par clarabaillot | 0 min | 23 novembre 2016

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Martine Roth­­blatt est avocate et femme d’af­­faires améri­­caine. Elle est née Martin Roth­­blatt, mais en 1994 à l’âge de 40 ans, elle a révélé sa trans­­sexua­­lité et débuté sa tran­­si­­tion. Cette méta­­mor­­phose imprègne son récent livre sur l’éthique de la robo­­tique, Virtually Human, dans lequel elle s’in­­ter­­roge sur les droits futurs des êtres humains virtuels, auxquels les intel­­li­­gences arti­­fi­­cielles pour­­raient s’ap­­pa­­ren­­ter. « J’ai écrit ce livre pour expri­­mer mon senti­­ment profond sur l’op­­pres­­sion des mino­­ri­­tés dans notre société », confiait-elle en 2014 à la Tech­­no­­logy Review du MIT. « J’es­­père que mon travail mini­­mi­­sera la discri­­mi­­na­­tion dont seront immanqua­­ble­­ment victimes les personnes virtuelles. »

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Martine Roth­­blatt
Crédits : Andre Chung

Son postu­­lat est que si une personne est dotée d’un esprit, elle doit béné­­fi­­cier de droits au même titre que nous, qu’elle soit dotée d’un corps méca­­nique ou de pas de corps du tout. Sa pensée peut désarçon­­ner de prime abord, mais elle s’ex­­plique clai­­re­­ment. « Soit vous pensez que la conscience est quelque chose de méta­­phy­­sique, soit elle est le fruit d’in­­te­­rac­­tions de la matière et de connexions dans votre cerveau », dit-elle. « Ces connexions, ces inter­­ac­­tions atomiques sont poten­­tiel­­le­­ment acces­­sibles aux ordi­­na­­teurs. Pour moi, nier la possi­­bi­­lité d’une cyber-conscience revient à nier que nous vivons dans un univers physique. » Cette cyber-conscience néces­­si­­te­­rait par consé­quent d’avoir des droits. Ben Goert­­zel est du même avis. « Pour le moment, nos IA ne sont pas assez intel­­li­­gentes et auto­­nomes pour le méri­­ter, mais dans cinq ou dix, cela va chan­­ger. » C’est pour lui une évidence, et il imagine un scéna­­rio dans lequel de petits pays sont suscep­­tibles d’ac­­cor­­der des droits fonda­­men­­taux aux robots intel­­li­­gents, dans les années à venir. Pourquoi donc ? « Déjà parce que ça leur ferait de la pub, mais pas seule­­ment. Je vois très bien un pays comme l’Is­­lande finir par accor­­der des droits aux robots afin d’at­­ti­­rer sur son terri­­toire des compa­­gnies spécia­­li­­sées. » Devant la diver­­sité de ces réflexions et de ces projets, nous pouvons être sûrs d’une chose : même s’il n’est qu’em­­bryon­­naire, le droit des robots, en tant que champ d’étude, est déjà une réalité. La diffi­­culté qui se posera ensuite aux juristes et scien­­ti­­fiques sera de déter­­mi­­ner le cadre de la liberté des robots. Un être huma­­noïde synthé­­tique doté d’une intel­­li­­gence suffi­­sante pour être auto­­nome néces­­si­­tera qu’on établisse, au niveau construc­­teur comme au niveau légal, les limites de l’exer­­cice de cette intel­­li­­gence. Se pour­­rait-il vrai­­ment qu’on leur accorde le droit de vote ? Une fois encore, Ben Goert­­zel n’a aucun doute à ce sujet. « La démo­­cra­­tie devien­­dra inté­­res­­sante dès lors qu’on donnera le droit de vote aux robots, car ils ne tarde­­ront pas à deve­­nir la nouvelle majo­­rité. » Cela semble impro­­bable ? Et pour­­tant. En 2014, Deep Know­­ledge Venture, une société d’in­­ves­­tis­­se­­ment basée à Hong Kong, a nommé une intel­­li­­gence arti­­fi­­cielle au sein de son conseil d’ad­­mi­­nis­­tra­­tion. Cette IA, appe­­lée Vital, est présen­­tée par ses créa­­teurs comme capable de réflé­­chir et de déci­­der de manière tota­­le­­ment indé­­pen­­dante, avec une plus grande objec­­ti­­vité que ses colla­­bo­­ra­­teurs humains. Vital a d’ores et déjà le droit de vote. Ben Goert­­zel, qui décrit le monde actuel au lende­­main de l’élec­­tion de Donald Trump comme une émis­­sion de télé-réalité géante, imagine un futur poli­­tique pour le moins origi­­nal pour notre planète : « Dans sa forme actuelle, la démo­­cra­­tie n’est pas capable de survivre à une révo­­lu­­tion poli­­tique des robots. Mais si vous voulez mon avis, je pense que nous fini­­rons par élire nous-mêmes une intel­­li­­gence arti­­fi­­cielle, car elle fera du bien meilleur travail que nous ! » À l’en croire, en 2040, le monde sera gouverné par une nounou arti­­fi­­cielle.

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Un androïde à l’image de Philip K. Dick inter­­­viewé par un repor­­ter
Crédits : South China Morning Post

Couver­­ture : Le robot Einstein de Hanson Robo­­tics. (Hanson Robo­­tics)

SENTIENT : CE FRANÇAIS A CRÉÉ LE PLUS VASTE SYSTÈME D’IA AU MONDE

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En quelques années, Sentient Tech­­no­­lo­­gies a conçu le plus vaste système d’in­­tel­­li­­gence arti­­fi­­cielle au monde. Antoine Blon­­deau, son fonda­­teur, explore les multiples facettes de l’IA.

I. Alice et Bob

Pour certains, le 24 octobre dernier a sonné le glas de l’hu­­ma­­nité. C’est un article paru dans le jour­­nal interne de Google Brain qui a mis le feu aux poudres. Deux cher­­cheurs du projet de recherche de deep lear­­ning de Google, Martín Abadi et David G. Ander­­sen, y relatent une expé­­rience qu’ils ont élaboré pour apprendre à des intel­­li­­gences arti­­fi­­cielles à créer leur propre forme de chif­­fre­­ment. Deux d’entre elles, Alice et Bob, devaient s’en­­voyer un message chif­­fré qu’une troi­­sième IA bapti­­sée Eve tentait de décryp­­ter. Chaque fois qu’elle y parve­­nait, Alice trans­­for­­mait le message pour tenter de le rendre indé­­chif­­frable et Bob s’adap­­tait progres­­si­­ve­­ment pour comprendre son langage. Après plusieurs milliers d’échanges déco­­dés, Eve a fini par ne plus en être capable : Alice et Bob commu­­niquaient dans un langage connu seule­­ment d’eux-mêmes, incom­­pré­­hen­­sible pour Eve mais aussi pour l’hu­­ma­­nité toute entière. Si les IA de Google Brain sont capables d’ap­­prendre de leurs erreurs pour s’amé­­lio­­rer, c’est parce qu’elles reposent sur des réseaux de neurones arti­­fi­­ciels, qui leur permettent en quelque sorte de raison­­ner pour évoluer. L’ar­­ticle a semé la panique dans les rangs des jour­­na­­listes, qui y ont vu l’étin­­celle qui conduira selon toute proba­­bi­­lité à l’an­­ni­­hi­­la­­tion de l’es­­pèce humaine par un réseau de machines inar­­rê­­tables. Google affirme qu’il s’agit d’un moyen de se prému­­nir contre le hacking : chaque cybe­­rat­­taque entraî­­nera un réajus­­te­­ment du système de sécu­­rité par l’IA aux commandes, qui renfor­­cera auto­­ma­­tique­­ment son chif­­fre­­ment. Pour les obser­­va­­teurs alar­­més, la firme de Moun­­tain View déroule le tapis rouge aux conspi­­ra­­tions futures des machines contre l’hu­­ma­­nité. ulyces-sentientai-02 Antoine Blon­­deau, lui, hausse les épaules. « Ça ne m’étonne pas », dit-il placi­­de­­ment. Pour le cofon­­da­­teur et PDG de Sentient Tech­­no­­lo­­gies, il s’agit d’une suite logique dans la recherche sur les réseaux neuro­­naux. « Créer des intel­­li­­gences non-humaines est le prin­­cipe même de la recherche sur l’in­­tel­­li­­gence arti­­fi­­cielle. » Éclipsé par les silhouettes tita­­nesques de Google ou Face­­book, vous n’avez peut-être jamais entendu parler de Sentient. Ils s’agit pour­­tant des concep­­teurs de la plus vaste plate­­forme d’in­­tel­­li­­gence arti­­fi­­cielle du monde. Soute­­nus par des inves­­tis­­seurs iconiques du domaine de l’IA comme Li Ka-shing et son fonds person­­nel Hori­­zon Ventures – Siri, DeepMind – ou des géants des télé­­com­­mu­­ni­­ca­­tions comme Access Indus­­tries – les proprié­­taires de Warner Music Group – et Tata Commu­­ni­­ca­­tions, ils tota­­lisent 143 millions de dollars d’in­­ves­­tis­­se­­ment. Il s’agit de la plus impor­­tante levée de fonds réali­­sée par une société privée dans le domaine de l’IA. À en croire Antoine Blon­­deau, cela n’a rien de surpre­­nant. « L’in­­tel­­li­­gence, c’est le busi­­ness model ultime. Tout est un problème d’in­­tel­­li­­gence dans le monde – d’in­­tel­­li­­gence humaine », dit-il. « Si vous parve­­nez à faire entrer progres­­si­­ve­­ment de l’IA dans ces proces­­sus, il est possible de créer une grande société, très valo­­ri­­sée et capable de chan­­ger beau­­coup de choses sur la planète – on espère en bien. » Sentient a pour ambi­­tion de créer des évolu­­tions et des amélio­­ra­­tions succes­­sives qui touche­­ront de nombreuses indus­­tries diffé­­rentes et pas seule­­ment le trading et l’e-commerce, son cœur de cible actuel. Leurs intel­­li­­gences arti­­fi­­cielles pour­­raient sauver de nombreuses vies et dura­­ble­­ment chan­­ger la nôtre. Tant qu’ils les gardent sous contrôle.

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