par Brendan Borrell | 14 août 2015

Lagoa Da Confusão, au Brésil. Il est midi et nous roulons vers l’ouest, un paysage terne de champs de soja et de brous­­sailles dessé­­chées défi­­lant à vive allure par la fenêtre. Nous devons trou­­ver un habi­­tant du coin qui puisse nous faire traver­­ser le fleuve à bord d’un skiff et nous conduire jusqu’à un parc natio­­nal dont l’exis­­tence dépend de la personne à laquelle vous vous adres­­sez. Un clic métal­­lique reten­­tit lorsque mon compa­­gnon, Raoni Japiassu Merisse, le gérant bien réel de ce parc, fait glis­­ser la cartouche dans son pisto­­let semi-auto­­ma­­tique, sur lequel sont gravées les initiales de son employeur : l’Ins­­ti­­tut Chico Mendes pour la conser­­va­­tion de la biodi­­ver­­sité (CMIBC). Jiapassu n’a jamais tiré la moindre balle en dehors des séances d’en­­traî­­ne­­ment, mais il est prêt à le faire. « Nos respon­­sables croient que nous sommes en guerre contre les habi­­tants de l’île », dit-il d’une voix où se mêlent sens du devoir et rési­­gna­­tion.

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Raoni Japiassu Merisse
Crédits : Bren­­dan Borrell

Le Cerrado

À seule­­ment 30 ans, Japiassu est l’homme qui se retrouve pris dans ce qu’il appelle « une situa­­tion impos­­sible ». Sur les cartes fédé­­rales, le parc natio­­nal d’Ara­­guaia englobe toujours le tiers nord de l’île de Bana­­nal, qui mesure plus de 350 km de long. En forme de pointe de flèche gros­­sière, elle se situe nord du Brésil. Cette île était autre­­fois consi­­dé­­rée comme un équi­­valent brési­­lien du parc de Yellows­­tone, mais il y a treize ans, les tribus Javaé et Karajá, qui habitent l’île, ont pris un des prédé­­ces­­seurs de Japiassu en otage et ont réqui­­si­­tionné des bateaux et des véhi­­cules terrestres, avant de mettre le feu au bâti­­ment admi­­nis­­tra­­tif du parc. Leur colère avait été déclen­­chée par des tenta­­tives de contrôle de la pêche et de l’éle­­vage illé­­gal de bétail, des acti­­vi­­tés lucra­­tives pour ces insu­­laires appau­­vris, qui leur permet­­taient égale­­ment de côtoyer des étran­­gers. Après une longue bataille, les légis­­la­­teurs fédé­­raux ont déli­­mité pour eux de nouveaux terri­­toires empié­­tant sur les fron­­tières du parc, donnant lieu à un véri­­table casse-tête judi­­ciaire. Depuis la capi­­tale du Brésil, les supé­­rieurs de Japiassu lui demandent de faire respec­­ter les lois de conser­­va­­tion brési­­liennes sur un terri­­toire dans lequel il n’a plus de juri­­dic­­tion claire.


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L’in­­cen­­die du siège du Parc natio­­nal d’Ara­­guaia en 2002
Crédits : Raoni Japiassu/ICMBio

Chaque année, la forêt se trans­­forme en véri­­table brasier, enflam­­mée pour faci­­li­­ter la drague des lacs et pour faire de la place à des prai­­ries à bétail illé­­gales. Au cours des dix dernières années, les satel­­lites ont enre­­gis­­tré 3 611 incen­­dies au sein du parc, selon l’Ins­­ti­­tut natio­­nal de recherche spatiale (INPE). Si Japiassu était amené à faire usage de son arme, l’ou­­trage qui en décou­­le­­rait pour­­rait cham­­bou­­ler la main­­mise du gouver­­ne­­ment sur l’île. En 2008, lorsqu’il a commencé à travailler au parc, 12 personnes parta­­geaient son bureau avec lui. Aujourd’­­hui, ils ne sont plus que trois. Le parc dispose d’une demi-douzaine de bateaux saisis à des hommes pratiquant la pêche illé­­gale, mais aucun de leurs moteurs ne fonc­­tionne. « Ils ne quit­­te­­ront pas cette zone », dit Japiassu, « mais nous, il est possible que nous partions un jour. » Japiassu a des cheveux noirs bouclés et ébou­­rif­­fés, et une barbe hirsute qui couvre le menton et la mâchoire de son visage angu­­leux. Il m’évoque la mascotte du parc, le jabiru, une cigogne dégin­­gan­­dée très commune dans l’Ara­­guaia. Il porte des lunettes rectan­­gu­­laires perchées sur son nez en forme de bec et s’ex­­prime dans un anglais choisi, énonçant chaque syllabe d’une voix profonde et éner­­gique. Lorsque je lui ai rendu visite en février, sa femme était à deux semaines d’ac­­cou­­cher de leur premier enfant. « Ta femme n’est pas angois­­sée par tout ça ? » lui ai-je demandé en dési­­gnant le pisto­­let. « Je ne peux lui expliquer que les grandes lignes », m’a-t-il répondu. « J’es­­saie de ne pas l’inquié­­ter. » D’une décon­­ve­­nue à l’autre, il nous a fallu toute une jour­­née et une partie de la suivante pour atteindre la rive du fleuve. Enfin debout sur la grande berge, j’ai un premier aperçu de la vaste voûte verte qui s’étend sur l’île de Bana­­nal. Il s’agit de la plus grande île fluviale au monde, et l’en­­droit où se rencontrent l’Ama­­zone et le Cerrado, deux des écosys­­tèmes les plus variés du Brésil – avec tout le feu d’ar­­ti­­fice biolo­­gique qui cela induit. Les basses terres de l’île sont consti­­tuées de forêts inon­­dées fantas­­ma­­go­­riques dans lesquelles on peut voir des éponges d’eau douce se cram­­pon­­ner aux racines qui s’ex­­tirpent hors de l’eau. Les zones plus élevées, où sont dissé­­mi­­nés les 34 villages des tribus Javaé et Karajá, présentent un décor typique de la savane du Cerrado : un mélange de forêt, de brousse et de prai­­rie.

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Sur le fleuve
Crédits : Bren­­dan Borrell

De mai à septembre, pendant la saison sèche, les sentiers sont larges et couverts des traces à trois empreintes des tapirs, ainsi que de celles des pattes grif­­fues des jaguars et des four­­mi­­liers géants. Quand le niveau de l’eau descend, des lacs tempo­­raires (qu’on appelle des igapós) se retrouvent isolés du cours du fleuve, prenant au piège des centaines de pois­­sons appar­­te­­nant à d’étranges espèces telles que le pira­­rucu, un monstre argenté de 180 kg dont la langue est héris­­sée de dents. Une rumeur persiste, selon laquelle loin dans Mata do Mamão – une forêt dense et presque inac­­ces­­sible située au cœur de l’île – vivrait une tribu isolée d’in­­diens avás-canoei­­ros.

Bera­­hatxi

Japiassu essaie de renouer les rela­­tions entre le parc et les habi­­tants histo­­riques de l’île, village après village. Il est parvenu à établir d’as­­sez bons rapports avec Walter, le chef du village de Txukode, qui est favo­­rable à l’ap­­pli­­ca­­tion de la loi dans le parc tant qu’elle ne nuit pas au quoti­­dien des habi­­tants du village. Walter est un homme détendu et amical, aux sour­­cils grison­­nants et aux joues constel­­lées des stig­­mates de la variole. Après avoir discuté du conflit avec lui dans sa rési­­dence secon­­daire à Logoa da Confusão, il accepte de nous faire visi­­ter les terres de sa tribu en échange de 50 gallons d’es­­sence (envi­­ron 190 litres).

Selon les Javaé, il fut un temps où le soleil était aussi noir que l’eau des marais.

Une fois sortis de la crique dans laquelle Walter cache son skiff, nous prenons la direc­­tion du sud sur le canal prin­­ci­­pal du fleuve, avec l’île de Bana­­nal sur notre droite. L’eau est inha­­bi­­tuel­­le­­ment basse pour cette époque de l’an­­née, et les plages de sable sont bondées d’oi­­seaux aqua­­tiques qui côtoient de rares caïmans noirs, une espèce autre­­fois en danger d’ex­­tinc­­tion dont le nombre d’in­­di­­vi­­dus a augmenté récem­­ment. Dans la brousse qui nous surplombe, j’aperçois un animal qui ressemble à un poulet avec une crête iroquoise. Il s’agit d’un hoat­­zin, plus connu sous le nom de stink­­bird (« oiseau puant ») en raison de l’odeur malodo­­rante de ses fientes, due à son régime herbi­­vore. Selon les Javaé, il fut un temps où le soleil était aussi noir que l’eau des marais. Ils vivaient alors dans un royaume magique situé sous les tour­­bières et les rivières de l’île de Bana­­nal. Dans cet Éden souter­­rain, tous étaient en bonne santé, personne ne se querel­­lait ni ne mourait. Si vous souhai­­tiez manger du pois­­son pour le dîner, un pois­­son se maté­­ria­­li­­sait sous vos yeux. Mais cette région, qu’on connaît sous le nom de Bera­­hatxi, est en vérité tout sauf édénique. Ses terres sont recou­­vertes d’une épaisse couche de vase dans laquelle on s’en­­fonce jusqu’aux chevilles. L’eau y est trouble et a un goût infâme. Le pois­­son qu’on y pêche semble ne jamais être assez cuit. Personne n’y a jamais expé­­ri­­menté les plai­­sirs de la chair. L’un après l’autre, les habi­­tants de ce monde souter­­rain ont exploré des tunnels qui les ont sortis des profon­­deurs, et ils ont commencé à rencon­­trer d’autres gens qui en avaient depuis long­­temps émergé. La surface de la Terre, ainsi que le relate l’an­­thro­­po­­logue Patri­­cia de Mendonça Rodrigues, « se révéla à la fois fasci­­nante par les nouveau­­tés qu’elle avait à offir, et terri­­fiante par le prix qu’elle exigeait qu’ils paient pour s’y tenir ».

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Une pancarte sur l’île de Bana­­nal
Crédits : Bren­­dan Borrell

L’idée de fonder un parc natio­­nal sur l’île de Bana­­nal fut celle d’un ingé­­nieur mili­­taire aboli­­tion­­niste noir, natif de l’État de Bahia. En 1876, André Rebouças fut inspiré par la créa­­tion du parc de Yellows­­tone et suggéra que l’île de Bana­­nal devienne l’un des premiers parcs natu­­rels du Brésil. Près de 90 ans plus tard, le 31 décembre 1959, le président Jusce­­lino Kubit­­schek déclara que l’île ferait désor­­mais partie du Parc natio­­nal d’Ara­­guaia. Kubit­­schek cares­­sait le rêve fitz­­car­­ral­­desque de façon­­ner l’île à l’image du Brésil. Dans le cadre de l’Opé­­ra­­tion Bana­­nal, il fit venir l’ar­­chi­­tecte moder­­niste Oscar Niemeyer pour que celui-ci y construise un hôtel luxueux et une station balnéaire. Cet hôtel, l’hô­­tel JK, donne sur une plage infes­­tée de croco­­diles et de piran­­has située près d’un village indien du fleuve Araguaia. « Ici – où ils se trou­­vaient seuls, livrés à eux-mêmes dans la jungle –, le 27e jour de juillet de l’an­­née 1960, commença l’in­­té­­gra­­tion de la commu­­nauté de l’île de Bana­­nal, par la volonté du président Jusce­­lino Kubit­­schek, avec l’aide de Dieu et des hommes, pour l’amour du Brésil », indique une plaque dans la rési­­dence insu­­laire du président, « Alvo­­ra­­dinha ».

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Une maison javaé dans le village de Txukode
Crédits : Bren­­dan Borrell

Les habi­­tants de Bana­­nal étaient bien moins enthou­­sias­­més par cet arran­­ge­­ment. Les colons brési­­liens enva­­hirent leurs terres en grand nombre, pêchant au filet et à la dyna­­mite, et submer­­gèrent l’île de pas moins de 200 000 têtes de bétail. Lorsqu’ils daignaient payer la loca­­tion des terres, c’était souvent pour un prix bien infé­­rieur à leur valeur réelle. On abat­­tait les arbres feuillus autour des villages. La violence était courante. « Un indien nommé Luiz a été passé à tabac par quatre jeunes hommes, qui ont ensuite abusé de sa femme », notait un agent de l’État dans un rapport de 1964. « Monsieur, les Javaés ont souf­­fert pendant des années, sans que les auteurs de ces crimes aient été punis. »

Le chef rebelle

Il en va ainsi de l’his­­toire du parc depuis l’époque de Kibit­­schek : En 1971, le gouver­­ne­­ment brési­­lien céda les trois quarts du parc de l’île pour en faire une réserve indienne. En 2002, les Javaé et les Karajá en deman­­dèrent davan­­tage. Ils enva­­hirent les bureaux du parc et rasèrent un poste de contrôle de la pêche.

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Un piranha sur une plage du fleuve Araguaia
Crédits : Bren­­dan Borrell

En 2010, le gouver­­ne­­ment brési­­lien accéda à leur demande et déli­­mita deux nouveaux terri­­toires au nord de l’île, qui chevau­­chaient une grande partie du parc natio­­nal. Pour les conser­­va­­tion­­nistes, c’était le début de la fin. La première mission de Japiassu au sein du parc était de mettre un terme à la pêche illé­­gale, au moyen d’un accord de pêche nova­­teur passé avec les habi­­tants de l’île. Chaque indi­­vidu serait auto­­risé à pêcher 100 kg de pois­­son par mois, et à en vendre autant qu’il ou elle le souhai­­te­­rait. En revanche, les étran­­gers se verraient inter­­­dire caté­­go­­rique­­ment la pêche. Japiassu estime faire du bon travail, et il appré­­cie beau­­coup les habi­­tants de l’île. Il est né à Goiana, une ville agréable située au centre du pays, mais il a grandi à Palmas, la capi­­tale torride de l’État du Tocan­­tis. Sa mère a choisi son nom d’après Raoni Metuk­­tire, le chef kayapo qui, en 1989, a suivi Sting durant sa tour­­née mondiale afin de promou­­voir la créa­­tion d’un terri­­toire indi­­gène unifié le long du fleuve Xingu. « J’ai toujours aimé le Cerrado », dit-il. « Je voulais combattre la défo­­res­­ta­­tion. » Le direc­­teur du parc de l’époque a expliqué à Japiassu que son travail était avant tout de bâtir avec les habi­­tants de bonnes rela­­tions. « Je suis le méchant et tu es le gentil », lui disait-il. Mais début 2012, ce direc­­teur a annoncé l’im­­mi­­nence de son départ et le fait que Japiassu devrait endos­­ser le rôle à son tour. En d’autres termes, Japiassu devait deve­­nir le méchant. Au cours d’une action de répres­­sion de la pêche illé­­gale impliquant le proprié­­taire d’un restau­­rant de la ville de Porto Nacio­­nal, Japiassu s’est confronté au chef du village de Boto Vehlo, qui avait permis aux pêcheurs d’ac­­cé­­der aux points d’eau à l’in­­té­­rieur du parc. Il a montré à ce dernier des photo­­gra­­phies prou­­vant que la loi avait été enfreinte, et lui a dit que les siens ne seraient pas inquié­­tés et que seuls les pêcheurs seraient punis. Il a ensuite demandé au chef de lais­­ser ses hommes entrer à Boto Vehlo pour saisir leurs bateaux. Mais ce dernier a refusé. « Je n’ai peur ni de mourir, ni de tuer », a-t-il répliqué. « Si quelque chose se produit, vous en serez tenu pour respon­­sable. » Japiassu a pris la déci­­sion de lais­­ser le chef récal­­ci­­trant à son isole­­ment. Il a annoncé qu’il n’en­­ver­­rait plus ses pompiers sur ce terri­­toire conflic­­tuel, arguant que les menaces qu’il avait reçues l’inquié­­taient pour sa sécu­­rité. Lorsqu’un incen­­die s’est déclaré là-bas en mai 2012, Japiassu s’est contenté de suivre son évolu­­tion par satel­­lite, le voyant s’in­­ten­­si­­fier pixel par pixel. Après deux semaines, l’in­­cen­­die a été reconnu comme le plus grand feu de forêt du pays et a fait parler de lui dans le jour­­nal télé­­visé nocturne Fantás­­tico.

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Le chef Walter Javaé lors d’un après-midi de pêche
Crédits : Bren­­dan Borrell

La publi­­cité néga­­tive engen­­drée par cet événe­­ment a pris de court les supé­­rieurs de Japiassu au Brésil. Ils lui ont ordonné d’agir, ce qui l’a conduit à supplier le chef de lui garan­­tir un passage sécu­­risé. « C’était humi­­liant, non seule­­ment pour moi mais aussi pour le gouver­­ne­­ment brési­­lien », m’a expliqué Japiassu. « Ça a réduit tout notre travail à néant. »

L’Ara­­guaia

Sur le fleuve, Walter fait signe à une de ses connais­­sances alors qu’il tente de démê­­ler un filet dans de son canoë moto­­risé, faisant tanguer l’em­­bar­­ca­­tion. Alors que nous nous appro­­chons pour regar­­der de plus près ce qu’il fait, nous voyons cinq grosses tortues d’eau douce se tortiller sur le dos.

Japiassu se voit comme un homme soli­­taire.

Notre bateau effec­­tue un large virage en arc de cercle sur les eaux calmes du fleuve pour suivre un affluent vers l’in­­té­­rieur de l’île. Soudain, un dauphin à la peau rosée perce la surface et expire par son évent. Walter coupe le moteur, et nous sommes bien­­tôt encer­­clés par une demi-douzaine de ces dauphins, qui émergent de l’eau, renâclent et plongent pour dispa­­raître à nouveau dans l’eau noire. Walter rit de leurs facé­­ties, et me confie que son peuple admire ces animaux curieux. Les scien­­ti­­fiques sont du même avis : l’an­­née dernière, ils ont reconnu les dauphins du fleuve Araguaia comme une nouvelle espèce, isolée des deux autres espèces de dauphins vivant dans l’Ama­­zone par des rapides. Lorsque nous arri­­vons au village de Walter, une poignée de huttes pous­­sié­­reuses située en bordure du parc, nous nous donnons en spec­­tacle, arc et flèches à la main, et les hommes du village jouent une chan­­son tradi­­tion­­nelle en notre honneur. Alors que je vaga­­bonde sous un soleil de plomb, je fais la rencontre d’un jeune homme de 22 ans prénommé Araruwe, qui se repose sur un hamac fait d’un filet de pèche en lambeaux. Il est récem­­ment arrivé de Cana­­noa, un village situé au sud de l’île.

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Flavio « Gordo » Javaé est en charge de la sécu­­rité de Txukode
Crédits : Bren­­dan Borrell

Il m’ex­­plique que trop de personnes braconnent la réserve indi­­gène, et que les produits de la chasse et de la pêche se faisaient rares. Il ajouta que le parc natio­­nal, pour sa part, regor­­geait de pois­­sons. En connais­­sance de la triste histoire des lieux, je compa­­tis­­sais avec les indi­­gènes. J’avais tout de même du mal à comprendre pourquoi cette popu­­la­­tion de seule­­ment 4 300 habi­­tants avait besoin de l’île entière et de ses 20 700 km² de super­­­fi­­cie pour survivre. Cela repré­­sente 485 hectares pour chaque indi­­vidu, homme, femme et enfant rési­­dant sur l’île. Comment se fait-il qu’ils ne parviennent pas à utili­­ser leurs ressources plus intel­­li­­gem­­ment ? Japiassu sait que ses jours à son poste sont comp­­tés, du fait que les indi­­gènes conti­­nuent de migrer vers le nord. La pêche illé­­gale demeure un problème irré­­solu, alors que le nombre de têtes de bétail présentes sur l’île augmente de nouveau. Walter a promis qu’il coopé­­re­­rait aux actions visant à garder ce bétail hors du parc, mais Japiassu sait que cela ne marchera qu’à la condi­­tion que les tribus aient une source de reve­­nus alter­­na­­tive. Il se voit comme un homme soli­­taire, qui lutte pour une chose à laquelle il n’est plus sûr de croire à présent. Il prévoit de partir aussi­­tôt qu’il aura trouvé quelqu’un pour le rempla­­cer. « Je ne veux pas contri­­buer à ce mensonge », me confia-t-il. « Je commence à penser qu’il serait peut-être mieux de mettre un terme à ce parc natio­­nal. » À la fin de notre visite, de la sueur dégou­­li­­nait des sour­­cils de Japiassu, et nous étions tous deux déshy­­dra­­tés. Walter sortit un pichet d’eau du réfri­­gé­­ra­­teur du bloc de ciment qui sert d’école au village, et en remplit un verre qu’il tendit à Japiassu, qui le leva à hauteur de ses yeux. Elle avait la couleur d’un thé très dilué. Mais il n’avait pas le choix. Il en but une gorgée, et dit qu’elle avait un goût de pous­­sière.

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Une tortue d’eau visite notre embar­­ca­­tion
Crédits : Bren­­dan Borrell

Traduit de l’an­­glais par Marie Le Breton d’après l’ar­­ticle « Island in a Storm », paru dans Roads and King­­doms. Couver­­ture : Le fleuve Araguaia, par Bren­­dan Borrell.

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