par Andrew McMillen | 16 octobre 2015

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Par une nuit paisible de la fin du mois d’avril, Brad Trese­­ler s’est éclipsé dans sa chambre, dans la maison fami­­liale de Cumber­­land, en Virgi­­nie. Ses amis ont conti­­nué de discu­­ter dans le salon, mais après quelques minutes, ils ont commencé à se deman­­der ce que faisait Brad. Ils ont retrouvé le jeune homme de 25 ans gisant sur le sol de sa chambre, incons­­cient et le teint bleu. Il avait fait une over­­dose d’hé­­roïne et de benzo­­dia­­zé­­pine. ulyces-heroinreddit-01Les amis de Brad ont passé en revue leurs options. S’ils appe­­laient les urgences, les secours n’ar­­ri­­ve­­raient peut-être pas à temps, et ceux-ci risquaient égale­­ment d’aler­­ter la police. Ils pouvaient aussi courir vers l’ap­­par­­te­­ment voisin et réveiller le frère aîné de Trese­­ler, Bill. Ils savaient que Bill avait en sa posses­­sion une petite ampoule conte­­nant un liquide appelé naloxone, capable de neutra­­li­­ser les effets d’une over­­dose d’opia­­cés. Paniqués, ils ont choisi de se ruer chez Bill et de frap­­per chez lui. Ensemble, ils ont trans­­porté Brad jusqu’à la baignoire et ont allumé l’eau. Bill a plongé une seringue dans l’am­­poule et pompé la naloxone, puis il a injecté le liquide dans la partie grais­­seuse de la cuisse de Brad. Rien. Bill a rempli une fois de plus la seringue et réinjecté le liquide. Brad a bougé. Lorsqu’il a ouvert les yeux, son frère et ses amis le regar­­daient, terri­­fiés. Alors qu’il repre­­nait ses esprits, il s’est dit que c’était à ça que ressem­­blait la mort. Brad avait fait l’ac­qui­­si­­tion de deux ampoules de naloxone quelques mois aupa­­ra­­vant. Dans plusieurs États améri­­cains, notam­­ment le Nouveau-Mexique, les États de Washing­­ton, New York, Rhode Island, le Vermont et la Cali­­for­­nie, il est permis de la vendre sans ordon­­nance. Cepen­­dant, cette pratique est illé­­gale en Virgi­­nie, aussi Brad avait-il reçu un colis prove­­nant d’une source impro­­bable : Reddit.

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Des capsules de naloxone
Crédits : Tracey Helton

Brad est un membre actif du subred­­dit Opiates, un forum animé où l’on peut trou­­ver des ques­­tions sur des pratiques d’injec­­tion sans risque et sur la désin­­toxi­­ca­­tion, tandis que d’autres postent des astuces pour se faire de l’argent de façon douteuse et des conseils pour faire face à la consti­­pa­­tion, un des effets indé­­si­­rables de la consom­­ma­­tion fréquente d’opia­­cés. Brad a vu un fil de discus­­sion sur lequel une modé­­ra­­trice dési­­gnée sous le surnom de « mère de r/opiates » – elle s’ap­­pelle en réalité Tracey Helton – propo­­sait d’en­­voyer des seringues stériles à d’autres reddi­­tors (les utili­­sa­­teurs du forum). Quand il l’a contac­­tée au sujet des seringues gratuites, qui sont plutôt rares dans ce milieu, elle lui a dit que le colis conte­­nait aussi de la naloxone. Brad a répondu : « C’est génial ! C’est une super idée ! » Cinq jours plus tard, une enve­­loppe mate­­las­­sée est arri­­vée de San Fran­­cisco, où vit Tracey. À l’in­­té­­rieur se trou­­vait un sachet conte­­nant des seringues stériles, deux ampoules de naloxone et un post-it sur lequel était dessiné un smiley. « Je me suis dit : “Merde !” Je ne lui pas envoyé d’argent, seule­­ment un petit message », raconte Brad. « Il y a vrai­­ment des gens géné­­reux. » Il a gardé une ampoule pour lui et a donné l’autre à son frère. « Je lui ai dit : “Si tu te pointes et que je suis tout bleu, utilise ça.” » Le chlor­­hy­­drate de naloxone, aussi connu sous son nom commer­­cial, le Narcan, neutra­­lise la dépres­­sion des voies respi­­ra­­toires et du système nerveux qui accom­­pagne une over­­dose – un désa­­gré­­ment souvent fatal. Mise au point par le labo­­ra­­toire phar­­ma­­ceu­­tique japo­­nais Sankyo en 1960, la naloxone a été approu­­vée par l’Agence améri­­caine des produits alimen­­taires et médi­­ca­­men­­teux en 1971 comme trai­­te­­ment contre les over­­doses. Ce médi­­ca­­ment a long­­temps été un indis­­pen­­sable des urgences. Plus récem­­ment, il a été ajouté aux trousses de premiers secours des équipes d’as­­sis­­tance médi­­cale d’ur­­gence. Il n’est donc pas surpre­­nant que ces ampoules salva­­trices aient trouvé leur place dans le maté­­riel d’injec­­tion des toxi­­co­­manes les plus malins. Depuis qu’elle a commencé son service il y a deux ans, Tracey affirme avoir envoyé plus de 700 colis, qui ont permis d’an­­nu­­ler les effets de plus de cent over­­doses d’opia­­cés. Si la grande commu­­nauté de Reddit convulse au vu de la façon dont le site gère ce contenu contro­­versé, le programme de Tracey illustre l’as­­pect posi­­tif inat­­tendu qui peut jaillir des recoins les plus sombres d’In­­ter­­net. ulyces-heroinreddit-03 Lorsqu’il évoque son expé­­rience, Brad est clair : sans Tracey et son programme peu conven­­tion­­nel de distri­­bu­­tion de naloxone, la dose d’hé­­roïne et de benzo­­dia­­zé­­pine qu’il a prise lui aurait été fatale. Il est toujours émer­­veillé qu’une personne qu’il ne connais­­sait pas lui ait sauvé la vie. « Je pense que c’est sa façon d’in­­ver­­ser les choses, de faire quelque chose de bien », explique-t-il. « Elle a fait tant d’er­­reurs dans le passé, main­­te­­nant, elle se rattrape. »

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En 1999, Tracey Helton était l’une des cinq toxi­­co­­manes présen­­tés dans le docu­­men­­taire de la chaîne HBO, Black Tar Heroin: The Dark End of the Street. (L’hé­­roïne Black Tar : le côté sombre de la rue). Dès la première minute du film, elle appa­­raît, casquette de base­­ball à l’en­­vers sur ses longs cheveux bruns. «  J’ai ressenti cette eupho­­rie, c’était abso­­lu­­ment incroyable », dit-elle à l’écran, avant d’ex­­pi­­rer douce­­ment, en fermant ses yeux bleus étin­­ce­­lants. « C’est l’eu­­pho­­rie qui m’a rendue accro. »

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Tracey dans le docu­­men­­taire Black Tar Heroin: The Dark End of the Street

Quelques minutes plus tard, on voit la jeune femme de 25 ans bais­­ser son panta­­lon pour cher­­cher une veine vers le haut de sa cuisse. « J’avais entendu parler de l’hé­­roïne, et je me suis dit qu’en prendre devait être une expé­­rience inté­­res­­sante. J’ai toujours dit que je voulais tout essayer au moins une fois dans ma vie », explique-t-elle en voix-off. « Je me deman­­dais comment ce serait d’être défon­­cée au point de mourir. Peut-être comme une sorte de rêve. » Elle trouve une veine, injecte la drogue puis erre sans but dans une rue de San Fran­­cisco. La dose qu’elle a prise est telle qu’elle peut à peine marcher. Le télé­s­pec­­ta­­teur apprend alors qu’une semaine plus tard, Tracey sera arrê­­tée pour avoir vendu de la drogue. Elle plaide coupable et est condam­­née à neuf mois de prison. La santé et le poids de Tracey sont dange­­reu­­se­­ment instables pendant les deux années que dure le tour­­nage du film. Après avoir purgé une autre peine de six mois en prison, et avoir raconté avec fierté à la caméra qu’elle a refusé de consom­­mer de la drogue pendant son incar­­cé­­ra­­tion, un complice lui propose d’ache­­ter de l’hé­­roïne pour elle. Huit heures après sa sortie de prison, elle rechute. « Ce n’était pas si bien que ça », confie-t-elle, allon­­gée sur son lit le lende­­main matin, les yeux fixés sur le plafond. Vers la fin du film, Tracey s’injecte une dose et explique : « Parfois, ça me rend heureuse. » Son addic­­tion était telle qu’elle n’avait plus de veine utili­­sable, alors elle s’injec­­tait de l’hé­­roïne dans la plante des pieds. Elle a été arrê­­tée encore une fois et a purgé sa peine tout en suivant une cure de désin­­toxi­­ca­­tion à la prison du comté de San Fran­­cisco. Cette fois-ci, elle a trouvé le chemin de la guéri­­son. Elle a choisi de rejoindre un programme de réha­­bi­­li­­ta­­tion à long terme, suivi de quatre ans dans un envi­­ron­­ne­­ment sobre. La dernière fois qu’elle a consommé de l’hé­­roïne, c’était le 27 février 1998.

Tracey a commencé à travailler sur Reddit il y a deux ans.

Aujourd’­­hui âgée de 45 ans, Tracey a obtenu deux diplômes de l’uni­­ver­­sité d’État de San Fran­­cisco. Elle mène à présent une carrière dans la gestion de programmes de santé publique, et propose souvent des services liés à la toxi­­co­­ma­­nie. Elle élève trois enfants de moins de sept ans avec son mari, qu’elle a épousé il y a huit ans. Elle a égale­­ment décro­­ché un contrat avec une maison d’édi­­tion après que son blog, inti­­tulé Stories of paren­­ting, insa­­nity and addic­­tion (« Histoires de parents, de démence et d’ad­­dic­­tion ») ait attiré l’at­­ten­­tion d’un agent. Sur Inter­­net, elle est présente sur un large éven­­tail de réseaux sociaux, partout sous le pseudo « traceyh415 », les chiffres corres­­pon­­dant à son indi­­ca­­tif de zone à San Fran­­cisco. Depuis que le docu­­men­­taire a été mis en ligne dans son inté­­gra­­lité sur YouTube en novembre 2012, Tracey a laissé des dizaines de commen­­taires en réponse à des ques­­tions sur le film et sur sa vie depuis son retour à la sobriété. « Conti­­nuez à me poser des ques­­tions », a-t-elle écrit début 2015. « J’es­­saie­­rai de répondre à autant de personnes que possible. Diffi­­cile de croire qu’il s’agis­­sait de moi. » Tracey a commencé à distri­­buer de la naloxone par le biais de son travail dans la santé publique en 2003. Il n’y avait alors que cinq programmes de ce genre aux États-Unis, il y en a aujourd’­­hui plus de 700. Plus tard, elle a commencé à propo­­ser des conseils gratuits et des inter­­­ven­­tions de base avec des toxi­­co­­manes sur Inter­­net. Elle a recensé à travers tout le pays le nombre de toxi­­co­­manes qui se plai­­gnaient de ne pas avoir accès à ce liquide clair poten­­tiel­­le­­ment salva­­teur, et dont la seule utilité est de neutra­­li­­ser une over­­dose d’opia­­cés. C’est ainsi que son idée a germé. Elle a commencé à travailler sur Reddit il y a deux ans, quand un ami rencon­­tré sur Inter­­net l’a encou­­ra­­gée à parta­­ger ses connais­­sances pour réduire les risques. Tracey s’est inscrite sur le subred­­dit Opia­­tesRe­­co­­very (« guérir des opia­­cés ») en juillet 2013 ; grâce aux réponses enthou­­siastes qu’elle a reçues, elle est deve­­nue modé­­ra­­trice du subred­­dit Opiates, qui compte plus de 15 000 abon­­nés.

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L’hé­­roïne de Reddit
Crédits : Tracey Helton

« Reddit permet d’être anonyme et c’est quelque chose que j’ap­­pré­­cie, car je sais qu’il est très diffi­­cile pour les consom­­ma­­teurs de drogue de s’ou­­vrir sur ce sujet », dit-elle. Elle ne cache pas son propre passé ni son iden­­tité, parce qu’elle veut que les autres inter­­­nautes la voient comme la preuve vivante qu’il est possible de s’en sortir. « Je me suis servi de mon nom pour que les gens puissent faire des recherche sur moi sur Google et voient que je suis la même personne », dit-elle. « Je me suis dit que ça aide­­rait les gens à confier autre­­ment leur addic­­tion de voir qu’une personne dotée d’une petite noto­­riété avait partagé sa propre expé­­rience. » Alors que son profil deve­­nait de plus en plus connu dans cette commu­­nauté de margi­­na­­li­­sés et de parias (nombreux sont ceux qui se sentent stig­­ma­­ti­­sés par la mauvaise image que renvoient les drogues consom­­mées par injec­­tion), Tracey a réalisé que son expé­­rience de gestion de programmes de santé publique à San Fran­­cisco pouvait appor­­ter une autre forme d’aide sur Reddit. « Les gens me contac­­taient pour me dire qu’ils n’avaient pas accès à la naloxone, et je me suis dit que je pour­­rais m’en occu­­per. » Elle a envoyé son premier colis de soins en août 2013. « À l’époque, je pensais que quelqu’un fini­­rait par prendre le relais. Je n’ima­­gi­­nais pas faire ça pendant si long­­temps. » Aujourd’­­hui, elle envoie en moyenne dix paquets de seringues stériles et deux de naloxone par semaine. Même si elle refuse de révé­­ler la façon dont elle se procure ce médi­­ca­­ment, Tracey dit qu’elle a envoyé plus de 280 ampoules. Vingt d’entre elles étaient des paquets à usage multiple, qui conte­­naient dix doses chacun. La majo­­rité du programme est finan­­cée par des utili­­sa­­teurs de Reddit : les quelques dona­­tions qui ont commencé à arri­­ver petit à petit lui ont permis de garder l’idée en vie sans qu’elle ait besoin d’ou­­vrir son propre porte­­feuille trop souvent. « Certains de mes dona­­teurs ne consomment pas de drogue eux-mêmes, mais ils souhaitent quand même faire des dons pour le programme, alors j’aime les tenir au courant », dit-elle. « Tout l’argent récolté est réinjecté dans le programme, ce n’est pas comme si je me déga­­geais un salaire. » Dans un tableur, elle garde une trace écrite de toutes les personnes qui ont reçu ses colis de soin et suit ses réponses sur Reddit et les autres réseaux sociaux pour pouvoir évaluer les résul­­tats de son programme de distri­­bu­­tion natio­­nale. Le 4 mars, elle a commencé un fil de discus­­sion qu’elle a nommé 100 Sauvés. « Vous avez réussi, mes incroyables Reddi­­tors ! », a-t-elle écrit. « Vous avez sauvé 100 vies grâce à la naloxone depuis que j’ai rejoint Reddit, il y a 18 mois. Je viens de rece­­voir un message ce matin pour m’in­­for­­mer qu’une centième vie avait été sauvée. Les gens pensent que les junkies ne s’in­­té­­ressent à rien mais c’est faux ! Nous nous soucions des autres ! Donnez-nous les outils qu’il nous faut ! La naloxone doit être dans chaque trousse de premiers soins. »

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« J’ai sauvé quelqu’un de l’over­­dose »
Crédits : Tracey Helton

Quand nous avons parlé via Google Hangouts en mai, plus de 110 vies avaient offi­­ciel­­le­­ment été sauvées. Deux mois plus tard, c’était 115. La campagne dure plus que ce que Tracey avait anti­­cipé, mais elle conti­­nue d’en­­voyer des paquets, même si la léga­­lité de sa démarche pose ques­­tion. Même si ce médi­­ca­­ment est vendu en toute léga­­lité dans les phar­­ma­­cies de l’État de Cali­­for­­nie, où elle vit, elle explique aux béné­­fi­­ciaires qu’ils risquent poten­­tiel­­le­­ment d’être accu­­sés de délit si la police les prend avec une ampoule sans pres­­crip­­tion. « J’es­­time simple­­ment que ce médi­­ca­­ment devrait être dispo­­nible sans pres­­crip­­tion », dit-elle. « Je recti­­fie une injus­­tice. » Pour Tracey, le jeu en vaut la chan­­delle. « Certaines de ces personnes vivent dans des endroits où il faudra 45 minutes aux secours pour arri­­ver », fait-elle remarquer. Depuis plus de quinze ans, ses efforts pour réduire les risques, à la fois en ligne et hors ligne, ont été moti­­vés par une envie intense et inébran­­lable de réta­­blir ce qui est perçu comme une injus­­tice : tous les toxi­­co­­manes et autres consom­­ma­­teurs de drogues méritent de la compas­­sion et du soutien alors qu’ils sont diabo­­li­­sés et crimi­­na­­li­­sés. « Ce que je fais n’est pas tout à fait légal dans un sens, mais je me sens obli­­gée de le faire en tant qu’an­­cienne consom­­ma­­trice d’hé­­roïne. On m’a admi­­nis­­tré de la naloxone. J’ai vu comment elle a affecté la vie de toutes ces personnes », confie-t-elle. « Les gens croient qu’on punit les autres ou qu’on les aide à deve­­nir cleans en leur refu­­sant l’ac­­cès à ce dont ils ont besoin. Mais la vérité, c’est que ça ne marche pas comme ça. Une personne ne pourra pas décro­­cher si elle est morte. »

Chan­­ger

Dans la commu­­nauté gran­­dis­­sante de r/opiates, dans laquelle les publi­­ca­­tions sur de nouvelles expé­­riences en matières de drogue ou des photos de produits illi­­cites fraî­­che­­ment acquis sont monnaie courante, les initia­­tives de sensi­­bi­­li­­sa­­tion de Tracey ont permis de créer un refuge rare. La société perçoit souvent les consom­­ma­­teurs de drogue par intra­­vei­­neuse comme des asociaux irres­­pon­­sables. Cepen­­dant, comme c’est le cas pour n’im­­porte quelle sous-culture, les gens perçoivent leur addic­­tion de façons très variées. D’un côté, il y a les consom­­ma­­teurs les plus respon­­sables, ceux qui ont toujours de la naloxone à portée de main, juste au cas où, ainsi que des seringues propres. La mère de r/opiates contri­­bue à trans­­mettre ces compor­­te­­ments respon­­sables. « Ses colis de soins valent bien plus que le prix de leur contenu », estime un utili­­sa­­teur de 28 ans qui réside à Cleve­­land, dans l’État de l’Ohio et qui demande à être nommé par son pseu­­do­­nyme, John Bryson. Après avoir fait une pause de deux semaines dans sa consom­­ma­­tion, Bryson a fait une over­­dose en décembre. Il a été sauvé par une amie expé­­ri­­men­­tée qui avait dans son sac une des ampoules de naloxone de Tracey qu’il lui avait donnée. Il est retourné sur le forum pour faire part de son expé­­rience, et pour donner ses propres conseils aux futurs admi­­nis­­tra­­teurs de naloxone. « Les gens devraient aussi savoir qu’il a fallu trois injec­­tions avant que je revienne à moi. Alors ne vous décou­­ra­­gez pas si la première ou la deuxième injec­­tion ne semblent pas marcher », a-t-il écrit sur Reddit avant de faire une autre dona­­tion privée de 50 dollars sur le compte PayPal de Tracey.

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La mère de r/opiates
Crédits : Tracey Helton

Jef Croll n’avait reçu l’am­­poule que depuis une semaine quand il a dû l’uti­­li­­ser sur un ami qui faisait une over­­dose, fin avril. L’homme de 30 ans, qui vit à Sandusky dans l’État de l’Ohio explique qu’il n’existe pas de programme d’échange de seringues dans sa ville. De plus, les super­­­mar­­chés et phar­­ma­­cies du coin réprouvent les consom­­ma­­teurs de drogue qui achètent des seringues propres. Aujourd’­­hui, Croll a lui-même rejoint la cause de réduc­­tion des risques. « On peut dire que je suis devenu la Tracey du coin », dit-il, résu­­mant ses efforts pour encou­­ra­­ger ses amis à venir lui rendre visite pour qu’il échange leur maté­­riel usagé contre de nouvelles seringues, et tout cela gratui­­te­­ment. C’est aussi le cas de Brad, le toxi­­co­­mane que son frère aîné, Bill, a sauvé d’une over­­dose. « Mon ambi­­tion, c’est d’être plus comme elle », dit-il de Tracey. « Je suis allé sur Inter­­net et j’ai commandé un paquet de cent seringues. J’ai envoyé un message groupé à tous mes amis toxi­­co­­manes : “Hé, rame­­nez vos seringues sales chez moi, je les jette­­rai et je vous en donne­­rai des propres gratui­­te­­ment.” » Son épreuve l’a inspiré « à botter le cul de tout le monde pour qu’ils se ramènent ici ». L’in­­fluence de Tracey sur r/opiates ne se limite pas à ses trajets jusqu’au bureau de poste. Nick, 23 ans, rési­­dant dans le Michi­­gan, dit : « Elle repré­­sente le chan­­ge­­ment pour de nombreux jeunes comme moi, qui sont tombés dans la drogue depuis long­­temps : elle nous montre qu’on peut s’en sortir, voir le bout du tunnel et être clean, avoir une famille, un boulot et un diplôme. C’est ce qu’elle nous a prouvé. Et elle est toujours une influence posi­­tive sur la commu­­nauté. Il y a des programmes en douze étapes qui vous diabo­­lisent, qui vous disent que vous êtes faibles. Tracey, elle, valo­­rise les gens. » Sur son profil Insta­­gram, on trouve des photos de ses enfants, tout sourire, de chatons, et des captures d’écran de messages recon­­nais­­sants de Reddi­­tors dont la vie a été chan­­gée par son programme de naloxone. Au milieu de tout ceci, on rencontre quelques images de moments moins plai­­sants : des captures d’écran de Black Tar Heroin, ou la photo d’iden­­tité prise lors de son arres­­ta­­tion en octobre 1996, que Tracey a postée début juin. « Vous pouvez chan­­ger », a-t-elle écrit à côté de la photo. « Je vous le promets. Je le sais. Regar­­dez cette personne. Regar­­dez qui je suis aujourd’­­hui. »


Traduit de l’an­­glais par Marine Bonni­­chon d’après l’ar­­ticle « The Heroin Heroine of Reddit », paru dans Medium. Couver­­ture : Des capsules de naloxone.

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