par Clément Martin | 11 février 2014

Il y a quelques années, j’ai commencé à parcou­­rir le web pour en apprendre un peu plus sur l’his­­toire de ma famille. Je me suis inscrite sur Ances­­try.com, j’ai rensei­­gné le peu de choses que je connais­­sais, et, très vite, j’ai été retrou­­vée par une cousine dont j’igno­­rais jusqu’ici l’exis­­tence : la petite-fille de la sœur aînée de mon grand-père. Nous avons commencé à échan­­ger des docu­­ments : la copie d’un extrait de nais­­sance, une photo d’un vieil album de maria­­ge… Au bout de quelques mois, elle m’a envoyé un docu­­ment que je trou­­vais pour le moins étrange.

Atropos o Las Parcas, paysageFrancisco de Goya
Atro­­pos o Las Parcas, paysage
Fran­­cisco de Goya

C’était un scan, en noir et blanc, d’un article découpé du jour­­nal Argus de Rocka­­way Beach à New York – désor­­mais disparu. Sur le scan, l’encre était déla­­vée, il y avait des trous et des irré­­gu­­la­­ri­­tés dus à l’usure du papier jour­­nal. L’ar­­ticle avait dû être plié et emporté partout pendant un bout de temps avant que quelqu’un le recolle et le mette de côté. Ma famille ne parlait jamais beau­­coup du passé, et encore moins de Joe. Je savais qu’il avait été pompier à New York et qu’il était mort jeune, que son décès avait frappé sa famille d’un chagrin dont elle ne s’était jamais remise. Je savais aussi qu’on avait appris à mon père, encore enfant, lorsque Joe était mort, à le prendre comme modèle. Je savais, enfin, que lorsque mon père avait fait sa Confir­­ma­­tion, quelques années plus tard, il avait choisi comme gardien spiri­­tuel le saint du nom de son oncle : saint Joseph, patron de la bonne mort.

La révo­­lu­­tion péni­­cil­­line

On m’avait toujours dit que Joe était mort dans l’exer­­cice de ses fonc­­tions. Il n’avait pas été brûlé, mais blessé et coupé par la chute d’une lourde buse de tuyau en laiton. L’ar­­ticle m’a appris ce qu’il s’est passé ensuite. L’une de ses éraflures s’est infec­­tée. Après quelques jours, il eut très mal à l’épaule ; deux jours plus tard, une fièvre se décla­­rait. Sa femme et le méde­­cin de famille se relayèrent pendant deux semaines pour le sauver, puis hélèrent un taxi et le condui­­sirent, 15 miles plus loin, à l’hô­­pi­­tal de la ville où vivaient mes grands-parents. Il y resta une semaine, trem­­blant et fris­­son­­nant, maugréant à cause des hallu­­ci­­na­­tions. Ses organes finirent par défaillir et il sombra dans le coma. Dans un élan déses­­péré pour le sauver, ses collègues de caserne firent la queue pour lui donner du sang. Peine perdue. Il mourut à 30 ans, en mars 1938. Les prédic­­tions sur la mort des anti­­bio­­tiques ont émergé dès sa créa­­tion. La péni­­cil­­line fut décou­­verte en 1928 et admi­­nis­­trée pour la première fois de manière non-expé­­ri­­men­­tale en 1943 sur les champs de batailles, sauvant rapi­­de­­ment des soldats sur le point de mourir. À peine deux ans plus tard, l’homme qui décou­­vrit le médi­­ca­­ment, Sir Alexan­­der Fleming, préve­­nait déjà que les béné­­fices pour­­raient être seule­­ment tempo­­raires. Cette date n’est pas anodine. Cinq ans après la mort de mon grand-oncle, la péni­­cil­­line chan­­geait la méde­­cine à jamais. Des infec­­tions qui, jusqu’a­­lors, étaient syno­­nymes d’une mort certaine – qu’elles viennent des champs de bataille, d’ac­­ci­­dents indus­­triels, d’ac­­cou­­che­­ments – purent, du jour au lende­­main, être guéries en peu de temps. Quand j’ai lu pour la première fois le récit de la mort de Joe, j’ai pu imagi­­ner ce que devait être la vie avant que les anti­­bio­­tiques puissent nous guérir. Depuis quelques temps, cette histoire a pris un sens diffé­rent. Dans la mort de Joe, je vois ce que la vie pour­­rait deve­­nir, à l’ave­­nir, si les anti­­bio­­tiques venaient à dispa­­raître. En accep­­tant le Prix Nobel de 1945, Fleming dit : « Il n’est pas diffi­­cile de rendre les microbes résis­­tants à la péni­­cil­­line en labo­­ra­­toire, il suffit de les expo­­ser à des concen­­tra­­tions trop faibles pour les tuer… Voilà le danger : un homme igno­­rant peut faci­­le­­ment sous-doser ses prises, et, en expo­­sant les microbes à des quan­­ti­­tés non-létales pour eux, rendre ces derniers plus résis­­tants. »


Fleming, en bon biolo­­giste, savait que l’évo­­lu­­tion était inévi­­table : tôt ou tard, la bacté­­rie allait déve­­lop­­per des défenses.

Fleming, en bon biolo­­giste, savait que l’évo­­lu­­tion était inévi­­table : tôt ou tard, la bacté­­rie allait déve­­lop­­per des défenses contre les compo­­sés que la toute jeune indus­­trie phar­­ma­­ceu­­tique lui oppo­­sait. Ce qui le préoc­­cu­­pait, c’était la possi­­bi­­lité qu’un mauvais usage de la péni­­cil­­line accé­­lère le proces­­sus d’adap­­ta­­tion. Chaque pres­­crip­­tion inap­­pro­­priée, à une dose insuf­­fi­­sante, aurait éliminé les bacté­­ries les plus faibles tout en lais­­sant les plus fortes survivre (c’est le prin­­cipe des stimu­­la­­teurs de crois­­sance utili­­sés en agri­­cul­­ture, qui furent inven­­tés quelques années après le discours du docteur). Une bacté­­rie peut muter en une petite ving­­taine de minutes : chaque année, des dizaines de milliers de géné­­ra­­tions de bacté­­ries allaient élabo­­rer des stra­­té­­gies de survie – de quoi dépas­­ser rapi­­de­­ment les nouveaux médi­­ca­­ments, même les plus puis­­sants. La prédic­­tion de Fleming s’avéra correcte. Un staphy­­lo­­coque résis­­tant à la péni­­cil­­line émer­­gea en 1940, alors que très peu de patients béné­­fi­­ciaient déjà du remède. La tétra­­cy­­cline fut intro­­duite en 1950, et une bacté­­rie résis­­tante à la tétra­­cy­­cline vit le jour en 1959. Alors que les anti­­bio­­tiques deve­­naient plus acces­­sibles, moins chers et plus utili­­sés, les bacté­­ries déve­­lop­­pèrent des défenses de plus en plus vite. La méti­­cil­­line arriva en 1960, la bacté­­rie qui y résis­­tait en 1962 ; la lévo­­floxa­­cine arriva en 1996 et on nota les premiers cas résis­­tants la même année ; Le liné­­zo­­lide en 2000 et la bacté­­rie résis­­tante en 2001, la dapto­­my­­cine en 2003 et les premiers signes de résis­­tance en 2004. Avec les anti­­bio­­tiques perdant de leur utilité si rapi­­de­­ment – et donc n’amor­­tis­­sant pas leur coût de créa­­tion, estimé à 1 milliard de dollars par médi­­ca­­ment –, l’in­­dus­­trie phar­­ma­­ceu­­tique a perdu l’en­­thou­­siasme qu’il fallait pour en créer davan­­tage. En 2004, il y avait seule­­ment cinq nouveaux anti­­bio­­tiques en déve­­lop­­pe­­ment, contre plus de cinq cents médi­­ca­­ments contre les mala­­dies chro­­niques, pour lesquelles la résis­­tance n’est pas un problème – et qui, contrai­­re­­ment aux anti­­bio­­tiques, sont pris durant des années. Depuis, les microbes résis­­tants ont encore augmenté en nombre, et, en parta­­geant leur ADN les uns avec les autres, sont deve­­nus encore plus durs à trai­­ter avec les quelques médi­­ca­­ments qui restent. En 2009, et de nouveau en 2013, les cher­­cheurs en Europe et aux États-Unis ont sonné l’alarme à propos d’une forme inquié­­tante de résis­­tance connue sous le nom de CRE, pour laquelle seul un anti­­bio­­tique fonc­­tionne encore. Les auto­­ri­­tés sani­­taires ont lutté pour convaincre le public qu’il y avait une crise. En septembre, le docteur Thomas Frie­­den, direc­­teur du centre améri­­cain pour le contrôle et la préven­­tion des mala­­dies, lançait un aver­­tis­­se­­ment sans fard : « Si nous ne sommes pas prudents, nous serons bien­­tôt dans une ère post-anti­­bio­­tique. Pour certains patients et certains microbes, nous y sommes déjà. » Le direc­­teur médi­­cal en chef du Royaume-Uni, Dame Sally Davies , qui quali­­fie la résis­­tance aux anti­­bio­­tiques de menace aussi sérieuse que le terro­­risme, a récem­­ment publié un ouvrage dans lequel elle imagine ce qui pour­­rait se produire ensuite. Elle dresse le portrait d’un monde où la conta­­gion est si dange­­reuse que n’im­­porte qui, même avec des symp­­tômes mineurs, serait mis en quaran­­taine jusqu’à ce qu’il guérisse ou meure. C’est une vision pessi­­miste, pensée pour choquer. Mais il se peut en fait que cela sous-estime ce que la perte des anti­­bio­­tiques signi­­fie­­rait.

Atropos o Las Parcas, l'hommeFrancisco de Goya
Atro­­pos o Las Parcas, l’homme
Fran­­cisco de Goya

En 2009, trois méde­­cins new-yorkais ont soigné un homme de 67 ans qui avait subi une inter­­­ven­­tion chirur­­gi­­cale majeure et avait ensuite contracté une infec­­tion noso­­co­­miale qui était pan-résis­­tante, ce qui signi­­fie qu’elle ne réagis­­sait à aucun anti­­bio­­tique. Il est décédé quatorze jours plus tard. Quand ses méde­­cins ont raconté son cas dans un jour­­nal médi­­cal quelques mois après, ils semblaient toujours sous le choc. « C’est une rareté pour un méde­­cin d’avoir un patient qui meurt d’une infec­­tion irré­­sis­­tible pour laquelle il n’y a pas d’op­­tions théra­­peu­­tiques », racontent-ils, appe­­lant le décès de l’homme « le premier cas, dans notre expé­­rience clinique, pour lequel nous n’avions pas de trai­­te­­ment effi­­cace à offrir. » Ils ne sont pas les seuls méde­­cins à endu­­rer ce manque d’op­­tion. Le docteur Brad Spell­­berg de l’école de Méde­­cine David Geffen, à l’UCLA, a déployé une telle colère face à l’inef­­fi­­ca­­cité des anti­­bio­­tiques qu’il en a écrit un livre. Aussi sinistres qu’ils puissent être, les décès en hôpi­­tal dus à des infec­­tions résis­­tantes sont faciles à ratio­­na­­li­­ser : peut-être que ces personnes étaient juste âgées, déjà malades, diffé­­rentes de nous d’une manière ou d’une autre. Mais des décès comme celui-ci sont en train de chan­­ger la méde­­cine. Pour proté­­ger leurs propres instal­­la­­tions, les hôpi­­taux marquent les nouveaux patients qui pour­­raient porter des bacté­­ries intrai­­tables. La plupart de ces patients viennent de maisons de repos médi­­ca­­li­­sées et d’uni­­tés de soins inten­­sifs à long terme (une alter­­na­­tive aux soins inten­­sif où celui qui a, par exemple, besoin d’un venti­­la­­teur pour des semaines ou des mois peut rester). Il y a telle­­ment de patients dans ces insti­­tu­­tions qui sont porteurs de ces bacté­­ries haute­­ment résis­­tantes que les employés des hôpi­­taux les isolent quand ils arrivent et s’inquiètent du danger qu’ils posent aux autres. Comme les infec­­tions deviennent main­­te­­nant plus dange­­reuses, l’in­­dus­­trie médi­­cale est encore moins dispo­­sée à prendre des risques. Et ces calculs de risques s’étendent bien au-delà du fait d’ad­­mettre des patients possi­­ble­­ment conta­­mi­­nés d’une maison de repos médi­­ca­­li­­sée. Sans la protec­­tion offerte par les anti­­bio­­tiques, des caté­­go­­ries entières de pratiques médi­­cales seraient repen­­sées. Beau­­coup de trai­­te­­ments requièrent d’éli­­mi­­ner le système immu­­ni­­taire, afin d’ai­­der à élimi­­ner le cancer ou pour permettre de garder un organe trans­­planté d’une façon viable. Cette suppres­­sion rend les patients inha­­bi­­tuel­­le­­ment vulné­­rables à l’in­­fec­­tion. Les anti­­bio­­tiques réduisent la menace : sans eux, la chimio­­thé­­ra­­pie ou le trai­­te­­ment par rayons seraient aussi dange­­reux que le cancer qu’ils cherchent à guérir. Le docteur Michael Bell, qui dirige un service de préven­­tion des infec­­tions au CDC, m’a dit : « Nous nous occu­­pons de ce risque pour le moment en char­­geant les gens avec des anti­­bio­­tiques avec un large spectre, parfois pendant des semaines. Mais si on ne peut plus faire cela, la déci­­sion de prendre en charge quelqu’un prend une autre dimen­­sion éthique. De même pour les trans­­plan­­ta­­tions. Et les brûlures graves sont forte­­ment sensibles aux infec­­tions. La tâche de garder les gens en vie pour les unités de brûlés devien­­drait très, très diffi­­cile. »

La chirur­­gie en diffi­­culté

Les méde­­cins pratiquent régu­­liè­­re­­ment des procé­­dures qui comportent un risque d’in­­fec­­tion extra­­or­­di­­naire si des anti­­bio­­tiques ne sont pas utili­­sés. La plus courante de ces pratiques pour­­rait être n’im­­porte quel trai­­te­­ment qui requiert la mise en place de portails dans le flux sanguin et qui donne aux bacté­­ries une route directe au cœur ou au cerveau. Cette situa­­tion écarte donc la méde­­cine avec soins inten­­sifs, avec ses venti­­la­­teurs, ses cathé­­ters et ports – mais aussi quelque chose d’aussi banal qu’une dialyse des reins, qui filtre méca­­nique­­ment le sang.

Ces bacté­­ries sont bénignes dans leurs habi­­tats habi­­tuels dans le corps, mais intro­­dui­­sez-les dans le sang, comme peut le faire la chirur­­gie, et les infec­­tions sont pratique­­ment garan­­ties.

Prochain sur la liste : la chirur­­gie, spécia­­le­­ment sur des parties du corps qui abritent de larges popu­­la­­tions de bacté­­ries comme l’in­­tes­­tin ou l’ap­­pa­­reil urinaire. Ces bacté­­ries sont bénignes dans leurs habi­­tats habi­­tuels dans le corps, mais intro­­dui­­sez-les dans le sang, comme peut le faire une opéra­­tion de chirur­­gie, et les infec­­tions sont pratique­­ment garan­­ties. Et elles se trans­­met­­tront aux appa­­reils implan­­tés, parce que les bacté­­ries peuvent former des couches collantes d’in­­fec­­tion sur la surface de l’ap­­pa­­reil qui ne peuvent être détruites que par des anti­­bio­­tiques. Le docteur Donald Fry, membre de l’Aca­­dé­­mie Améri­­caine de Chirur­­gie, diplômé de méde­­cine en 1972, déclare : « Au cours de ma vie profes­­sion­­nelle, j’ai été épous­­tou­­flé de voir ce qu’on peut faire avec des prothèses en maté­­riaux de synthèse : arti­­cu­­la­­tions, vais­­seaux sanguins, valves cardiaques. Mais lors de ces opéra­­tions, l’in­­fec­­tion repré­­sente une catas­­trophe. » Des écono­­mistes de la santé britan­­niques ont récem­­ment calculé le coût de la résis­­tance aux anti­­bio­­tiques. Pour exami­­ner la manière dont elle affecte les opéra­­tions, ils ont étudié son impact sur la pose de prothèses de hanches, une opéra­­tion ordi­­naire chez les baby boomers : ils ont estimé que, sans les anti­­bio­­tiques, une personne sur six décé­­de­­rait des suites de l’opé­­ra­­tion. Les anti­­bio­­tiques sont admi­­nis­­trés prophy­­lac­­tique­­ment avant des opéra­­tions lourdes comme les inter­­­ven­­tions à cœur ouvert, de même qu’a­­vant les opéra­­tions de routine comme les césa­­riennes et les abla­­tions de la pros­­tate. Sans ces médi­­ca­­ments, les risques posés par ces opéra­­tions chan­­ge­­raient, de même que la propen­­sion des chirur­­giens à les effec­­tuer. « Vu l’oc­­cur­­rence de fautes profes­­sion­­nelles de nos jours, pensez-vous qu’un docteur voudra faire une greffe de moelle osseuse, sachant qu’il fait face à un très haut risque d’in­­fec­­tion mortelle ? » inter­­­roge le docteur Louis Rice, titu­­laire de la chaire de méde­­cine à l’uni­­ver­­sité Brown. « De plus, les soins de santé sont, de nos jours, un système plutôt capi­­ta­­liste : les gens font des opéra­­tions car elles sont rentables. Mais d’ici cinq ou dix ans, nous rece­­vrons proba­­ble­­ment une somme fixe pour nous occu­­per des patients. Et nous consi­­dé­­re­­rons alors que certaines opéra­­tions ne vaudront plus la peine d’être effec­­tuées. » Les inter­­­ven­­tions médi­­cales peuvent induire un risque impor­­tant, mais nos vies quoti­­diennes sont rela­­ti­­ve­­ment risquées, elles aussi. Une des premières personnes à rece­­voir de la péni­­cil­­line de manière expé­­ri­­men­­tale était un poli­­cier britan­­nique, Albert Alexan­­der. Son corps était telle­­ment infecté que son cuir chevelu suin­­tait de pus, et il a fallu lui reti­­rer un œil. L’ori­­gine de cette infec­­tion : une éraflure avec un bouton de rose. Du fait de la très faible quan­­tité de péni­­cil­­line dispo­­nible à l’époque, Albert Alexan­­der a montré des signes de réta­­blis­­se­­ment, mais mourut lorsque les anti­­bio­­tiques vinrent à manquer. Avant les anti­­bio­­tiques, cinq femmes sur mille décé­­daient lors de l’ac­­cou­­che­­ment. Une personne sur neuf affli­­gée d’une infec­­tion cuta­­née en décé­­dait, même lorsqu’elle prove­­nait d’une simple éraflure ou d’une piqûre d’in­­secte. Sur dix personnes souf­­frant de la pneu­­mo­­nie, trois en mour­­raient. Les otites provoquaient la surdité ; les maux de gorge étaient suivis de défaillances cardiaques ; dans un monde sans anti­­bio­­tiques, ferions-nous aussi peu atten­­tion avec des outils élec­­triques ? Lais­­se­­rions-nous nos enfants grim­­per à un arbre ? Irions-nous jusqu’à risquer un deuxième enfant ? « Aujourd’­­hui, si vous voulez être un bon hips­­ter pur jus et vous faire faire un tatouage, vous ne mettez pas votre vie en danger », affirme Michael Bell. « Les injec­­tions de Botox, les lipo­­suc­­cions, indui­­raient un risque mortel. Même conduire jusqu’à votre lieu de travail serait dange­­reux ! On se repose sur les anti­­bio­­tiques pour trans­­for­­mer un acci­dent majeur en quelque chose de surmon­­table, et plus en peine de mort. »

Atropos o Las Parcas, détailFrancisco de Goya
Atro­­pos o Las Parcas, détail
Fran­­cisco de Goya

La prédic­­tion de Michael Bell reste une hypo­­thèse, mais les infec­­tions résis­­tant aux anti­­bio­­tiques sont de plus en plus présentes dans la vie de tous les jours. Des dizaines d’ath­­lètes univer­­si­­taires et profes­­sion­­nels, tout récem­­ment Lawrence Tynes des Buccan­­ners de Tampa Bay, n’ont pu parti­­ci­­per à des matchs, voire à des saisons entières à cause du SARM, un staphy­­lo­­coque résis­­tant aux anti­­bio­­tiques. Des jeunes filles ont perdu leurs sour­­cils du fait d’une infec­­tion à cause de tatouages de maquillage perma­nent. L’an dernier, trois membres d’une famille du Mary­­land – une vieille femme et ses deux enfants – ont succombé à une pneu­­mo­­nie résis­­tante qui s’est décla­­rée après de simples cas de grippe. À l’Uni­­ver­­sité de Los Angeles (UCLA), Brad Spell­­berg a traité une femme atteinte de ce qui semblait être une simple infec­­tion des voies urinaires – mais qui a résisté à deux trai­­te­­ments aux anti­­bio­­tiques. La femme était en choc septique, et l’in­­fec­­tion avait détruit son épine dorsale. Un trai­­te­­ment de la dernière chance du dernier anti­­bio­­tique non encore testé lui sauva la vie, mais elle a perdu l’usage de ses jambes. « Voici le danger qui nous menace : des personnes vivant des vies normales, et qui soudai­­ne­­ment déve­­loppent des infec­­tions quasi intrai­­tables. » En 2009, Tom Dukes – un homme de cinquante-quatre ans adepte de roller et de body-buil­­ding – a déve­­loppé une diver­­ti­­cu­­lose, un problème plutôt banal qui provoque la créa­­tion de poches dans les parois intes­­ti­­nales. Il s’en occu­­pait norma­­le­­ment, faisant atten­­tion à son alimen­­ta­­tion et suivant l’évo­­lu­­tion des symp­­tômes, quand des brûlures d’in­­tes­­tin moti­­vèrent son trans­­fert aux urgences. Une des poches s’était déchi­­rée et avait déversé des bacté­­ries intes­­ti­­nales dans son abdo­­men – mais pour des raisons que personne ne parvint à expliquer, ces bacté­­ries qui auraient dû n’être que des E. coli normales firent montre d’une remarquable résis­­tance aux médi­­ca­­ments. Les chirur­­giens procé­­dèrent à l’abla­­tion de 20 centi­­mètres de colon. Au fil des mois, Dukes parvint à se réta­­blir à l’aide d’an­­ti­­bio­­tiques de dernier recours admi­­nis­­trés par intra­­vei­­neuse. La douleur et la fatigue ont cepen­­dant été ressen­­ties sur plusieurs années après l’in­­ter­­ven­­tion chirur­­gi­­cale. « Je vivais ma vie, une vie très saine. Je ne m’étais jamais douté que cela aurait pu m’ar­­ri­­ver. » Dukes est persuadé, bien qu’il n’ait aucune preuve, que la bacté­­rie qui se trouve dans ses intes­­tins est résis­­tante aux médi­­ca­­ments puisqu’il mangeait de la viande issue d’ani­­maux quoti­­dien­­ne­­ment nour­­ris à base de substances anti­­bio­­tiques. Ce ne serait pas surpre­­nant : la plupart du bétail est élevé de cette façon aux États-Unis. À des degrés divers en fonc­­tion de leur taille et de leur âge, les bovins, les cochons et les poulets – et dans d’autres pays, les pois­­sons et les crevettes – reçoivent des doses régu­­lières d’an­­ti­­bio­­tiques pour accé­­lé­­rer leur crois­­sance, augmen­­ter leur poids, et les proté­­ger des mala­­dies. En termes de poids, 80 % des anti­­bio­­tiques vendus chaque année aux États-Unis sont utili­­sés dans l’agri­­cul­­ture, prin­­ci­­pa­­le­­ment pour engrais­­ser les animaux et les proté­­ger de l’en­­vi­­ron­­ne­­ment dans lequel ils sont élevés.

La résis­­tance animale

Une part de plus en plus impor­­tante de la recherche scien­­ti­­fique met en rela­­tion l’uti­­li­­sa­­tion d’an­­ti­­bio­­tiques dans l’éle­­vage des animaux et l’ap­­pa­­ri­­tion de bacté­­ries résis­­tantes aux anti­­bio­­tiques : dans les intes­­tins des animaux, dans les engrais que les fermiers utilisent sur leurs récoltes ou gardent en réserve sur leur sol et aussi dans les mala­­dies humaines. La bacté­­rie résis­­tante se trans­­met des animaux aux humains, par les eaux souter­­raines, la pous­­sière, les mouches et la viande issue de ces animaux. Une étude annuelle sur la viande vendue au détail conduite par la Food and Drug Admi­­nis­­tra­­tion iden­­ti­­fie des orga­­nismes résis­­tants chaque année. Dans son rapport de 2011, publié en février dernier, la FDA a trouvé (parmi d’autres résul­­tats) que 65 % des poitrines de poulet et 44 % du bœuf haché portaient des bacté­­ries résis­­tantes à la tétra­­cy­­cline, et 11 % des côte­­lettes de porc portaient des bacté­­ries résis­­tantes à cinq classes de médi­­ca­­ments. Si vous ne la mani­­pu­­lez pas avec soin, la viande trans­­porte ces bacté­­ries dans votre cuisine, puis, si vous ne la cuisez pas suffi­­sam­­ment long­­temps, dans votre corps – et des infec­­tions résis­­tantes en résultent.

Le monde agri­­cole et l’in­­dus­­trie phar­­ma­­ceu­­tique vété­­ri­­naire s’y sont oppo­­sés, prétex­­tant que les anti­­bio­­tiques agri­­coles n’avaient pas d’ef­­fet avéré sur la santé humaine.

Des cher­­cheurs et des mili­­tants ont essayé pendant des années d’in­­ci­­ter la FDA à limi­­ter l’uti­­li­­sa­­tion abusive d’an­­ti­­bio­­tiques dans les fermes, géné­­ra­­le­­ment sans succès. Dans les années 1970, l’agence tenta de contrô­­ler les méthodes agri­­coles en révoquant la permis­­sion d’uti­­li­­ser la péni­­cil­­line et la tétra­­cy­­cline comme « accé­­lé­­ra­­teurs de crois­­sance » mais cette tenta­­tive n’a jamais abouti. Le monde agri­­cole et l’in­­dus­­trie phar­­ma­­ceu­­tique vété­­ri­­naire s’y sont oppo­­sés, prétex­­tant que les anti­­bio­­tiques agri­­coles n’avaient pas d’ef­­fet avéré sur la santé humaine. Cepen­­dant, peu se sont deman­­dés ce que les bacté­­ries résis­­tantes à plusieurs médi­­ca­­ments peuvent signi­­fier pour la protec­­tion des animaux de ferme. Une ère post-antio­­bio­­tique mena­­ce­­rait l’agri­­cul­­ture, ainsi que la méde­­cine. En plus des accé­­lé­­ra­­teurs de crois­­sance, les éleveurs de bétail utilisent des anti­­bio­­tiques au cours d’une procé­­dure inti­­tu­­lée « préven­­tion et contrôle » admi­­nis­­trant des doses régu­­lières pour trai­­ter et proté­­ger des animaux, indi­­vi­­duel­­le­­ment ou par trou­­peaux entiers. Si ces anti­­bio­­tiques s’avé­­raient inef­­fi­­caces, alors les animaux souf­­fri­­raient : les mala­­dies indi­­vi­­duelles ne pour­­raient pas être trai­­tées, et dans les condi­­tions de surpeu­­ple­­ment dans lesquelles la plupart du bétail est élevé, la plupart des mala­­dies se propa­­ge­­raient rapi­­de­­ment. De plus, si la suppres­­sion des anti­­bio­­tiques obli­­geait à chan­­ger les méthodes d’éle­­vage, les fermiers en pâti­­raient aussi. D’autres méthodes visant à proté­­ger les animaux des mala­­dies – élar­­gir les granges, dimi­­nuer le surpeu­­ple­­ment, et retar­­der le sevrage pour que le système immu­­ni­­taire des bêtes ait plus de temps pour se déve­­lop­­per – sont coûteuses à mettre en place et les marges béné­­fi­­ciaires de l’agri­­cul­­ture sont déjà minces. En 2002, les écono­­mistes du Natio­­nal Pork Produ­­cers Coun­­cil ont estimé que le retrait des anti­­bio­­tiques dans l’éle­­vage de porc obli­­ge­­rait les fermiers à dépen­­ser 4,50 dollars de plus par cochon, un coût qui se réper­­cu­­te­­rait par la suite sur les consom­­ma­­teurs. H. Morgan Scott, un épidé­­mio­­lo­­giste vété­­ri­­naire de l’uni­­ver­­sité de l’État du Kansas m’ap­­prit comment les anti­­bio­­tiques étaient utili­­sés pour contrô­­ler une mala­­die majeure affec­­tant le bétail, le complexe respi­­ra­­toire bovin. « Si un éleveur décide de sevrer ses veaux à l’au­­tomne et de les trans­­por­­ter, c’est risqué pour le veau, et une des choses qui permet à cette situa­­tion de perdu­­rer est l’usage des anti­­bio­­tiques. Si ces anti­­bio­­tiques n’étaient pas dispo­­nibles, soit les gens paie­­raient un prix bien moins impor­­tant pour ces mêmes veaux, soit l’éle­­veur les garde­­rait proba­­ble­­ment tout l’hi­­ver » en payant des coûts supplé­­men­­taires pour les nour­­rir. C’est pourquoi, sans anti­­bio­­tiques, ces fermiers seraient confron­­tés soit à des reve­­nus plus bas, soit à des coûts plus élevés. L’éle­­vage du bétail n’est pas le seul aspect de la produc­­tion alimen­­taire qui compte sur les anti­­bio­­tiques et qui serait menacé si ces médi­­ca­­ments venaient à deve­­nir inef­­fi­­caces. Ces médi­­ca­­ments sont admi­­nis­­trés systé­­ma­­tique­­ment sur des pois­­sons et des crevettes d’éle­­vage, surtout en Asie, afin de les proté­­ger contre les bacté­­ries qui se répandent dans les bassins d’éle­­vage où les fruits de mers sont nour­­ris : par consé­quent, cette indus­­trie souffre énor­­mé­­ment des mala­­dies liées à la résis­­tance aux anti­­bio­­tiques et se presse de trou­­ver une alter­­na­­tive. Aux États-Unis, ces anti­­bio­­tiques sont utili­­sés afin d’em­­pê­­cher les mala­­dies affec­­tant les arbres frui­­tiers de se répandre, mais leur champ d’ac­­tion est limité.

Atropos o Las Parcas, détailFrancisco de Goya
Atro­­pos o Las Parcas, détail
Fran­­cisco de Goya

En 2000, le « feu bacté­­rien », une infec­­tion capable de résis­­ter à la strep­­to­­my­­cine, a failli détruire toutes les récoltes de pommes et de poire du Michi­­gan. L’an­­née dernière, cette même bacté­­rie a fait son appa­­ri­­tion dans certains vergers dans la partie nord de l’État de New York, l’un des plus impor­­tants produc­­teurs de pommes, derrière celui du Michi­­gan. « Nos produc­­teurs n’ont jamais vu un problème d’une telle ampleur, et ils ne sont pas parés à affron­­ter cela », nous explique Herb Aldwin­­ckle, profes­­seur en phyto­­pa­­tho­­lo­­gie à l’Uni­­ver­­sité de Cornell. « Notre analyse mène à penser qu’il ne reste qu’un seul anti­­bio­­tique utile. » Dans des pays comme le Dane­­mark, la Norvège ou encore les Pays-Bas, la régle­­men­­ta­­tion gouver­­ne­­men­­tale des anti­­bio­­tiques utili­­sés en méde­­cine et en agri­­cul­­ture, a permis d’ai­­der à maîtri­­ser l’évo­­lu­­tion rapide de la bacté­­rie avant qu’elle ne devienne trop résis­­tante. Mais aux États-Unis, il n’a jamais été ques­­tion d’ins­­ti­­tuer de telles mesures, l’al­­ter­­na­­tive libé­­rale consis­­tant à deman­­der aux méde­­cins et aux consom­­ma­­teurs d’uti­­li­­ser les anti­­bio­­tiques de manière conven­­tion­­nelle, a été mise en appli­­ca­­tion depuis plusieurs décen­­nies, en vain. Comme cette lutte de longue haleine visait à réduire les anti­­bio­­tiques utili­­sés en agri­­cul­­ture, la FDA (Food and Drug Admi­­nis­­tra­­tion – l’Agence améri­­caine des produits alimen­­taires et médi­­ca­­men­­teux) compte prochai­­ne­­ment établir de nouvelles règles concer­­nant l’agri­­cul­­ture, une démarche qui sera dénom­­mée « conseils pour l’in­­dus­­trie », pure­­ment volon­­taire et en aucun cas une mesure légis­­la­­tive. En réalité, l’in­­dus­­trie phar­­ma­­ceu­­tique, la seule encore capable d’em­­pê­­cher ce déluge, aura le devoir de se replon­­ger dans un marché qu’elle juge peu dési­­rable. Le besoin de nouveaux compo­­sants pour­­rait bien forcer le gouver­­ne­­ment fédé­­ral à inci­­ter les entre­­prises à déve­­lop­­per ces médi­­ca­­ments, notam­­ment par l’ex­­ten­­sion des brevets ou encore l’adap­­ta­­tion aux besoins de l’in­­dus­­trie pour les essais cliniques. Mais à chaque fois que la recherche sur les médi­­ca­­ments est relan­­cée, l’ap­­pa­­ri­­tion d’une nouvelle substance prend au moins dix ans, de sa concep­­tion à sa commer­­cia­­li­­sa­­tion. Étant donné l’in­­flexi­­bi­­lité du déve­­lop­­pe­­ment de cette bacté­­rie, il n’y a pas de solu­­tion possible pour les années à venir, et encore moins de solu­­tion immuable. En atten­­dant, l’in­­dus­­trie médi­­cale ressort des vieilles tech­­niques telles que la propreté irré­­pro­­chable dans les hôpi­­taux, mais explore égale­­ment de nouvelles pistes.

Cet avis de décès abri­­tait des traces d’un langage désuet, qui portait égale­­ment le chagrin d’une petite ville.

C’est le cas par exemple de la mise en œuvre de détec­­tions infor­­ma­­ti­­sées concer­­nant les pres­­crip­­tions des patients dans leurs dossiers médi­­caux, qui débouche sur des prises de déci­­sions instan­­ta­­nées afin de s’as­­su­­rer que les médi­­ca­­ments ne sont pas pres­­crits de manière abusive. La menace de l’ar­­ri­­vée de cette ère post-anti­­bio­­tique inci­­te­­rait même à recon­­si­­dé­­rer les « phages », ces assem­­blages de virus qui étaient le pilier des soins médi­­caux utili­­sés par l’Union Sovié­­tique pendant la Guerre froide. Jusque-là, la FDA les avait auto­­ri­­sés sur le marché améri­­cain unique­­ment pour garan­­tir l’hy­­giène lors de la concep­­tion d’ali­­ments indus­­triels et non pas pour des soins médi­­caux. En atten­­dant que quoi que ce soit de cela ne se réalise, la pers­­pec­­tive d’une ère post-anti­­bio­­tique doit être prise au sérieux. Les obser­­va­­teurs conti­­nuent à affir­­mer que cette tendance reste toujours peu probable. « Personne ne souhai­­te­­rait se retrou­­ver dans une unité de soins inten­­sifs, bran­­ché à un respi­­ra­­teur arti­­fi­­ciel, tout cela à cause d’an­­ti­­bio­­tiques », affirme Rice de la Brown Univer­­sity, au Texas. « Une fois que c’est arrivé, en géné­­ral, on préfé­­re­­rait vrai­­ment l’ou­­blier », ajoute-t-il. Quand j’ima­­gine comment pouvoir faire face à cet avenir éven­­tuel, je prends le temps de relire la nécro­­lo­­gie de mon grand-oncle. Cet avis de décès abri­­tait des traces d’un langage désuet, qui portait égale­­ment le chagrin d’une petite ville. Le monde est rempli de personnes communes, et c’est prin­­ci­­pa­­le­­ment pour cela qu’au­­cun édito­­rial ne leur est consa­­cré. Pour­­tant, parmi ces femmes et hommes du quoti­­dien, dont aucun d’eux n’était réel­­le­­ment talen­­tueux, aussi bien dans le domaine de la poli­­tique que du social, de la reli­­gion, de l’éco­­no­­mie ou de quel­­conque spécia­­lité de la sorte, il reste de temps en temps un petit nombre d’in­­di­­vi­­dus qui sortent du lot : ceux qui défendent des quali­­tés immuables, celles qui sont du domaine du sacré. Joe McKenna était ce genre d’homme. Il mourut dans la fleur de l’âge. Joe n’était pas ce qu’on appelle « quelqu’un de talen­­tueux ». Pour­­tant, peu d’hommes ne furent regret­­tés davan­­tage par leurs voisins que ce jeune homme, à la cheve­­lure rousse ; et par « regretté », je parle d’une déso­­la­­tion sincère et réelle. Je fis défi­­ler le curseur de ma souris au-dessus de ce scan déla­­bré, plié et froissé, ravagé par des années de maltrai­­tance à être trans­­porté ici et là. Je m’ima­­gi­­nais la grand-mère de mon cousin apla­­tir ce morceau de papier si fragile, comme si elle cares­­sait déli­­ca­­te­­ment le front de son frère ; puis de lire cet éloge de mon grand-oncle, qu’elle a sans doute dû apprendre par cœur, avant de le refer­­mer. Je me souviens des histoires que me racon­­tait mon père, où comment le décès de Joe avait brisé notre famille : mon grand-père était devenu un person­­nage rempli d’amer­­tume, ma grand-mère était, elle, deve­­nue haineuse et distante. Je me suis imaginé à la place de Joe, la tren­­taine, fraî­­che­­ment marié, admiré par ses semblables, fasciné par l’at­­trait de son boulot. Si seule­­ment il avait su que quelques années plus tard, sa vie aurait pu être sauvée en quelques heures à peine. Je pense qu’il aurait adoré les anti­­bio­­tiques, il les aurait véné­­rés même. Et notre manque de consi­­dé­­ra­­tion envers ces anti­­bio­­tiques, ceux qui l’au­­raient sauvé, aurait été une réelle peine pour lui.

Atropos o Las Parcas, groupeFrancisco de Goya
Atro­­pos o Las Parcas, groupe
Fran­­cisco de Goya

Traduit de l’an­­glais par Samuel Berron d’après l’ar­­ticle « Imagi­­ning the Post-Anti­­bio­­tics Future », paru dans le Food and Envi­­ron­­ment Repor­­ting Network. Couver­­ture : NASA Earth Obser­­va­­tory.
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