par Camille Hamet | 16 mars 2017

Avril 2016. Le soleil brille au-dessus des plans d’eau de la ville de Belle­­garde, dans le Gard, quand soudain un homme vêtu de rouge et de noir fend le ciel d’un bleu limpide. Dressé sur une planche volante, il évolue dans les airs pendant de longues minutes, à une vitesse pouvant atteindre 55 km/h, et à plusieurs mètres de l’eau, qui forme une fine brume scin­­tillante à chaque fois que l’en­­gin se rapproche. Celui-ci finit par se poser tranquille­­ment sur le ponton où patien­­taient les coéqui­­piers de l’homme volant, certai­­ne­­ment parta­­gés entre enthou­­siasme et anxiété.

Franky Zapata sur son FlyBoard Air
Crédits : Zapata Racing

Cet homme, c’est Franky Zapata. Ancien cham­­pion de jet-ski et chef d’en­­tre­­prise auto­­di­­dacte, il vient d’ef­­fec­­tuer un premier test concluant de sa toute dernière inven­­tion, le FlyBoard Air, planche volante munie de six moteurs à hydro­­pro­­pul­­sion et comman­­dée par une manette. Diffusé sur YouTube, son exploit va être visionné plus de sept millions de fois par des inter­­­nautes esto­­maqués. Un an après, les plus scep­­tiques ont admis que la vidéo avait été réali­­sée sans trucage et Franky Zapata a fait voler son inven­­tion 300 fois. Mais celle-ci n’est toujours pas homo­­lo­­guée, et les auto­­ri­­tés françaises ont décidé de la clouer provi­­soi­­re­­ment au sol. Une enquête préli­­mi­­naire a été ouverte pour « non-respect des règles mini­­males de survol et conduite d’un aéro­­nef sans les titres néces­­saires ». Selon la Direc­­tion géné­­rale de l’avia­­tion civile, le FlyBoard Air aurait dû faire l’objet d’une exper­­tise de sécu­­rité, son expé­­ri­­men­­ta­­tion aurait due être décla­­rée au préa­­lable, et son pilote, pourvu d’un titre aéro­­nau­­tique – a minima une licence théo­­rique ULM. Outré par l’in­­ter­­dic­­tion de voler, Franky Zapata a déclaré sur Face­­book qu’il songeait désor­­mais à délo­­ca­­li­­ser son entre­­prise, qui emploie 17 personnes dans les Bouches-du-Rhône et affiche un chiffre d’af­­faires annuel de 5 à 6 millions d’eu­­ros. Cet inven­­teur de 38 ans raconte ici comment il a eu l’idée du FlyBoard Air et pu réali­­ser un des plus vieux rêves de l’hu­­ma­­nité. Les propos ayant servi à réali­­ser cette histoire – qu’il faut imagi­­ner tein­­tés d’ac­cent marseillais – ont été recueillis par Camille Hamet au cours d’un entre­­tien avec Franky Zapata. Les mots qui suivent sont les siens.

Le FlyBoard

J’ai grandi au bord de la mer, à côté de Marseille, et pour­­tant mon rêve c’était le ciel. À 15 ans, j’ai voulu passer mon permis héli­­co­­ptère, mais je suis dalto­­nien. Je me suis dit que le ciel n’était fina­­le­­ment pas pour moi et j’ai commencé à faire des courses de jet-ski. J’ai eu de la chance, c’est allé très vite pour moi : ma carrière de pilote a démarré très rapi­­de­­ment. Mais on vit très mal de ce sport. J’ai connu des mois à 300 euros et sans week-ends. Les vacances, je ne savais même pas ce que c’était.

Franky Zapata
Crédits : Zapata Racing

Alors en 2008, j’ai créé ma propre marque de jet-ski et monté ma propre société : Zapata Racing. À l’époque, on a fabriqué 250 machines, avec des pièces spéci­­fiques, dédiées à la compé­­ti­­tion. C’était des jet-skis haut de gamme, la Ferrari du jet-ski. Avec elle, on a remporté 18 titres de cham­­pion du monde… Mais en 2011, on n’a plus eu le droit de la vendre à cause du chan­­ge­­ment des normes de pollu­­tion, et on s’est retrouvé au bord de la faillite. C’est là que j’ai eu l’idée d’uti­­li­­ser la tech­­no­­lo­­gie du jet-ski pour faire voler des personnes au-dessus de l’eau. Le prin­­cipe du premier FlyBoard est plutôt simple : on récu­­père l’eau qui sort de la turbine qui fait avan­­cer le jet-ski, on la dévie via un coude en alumi­­nium et on l’ache­­mine grâce à un tuyau du même genre que ceux utili­­sés par les pompiers. Le résul­­tat a la forme d’un Y en alumi­­nium, ou en plas­­tique, et on se retrouve debout sur deux jets d’eau, à faire toutes les figures acro­­ba­­tiques possibles et imagi­­nables. On a posté des vidéos de la machine sur YouTube, et c’était parti. Cette année-là, on est passé de 300 000 à quatre millions d’eu­­ros de chiffre d’af­­faires.

Une figure de FlyBoard
Crédits : Zapata Racing

À présent, il y a une vraie commu­­nauté spor­­tive et passion­­née autour du FlyBoard. On en a vendu 10 000 dans le monde, dont la plupart sont utili­­sés sur des bases de loca­­tion, pour 50 ou 100 euros l’ex­­pé­­rience. On suppose donc que des millions de personnes l’ont déjà essayé. En tout cas, certains ont attrapé le virus et y consacrent leur vie. Une coupe du monde réunit les meilleurs athlètes tous les ans. La dernière édition s’est dérou­­lée en Floride. On a déve­­loppé deux autres produits à eau, l’hover­­board, qui doit son nom à la célèbre planche du film Retour vers le futur, et le jet-pack, qui permet de s’éle­­ver dans les airs en posi­­tion assise, un peu comme James Bond. Mais notre réfé­­rence ultime, c’est Iron Man. Dès le premier jour où on a vu fonc­­tion­­ner le premier FlyBoard, on s’est dit que si on pouvait enle­­ver le tuyau qui le reliait au jet-ski et voler libre­­ment, ce serait juste magique. On savait déjà que le FlyBoard était la version édul­­co­­rée de ce qu’on voulait vrai­­ment : le FlyBoard Air.

Le FlyBoard Air

On a travaillé pendant quatre ans sur ce projet fou. Puis, en 2015, nous avons perdu beau­­coup de parts marché à cause de toutes les répliques du FlyBoard qui existent dans le monde. On a dû mettre notre projet de côté pour retra­­vailler notre produit initial et nous repla­­cer au-dessus de nos concur­­rents. Déve­­lop­­per un produit qui existe déjà n’est pas amusant ; ce qu’on aime, c’est inven­­ter les machines qui n’existent pas encore. Mais il fallait faire cet effort pour le bien de l’en­­tre­­prise. C’était une année très diffi­­cile psycho­­lo­­gique­­ment. Fina­­le­­ment, avec mes colla­­bo­­ra­­teurs du pôle Recherche & Déve­­lop­­pe­­ment, on a dit au reste de l’équipe de conti­­nuer à travailler sans nous : nous voulions nous consa­­crer plei­­ne­­ment à notre rêve. Tout le monde a été surpris et personne ne croyait qu’on allait y arri­­ver. Même moi, je n’étais pas du tout sûr de mon coup. J’ai arrêté les études très tôt, vers 16 ans. J’étais plutôt du genre à faire du sport et à traî­­ner dans le garage pour brico­­ler. J’ai tout appris dans le jet-ski, c’est ma seule forma­­tion. Mais c’est une sacrée forma­­tion. En me battant contre des entre­­prises qui brassent des millions d’eu­­ros, j’ai appris à en faire mille avec un seul euro. J’ai appris à porter toutes les casquettes : rela­­tions publiques, ingé­­nieur, vendeur, mana­­ger… Et une fois qu’on sait fabriquer un jet-ski, on sait fabriquer un FlyBoard. Il suffit d’être malin et d’avoir un peu de bon sens. Et de se risquer en dehors des sentiers battus, là où personne ne s’aven­­ture. Pour le FlyBoard Air, c’était diffé­rent. J’ai dû énor­­mé­­ment travailler pour mettre au point mon système hydro­­pro­­pulsé. En tout, il y a eu une quin­­zaine de proto­­types. Et heureu­­se­­ment qu’il y avait Google : plus besoin de diplôme pour inven­­ter de nouvelles machines. Je me souviens d’une fois où j’ai demandé à deux ingé­­nieurs qui travaillaient avec moi de m’ai­­der à faire un calcul : ils ne se souve­­naient pas de la formule adéquate, alors ils sont allés sur Google. Exac­­te­­ment comme moi ! Avant, je le recon­­nais, il m’ar­­ri­­vait de réin­­ven­­ter la roue. Mais main­­te­­nant, je m’en rends tout de suite compte et je change de direc­­tion.

En plein essai
Crédits : Zapata Racing

Fina­­le­­ment, on a réussi à mettre au point une planche qui peut voler jusqu’à 10 000 pieds, avec une vitesse de pointe de 150 km/h et une auto­­no­­mie de 10 minutes. Mais la véri­­table inno­­va­­tion du FlyBoard Air, c’est sa fiabi­­lité. Les autres engins de dépla­­ce­­ment person­­nel volants sont ce que j’ap­­pelle des « cailloux ». Non seule­­ment ils sont plus lourds, moins rapides et moins endu­­rants, mais ils n’ont pas de plan B : si le moteur lâche, on tombe comme une pierre. Le FlyBoard Air, lui, est muni de six turbo­­réac­­teurs, dont quatre au centre de la planche pour être au plus près du centre de gravité. Donc si un moteur lâche, on conti­­nue à voler. Il est aussi résis­­tant aux tempêtes, aux courants descen­­dants, aux trous d’air, aux turbu­­len­­ces… Tout comme un avion de ligne. À part les sensa­­tions, qui ne sont pas du tout les mêmes.

L’ovni

La seule chose que j’ai du mal à expliquer quand je parle de mon inven­­tion, c’est ce que j’éprouve en volant avec… Il n’y a aucun effort à faire, juste à sentir l’air sur son corps pour mieux s’équi­­li­­brer. Comme un aigle au bout de ses plumes. Les turbo­­réac­­teurs ont un son très carac­­té­­ris­­tique, qui gronde dans la cage thora­­cique. C’est phéno­­mé­­nal. Même si je m’étais habi­­tué à la sensa­­tion de voler au-dessus de l’eau avec le premier FlyBoard, voler entre les montagnes, se faufi­­ler entre les arbres… Ça n’a rien à voir. On a l’im­­pres­­sion d’avoir une force surna­­tu­­relle, d’être un super-héros. Et je ne ressens aucune peur, car je suis complè­­te­­ment décon­­necté de la réalité, ou plutôt, j’ai le senti­­ment de me trou­­ver quelque part entre rêve et réalité. Après avoir volé une fois, je n’avais plus qu’une seule idée en tête : décol­­ler de nouveau. Dès la première démons­­tra­­tion du FlyBoard Air, j’ai été contacté par l’Ar­­mée française, par l’Ar­­mée améri­­caine et par les services secrets. J’étais en lien avec le minis­­tère de la Défense et le minis­­tère de l’Éco­­no­­mie, qui m’ont assuré que mon inven­­tion était un ovni, qu’elle ne tombait sous le coup d’au­­cune loi, d’au­­cune régle­­men­­ta­­tion. Un être humain qui vole, ce n’était pas prévu…

Le FlyBoard Air impres­­sionne
Crédits : Zapata Racing

J’avoue que ça m’a bien plu, cette idée de ne pas pouvoir être contraint par la loi et la régle­­men­­ta­­tion, mais je me suis quand même rensei­­gné. Et en effet, d’après la conven­­tion de Chicago, même le terme d’aé­­ro­­nef ne peut pas s’ap­­pliquer au Flyboard Air, car il n’uti­­lise pas la direc­­tion de l’air pour voler, il utilise la propul­­sion d’un gaz – du kéro­­sène. Aujourd’­­hui, le FlyBoard Air s’ap­­pa­­rente à un aéro­­nef pour les auto­­ri­­tés françaises. Or un aéro­­nef doit être homo­­lo­­gué et imma­­tri­­culé. Résul­­tat, inter­­­dic­­tion de voler. Lorsque j’ai écrit sur Face­­book que je délo­­ca­­li­­se­­rais mon entre­­prise si la situa­­tion ne se débloquait pas, ce n’était pas du tout par dédain pour la France ou pour faire pres­­sion sur le gouver­­ne­­ment. Je n’au­­rais tout simple­­ment pas le choix. Si je devais partir pour pouvoir conti­­nuer à vivre de ma passion, je le ferais. D’ailleurs, j’ai déjà dix employés aux États-Unis et 20 employés en Chine. Ce serait à contre-cœur, bien sûr, et ça pose­­rait énor­­mé­­ment de diffi­­cul­­tés tech­­niques à l’en­­tre­­prise, mais je parti­­rais. Et j’em­­mè­­ne­­rais mon équipe avec moi. C’est la plus grande force que j’ai : on est tous très soudés.

Il peut théo­­rique­­ment atteindre des hauteurs verti­­gi­­neuses
Crédits : Zapata Racing

Couver­­ture : Franky Zapata sur son Flyboard Air. (Face­­book)


 

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