par Daniel Meshe | 0 min | 13 mai 2016

Les rubis de Monte­­puez

Mila Kunis incarne préci­­sé­­ment le type de femmes que Gemfields, le premier four­­nis­­seur au monde de gemmes rares et colo­­rées, cherche à séduire : jeune, sensuelle, énig­­ma­­tique… et riche. L’ac­­trice holly­­woo­­dienne de 32 ans, célèbre pour ses rôles dans Black Swan et Ted, est la star d’un court-métrage promo­­tion­­nel de Gemfields qui présente leur collec­­tion de bijoux fabriqués par de grands créa­­teurs. Des bijoux faits à partir des pierres extraites des mines de Monte­­puez, la plus grande conces­­sion minière de rubis au monde, et l’une des plus récentes acqui­­si­­tions de Gemfields. Situé dans le nord du Mozam­­bique, on estime que Monte­­puez concentre 40 % des réserves connues d’une pierre précieuse qui, depuis l’an­­tiquité, est asso­­ciée à la richesse et à la royauté. https://www.youtube.com/watch?v=EISPxNiHCvo Il se dégage de la vidéo promo­­tion­­nelle une atmo­­sphère onirique. Les traits déli­­cats de Mila Kunis, parés de ce que l’en­­tre­­prise basée au Royaume-Uni décrit comme « les gemmes les plus précieuses et révé­­rées du monde », flotte à l’in­­té­­rieur et hors du cadre dans un mouve­­ment d’une lenteur presque lascive, ses lèvres écar­­lates s’ac­­cor­­dant avec ses boucles d’oreilles scin­­tillantes, ses brace­­lets sophis­­tiqués et ses colliers, dont les nuances profondes sont souli­­gnées par la pâleur de sa peau. Pour Gemfields, qui dépense une part substan­­tielle de ses reve­­nus pour « redon­­ner aux gemmes colo­­rées la place qui leur revient de droit, au même titre que les diamants », comme l’ex­­pliquait son CEO Ian Hare­­bot­tle dans un entre­­tien en 2011, Kunis était la parte­­naire idéale. Gemfields se donne beau­­coup de mal pour diffé­­ren­­cier ses gemmes rouges des diamants, qui sont de plus en plus asso­­ciés à des conflits sanglants. L’en­­tre­­prise clai­­ronne que ses rubis sont des « pierres précieuses éthiques » et « d’ori­­gine respon­­sable ». À travers Kunis, l’une des actrices d’Hol­­ly­­wood les plus impliquées dans des causes sociales, Gemfields a trouvé quelqu’un qui « parta­­geait son système de valeurs », comme l’ex­­plique Hare­­bot­tle dans une vidéo promo­­tion­­nelle datant de 2014 sur le travail de Gemfields au Mozam­­bique. Il y a beau­­coup en jeu pour l’en­­tre­­prise. Lors de récentes enchères, les rubis de Monte­­puez se sont vendus jusqu’à 689 $ par carat, soit plus de dix fois le prix des émeraudes de Gemfields, qui ont rapporté 276 millions de dollars dans 16 enchères diffé­­rentes. Les enchères pour les rubis de Monte­­puez sont sursous­­crites, géné­­rant des millions de dollars de béné­­fices pour l’en­­tre­­prise : 33,5 millions rien qu’à Singa­­pour en juin 2014, et ils tota­­lisent 122,2 millions de dollars de revenu global depuis lors. Les impôts et rede­­vances que Gemfields verse au Mozam­­bique viennent égale­­ment renflouer les caisses de l’État.

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Un bijou en forme d’aveu
Crédits : Gemfields

Mais alors que la valeur marchande de ce qui repose dans les profon­­deurs du sol rouge du nord du Mozam­­bique depuis des millions d’an­­nées devient progres­­si­­ve­­ment évidente, les tensions et les affron­­te­­ments violents, dont certains font des morts, sont deve­­nus monnaie courante. La conces­­sion minière de Gemfields est exploi­­tée par la société Monte­­puez Ruby Mining (MRM), dont ils détiennent 75 % des parts. Au cours des sept années qui se sont écou­­lées depuis que les gise­­ments de rubis ont été décou­­verts pour la première fois, les habi­­tants racontent qu’ils ont été chas­­sés de leurs terres. Les attaques à main armée et les violences en tout genre ont grimpé en flèche depuis que les spécu­­la­­teurs affluent dans la zone ; et un nombre crois­­sant de petits exploi­­tants miniers sont roués de coups et abat­­tus. On raconte même que certains mineurs ont été enter­­rés vivants. La procu­­reure géné­­rale du pays, Beatriz Buchili, a visité la zone de Monte­­puez le 21 avril dernier pour enquê­­ter sur les rapports de violence. L’en­­tre­­prise a alors publié un commu­­niqué : « Gemfields plc nie caté­­go­­rique­­ment être liée d’une quel­­conque manière à ces actes de violence. Ni Monte­­puez Ruby Mining Limi­­tada, ni ses respon­­sables, ses employés ou ses contrac­­tants n’ont engagé de violences ou d’in­­ti­­mi­­da­­tion à l’en­­contre de la commu­­nauté locale. »

MRM

Décou­­verts par un fermier de la région en 2009, les gise­­ments de rubis de Monte­­puez ont été recon­­nus par le Gemo­­lo­­gi­­cal Insti­­tute of America (GIA) comme étant « la plus impor­­tante décou­­verte de rubis » du XXIe siècle. Les pierres y sont d’une qualité, d’une couleur et d’une clarté excep­­tion­­nelles. Il n’est donc pas surpre­­nant que la décou­­verte ait attiré autant les étran­­gers que les Mozam­­bi­­cains, tous animés par un même désir : deve­­nir riche. L’un de ces indi­­vi­­dus est le géné­­ral Raimundo Pachi­­nuapa, membre du Front de libé­­ra­­tion du Mozam­­bique (Frelimo), le parti au pouvoir, et ancien gouver­­neur de la province de Cabo Delgado, où est situé Monte­­puez. Pachi­­nuapa se serait appro­­prié la terre appar­­te­­nant au fermier qui a décou­­vert le premier les rubis.

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Les mines de Monte­­puez
Crédits : Esta­­cio Valoi

Le géné­­ral main­­tient qu’il a payé pour les droits d’ex­­ploi­­ta­­tion de cette terre. Mais les membres du Comité de gestion de la commu­­nauté de Naman­­hum­­bir – une orga­­ni­­sa­­tion locale située à 30 kilo­­mètres à l’est de Monte­­puez vouée à infor­­mer les citoyens sur les ques­­tions de ressources et de terri­­toire – affirment qu’il ne l’a pas fait et décrivent son geste comme de l’ex­­pro­­pria­­tion de terres. Les membres du comité racontent que le fermier en ques­­tion, un homme pauvre et illet­­tré du nom de Sulei­­mane Hassane, ne faisait pas le poids devant Pachi­­nuapa et n’était pas en mesure de faire valoir ses droits d’uti­­li­­sa­­tion du sol pour se dres­­ser contre cette confis­­ca­­tion injuste. La Banque mondiale a offi­­ciel­­le­­ment reconnu que les droits terri­­to­­riaux posent un problème épineux dans le Mozam­­bique rural, où les titres fonciers ne sont bien souvent pas clairs et où des membres du gouver­­ne­­ment exploitent l’igno­­rance des citoyens pour s’ap­­pro­­prier leurs terres. Peu de temps après que Pachi­­nuapa s’est acca­­paré les terres, une entre­­prise dont il est co-proprié­­taire appe­­lée Mwiriti a obtenu un permis pour explo­­rer le gise­­ment de rubis. Dans le registre des entre­­prises mozam­­bi­­cain, Mwiriti est enre­­gis­­trée en tant que distri­­bu­­teur de biens en gros et au détail, pas pour de l’ex­­plo­­ra­­tion ou de l’ex­­ploi­­ta­­tion minière. En novembre 2009, Mwiriti a étendu sa reven­­di­­ca­­tion jusqu’à couvrir près de 33 000 hectares, soit envi­­ron un tiers des 1 000 kilo­­mètres carrés de gise­­ments de rubis nouvel­­le­­ment décou­­verts. L’en­­tre­­prise affirme qu’elle est entrée en posses­­sion des terres léga­­le­­ment. À Londres, Gemfields a suivi avec atten­­tion les déve­­lop­­pe­­ments au Mozam­­bique. La guerre civile de 16 ans qui a mis le pays à feu et à sang s’est termi­­née en 1992, cédant la place à une démo­­cra­­tie multi­­par­­tite avec le Frelimo à la barre. En 2009, le pays a rejoint l’Ini­­tia­­tive pour la Trans­­pa­­rence dans les Indus­­tries Extrac­­tives (EITI), rendant la décou­­verte des gise­­ments encore plus atti­­rante aux yeux du géant de la pierre précieuse britan­­nique, qui déte­­nait déjà des mines d’éme­­raude dans la Zambie voisine.

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Raimundo Pachi­­nuapa
Crédits : Jornal Domingo

Au même moment, Pachi­­nuapa cher­­chait un parte­­naire étran­­ger pour exploi­­ter le trésor enfoui. Jouis­­sant de connexions au sein du gouver­­ne­­ment mozam­­bi­­cain, grâce aux années passées au sein du Frelimo et en tant que gouver­­neur de Cabo Delgado, Pachi­­nuapa a pu tirer des ficelles en haut lieu. Au moins de juin 2011, Gemfields avait conclu un accord avec la société de Pachi­­nuapa, Mwiriti, pour former une nouvelle joint-venture : Monte­­puez Ruby Mining. Gemfields a fait l’ac­qui­­si­­tion de 75 % des parts de la compa­­gnie, et Hare­­bot­tle, le CEO de Gemfields, siège au conseil de MRM. Au mois de février suivant, le gouver­­ne­­ment mozam­­bi­­cain a accordé à MRM un permis d’ex­­plo­­ra­­tion de 25 ans pour ses 33 000 hectares à Monte­­puez. Pachi­­nuapa et son asso­­cié de Mwiriti, Asghar Fakh­­ra­­lea­­lii, détiennent à eux deux 25 % de MRM, et Fakh­­ra­­lea­­lii siège au conseil de l’en­­tre­­prise. Le fils du géné­­ral, Raime, est direc­­teur des affaires commer­­ciales de MRM, mais le géné­­ral lui-même n’oc­­cupe pas de posi­­tion au conseil ou au sein de la compa­­gnie. Il a trans­­mis toutes les ques­­tions que je lui ai adres­­sées à Gemfields, qui a répondu dans une décla­­ra­­tion que le proces­­sus d’ac­qui­­si­­tion des droits terri­­to­­riaux et d’ob­­ten­­tion du permis avaient été menés en plein accord avec la légis­­la­­tion mozam­­bi­­caine. Contrai­­re­­ment à beau­­coup de compa­­gnies minières en Afrique, Hare­­bot­tle promet sur le site de Gemfields que sa compa­­gnie vise à « établir de nouvelles normes en matière de pratiques envi­­ron­­ne­­men­­tales, sociales et de sécu­­rité dans le secteur des gemmes colo­­rées ». Ce qui s’est passé en réalité au cours des trois années suivantes à Monte­­puez, pendant que MRM extra­­yait pour plus de 100 millions de dollars de pierres précieuses du sol, raconte tout autre chose : une enquête de trois ans menée par 100Re­­por­­ters – qui a demandé 10 excur­­sions de terrain dans le secteur des mines ; plus de 50 inter­­­views avec des respon­­sables du gouver­­ne­­ment dans les quatre commu­­nau­­tés sur lesquelles s’étend la conces­­sion minière de MRM ; des rencontres avec les mineurs arti­­sa­­naux dans leurs camps ; ainsi qu’un examen minu­­tieux de tous les dossiers judi­­ciaires rela­­tifs à l’af­­faire – a révélé un certain nombre de manque­­ments au respect des droits de l’homme, via de multiples cas de violences et d’ex­­pro­­pria­­tion de terres liées aux opéra­­tions de Gemfields dans la zone. Cela pose ques­­tion quant à l’en­­ga­­ge­­ment réel de l’en­­tre­­prise pour instau­­rer de hauts stan­­dards éthiques.

Les Naca­­ta­­nas

Tout comme la ruée vers l’or de l’Amé­­rique du XIXe siècle attira des pros­­pec­­teurs venus des quatre coins du monde, la ruée vers le rubis du Mozam­­bique a attiré un afflux de mineurs arti­­sa­­naux, d’ache­­teurs sans permis, de contre­­ban­­diers, d’in­­ter­­mé­­diaires véreux et de bandits – cher­­chant tous à s’en­­ri­­chir en vidant le sol rouge de ses trésors. Pour proté­­ger sa conces­­sion massive contre l’in­­tru­­sion des mineurs arti­­sa­­naux, MRM s’est d’abord repo­­sée sur deux orga­­ni­­sa­­tions de sécu­­rité gouver­­ne­­men­­tales : la police de protec­­tion contrô­­lée par la région, et le corps d’élite mili­­taire de la nation, la Force d’in­­ter­­ven­­tion rapide (FIR).

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Des mineurs arti­­sa­­naux font un break
Crédits : Esta­­cio Valoi

Ce à quoi il faut ajou­­ter que la MRM possède une équipe de sécu­­rité interne dont 109 hommes patrouillent sur le site pour veiller sur la propriété de l’en­­tre­­prise, et qu’elle a égale­­ment fait appel aux services d’Ar­­khe Risk Solu­­tions. Il s’agit de la filiale locale de la firme sud-afri­­caine Omega Risk Solu­­tions, une force de sécu­­rité privée qui justi­­fie d’une longue expé­­rience en matière de services de protec­­tion pour l’in­­dus­­trie extrac­­tive. Arkhe Risk Solu­­tions emploie approxi­­ma­­ti­­ve­­ment 470 agents de sécu­­rité assi­­gnés à MRM. Leur mission est de veiller sur la conces­­sion, d’ar­­rê­­ter les mineurs qui creusent illé­­ga­­le­­ment et de les confier aux bons soins de la police locale. Gemfields assure que ses propres employés ne sont pas armés et que les forces d’Ar­­khe ne disposent que de 12 fusils à pompe tirant des balles en caou­t­chouc et de deux pisto­­lets – ce qui signi­­fie que 3 % à peine de ses hommes sont armés. Le gouver­­ne­­ment et les entre­­prises de sécu­­rité travaillent en étroite colla­­bo­­ra­­tion. Les termes de la licence de MRM stipule que la compa­­gnie doit four­­nir une assis­­tance logis­­tique de base aux forces du gouver­­ne­­ment – et notam­­ment l’hé­­ber­­ge­­ment, m’a indiqué Gemfields par écrit. Bien que les forces gouver­­ne­­men­­tales aient un mandat spéci­­fique pour assu­­rer la protec­­tion des gise­­ments de rubis du Mozam­­bique à l’in­­té­­rieur comme à l’ex­­té­­rieur de la conces­­sion, MRM n’exerce aucun contrôle sur elles. Les forces n’ont pas à répondre de l’en­­tre­­prise, assure Gemfields. Alors qu’on assis­­tait à une esca­­lade de la violence à Monte­­puez, le gouver­­ne­­ment a remplacé l’an­­née dernière la FIR par la Force de protec­­tion de l’en­­vi­­ron­­ne­­ment et des ressources natu­­relles, une divi­­sion de la police habi­­tuel­­le­­ment assi­­gnée à la protec­­tion de terres déte­­nues par l’État contre les bracon­­niers et les bûche­­rons non-auto­­ri­­sés. Mais c’est un mysté­­rieux gang de bandits qui a semé la terreur au sein de la commu­­nauté de Monte­­puez. Les habi­­tants les appellent les Naca­­ta­­nas, le mot portu­­gais pour dési­­gner les machettes qu’ils portent à leur flanc. Ces hommes en civil opèrent dans plusieurs zones de la conces­­sion de MRM. Armés de lourds bâtons et de machettes, ils donnent l’as­­saut dans les mines arti­­sa­­nales, frap­­pant les mineurs et les pour­­chas­­sant dans la brousse, d’après les témoins. Leur struc­­ture de comman­­de­­ment n’est pas claire. Gemfields est formel sur le fait que la compa­­gnie n’em­­ploie pas ni ne soutient ces hommes portant des machettes. Mais il est impos­­sible d’igno­­rer leur présence sur la conces­­sion minière. ulyces-rubymozambique-05Un repor­­ter m’a assuré qu’il les avait vus profi­­ter de l’hé­­ber­­ge­­ment de la compa­­gnie aux côtés des forces du gouver­­ne­­ment, et il les a vus se char­­ger de « nettoyer » une mine arti­­sa­­nale sous les yeux d’un agent de sécu­­rité de MRM. Mes entre­­tiens avec des mineurs, des membres de la police locale, des avocats et des diri­­geants locaux confirment que les Naca­­ta­­nas agissent en toute impu­­nité pour débar­­ras­­ser la conces­­sion de MRM de ces petits exploi­­tants miniers. Une vidéo produite par le Gemo­­lo­­gi­­cal Insti­­tute of America montre des coups de feu tirés lors d’af­­fron­­te­­ments entre les Naca­­ta­­nas et des mineurs, près de puits creu­­sés arti­­sa­­na­­le­­ment. Un homme portant un t-shirt noir sur lequel est écrit « Sécu­­rité » pour­­chasse les mineurs et leur tire dessus pour les faire déguer­­pir de la conces­­sion de MRM. « Il arrive que les agents de sécu­­rité débarquent seule­­ment pour s’em­­pa­­rer de nos biens, de notre argent et de nos télé­­phones. Quelque­­fois, nous devons nous cacher dans la forêt. Mais quand ils viennent avec leurs patrons, avec des blancs, ils nous frappent systé­­ma­­tique­­ment et parfois il nous tirent dessus », m’a confié un mineur arti­­sa­­nal qui a demandé à ne pas être nommé par peur des repré­­sailles. D’autres mineurs ont fait des décla­­ra­­tions simi­­laires. MRM a trans­­mis toutes mes ques­­tions à sa compa­­gnie mère. Par la suite, Gemfields m’a assuré par le biais d’un porte-parole qu’ils menaient l’enquête pour connaître la raison des coups de feu tirés dans la vidéo du GIA. Tout en recon­­nais­­sant qu’ils sont fami­­liers du terme « Naca­­ta­­nas », selon eux il est employé pour dési­­gner des gangs violents asso­­ciés à diffé­­rents groupes de mineurs arti­­sa­­naux qui travaillent illé­­ga­­le­­ment sur les gise­­ments de rubis – et pas seule­­ment ceux de la conces­­sion de MRM. Ils nient ferme­­ment que les Naca­­ta­­nas travaillent pour le compte de MRM. « Ceux qui accusent MRM ou n’im­­porte lequel de ses contrac­­tants, de soute­­nir des forces de sécu­­rité clan­­des­­tines et armées de machettes appe­­lées “Naca­­ta­­nas” n’ont pas seule­­ment complè­­te­­ment tort : ce qu’ils disent est grotesque et extrê­­me­­ment offen­­sant », m’a répondu le porte-parole de Gemfields dans un email. Étant donné la taille colos­­sale de la conces­­sion et la densité de la forêt, il est aisé pour les mineurs arti­­sa­­naux – qu’on appelle les garim­­pei­­ros en portu­­gais – de travailler sans être repé­­rés. Mais les garim­­pei­­ros doivent creu­­ser profon­­dé­­ment pour trou­­ver des rubis, et cela les rend vulné­­rables s’ils viennent à être décou­­verts, car ils sont pris au piège au fond de puits profonds et de tunnels étroits. Les Naca­­ta­­nas ne sont pas les seuls à s’en prendre à eux : les forces gouver­­ne­­men­­tales en uniforme aussi, d’après de nombreux témoi­­gnages et docu­­ments judi­­ciaires. D’or­­di­­naire, lorsque les poli­­ciers découvrent des mines, ils forcent les garim­­pei­­ros à sortir des puits, et utilisent parfois des bull­­do­­zers pour les rebou­­cher après coup. Mais d’après des témoins, il est arrivé que des garim­­pei­­ros soient agres­­sés, maltrai­­tés et même tués durant ces opéra­­tions d’ex­­pul­­sion.

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Un mineur en plein travail
Crédits : Esta­­cio Valoi

« Mon fils Anto­­nio Gero­­nimo a été abattu par les hommes de la FIR à Ncoloto-Naman­­hum­­bir », me dit Gero­­nimo Potia, qui fait réfé­­rence à une zone minière située à l’in­­té­­rieur de la conces­­sion de MRM dans la province de Cabo Delgado. « Il est mort sur le chemin de l’hô­­pi­­tal de campagne. » Le père d’An­­to­­nio raconte que personne, ni chez MRM, ni parmi la police, n’a levé le petit doigt pour aider son fils après qu’on lui a tiré dessus, au mois d’avril de l’an­­née dernière. Un groupe de pros­­pec­­teurs tanza­­niens et soma­­liens ont mis en commun leur argent pour l’em­­me­­ner à l’hô­­pi­­tal et payer pour les soins médi­­caux et le trans­­port. Anto­­nio est fina­­le­­ment décédé en chemin, et ils ont atta­­ché son corps à une moto pour le rame­­ner chez lui afin qu’il soit enterré. Manuel Artur, un mineur de 18 ans, a rencon­­tré un destin simi­­laire. Son père, Artur Pacore, raconte que ses collègues ont vu un offi­­cier de la FIR tirer sur Manuel dans l’ab­­do­­men. « Il a rampé sur une centaine de mètres mais n’a pas survécu. Il est mort sur le chemin de l’hô­­pi­­tal de Naman­­hum­­bir », halète Pacore. Jorge Mamudo, un autre mineur arti­­sa­­nal, affirme qu’un agent de la FIR lui a tiré dans le pied alors qu’il se trou­­vait le secteur minier de Ncoloto le 7 juillet 2014. « Quand les hommes de la FIR sont arri­­vés, j’étais dans un puits », raconte Mamudo. « Ils nous ont dit de sortir du puits. Cela m’a pris cinq minutes, et quand je suis fina­­le­­ment sorti, l’un d’eux m’a tiré dans le pied sans crier gare et il est parti. Des mineurs soma­­liens et des tanza­­niens m’ont aidé à me rendre à l’hô­­pi­­tal. » La Force d’in­­ter­­ven­­tion rapide n’a pas répondu à mes solli­­ci­­ta­­tions pour une inter­­­view. Gemfields dit que le gouver­­ne­­ment a remplacé les hommes de la FIR le 22 avril 2015 par un corps de police dont la mission est de proté­­ger la richesse natu­­relle du Mozam­­bique. Ils ont dépê­­ché 35 agents qui opèrent sur ou autour de la conces­­sion de MRM. ulyces-rubymozambique-07Les mineurs disent qu’ils sont souvent réti­­cents à s’aven­­tu­­rer dans les puits de peur de se faire tirer dessus, d’être frap­­pés par les forces de sécu­­rité, ou bien contraints de leur donner leur butin. Les consé­quences d’une telle rencontre sont parfois désas­­treuses. Un mineur arti­­sa­­nal origi­­naire d’un village près de Monte­­puez raconte qu’il était là quand son cousin a été enterré vivant par un bull­­do­­zer de MRM. Abdul, qui a demandé à n’être appelé que par son prénom, raconte qu’il pros­­pecte dans la région depuis sept ans. Et puis, en août 2015, la tragé­­die est arri­­vée. « Nous étions trois à l’in­­té­­rieur d’un trou de trois ou quatre mètres, à creu­­ser. On est partis à deux pour cacher les rubis dans la forêt, à une centaine de mètres du puits, lais­­sant mon cousin derrière. Quand nous sommes reve­­nus, nous avons vu le bull­­do­­zer remplir le puits. Mon cousin était encore à l’in­­té­­rieur. » Gemfields m’a répondu qu’ils véri­­fie­­raient leurs archives pour voir si le cousin d’Ab­­dul aurait été enterré dans l’ef­­fon­­dre­­ment d’une mine qu’il avait creu­­sée, et leur porte-parole a ajouté ceci en réponse à mes ques­­tions : « Sous-entendre que MRM enterre vivants des mineurs clan­­des­­tins au moyen de ses machines d’ex­­ca­­va­­tion pour rebou­­cher leurs puits est diffa­­ma­­toire et infondé. » Leur poli­­tique est bel et bien de rebou­­cher les mines arti­­sa­­nales creu­­sées sur la conces­­sion de MRM, mais Gemfields m’as­­sure qu’ils suivent un proces­­sus rigou­­reux leur permet­­tant de s’as­­su­­rer qu’au­­cune machine MRM n’a jamais tué de mineur creu­­sant illé­­ga­­le­­ment sur leur conces­­sion, que ce soit par acci­dent ou inten­­tion­­nel­­le­­ment. Les auto­­ri­­tés locales, elles, affirment qu’il n’y a aucun moyen de véri­­fier si des mineurs sont restés pris au piège sous terre. « Les tunnels sont longs et profonds, nous ne pouvons donc pas affir­­mer qu’il n’y a eu aucun mort », me dit Arcanjo Cassia, l’ad­­mi­­nis­­tra­­teur du district de Monte­­puez. Un comité enquête actuel­­le­­ment sur les morts qui auraient eu lieu sous terre pour déter­­mi­­ner si elles ont été causées par l’ef­­fon­­dre­­ment de tunnels ou par les machines qui roulent sur les mines arti­­sa­­nales et les rebouchent, dit-il. Les diri­­geants de Gemfields à Londres ont été préve­­nus de la montée de la violence et des problèmes de sécu­­rité que rencontre leur filiale MRM. Dans un rapport de juillet 2015 préparé pour Gemfields, la société SRK Consul­­ting écrit que « le conflit avec les mineurs illé­­gaux » consti­­tue un « risque signi­­fi­­ca­­tif pour MRM ». Le nombre crois­­sant de garim­­pei­­ros à l’in­­té­­rieur et autour de la conces­­sion a conduit à une montée soudaine de la violence globale. Entre décembre 2013 et décembre 2014, le district a enre­­gis­­tré la plus grande recru­­des­­cence crimi­­nelle de son histoire, avec une moyenne d’une agres­­sion par jour, d’après Cassia. 15 fusillades mortelles ont eu lieu durant la même période, dont six meurtres en plein jour entre les mois de juin et août 2014. Les chiffres pour l’an­­née 2015 n’étaient pas encore dispo­­nibles quand nous avons parlé.

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La conces­­sion minière de Monte­­puez
Crédits : Esta­­cio Valoi

Pompi­­lio Xavier Wazam­­guia, le procu­­reur géné­­ral de Monte­­puez, attri­­bue la plupart des crimes à l’es­­ca­­lade des tensions entre les forces de sécu­­rité armées, char­­gées de proté­­ger les gise­­ments de rubis, et les mineurs sans permis qui pros­­pectent pour trou­­ver des gemmes. « Ce sont nos hommes qui utilisent des armes, par les mineurs », m’a confié le procu­­reur géné­­ral lors d’un entre­­tien. « Plusieurs membres des forces de sécu­­rité ont été jugés et condam­­nés pour cela. » Son bureau a examiné plus de dix affaires de meurtres impliquant des offi­­ciers de police entre janvier 2013 et janvier 2015, et 35 à 40 affaires supplé­­men­­taires impliquant des attaques à main armée qui auraient été perpé­­trés par des agents de police détrous­­sant les habi­­tants du coin et les mineurs. Il raconte que dans une autre affaire, deux poli­­ciers ont été condam­­nés pour avoir coupé le bras d’un habi­­tant de la région. Cette envo­­lée verti­­gi­­neuse du crime a entraîné un grave retard dans le trai­­te­­ment des dossiers, avec quelque 950 affaires en attente entre le tribu­­nal du district de Monte­­puez et le tribu­­nal provin­­cial de Pemba. Résoudre ces affaires est extrê­­me­­ment diffi­­cile dans une zone aussi recu­­lée du pays, où les registres sont tenus sur papier et les tribu­­naux ne sont pas infor­­ma­­ti­­sés. Cela rend compliqué de déter­­mi­­ner avec exac­­ti­­tude dans quelle mesure les forces privées ou celles du gouver­­ne­­ment char­­gées d’as­­su­­rer la protec­­tion de la conces­­sion minière sont respon­­sables des morts et des agres­­sions qui ont été rappor­­tées. Gemfields affirme que l’en­­tre­­prise n’était pas au courant des coups de feu tirés par la FIR qui ont tué deux mineurs, un Mozam­­bi­­cain et un Tanza­­nien, qui creu­­saient illé­­ga­­le­­ment sur la zone de la conces­­sion de MRM. Deux agents de sécu­­rité d’Ar­­khe ont égale­­ment été accu­­sés de violences, dont un meurtre, m’a dit le porte-parole de Gemfields. ulyces-rubymozambique-09L’agent d’Ar­­khe Seve­­riano Fran­­cisco a été accusé d’avoir abattu Calisto Carlos au cours d’un affron­­te­­ment le 6 juillet 2012, tandis que 300 mineurs creu­­saient illé­­ga­­le­­ment sur la conces­­sion de MRM. Le juge du tribu­­nal provin­­cial de Pemba, le Dr Essi­­mela Momade, a statué en 2013 que la preuve ajou­­tée au dossier n’était pas concluante, et il a relâ­­ché Seve­­riano sur la foi d’un enga­­ge­­ment person­­nel. Le procu­­reur géné­­ral de Monte­­puez, dont le bureau avait consi­­gné la preuve, m’a dit qu’il enquê­­tait sur ce qu’il s’était vrai­­ment passé. Gemfields a promis d’enquê­­ter sur deux autres inci­­dents. Mais nombre des pires affaires impliquant des mineurs arti­­sa­­naux restent dans l’at­­tente d’une enquête qui n’ar­­ri­­vera peut-être jamais. D’après certains garim­­pei­­ros inter­­­viewés pour cet article, les membres des Naca­­ta­­nas ont infil­­tré les rangs des mineurs pour décou­­vrir de nouvelles veines de rubis. Quand des pierres sont trou­­vées, les mineurs sont alors violem­­ment écar­­tés, et l’is­­sue peut être fatale. Mais certaines des agres­­sions ou des meurtres ne sont jamais rappor­­tés offi­­ciel­­le­­ment par peur des repré­­sailles, m’ex­­plique Wazam­­guia, le procu­­reur géné­­ral de Monte­­puez. Wazam­­guia contre­­dit le fait que Gemfields n’em­­ploie pas les Naca­­ta­­nas, au même titre que des fonc­­tion­­naires locaux, des mineurs, et même le person­­nel d’une entre­­prise de sécu­­rité qui a accepté de me parler à la condi­­tion qu’ils puissent rester anonymes pour garan­­tir leur sécu­­rité.

Violên­­cia

À Monte­­puez, la violence est entre­­la­­cée avec l’ex­­pan­­sion des zones indus­­trielles du gouver­­ne­­ment, qui ont là encore contraint les habi­­tants à quit­­ter leurs maisons. Le 15 septembre 2014, plus de deux ans après que Gemfields a acquis les droits de la conces­­sion à travers sa joint-venture MRM, des agents de la FIR ont brûlé 300 maisons dans les villages de Namu­­cho et Ntoro, dans la région de Naman­­hum­­bir, et ils ont frappé des rési­­dents, d’après mes entre­­tiens avec le chef du village, certains rési­­dents et des mineurs arti­­sa­­naux. Un tel feu de joie avait déjà eu lieu aupa­­ra­­vant en septembre 2012 : la FIR et la police de protec­­tion soutiennent qu’il était néces­­saire pour nettoyer la région minière avant la visite du président d’alors, Armando Guebuza.

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Des mineurs arti­­sa­­naux
Crédits : Esta­­cio Valoi

« Ils ont pris nos terres et brûlé nos maisons », raconte un villa­­geois, dont le témoi­­gnage a trouvé maints échos chez les habi­­tants du secteur. « Et main­­te­­nant, ils veulent même que nous quit­­tions nos villages, que nous aban­­don­­nions nos tradi­­tions et que nous allions dans des endroits où il n’y a pas d’eau et où la terre n’est pas adap­­tée pour l’agri­­cul­­ture. Mais nous ne parti­­rons pas, mais s’ils doivent nous tuer sur place. » Ali Abdala, ancien résident de la commu­­nauté de Namu­­cho-Ntoro à Monte­­puez, accuse les repré­­sen­­tants de MRM d’avoir forcé les habi­­tants à signer des docu­­ments les dépos­­sé­­dant de leurs terres, tout en leur promet­­tant qu’ils n’au­­raient pas à partir. « Ils nous ont menti », dit Abdala avec amer­­tume. « Parce que nous sommes noirs et pauvres, ils pensent qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent. » Les membres de la commu­­nauté de Ntsewe, qui abrite 2 000 âmes, ont confirmé ce que dit Abdala : on ne leur a jamais dit qu’ils devraient partir. Gemfields affirment que les « auto­­ri­­sa­­tions » des commu­­nau­­tés locales ont été obte­­nues par les forces gouver­­ne­­men­­tales, en accord avec la loi mozam­­bi­­caine. Les struc­­tures n’ont été balayées qu’ « après qu’un avis a été publié, et que toutes les précau­­tions ont été prises pour s’as­­su­­rer qu’elles étaient vides et aban­­don­­nées », m’a expliqué Olivia Young, porte-parole à Londres de Gemfields, dans un email l’an­­née dernière. D’après Young, les struc­­tures qui ont été détruites avaient été bâties illé­­ga­­le­­ment par des migrants arri­­vés depuis peu ; les habi­­tants ayant une légi­­ti­­mité terri­­to­­riale histo­­rique ont été enre­­gis­­trés pour une réins­­tal­­la­­tion – qu’ils attendent toujours. Mais le rapport de SRK commis­­sionné par Gemfields dresse un portrait quelque peu diffé­rent. Il dit qu’ils n’ont pu trou­­ver aucune preuve que l’en­­tre­­prise avait engagé des discus­­sions avec la commu­­nauté de Ntsewe et des personnes concer­­nées à propos de leur expul­­sion de leurs maisons et de leurs terres. « La preuve de tels échanges entre toutes les parties de cette affaire est absente », dit le rapport.

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Ian Hare­­bot­tle, le CEO de Gemfields
Crédits : Gemfields

Inter­­ro­­gés à propos de ces accu­­sa­­tions, Gemfields m’a assuré par écrit en mars dernier que l’en­­tre­­prise avait agi en toute léga­­lité et que « de longues discus­­sions » avec les commu­­nau­­tés locales avaient eu lieu. Un seul village, Ntoro, sera proba­­ble­­ment réins­­tallé dans le cadre d’un plan soumis par le gouver­­ne­­ment, tandis que 95 familles ont obtenu un « arran­­ge­­ment à l’amiable » pour rece­­voir une compen­­sa­­tion, en accord avec la légis­­la­­tion mozam­­bi­­caine. « MRM reste en totale confor­­mité vis-à-vis des lois du Mozam­­bique sur la réins­­tal­­la­­tion et travaille étroi­­te­­ment avec les auto­­ri­­tés et les commu­­nau­­tés qui pour­­raient être affec­­tées par ce proces­­sus. De ce fait, l’in­­si­­nua­­tion qu’il s’agit d’une “expro­­pria­­tion de terres” est grotesque », m’a répondu l’en­­tre­­prise dans son commu­­niqué. Pendant que Gemfields se vend comme une entre­­prise visant à « établir de nouvelles normes en matière de pratiques envi­­ron­­ne­­men­­tales, sociales et de sécu­­rité dans le secteur des gemmes colo­­rées », ceux qui vivent sur la terre qui renferme ses trésors enfouis affirment s’être fait dépos­­sé­­der de leurs moyens de subsis­­tance sans pouvoir dire un mot. Le rapport de SRK note que les réunions qui ont eu lieu en mars 2014 dans le cadre du proces­­sus de renou­­vel­­le­­ment du permis envi­­ron­­ne­­men­­tal de MRM n’ont convié que les repré­­sen­­tants du gouver­­ne­­ment autour de la table, et aucun résident. « Les repré­­sen­­tants des commu­­nau­­tés de la région n’ont pas parti­­cipé à cette réunion et, de ce fait, leurs problèmes et leurs inquié­­tudes n’ont pas été inclus dans le proces­­sus d’éva­­lua­­tion des réper­­cus­­sions envi­­ron­­ne­­men­­tales », conclut le rapport de SRK. L’ar­­ri­­vée l’an­­née dernière des Forces de protec­­tion de l’en­­vi­­ron­­ne­­ment et des ressources natu­­relles, manda­­tées par le minis­­tère du Terri­­toire, de l’en­­vi­­ron­­ne­­ment et du déve­­lop­­pe­­ment rural pour rempla­­cer la FIR n’a rien fait pour calmer la violence. Wazam­­guia, le procu­­reur géné­­ral de Monte­­puez, raconte que les mineurs sont abat­­tus plus fréquem­­ment qu’a­­vant, mais il ne pointe pas direc­­te­­ment du doigt les nouveaux arri­­vants. « Entre janvier et mars, il y a eu des morts liées à leur arri­­vée. Quatre affaires font l’objet d’une enquête, et nous avons des photo­­gra­­phies des gens retrou­­vés morts dans les zones d’ex­­ca­­va­­tion. Les témoi­­gnages disent clai­­re­­ment qu’ils ont été tués, et pas par des balles perdues. Mais nous ne savons pas qui étaient les tireurs », dit Wazam­­guia. Ni le minis­­tère du Terri­­toire, de l’en­­vi­­ron­­ne­­ment et du déve­­lop­­pe­­ment rural, ni le minis­­tère de l’In­­té­­rieur, qui porte ulti­­me­­ment la respon­­sa­­bi­­lité des forces de sécu­­rité, n’ont répondu à mes ques­­tions posées par email ou par télé­­phone. Le minis­­tère des Ressources miné­­rales et de l’éner­­gie a refusé lui aussi tout commen­­taire.

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Un travail haras­­sant
Crédits : Esta­­cio Valoi

Fin de contrat

La compa­­gnie et le gouver­­ne­­ment ont un inté­­rêt mutuel à mini­­mi­­ser l’ex­­trac­­tion non-auto­­ri­­sée et la contre­­bande de pierres précieuses dans le secteur de Monte­­puez. Pour le gouver­­ne­­ment, cela signi­­fie assu­­rer la protec­­tion de ses recettes fiscales et de ses gains en devises étran­­gères ; pour la compa­­gnie, il s’agit de préser­­ver ses trésors. Gemfields admet coopé­­rer étroi­­te­­ment avec le gouver­­ne­­ment. « Les forces gouver­­ne­­men­­tales présentes sur la conces­­sion ont un mandat spéci­­fique et sont affec­­tées à la protec­­tion, ce qui est un atout natio­­nal majeur du Mozam­­bique », m’a écrit le porte-parole en réponse à mes ques­­tions. « MRM main­­tient effec­­ti­­ve­­ment le dialogue avec les auto­­ri­­tés dans le souci de se confor­­mer à la loi mozam­­bi­­caine », dit l’en­­tre­­prise. « L’as­­sis­­tance logis­­tique que nous four­­nis­­sons ne signi­­fie pas que les forces gouver­­ne­­men­­tales sont de quelque façon que ce soit aux ordres de MRM, ou qu’elles doivent lui rendre des comptes. Insi­­nuer le contraire est bien évidem­­ment complè­­te­­ment faux », soutient Gemfields. ulyces-rubymozambique-13-1« Gemfields n’a aucune auto­­rité sur les forces du gouver­­ne­­ment, et ne peut être tenu respon­­sable pour leurs actions. Cepen­­dant, nous sommes trou­­blés par tout acte de violence, et nous ouvrons des enquêtes s’il le faut. Nous travaillons égale­­ment avec des enquê­­teurs tiers », disent-ils. L’en­­tre­­prise ajoute qu’elle assure une forma­­tion au respect des droits de l’homme à tout son person­­nel de sécu­­rité, ainsi qu’à Arkhe et au service de sécu­­rité interne de MRM. De même, dans son dialogue à tous les niveaux avec les auto­­ri­­tés mozam­­bi­­caines, elle souligne constam­­ment l’im­­por­­tance du respect des droits humains. Le rapport de SRK recom­­mande à MRM de faire respec­­ter ces droits aux agents avec lesquels elle travaille. Il recom­­mande égale­­ment qu’elle ajoute dans ses contrats de sécu­­rité une réfé­­rence aux « prin­­cipes volon­­taires sur la sécu­­rité et les droits de la personne » – des direc­­tives inter­­­na­­tio­­nales établies en 2000 par les gouver­­ne­­ments, les entre­­prises et les ONG pour guider les compa­­gnie du secteur de l’ex­­trac­­tion à main­­te­­nir la sécu­­rité de leurs opéra­­tions tout en respec­­tant les droits humains –, ce qui fait d’ores et déjà partie de leur contrat avec Arkhe, d’après eux. SRK propose égale­­ment de tenir à jour des archives sur l’im­­plé­­men­­ta­­tion de ces direc­­tives. En cinq visites sur les lieux, le repor­­ter auquel j’ai parlé n’a pas pu trou­­ver de preuve sur le site ou dans les docu­­ments four­­nis par MRM qu’ils avaient suivi cette recom­­man­­da­­tion… Mila Kunis, l’ac­­trice qui appa­­raît dans la vidéo promo­­tion­­nelle de Gemfields, n’a pas répondu à mes solli­­ci­­ta­­tions de commen­­taires répé­­tées, soumises à son chargé des rela­­tions publiques. Mais dans une inter­­­view en 2015 avec le Daily Tele­­graph, elle a déclaré que « croire en une marque » était « très impor­­tant » pour elle. C’est la raison pour laquelle elle a voyagé au Zambie en 2013, où Gemfields a ses mines d’éme­­raudes, afin de s’as­­su­­rer en personne des stan­­dards éthiques que prétend respec­­ter la compa­­gnie. En février dernier, son contrat de trois ans comme ambas­­sa­­drice de la marque pour Gemfields a expiré, et la compa­­gnie a déclaré qu’elle allait enle­­ver son image de son site. Ni l’ac­­trice, ni Gemfields n’en a donné la raison. ulyces-rubymozambique-14


Traduit de l’an­­glais par Nico­­las Prouillac et Arthur Scheuer d’après l’ar­­ticle « The Blood Rubies of Monte­­puez », paru dans Foreign Policy. Couver­­ture : Mila Kunis pour Gemfields. (Créa­­tion graphique par Ulyces.)
 
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