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Depuis plus de 70 ans, une zone aride du Nevada, propriété de l'US Air Force, captive l'imagination de millions de gens. Que se passe-t-il vraiment dans la Zone 51 ?

par Antoine Coste Dombre | 30 juillet 2019

Matty Roberts est un mec sympa. Ce Cali­for­nien de Bakers­field au visage bonhomme, enca­dré par un bouc épais et de longs cheveux châtains, affiche ses passions au vu de tous sur Inter­net : les grosses cylin­drées, le metal, les séries B et les teckels. Ses potes l’adorent, c’est un marrant. Tout a d’ailleurs commencé par une blague sur Face­book.

Le 27 juin 2019, Matty a créé le groupe « Storm Area 51, They can’t stop all of us », où il invite la commu­nauté à enva­hir la célèbre Zone 51 pour en révé­ler les secrets. L’idée est simple : « Ils ne pour­ront pas tous nous arrê­ter. » Étran­ge­ment sédui­sante. Pendant trois jours, la blague n’a fait rire que 40 personnes. Et puis le feu a pris d’un coup.

Aujourd’­hui, ce sont près de deux millions de personnes qui disent vouloir se rendre sur le mysté­rieux site pour « voir les extra­ter­restres » le 20 septembre 2019. La blague ne fait pas rire l’US Air Force. « Nous décou­ra­geons quiconque de tenter de péné­trer dans une zone où nous entraî­nons les Forces armées améri­caines », a déclaré un porte-parole de l’US Air Force.

La couver­ture du groupe Face­book

Mais les mili­taires ne sont pas les seuls à s’inquié­ter. Avec 184 chambres d’hô­tel, deux stations-service, un super­mar­ché et un hôpi­tal, le comté de Lincoln, dans le Nevada, n’est pas fait pour accueillir 1,9 million de personnes. Oh bien sûr, la plupart des « parti­ci­pant(e)s » ne vien­dront pas, « mais si 500 ou 1000 personnes débarquent, nous aurons des problèmes », a confié le shérif du comté Kerry Lee au Las Vegas Sun. Les 26 poli­ciers qu’il a sous ses ordres sont bien d’ac­cord.

Pour­tant, malgré les mises en garde, le 20 septembre prochain risque de voir un nombre éton­nant de gens affluer sur les terres arides qui entourent le terrain de l’ar­mée améri­caine, qui fascine le monde entier depuis 72 ans. Crash d’ovni, avions espions et photo­gra­phies clas­sées Secret Défense : voici tout ce qu’on sait vrai­ment de la Zone 51.

Secret Défense

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William Colby

19 avril 1974. William Colby est assis devant son bureau de Langley, en Virgi­nie, au quar­tier géné­ral de la CIA. Cheveux impec­ca­ble­ment coif­fés, allure sévère et tiré à quatre épingles, le direc­teur de l’Agence centrale de rensei­gne­ment améri­caine est soucieux. Il vient de rece­voir un mémo faisant état d’un « petit problème » concer­nant une zone inter­dite, une portion de terri­toire tota­le­ment dissi­mu­lée aux civils. Le dos droit dans son fauteuil en cuir sombre, William Colby a raison de ne pas être serein : une photo­gra­phie des acti­vi­tés de la Zone 51 pour­rait avoir fuité.

En cause, les astro­nautes de la dernière mission Skylab, l’an­cêtre de la Station spatiale inter­na­tio­nale, réalisé par la NASA. Ils ont pris plus de 19 400 photos lors de leur dernier voyage dans l’es­pace. L’une d’entre elles donne à voir la base secrète la mieux gardée des États-Unis dans ses plus détails les plus intimes. L’acte était-il inten­tion­nel ? S’agis­sait-il d’une simple maladresse des astro­nautes de la NASA ? La réponse n’a jamais été dévoi­lée. Mais pour William Colby, la seule exis­tence du cliché pour­rait entraî­ner de graves consé­quences : le risque que l’image tombe aux mains des Sovié­tiques est trop impor­tant. Elle doit abso­lu­ment être clas­sée Secret Défense, et vite.

William Colby orga­nise immé­dia­te­ment une réunion entre les diffé­rentes agences améri­caines pour deman­der sa clas­si­fi­ca­tion. La NASA et le dépar­te­ment de l’In­té­rieur s’y opposent sans détour. Un cas clas­sique de concur­rence entre agences gouver­ne­men­tales. Pour­tant, un accord existe entre la NASA et les services secrets améri­cains : toute photo prise par un satel­lite ou des astro­nautes doit d’abord passer par le Centre natio­nal d’in­ter­pré­ta­tion photo­gra­phique (NPIC), basé à Washing­ton. Au sein de ce service dirigé par la CIA, on véri­fie et inter­prète toutes les photos aériennes et satel­lites. Dans ce cas précis, la ques­tion est de savoir si une photo prise par un programme non classé Secret Défense peut être clas­si­fiée. La CIA obtien­dra fina­le­ment gain de cause.

Plus de 40 ans plus tard, le contenu de cette image reste un mystère absolu. La photo a été reti­rée des dossiers Skylab 4. Face à l’in­fluence de la CIA et à la puis­sance des secrets entou­rant la base mili­taire, la NASA et l’In­té­rieur n’ont pas eu leur mot à dire. Cette base, on l’ap­pelle Dream­land, Water­town, The Ranch, Para­dise Ranch, The Farm, The Box, Groom Lake… ou encore Zone 51. Elle conser­vera donc tous ses secrets. Colby peut dormir tranquille.

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Le lac assé­ché de Groom Lake et la Zone 51, vus du ciel
Crédits : Google

Groom Lake Road

Au beau milieu du désert du Nevada, dans la vallée de Tika­boo, la ville de Rachel est la seule commune à des kilo­mètres à la ronde. Perdue dans le comté de Lincoln à trois heures de route au nord de Las Vegas, Rachel et sa cinquan­taine d’ha­bi­tants sont plan­tés là, dans le désert du Grand Bassin des États-Unis. Un no man’s land où règne sans partage une chaleur ardente. Rachel est une ancienne ville minière de tungs­tène dont la plupart des habi­tants vivent dans des ranchs. Ici, il n’y a pas de mairie, pas de station essence, pas même de super­mar­ché ou d’épi­ce­rie, seule­ment le « Little A’Le’Inn », une petite auberge qui accueille les voya­geurs auda­cieux ou égarés.

C’est l’unique village qui donne sur la route 375, une inter­mi­nable voie goudron­née qui mène droit vers les mines. Et au-delà ? Une portion de sentier terreux appelé Groom Lake Road, qui semble ne mener nulle part. Enfin, pas tout à fait. Au bout de ce chemin pous­sié­reux s’étend une zone inter­dite d’ac­cès. La voie terreuse laisse à nouveau place à une route goudron­née qui s’en­fonce et grimpe plus avant dans ces collines déser­tiques et inhos­pi­ta­lières. À la fron­tière entre terre et goudron, pas de barrière ou de poste de garde, juste une paire inti­mi­dante de panneaux d’in­ter­dic­tion d’al­ler plus loin, accom­pa­gnés de pancartes sommant les voya­geurs de rebrous­ser chemin.

De multiples inter­dic­tions y sont placar­dées, telles que « NO DRONE ZONE » ou « PHOTOGRAPHIE INTERDITE ». Toute trans­gres­sion expose l’im­pru­dent à un maxi­mum de 1 000 dollars d’amende et six mois d’em­pri­son­ne­ment. ufovni2012-no_drone_zone_redSi un touriste un peu trop curieux s’avance près de la limite indiquée, un 4×4 blanc ou beige bana­lisé appa­raît. En sortent deux soldats en treillis couleur sable, armes char­gées aux mains, qui intiment vigou­reu­se­ment le voya­geur de reprendre sa route dans le sens inverse. Comment ont-ils pu s’aper­ce­voir d’une présence intru­sive ?

Dans le ciel immense, pas un drone en vue. Le désert semble mort. Mais d’une manière ou d’une autre, tout est enre­gis­tré sur cette route. Les habi­tants de Rachel racontent à mi-voix que des détec­teurs de mouve­ments se terrent partout dans la zone qui encercle Groom Lake. Jusqu’en 2013, les auto­ri­tés améri­caines se refu­saient à tout commen­taire sur les acti­vi­tés de la Zone 51, accen­tuant les spécu­la­tions et le climat de mystère sur la région.

« Tous les inter­dits qui entourent la Zone 51 font que les gens veulent savoir ce qui s’y passe », explique l’his­to­rien Peter Merlin. Spécia­lisé dans l’aé­ro­nau­tique, il a enquêté pendant plus de 30 ans sur Groom Lake et ses énigmes. Pour lui, une seule certi­tude ressort des nombreux mythes qui l’en­tourent : la Zone 51 existe bel et bien et elle est encore active aujourd’­hui. « Il est abso­lu­ment certain qu’il s’y passe des choses », conclut-il. Mais quoi ?

Avions espions

La nuit du mercredi 2 juillet 1947, un orage s’abat sur la région envi­ron­nant Roswell, une petite ville du Nouveau-Mexique. Dans une zone déser­tique et diffi­cile d’ac­cès, battue par une pluie dilu­vienne, une explo­sion terrible se fait entendre, accom­pa­gnée d’un arc lumi­neux qui traverse le ciel. Ça ne ressemble pas à un coup de tonnerre. Le lende­main, alors qu’il promène ses chèvres, William « Mac » Brazel découvre sur son terrain des débris épar­pillés sur une vaste surface. Mac, chapeau de cowboy vissé sur la tête, est proprié­taire d’un ranch. Comme plusieurs de ses voisins, il a déjà retrouvé sur ses terres des débris de ballons météo­ro­lo­giques, mais cette fois, il est surpris par l’as­pect de sa trou­vaille. Il en ramasse quelques-uns qu’il ramène chez lui.

Quelques jours plus tard, il se décide à faire part de sa trou­vaille à George Wilcox, le shérif du comté de Chaves. Celui-ci appelle le Roswell Army Air Field, le camp mili­taire basé à côté de la ville. Deux soldats se rendent sur les lieux pour inspec­ter les fameux débris et, dès le lende­main, le colo­nel Blan­chard fait boucler le péri­mètre du crash. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, les débris sont ramas­sés et emme­nés par camion à la base de Roswell.

Le jour-même, le colo­nel annonce, via un commu­niqué, que les débris retrou­vés proviennent d’une « soucoupe volante ». En un rien de temps, toute la presse du pays est en effer­ves­cence et se rue dans le région. Mais quelques heures plus tard, le briga­dier-géné­ral Roger Ramey annonce que le colo­nel Blan­chard s’est trompé. Il s’agi­rait non pas d’une soucoupe volante, mais des restes d’un ballon météo­ro­lo­gique couplé à un réflec­teur radar.

C’est dans la Zone 51, à en croire les plus fervents ufologues, que seraient entre­po­sés les vestiges du crash de Roswell. À les en croire, ils consti­tue­raient la preuve de la rela­tion secrète qu’en­tre­tient l’ar­mée améri­caine avec des espèces extra­ter­restres.

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Un avion espion U-2
Crédits : US Air Force

En 2013, un rapport offi­ciel sur l’his­toire du programme d’avions espions U-2 entre 1954 et 1974, rédigé par deux histo­riens de la CIA, a été entiè­re­ment déclas­si­fié. Il relate en des termes détaillés l’his­toire de la Zone 51 et ce qu’on y aurait réalisé pendant ces deux décen­nies de secrets. D’après ce docu­ment de plus 400 pages, c’est en 1955 que débute véri­ta­ble­ment l’his­toire de la Zone 51.

À l’époque, la CIA est à la recherche d’un site pour procé­der aux essais du U-2, le nouvel avion espion mis au point par l’en­tre­prise Lock­heed Martin, leader mondial dans le domaine de la défense et de la sécu­rité. L’ap­pa­reil doit être testé à l’abri des regards indis­crets, alors que les États-Unis sont en pleine guerre froide contre l’URSS. La zone doit offrir une piste suffi­sam­ment longue et résis­tante pour suppor­ter le poids du nouvel appa­reil, des réserves de carbu­rant consi­dé­rables et la proxi­mité d’une admi­nis­tra­tion mili­taire, pour la logis­tique.

Le lieu choisi par la CIA se situe dans une région admi­nis­tra­tive que d’an­ciennes cartes du gouver­ne­ment appellent la « Zone 51 ». Elle se trouve à côté de Groom Lake, un lac assé­ché coincé entre les montagnes. Sa situa­tion géogra­phique est parfaite puisque la zone est déjà large­ment inter­dite d’ac­cès au public. La petite base, qui sera ensuite réno­vée et agran­die, est entou­rée de la zone mili­taire de Nellis et du site d’es­sais nucléaires du Nevada (NTS), en service de 1951 à 1992. L’en­droit est inhos­pi­ta­lier, et pour convaincre les ingé­nieurs et les mili­taires de venir travailler au sein de cette nouvelle base, Kelly John­son, un des ingé­nieurs en chef du projet U-2, décide de renom­mer l’en­droit Para­dise Ranch – un des premiers surnoms de la zone.

De 1955 à 1974, les projets d’avions espions se sont enchaî­nés.

À partir de 1955 et des premiers tests de l’avion espion U-2, des témoi­gnages faisant état obser­va­tions d’ov­nis dans la zone commencent à appa­raître. « Les vols à haute alti­tude du U-2 ont rapi­de­ment entraîné un effet secon­daire inat­tendu : l’aug­men­ta­tion phéno­mé­nale des signa­le­ments d’objets volants non-iden­ti­fiés », racontent les deux histo­riens de la CIA. À l’époque, les avions de ligne volent à une hauteur de 3 000 à 6 000 mètres, quand les U-2 se déplacent à plus de 20 000 mètres. « De tels signa­le­ments arri­vaient fréquem­ment en début de soirée, de la part de pilotes commer­ciaux volant d’est en ouest », disent-ils.

À cette heure de la jour­née, le Soleil était bas sur l’ho­ri­zon, plon­geant les avions « dans l’ombre » et rendant diffi­cile leur iden­ti­fi­ca­tion à l’œil nu. Quand un U-2 volait dans les envi­rons à très haute alti­tude, le Soleil se reflé­tait sur ses ailes métal­liques, ce qui donnait l’im­pres­sion aux pilotes de voir des objets enflam­més, écrivent-ils. Le phéno­mène était égale­ment observé sur la terre ferme. « À cette époque, personne n’ima­gi­nait qu’un vol habité était possible à cette alti­tude, ce qui fait que personne ne s’at­ten­dait à voir un objet si haut dans le ciel », pour­suivent les deux histo­riens. Toujours d’après le rapport, le carac­tère ultra-secret du programme U-2 empê­chait les membres de l’Air Force char­gés d’enquê­ter sur les signa­le­ments d’ov­nis d’ex­pliquer les véri­tables raisons de ces phéno­mènes.

De 1955 à 1974, les projets d’avions espions se sont enchaî­nés. Avant même que le U-2 ne soit tota­le­ment déve­loppé, le projet OXCART a été lancé par la CIA en 1962. Cet appa­reil de recon­nais­sance à haute alti­tude était capable d’at­teindre la vitesse de Mach 3, soit trois fois la vitesse du son. Kenneth Collins a aujourd’­hui 80 ans. Cet ancien pilote d’es­sais de la CIA a effec­tué de nombreux vols avec le U-2 et l’OXCART dans les années 1960. Il se souvient en détail du 24 mai 1963, le jour de son crash avec l’OXCART, dans l’Utah.

« Trois hommes sont arri­vés en pick-up et m’ont proposé de l’aide. Je leur ai dit de ne pas s’ap­pro­cher de l’avion, que j’avais une charge nucléaire à bord », se souvient-il. La CIA a fait signer à tous les témoins un enga­ge­ment de confi­den­tia­lité et déguisé l’ac­ci­dent en expliquant qu’il s’agis­sait d’un simple avion de l’US Air Force. Après avoir été récu­péré, le pilote a subi un inter­ro­ga­toire de la CIA, dont les agents lui ont admi­nis­tré un sérum de vérité : « Ils voulaient s’as­su­rer que je n’avais rien oublié de leur dire des circons­tances de l’ac­ci­dent. »

Quelques jours plus tard, le dimanche soir, trois agents l’ont ramené chez lui. « L’un d’eux condui­sait ma voiture, les deux autres m’ont porté à l’in­té­rieur et m’ont jeté sur le lit. J’étais défoncé à cause des médi­ca­ments. Ils ont donné les clefs de voiture à Jane, mon épouse, et sont repar­tis sans dire un mot. »

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Lock­heed A-12 Oxcart
Crédits : US Air Force

La vérité est ailleurs

Robert Scott Lazar a tout du scien­ti­fique des années 1970. D’im­po­santes lunettes posées sur le nez, les cheveux châtains mi-longs recou­vrant ses oreilles. Il se fait connaître pour la première fois dans le Los Alamos Moni­tor, un jour­nal local du Nouveau-Mexique, en 1982. L’ar­ticle parle d’un drag­ster qu’il aurait construit avec un scien­ti­fique de la NASA. Le jour­nal présente alors « Bob » Lazar, qui dit être diplômé du MIT et du Cali­for­nia Insti­tute of Tech­no­logy (Caltech), comme « un physi­cien travaillant au centre de recherche de Physics Faci­lity (LAMPF) ».

Mais c’est le 13 mai 1989 que Bob Lazar accède à une noto­riété mondiale : lors d’une inter­view donnée à une chaîne télé­vi­sée de Las Vegas, le scien­ti­fique affirme avoir travaillé dans la très secrète Zone 51. bob-lazarLazar explique avoir été ingé­nieur et scien­ti­fique durant un an, entre 1988 et 1989, dans la base de la CIA. Et il n’est pas avare de détails : devant son inter­lo­cu­teur médusé, il raconte avoir été attri­bué au secteur 4, proche de Groom Lake et caché sous la montagne, à Papoose Lake.

Au cours de ses diverses missions, Bob Lazar dit avoir travaillé sur la propul­sion d’un nouveau genre d’ap­pa­reils mili­taires. Mais après des recherches pous­sées sur le maté­riel qu’on mettait à sa dispo­si­tion, il parvient à la conclu­sion que les neufs engins gardés dans le Secteur 4 ne sont pas d’ori­gine terrestre. Dans son témoi­gnage, Bob Lazar explique s’en être rendu compte après être monté à bord d’un des appa­reils. Pour lui, l’en­gin était « construit pour une personne à la morpho­lo­gie diffé­rente de celle d’un pilote humain ».

Une enquête du Los Angeles Times de 1993 montre qu’il n’y a aucune trace de son passage au MIT et à Caltech. Le docteur en physique David L. Morgan a égale­ment remis en ques­tion les propos de Bob Lazar. Ce dernier s’est défendu en affir­mant que le gouver­ne­ment améri­cain, ou une « auto­rité plus haut placée », avait effacé les traces pour lui faire perdre tout crédi­bi­lité. C’est pour se proté­ger qu’il aurait réalisé l’in­ter­view du 13 mai 1989.

Quoi qu’il en soit, cette inter­view et le témoi­gnage de Bob Lazar ont connu une diffu­sion mondiale, et relancé, au début des années 1990, le mythe qui entoure la Zone 51. En quelques années, elle a été happée Holly­wood qui a fini de graver son nom dans l’ima­gi­naire collec­tif avec X-Files (1993) et Inde­pen­dence Day (1996). Celui de Bob Lazar, en revanche, est presque tombé aux oubliettes – un docu­men­taire Netflix lui était consa­cré en 2018.

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Peter Merlin porte la raie sur le côté, les cheveux courts au niveau des tempes et une fine mous­tache qui épouse les contours de sa lèvre supé­rieure. Il se montre le plus souvent affu­blé d’un grand chapeau beige et d’un blou­son en cuir. Après avoir travaillé si long­temps sur la Zone 51 et ses mystères, il en parle aujourd’­hui avec beau­coup de calme et de séré­nité : « Le seul véri­table mystère qui entoure la Zone 51 aujourd’­hui concerne la nature des programmes qui n’ont pas encore été déclas­si­fiés. »

Lorsqu’on lui demande si Bob Lazar dit vrai, il n’hé­site pas une seconde : « En plus de trente ans de recherches, je n’ai trouvé aucune preuve crédible, si ce n’est les avions espions mili­taires et les armes qui ont été testés dans la Zone 51. Malgré cela, le mythe persiste. » Pour lui, les récentes divul­ga­tions de la CIA n’y feront rien car les gens aiment le mystère. « Moins on en sait sur la Zone 51, plus il est facile de remplir les blancs avec son imagi­na­tion », conclut-il.

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Peter W. Merlin

Mais un événe­ment récent est venu secouer le monde des ufologues. En 2015, le Dr Robert Krangle, physi­cien et consul­tant régu­lier du labo­ra­toire de Los Alamos, a affirmé se souve­nir parfai­te­ment de Bob Lazar. Son témoi­gnage inat­tendu a donné une nouvelle dimen­sion aux propos de celui qui, plus de 25 ans plus tôt, disait avoir travaillé sur des appa­reils extra­ter­restres dans l’en­ceinte de la Zone 51.

« Bob Lazar était aussi physi­cien que moi : ça se voyait tout de suite à la rangée de stylos de couleur qui dépas­saient de sa chemise », dit-il sur le ton de la plai­san­te­rie. Le physi­cien ajoute plus sérieu­se­ment que Bob Lazar parti­ci­pait aux réunions de sécu­rité « durant lesquelles on nous donnait le brie­fing habi­tuel, qui exigeait qu’on ne dise rien à l’ex­té­rieur de ce qu’on allait voir ou faire à Los Alamos ». Robert Krangle est à ce jour la seule personne à avoir publique­ment validé le passé et les travaux de Bob Lazar…

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En octobre 2016, deux hommes se sont un peu trop appro­chés du site secret de Groom Lake Road. Joe et Garrett McCul­lough ne sont pas des chas­seurs d’ov­nis, ni des théo­ri­ciens du complot. Ce père et son fils sont des aven­tu­riers vlogueurs dont l’ac­ti­vité favo­rite est d’ex­plo­rer le monde sur leurs motos. Dans leur vidéo publiée le 10 octobre 2017, ils tentent de s’in­tro­duire sur la Zone 51. Pour ce faire, ils ont étudié en détail de nombreuses cartes de la région et de ses alen­tours, afin de trou­ver un chemin détourné. Les deux motards s’élancent sur le chemin de traverse en filmant leur avan­cée avec des camé­ras embarquées.

Tandis qu’ils roulent roulent sur un chemin de terre non balisé, un 4×4 blanc les dépasse dans un nuage de pous­sière, deux hommes en treillis derrière le volant. Stupé­faits, les deux pilotes décident néan­moins de conti­nuer leur route jusqu’aux panneaux inter­di­sant d’al­ler plus loin. Ils font halte et c’est alors que le 4×4 blanc surgit sur la piste avant de s’ar­rê­ter. Les deux soldats en sortent en braquant leurs armes sur eux. Après les avoir fouillés sans ména­ge­ments, ils les somment de rebrous­ser chemin immé­dia­te­ment. Loin de la Zone 51 et de ses secrets.


Couver­ture : Groom Lake vu du ciel.


BIENVENUE À ROSWELL, CAPITALE MONDIALE DES OVNIS

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Depuis 1947, la ville de Roswell est un lieu sacré pour tous les amateurs d’OVNI. Chaque année, des milliers de personnes accourent à son festi­val.

Chaque été, des milliers de personnes déferlent dans la ville de Roswell, au Nouveau-Mexique. Ils viennent assis­ter au festi­val annuel des OVNI, le UFO Festi­val. L’évé­ne­ment a lieu pour l’an­ni­ver­saire du fameux crash de vais­seau extra­ter­restre que le gouver­ne­ment améri­cain aurait cher­ché à passer sous silence, durant l’été 1947. Pendant quatre jours et quatre nuits, cette petite ville d’or­di­naire tranquille et old fashion accueille une effu­sion carna­va­lesque de food trucks, de concours de costumes, de spec­tacles de son et lumière et de stands débor­dant de babioles en tout genre pour fanas d’ex­tra­ter­restres.

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Le musée de Roswell
Crédits : Gabriela Campos

Cette année, un alien de six mètres de haut se dresse sur Main Street et veille sur les festi­vi­tés. Sous ses grands yeux noirs et luisants se déverse un flot régu­lier de visi­teurs, dont bon nombre sont vêtus de costumes futu­ristes. Cette lente proces­sion fait route vers le concours de costumes du samedi, orga­nisé dans la grande salle muni­ci­pale. « C’est comme Mardi Gras, mais avec des extra­ter­restres », résume Janet Jones, la proprié­taire du Roswell Space Center. C’est l’une des six boutiques perma­nentes de la ville. Elle y vend toutes sortes d’objets et de vête­ments en rapport avec les OVNI et les extra­ter­restres.

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