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par Christopher Schroeder | 22 février 2016

Montée en flèche

Quand je suis arrivé à Hong Kong dans le courant de l’été 2013 pour inau­gu­rer le premier bureau inter­na­tio­nal de mon agence de marke­ting numé­rique, il y avait très peu de star­tups là-bas. Juste un grand nombre de sites Inter­net ou d’ap­pli­ca­tions mobiles sans enver­gure desti­nées au marché rela­ti­ve­ment restreint de Hong Kong (qui compte 7 millions d’ha­bi­tants), et très peu d’en­tre­prises inno­vantes vrai­ment sérieuses. Rares étaient les inves­tis­seurs provi­den­tiels prêts à se lancer, et décro­cher un finan­ce­ment de 250 000 dollars améri­cains rele­vait du fait excep­tion­nel. On finis­sait vite par tous se connaître dans le petit monde des star­tups, et cela nous permet­tait simple­ment d’être au fait des tenants et des abou­tis­sants de chaque entre­prise. Mais ce n’est plus le cas depuis que le milieu des star­tups hong­kon­gaises a pris de l’am­pleur.

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Sur l’ave­nue Tsim Sha Tsui (« de l’étoile »)
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Les signes sont nombreux. Elon Musk était à Hong Kong fin janvier pour parti­ci­per au programme gouver­ne­men­tal Start­meupHK ; le gouver­ne­ment local a récem­ment annoncé la créa­tion d’un fonds de capi­tal-risque pour l’in­no­va­tion et la tech­no­lo­gie d’une valeur de 2 milliards de dollars hong­kon­gais (soit 231 millions d’eu­ros) ; en 2015, Paddy Cosgrave et l’équipe du Web Summit y ont orga­nisé RISE, une confé­rence sur les star­tups qui a attiré plus de 5 000 personnes ; et Alibaba a financé à hauteur de 130 millions de dollars un programme d’in­ves­tis­se­ment pour les star­tups hong-kongaises qui choi­sissent de se lancer sur ses plates-formes… Mais pour moi, l’un des signes les plus révé­la­teurs de la crois­sance et de la matu­ra­tion de la scène des star­tups hong­kon­gaises, c’est le fait que les entre­prises inno­vantes, les espaces de cowor­king et les accé­lé­ra­teurs de star­tups y sont en pleine proli­fé­ra­tion. D’ailleurs, je n’ar­rive plus à suivre le rythme. À mesure que les oppor­tu­ni­tés d’in­ves­tis­se­ment croissent, des inves­tis­seurs provi­den­tiels, des socié­tés de capi­tal-risque et des entre­pre­neurs ambi­tieux arrivent en masse à Hong Kong. Il n’y a pas un jour sans qu’un nouvel espace de cowor­king ouvre, pas un soir sans qu’il y ait une dizaine d’évé­ne­ments liés à des star­tups, et notam­ment des inau­gu­ra­tions. « Quand nous avons lancé Nest.VC en 2010, c’était le premier incu­ba­teur privé (et aussi la première société de capi­tal d’amorçage) de Hong Kong, et il n’y avait aucun espace de cowor­king dans la ville. Aujourd’­hui, il y en a plus de 50 ! » raconte Simon Squibb, fonda­teur et PDG de Nest.VC. Sa société a récem­ment lancé un programme d’ac­cé­lé­ra­tion sur 12 semaines sur le thème de la ville intel­li­gente, en parte­na­riat avec Infi­niti Motor.

Et fin janvier, ils ont annoncé la créa­tion de Metta, un club qu’on peut rejoindre unique­ment sur invi­ta­tion, et qui permet­tra de mettre en rela­tion les entre­pre­neurs de la ville avec des entre­prises multi­na­tio­nales qui leur feront béné­fi­cier de leurs capi­taux. Les preuves de la crois­sance de l’éco­sys­tème des star­tups hong­kon­gaises ne reposent pas que sur des anec­dotes – les chiffres viennent étayer ce que Simon Squibb et moi avions déjà pres­senti. Selon une étude sur le clas­se­ment des écosys­tèmes de star­tups au niveau mondial publiée en juillet dernier par Compass, une entre­prise de R&D basée à San Fran­cisco, Hong Kong est le 5e écosys­tème de star­tups au monde à béné­fi­cier d’une crois­sance aussi rapide, et le 25e en terme de taille. InvestHK, l’of­fice de déve­lop­pe­ment écono­mique hong­kon­gais, a annoncé en août 2015 qu’il y avait 1 558 star­tups à Hong Kong, soit 46 % de plus qu’en 2014. Parmi les entre­prises qui financent les star­tups, on trouve Compa­reA­siaG­roup (40 millions de dollars), EasyVan et GoGoVan (10 millions), Boxful (6,6 millions), Grana et Klook (5 millions), Spacious (3 millions), Bindo (2 millions) et Lamplight Analy­tics (1,49 millions).

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La ville est ados­sée contre les montagnes
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Les tech­no­lo­gies de la finance et l’In­ter­net des objets cartonnent à Hong Kong – ce qui ne sera pas une surprise pour ceux qui connaissent la ville. Avec New York et Londres, Hong Kong est l’un des prin­ci­paux centres de la finance mondiale, qui a l’avan­tage d’être proche du plus grand vivier de talents au monde : la Chine.  Selon Janos Barbe­ris, le fonda­teur de FinTech HK, « les entre­prises qui déve­loppent des tech­no­lo­gies de la finance en Asie ont levé 3,5 milliards de dollars de fonds en 2015. Huit entre­prises ont rejoint SuperC­har­ger, l’ac­cé­lé­ra­teur de star­tups liées aux tech­no­lo­gies de la finance de Hong Kong, et les dernières d’entre elles ont réussi à lever entre 5 et 150 millions de dollars de fonds. » WeLab, une entre­prise de Hong Kong spécia­li­sée dans les tech­no­lo­gies de la finance, a même réussi à lever 160 millions de dollars de fonds en janvier. « Dans le monde entier, des entre­pre­neurs ont décou­vert l’In­ter­net des objets, et les villes de Hong Kong et Shenz­hen ne sont pas très éloi­gnées l’une de l’autre », explique Bay MacLaugh­lin, le chef d’ex­ploi­ta­tion et co-fonda­teur de Brinc.io, un accé­lé­ra­teur de star­tups de Hong Kong spécia­lisé dans l’In­ter­net des objets. « Quand nous avons lancé Brinc il y a un an et demi de cela, on en était encore aux prémisses à Hong Kong. Aujourd’­hui, le milieu des star­tups est en pleine ébul­li­tion ! Nous avons investi dans dix projets liés à l’In­ter­net des objets, qu’ils soient menés dans nos locaux à Sheung Wan ou ailleurs. Le quar­tier de Sheung Wan est petit à petit devenu l’épi­centre des star­tups étran­gères spécia­li­sées dans l’In­ter­net des objets. » McLaugh­lin affirme avoir rencon­tré beau­coup d’in­ves­tis­seurs et d’en­tre­pre­neurs issus d’ac­cé­lé­ra­teurs améri­cains, comme 500 Star­tups et YCom­bi­na­tor, qui ont établi leurs bureaux dans le quar­tier de Sheung Wan à Hong Kong. On y trouve aussi des espaces de cowor­king comme Paper­clip et The Garage Society, et des star­tups d’en­ver­gure inter­na­tio­nale en pleine expan­sion, comme FoodPanda et Uber. ulyces-hkstartup-03

Made in HK

Yue-Chim Richard Wong et Kwok-Chuen Kwok, de l’uni­ver­sité de Hong Kong, ont récem­ment publié un rapport inti­tulé « Hong Kong, centre névral­gique pour les star­tups : experts, entre­met­teurs et vendeurs » en colla­bo­ra­tion avec Rachel Chan, de la société de conseil hong­kon­gaise InnoFoco, dans lequel ils décrivent les défis et les oppor­tu­ni­tés qu’offre la ville de Hong Kong en termes d’en­tre­pre­neu­riat. Ils expliquent qu’à cause de sa taille, la ville ne peut et ne devrait pas essayer de deve­nir la nouvelle Sili­con Valley, mais que les entre­pre­neurs peuvent tirer profit de sa posi­tion stra­té­gique en Asie, ainsi que du marché inté­rieur limité qui leur permet de tester toutes sortes de star­tups d’en­ver­gure inter­na­tio­nale. En d’autres termes, le marché de Hong Kong est trop limité pour que les star­tups deviennent des acteurs influents, à moins de prendre un virage inter­na­tio­nal. Bien que la taille de la ville soit un incon­vé­nient, elle peut deve­nir un avan­tage si les entre­pre­neurs de Hong Kong veulent vrai­ment entrer sur le marché inter­na­tio­nal – et surpas­ser leurs concur­rents étran­gers qui ne se concentrent que sur les grands marchés dont ils profitent. J’ai dû moi-même faire face à certains défis, mais aussi à des oppor­tu­ni­tés ou à des avan­tages, lorsque j’ai ouvert un bureau à Hong Kong et que je me suis impliqué sur la scène locale des star­tups. Voici ce que j’en ai retiré.

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Comme dans n’im­porte quelle autre ville, l’éco­sys­tème des star­tups de Hong Kong comporte son lot de défis, comme sa culture d’aver­sion pour le risque. À Hong Kong, la sécu­rité et la stabi­lité priment sur l’ex­pres­sion de soi, l’in­no­va­tion et la créa­ti­vité. Pendant des années, les jeunes ont entendu la même rengaine : « Pourquoi rejoindre une star­tup à risque alors que vous pouvez inves­tir dans l’im­mo­bi­lier et doubler votre capi­tal chaque année ? » La haute finance leur offrait des oppor­tu­ni­tés tout aussi lucra­tives, mais ces deux domaines montrent désor­mais des signes d’épui­se­ment. Ces carrières requièrent en outre des années de labeur et de soumis­sion aux normes corpo­ra­tives qui n’aident pas les jeunes hong­kon­gais à s’épa­nouir, et il est fort possible que cette culture joue un rôle plus limité dans les années à venir.

Même dans un monde connecté à Inter­net, la géogra­phie compte encore.

Ensuite, le système éduca­tif de Hong Kong ne favo­rise pas l’es­prit d’en­tre­pre­neu­riat. On y met l’ac­cent sur l’ap­pren­tis­sage par cœur, le respect envers l’au­to­rité et l’obéis­sance aux règles, ce qui fait que beau­coup de gens savent suivre des instruc­tions, mais peu savent en donner. Cela peut servir les inté­rêts des gouver­ne­ments et des grandes entre­prises, mais les star­tups ont besoin d’étu­diants qui pensent diffé­rem­ment, remettent l’au­to­rité en ques­tion et brisent les règles pour mieux les recréer. « À Hong Kong, nous avons non seule­ment besoin d’in­for­ma­ti­ciens talen­tueux, mais aussi de desi­gners, et de spécia­listes du déve­lop­pe­ment de produits et du marke­ting. Nous manquons aussi de profes­sion­nels qui comprennent la tech­no­lo­gie et l’in­no­va­tion et sont experts dans le domaine de la commer­cia­li­sa­tion », explique Chan. Certains entre­pre­neurs, comme Michelle Sun de First Code Academy, enseignent l’art de la program­ma­tion à des jeunes Hong­kon­gais. Hormis cet ensei­gne­ment, les programmes de ce genre – comme Gene­ral Assem­bly ou BSD Academy – permettent d’ap­prendre le design et le marke­ting numé­rique. Mais il en faudrait encore davan­tage, et il faudrait aussi une trans­for­ma­tion plus en profon­deur, que davan­tage de parents incitent leurs enfants à apprendre à coder, conce­voir des produits et abolir les fron­tières de leur imagi­na­tion.

Cela pren­dra du temps. Hong Kong est égale­ment victime d’une pénu­rie de talents que l’édu­ca­tion ou la forma­tion ne pour­ront pas compen­ser sur le court terme, ce qui signi­fie que pour l’ins­tant, beau­coup de star­tups sont obli­gées de recru­ter des étran­gers. Mais la poli­tique d’im­mi­gra­tion hong­kon­gaise rend les choses diffi­ciles. « Le minis­tère de l’im­mi­gra­tion de Hong Kong n’ac­corde des visas qu’aux travailleurs étran­gers qui ont fait trois ou quatre ans d’études supé­rieures, et qui sont forts d’une expé­rience profes­sion­nelle d’au moins deux ans », explique Stephan Barnes, le co-fonda­teur du Hong Kong Visa Centre. « Il faut deux mois voire plus pour obte­nir un visa de travail, bien que certains travailleurs étran­gers arrivent à en décro­cher un en quatre semaines. » Cela repré­sente un obstacle de taille pour les star­tups. Parfois, les meilleurs desi­gners ou déve­lop­peurs ne sont pas diplô­més ou n’ont aucune certi­fi­ca­tion profes­sion­nelle, et les personnes les mieux placées pour effec­tuer certaines tâches n’ont pas toujours des années d’ex­pé­rience derrière elles. Les entre­pre­neurs de Hong Kong auraient alors besoin d’un système d’im­mi­gra­tion ratio­na­lisé qui permette d’ob­te­nir un visa de travail en quelques jours ou semaines – et non quelques mois –, sans prérequis parti­cu­lier en matière d’édu­ca­tion ou d’ex­pé­rience profes­sion­nelle.

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Jour gris sur Hong Kong
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À la diffé­rence d’un gouver­ne­ment, les entre­pre­neurs savent de quel genre d’ex­perts ils ont besoin. Ils doivent pouvoir embau­cher des Hong­kon­gais si cela s’avère possible, car c’est beau­coup plus simple, mais si néces­saire, le gouver­ne­ment devrait leur permettre d’em­bau­cher des étran­gers plus faci­le­ment plutôt qu’en­tra­ver leur crois­sance. Sans cela, les jeunes pousses iront voir ailleurs, les entre­prises auront moins de raisons de s’im­plan­ter à Hong Kong et l’éco­no­mie en souf­frira à terme.

Au futur

Aux États-Unis comme en Europe, on peut ouvrir un compte en quelques minutes en ligne. On peut faci­le­ment accé­der à son compte et réali­ser toutes sortes d’opé­ra­tions en un clin d’œil avec son télé­phone mobile, où qu’on se trouve. En revanche, pour ouvrir un compte à Hong Kong, il faut obli­ga­toi­re­ment se rendre à la banque. Beau­coup d’en­tre­pre­neurs sont arri­vés à Hong Kong plein de bonne volonté, pour fina­le­ment décou­vrir qu’ils ne pouvaient pas ouvrir de compte ou que de simples opéra­tions bancaires se trans­forment en parcours du combat­tant. À Hong Kong, si vous parlez du système bancaire local à d’autres entre­pre­neurs, ils émet­tront à coup sûr des grogne­ments compa­tis­sants. Et c’est sans comp­ter le spectre de la Chine, qui plane encore aujourd’­hui sur Hong Kong. À priori, tout le monde a le senti­ment que le succès est à portée de main, mais qu’un succès trop impor­tant atti­rera l’at­ten­tion dans le mauvais sens du terme. Le rapport qu’en­tre­tient la Chine avec les droits de l’homme, ainsi que la manière dont les mani­fes­ta­tions d’Oc­cupy Hong Kong ont été gérées en 2014, préoc­cupent beau­coup de gens.

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La révo­lu­tion des para­pluies
Crédits : Pasu Au Yeung

Mais il y a des raisons qui font que le milieu des star­tups de Hong Kong croît si vite, et voici quelques-uns des avan­tages que présente cette ville. Son empla­ce­ment tout d’abord. Même dans un monde connecté à Inter­net, la géogra­phie compte encore. Si vous commer­cez avec la Chine mais que vous ne vous sentez pas prêt pour y ouvrir un bureau, Taïwan et Singa­pour ne vous offri­ront pas les mêmes oppor­tu­ni­tés que Hong Kong, qui se trouve à moins d’une heure de train de Shenz­hen, une plaque tour­nante de la produc­tion manu­fac­tu­rière. Shenz­hen est une ville éton­nam­ment moderne où l’on trouve des star­tups dyna­miques, notam­ment au sein de l’ac­cé­lé­ra­teur HAX qui accueille 100 jeunes star­tups œuvrant dans le domaine du hard­ware, et des équipes issues de Stan­ford, du MIT et de Berke­ley. La moitié de la popu­la­tion mondiale envi­ron peut se rendre à Hong Kong en avion en cinq heures, voire moins. La posi­tion centrale de la ville fait qu’il est aisé d’y tester de nouveaux concepts de star­tups, puis de se lancer vers la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée, Taïwan et le reste de l’Asie-Paci­fique en un batte­ment de cil. Les taux d’im­po­si­tion y sont égale­ment peu élevés. Avec un taux d’im­po­si­tion des socié­tés s’éle­vant au maxi­mum à 16,5 %, aucun impôt sur les gains en capi­tal et un taux d’im­po­si­tion des parti­cu­liers peu élevé, les entre­pre­neurs peuvent profi­ter de l’argent qu’ils gagnent en vivant à Hong Kong, ce qui n’est pas le cas dans la plupart des autres pays – à l’ex­cep­tion des citoyens améri­cains qui paient des impôts même s’ils vivent à l’étran­ger.

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Une bannière d’Oc­cu­pyHK sur le rocher du Lion
Crédits : Pasu Au Yeung

Il est égale­ment facile d’y créer son entre­prise. J’ai inter­viewé Chris Reed, de la star­tup Black Marke­ting lors du salon Star­tup Grind à Hong Kong cette semaine. Il est basé à Singa­pour mais a ouvert un bureau à Hong Kong. Pour lui, il est plus simple de créer son entre­prise à Hong Kong, « cela ne prend que quelque minutes », alors que cela prend plusieurs semaines Singa­pour. À l’ins­tar des clas­se­ments des univer­si­tés, les indices rela­tifs à la liberté écono­mique sont faci­le­ment mani­pu­lables, on ne devrait donc pas les prendre trop au sérieux – ce sont au mieux des indices rela­tifs. Cepen­dant, même si aucune ville au monde, Hong Kong incluse, ne peut se vanter d’avoir réel­le­ment adopté une écono­mie de marché libre, c’est une ville rela­ti­ve­ment moins restric­tive que les autres, et les entre­pre­neurs trouvent qu’il est plutôt simple de se confor­mer aux régle­men­ta­tions et aux restric­tions locales. Mais qui sont les acteurs qui feront évoluer la scène des star­tups de Hong Kong ? Dans son livre Boule­vard of Broken Dreams, Josh Lerner explique pourquoi il est dange­reux de lais­ser les écosys­tèmes des star­tups entre les mains des gouver­ne­ments. Quant à Brad Feld, inves­tis­seur en capi­tal-risque et auteur à succès, il explique dans son ouvrage Star­tup Commu­ni­ties: Buil­ding an Entre­pre­neu­rial Ecosys­tem in Your City que la force d’un écosys­tème de star­tups réside dans ses entre­pre­neurs. L’an dernier, la direc­tion du MIT a annoncé qu’ils allaient ouvrir un centre d’in­no­va­tion à Hong Kong. Mais pour qu’une commu­nauté connaisse le succès, il est néces­saire qu’elle soit gérée par ses entre­pre­neurs. Si tous les acteurs de la commu­nauté des entre­pre­neurs de Hong Kong parviennent à s’ap­puyer sur leurs forces et à surmon­ter leurs faiblesses, d’ici quelques années, les résul­tats pour­raient être encore plus impres­sion­nants que ceux obte­nus lors des trois années passées.

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Hong Kong de nuit
Crédits

Traduit de l’an­glais par Elodie Chate­lais d’après l’ar­ticle « Hong Kong’s Star­tup Scene Grows Up », paru dans Forbes. Couver­ture : L’au­di­to­rium Charles K. Kuo.


 

Loin des clichés, Téhé­ran pullule de star­tups

ulyces-iranstartup-couvschris Mon dernier déjeu­ner au restau­rant en compa­gnie d’une dizaine de jeunes aspi­rants entre­pre­neurs n’avait rien de très excep­tion­nel. Il avait lieu dans un restau­rant typique, bondé, bour­don­nant – de la bonne nour­ri­ture pas chère et où il est facile de rassem­bler des tables pour se parler. Hommes et femmes débat­taient des dernières tech­no­lo­gies, décri­vaient leurs dernières idées, alter­nant régu­liè­re­ment entre la conver­sa­tion et la véri­fi­ca­tion de leurs comptes SnapC­hat, Insta­gram, Twit­ter et Face­book.

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Un repas simple
Crédits : Chris­to­pher Schroe­der

J’ai demandé à l’une des femmes comment elle faisait face aux exigences liées à la créa­tion d’une entre­prise. « En faisant ! » m’a-t-elle simple­ment répondu en m’adres­sant un sourire satis­fait. Elle a fait une pause avant d’ajou­ter : « Oh, et bien sûr je lis les meilleurs blogs de la Sili­cone Valley, et je prends des gratuits sur Cour­sera – à Stan­ford, Whar­ton et d’autres univer­si­tés dans le monde. » Plusieurs personnes présentes au déjeu­ner ont alors posé leur four­chette pour me montrer leurs smart­phones, tous connec­tés au Wifi pour suivre des cours inti­tu­lés « Intro­duc­tion au Marke­ting », « Leader­ship inter­na­tio­nal et compor­te­ment orga­ni­sa­tion­nel », ou encore « Un meilleur leader pour une vie plus riche ». Un jeune homme m’a décrit sa star­tup. Le concept ressemble un peu à un Airbnb pour voya­geurs aven­tu­riers, mais en plus low-tech, un genre d’agence de voyage bran­chée. La nouvelle géné­ra­tion, m’a-t-il expliqué, ne veut pas seule­ment « voir » un endroit, mais aussi comprendre comment vivent les gens, comment ils pensent et comment cela imprègne leur vie de tous les jours. Il a récem­ment trouvé de nombreuses familles vivant dans de belles régions monta­gneuses, qui seraient heureuses d’ac­cueillir des jeunes pour les nour­rir, leur faire visi­ter des sites cultu­rels uniques et leur faire parta­ger leur musique et leur art. « Où vas-tu emme­ner le prochain groupe de voya­geurs ? » lui ai-je demandé. « Dans la région kurde. C’est l’une des plus belles et des plus inté­res­santes régions du pays. » C’était là la seule chose que mon déjeu­ner avait d’ex­cep­tion­nel, ou du moins de surpre­nant : je le parta­geais avec de jeunes entre­pre­neurs de Téhé­ran, la capi­tale iranienne.

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Dans les rues de Téhé­ran
Crédits : Chris­to­pher Schroe­der

I. Deux Irans

Avant ce repas, j’avais rencon­tré seule­ment cinq Kurdes dans ma vie. Jusqu’ici pour moi, « la région kurde » évoquait les attaques terro­ristes de l’État isla­mique, bien que sa longue et riche histoire soit divi­sée entre trois pays : l’Irak, l’Iran et la Turquie. « N’y a-t-il pas de risques ? » ai-je demandé. « Cela ne t’inquiète pas d’être si proche de la fron­tière irakienne ? »

La tech­no­lo­gie remo­dèle toutes nos socié­tés, et ce monde inclut l’Iran.

Il a souri et a répondu : « En Iran, tout va bien. Mais quelques kilo­mètres après avoir traversé la fron­tière irakienne, nos télé­phones portables ont commencé à vibrer. J’ai checké mes messages et voilà ce que j’ai vu. » J’ai imaginé qu’au mieux, ils auraient reçu un message d’aver­tis­se­ment et au pire des menaces directes. J’ai regardé son télé­phone et j’ai lu : « Bien­ve­nue en Irak. Faites comme chez vous pendant votre roaming sur le réseau de Korek Tele­com. Pour tout rensei­gne­ment, appe­lez le + 9647508000400. »

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