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par Daniel Oberhaus | 7 septembre 2016

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Rien ne prouve que Freu­den­thal a jamais commencé à travailler sur ce second volume, mais bien que Lincos reste tech­nique­ment inachevé, il a malgré tout marqué les esprits des cher­cheurs. En 1999, son langage mathé­ma­tique a connu une nouvelle vie quand deux astro­phy­si­ciens – Dutil et son collègue Stéphane Dumas – ont utilisé Lincos comme point de départ pour une série de messages qu’ils ont expé­diés dans le cosmos à partir d’un radio­té­les­cope ukrai­nien. Connus sous le nom de « messages Evpa­to­ria », ces trans­mis­sions étaient les troi­sièmes à avoir été envoyées par l’hu­ma­nité vers de poten­tielles civi­li­sa­tions extra­ter­restres, et les premières à suivre le proto­cole Lincos de Freu­den­thal. « Lincos a été le point de départ de notre langage et à ma connais­sance, peu de messages ont été envoyés avec cette approche », dit Dumas. « La plupart des messages envoyés vers les étoiles sont des séries d’images décri­vant des idées simples, comme le message d’Are­cibo en 1974. »

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Le message d’Are­cibo, coloré pour faci­li­ter la distinc­tion des éléments

 Message à Hip4872

Contrai­re­ment au message d’Are­cibo, qui fut le premier message déli­bé­ré­ment envoyé dans le cosmos pour entrer en commu­ni­ca­tion avec une forme d’in­tel­li­gence extra­ter­restre, l’objec­tif de Dutil et Dumas était d’en­voyer un message ency­clo­pé­dique conte­nant le plus d’in­for­ma­tions possibles à propos de la vie sur Terre. Le duo a mis au point un alpha­bet simple permet­tant de trans­mettre un maxi­mum d’in­fos durant leur accès limité à l’émet­teur radar ukrai­nien. En se confor­mant à la recom­man­da­tion de Freu­den­thal selon laquelle les messages inter­stel­laires doivent commen­cer par des sujets théo­rique­ment connus de toute forme de vie intel­li­gente dans l’uni­vers, le message de 1999 commençait par ensei­gner au desti­na­taire comment comp­ter, avant de passer à des sujets plus complexes comme la physique et la biolo­gie. Le dernier message compre­nait 23 pages (une page mesu­rant 127 × 127 pixels) et a été envoyé trois fois à ses cibles, pour assu­rer une redon­dance suffi­sante. Le message conte­nait égale­ment une demande formelle de réponse. Les cibles de ces messages ont été sélec­tion­nées parmi la longue liste dres­sée par le SETI, qui regroupe les systèmes solaires suscep­tibles d’abri­ter une forme de vie intel­li­gente. Les candi­dats, tous situés entre 50 et 70 années-lumière de la Terre, ont été choi­sis en fonc­tion d’un certain nombre de critères, comme l’âge de l’étoile et sa posi­tion dans la galaxie. Le premier message devrait atteindre son adresse cosmique (Hip 4872, dans Cassio­pée) autour de 2035. 000

Plus récem­ment, la commu­nauté des cher­cheurs d’une intel­li­gence extra­ter­restre a affiné Lincos afin de déve­lop­per des options de commu­ni­ca­tion inter­stel­laire plus avan­cées. Par exemple, le langage CosmicOS a été créé par Paul Fitz, du MIT, sous la forme d’un programme infor­ma­tique pouvant être exécuté par les extra­ter­restres une fois le message reçu. Il existe égale­ment une lingua cosmica de seconde géné­ra­tion créée par le mathé­ma­ti­cien néer­lan­dais Alexan­der Ollon­gren (décrit par Dutil comme « le seul être humain capable de comprendre Freu­den­thal ») qui repose en grande partie sur la logique intui­tion­niste pour compo­ser le message. Bien qu’il n’existe encore aucun langage stan­dard pour les commu­ni­ca­tions inter­stel­laires au sein de la commu­nauté scien­ti­fique, CosmicOS et la seconde géné­ra­tion de Lincos englobent très nette­ment les deux extré­mi­tés du spectre : d’un côté CosmicOS, capable de trans­mettre plus d’in­for­ma­tions mais qui comporte davan­tage de problèmes logis­tiques ; de l’autre la nouvelle version de Lincos, qui consti­tue un plus petit ensemble de données mais un nombre plus limité d’in­for­ma­tions pouvant être envoyées.

Pour­tant, selon Duntil et Dumas, ces deux approches oppo­sées des commu­ni­ca­tions cosmiques ne s’ex­cluent pas obli­ga­toi­re­ment. Ils les voient plutôt comme deux étapes possibles d’un programme plus vaste, dans lequel les commu­ni­ca­tions inter­stel­laires commencent avec un simple message de salu­ta­tions dans une langue puis se pour­suivent par l’en­voi de messages de plus en plus complexes dans une autre. Et quel qu’en soit le contenu, le duo s’ac­corde à dire que les messages envoyés ou reçus par une civi­li­sa­tion extra­ter­restre seront forte­ment ancrés dans les mathé­ma­tiques. « La créa­tion de n’im­porte quel langage élaboré dans le but de commu­niquer avec une civi­li­sa­tion extra­ter­restre est une tâche déli­cate, car cela néces­site ce qu’on appelle un méta­lan­gage pour faire le pont entre le langage arti­fi­ciel et la langue des extra­ter­restres », dit Dumas. « Le méta­lan­gage est mathé­ma­tique par essence car c’est la base de la science, et nous partons du prin­cipe que n’im­porte quelle civi­li­sa­tion ayant construit un dispo­si­tif pour écou­ter les ondes radio connaît la science. »

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Un extrait des messages Evpa­to­ria

Selon Dutil et Dumas, des langages plus récents, imagi­nés pour la commu­ni­ca­tion inter­stel­laire, intègrent des éléments plus artis­tiques, comme de la musique, dans leur message. Mais la plupart utilisent encore Lincos comme fonde­ment, au moins en partie. Que Lincos soit aban­donné dans le futur ou qu’il conti­nue à être une source d’ins­pi­ra­tion pour nos messages cosmiques, le livre de Freu­den­thal restera à jamais un manuel de réfé­rence dans le champ de la recherche d’une intel­li­gence extra­ter­restre. Un mode d’em­ploi pour unir des espèces sépa­rées l’une de l’autre par des dizaines d’an­nées-lumière, qui auront proba­ble­ment peu de choses en commun si ce n’est les mathé­ma­tiques. Lincos fut la tenta­tive d’un mathé­ma­ti­cien néer­lan­dais de rendre fami­lier ce qui nous est le plus étran­ger, en tradui­sant les émotions humaines les plus complexes en équa­tions mathé­ma­tiques. Dumas fait d’ailleurs remarquer que par bien des aspects, Lincos a davan­tage été écrit pour les Terriens que pour les extra­ter­restres. « La créa­tion d’un langage inter­stel­laire pour commu­niquer avec une civi­li­sa­tion extra­ter­restre est inté­res­sante, mais assez peu pratique étant donné que ces échanges se dérou­le­raient sur plusieurs décen­nies », dit Dumas. « Créer de tels messages profite plus à nous qu’aux extra­ter­restres, car cela nous permet de prendre conscience de l’image que nous voulons donner de nous-mêmes. Que veut-on leur trans­mettre : la vérité ou une image avan­ta­geuse ? Le message doit-il conte­nir la longue histoire de nos guerres, des famines et des désastres écolo­giques, ou seule­ment les belles choses ? Car en défi­ni­tive, un message inter­stel­laire est le reflet de l’hu­ma­nité en elle-même. »

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Les radio­té­les­copes guettent la venue d’un message cosmique
Crédits : Seth Shos­tak/SETI Insti­tute

Traduit de l’an­glais par Myriam Vlot, d’après l’ar­ticle « Buil­ding a Language to Commu­ni­cate With Extra­ter­res­trials », paru dans The Atlan­tic. Couver­ture : Créa­tion graphique par Ulyces.


ENTRETIEN AVEC MICHAEL MADSEN, RÉALISATEUR DE THE VISIT

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Acclamé en 2010 pour son docu­men­taire Into Eter­nity, le cinéaste danois Michael Madsen revient cette année avec The Visit, présenté au dernier festi­val de Sundance.

I. Narra­tion

Comment êtes-vous devenu réali­sa­teur ?

À l’ori­gine, j’ai étudié le théâtre dans une école au Dane­mark où les cours ne se résu­maient pas qu’à l’étude théo­rique, nous devions mettre en scène, jouer, etc. Il m’est vite apparu que je voulais aussi faire des choses par moi-même. Je me suis inté­ressé à la sculp­ture, ainsi qu’à la sculp­ture au moyen du son, quelque chose d’im­ma­té­riel.

Michael MadsenCrédits : Magic Hour Films
Michael Madsen
Crédits : Magic Hour Films

Tout cela m’a mené à la réali­sa­tion, où j’ai pu d’une certaine manière combi­ner mon attrait pour la visua­lité – qui d’après moi est un phéno­mène majeur dans l’his­toire de l’hu­ma­nité, il n’y a jamais eu autant d’images qu’aujourd’­hui –, et mon attrait pour le son, l’art concep­tuel du son. Le film permet de mélan­ger ces deux aspects. J’ai égale­ment travaillé au théâtre et dans l’art, en réali­sant diffé­rentes œuvres concep­tuelles, mais les films docu­men­taires semblent être le meilleur moyen pour moi de combi­ner ces divers éléments. Pour autant, je n’ai pas reçu de forma­tion de cinéaste.

Pourquoi avoir choisi de réali­ser des films docu­men­taires plutôt que des fictions ?

Les premiers projets artis­tiques que j’ai réali­sés prenaient place dans l’es­pace public et créaient eux-mêmes leur propre espace, au moyen du son notam­ment. J’ai par exemple installé un système sonore sur le Rådhus­plad­sen, la place de la mairie de Copen­hague, qui créait une zone sonore de 900 m² autour de lui. Une autre fois, j’ai investi 44 conte­neurs échoués sur le rivage pour y instal­ler une expo­si­tion artis­tique. La réalité m’in­té­resse, ainsi que tout ce qui la façonne, et je suis assez peu enclin à inven­ter des choses fictives. Je m’at­tache aux liens qu’en­tre­tiennent les choses avec la réalité, et j’aime quand la réalité devient autre chose, ou peut être inter­pré­tée d’une façon nouvelle. Les films docu­men­taires sont ainsi pour moi l’op­por­tu­nité d’ex­plo­rer la réalité et d’es­sayer de comprendre ce qu’elle est. Pour faire court.

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