux. C’est qu’il enquille des marti­­nis et fume des joints depuis 11 heures du matin avec sa nouvelle épouse, une actrice blonde qui fait fantas­­mer un milliard de personnes dans le monde chaque semaine dès qu’elle enfile son bikini rouge et trot­­tine sur une plage cali­­for­­nienne. Surtout quand on n’a pas arrêté de dérou­­ler des câbles, de défon­­cer des murs et de les repeindre encore et encore, parce que la rock star, qui voulait l’in­­ter­­rup­­teur à cet endroit-ci, le veut désor­­mais à cet endroit-là.

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La villa de Pamela Ander­­son et Tommy Lee en construc­­tion
Crédits : DR

Le jour où Tommy Lee et Pamela Ander­­son virèrent bruta­­le­­ment les ouvriers char­­gés de réno­­ver leur propriété de Malibu et refu­­sèrent de payer pour des travaux qu’ils trou­­vaient bâclés, Rand Gauthier, l’élec­­tri­­cien, était telle­­ment excédé par les demandes déli­­rantes du couple qu’il était prêt à effa­­cer leur ardoise de 20 000 dollars simple­­ment pour avoir la paix. Mais quand il revint chez eux, à Mulhol­­land High­­way, pour récu­­pé­­rer ses outils accom­­pa­­gné d’un maçon, et que Tommy Lee les braqua avec un fusil à pompe en hurlant « Foutez le camp de chez moi ! », Gauthier commença sérieu­­se­­ment à s’éner­­ver.

Pam et Tommy

Lee traita Gauthier comme un moins que rien ce jour-là, lui qui avait passé sa vie entière à être traité comme un moins que rien. On parle d’un homme qui, le jour de ses 18 ans, perdit sa virgi­­nité avec une pros­­ti­­tuée de Las Vegas. Un type de L.A. qui eut bien du mal à vivre autre­­ment que dans l’ombre de son père, célèbre pour avoir été une des vedettes de Bye Bye Birdie à Broad­­way, et qui inter­­­pré­­tait Hymie le Robot dans Get Smart, une série améri­­caine des années 1960. Arrivé dans les années 1990, Gauthier avait les muscles gonflés, la peau bron­­zée, les épaules larges, le sourire d’un agent immo­­bi­­lier et une voix de surfeur décon­­tracté. La plupart des gens le prenaient pour un naze, un amateur de théo­­ries du complot qui aimait pilo­­ter des bolides et se taper des actrices de X. Il tourna même dans quelques films, et il avait pour habi­­tude de traî­­ner sur les tour­­nages, montant les décors et draguant les star­­lettes. Le troll des studios, c’est ainsi qu’on l’ap­­pe­­lait. « J’ai jamais été très popu­­laire », dit-il. « Mais on ne m’avait jamais braqué avec une arme. Ça m’a niqué la tête. »

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Rand Gauthier
Crédits : Face­­book

Gauthier voulait sa vengeance. Il voulait que le batteur se sente vulné­­rable, qu’il se rappelle qu’il était un être humain comme les autres et pas une sorte de roc inébran­­lable, bien qu’il ait vendu vingt millions d’al­­bums avant son 33e anni­­ver­­saire. Gauthier décida donc de voler le coffre-fort planqué dans le garage de Tommy Lee, celui où la rock star rangeait ses armes et Ander­­son ses bijoux. On verrait s’ils riraient toujours. Il ne se doutait pas une seconde que le coffre renfer­­mait une cassette faite maison qui promet­­tait de le rendre riche, mais qui foutrait sa vie en l’air. Plutôt que de faire descendre Lee de son piédes­­tal, Gauthier allait contri­­buer à faire de lui une légende, révé­­lant au monde entier qu’il était l’un des plus ardents étalons de l’his­­toire du rock ‘n’ roll. « J’en ai fait une star, voilà ce que j’ai fait », résume Gauthier, aujourd’­­hui âgé de 57 ans. L’homme est toujours élec­­tri­­cien et cultive de la marijuana dans le garage de sa maison de Santa Rosa, en Cali­­for­­nie. Lee ne voit pas les choses sous cet angle. Il y a deux ans, Gauthier a reçu un message Face­­book de la part d’une page portant le nom de Tommy Lee. Un message court : « Pauvre merde. » La sex tape de Pam et Tommy Lee est l’une des reliques les plus célèbres de la planète, pour qui s’in­­té­­resse à la jet-set et aux paillettes. Lorsqu’elle fut rendue publique, ce n’était pas la première fois que circu­­lait une bande vidéo donnant à voir les ébats de célé­­bri­­tés – et ce ne serait pas la dernière. Mais c’était du porno qui inté­­res­­sait aussi ceux qui n’avaient aucun goût pour le genre, une plon­­gée en apnée dans l’in­­ti­­mité de deux têtes de gondole des tabloïds améri­­cains : Ander­­son, l’éter­­nelle Play­­mate et star d’Alerte à Malibu, et Lee, le batteur fêtard de Mötley Crüe.

Au prin­­temps 1996, lorsqu’on décou­­vrit le contenu de la bande, tout le monde voulait la voir, soit pour se rincer l’œil et décou­­vrir les mœurs de deux star­­lettes débau­­chées, soit pour se moquer de deux narcisses sans cervelle accros au sexe, qui avaient dû orches­­trer la fuite eux-mêmes, en mal de sensa­­tions fortes. Le couple était déjà connu pour ses mœurs char­­nelles et phar­­ma­­co­­lo­­giques hors du commun. Mais l’idée de les voir ensemble au lit allait permettre au monde de fran­­chir un nouveau cap dans le domaine du voyeu­­risme, au-delà des déra­­pages clas­­siques, des posters centraux de Play­­boy et des photos volées par des papa­­razzi convain­­cus que les stars n’avaient plus aucun secret pour eux. Et pour­­tant, la vidéo – il n’y a aucun doute là-dessus –, avait été obte­­nue illé­­ga­­le­­ment, volée dans la maison de Lee et Ander­­son. Lorsque le couple se filmait, au cours du prin­­temps et de l’été 1995, il ne se doutait abso­­lu­­ment pas qu’un jour, quelqu’un d’autre aurait accès à la bande. Nous étions loin de la tenta­­tive grave­­leuse de faire un coup publi­­ci­­taire, à une époque où télé-réalité et réseaux sociaux n’exis­­taient pas encore. Jamais vous ne verrez une célé­­brité sourire aussi simple­­ment et avec un total désin­­té­­rêt que Tommy Lee après qu’il a atteint l’or­­gasme avec sa femme.

Avant Kim Karda­­shian, avant TMZ, avant RedTube, avant le Fappe­­ning, il y a eu Pam et Tommy.

On est loin du gonzo : la vidéo dure 54 minutes, dont 8 seule­­ment sont consa­­crées à l’acte sexuel, consommé entre deux personnes mariées et amou­­reuses. « C’est la meilleure vidéo que j’ai vue de ma vie », décla­­rait Howard Stern en 1997. « Ce qui est cool avec cette bande, c’est qu’on est avec eux, on vit leur vie avec eux. » Mais ce que cette sex tape nous a appris, c’est qu’un indi­­vidu mal inten­­tionné peut se procu­­rer une vidéo privée, la diffu­­ser sur Inter­­net, et voir le contenu lui échap­­per tota­­le­­ment et rebon­­dir d’un pays à l’autre. Le voyage de ces images, d’un coffre fermé aux écrans de millions d’in­­ter­­nautes – et sur les étagères de maga­­sins de vidéo peu scru­­pu­­leux – était annon­­cia­­teur des boule­­ver­­se­­ments tech­­no­­lo­­giques et cultu­­rels qui allaient suivre. Avant Kim Karda­­shian, avant TMZ, avant RedTube, avant le Fappe­­ning, il y a eu Pam et Tommy. Après être passée de mains en mains sous le manteau pendant deux ans, la vidéo est deve­­nue virale. La vente des copies a alors rapporté 77 millions de dollars en moins d’un an – et ce n’est qu’une esti­­ma­­tion. Comment la personne qui a dérobé la cassette en parve­­nant à filer entre les doigts de la police, des avocats, des médias et des gangs de motards a-t-elle pu ne pas gagner un centime dans l’af­­faire ? Voici l’his­­toire d’un homme qui a tout misé sur une vidéo, certain d’y trou­­ver sa rédemp­­tion. Au lieu de cela, il a assisté à l’ef­­fon­­dre­­ment de sa vie et vu son avarice détruire presque tous les moments de bonheur qu’il était parvenu à construire au cours de sa vie d’adulte.

Le braquage

Gauthier raconte qu’il passa l’in­­té­­gra­­lité de l’été 1995 à prépa­­rer le braquage, se rendant plusieurs nuits par semaine au domi­­cile de Tommy Lee pour surveiller la propriété, posté dehors jusqu’à trois ou quatre heures du matin. Mani­­gançant. Réflé­­chis­­sant. « J’ai pris mon temps », se souvient-il. « J’ai cerné l’en­­droit. » Son plan était simple : balan­­cer un tapis en poils de yak tibé­­tain sur son dos et ramper jusqu’au garage au milieu de la nuit. Les camé­­ras de sécu­­rité, que Gauthier avait instal­­lées lui-même, le pren­­draient pour le chien que le couple possé­­dait à l’époque. Lee et Ander­­son vivaient dans une maison de trois étages, au style espa­­gnol, avec un garage que le batteur avait trans­­formé en studio d’en­­re­­gis­­tre­­ment, situé au rez-de-chaus­­sée.

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Pam et Tommy

Des camions, des voitures et des vans étaient souvent garés à l’ex­­té­­rieur de la maison, si bien que personne ne se douta de rien lorsque Gauthier y laissa son véhi­­cule au milieu de la nuit. La propriété était adja­­cente à un espace public, et les papa­­raz­­zis avaient pour habi­­tude de s’y planquer – il n’était pas rare de voir un micro téles­­co­­pique tenu à bout de bras par un repor­­ter coura­­geux planer au-dessus du jardin. Un jour, Tommy Lee fut arrêté pour avoir pointé son fusil à canon scié vers l’objec­­tif d’un appa­­reil photo qui avait surpris le couple en train de s’em­­bras­­ser. Leurs photos se vendaient cher, tant le public était fasciné par ce couple sulfu­­reux, qui s’était marié au Mexique en février de la même année après quatre jours de cour inten­­sive de la part du batteur – quatre jours qu’il passa tota­­le­­ment défoncé à l’ecs­­tasy. Le précé­dent mariage de Tommy Lee s’était terminé peu de temps aupa­­ra­­vant, après qu’Hea­­ther Lock­­lear l’eut accusé de violences conju­­gales, d’in­­fi­­dé­­lité et d’abus de drogue et d’al­­cool. Ander­­son, avec ses robes en cuir et son bonnet D dopé à la sili­­cone, semblait mieux corres­­pondre au style du musi­­cien – on parle tout de même d’un homme qui montrait son cul au public à chaque concert de Mötley Crüe. En avril 1995, des Pola­­roïds volés montrant le couple au lit étaient parus dans les éditions hollan­­daise et française de Penthouse, et du maga­­zine améri­­cain Screw. Ander­­son, d’abord agacée, décida d’en rire lorsqu’elle déclara à Movie­­line, plus tard dans l’an­­née : « Quand j’ai vu le premier Pola­­roïd, je me suis dit : “Wahou, on devrait l’en­­ca­­drer, bébé…” Fina­­le­­ment, on s’en fout, non ? »

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Au cours de la réno­­va­­tion de leur maison, qui prit plusieurs années, les deux tour­­te­­reaux solli­­ci­­tèrent plusieurs entre­­prises de maçon­­ne­­rie et divers archi­­tectes qu’ils trou­­vèrent tous indignes de leur confiance. Ils s’ap­­prê­­taient alors à dépen­­ser une gigan­­tesque somme d’argent en vue de la construc­­tion de ce qui allait deve­­nir un véri­­table para­­dis hédo­­niste, avec miroirs en forme de cœur, portes en fer forgé, chambre remplie de cous­­sins, bassin de pois­­sons, fresque murale repré­­sen­­tant le Ciel et l’En­­fer de plus de cinq mètres dans la cage de l’as­­cen­­seur, et balançoire de dix mètres suspen­­due au-dessus d’un piano blanc. « En réalité, c’était une salle de jeu pour adultes », écrit Tommy Lee dans son auto­­bio­­gra­­phie, Tommy­­land.

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Un couple déjanté

« Ils se faisaient livrer des morceaux de marbre épais de dix centi­­mètres direc­­te­­ment de France ou d’Ita­­lie », explique Guerin Swing, un archi­­tecte d’in­­té­­rieur qui fit beau­­coup la fête avec les Lee cette année-là, et parti­­cipa aux travaux extra­­­va­­gants exigés par le couple (il appa­­raît dans la vidéo, courant dans le couloir d’un hôtel, un seau sur la tête). « Ils balançaient telle­­ment d’argent qu’on avait l’im­­pres­­sion qu’ils détes­­taient ça. » Pendant ce temps-là, Gauthier patien­­tait. Au début du mois d’oc­­tobre, pour le 33e anni­­ver­­saire de son époux, Ander­­son orga­­nisa une fête placée sous le thème du cirque dans un ranch en aval de leur propriété, avec des tigres, des avaleurs de sabre, un groupe de death metal suédois et 5 000 dollars de drogues. Cinq jours avant Hallo­­ween, Gauthier se décida à passer à l’ac­­tion. La manière dont se déroula le cambrio­­lage reste floue, car Gauthier tient à se présen­­ter comme un casse-cou intré­­pide, omet­­tant certains détails qui laissent penser qu’il a pu avoir recours à des complices. S’il admet qu’une personne de son entou­­rage était au courant de son plan, il insiste sur le fait qu’il a commis le vol tout seul. Selon ses dires, tout commença à 3 heures du matin, alors que les Lee dormaient paisi­­ble­­ment à l’étage. Il esca­­lada le portail et jeta son dégui­­se­­ment de chien sur son dos, traî­­nant un diable derrière lui. Une fois les camé­­ras de surveillance neutra­­li­­sées, Gauthier prétend même être monté à l’étage et entré dans la chambre du couple.

Puis, une fois dans le garage, il dit avoir patiem­­ment déplacé tout le maté­­riel d’en­­re­­gis­­tre­­ment de Tommy Lee dissi­­mu­­lant le mur de moquette qui cachait le coffre, dont ce que Lee décri­­vait lui-même comme « une énorme console d’en­­re­­gis­­tre­­ment Neve qui pesait des centaines de kilos, ainsi que du matos de concert, de deux mètres de haut, pas faci­­le­­ment mani­­pu­­la­­ble… et lourd ». Puis, il bascula le coffre Brow­­ning de 2 m par 1,30 m par 1 m sur son diable, le fixa avec des lanières, remit tout en place et trans­­porta le tout dans l’al­­lée prin­­ci­­pale, en direc­­tion de la rue. À la surprise de Gauthier, le métal présent dans le coffre déclen­­cha l’ou­­ver­­ture du portail, le bruit des portes qui s’ou­­vraient rompant le silence de la nuit. « J’ai failli chier dans mon froc », dit-il. Une fois sorti de la propriété, pour char­­ger le coffre dans son camion, il prétend avoir « posé le coffre et le diable contre le hayon, rampé au sol pour glis­­ser mes jambes en dessous et poussé le tout à l’in­­té­­rieur – plus de 250 kilos que j’ai soule­­vés à la force de mes jambes. Ça a été dur. » Des amis de Gauthier déclarent qu’en 1995, l’élec­­tri­­cien présen­­tait une toute autre version de l’his­­toire. Lee, dans son livre, estime que celui qui a fait le coup « a proba­­ble­­ment utilisé une grue pour arra­­cher le coffre du mur ». Une source pense que Troy Tomp­­kins, le chef d’en­­tre­­prise qui s’était retrouvé avec le flingue de Lee pointé sur le crâne le jour où Gauthier avait voulu récu­­pé­­rer ses outils, aida ce dernier à plani­­fier son coup et l’at­­ten­­dait dans le camion ce soir-là. La femme de Tomp­­kins à l’époque, une Française du nom de Domi­­nique Sardell, avait aussi travaillé dans l’ap­­par­­te­­ment d’An­­der­­son, et fut virée en même temps que son mari et que Gauthier. Quelques mois plus tard, quand les Lee se rendirent compte que leur coffre avait disparu, Tomp­­kins et Sardell furent les premiers suspects du couple – Tomp­­kins fantas­­mait sur les flingues de Lee, et Sardell avait conseillé à Ander­­son de garder ses bijoux dans un coffre (ni Tomp­­kins ni Sardell n’ont souhaité répondre à mes ques­­tions).

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Fasa­­nella pose près du coffre-fort après le vol
Crédits : Steve Fasa­­nella

Ce qu’il se passa une fois le coffre-fort extrait de la maison des Lee est bien plus clair. Gauthier le mit en lieu sûr et, armé d’une scie sauteuse, découpa le dos du Brow­­ning avec une lame en diamant. Bien qu’il dément avoir trouvé un AK-47, un fusil d’as­­saut FNC, des fusils de calibre .45 et .70 et un pompe de marque Moss­­berg en acier – autant d’armes qui figurent dans le rapport de police –, il avoue y avoir décou­­vert tout le reste des objets que Pam et Tommy ont déclaré volé, à savoir des photos de famille, une Rolex, une montre Cartier en or et en diamant, des menottes en or et en émeraude, une croix en rubis et en diamant, le bikini blanc qu’An­­der­­son portait le jour de leur mariage, ainsi qu’une cassette Hi8, le format des cassettes qu’on insé­­rait dans les camé­­scopes vendus dans le commerce. La cassette en poche, il se rendit à North Holly­­wood dans un studio de tour­­nage de films porno, et regarda la vidéo avec le proprié­­taire des lieux. « On a mis la cassette, on a vu ce que c’était, et là on s’est dit “jack­­pot”. On avait des $ dans les yeux », se souvient-il. « Puis on s’est dit que c’était le genre de trucs pour lesquels les gens se prennent une balle… »

Les Médi­­cis du X

Au milieu des années 1990, le porno vivait son âge d’or. Tous les foyers améri­­cains pouvaient s’of­­frir un magné­­to­­scope, et un relâ­­che­­ment des mœurs – et des lois – avait permis à cette indus­­trie de peser jusqu’à cinq milliards de dollars, et de produire plusieurs centaines de films par an. Gauthier atter­­rit dans la San Fernando Valley à la fin des années 1980, après un rendez-vous à l’aveugle avec la star du X Erica Boyer (née Amanda Gantt), une fille du sud qui savait cuisi­­ner les gombos frits et dont le père fut, au sommet de sa carrière, l’as­­sis­­tant du procu­­reur géné­­ral de l’Ala­­bama. Ils emmé­­na­­gèrent ensemble au bout de six semaines, et elle parvint à convaincre une poignée de produc­­teurs que son nouveau mec avait déjà fait du porno. Ainsi, Gauthier, qui avait eu une courte carrière de strip-teaser à la fac mais n’avait jamais fait de X, pouvait bien lui donner la réplique dans un film.

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Rand appa­­raît dans 75 films pour adultes au bas mot
Crédits : DR

« Apprendre à jouir à la demande n’est pas simple », avoue Gauthier. « Ils te disent : “Allez, on y va main­­te­­nant. Tout le monde veut aller déjeu­­ner.” Du coup, t’es tout de suite sous pres­­sion… » Au cours de la décen­­nie suivante, sous le pseu­­do­­nyme d’Aus­­tin Moore, Gauthier appa­­rut dans 75 films, dont Big Boob Bikini Bash (1995), Miracle on 69th Street (1992) et Willie Wankers and the Fun Factory (1994). « J’au­­rais aimé avoir un plus gros maté­­riel pour corres­­pondre aux stan­­dards de l’in­­dus­­trie », dit Gauthier. « Beau­­coup de filles voulaient faire de l’anal avec moi parce que je n’avais pas un sexe très large. » Une fois son mariage avec Boyer terminé, il sortit avec des actrices telles que Wendy Whop­­pers, dont le bonnet H avait été en partie financé par Gauthier, et Stacey Valen­­tine, avec qui il a couché dans le parking d’un Jerry’s Famous Deli pendant qu’une douzaines de jeunes les encou­­ra­­geaient. « J’ai eu une vie de fou », dit-il. « Je crois en la réin­­car­­na­­tion, et je pense que dans cette vie, c’est les vacances. La prochaine fois, j’ai plutôt inté­­rêt à me tenir à carreaux. »

~

Gauthier passa son enfance à Toluca Lake, en face de chez Dick Van Dyke. Ses parents étaient divor­­cés et il n’avait aucun moyen d’avoir accès à de la porno­­gra­­phie. Quand il était petit garçon, sa mère devint Témoin de Jéhova, l’obli­­geant à l’ac­­com­­pa­­gner lorsqu’elle partait faire du porte-à-porte, et lui trans­­met­­tant son obses­­sion de la reli­­gion, des cultes et des socié­­tés secrètes. Gauthier est le genre de person­­nage qui croit qu’il existe une connexion mystique entre le nombre de lettres dans l’al­­pha­­bet hébreu, les os dans le crâne humain et le nombre d’an­­nées que compte le cycle magné­­tique du soleil (tous au nombre de 22). Sur le dos d’une de ses mains, il s’est fait tatouer le symbole des Francs-Maçons – il prétend en avoir rencon­­trés, et s’être vu propo­­ser une mitraillette et un entraî­­ne­­ment pour deve­­nir un soldat. Même s’il taxe aujourd’­­hui les Témoins de Jého­­vah de « débiles mentaux », Gauthier était bien plus heureux en compa­­gnie de sa mère qu’a­­vec son père, Dick Gautier. L’ac­­teur avait une fâcheuse tendance à perdre son sang-froid rapi­­de­­ment, et il les utili­­sait lui et ses sœurs pour vanter ses quali­­tés de père devant ses collègues. Une fois, alors que Gauthier était encore très jeune, son père le força à porter ses chaus­­sons au cours d’un dîner en ville – le gamin avait oublié ses chaus­­sures du dimanche chez sa mère.

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Gauthier et son ex-femme, la porn star Erica Boyer
Crédits : Rand Gauthier

« Je me souviens qu’il figu­­rait sur la liste des dix hommes les mieux habillés dans les années 1970, alors il était un peu embar­­rassé, lui, le beau gosse, de traî­­ner son fils comme un boulet », se souvient Gauthier. Une fois adulte, il modi­­fia l’or­­tho­­graphe de son nom de famille pour échap­­per à l’em­­prise pater­­nelle. « Je crois que mon père n’a jamais cru en moi. » Évoluer dans le porno lui donna la confiance en lui qu’il avait essayée d’ac­qué­­rir pendant ses jeunes années. Il se mit tout de même à fumer de la marijuana, « pour oublier qu’il y avait tout un tas de mecs qui me mataient et que c’était un peu bizarre ». Il préfé­­rait travailler hors-champ quand c’était possible. À l’époque, le porno était un petit milieu. Gauthier fit la connais­­sance de Milton Ingley, un patron de studio obèse surnommé « Oncle Miltie », fumeur de pipe et radin, qui adorait la musique coun­­try et Cham­­bord.

Les Peraino devinrent les Medi­­cis du X en finançant et distri­­buant Deep Throat.

Après que Gauthier eut réparé plusieurs appa­­reils d’en­­re­­gis­­tre­­ment chez Ingley, ils devinrent les meilleurs amis du monde. Le réali­­sa­­teur proli­­fique Ernest Greene (né Ira Levine), qui tour­­nait souvent dans le studio d’Oncle Miltie, appelle encore Gauthier « le chien-chien idiot de Milton », justi­­fiant le surnom en expliquant qu’In­­gley engueu­­lait toujours Gauthier pour le bordel qu’il foutait, simple­­ment parce « le mec avait une cervelle de lézard ». Alors quand Gauthier apporta la vidéo de Pam et Tommy à Ingley, ce dernier, qui est mort en 2006, prit les choses en main. Tout d’abord, après en avoir fait quelques copies, ils détrui­­sirent la cassette Hi8 origi­­nale, faisant fondre le boîtier de plas­­tique et décou­­pant la bande en plusieurs morceaux qu’ils disper­­sèrent sur un terrain vague qui joux­­tait le Six Flags Magic Moun­­tain, un parc d’at­­trac­­tion cali­­for­­nien. Une fois débar­­ras­­sés des preuves, l’étape suivante consista à trou­­ver un distri­­bu­­teur. « Milton était le roi du busi­­ness », se souvient Gauthier. « Il pouvait trans­­for­­mer 5 cents en 2 dollars, rien qu’a­­vec son bagout. » L’une des premières personnes qu’In­­gley appro­­cha était l’ac­­teur-réali­­sa­­teur Ron Jeremy, un de ses proches amis depuis la fin des années 1970, quand Ingley enchaî­­nait les cachets sous le nom de Michael Morri­­son. Jeremy venait de sortir un « porno-réalité », c’est-à-dire inter­­­prété par des personnes de la vraie vie. Le premier qu’il tourna avait pour vedette John Wayne Bobbitt, connu pour s’être fait ratta­­cher le pénis après que sa femme le lui eut coupé. « J’ai une star pour toi dont tu ne vas pas reve­­nir », lui annonça Ingley.

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Louis Peraino

Mais Jeremy et son produc­­teur se rendirent rapi­­de­­ment compte que la cassette qu’ils avaient entre les mains pouvait leur atti­­rer des ennuis, et que Pamela et Tommy Lee n’avait jamais signé quoi que ce soit auto­­ri­­sant la diffu­­sion de cette dernière. « On a passé notre tour », se souvient Jeremy. « Le porno était quand même très régle­­menté à l’époque. Si tu faisais baiser des gens face caméra, t’avais plutôt inté­­rêt à ce qu’ils t’aient signé une auto­­ri­­sa­­tion. » Ingley rencon­­tra d’autres parte­­naires poten­­tiels, mais personne ne voulut prendre le risque de diffu­­ser une telle vidéo. Selon Gauthier, un richis­­sime étran­­ger leur proposa un million de dollars pour une copie, mais Ingley répé­­tait que leur trésor valait bien davan­­tage. Enfin, il se rappro­­cha de Louis « Butchie » Peraino, le fils d’un capo d’une des familles mafieuses de New York, les Colombo. Quand la porno­­gra­­phie était illé­­gale pratique­­ment partout aux États-Unis, les Peraino devinrent les Medi­­cis du X en finançant et distri­­buant Deep Throat, devenu très vite un clas­­sique, en 1972. En 1995, Butchie était à la tête d’un circuit de distri­­bu­­tion vidéo, Arrow Produc­­tions, et fréquen­­tait tout le gratin du monde du film pour adultes. Mais même lui sentait que la fameuse cassette ne pouvait lui atti­­rer que des ennuis. Au lieu de cela, il prêta 50 000 dollars à Ingley, une somme qui allait couvrir les coups de produc­­tion et de distri­­bu­­tion de la bande sur Inter­­net, pensant qu’il pour­­rait récu­­pé­­rer sa mise en empo­­chant une partie des gains. À l’époque, seule­­ment 25 millions d’Amé­­ri­­cains et 40 millions de personnes dans le monde avaient accès à Inter­­net. La plupart des sites étaient horribles, et le strea­­ming n’exis­­tait pas encore. Mais le web et sa répu­­ta­­tion d’ano­­ny­­mat garanti était le nouveau marché noir : l’en­­droit idéal pour que des consom­­ma­­teurs se procurent la vidéo sans se faire prendre. Gauthier et Ingley se voyaient enfin riches. « Je commençais à regar­­der les annonces de châteaux en Espagne », confie Gauthier. ulyces-pamandtommy-15

Hell’s Angels

Ingley utilisa un quart de la somme prêtée par Peraino pour effec­­tuer des milliers de copies de leur cassette et embau­­cher une personne qui mit en place plusieurs sites web : pamsex.com, pamlee.com et pamsex­­tape.com. Les sites ne propo­­saient pas la vidéo. Ils présen­­taient simple­­ment la marche à suivre pour la rece­­voir : envoyer de l’argent à la succur­­sale new-yorkaise d’une compa­­gnie qui manu­­fac­­tu­­rait des T-shirts au Canada, qui trans­­fé­­rait ensuite l’argent vers un compte bancaire située à Amster­­dam. Le prix de vente des VHS de Pame­­la’s Hard­­core Sex Video s’éle­­vant à 59,95 dollars, Ingley se voyait déjà crou­­ler sous le cash. Lais­­sant Gauthier à la manœuvre pour gérer tout ce qui concer­­nait l’ex­­pé­­di­­tion desdites vidéos – il condui­­sait dans Los Angeles avec un van rempli de VHS pirates – Ingley s’en­­vola pour New York pour claquer le reste de l’argent de Peraino en bouteilles de cham­­pagne à 500 dollars, pros­­ti­­tuées, suites au Plaza et cocaïne. Autre vassal d’In­­gley, Steve Fasa­­nella (à sa demande, son nom de famille a été modi­­fié) travaillait pour l’obèse depuis peu lorsque le manège se mit en place. Quand il se rendit compte qu’il ne verrait jamais un dollar de tout l’argent récolté par le duo, il décida de produire ses propres copies. Rapi­­de­­ment, il se mit à vendre des VHS à 175 dollars, direc­­te­­ment depuis le coffre de sa voiture (il prétend avoir vendu 500 copies, et avoir ainsi encaissé 75 000 dollars). Fasa­­nella conseilla à Gauthier de faire pareil, de s’as­­su­­rer un mate­­las au cas où Ingley le baisait, mais Gauthier décida de rester loyal.

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La liste des objets conte­­nus dans le coffre donnée à la police

À la fin du mois de décembre 1995, quand l’édi­­tion du dimanche du Daily Mail publia une rétros­­pec­­tive des frasques de Pamela Ander­­son et Tommy Lee, le jour­­na­­liste en charge du dossier évoqua l’exis­­tence d’une vidéo mettant en scène les deux star­­lettes en train de faire l’amour sur un yacht, qui se vendait sous le manteau à Los Angeles. C’était deux mois après le braquage. Ander­­son et Lee ne s’étaient même pas rendus compte que leur coffre avait dispa­­ru… Au milieu du mois de janvier 1996, ils réali­­sèrent que leur Brow­­ning s’était envolé. Terri­­fiés, ils solli­­ci­­tèrent la police et enga­­gèrent la star des détec­­tives privés d’Hol­­ly­­wood, Anthony Pelli­­cano, pour qu’il tirât au clair toute cette affaire. Pelli­­cano expliqua à l’avo­­cat du couple qu’il avait remonté la piste jusqu’à Ingley, qui admet­­tait possé­­der une copie de la vidéo mais préten­­dait se l’être procu­­rée auprès de Guerin Swing, l’ar­­chi­­tecte d’in­­té­­rieur. Swing et un ami à lui se déten­­daient dans sa garçon­­nière de 800 mètres carrés quand Pelli­­cano sonna à la porte, portant un costume blanc. Il plaqua Swing au sol. « Qu’est-ce qui se passe mec ! » demanda l’ar­­chi­­tecte, effrayé. « T’es qui putain ! » « Avoue », répon­­dit Pelli­­cano. « On sait que c’est toi ! On sait que t’as pris la cassette ! » Après un court inter­­­ro­­ga­­toire, Pelli­­cano se rendit compte que Swing n’avait rien à voir avec le vol du coffre (Pelli­­cano est actuel­­le­­ment en prison, où il purge une peine de 15 ans pour fraude et usur­­pa­­tion d’iden­­tité).

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Fasa­­nella se trou­­vait dans les studios d’In­­gley, où il bossait avec le colo­­ca­­taire Ron Jeremy, un réali­­sa­­teur du nom de Bobby Bouschard, lorsqu’ils enten­­dirent cinq ou six motos débou­­ler sur le parking et virent autant de bikers se ruer dans leur bureau. « Toi – où est cette putain de cassette ! » hurla l’un d’entre eux à Fasa­­nella, tandis qu’un de ses cama­­rades poin­­tait un fusil à pompe sur ses parties intimes. Le biker avait dans les mains la VHS d’un porno que Gauthier avait tourné plusieurs années aupa­­ra­­vant.

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La jaquette de la fameuse cassette

« Je sais qui vous cher­­chez, mais ce n’est pas moi », répon­­dit Fasa­­nella. « C’est toi ! » cracha le biker. Il montra la boite usée à Fasa­­nella. Fasa­­nella et Gauthier avaient des traits vague­­ment simi­­laires – ils étaient tous les deux Italiens et plutôt musclés. Les bikers discu­­tèrent entre eux pour savoir si Fasa­­nella était la bonne personne ou pas. « Bon », conclut le mec au fusil à pompe, « tu dis à cet enculé qu’on va reve­­nir explo­­ser des couilles au canon scié si cette vidéo dispa­­raît pas. » Le chef de la sécu­­rité de Mötley Crüe était un ancien membre des Hell’s Angels, et plusieurs sources confirment que Lee lui-même les avait diri­­gés vers Gauthier et Ingley afin qu’ils récu­­pèrent la cassette (Gauthier pense pour sa part que ces bikers faisaient parti des Bandi­­dos, un gang de motards mexi­­cains). Les bikers commen­­cèrent à venir au studio tous les jours, parfois deux fois par jour, à la recherche de Gauthier et Ingley. Si Gauthier était présent lors d’une de leurs visites impromp­­tues, Fasa­­nella et lui grim­­paient sur le toit du studio et sautaient sur celui du garage mitoyen de leur bureau. Fasa­­nella habi­­tait à deux pas : une fois la baie vitrée passée, ils étaient en sécu­­rité. Selon Gauthier, Lee aurait même envoyé un pote à lui – acteur porno égale­­ment –, Candy Vegas et un de ses amis jusque chez lui pour tenter de le convaincre de rendre la cassette. Mais vu le nombre de copies exis­­tantes, ces efforts furent vains. Avec tant de monde à ses trousses et à la recherche de la cassette volée, Gauthier commença à deve­­nir para­­noïaque et perdit peu à peu le sommeil. Il finit par squat­­ter le canapé de Fred Pian­­ta­­dosi, un réali­­sa­­teur de pornos qui offi­­ciait sous le nom de Fred Lincoln et gérait le cinéma pour adulte appelé le Plato’s Retreat, à San Fran­­cisco – qui appar­­te­­nait aux Peraino. La fille de Pian­­ta­­dosi, Ange­­lica, aujourd’­­hui âgée de 22 ans, se souvient d’avoir vécu avec Gauthier pendant près d’un an. « Tonton Rand » couchait dans le lit super­­­posé rouge qui se trou­­vait dans sa chambre, avec une couver­­ture du Bossu de Notre-Dame, tandis qu’elle dormait dans la chambre de son père. Elle porte toujours une large cica­­trice sur sa jambe, souve­­nir du jour où le pot d’échap­­pe­­ment brûlant de la Corvette ’69 de Gauthier lui embrassa le mollet alors qu’il la dépo­­sait à son cours de karaté.

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La mise en garde qui ouvre la vidéo

Alors que Lee et Ander­­son commençaient à mesu­­rer l’am­­pleur du phéno­­mène, ils apprirent que Penthouse avait mis la main sur une copie de leurs ébats. Un avocat de la revue jura que jamais son client n’en publie­­rait la moindre image, mais le couple commença à paniquer. Le 29 mars 1996, ils portèrent plainte au civil et récla­­mèrent 10 millions de dollars à quiconque possé­­dait une copie de leur cassette, Penthouse, Gauthier, Ingley, Tomp­­kins, Sardell et Swing inclus. Le lende­­main, les vans des chaînes de TV se garèrent devant le studio d’In­­gley et devant la maison des parents de Swing. Une sex tape avait été volée chez le couple le plus célèbre du monde. Tout le monde mourait d’en­­vie d’en savoir plus.

Copy­­right

Ander­­son et Lee récla­­mèrent l’in­­ter­­dic­­tion de Penthouse, ce qu’un juge leur refusa. Le numéro de juin sortit norma­­le­­ment, Pamela en couver­­ture, avec une descrip­­tion détaillée du contenu de la cassette – dont quelques cita­­tions – à l’in­­té­­rieur. Le maga­­zine ne possé­­dant pas l’au­­to­­ri­­sa­­tion de publier les images, ils illus­­trèrent l’ar­­ticle avec les Pola­­roïds volés, déjà publiés par la presse étran­­gère. En août, un autre juge de Los Angeles refusa aux Lee une injonc­­tion perma­­nente contre Penthouse, en majeure partie parce qu’il était impos­­sible d’in­­ter­­dire à un média de publier quelque chose avant que celui-ci ne l’eût fait. Plus grave encore pour le couple : compte tenu du fait qu’An­­der­­son avait déjà posé nue plusieurs fois et qu’ils discu­­taient ouver­­te­­ment de leur vie sexuelle au cours de nombreuses inter­­­views, les avocats de Penthouse esti­­mèrent que les Lee avaient aban­­donné de facto leur droit à la vie privée au regard du contenu de la vidéo. Et puisque Penthouse avait obtenu la vidéo d’une « source » et qu’au­­cun employé du maga­­zine n’avait parti­­cipé au vol de celle-ci, décrire son contenu était une pratique accep­­table. De plus, étant donné que la bande montrait Pamela en train de rouler un joint alors que celle-ci avait affirmé à Star l’an­­née précé­­dente qu’elle ne se droguait pas, la cassette deve­­nait une infor­­ma­­tion digne d’être publiée.

En octobre 1997, la cour de Los Angeles ordonna à Ingley d’ar­­rê­­ter de copier et de vendre la vidéo – ce qu’In­­gley ne fit pas.

Cepen­­dant, vu qu’An­­der­­son et Lee avaient tourné la vidéo eux-mêmes, le couple en possé­­dait toujours le copy­­right – un argu­­ment juri­­dique brandi devant Ingley par tous les produc­­teurs à qui il avait proposé une copie de la vidéo. Penthouse se garda ainsi de publier des images de la vidéo, ou même de la revendre, bien qu’ils eussent gagné le procès. En paral­­lèle, aucune des personnes citées au procès n’ad­­mit possé­­der une copie de la cassette volée. Tomp­­kins et Sardell répon­­dirent aux accu­­sa­­tions des Lee, qui comp­­tait égale­­ment un volet « fraude », en les attaquant à leur tour. Ils préten­­dirent que le couple leur devait 120 000 dollars en outils et main-d’œuvre (l’af­­faire fut clas­­sée en 1997). Tout au long du prin­­temps et de l’été 1996, des injonc­­tions à compa­­raître arri­­vèrent au bureau d’In­­gley et Gauthier, sans qu’au­­cun d’eux ne prit la peine d’en­­ga­­ger un avocat. Avec les repré­­sen­­tants des Lee d’un côté, le gang de bikers de l’autre et Peraino qui se deman­­dait quand est-ce qu’il allait voir un retour sur inves­­tis­­se­­ment, Ingley décida de se tirer de New York. Il se rendit aux Pays-Bas, se tapant encore plus de pros­­ti­­tuées et de coke et montant encore plus de sites web, postant des milliers de pubs pour ses copies dans des forums pour adultes. « Le FBI, Inter­­pol et la CIA n’ar­­ri­­vaient déjà pas à choper un porno­­graphe amateur retran­­ché dans une grande usine », s’es­­claffe Ron Jeremy. « Comment auraient-ils pu mettre la main sur un margou­­lin qui faisait son busi­­ness en chan­­geant tous les jours de cyber-café, au beau milieu d’Am­s­ter­­dam ? » Quand les sites de vente des copies ne crashaient pas, ils géraient un nombre incal­­cu­­lable de commandes. Mais une fois le stock de copies écoulé, et en atten­­dant un éven­­tuel réas­­sort, une ques­­tion germa dans l’es­­prit de certains inter­­­nautes : si Ingley et Gauthier avaient pu voler une cassette et en vendre des copies sur le web sans aucune auto­­ri­­sa­­tion et sans réseau de distri­­bu­­tion conven­­tion­­nel, pourquoi quelqu’un d’autre ne pour­­rait-il pas le faire ?

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Certains moments relèvent du film de vacances

Une vague de sites imitant ceux d’In­­gley vit ainsi le jour à la fin de l’an­­née 1996, dont naked-celebs.com, pamwatch.com et bobs­­nu­­de­­ce­­lebs.com. Les profits dimi­­nuèrent, et Ingley commença à prendre peur. Gauthier surveillait les chiffres pour son studio, et sa fille faisait des aller-retours entre le Texas et L.A. pour vendre ses biens. Afin de couper toutes les têtes de l’hydre qu’il avait indi­­rec­­te­­ment créée, à la fin du prin­­temps 1997, il arrêta d’en­­voyer des copies et annonça que les commandes en cours ne seraient hono­­rées qu’à comp­­ter du 27 septembre 1997. Mais Peraino voulait toujours voir la couleur de son argent. Gauthier dit aujourd’­­hui qu’In­­gley était parvenu à lui rembour­­ser la somme initia­­le­­ment emprun­­tée, mais qu’il lui devait toujours les inté­­rêts. Ingley savait que Peraino était atteint d’un cancer, et il pensait que s’il restait terré en Europe suffi­­sam­­ment long­­temps, Peraino mour­­rait et sa dette dispa­­raî­­trait par la même occa­­sion. Quant à Peraino, il était convaincu qu’In­­gley planquait du fric quelque part, mais il igno­­rait si Gauthier en voyait la couleur, voire si Gauthier, qui envoyait chaque jour des centaines de cassettes par la poste, avait jamais été payé. Alors une nuit, Peraino l’in­­vita à dîner. Après une assiette de linguine et quelques huîtres, discrè­­te­­ment, il mit quelques cuille­­rées de sherry dans le Merlot de Gauthier. Puis, après le dîner, il lui ramena des cerises qui avaient mariné dans de l’Ever­­green. Rapi­­de­­ment, Gauthier se retrouva saoul, et Peraino commença son inter­­­ro­­ga­­toire.

« Où est l’argent ? » lui demanda-t-il. « Où est-ce que Milton et toi cachez mon fric ? » Heureu­­se­­ment pour Gauthier, Peraino le crut quand il lui annonça ne pas en avoir la moindre idée. Malheu­­reu­­se­­ment pour Gauthier, Peraino décida que ce dernier allait bosser pour lui afin de rembour­­ser une partie de la dette d’In­­gley. Plus préci­­sé­­ment, il l’ai­­de­­rait à envoyer un message à d’autres personnes qui lui devaient de l’argent. Après quoi Gauthier se retrouva à collec­­ter des dettes pour la mafia, afin de rembour­­ser la sienne. « Contrai­­re­­ment à ce qu’on pour­­rait penser, c’est diffi­­cile de casser des genoux, alors j’ai trouvé une autre méthode », raconte Gauthier. Il se laissa pous­­ser la barbe, enfila une casquette de base­­ball et des lunettes de soleil, et s’ap­­pro­­chait de ses proies en tenant ce qui, au premier abord ressem­­blait à une tasse de café. Mais c’était de l’am­­mo­­niaque. Tout d’un coup, Gauthier jetait le liquide aux visages de sa victime, prenait la partie en métal d’un manche à balai, cassait la clavi­­cule du type, s’en­­fuyait et, après quelques pâtés de maison, rejoi­­gnait son van Dodge sans plaque d’im­­ma­­tri­­cu­­la­­tion et dispa­­rais­­sait.

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En octobre 1997, la cour de Los Angeles ordonna à Ingley d’ar­­rê­­ter de copier et de vendre la vidéo – ce qu’In­­gley ne fit pas. Mais il était déjà trop tard : la date du 27 septembre était passée, et Los Angeles crou­­lait sous les copies pirates de la sex tape des Lee. Comme l’écri­­vit Stepha­­nie Savage, future créa­­trice de Gossip Girl, dans le Jour­­nal of Film and Tele­­vi­­sion de l’uni­­ver­­sité de Cali­­for­­nie du Sud, « les profes­­sion­­nels de la télé­­vi­­sion se réunis­­saient et encou­­ra­­geaient, sifflaient, mataient et spécu­­laient ». Variety publia même une critique de la vidéo. C’est à ce moment-là qu’une copie de la vidéo tomba entre les mains de Seth Warshavsky, un prodige de 25 ans qui mourait d’en­­vie de deve­­nir célèbre, à tel point qu’il allait faire encore monter la pres­­sion d’un cran. En plus de travailler sur les premières versions des publi­­ci­­tés pay-per-click, du strea­­ming et du paie­­ment par carte de crédit en ligne, Warshavsky préten­­dait qu’une flotte de femmes nues pouvaient répondre aux demandes des inter­­­nautes du monde entier, en direct et en vidéo, sur le site qui devint rapi­­de­­ment son chef-d’œuvre : Club Love.

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Seth Warshavsky

Pour­­tant, tout le monde, dans le porno comme dans l’in­­for­­ma­­tique, mépri­­sait ce gamin, qui devait du fric à tout le monde et signait des chèques en blanc. Un de ses employés, un ancien mannequin et joueur profes­­sion­­nel de golf du nom de Cort St. George, traî­­nait à l’époque dans les couloirs d’un grand studio de télé­­vi­­sion cali­­for­­nien. Un jour, il se mit à regar­­der une des copies qui avait trouvé son chemin à Holly­­wood. Il l’amena à son boss à Seat­tle. Warshavsky lui donna quelques milliers de dollars et, le 3 novembre 1997, annonça par voie de presse qu’il allait diffu­­ser la vidéo en ligne. Cepen­­dant, comme le confir­­mèrent plusieurs de ses employés, Warshavsky pensait qu’il n’au­­rait pas à montrer la vidéo. Il dési­­rait juste se faire de la pub, ce qui allait forcé­­ment arri­­ver une fois les avocats des Lee au courant de ses plans. Mais le 6 novembre, un juge refusa d’émettre une injonc­­tion contre lui, et le lende­­main, Warshansky mit en ligne la vidéo sur Club Love, mettant en place une boucle de cinq heures. « On était à l’ar­­rière d’une voiture », se souvient St. George, « et Tommy était sur haut-parleur. Il hurlait : “Seth, je vais venir botter ton sale petit cul !” » Les Lee n’en pouvaient plus. Tout le monde à Los Angeles, semblait-il, avait déjà vu la vidéo, et l’in­­ter­­mi­­nable suite de procès et de dépôts de plaintes, en plus de deve­­nir stres­­sante, n’avait aucun effet sur la distri­­bu­­tion ou la produc­­tion des copies. Aussi, ils déci­­dèrent de s’en­­tendre avec Warshavsky.

Mauvais karma

Lee et Ander­­son pensaient qu’ils pour­­raient auto­­ri­­ser le jeune prodige à diffu­­ser leur vidéo en ligne tout en inter­­­di­­sant sa vente dans les vidéo-clubs. Ils avaient clai­­re­­ment sous-estimé la puis­­sance de l’In­­ter­­net. Derek Newman, qui venait d’ob­­te­­nir son diplôme d’avo­­cat à la Pepper­­dine Law School, repré­­sen­­tait Warshavsky. Il rédi­­gea la demande d’au­­to­­ri­­sa­­tion de diffu­­sion la plus large possible, espé­­rant que le couple renon­­ce­­rait à son copy­­right sur la vidéo. « Tout en négo­­ciant, je me disais : “Ils ne signe­­ront jamais ça.” », se souvient Newman. Et pour­­tant, le 25 novembre 1997, ils signèrent.

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Les signa­­tures offi­­cielles de Pam et Tommy

En quelques jours, tous ceux qui avaient sous­­crit à un abon­­ne­­ment à Club Love obtinrent un accès illi­­mité à la vidéo. « Nos serveurs n’ont pas tenu le coup. C’était de la folie. On a vendu des milliers d’abon­­ne­­ments par jour, tous les jours, pendant des mois », se souvient Jona­­than Silver­­stein, qui travaillait comme direc­­teur des ventes et du marke­­ting chez Club Love à l’époque. Très vite, Warshavsky s’en­­ten­­dit avec Steven Hirsch, proprié­­taire de la société d’édi­­tion de films pour adultes Vivid Enter­­tain­­ment. Hirsch produi­­rait des VHS, des DVD et des CD-ROM de la vidéo. En février 1998, tout Améri­­cain un tant soit peu excité ou curieux pouvait entrer dans un sex shop et se procu­­rer une copie des ébats de Tommy Lee et Pamela Ander­­son en toute léga­­lité. Dans les années qui suivirent, il se vendit des dizaines de milliers d’exem­­plaires de la vidéo. Vivid_logo« C’était un phéno­­mène, et ça a permis à ma compa­­gnie de fran­­chir un cap », admet Hirsch. « On faisait notre busi­­ness dans notre coin, et ça nous est tombé dessus. » Warshavsky alla même jusqu’à pour­­suivre ceux qui violaient son copy­­right sur le web, les convain­­cant de lui ache­­ter une licence pour avoir le droit de strea­­mer la vidéo. En 2000, le Guin­­ness Book des records inscri­­vit Pamela Ander­­son à son Panthéon comme « célé­­brité la plus télé­­char­­gée ». Des millions de sites web qui n’avaient aucun rapport avec elle incluaient son nom dans leurs meta-données afin de redi­­ri­­ger le trafic vers eux. À Amster­­dam, Ingley deve­­nait fou. Comment Warshavsky et Hirsch avaient pu oser se faire de l’argent sur sa vidéo ? Mais c’était déjà trop tard : il avait perdu tout contrôle. Et chaque fois que Gauthier enten­­dait parler de la vidéo, se souvient Fasa­­nella, il fondait en larmes. « J’étais au plus bas de l’échelle », dit Gauthier. « Et je me donnais du mal pour que ça fonc­­tionne. » Quand Pam et Tommy virent que des copies physiques de leur cassette pouvaient être louées ou ache­­tées dans des sex shops, ils entrèrent dans une colère noire. Ou plutôt, ils firent de leur mieux pour faire croire qu’ils étaient furieux – se plai­­gnant d’avoir été dupés par Warshavsky, qu’ils pour­­sui­­virent devant une cour fédé­­rale. Mais plusieurs analystes virent la signa­­ture de l’ac­­cord entre Warshavsky et le couple comme la preuve irré­­fu­­table qu’un partage des profits avait été orga­­nisé en amont du deal. Une allé­­ga­­tion confir­­mée par un ancien employé de Vivid Enter­­tain­­ment. Ron Jeremy raconte avoir demandé à Ander­­son si la cassette lui avait rapporté de l’argent, ce à quoi elle répon­­dit, « eh bien, tu le sais ». (Ander­­son et Lee ont publique­­ment nié avoir tiré le moindre profit de cette affaire, et ils ont tous les deux refusé de répondre à mes ques­­tions.)

« Il y a un mauvais karma autour de cette vidéo. » — St. George

En 2002, quand la cour fédé­­rale se réunit enfin, Warshavsky avait démé­­nagé à Bang­­kok, à la suite d’une enquête du FBI et du minis­­tère de la justice sur ses agis­­se­­ments commer­­ciaux. Personne ne vint le repré­­sen­­ter. Un juge condamna l’an­­cienne société du wunder­­kid à payer 740 000 dollars de dommages et inté­­rêts aux Lee – le couple ne vit jamais un centime de cette somme. Même si Ander­­son et Lee avait conclu un deal avec Hirsch et Warshavsky, qui pour­­rait leur en vouloir ? À force d’en­­tendre les juges et les avocats leur dire que rien ne pouvait être fait, de voir des sites pullu­­ler et utili­­ser les images de leurs ébats sans auto­­ri­­sa­­tion, prendre un peu de cash au passage semblait être la moins pire des options. Bizar­­re­­ment, St. George, qui livra le premier la cassette à Warshavsky, finit par récu­­pé­­rer les droits web et pay-per-view des images en 2003. En 2011, il ne les renou­­vela pas. « Il y a un mauvais karma autour de cette vidéo », dit-il, expliquant qu’a­­près avoir amené la cassette à Seat­tle, son couple commença à battre de l’aile. « Je m’inquiète à mon sujet parfois. Qu’est-ce que j’ai déclen­­ché ce jour-là ? »

La ruine

Les états d’âme de St. George sont la preuve que ceux qui ont trans­­formé le web en une jungle sans foi ni loi commencent à avoir du recul sur leur action. Tout le monde se moquait de la rock star ringarde et de sa bimbo blonde quand la cassette a commencé à fuiter, mais nous avons tous connu une expé­­rience simi­­laire au cours des deux décen­­nies suivant l’af­­faire de la sex tape. Le chemin tortueux qu’a suivi cette cassette, du coffre-fort de ses proprié­­taires à la place publique, est le produit malheu­­reux d’une période au carre­­four de deux ères, soit avant et après que l’In­­ter­­net ne commence à domi­­ner le commerce et la commu­­ni­­ca­­tion. La popu­­la­­rité de ce nouveau média a peut-être esquissé les règles dont notre monde hyper-connecté a besoin. Si nous avons appris à nos dépens que tout ce qu’on enre­­gistre peut finir sur les écrans d’une agence gouver­­ne­­men­­tale, le web ne ressemble plus au Far West qu’il a pu être.

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Un selfie de Tommy Lee
Crédits : Face­­book

« Pendant trop long­­temps, le web a été vu comme diffé­rent des médias tradi­­tion­­nels du point de vue éthique, comme une créa­­ture possé­­dant ses propres lois », estime l’avo­­cat Doug Mirell, basé à Holly­­wood et spécia­­liste du Premier Amen­­de­­ment, qui a pour clients de nombreuses célé­­bri­­tés qui ont eu à se défendre dans des affaires de viola­­tion de la vie privée. Hulk Hogan est actuel­­le­­ment en procès contre Gawker pour une histoire de sex tape. « Les cours commencent à se rendre compte qu’In­­ter­­net a le pouvoir d’en­­va­­hir votre vie privée plus faci­­le­­ment qu’il n’y paraît. » En effet, treize États ont voté des lois anti-revenge porn, afin d’em­­pê­­cher des ex rancu­­niers de poster en ligne des photo­­gra­­phies ou des vidéos à carac­­tère sexuel mettant en scène leur ancien-ne compagn-e-on. L’Eu­­rope et l’Ar­­gen­­tine expé­­ri­­mentent un système permet­­tant de reti­­rer du web toute infor­­ma­­tion portant atteinte à la répu­­ta­­tion d’un indi­­vidu, appelé « droit à l’ou­­bli ». Et de nos jours, les pirates sont plus à même de revendre aux célé­­bri­­tés les photos dénu­­dées qu’elles leur ont déro­­bées, plutôt que de les rendre publiques. Ander­­son et Lee n’ont jamais réussi à se débar­­ras­­ser de cette histoire, mais ils s’en sont sortis la tête haute, réus­­sis­­sant même à se moquer d’eux-mêmes. L’au­­to­­bio­­gra­­phie de Lee s’ouvre sur un dialogue entre lui et son pénis, et Ander­­son ne prend plus ombrage lorsqu’on évoque son hyper-sexua­­lité : elle conti­­nue de poser nue, plus récem­­ment pour soute­­nir l’as­­so­­cia­­tion PETA, qui vient en aide aux animaux. Ils ont divorcé en 1998, se sont rema­­riés en 2008 pour à nouveau divor­­cer en 2010. Étran­­ge­­ment, Ander­­son a été mariée deux fois à Rick Salo­­mon, l’homme qui partage l’af­­fiche de la sex tape de Paris Hilton… Si la vidéo a fait de Tommy Lee une sorte de dieu dans le monde du rock ‘n’ roll, et un corsaire bien monté aux yeux du public, Ander­­son a été prise pour cible. Aucun blog ou site parlant de sexe ou de chirur­­gie esthé­­tique ne se prive de l’at­­taquer. Et tous dissèquent la ques­­tion de savoir si une femme qui accepte de poser nue pour certains photo­­graphes fait par là-même de son corps un objet du domaine publique, renonçant ainsi au droit de se plaindre que des images d’elle dans des scènes encore plus compro­­met­­tantes soient vendues, postées et parta­­gées à plus vaste échelle.

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Ingley et Gauthier ont aban­­donné le monde du porno une fois la débâcle de la cassette termi­­née. Une fois Peraino mort et enterré, en 1999, Ingley est revenu en Cali­­for­­nie, ruiné et humi­­lié. Il a emmé­­nagé avec sa fille, chez qui il est resté jusqu’à sa mort.

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Pamela Ander­­son dans la série qui l’a rendue célèbre

« J’adore Milton, mais il nous a tous arnaqués », dit aujourd’­­hui Gauthier. Fati­­gué d’en­­tendre ses amis de l’in­­dus­­trie du X lui deman­­der où il cachait la fortune accu­­mu­­lée à l’époque où il envoyait des centaines de vidéos par la poste par jour, Gauthier a pris du recul et s’est recen­­tré sur son métier d’élec­­tri­­cien. Il y a sept ans, il a démé­­nagé sur la côté, où il vit encore, seul. Il a grossi. Quand je suis allé le voir au cours de l’été 2014, il venait de se faire larguer par une femme avec qui il sortait depuis deux ans, une ancienne stip-teaseuse qui refu­­sait de l’em­­bras­­ser pendant qu’ils faisaient l’amour. Une fois de temps en temps, il raconte qu’il est celui qui a volé la cassette de Pamela Ander­­son et Tommy Lee. Personne ne le croit. Mais il aime l’idée d’avoir parti­­cipé à cette folle histoire, et il appré­­cie toujours de regar­­der la cassette. « C’est mignon. Ils sont amou­­reux, c’est un couple qui s’amuse, je trouve ça génial », dit-il. « Je les envie. J’ai­­me­­rais bien avoir quelque chose comme ça, moi aussi. »


Traduit de l’an­­glais par Benoit Marchi­­sio d’après l’ar­­ticle « Pam and Tommy: The Untold Story of the World’s Most Infa­­mous Sex Tape », paru dans Rolling Stone. Couver­­ture : Pam et Tommy. Créa­­tion graphique par Ulyces.

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