par Christopher Schroeder | 22 février 2016

Montée en flèche

Quand je suis arrivé à Hong Kong dans le courant de l’été 2013 pour inau­­gu­­rer le premier bureau inter­­­na­­tio­­nal de mon agence de marke­­ting numé­­rique, il y avait très peu de star­­tups là-bas. Juste un grand nombre de sites Inter­­net ou d’ap­­pli­­ca­­tions mobiles sans enver­­gure desti­­nées au marché rela­­ti­­ve­­ment restreint de Hong Kong (qui compte 7 millions d’ha­­bi­­tants), et très peu d’en­­tre­­prises inno­­vantes vrai­­ment sérieuses. Rares étaient les inves­­tis­­seurs provi­­den­­tiels prêts à se lancer, et décro­­cher un finan­­ce­­ment de 250 000 dollars améri­­cains rele­­vait du fait excep­­tion­­nel. On finis­­sait vite par tous se connaître dans le petit monde des star­­tups, et cela nous permet­­tait simple­­ment d’être au fait des tenants et des abou­­tis­­sants de chaque entre­­prise. Mais ce n’est plus le cas depuis que le milieu des star­­tups hong­­kon­­gaises a pris de l’am­­pleur.

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Sur l’ave­­nue Tsim Sha Tsui (« de l’étoile »)
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Les signes sont nombreux. Elon Musk était à Hong Kong fin janvier pour parti­­ci­­per au programme gouver­­ne­­men­­tal Start­­meupHK ; le gouver­­ne­­ment local a récem­­ment annoncé la créa­­tion d’un fonds de capi­­tal-risque pour l’in­­no­­va­­tion et la tech­­no­­lo­­gie d’une valeur de 2 milliards de dollars hong­­kon­­gais (soit 231 millions d’eu­­ros) ; en 2015, Paddy Cosgrave et l’équipe du Web Summit y ont orga­­nisé RISE, une confé­­rence sur les star­­tups qui a attiré plus de 5 000 personnes ; et Alibaba a financé à hauteur de 130 millions de dollars un programme d’in­­ves­­tis­­se­­ment pour les star­­tups hong-kongaises qui choi­­sissent de se lancer sur ses plates-formes… Mais pour moi, l’un des signes les plus révé­­la­­teurs de la crois­­sance et de la matu­­ra­­tion de la scène des star­­tups hong­­kon­­gaises, c’est le fait que les entre­­prises inno­­vantes, les espaces de cowor­­king et les accé­­lé­­ra­­teurs de star­­tups y sont en pleine proli­­fé­­ra­­tion. D’ailleurs, je n’ar­­rive plus à suivre le rythme. À mesure que les oppor­­tu­­ni­­tés d’in­­ves­­tis­­se­­ment croissent, des inves­­tis­­seurs provi­­den­­tiels, des socié­­tés de capi­­tal-risque et des entre­­pre­­neurs ambi­­tieux arrivent en masse à Hong Kong. Il n’y a pas un jour sans qu’un nouvel espace de cowor­­king ouvre, pas un soir sans qu’il y ait une dizaine d’évé­­ne­­ments liés à des star­­tups, et notam­­ment des inau­­gu­­ra­­tions. « Quand nous avons lancé Nest.VC en 2010, c’était le premier incu­­ba­­teur privé (et aussi la première société de capi­­tal d’amorçage) de Hong Kong, et il n’y avait aucun espace de cowor­­king dans la ville. Aujourd’­­hui, il y en a plus de 50 ! » raconte Simon Squibb, fonda­­teur et PDG de Nest.VC. Sa société a récem­­ment lancé un programme d’ac­­cé­­lé­­ra­­tion sur 12 semaines sur le thème de la ville intel­­li­­gente, en parte­­na­­riat avec Infi­­niti Motor.

Et fin janvier, ils ont annoncé la créa­­tion de Metta, un club qu’on peut rejoindre unique­­ment sur invi­­ta­­tion, et qui permet­­tra de mettre en rela­­tion les entre­­pre­­neurs de la ville avec des entre­­prises multi­­na­­tio­­nales qui leur feront béné­­fi­­cier de leurs capi­­taux. Les preuves de la crois­­sance de l’éco­­sys­­tème des star­­tups hong­­kon­­gaises ne reposent pas que sur des anec­­dotes – les chiffres viennent étayer ce que Simon Squibb et moi avions déjà pres­­senti. Selon une étude sur le clas­­se­­ment des écosys­­tèmes de star­­tups au niveau mondial publiée en juillet dernier par Compass, une entre­­prise de R&D basée à San Fran­­cisco, Hong Kong est le 5e écosys­­tème de star­­tups au monde à béné­­fi­­cier d’une crois­­sance aussi rapide, et le 25e en terme de taille. InvestHK, l’of­­fice de déve­­lop­­pe­­ment écono­­mique hong­­kon­­gais, a annoncé en août 2015 qu’il y avait 1 558 star­­tups à Hong Kong, soit 46 % de plus qu’en 2014. Parmi les entre­­prises qui financent les star­­tups, on trouve Compa­­reA­­siaG­­roup (40 millions de dollars), EasyVan et GoGoVan (10 millions), Boxful (6,6 millions), Grana et Klook (5 millions), Spacious (3 millions), Bindo (2 millions) et Lamplight Analy­­tics (1,49 millions).

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La ville est ados­­sée contre les montagnes
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Les tech­­no­­lo­­gies de la finance et l’In­­ter­­net des objets cartonnent à Hong Kong – ce qui ne sera pas une surprise pour ceux qui connaissent la ville. Avec New York et Londres, Hong Kong est l’un des prin­­ci­­paux centres de la finance mondiale, qui a l’avan­­tage d’être proche du plus grand vivier de talents au monde : la Chine.  Selon Janos Barbe­­ris, le fonda­­teur de FinTech HK, « les entre­­prises qui déve­­loppent des tech­­no­­lo­­gies de la finance en Asie ont levé 3,5 milliards de dollars de fonds en 2015. Huit entre­­prises ont rejoint SuperC­­har­­ger, l’ac­­cé­­lé­­ra­­teur de star­­tups liées aux tech­­no­­lo­­gies de la finance de Hong Kong, et les dernières d’entre elles ont réussi à lever entre 5 et 150 millions de dollars de fonds. » WeLab, une entre­­prise de Hong Kong spécia­­li­­sée dans les tech­­no­­lo­­gies de la finance, a même réussi à lever 160 millions de dollars de fonds en janvier. « Dans le monde entier, des entre­­pre­­neurs ont décou­­vert l’In­­ter­­net des objets, et les villes de Hong Kong et Shenz­­hen ne sont pas très éloi­­gnées l’une de l’autre », explique Bay MacLaugh­­lin, le chef d’ex­­ploi­­ta­­tion et co-fonda­­teur de Brinc.io, un accé­­lé­­ra­­teur de star­­tups de Hong Kong spécia­­lisé dans l’In­­ter­­net des objets. « Quand nous avons lancé Brinc il y a un an et demi de cela, on en était encore aux prémisses à Hong Kong. Aujourd’­­hui, le milieu des star­­tups est en pleine ébul­­li­­tion ! Nous avons investi dans dix projets liés à l’In­­ter­­net des objets, qu’ils soient menés dans nos locaux à Sheung Wan ou ailleurs. Le quar­­tier de Sheung Wan est petit à petit devenu l’épi­­centre des star­­tups étran­­gères spécia­­li­­sées dans l’In­­ter­­net des objets. » McLaugh­­lin affirme avoir rencon­­tré beau­­coup d’in­­ves­­tis­­seurs et d’en­­tre­­pre­­neurs issus d’ac­­cé­­lé­­ra­­teurs améri­­cains, comme 500 Star­­tups et YCom­­bi­­na­­tor, qui ont établi leurs bureaux dans le quar­­tier de Sheung Wan à Hong Kong. On y trouve aussi des espaces de cowor­­king comme Paper­­clip et The Garage Society, et des star­­tups d’en­­ver­­gure inter­­­na­­tio­­nale en pleine expan­­sion, comme FoodPanda et Uber. ulyces-hkstartup-03

Made in HK

Yue-Chim Richard Wong et Kwok-Chuen Kwok, de l’uni­­ver­­sité de Hong Kong, ont récem­­ment publié un rapport inti­­tulé « Hong Kong, centre névral­­gique pour les star­­tups : experts, entre­­met­­teurs et vendeurs » en colla­­bo­­ra­­tion avec Rachel Chan, de la société de conseil hong­­kon­­gaise InnoFoco, dans lequel ils décrivent les défis et les oppor­­tu­­ni­­tés qu’offre la ville de Hong Kong en termes d’en­­tre­­pre­­neu­­riat. Ils expliquent qu’à cause de sa taille, la ville ne peut et ne devrait pas essayer de deve­­nir la nouvelle Sili­­con Valley, mais que les entre­­pre­­neurs peuvent tirer profit de sa posi­­tion stra­­té­­gique en Asie, ainsi que du marché inté­­rieur limité qui leur permet de tester toutes sortes de star­­tups d’en­­ver­­gure inter­­­na­­tio­­nale. En d’autres termes, le marché de Hong Kong est trop limité pour que les star­­tups deviennent des acteurs influents, à moins de prendre un virage inter­­­na­­tio­­nal. Bien que la taille de la ville soit un incon­­vé­­nient, elle peut deve­­nir un avan­­tage si les entre­­pre­­neurs de Hong Kong veulent vrai­­ment entrer sur le marché inter­­­na­­tio­­nal – et surpas­­ser leurs concur­­rents étran­­gers qui ne se concentrent que sur les grands marchés dont ils profitent. J’ai dû moi-même faire face à certains défis, mais aussi à des oppor­­tu­­ni­­tés ou à des avan­­tages, lorsque j’ai ouvert un bureau à Hong Kong et que je me suis impliqué sur la scène locale des star­­tups. Voici ce que j’en ai retiré.

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Comme dans n’im­­porte quelle autre ville, l’éco­­sys­­tème des star­­tups de Hong Kong comporte son lot de défis, comme sa culture d’aver­­sion pour le risque. À Hong Kong, la sécu­­rité et la stabi­­lité priment sur l’ex­­pres­­sion de soi, l’in­­no­­va­­tion et la créa­­ti­­vité. Pendant des années, les jeunes ont entendu la même rengaine : « Pourquoi rejoindre une star­­tup à risque alors que vous pouvez inves­­tir dans l’im­­mo­­bi­­lier et doubler votre capi­­tal chaque année ? » La haute finance leur offrait des oppor­­tu­­ni­­tés tout aussi lucra­­tives, mais ces deux domaines montrent désor­­mais des signes d’épui­­se­­ment. Ces carrières requièrent en outre des années de labeur et de soumis­­sion aux normes corpo­­ra­­tives qui n’aident pas les jeunes hong­­kon­­gais à s’épa­­nouir, et il est fort possible que cette culture joue un rôle plus limité dans les années à venir.

Même dans un monde connecté à Inter­­net, la géogra­­phie compte encore.

Ensuite, le système éduca­­tif de Hong Kong ne favo­­rise pas l’es­­prit d’en­­tre­­pre­­neu­­riat. On y met l’ac­cent sur l’ap­­pren­­tis­­sage par cœur, le respect envers l’au­­to­­rité et l’obéis­­sance aux règles, ce qui fait que beau­­coup de gens savent suivre des instruc­­tions, mais peu savent en donner. Cela peut servir les inté­­rêts des gouver­­ne­­ments et des grandes entre­­prises, mais les star­­tups ont besoin d’étu­­diants qui pensent diffé­­rem­­ment, remettent l’au­­to­­rité en ques­­tion et brisent les règles pour mieux les recréer. « À Hong Kong, nous avons non seule­­ment besoin d’in­­for­­ma­­ti­­ciens talen­­tueux, mais aussi de desi­­gners, et de spécia­­listes du déve­­lop­­pe­­ment de produits et du marke­­ting. Nous manquons aussi de profes­­sion­­nels qui comprennent la tech­­no­­lo­­gie et l’in­­no­­va­­tion et sont experts dans le domaine de la commer­­cia­­li­­sa­­tion », explique Chan. Certains entre­­pre­­neurs, comme Michelle Sun de First Code Academy, enseignent l’art de la program­­ma­­tion à des jeunes Hong­­kon­­gais. Hormis cet ensei­­gne­­ment, les programmes de ce genre – comme Gene­­ral Assem­­bly ou BSD Academy – permettent d’ap­­prendre le design et le marke­­ting numé­­rique. Mais il en faudrait encore davan­­tage, et il faudrait aussi une trans­­for­­ma­­tion plus en profon­­deur, que davan­­tage de parents incitent leurs enfants à apprendre à coder, conce­­voir des produits et abolir les fron­­tières de leur imagi­­na­­tion.

Cela pren­­dra du temps. Hong Kong est égale­­ment victime d’une pénu­­rie de talents que l’édu­­ca­­tion ou la forma­­tion ne pour­­ront pas compen­­ser sur le court terme, ce qui signi­­fie que pour l’ins­­tant, beau­­coup de star­­tups sont obli­­gées de recru­­ter des étran­­gers. Mais la poli­­tique d’im­­mi­­gra­­tion hong­­kon­­gaise rend les choses diffi­­ciles. « Le minis­­tère de l’im­­mi­­gra­­tion de Hong Kong n’ac­­corde des visas qu’aux travailleurs étran­­gers qui ont fait trois ou quatre ans d’études supé­­rieures, et qui sont forts d’une expé­­rience profes­­sion­­nelle d’au moins deux ans », explique Stephan Barnes, le co-fonda­­teur du Hong Kong Visa Centre. « Il faut deux mois voire plus pour obte­­nir un visa de travail, bien que certains travailleurs étran­­gers arrivent à en décro­­cher un en quatre semaines. » Cela repré­­sente un obstacle de taille pour les star­­tups. Parfois, les meilleurs desi­­gners ou déve­­lop­­peurs ne sont pas diplô­­més ou n’ont aucune certi­­fi­­ca­­tion profes­­sion­­nelle, et les personnes les mieux placées pour effec­­tuer certaines tâches n’ont pas toujours des années d’ex­­pé­­rience derrière elles. Les entre­­pre­­neurs de Hong Kong auraient alors besoin d’un système d’im­­mi­­gra­­tion ratio­­na­­lisé qui permette d’ob­­te­­nir un visa de travail en quelques jours ou semaines – et non quelques mois –, sans prérequis parti­­cu­­lier en matière d’édu­­ca­­tion ou d’ex­­pé­­rience profes­­sion­­nelle.

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Jour gris sur Hong Kong
Crédits

À la diffé­­rence d’un gouver­­ne­­ment, les entre­­pre­­neurs savent de quel genre d’ex­­perts ils ont besoin. Ils doivent pouvoir embau­­cher des Hong­­kon­­gais si cela s’avère possible, car c’est beau­­coup plus simple, mais si néces­­saire, le gouver­­ne­­ment devrait leur permettre d’em­­bau­­cher des étran­­gers plus faci­­le­­ment plutôt qu’en­­tra­­ver leur crois­­sance. Sans cela, les jeunes pousses iront voir ailleurs, les entre­­prises auront moins de raisons de s’im­­plan­­ter à Hong Kong et l’éco­­no­­mie en souf­­frira à terme.

Au futur

Aux États-Unis comme en Europe, on peut ouvrir un compte en quelques minutes en ligne. On peut faci­­le­­ment accé­­der à son compte et réali­­ser toutes sortes d’opé­­ra­­tions en un clin d’œil avec son télé­­phone mobile, où qu’on se trouve. En revanche, pour ouvrir un compte à Hong Kong, il faut obli­­ga­­toi­­re­­ment se rendre à la banque. Beau­­coup d’en­­tre­­pre­­neurs sont arri­­vés à Hong Kong plein de bonne volonté, pour fina­­le­­ment décou­­vrir qu’ils ne pouvaient pas ouvrir de compte ou que de simples opéra­­tions bancaires se trans­­forment en parcours du combat­­tant. À Hong Kong, si vous parlez du système bancaire local à d’autres entre­­pre­­neurs, ils émet­­tront à coup sûr des grogne­­ments compa­­tis­­sants. Et c’est sans comp­­ter le spectre de la Chine, qui plane encore aujourd’­­hui sur Hong Kong. À priori, tout le monde a le senti­­ment que le succès est à portée de main, mais qu’un succès trop impor­­tant atti­­rera l’at­­ten­­tion dans le mauvais sens du terme. Le rapport qu’en­­tre­­tient la Chine avec les droits de l’homme, ainsi que la manière dont les mani­­fes­­ta­­tions d’Oc­­cupy Hong Kong ont été gérées en 2014, préoc­­cupent beau­­coup de gens.

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La révo­­lu­­tion des para­­pluies
Crédits : Pasu Au Yeung

Mais il y a des raisons qui font que le milieu des star­­tups de Hong Kong croît si vite, et voici quelques-uns des avan­­tages que présente cette ville. Son empla­­ce­­ment tout d’abord. Même dans un monde connecté à Inter­­net, la géogra­­phie compte encore. Si vous commer­­cez avec la Chine mais que vous ne vous sentez pas prêt pour y ouvrir un bureau, Taïwan et Singa­­pour ne vous offri­­ront pas les mêmes oppor­­tu­­ni­­tés que Hong Kong, qui se trouve à moins d’une heure de train de Shenz­­hen, une plaque tour­­nante de la produc­­tion manu­­fac­­tu­­rière. Shenz­­hen est une ville éton­­nam­­ment moderne où l’on trouve des star­­tups dyna­­miques, notam­­ment au sein de l’ac­­cé­­lé­­ra­­teur HAX qui accueille 100 jeunes star­­tups œuvrant dans le domaine du hard­­ware, et des équipes issues de Stan­­ford, du MIT et de Berke­­ley. La moitié de la popu­­la­­tion mondiale envi­­ron peut se rendre à Hong Kong en avion en cinq heures, voire moins. La posi­­tion centrale de la ville fait qu’il est aisé d’y tester de nouveaux concepts de star­­tups, puis de se lancer vers la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée, Taïwan et le reste de l’Asie-Paci­­fique en un batte­­ment de cil. Les taux d’im­­po­­si­­tion y sont égale­­ment peu élevés. Avec un taux d’im­­po­­si­­tion des socié­­tés s’éle­­vant au maxi­­mum à 16,5 %, aucun impôt sur les gains en capi­­tal et un taux d’im­­po­­si­­tion des parti­­cu­­liers peu élevé, les entre­­pre­­neurs peuvent profi­­ter de l’argent qu’ils gagnent en vivant à Hong Kong, ce qui n’est pas le cas dans la plupart des autres pays – à l’ex­­cep­­tion des citoyens améri­­cains qui paient des impôts même s’ils vivent à l’étran­­ger.

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Une bannière d’Oc­­cu­­pyHK sur le rocher du Lion
Crédits : Pasu Au Yeung

Il est égale­­ment facile d’y créer son entre­­prise. J’ai inter­­­viewé Chris Reed, de la star­­tup Black Marke­­ting lors du salon Star­­tup Grind à Hong Kong cette semaine. Il est basé à Singa­­pour mais a ouvert un bureau à Hong Kong. Pour lui, il est plus simple de créer son entre­­prise à Hong Kong, « cela ne prend que quelque minutes », alors que cela prend plusieurs semaines Singa­­pour. À l’ins­­tar des clas­­se­­ments des univer­­si­­tés, les indices rela­­tifs à la liberté écono­­mique sont faci­­le­­ment mani­­pu­­lables, on ne devrait donc pas les prendre trop au sérieux – ce sont au mieux des indices rela­­tifs. Cepen­­dant, même si aucune ville au monde, Hong Kong incluse, ne peut se vanter d’avoir réel­­le­­ment adopté une écono­­mie de marché libre, c’est une ville rela­­ti­­ve­­ment moins restric­­tive que les autres, et les entre­­pre­­neurs trouvent qu’il est plutôt simple de se confor­­mer aux régle­­men­­ta­­tions et aux restric­­tions locales. Mais qui sont les acteurs qui feront évoluer la scène des star­­tups de Hong Kong ? Dans son livre Boule­­vard of Broken Dreams, Josh Lerner explique pourquoi il est dange­­reux de lais­­ser les écosys­­tèmes des star­­tups entre les mains des gouver­­ne­­ments. Quant à Brad Feld, inves­­tis­­seur en capi­­tal-risque et auteur à succès, il explique dans son ouvrage Star­­tup Commu­­ni­­ties: Buil­­ding an Entre­­pre­­neu­­rial Ecosys­­tem in Your City que la force d’un écosys­­tème de star­­tups réside dans ses entre­­pre­­neurs. L’an dernier, la direc­­tion du MIT a annoncé qu’ils allaient ouvrir un centre d’in­­no­­va­­tion à Hong Kong. Mais pour qu’une commu­­nauté connaisse le succès, il est néces­­saire qu’elle soit gérée par ses entre­­pre­­neurs. Si tous les acteurs de la commu­­nauté des entre­­pre­­neurs de Hong Kong parviennent à s’ap­­puyer sur leurs forces et à surmon­­ter leurs faiblesses, d’ici quelques années, les résul­­tats pour­­raient être encore plus impres­­sion­­nants que ceux obte­­nus lors des trois années passées.

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Hong Kong de nuit
Crédits

Traduit de l’an­­glais par Elodie Chate­­lais d’après l’ar­­ticle « Hong Kong’s Star­­tup Scene Grows Up », paru dans Forbes. Couver­­ture : L’au­­di­­to­­rium Charles K. Kuo.


 

Loin des clichés, Téhé­­ran pullule de star­­tups

ulyces-iranstartup-couvschris Mon dernier déjeu­­ner au restau­­rant en compa­­gnie d’une dizaine de jeunes aspi­­rants entre­­pre­­neurs n’avait rien de très excep­­tion­­nel. Il avait lieu dans un restau­­rant typique, bondé, bour­­don­­nant – de la bonne nour­­ri­­ture pas chère et où il est facile de rassem­­bler des tables pour se parler. Hommes et femmes débat­­taient des dernières tech­­no­­lo­­gies, décri­­vaient leurs dernières idées, alter­­nant régu­­liè­­re­­ment entre la conver­­sa­­tion et la véri­­fi­­ca­­tion de leurs comptes SnapC­­hat, Insta­­gram, Twit­­ter et Face­­book.

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Un repas simple
Crédits : Chris­­to­­pher Schroe­­der

J’ai demandé à l’une des femmes comment elle faisait face aux exigences liées à la créa­­tion d’une entre­­prise. « En faisant ! » m’a-t-elle simple­­ment répondu en m’adres­­sant un sourire satis­­fait. Elle a fait une pause avant d’ajou­­ter : « Oh, et bien sûr je lis les meilleurs blogs de la Sili­­cone Valley, et je prends des gratuits sur Cour­­sera – à Stan­­ford, Whar­­ton et d’autres univer­­si­­tés dans le monde. » Plusieurs personnes présentes au déjeu­­ner ont alors posé leur four­­chette pour me montrer leurs smart­­phones, tous connec­­tés au Wifi pour suivre des cours inti­­tu­­lés « Intro­­duc­­tion au Marke­­ting », « Leader­­ship inter­­­na­­tio­­nal et compor­­te­­ment orga­­ni­­sa­­tion­­nel », ou encore « Un meilleur leader pour une vie plus riche ». Un jeune homme m’a décrit sa star­­tup. Le concept ressemble un peu à un Airbnb pour voya­­geurs aven­­tu­­riers, mais en plus low-tech, un genre d’agence de voyage bran­­chée. La nouvelle géné­­ra­­tion, m’a-t-il expliqué, ne veut pas seule­­ment « voir » un endroit, mais aussi comprendre comment vivent les gens, comment ils pensent et comment cela imprègne leur vie de tous les jours. Il a récem­­ment trouvé de nombreuses familles vivant dans de belles régions monta­­gneuses, qui seraient heureuses d’ac­­cueillir des jeunes pour les nour­­rir, leur faire visi­­ter des sites cultu­­rels uniques et leur faire parta­­ger leur musique et leur art. « Où vas-tu emme­­ner le prochain groupe de voya­­geurs ? » lui ai-je demandé. « Dans la région kurde. C’est l’une des plus belles et des plus inté­­res­­santes régions du pays. » C’était là la seule chose que mon déjeu­­ner avait d’ex­­cep­­tion­­nel, ou du moins de surpre­­nant : je le parta­­geais avec de jeunes entre­­pre­­neurs de Téhé­­ran, la capi­­tale iranienne.

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Dans les rues de Téhé­­ran
Crédits : Chris­­to­­pher Schroe­­der

I. Deux Irans

Avant ce repas, j’avais rencon­­tré seule­­ment cinq Kurdes dans ma vie. Jusqu’ici pour moi, « la région kurde » évoquait les attaques terro­­ristes de l’État isla­­mique, bien que sa longue et riche histoire soit divi­­sée entre trois pays : l’Irak, l’Iran et la Turquie. « N’y a-t-il pas de risques ? » ai-je demandé. « Cela ne t’inquiète pas d’être si proche de la fron­­tière irakienne ? »

La tech­­no­­lo­­gie remo­­dèle toutes nos socié­­tés, et ce monde inclut l’Iran.

Il a souri et a répondu : « En Iran, tout va bien. Mais quelques kilo­­mètres après avoir traversé la fron­­tière irakienne, nos télé­­phones portables ont commencé à vibrer. J’ai checké mes messages et voilà ce que j’ai vu. » J’ai imaginé qu’au mieux, ils auraient reçu un message d’aver­­tis­­se­­ment et au pire des menaces directes. J’ai regardé son télé­­phone et j’ai lu : « Bien­­ve­­nue en Irak. Faites comme chez vous pendant votre roaming sur le réseau de Korek Tele­­com. Pour tout rensei­­gne­­ment, appe­­lez le + 9647508000400. »

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