par Asgeir Ueland | 19 octobre 2016

Le Baron von Rolland

Le 6 février 1937 les SIS, les services secrets britan­­niques, plus connus sous l’acro­­nyme MI6, produi­­sirent un rapport inti­­tulé « Acti­­vi­­tés nazies en Afrique du Nord ». Des extraits de ce dernier furent trans­­mis quelques semaines plus tard à la sécu­­rité inté­­rieure britan­­nique, le MI5. La source du SIS était un infor­­ma­­teur alle­­mand basé à Paris, et qui préten­­dait travailler pour une orga­­ni­­sa­­tion d’émi­­grés alle­­mands enga­­gée dans le tran­­sit de volon­­taires vers l’Es­­pagne, alors déchi­­rée par une sanglante guerre civile.

Selon l’in­­for­­ma­­teur, les Nazis avaient établi leur quar­­tier géné­­ral dans la ville de Ceuta, confetti de terre espa­­gnole en Afrique du Nord, à la fron­­tière avec le Maroc. Selon cette même source, le chef des agents nazis au Maroc était un certain « von Rolland » (sic) colla­­bo­­rant étroi­­te­­ment avec l’or­­ga­­ni­­sa­­tion nazie à Séville et à Lisbonne, ainsi qu’a­­vec un groupe fasciste italien établi à Tunis et « respon­­sable d’agi­­ta­­tions anti-françaises sur ce terri­­toire. »

Thames House, a été le quartier général du MI5 dans les années 30 et les années 90Crédits : wikipédia
Thames House, a été le quar­­tier géné­­ral du MI5 dans les années 30 et les années 90

Cela faisait 11 ans que le MI5 n’avait plus entendu parler du Baron von Rolland. L’homme était apparu pour la première fois dans les fichiers du rensei­­gne­­ment britan­­nique à la fin de la Première Guerre mondiale, durant laquelle il avait servi en tant qu’agent alle­­mand du Abtei­­lung IIIb, les services de rensei­­gne­­ment mili­­taire de l’Al­­le­­magne impé­­riale. Le MI5 savait que le soi-disant baron réap­­paru en Afrique du Nord n’était ni baron, ni aris­­to­­crate, ni même un Rolland, mais un Juif de Salo­­nique nommé Isaac Mizra­­chi ou, parfois, Ezratty.

Son dossier, de 1918 à 1947, ne laisse aucun doute sur sa loyauté envers l’Al­­le­­magne, ni sur le fait qu’à partir des années 1930 et presque jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale il travailla pour le service de rensei­­gne­­ment mili­­taire de l’Al­­le­­magne nazie. Le faux baron était né à Salo­­nique, ou Thes­­sa­­lo­­nique comme on l’ap­­pelle aujourd’­­hui, le 15 avril 1893. Son père, Eliaou Ezratty, était un marchand bien installé. Lorsque naquit le petit Isaac, la commu­­nauté juive de la ville comp­­tait 60 000 âmes. Salo­­nique faisant alors partie de l’em­­pire otto­­man, il vint donc au monde en tant que sujet turc.

Des familles juives sans logement à la suite du pogrom de 1931Crédits : wikipédia
Des familles juives de Salo­­nique sans loge­­ment à la suite du pogrom de 1931

Bien qu’on trouve des traces d’une présence juive à Salo­­nique remon­­tant jusqu’à l’an­­tiquité, via l’épître de Saint-Paul aux Thes­­sa­­lo­­ni­­ciens dans le Nouveau Testament, la commu­­nauté juive moderne résul­­tait surtout de l’ex­­pul­­sion des juifs d’Es­­pagne, en 1492. En effet, au cours du recen­­se­­ment otto­­man, à peine 14 ans plus tôt, on n’y comp­­tait aucun habi­­tant juif. Vestige de sa vie en pénin­­sule ibérique, la commu­­nauté séfa­­rade perpé­­tua l’usage de la langue Ladino, bien moins éloi­­gnée de l’es­­pa­­gnol que son équi­­valent ashké­­naze, le Yiddish, ne l’était de l’al­­le­­mand.

Les deux commu­­nau­­tés étaient présentes dans la ville, bien que la séfa­­rade fut domi­­nante. Les Ezratty appar­­te­­naient à la classe aisée de cette commu­­nauté, et étaient des privi­­lé­­giés, car une grande partie des séfa­­rades vivait dans la pauvreté. Les Juifs ne repré­­sen­­taient, bien sûr, qu’une petite frac­­tion de la popu­­la­­tion cosmo­­po­­lite de la ville. Dans son livre sur la ville, l’his­­to­­rien Mark Mazo­­wer cite un article de jour­­nal de 1911, une année qui chan­­gea la vie du jeune Isaac Erzatty : « Salo­­nique n’est pas une ville. C’est la juxta­­po­­si­­tion de minus­­cules villages. Juifs, Turcs, Dönmes (Juifs deve­­nus musul­­mans), Grecs, Bulgares, Occi­­den­­taux, Gitans, chacun de ces groupes qu’on appelle de nos jours des « Nations » se garde bien de se mêler aux autres. »

Une famille juive de Salonique en 1917Crédits : wikipédia
Une famille juive de Salo­­nique en 1917
Crédits : wiki­­pé­­dia

Comme l’em­­pire austro-hongrois plus au Nord, l’em­­pire otto­­man connais­­sait de vives pous­­sées natio­­na­­listes parmi ces commu­­nau­­tés, qui s’étaient conten­­tées, pendant des siècles, d’un rôle d’humbles servi­­teurs. En octobre 1912 éclata la première guerre des Balkans. Elle fut suivie par une seconde, en juin 1913, qui se solda par la reconquête grecque de la ville. La commu­­nauté juive, touchée par la montée du natio­­na­­lisme, ne cher­­cha pas pour autant son salut dans le sionisme. Les effets du natio­­na­­lisme balka­­nique pous­­sèrent la majo­­rité des Juifs vers un otto­­ma­­nisme voué à l’échec, puis plus tard vers une alliance avec les Jeunes Turcs.

L’af­­faire Von Rolland est marquée par ces événe­­ments. Le jeune homme quitta sa ville natale en 1911 pour étudier en Alle­­magne. Dans une décla­­ra­­tion bien plus tardive il se souvient : « je suis parti avec un passe­­port turc, mais lorsque je suis rentré, Salo­­nique était occu­­pée par la Grèce. »

Ses nouveaux maîtres lui donnèrent le choix entre les natio­­na­­li­­tés grecque ou turque. Le choix de cette dernière n’était pas sans consé­quences. En effet les Grecs lui signi­­fièrent qu’il avait huit jours pour quit­­ter la ville. Fin 1913, il était de retour en Alle­­magne. Au mois d’août 1914, la guerre éclata en Europe. Les opti­­mistes clai­­ron­­naient que le conflit pren­­drait fin avant Noël, alors que le carnage ne faisait que commen­­cer.

Sur les traces du faux Baron

Au cours de l’an­­née 1915, le natif de Salo­­nique dénommé Isaac Ezratty s’éta­­blit en Espagne, à Barce­­lone, sous le nom de Baron Ino von Rolland. Il était envoyé par l’Abtei­­lung IIIb, le rensei­­gne­­ment mili­­taire alle­­mand. Les circons­­tances de son recru­­te­­ment et la nature de sa mission demeurent enve­­lop­­pées dans les brumes de la guerre, tout comme la plupart de ses années au service du Kaiser. Il finit par s’ins­­tal­­ler au 29 Ronda San Pedro à Barce­­lone.

Le faux baron n’était pas impo­­sant : il ne mesu­­rait guère plus d’un mètre soixante-trois ou soixante-cinq. Les rapports lui donnent envi­­ron 30 ans, alors qu’il avait à peine dépassé la ving­­taine. Il était très sombre, pâle et rasé de près, avec de petits yeux gris-brun et une grande bouche. Il portait aussi des bagues et des épingles à cravate. Bien que cette descrip­­tion date de 1918, il semble que son appa­­rence n’ait guère changé pendant ses premières années en Espagne.

Isaac Ezratty s'installe au 29 Ronda San Pedro à Barcelone, en 1915Crédits
Isaac Ezratty s’ins­­talle au 29 Ronda San Pedro à Barce­­lone, en 1915

On ne sait pas grand chose de cette période, si ce n’est sa rencontre de fortune avec un jeune offi­­cier de marine qui allait deve­­nir son ami et s’as­­su­­rer ses services au cours d’une autre guerre, et sous un régime tout diffé­rent. Ce jeune offi­­cier avait pour nom Wilhelm Cana­­ris, et prit en 1935 les rennes du rensei­­gne­­ment mili­­taire alle­­mand – l’Ab­­wehr. Cana­­ris avait été envoyé en Espagne, restée neutre, à la fin de l’an­­née 1915, pour s’oc­­cu­­per du ravi­­taille­­ment des U-boats alle­­mands, qui mouillaient en Espagne lors de leurs missions en Médi­­ter­­ra­­née occi­­den­­tale.

La rencontre de ces deux hommes indique que le baron était, lui aussi, impliqué dans cette affaire. Certains éléments de son dossier laissent à penser qu’il trempa égale­­ment dans la diffu­­sion de propa­­gande pro-alle­­mande. Toujours d’après ce dossier, les Britan­­niques ne commen­­cèrent à s’in­­té­­res­­ser au Baron von Rolland que dans les derniers mois de la guerre. La première miette d’in­­for­­ma­­tion provient ici de rensei­­gne­­ments parta­­gés par les Italiens début juillet 1918. Ils seront ensuite recou­­pés par des sources françaises, et la plus grande part concerne d’autres agents aux ordres de von Rolland.

Début octobre les Britan­­niques avaient toutes les raisons de penser qu’il avait envi­­ron 30 ans, utili­­sait le pseu­­do­­nyme Boyal, mais que son vrai nom était Isaac Ezratty, ou Ezrati. Une semaine après l’Ar­­mis­­tice, le 11 novembre 1918, les Britan­­niques y voyaient un peu plus clair. Un rapport du MI5 daté du 18 novembre 1918 dresse un portrait assez précis du baron et de sa famille d’ori­­gine, bien qu’in­­diquant qu’il est Syrien, avec de la famille en Égypte supé­­rieure. A la fin de la guerre, les Britan­­niques pensaient qu’il avait été « à la tête de l’es­­pion­­nage alle­­mand à Barce­­lone. »

Wilhelm Canaris entre 1924 et 1931Crédits : wikipédia
Wilhelm Cana­­ris entre 1924 et 1931

En ce qui concerne la Première Guerre mondiale, l’his­­toire de l’es­­pion juif de Salo­­nique relève de la simple anec­­dote histo­­rique, les Juifs ayant combattu sur bien des fronts, et pour bien des nations enga­­gées dans la bouche­­rie collec­­tive. L’his­­toire de ses dépla­­ce­­ments durant l’Entre-deux-guerres mention­­née dans son dossier est néan­­moins inté­­res­­sante. On y trouve consi­­gnée une arres­­ta­­tion lors de son passage de l’Es­­pagne vers la France.

Libéré de la prison française, il embarque bien­­tôt sur le S.S. Duna­­bis et fait voile vers le port de sa nais­­sance. Mal reçu par les Grecs, il repart peu après pour l’Al­­le­­magne. En avril 1920 il appa­­raît de nouveau en Espagne, où on suppose qu’il a repris ses acti­­vi­­tés d’es­­pion­­nage à la solde des Alle­­mands. A part un bref inter­­­lude en 1925, durant lequel on pense situer le baron en Grande-Bretagne sur la foi de fausses infor­­ma­­tions, le dossier est muet sur ses mouve­­ments jusqu’en 1937, lorsque une Made­­moi­­selle Cathryn Young appelle le bureau des affaires étran­­gères britan­­niques.

Cette femme se décla­­rait réso­­lue à aller en Espagne, alors plongé dans le tour­­billon d’une guerre civile sanglante, dans le but d’at­­teindre Madrid « aussi­­tôt que Franco s’en sera emparé ». Elle justi­­fiait l’ur­­gence de rega­­gner son appar­­te­­ment madri­­lène « par son anxiété concer­­nant les chiens qu’elle y avait lais­­sés ». Ce ne furent pas les cani­­dés qui susci­­tèrent l’in­­té­­rêt du MI5, mais plutôt l’af­­fir­­ma­­tion que lors de son dernier voyage dans le pays elle avait été accom­­pa­­gnée par un « célèbre espion alle­­mand », dont elle tairait le nom. Ce dernier s’avéra être von Rolland.

Peu après cet épisode parut le rapport consa­­cré au réseau d’es­­pions nazi au Maroc. Le ques­­tion du degré d’im­­pli­­ca­­tion de von Rolland dans ce réseau nord-afri­­cain reste ouverte. Il se peut que l’in­­for­­ma­­teur pari­­sien ait fourni aux britan­­niques un rensei­­gne­­ment périmé, ou colporté une simple rumeur, si toute­­fois ses dépla­­ce­­ments dans les années 1930 furent bien réels. Selon une décla­­ra­­tion d’après-guerre, il se trou­­vait en Espagne en 1931–33 et 1934–35, avant de se diri­­ger vers le Nord, jusqu’au Dane­­mark en 1936.  Il passa les deux années suivantes à voya­­ger en Amérique du Sud et en Amérique centrale, avant de quit­­ter défi­­ni­­ti­­ve­­ment l’Eu­­rope en 1939. Durant cette période les Britan­­niques ne voient pas clair dans ses péré­­gri­­na­­tions et le dernier rapport d’avant-guerre qui lui est consa­­cré contient des infor­­ma­­tions contra­­dic­­toires évoquant soit son retour en Espagne, soit son départ pour l’Amé­­rique du Sud. A l’ex­­cep­­tion d’une tenta­­tive pour retrou­­ver sa trace en Espagne en 1941, le dossier demeure muet jusqu’au mois de septembre 1943.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le « baron » vivait dans une maison de la rue Diagonal, à Buenos Aires
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le « baron » vivait dans une maison de la rue Diago­­nal, à Buenos Aires

Un homme entouré de mystères

Bien que le MI5 l’ait gardé sur la liste des personnes à surveiller, ils ne parvinrent pas à trou­­ver grand chose sur ses occu­­pa­­tions pendant les années 1930. Il ne fait cepen­­dant aucun doute que von Rolland ait été à la solde de l’Ab­­wehr, depuis le jour où Cana­­ris a pris la tête de l’or­­ga­­ni­­sa­­tion. Cana­­ris n’avait pas oublié le jeune homme qu’il avait rencon­­tré à Barce­­lone 20 ans plus tôt. D’après le faux baron, Cana­­ris était égale­­ment « le seul homme en Alle­­magne à savoir que j’étais d’ori­­gine hébraïque ». L’es­­pion juif de Cana­­ris avait pour mission d’en­­voyer des rapports confi­­den­­tiels, trans­­mis direc­­te­­ment à la direc­­tion de l’Ab­­wehr, sur « la situa­­tion poli­­tique dans les pays où je séjour­­nais ». Ses rapports s’in­­té­­res­­saient aussi aux partis poli­­tiques et aux équi­­pe­­ments mili­­taires que l’on pouvait y vendre. Sa tâche prin­­ci­­pale était d’éta­­blir des socié­­tés-écrans servant de couver­­ture aux tran­­sac­­tions finan­­cières de l’Ab­­wehr. L’une de ces socié­­tés, Trans­­mare, fut fondée fin 1935 ou début 1936 et avait de nombreuses filiales à la fois en Europe et dans les Amériques.

Une deuxième, la Compa­­gnie de Commerce Exté­­rieur Scan­­di­­nave, montée pendant son séjour au Dane­­mark, lui appar­­te­­nait en propre tout en étant liée à l’Ab­­wehr, bien que le direc­­teur local, un certain M.Whal, igno­­rait qu’il s’agis­­sait d’une société-écran du rensei­­gne­­ment alle­­mand. Lorsque la Deuxième Guerre mondiale éclata en septembre 1939, von Rolland s’était déjà installé en Argen­­tine. Il conti­­nua de travailler là-bas avec Trans­­mare, même s’il devait plus tard prétendre n’avoir su que très peu de choses des rouages de l’en­­tre­­prise en Europe. Von Rolland orienta les acti­­vi­­tés de Trans­­mare vers l’im­­port-export. Les expor­­ta­­tions consis­­taient surtout en cargai­­sons de cuivre et de bronze en gros, expé­­diées vers l’Al­­le­­magne. Tous les contacts avec Cana­­ris passaient par l’am­­bas­­sade d’Al­­le­­magne à Buenos Aires. Il préten­­drait après la guerre que ses liens avec l’en­­tre­­prise s’étaient disten­­dus après 1943, au moment même où les Britan­­niques obtinrent un autre indice sur les allées et venues du Baron.

« Son frère Salo­­mon Ezratty, ancien vice-consul espa­­gnol, s’était échappé de leur ville natale quand les Alle­­mands commen­­cèrent à y rafler les Juifs. »

En septembre 1943 les Britan­­niques établirent qu’il vivait dans une maison de la rue Diago­­nal, dans la capi­­tale argen­­tine. Leur inté­­rêt pour leur vieille connais­­sance de la Première Guerre mondiale se trouva ravivé deux mois plus tard, en novembre, lorsque le triple agent yougo­­slave notoire Dušan Popov, nom de code Tricycle, les informa que von Rolland était un ami intime de Cana­­ris. Un agent espa­­gnol travaillant pour la Gestapo, Perez Garcia, après avoir été capturé à bord d’un bateau et amené au camp secret 020 du MI5, pour inter­­­ro­­ga­­toire, confirma que von Rolland était bien un espion alle­­mand.

A la fin de 1943 le MI6 parvint à retrou­­ver la trace de von Rolland à Buenos Aires. Il vit main­­te­­nant à « Mersina del Plata et dépense au moins 10 000 pesos par mois à diver­­tir la bonne société argen­­ti­­ne…Il ne se mêle pas aux notables de la commu­­nauté alle­­mande, » affir­­mait le rapport. Quelques mois plus tard, en mars 1944, le MI6 rapporte qu’il était « en lien étroit avec von Meynen, le chargé d’Af­­faires alle­­mand. » Il demeure à la même adresse, mais selon le MI6 : « il consacre le plus clair de son temps à parier des sommes consi­­dé­­rables ».

L’agent semble désor­­mais malheu­­reux. Son frère Salo­­mon Ezratty, ancien vice-consul espa­­gnol, s’était échappé de leur ville natale quand les Alle­­mands commen­­cèrent à y rafler les Juifs. Il était parvenu à sauver quelques-uns de ses amis et se rendit fina­­le­­ment en Espagne, avant de partir pour Tel Aviv fin 1944. Les Britan­­niques pensèrent un moment que son espion de frère était en route pour la Pales­­tine, après avoir inter­­­cepté une de ses lettres adres­­sée au Consul Géné­­ral espa­­gnol à Athènes. Il s’agis­­sait toute­­fois d’une fausse piste, et von Rolland demeura en Argen­­tine pendant toute la guerre et jusqu’à la défaite finale des Nazis.

Isaac Ezratty reste entouré de mystère
Isaac Ezratty reste entouré de mystère

Après la guerre les Alliés firent pres­­sion sur l’Ar­­gen­­tine pour obte­­nir l’ex­­tra­­di­­tion de von Rolland et d’autres agents alle­­mands. Vers la fin 1946 il embarqua avec 12 autres personnes sur le navire « Pampa » pour être déporté vers Hambourg. Von Rolland fut emmené au Camp 74 à Ludwig­s­burg, qui se trou­­vait en zone améri­­caine. Il fut inter­­­rogé d’abord par l’ar­­mée améri­­caine, à la mi-janvier 1947, mais celle-ci s’in­­té­­res­­sait surtout à l’état du commu­­nisme en Argen­­tine – un signe clair de la Guerre Froide à venir.

Lorsque les Britan­­niques commen­­cèrent leur inter­­­ro­­ga­­toire le 5 mai 1947, von Rolland donna un long témoi­­gnage par écrit de son travail pour les Alle­­mands durant les deux guerres. Il révéla aussi aux Britan­­niques tout ce qu’ils voulaient savoir sur les agents alle­­mands en Argen­­tine et ses propres contacts dans le système Trans­­mare. Ce témoi­­gnage est plutôt direct.

Il n’est jamais fait allu­­sion à la Shoah, ni par Ezratty, ni par ses inter­­­ro­­ga­­teurs. Après avoir servi comme agent alle­­mand pendant presque 30 ans, l’es­­pion ne tente à aucun moment de justi­­fier ses actions. La lecture du dossier procure d’ailleurs moins de réponses qu’elle n’ouvre de ques­­tions.

Quelles furent ses moti­­va­­tions ? L’argent ? L’avi­­dité ? Le goût du risque ? Un sauf-conduit hors d’Eu­­rope ? Son amitié pour Cana­­ris ? Toutes les réponses à ces ques­­tions demeu­­re­­ront englou­­ties dans le brouillard de la guerre, à moins que n’émerge un jour le dossier de l’Ab­­wehr. Ce qu’il advint ensuite d’Isaac Ezratty est égale­­ment un mystère. Inter­­net four­­nit néan­­moins quelques pistes.

En 1948, alors qu’Is­­raël conqué­­rait son indé­­pen­­dance, il semble qu’Ez­­ratty ait gagné l’Es­­pagne de Franco, où l’on l’ima­­gine arpen­­ter les rues de Barce­­lone, la ville où débuta sa carrière d’es­­pion alle­­mand. Il espé­­rait peut-être que son destin serait oubliée. Et ce fut d’ailleurs le cas, jusqu’à aujourd’­­hui. Si Isaac Ezratty a été ressus­­cité grâce à son dossier, il reste entouré de ques­­tions. Comment pu-t-il servir un pays qui assas­­sina 98 pour cent des Juifs de sa ville natale ?


Traduit de l’an­­glais par Florian Hohen­­berg d’après l’ar­­ticle « Hitler’s Jewish Spy » paru dans Tablet­­mag.  Couver­­ture : Isaac Ezratty, le Baron von Rolland.


CETTE FAMILLE RUSSE A VÉCU 40 ANS COUPÉE DU MONDE EN SIBÉRIE

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En taïga sibé­­rienne, six membres de la famille Lykov ont vécu isolés pendant 40 ans à plus de 240 kilo­­mètres de toute présence humaine.

L’été ne dure pas en Sibé­­rie. La neige s’at­­tarde jusqu’en mai et le froid revient dès septembre. La vie de la taïga gèle à nouveau et se fige pour former cette somp­­tueuse déso­­la­­tion : des kilo­­mètres de pins et de bouleaux végé­­tant, parse­­més d’ours endor­­mis et de loups affa­­més, des montagnes escar­­pées, des rivières d’eau claire qui se déversent en torrent à travers la vallée et une centaine de milliers de marais glacés. Cette forêt est la dernière et la plus impor­­tante éten­­due sauvage sur Terre. Elle débute aux confins des zones arctiques russes aussi éloi­­gnées que la Mongo­­lie, s’étend à l’est de l’Ou­­ral jusqu’à l’océan Paci­­fique : huit millions de kilo­­mètres carrés de vide et une popu­­la­­tion qui ne rassemble que quelques milliers de personnes.

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La hutte où vivaient les Lykov
Crédits : Archives sovié­­tiques

Cepen­­dant, lorsque la chaleur arrive, la taïga fleu­­rit, et pour quelques petits mois, elle pour­­rait presque être accueillante. C’est à ce moment que l’homme peut voir au plus clair de ce monde caché. Non pas depuis le sol, la taïga étant capable d’en­­glou­­tir des armées entières d’ex­­plo­­ra­­teurs, mais depuis le ciel. La plupart des ressources en pétrole et mine­­rais de Russie se trouvent en Sibé­­rie, et au fil du temps, même ses coins les plus recu­­lés ont été enva­­his par des cher­­cheurs de pétrole et des géomètres en route vers des campe­­ments perdus dans les bois, là où s’ex­­trait la richesse.

Ainsi, durant l’été 1978, dans la partie isolée du sud de la forêt, un héli­­co­­ptère fut envoyé à la recherche d’un endroit sûr où dépo­­ser un groupe de géologues. Il parcou­­rait l’orée du bois quand il tomba sur une vallée densé­­ment boisée d’un affluent de l’Aka­­ban, ce ruban d’eau écumante qui traverse ce terrain dange­­reux. Les parois de la vallée étaient étroites et quasi­­ment verti­­cales en certains endroits. Les frêles pins et bouleaux qui oscil­­laient dans le tour­­billon du courant étaient si étroi­­te­­ment emmê­­lés qu’il n’y avait aucune chance de trou­­ver une zone d’at­­ter­­ris­­sage. Pour­­tant, à force de fixer atten­­ti­­ve­­ment son pare-brise, le pilote repéra quelque chose qui n’au­­rait pas dû être là : une clai­­rière à plus de 1800 mètres d’al­­ti­­tude sur le flanc de la montagne, encas­­trée dans la forêt et marquée par de longs sillons noirs. L’équi­­page, abasourdi, effec­­tua plusieurs passages avant de conclure malgré eux que ce jardin était la preuve d’une présence humaine. La taille et la forme de la clai­­rière lais­­saient suppo­­ser qu’elle exis­­tait depuis un bon moment.

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